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THE LXSTER BEQUEST.
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COURS
THÉORIQUE ET PRATIQUE
DE
CLINIQUE EXTERNE,
Par Ph.-J. DESAULT,
CHIRURGIEN EN CHEF DE L'HOTEL -DIEU DE PARIS;
EXTRAIT DE SES LEÇONS,
REDIGEES ET PUBLIEES
Par J.-J.-J. CASSIUS,
Docteur en Médecine , Professeur de Physique, de Chimie , d'His- toire Naturelle, et Directeur de l'Ecole Centrale du département de la Creuse ; de l'Athénée des Arts, de la Société Académique des Sciences; delà Société des Sciences, Lettres et Arts de Paris; de la Société Galvanique ; de la Société des Sciences de Douai , etc.
TOME PREMIER.
A PARIS,
CHEZ DELAPLACE, LIBRAIRE, RUE DE» G R ANDS-AU G US TI N S , IV0. 5 1.
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PREFACE
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Li'ouTRAGf que je présent .-m public est
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appartienne au célèbre Déault, l'hon- neur de la Chirurgie fraraise. J'ai eu l'avantage d'c t , qu'une
moi i p alevé a* sciences (i),
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L ncyclo/Êfque , ara Y III ,
il.
I I
PREFACE.
L'ouvrage que je présente au public est exactement le mien , quoique le fond en appartienne au célèbre Desault, l'hon- neur de la Chirurgie française. J'ai eu l'avantage d'être, avec Bichat , qu'une mort prématurée a enlevé aux sciences (i), un de ses élèves , pendant les dernières années de sa vie. Choisis tous les deux par lui pour rédiger ses leçons jour par jour, nous rendions compte aux élèves de sa méthode et de ses procédés dans l'art de guérir. Notre but étoit de faire con- noître sa doctrine particulière. Cette ré- daction étoit lue publiquement dans l'am- phithéâtre de l'Hôtel - Dieu , soit en la présence de Desault ; soit en celle de
(i) Voyez Y Eloge de Bichat , prononcé clans l'am- phithéâtre de l'Ecole de Médecine de Paris, par P. Sue , professeur de celte école, le 14 germinal an XI , et inséré dans le Magasin Encyclopédique , aa YIIÏ , tome VI , page 5?.5.
Vj FREFACt
son premier suppléant ; c'étoit pour les élèves une seconde leçon infiniment utile. Ce sont ces fragmens, qui tenoient au plan d'un grand ouvrage , que je publie aujourd'hui. Forcé par les lois révolution^ naires de quitter la capitale ; je me suis vu dans l'affligeante nécessité de me sé^ parer en même temps de mon maître. Assis auprès de lui, dans l'amphithéâtre, avec les élèves internes, j'écrivois le récit de plusieurs opérations avec une exacti- tude , peut - être minutieuse , mais pré- cieuse pour les progrès de Fart. Chargé plusieurs fois de la conduite des malades de Desault au - dehors , je me trou vois dans le cas de rédiger ses dictées ; pour en former un Cours théorique et pratique de sa clinique externe. A cette époque , j'avois moi - même déjà enseigné 3 pen- dant un grand nombre d'années , parti- culièrement la physique et l'anatomie ; j'étois déjà honoré de plusieurs titres recommandables dans la carrière des sciences,
PREFACE. Ylj
Lors de ma retraite , un grand nombre de mes manuscrits resta entre les mains de Desault , de Manoury et de Bichat. L'article des plaies de tète , qui fait en- viron la moitié du premier volume des Œuvres Chirurgicales de Desault , pu- bliées par Bichat, est une partie de mes rédactions. Pendant mon exil , livré entièrement à l'exercice de l'art de gué- rir , il me lut impossible de penser à mettre en ordre les manuscrits qui me festoient \ plusieurs n'étoient encore que de simples notes qui avoient besoin d'une rédaction plus exacte. Attaclié en l'an IV à la bibliothèque de T Ecole de Médecine de Paris , mes occupations se multipliè- rent; nommé en l'an VII professeur de physique ; de chimie et d'histoire natu- relle , et bientôt après directeur de l'Ecole centrale d'Aubusson , mes fonctions , jointes à l'exercice de la médecine, me mirent dans l'impossibilité de me livrer à un travail, dont je désirois vivement m'occuper. J'ai profité du temps libre
Vllj PREFACE.
que m'ont laissé plusieurs vacances > pour rédiger les morceaux précieux que je possédois seul. J'ai cru rendre un service important à l'art de guérir, en les livrant à l'impression.
Un grand nombre d'hommes distin- gués dans la carrière médicale , accueil- leront sans doute avec empressement un ouvrage qui renferme la doctrine parti- culière d'an des plus célèbres maîtres dans l'art de guérir ; mes anciens condis- ciples seront les premiers, je l'espère ; à rendre hommage à mon zèle , et à applau- dir à mes travaux.
V
Pour former un cours entier de Clinique externe , auquel il manquoit beaucoup de choses , il a fallu prendre sur moi de rem- plir des lacunes qui auroient rendu inu- tiles plusieurs de mes notes. Les leçons de Desault étoient souvent dictées sans ordre , et relatives seulement aux malades qu'il traitoit , soit dans l'Hôtel - Dieu , soit en ville. On ne doit donc point s'at- tendre à trouver ici un traité complet sur
PREFACE. ÎX
chacune clés matières que j'ai rédigées ♦, ce sont de courtes analyses qui n'ont reçu de développement , qu'en raison des cir- constances , de la nature ou de l'impor- tance de l'objet. Beaucoup d'observations sont citées brièvement , telles que Desault les citoit lui-même en enseignant. Jaurois pu les multiplier , j'aurois pu en changer le style; mais j'ai préféré de laisser subsister les propres expressions de Desault. Je me rappelle avec un doux plaisir celui que les élèves éprouvoient à les entendre, lorsque j'en faisois la lecture publique.
Cet ouvrage sera utile à la Chirurgie et à la Médecine. Je me suis particulière- ment appliqué à traiter les maladies mix- tes ; parce que celles qui sont purement chirurgicales ont presque toutes été assez bien recueillies dans les divers ouvrages qui ont paru depuis la mort de Desault. Ce recueil ne renferme point des mala- dies d'une espèce particulière , dont les cas se rencontrent au plus une fois dans le cours d'une longue pratique ; ce sont
X PRÉFACE.
ici des maladies ordinaires, qu'on avoit traitées depuis long-temps par une rou- tine contre laquelle nous nous élevons, pour y substituer la doctrine d'un maître célèbre , qui , par ses nombreuses décou- vertes , fera époque dans les fastes de la Chirurgie. Ma pratique particulière, con-« forme aux préceptes de ce grand maître , m'a fourni quelques observations que j'ai cru devoir recueillir pour l'avantage et l'intérêt public.
Je me suis identifié , pour ainsi dire , avec Desault , pour deux raisons. La pre- mière , parce qu'on peut demander quelle preuve je puis donner que cet ouvrage lui appartient; la seconde, parce que je suis véritablement et uniquement l'au- teur de la rédaction , de l'ordre qui règne dans les matières , et que je n'ai fait qu'y joindre les nouvelles méthodes proposées depuis la mort de Desault. Laisser dans l'oubli des procédés qui appartiennent uniquement à ce grand homme, ce se- roit une injure faite à sa mémoire \ m'en
PREFACE. XÎ
attribuer uniquement la gloire , ce seroit de ma part un trait odieux d'ingratitude; prendre sur ma responsabilité les fautes que la négligence , l'infidélité d'une note faite il y a douze ans , auront pu laisser glisser dans cet écrit ; me paroît un acte de justice , et acquitter ma conscience. Le seul désir de contribuer au bonheur de l'humanité a guidé ma plume : trop heureux si cette production , dont je n'apprécie la valeur que sur le mérite transcendant de celui qui en a fourni le sujet , peut être de quelque utilité aux élèves , et faire chérir la mémoire de Desault à ceux d'entr'eux , qui n'ont pas eu le bonheur de jouir du fruit de ses leçons!
P. S. Obligé de séjourner à Aubusson , chef-lieu du département , où j'exerce les fonc- tions de professeur et de directeur à l'école centrale de cette ville , il m'étoit impossible de surveiller l'impression de cet ouvrage. Un des professeurs de l'Ecole de Médecine, que je m'honore d'avoir pour ami , a bien voulu
XÏj PRÉFACE»
prendre ce soin ; c'est aussi lui qui a fourni quelques observations et réflexions sur les maladies des parties dures, qui terminent le second volume. Elles contribueront à rendre plus utile aux élèves cette partie importante de la Chirurgie, peut- être trop négligée jusqu'à présent, et sur laquelle on attendoit depuis long-temps un traité complet ; cette attente a été remplie par Barthélémy Richerand , dans l'excellent ouvrage qu'il vient de publier sur les maladies des os, rédigé d'après les leçons du cit. Berger, professeur à l'Ecole de Médecine de Paris.
COURS
COURS
THÉORIQUE ET PRATIQUE
DE CLINIQUE.
DES MALADIES
SUIVANT LEUR SIÈGE.
MALADIES DE LA PEAU.
CHAPITRE PREMIER.
DE LA GALE.
L/a Gale esl une maladie de peau qui se mauifesle par une éruption de petites pus- tules , accompagnées d'une grande déman- geaison qui se fait sentir entre les doigts , aux mains , aux poignets , aux bras , aux jarrets, aux cuisses , aux jambes, et souvent partout le corps. Ces ulcères ou pustules son! t
3 MALADIES
remplies d'une espèce d'eau claire ou de se'ro- sité ; lorsqu'on les ouvre , il s'y forme des croûtes dégoûtantes. Celte maladie, qui se manifeste particulièrement aux doigts et aux poignets, se nomme en latin Scabies ; à sca- bendo , gratter. Les Grecs l'appellent Psora, 4®f>* de 4«> rado , frico, je frotte, je réduis en petites parcelles en grattant.
Cette maladie est contagieuse; elle se com- munique par le contact, par les linges, les vêtemens, le lit. On la distingue difficilement de ces pustules que les grandes chaleurs d'été' occasionnent quelquefois ; mais leur situation et l'extrême démangeaison qui les accompa- gnent , sont des caractères qui ne sont point équivoques.
Il y a deux espèces de Gale : la première est appelée Gale canine , Scabies canina , parce que les chiens y sont sujets ; ou sèche, sicca , à cause qu'elle suppure peu ; prurigineuse , pruriginosa , à pruritu , démangeaison ( car elle en cause une qui est très - importune ;) gratelle , parce qu'on se gratte sans cesse. On lui donne encore les noms ftlmpetego , Li- chen , Mentagra. La seconde est nommée grosse Gale , ou Gale humide , Scabies erassa, humida, parce qu'elle est plus grosse
DE LA.PEAU.
que la première , et qu'elle suppure davantage. La première excite moins de démangeaison , la seconde en excite davantage; toutes deux: ont leur siège dans la peau. ( Dict. de Chir. )
Causes.
La Gale reconnoit pour cause une extrême malpropreté, un mauvais régime, l'abus des viandes salées et des fruits verts, l'habitation dans des lieux humides, la contagion: On peut joindre à ces causes le vice vénérien , scorbu- tique , les fièvres quartes , les maladies du foie, etc.
La Gale récente , contractée par contagion , surtout la Gale humide, quand elle se déve- loppe dans la jeunesse , se guérit fort aisément ; mais celle qui est invétérée, qui est venue dans la vieillesse, qui ne vient point de causes ex- ternes, mais delà disposition des humeurs, est beaucoup plus rebelle.
Traitement.
Il faut donner a ceux qui sont attaqués de la Gale des boissons amères qui portent à la peau , afin de préparer d'autres voies à l'hu- meur psorique. La racine de bardane , bouil- lie dans de l'eau avec du nitre, nitrate de
4 MALADIES
potasse , la chicorée sauvage et les bains , se- ront très - avantageux. Beaucoup de galeux pourroient être traités sans préparation; mais comment les discerner ? Il est bien plus sage de prévenir les accidens; il faut ajouler aux boissons l'usage des bains , surtout si la Gale ne sort pas bien. Les tisanes purgatives, avec un peu de séné ou quelques sels , les frictions, les purgations, détermineront l'humeur acre à s'échapper par la transpiration; il faut imiter ceux qui veulent supprimer un cautère : ils ont bien soin de purger.
Lorsque la Gale est de mauvais caractère,' o\i qu'elle est mal traitée , alors elle rentre j l'humeur acre se répercute sur les parties foi- bles. De là des fièvres , de la toux , des suffo- cations , la phthisie , l'épilepsie , l'apoplexie , l'engorgement dans différentes parties du corps.
On frotte les malades avec un onguent com- posé d'une once de fleur de soufre, partie égale d'axonge de cochon, avec un gros d'a- lun , sulfate à! alumine , un peu de sel com- mun , muriate de soude , ou de sel ammo- niac , muriate d'ammoniac. Après la guérison , il faut frolter les galeux , les purger, ne leur point laisser reporter leurs habits qu'après les
DE LA PEAU. 5
avoir passé à la fumée de fleur de soufre ; au- trement ils reprendroient la Gale.
Les frictions , les ceintures mercurielles , sont très- dangereuses, si le sujet n'est point altaqué de vice vénérien ; l'huile empyreuma- tique et le tabac ont des succès incertains , et de grands inconvéniens.
La dentelaire ne réussit que dans la Gal« canine. On a souvent employé le mercure j mais il exige des précautions très-indispensa- bles : c'est d'éviter le froid et l'humidité. Il occasionne souvent de l'enflure à la gorge , aux gencives , et excite souvent une très- grande salivation , accompagnée d'accidens graves. On ne doit jamais y avoir recours que quand le vice psorique provient de cause véné- rienne.
Cette maladie épuise souvent les malades; elle occasionne des inquiétudes , des déman- geaisons } et quelquefois la fièvre. La maigreur survient , les malades perdent leurs forces; il est alors nécessaire de les traiter par des pur' gatifs doux. Les bains domestiques et h s eaux thermales sont très -avantageux pour en ter- miner la guérison.
La Gale consiste dans réruptiou de petites pustules plus ou moins grosses qui attaque»*
'6 MALADIES
les mains, les doigts, les jarrets et toute l'habi- tude du corps. Elle forme de petites phlictènes remplies dune se'rosité acre qui excite une démangeaison considérable. La répercussion du virus psorique fait rentrer la Gale dans les routes de la circulation. Elle occasionne , comme je l'ai dit , une foule d'accidens plus ou moins fâcheux , la fièvre , la toux , l'op- pression , la plithisie, l'épilepsie , etc. Dans ces malheureuses circonstances , on recourt aux sudorifiques , aux saignées , aux vésicaloires ; souvent ces moyens sont infructueux. L'élec- tricité est préférable. Sigaud-Delafond rap- porte qu'un vigneron de Bourges, âgé de dix- huit ans , nouvellement marié à une jeune fille , reçut d'elle , en présent de noces , la Gale, qu'elle avoit depuis quelque temps. Une espèce de pommade , donnée par un voisin , en fit promptement disparoître les apparences ; mais 51 survint une toux sèche, accompagnée de vives douleurs dans les articulations des mem- bres et dans l'estomac. A ces accidens se joi- gnirent une irritation nerveuse et des înou- vemens convulsifs. Cet électricien reconnut facilement, au détail que lui fit le malade, que son état et ses douleurs étoient dus à la réper- cussion du virus psorique. Le premier moyeu
DE LA PEAU. 7
qu'il employa fut de rappeler ce virus à la superficie. Pour cet effet , il l'électrisa par bains , par étincelles et par frictions. Pendant tout le temps qu'il l'électrisa, il lui fil boire tous les matins une tisane de racine d'esquine, et dès le neuvième jour, la Gale commença à reparoître ; le douzième , il en étoit couvert. Les purgations et le traitement de la Gale le conduisirent à une parfaite guérison. L'essen- tiel est de porter l'humeur psorique à la peau.
CHAPITRE II.
DES U A R T R E S.
On appelle Dartres un assemblage de pus- tules prurigineuses, ayant peu ou point d'élé- vation , qui forment des plaques plus ou moins étendues sur le visage , sur les mains et sur les autres parties du corps. Il y a diverses espèces de Dartres , que l'on peut rapporter à quatre ; savoir: Dartres volantes, Dartres farineuses, Dartres milliaires , enfin , Dartres rongeantes.
La première espèce , qu'on appelle Dartre volante, est la plus légère de toutes. Ses pus- tules sont rarement réunies; elles suppurent et sèchent en peu de temps; elles attaquent la
8 MALADIES
plupart du temps le visage. Les remèdes les plus simples suffisent pour la dissiper.
La deuxième espèce, appelée Dartre fari- neuse , est formée de pustules extrêmement petites ; elles attaquent telle ou telle partie. A peine sont-elles visibles , leur réunion forme des taches d'un rouge noirâtre ; elles sont cou- vertes d'une espèce de poussière blanche et ecailleuse. Elles diffèrent peu de l'espèce sui- vante ; elles produisent quelquefois de petites croûtes qui se dessèchent si promptement , qu'elles semblent se rapprocher d'écaillés fur- fu racées.
La troisième espèce , appelée Dartre mil- liaire , présente un nombre prodigieux de pe- tites pustules, dont la réunion forme des aréoles assez larges qui se remarquent sur la poitrine , sur les lombes , les aines , le scrotum , les cuisses , etc. Elles se communiquent par les linges , les rasoirs , les vases dont on se sert pour boire. Ces sortes de Dartres excitent une grande démangeaison, et donnent, comme la Gale , quelque sérosité quand on les gratte. L'humeur dartreuse forme des croûtes qui dé- figurent le visage. Elles sont très -difficiles à guérir; souvent elles reparoissent lorsqu'on le* croit dissipées.
Î1Ï LA PEAU. g
La quatrième , qu'on appelle Dartre ron- geante ou vive, creuse des ulcères qui s'abreu- vent d'une sanie très -acre, qui se couvrent de croûtes humides, qui tombent en laissant à la peau des impressions vives. Elle attaque diffé- rentes parties du corps; souvent elle entoure le corps comme une ceinture. Elle excite beau- coup de démangeaisons , et même , par son âcreté , beaucoup de douleurs ; elle est très- rebelle. Sa cure laisse souvent des cicatrices ou des gonflemens aux parties qu'elles ont attaquées , sans que les secours de l'art puissent parvenir à les dissiper parfaitement.
Causes.
Les Dartres les plus opiniâtres reconnois- sent pour causes des vices vénériens , scorbu- tiques ou scrophuleux. Les maladies du foie , delà rate ou des autres viscères du bas-ventre, la suppression des évacuations, celle des cau- tères , des ulcères, la jaunisse, les habitations mai-saines, humides, peu aérées, une mau- vaise nourriture , les viandes salées, fumées, les vins verts , les eaux stagnantes ou corrom- pues , y donnent souvent lieu. Les nourrices les communiquent aux enfans. En général, ces pustules sont occasionnées par une humeur
ÎO MALADIES
acre ou corrosive, qui tantôt a sa source dans les glandes sébacées : telles sont les Dartres volantes et les Dartres farineuses ; tantôt dans un virus existant dans la masse du sang.
Les Dartres volantes disparoissent facile- ment par les remèdes les plus simples ; les Dartres farineuses sont également faciles à guérir : il n'en est pas de même des Dartres militaires et des Dartres vives ou rongeantes. Les Dartres qui attaquent les enfans se dis- sipent souvent lorsqu'ils parviennent à un âge adulte.
Traitement.
Le but qu'on doit se proposer dans le trai- tement des Dartres , c'est de remédier à l'àcreté des humeurs. Pour cela, il faut recommander un régime de vie exact ; les rafraichissans , les adoucissans , le lait , le petit -lait , les émul- sions , la crème de riz ou d'orge , les dépura- tifs , les amers et les sudoriilques , la fume- terre, la racine de patience, le cresson , les bouillons d'écrévisse , les apéritifs , les inci- sifs, les mercuriaux, les martiaux, qui ouvrent les pores et chassent les humeurs par la trans- piration ; les eaux minérales , ferrugineuses , acidulées , thermales , qui facilitent les excré-
DE LA PEAU.' lï
lions et conduisent à la guérison. On ne doit pas oublier les purgatifs souvent repétés, qui chassent les humeurs par les selles; un fréquent usage des bains est aussi très-avantageux. Les infusions de feuilles de scabieuse , l'exercice , la dissipation , conduisent souvent à la guéri- son ; mais ces remèdes doivent être employés suivant la nature des Dartres.
Comme dans les Dartres on a besoin de cor- riger la lymphe, de la diviser et de pousser les humeurs par la transpiration , l'œthiops mi- néral, qui est un remède aujourd'hui presqu'a- boli en médecine , pourroit être cependant dune grande utilité.
Lorsque les Dartres sont simplement volantes ou farineuses , le régime et deux on trois pur- gations suffisent pour les faire disparoîlre.
Mais si elles sont militaires ou rongeantes^ elles exigent un traitement qui est quelquefois infructueux. Si elles dépendent du scorbut, de la vérole , des scrophules, on sent qu'il faut d'abord commencer par guérir les maladies primitives; si elles ont d'autres causes , le petit- lait , les infusions de scabieuse , le sirop des cinq racines apéritives , les rafraichissans, les tempérans, les adoucissans et les sudorifiques, aidés du régime et de cinq à six purgerions
12 MÀLÀBIES
avec la manne, la rhubarbe et le séné, achève- ront de les faire disparoître. Lorsqu'elles sont opiniâtres , le suc de scabieuse eldecerfeuille, les bains d'eau thermale , sulfureuse , comme celles d'Evaux , les cautères , l'antimoine , oxide d' antimoine , à la dose d'un gros divisé en douze prises égales , le nitre , nitrate de potasse > à la dose d'un demi - gros par jour, et même plus , édulcoré avec le sucre , sont de très-bons moyens pour vaincre cette maladie. Les remèdes externes sont dangereux. On ne doit point employer ni céra , ni eau saline , ni encre, comme le font quelques individus; les suites en sont fâcheuses. Le moindre incon- vénient est la répercussion des Dartres , et sou- vent même les pulmonies. Le meilleur préser- vatif est , en pareil cas , le cautère. Il ne faut pas confondre avec les Dartres des démangeai- sons, qui donnent à la peau une affection pru- rigineuse. La peau est sèche, et quelquefois humide , et on voit des pustules moins nom- breuses que dans la Dartre, mais qui donnent également une sérosité farineuse quand on les gratte. De simples bains et quelques adoucis- sans, ou la précaution de frotter la peau avec une brosse douce ou des linges vieux , et d'é- tuver#les parties affectées avec l'eau de gui-
D 1 L A P E i tf.' ï 5
mauve , ont souvent suffi pour guérir ces sortes de démangeaisons.
Un remède qu'il ne faut pas perdre de vue , c'est l'électricité par baiiYfc. Les Dartres vo- lantes , les Dartres farineuses , les Dartres en- croûtées , les Dartres milliaires et les Dartres vives, peuvent se guérir par ce moyen. Sou- tenu des remèdes dont je viens de parler , Dehaën a tiré un grand avantage de l'électricité dans les Dartres rentrées ; le petit -lait, les eaux de Bourbonne, les cautères et l'électri- cité, ont réussi à Sigaud-Delafond pour guérir un homme de quarante-cinq ans , qui , par des pommades que lui avoit données un charlatan, s'étoit guéri de Dartres vives sur la poitrine et les reins , et auxquelles avoient succédé des douleurs d'entrailles très-vives , accompagnées d'une fièvre lente continue qui le minoit jour- nellement , et de douleurs qui deveuoientplus vives de jour en jour.
CHAPITRE III.
DE l'ÉrÉSIPELE.
L'-ÉrÉsipele , ou Erysipèle , qui est connu par quelques médecins sous le nom de Rose,
l4 MALADIES
de Feu sacré, de Feu Saint-Antoine^ est un gonflement inflammatoire , large , avec dépres- sion , accompagné d'un prurit inconcevable. Cette tumeur superficielle s'étend sur la peau , qui devient blanche quand on la presse , et qui reprend sa couleur rouge aussitôt qu'on cesse de la comprimer. Elle est accompagnée de rougeur, de chaleur acre et de douleur. La peau s'élève en petits monticules grenus , d'où s'écoule une humeur séreuse , acre , blan- châtre , quelquefois jaune , qui se dessèche dans la suite , et se détache en manière de fa- rine ou de petites écailles. On distingue plu- sieurs sortes d'Erésipèles; de simples, de com- pliqués , de bénins , de malins , dambulans, de fixes, de symptomatiques et de périodi- ques. Lorsque la surface de la peau est luisante et garnie de petits boutons , on l'appelle Eré- sipèle milliaire.
L'Erésipèle attaque plus fréquemment le visage et les cuisses. Les bras, les jambes, en sont quelquefois couverts ; le col , le nez , y sont quelquefois sujets. Son étendue est plus ou moins grande; quelquefois elle entoureles reins en forme de ceinture. Elle est nommée Zoster , parce que c'est une espèce de zone. Quelquefois elle serpente , passe d'un côlé à un autre.
I)E LA PEAU. l5
Sa durée est de huit à neuf jour*;; la peau est couverte comme de petites écailles détachées et de son. 11 eu est d'un rouge assez foncé; il en est où la couleur de la peau est comme cal- cinée , brûlée , noircie. La fièvre , l'insomnie , la soif , les inquiétudes et autres symptômes , les accompagnent souvent. La fièvre est d'au- tant plus vive, que TErésipèle est plus consi- dérable.
Il est encore une autre espèce d'Erésipèle universel qui s'étend partout le corps, comme de petites vésicules , et que l'on appelle Ërési- pèle boutonné, et que quelques auteurs ont appelé du nom propre de Rosalie C'esl une éruption furfuracée qui attaque tou'e l'habi- tude du corps, et qui est regardée par que'ques médecins comme une éruption cutanée d'une nature particulière.
Causes.
Les causes de l'Erésipèle sont en général les mêmes que celles de l'ii flammation ; c'est le passage des globules sanguins dans les vais seaux lymphaliques. Il attaque fréquemment les pléthoriques , les jeunes -gens un tempé- rament sanguin , les filles mal réglées , les femmes qui ont des humeurs acres qui crou-
l6 MALADIES
pissent dans les premières voies; ceux qui font usage immodéré de boissons spiritueuses , de vin, de liqueurs; ceux qui font des exercices violens ; toutes les personnes d'une constitution sanguine et bilieuse; très - fréquemment ceux qui font des études forcées, qui passent les nuits , qui sont attaqués du foie; ceux qui ont des passions violentes. L'ardeur du soleil , la suppression de la transpiration , l'application d'un corps très-chaud ou très -froid , la piqûre de quelqu'insecle , la compression violente des vaisseaux de la peau , sont autant de causes des Erésipèles.
Les Erésipèles qui attaquent la tête et le visage sont les plus douloureux et les plus fâcheux. Plus le gonflement est grand , plus il y a de danger ; il cause quelquefois une fièvre aiguë , un délire. La peau est brûlante. Celui qui attaque les mamelles, les parties glandu- leuses , les reins, et celui du col , sont fort à craindre. Lorsque ce dernier provient de carse interne , il est toujours opiniâtre. La suppura- tion est ce que l'on peut désirer d'avantageux; la rentrée des Erésipèles est toujours accom- pagnée de grands dangers : la gangrène et la moi t sont à redouter.
L'Erésipèle fixe, symptomatique çt simple,
DE LA PEAl. I t
est beaucoup moius fâcheux que celui qui est composé.
Traitement.
D'après ce que nous avons dit sur le sic\<?e de cette maladie, les causes, l'âge, la saison et les complications qui l'accompagnent, il est aisé de diriger le traitement. Li s înédieamens internes ou externes doivent être employas , suivant les circonstances. Les remèdes adou- cissans , relàchans , portant à la peau , l'eau de mauve, l'eau de fleur c!e sureau, les ca- taplasmes sur toules les parties, doivent être employés par préférence. La lièvre, qui accom- pagne souvent cette maladie , doit être consi- dérée avec soin. On doit observer si le pouls est plein, si la pléthore continue, si la tète est embarrassée, s'il y a délire; une saignée est quelquefois nécessaire; mais il ne faut point les répéler trop fréquemment. On en doit faire une ou deux seulement s selon l'intensité de l'inflammation, la violence des symptômes, les forces et la constitution du malade. Les sai- gnées trop répétées pourroient précipiter les malades dans le tombeau. On doit s'appliquer à modérer l'action du sang par des boissons relâchantes, par des infusions ihéï-formes , par
I. 2
l8 MALADIES
l'eau de fleur de tilleul , l'eau d'orge , le sirop de violettes. Toutes les boissons humectantes sont avantageuses. Les éméliques sont donnés à propos, quand la langue est chargée, qu'il est nécessaire de faire vomir, de dégorger la vésicule du fiel; quand les humeurs acres croupissent dans les premières voies , et quand elles se trouvent empreintes d'une bile dont la nature tâche de les dépouiller. Alors , ils impriment à la machine une secousse salu- taire. Les pur^ations feront aussi un très -bon effet à la fin de la maladie , ou dans le cours, lorsqu'il y a une saburre considérable dans les premières voies.
Il faut éviter les lavemens, pour empêcher la rentrée de l'Erésipèle ; ils ne conviennent que quand il faut abattre le malade.
Les vésicatoires peuvent être aussi employés quelquefois avec beaucoup d'avantage , sur- tout dans les affections comateuses.
Dans tout le cours de la maladie, lorsqu'elle est accompagnée de fièvre et de symptômes violens , il seroit dangereux de donner des alimens aux malades ; on doit se borner à leur donner un peu de bouillon.
Quant aux applications sur la partie ma- lade, ou doit éviter soigneusement d'y appli-
DE LA PEAU. frt
quer des matières grasses ou astringentes ; elles ïépercuteroient'la matière érèsipélal use , et causeroient la gangrène. Ou doit appliquer des cataplasmes de fleur de sureau , ou autres ; il faut avoir soin qu ils ne soient pas trop chauds. Les fomentations doivent être tièdes; autrement elles au^menteroient la raréfaction du san« et l'inflammation. Les linges dont on se servira doivent être très-propres, et souvent changes. 11 faut défendre la partie malade des impressions de Pair froid.
En général , le grand point dans cette mala* die est de rétablir la transpiration arrêtée, lorsqu'elle tire sa source de suppression de transpiration, comme il arrive souvent, de diminuer la violence des symptômes inflam- matoires , et de faciliter la sécrétion de la bile, Si lErésipèle est simple, il se dissipe aisément par les topiques extérieurs et quelques purga- tions. S'il est composé , il demande toute la prudence du médecin.
2(> MALADIES
MALADIES DU TISSU CELLULAIRE.
CHAPITRE PREMIER.
EMPHYSEME.
vJn appelle Emphysème une boufîssure ou itoursoufflnre semblable à celle qu'on remar- que aux animaux de boucherie qu'on souffle après les avoir tues. C'est une tumeur blanche, luisante , é;aslique , indolente , faite d'air ré- pandu sous la peau dans les cellules du corps graisseux. Elle est bien différente de l'oedème, en ce qu'elle ne retient point l'impression du doiçt. On l'observe souvent à la suite des plaies , comme nous aurons occasion de le dire par la suite. Quand on la comprime , elle fait une crépitation comme le parchemin sec. Les animaux , mis sous la machine pneuma- tique , se boursoufflent ; mais ce boursouffle- ment est bien différent de celui dont nous par- ions. Ce dernier est l'effet d'un défaut d'équi- libre entre l'air extérieur et l'air intérieur, au
DU TISSU CELLULURE. 31
lieu que l'Emphysème , qui accompagne les plaies , est occasionné par Pair qui s'est insi- nué dans le tissu cellulaire de la peau On remarque aussi l'Emphysème dans la gan- grène , la petite- vérole , l'affection scorbu- tique , et plus encore dans la suppression des lochies.
11 ne faut pas confondre l'Emphysème avec le météorisme ; dans ce dernier cas , il y a fer- mentation et corruption. 11 ne faut pas non plus le confondre avec la tympanile ; celle-ci n'est véritablement qu'un défaut de ressort.
Traitement.
11 suffit , pour faire disparoître l'Emphy- sème , d'évacuer l'air. La chaleur seule , les bains pénétrans et aromatiques , l'oxycrat , tendent facilement à ce but. Dans les plaies, l'oxycrat est préférable à tous les autres moyens; il pénètre et donne au corps la faculté d'exhaler lair qui formoit l'Emphysème. Si cette maladie est produite par l'air introduit dans le tissu cellulaire, et qui ne peut plus sorli'r parce que les pores sont bouchés, comme il arrive à ceux qui se vernissent les cheveux , les sourcils , qui se peignent le visage , qui se fardent , il est évident que le traitement alors
22 MALADIES
doit être différent ; les bains , les sudorifiques, et tous les moyens qui peuvent rétablir Pin-» sensible transpiration , seront employés avec succès.
CHAPITRE II.
ATROPHIE.
On entend par Atrophie la maigreur de tout le corps ou d'une partie du corps , sans aucune apparence de fièvre. Son nom lui vient du grtc Arpcçn^ sans nourriture. Si c'est la mai- greur de toiu le corps , on l'appelle plus par- ticulièrement Marasme, qui vient du motgrec Mapctmiv , dessécher, parce que le corps se des- sèche comme une fleur privée des sucs de la terre. La fièvre survient- elle, c'est alors le second degré ou l'Atrophie des vieillards , tabès sefiilis.
L'Atrophie varie suivant les causes qui la produisent. Dans l'Atrophie générale ou le Marasme, proprement dit, la maigreur est générale , et n'affecte pas une partie plutôt qu'une autre j dans l'Atrophie spéciale, c'est
DU TISSU CELLULAIRE. 23
Je dessèchement d'une partie séparée , comme Ja main, le bras, la cuisse, la jambe, le pied , etc. Les auteurs qui ont écrit sur celte matière ont confondu ces deux sortes d'affbc- tions. L'Atrophie ou le dessèchement d'une pariie séparée dépend d'un vice local de la partie affectée , qui empêche que le suc nour- ricier s'y porte , tandis que les autres parties environnantes conservent leur embonpoint. Ce vice provient dune ailéction scorbutique, ou d'une affection rachialgique ; c'est-à-dire , qui attaque la colonne vertébrale, ou est occa- sionnée par des plaies , des ulcères , des bles- sures ; par la carie , les fistules , les luxations , la section de quelques nerfs, ou enfin par des tumeurs osseuses , lymphatiques ou scrophu- leuses des articulations.
L'Atrophie générale ou le Marasme recon- noît un grand nombre de causes qu'il est plus aisé d'assigner que de détruire. Celte espèce de maladie, que Morton etLony désignent sous le nom d'Atrophie ou de Phthisic nerveuse , est remarquable, parce que les malades ont le visage pâle , blême, démasqué ; leur pouls est lent et serré ; ils n'ont point d'appétit ni de som- meil ; leurs membres sont roides , leurs urines sont claires , leur ventre est resserré. Ils n'ont
1 /j. MALADIES
poiat de fièvre , mais une extrême foiblesse. Quelquefois le Marasme ou .l'Atrophie géné- rale est occasionné par un grand flux de sang. C'est , chez les hommes , un flux hémorrhoï- dal ; chez les jeunes-gens , des saigncmens de nez très-fréquens ; chez les femmes , des règles trop abondantes. D'autres fois , cette maladie provient d'évacuations trop abondantes , d'une trop fréquente émission de liqueur sperma- tique , d'une trop grande abondance de fleurs blanches. La dyssenterie , la diarrhée , la lien* terie , le ptyalisme, le défaut de lait chez les nourrices , les vers chez les enfans ,. un vice scorbutique , et mille causes semblables , le déterminent souvent.
Je ne parle point ici du tabès , qui est ac- compagné d'une fièvre lente, et qui conduit presque toujours les malades au tombeau.
Traitement.
Cela posé , l'Atrophie , proprement dite, est facile à détruire; il ne s'agit que de s'appliquer à bien connoitre la cause , ^fîn de, la déraci- ner. Ainsi , les frictions , les anti-scorbuti- ques , la guérison des plaies, des ulcères, feront disparoître la maladie.
L'Atrophie nerveuse ou Marasme se guérit
DU TISSU CELLULAIRE. 25
par les bains , le petit - lait , les émulsions , les nourritures légères , le lait d ànesse , l'éloigne- ment des purgatifs , la promenade , la dissipa- tion, etc. L'Atrophie ou Marasme par perte de sang , se guérit par le laitage , les bouil- lons , la bonne nourriture , les amers , le quin- quina, le cachou, les légers toniques. L'A tro- plîie ou Marasme des femmes par fleurs blan- ches , se traite par de légers toniques , par les amers, le quinquina, le cachou, les sudori- fîques , et tout ce qui peut porter à la peau. L'Atrophie qui provient d'un flux excessif de semence , exige qu'on arrête au plutùl la gonor- rhée , qu'on réveille l'appétit , qu'on donne des alimens nourrissans et variés , en évitant les liqueurs et les évacuans. L'Atrophie des nourrices , par défaut de lait , exige qu'elles suspendent l'allaitement. Si l'A trophie est occa- sionnée par une trop grande salivation , il suf- fira de détourner les humeurs , d'arrêter le ptyalisme , de donner les adoucissans , l'eau d'orge , le sirop de mûre ; de défendre la mau- vaise habitude de cracher , que contractent aisément les jeunes personnes. L'Atrophie des enfans, occasionnée par un mauvais lait ou défaut de lait , disparoit bientôt en les mettant à l'usage d'un bon lait de vache, coupé par
a6 MALADIES
l'eau d'orge, une tisane de chiendent, ou en les confiant à une bonne nourrice. Celle qui reconnoît pour cause les vers, se distingue ai- sément ; dans celle-là, les enfans se frottent le nez, ont la pupille dilatée; ils sont tristes et se louchent les gencives. Une légère teinture de rhubarbe , l'eau ferrée , la limaille de fer , les vermifuges, les rétabliront bientôt. La dys- senterie , la diarrhée , la lienterie , étant sou- vent occasionnées par l'acrimonie des humeurs, cèdent facilementaux légers purgatifs,aux doux laxatifs, aux eaux imprégnées de substances sa- lines. L'Atrophie des vieillards, tabès senilis , est la suite de la rétraction du tissu cellulaire ou d'un vice scorbutique. Lesadoucissans, les boissons relâchantes, la petite-sauge, la chi- corée , les plantes laxatives , les amers légers et odoriférans , le cresson , l'aunée , le bon vin , les anti-scorbutiques , sont infiniment utiles , surtout quand le vice scorbutique est mani- feste , que le malade a des taches aux jambes , ou des signes qui indiquent le scorbut.
A toutes ces causes d'Atrophie que je viens d'assigner , il en est beaucoup d'autres que je pourrois citer ici. L'Atrophie rachitique , qui se remarque chez les enfans sevrés trop tôt, se guérit facilement en les remettant au lait.
!)U TISSU CELLULAIRE. «7
L'Atrophie causée parle vomissement , qui a sa source dans l'obstruction du pylore , se guérit par la diète blanche. L'Atrophie mésen- térique se dissipe par la compression du ven- tre, avee l'usage de la rhubarbe à petite dose. Il y a des individus où l'on trouve un tabès lateralis , ou Atrophie de 'a moitié du corps, ou un dessèchement partiel, tandis que l'autre partie jouit d'un grand embonpoint. Ce dessè- chement étant occasionné par des causes exté- rieures , les anti-spasmodiques , les sudorifi- ques, les nourritures légères , les eaux légère- ment ferrugineuses, le vin coupé , les frictions sur la partie affectée, ont souvent produit d'heureux effets chez les enfans. On pourroit encore parler ici de l'Atrophie qui survient à la suite des fièvres ; elle est occasionnée par l'appauvrissement des fluides qui ne sont pas doués d'une quantité suffisante de lymphe mu- cilagineuse et nourricière. Pour la guérir , il faut réparer cette lymphe par l'usage des bouillons de poulet , de grenouille , de tor- tue ; par les bains , par l'exercice , par les bonnes nourritures, par les viandes froides, par les caïmans, par le lait d'ânesse, et quel- quefois par de légères décoctions de quinquina.
2§ MALADIES
MALADIES DES MUSCLES.
CHAPITRE PREMIER.
L YPOME.
JLe Lypôme est une loupe ou tumeur grais- seuse, infiltrée el endurcie dans les feuillets du tissu cellulaire, formée de difterens lobes re- couverts par une enveloppe commune; chaque lobe fendu forme plusieurs petits lobes sem- blables au thymus. Quand la tumeur a fait des progrès , les fondans et les résolutifs sont fort inutiles. Au commencement , les résolu- tifs empêcheroient les tumeurs lypomaleuscs de prendre de nouveaux accroissemens ; une compression, très - forte produit le dégorge- ment. 11 en est de la graisse ici , comme de la lymphe dans le ganglion , lorsqu'on le déchire , la lymphe se répand dans le tissu cellulaire et y est résorbée. Quand ces tumeurs sont très- petites , la compression dissipe la graisse, comme elle dissipe la lymphe infiltrée; elles
DES MUSCLES. 39
peuvent être re'sorbées comme 1rs gang^ons. Il ne faut cependant pas les confondre avec eux; elles eu diffèrent essentiellement. Les I.ypômes sont formés par la graisse, les gan- glions par la lymphe; dans les Lypônns, la graisse est infiltrée dans de petites cellules ; dans les ganglions, la hmphe est épanchée dans un kyste.
Quoique ces tumeurs soient de nature à être résorbées , elles acquièrent cependant quel- quefois des volumes très-considérables. Jamais elles ne sout dangereuses.
, Traitement.
Les praticiens indiquent deux moyens cura- lifs; les cautères ou lincision.
i°. Cautère. La méthode des caustiques , si recommandée par bien des ; hirurgiens, cause à chaque application beaucoup de douleurs, et n'en enlève qu'un1"1 partie. Le cautère a be- soin d'être souvent réitéré ; il faut quelquefois cinq à six mois pour détruire les Lypômes. Ce procédé est plus long et plus douloureux que l'incision , et il a beaucoup de danger. Ce danger résulte de l'irritation du caustique. L'arsenic surtout a des inconvéniens très- graves, s'il se porte dans les premières voies.
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Traitement.
Les praticiens indiquent deux moyens cra- tifs; les cautères ou l'incision.
i°. Cautère. La méthode des caustique, si recommandée par bien des i birurgiens, tu e à chaque application beaucoup de doulers, et n'en enlève qu'une partie. Le cautère «be- soin detre souvent reitéré ; il faut quelqufois cinq à six mois pour détruire les Lypômc Ce procédé est plus long et plus doulourt:u> jue l'incision , et i^| ^~^ HflE
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3© MALADIES
2°. Incision. La méthode de l'incision a moins d'inconvéniens ; il y a peu de douleur. On enlève sûrement toute la tumeur ; les par- ties voisines ne sont point endommagées. Cette incision se fait de différentes manières, suivant la nature du Lypôme.
Quand le Lypôme est grand et le pédicule petit , il faut emporter la peau avec la tumeur. Quand le pé icule est applati et la base large , alors il vaut mieux ménager la peau ; autre- ment ce seroit emporter trop de peau. Il faut faire l'incision, non pas suivant la direction du corps, mais suivant celle de la tumeur; c'est-à-dire, deux incisions semi- lunaires. Après l'incision jusqu'à la graisse, on dissèque la tumeur entièrement. La tumeur incisée, s'il n'y a pas de sang , ou fort peu , il faut réunir ; on ne risque rien. Il y aura très-peu de suppuration. On réapplique la peau , on exerce une compression, en raison du plus ou moins de sang. On met ensuite un emplâtre aggluti- natif. Par-dessus , de la cliarpie brute; on met une compresse sèche et une bande. La com- pression doit être bien égale , pour empêcher le sang de s'épancher ; ce qui formeroit de la sérosité qui empècheroit la réunion.
DES MUSCLES. 5r
CHAPITRE IL PREMIÈRE SECTION.
DES RHUMATISMES.
Le Rhumatisme a été confondu par les anciens avec la goutte. Baillou est le premier qui l'ait distingue. Il y a entre le Rhumatisme et la goutte beaucoup de choses différentes; mais aussi il y a entr'elles des ressemblances. La goutte a son siège dans les articulations; le Rhumatisme dans les muscles. Souvent ces deux maladies marchent ensemble, et alors on les désigne sous la dénomination com- mune de Rhumatisme goutteux. Le Rhuma- tisme peut être général ou particulier ; tantôt il s'étend depuis la tète jusqu'aux pieds , d'au- tres fois il n'aQecte qu'une par lie du corps: Lorsqu'il n'occupe que le col , on le connoit sous le nom de torticolis ; s'il affecte les mus- cles de la poitrine avec une douleur très-vive , sans fièvre , on le distingue alors de la fluxion de poitrine et de la pleurésie , et on le regarde comme une fausse pleurésie. Quel-
3 2 MALADIES
quefois le Rhumatisme se porte sur les reins, et occasionne cette courbature connue sous le nom de lumbago; quelquefois le Rhumatisme occupe les muscles postérieurs des fesses , le long des nerfs sciatiques , et est connu sous le nom desciatique. Le Rhumatisme est défini , par Sauvages, une douleur longue et opiniâtre, sans rhume , étendue le long des musclas. Sa nature est d'empêcher les mouvemens des muscles quand la douleur est un peu vive. Souvent la douleur est précédée de légers fris- sons , et quelquefois d'un certain malaise qui s'annonce avant que la maladie se déclare. Le pouls est serré , ensuite succède de la chaleur, de la rougeur et du gonflement ; quelquefois elle occasionne une impression de froid. On l'appelle alors Rhumatisme froid. Souvent , dans certains Rhumatismes , la fièvre semble diminuer , lorsque l'affection locale est bien fixée 5 dans d'autres, la fièvre marche pendant toute la maladie, continue plusieurs jours de suite dans sa violence, même avec redouble- ment le soir. C'est une inflammation générale dans toutes les parlies. Le pouls est serré et le sang est coè'neux. Le malade n'a point de repos ; toutes les situations sont pour lui douloureuses. Les plus vives douleurs qu'il
DES MUSCLES.' 5j
éprouve sont aux reins , aux cuisses , aux hanches : la tête , les yeux , les dents y sont ex- posés. Le cerveau même en est susceptible. La fièvre est ou continue, ou intermittente, ou rémittente avec des paroxismes réglés. Il y en a d'intermittentes, et d'autres où la fièvre di- minue sans disparoître , et est seulement rémit- tente.
Je ne parle point du Rhumatisme sans fiè- vre ; cette affection est chronique : cV si - à- dire , dure long-temps , tandis que le Rhuma- tisme aigu dont nous parlons ici est une affec- tion passagère. Nousparlerons ailleurs des dou- leurs rhumatisantes , auxquelles se rapporte spécialement le Rhumatisme sans fièvre; ces Rhumatismes simples sont d'ailleurs peu dan- gereux, et se guérissent par de légers sudori- fiques , comme nous le dirons plus bas.
Causes.
Le Rhumatisme aigu est une espèce d'in- flammation qui tient plutôt à un principe d'à- creté qu'à une disposition vraiment inflamma- toire du sang. Cette surabondance d'humeur est plus ou moins acre ; cette âcreté agit sur les nerfs et les irrite. Une cause commune des
I. 3
34 MALADIES
Rhumatismes aigus est une transpiration arrê- tée. Ceux qui liabitent des lieux humides ou marécageux , des maisons nouvellement cons- truites , viennent -ils à être attaqués par le froid, sont attaqués de Rhumatisme. Les sol- dats qui couchent au bivouac y sont très-expo- sés ; les habitans des campagnes y sont aussi fort sujets. La suppression des règles, des hé- morrhoïdes , du crachement de sang , des sai- gnemens de nez , du lait, des lochies, et de toutes les évacuations , occasionnent les Rhu- matismes.On les voit aussi chez ceux quiavoient des éruptions à la peau , et qui ont été arrêtées. Les vices scorbutiques , véroliques , scro- phuleux , les occasionnent souvent. La dou- leur redouble , pendant la nuit , dans la ma- ladie vénérienne. Une vie oisive , l'abus du quinquina , qui arrête trop tôt la fièvre, dégé- nèrent souvent en Rhumatisme aigu, suivant Sydenharn. Les fièvres rhumatismales et les douleurs qui constituent le Rhumatisme aigu, sont quelquefois de fort longue durée; on les a vu se prolonger pendant trente ou quarante jours.
Le Rhumatisme n'est souvent accompagné d'aucun danger, à moins qu'il ne soit ou entre- tenu par un mauvais régime, ou que Ton ne
PES MUSCLES. 55
fasse des remèdes à contre-temps S'il passe d'une partie à une autre , le mal se fixe quel- quefois à une articulation à laquelle il fait perdre le mouvement pour toute la vie. Quel- quefois le Rhumatisme se termine par une hu- meur acre sur les jambes , où elle établit des ulcères; d'autres fois il se termine par un nb- cès dans la pa-iie affectée. On regard.' comme très- opiniâtre le Rhumatisme qm aff cte par- ticulièrement une partie; mais il es' sans dan- ger. Les Rhumatismes intermitlens sont pi s faciles à guérir. Lorsque le Rhumatisme est invétéré , on voit souvent les muscles se roi- dir , les doigts affectés de nodosités ; quelque* fois les os sortent de leurs cavi'és, et forcent les malades d'être estropiés et de garder lé lit. Le Rhumatisme se guérit plus facilement que la goutte ; il est aussi plus commun. Il n'est pas rare de voir des goutteux vivre plus ':on«* temps que ceux qui sont affectés de Rhuma-
tismes aigus.
Ouverture des cadavres,
A l'ouverture des cadavres , on trouve les muscles et les membranes desséches , une aridité singulière et si grande, qu'ils res-
36 MA LAD! y. S
semblent plutôt à des tendons. Les vaisseaux sanguins sont rétrécis , les poumons sont échi- mosés , les membres comme anchilosés. On rencontre souvent une matière gélatineuse , accumulée avec abondance sur les membranes et les aponévroses. Les os sont souvent re- poussés de leurs articulations. Le sang se porte suu la poitrine avec abondance, et s'extravase dans le tissu cellulaire. L'habitude du corps est d'une maigreur excessive ; mais tout cela ne se remarque que dans les Rhumatismes anciens.
Traitement.
Le premier des remèdes est la saignée. C'est une maladie inflammatoire : il faut donc sai- gner le malade , suivant la violence du mal , la vigueur du sujet et la disposition inflamma- toire.
La tisane de chiendent et de réglisse , les boissons douces et humectantes , le petit-lait, l'eau de veau , l'eau de poulet; les plantes adoucissantes , la mauve , la violette, la gui- mauve ,1e bouillon blanc, les gommeux , sont très - avantageux , et très - propres à calmer l'effervescence des humeurs , à diminuer leur épaississement et à adoucir leur âcreté.
DES MUSCLES. Zj
Les lavemens sont très - nécessaires pour diminuer la chaleur des entrailles ; ces lave- mens doivent être émolliens , et faits avec des infusions de mauve, de guimauve, avec le lait , l'eau de veau , l'eau de tripe , l'eau de son. Ces lavemens doux relâchent le ventre; ce qui est très-important dans cette maladie.
Les bains tièdes ou même froids paroissent très - efficaces pour dissiper le Rhumatisme aigu , récent; ces bains , en excitant la trans- piration , délivrent souvent le malade.
Comme le Rhumatisme tient à une surabon- dance d'humeurs acres, l'œtbiops minéral, oxide de mercure noir, pou r roi t être employé très-avanlageusement, et pousser par la trans- piration ces humeurs acres , après les avoir divisées.
La sensibilité extrême des parties affectées ne permet pas d'employer des remèdes extérieurs.
Quand le Rhumatisme est local , l'usage des topiques spiritueux, le baume de Fiora-Venti, en crispant les pores de la peau , exciient sou- vent Une dérivation salutaire. J'ai vu employer très-avantageusement dans ce cas , et j'ai moi- même employé avec succès, l'application des vésicatoires à la nuque , lorsqu'il étoit dans la tête ; au bras gauche , lorsqu'il étoit au bras
58 MALADIES
droit; entre les deux épaules , lorsqu'il e'toîfc aux muscles de la poitrine; aux jambes , lors- qu il étoit aux reins. Cette application des vési- caoires, en excitant une irritation sur un point différent, fait diversion à l'ennemi, et met en fuite la maladie. Les cataplasmes légè- rement émolliens , des plantes légèrement discussives et apéritives , des boissons légè- rement sudorifiques , telles que le thé très- léger , une très-légère infusion de fleur de su- reau ou de tilleul , ont , avec les bains, déter- miné vers la peau la matière caustique qui causoit la maladie. On peut aussi exposer les membres arides à la vapeur de l'eau bouil- lante , ou à la fumée de succin et de sca- rabée.
Lorsque le Rhumatisme est périodique ou erratique, ou lorsqu'il revient de temps à autre, on doit faire usage de bourrache, de pissenlit , de suc d'herbe , de lait d'ânesse , et quelquefois de pilules savoneuses.
Lorsque la fièvre, la chaleur et la dureté du pouls ont diminué , on peut alors purger le malade avec la casse, la manne et le séné. Les purga ifs doux, pris de temps en temps et à propos , préviendront ou feront disparoître l'humeur acre portée sur les jambes. Ces pur-
DES MUSfiLES. $9
gâtions sont aussi nécessaires , lorsqu'il y a eu des abcès.
Le Rhumatisme aigu est ordinairement lo- cal , et les parties du corps qu'il attaque ne sont que peu ou point gonflées ou enflammées. L'électricilé, lorsque la fièvre a disparu , peut être employée avec beaucoup d'avantages , soit par bains, soit par frictions , soit par in- suflation. Dans la sciatique , l'électricité paroit donner aux mcdicamens externes un succès qui est confirmé par l'expérience.
Voici des observations qui sont consignées dans les ouvrages des savans. Les physiciens anglais, au rapport de Cavallo , éleclrisoient les malades en les couvrant de flanelle, et en promenant sur la partie affectée la boule d'un excitateur. Wilkinson vante également le suc- cès de l'électricité dans les Rhumatismes occa- sionnés par refroidissement; lorsqu'ils ne sont point accompagnés de l'enflure, le bain élec- trique, les étincelles , et quelquefois de légères commotions , ont souvent réussi au médecin Mauduy t , en sept ou huit séances d'une demi- heure chacune; mais ce remède a quelquefois manqué son effet dans les Rhumatismes très- invétérés. Cependant , Mauduyt et Sigaud- Delafond ont eu des succès constans , même
/jO MALADIES
dans des Rhumatismes invétérés depuis plus de dix ans.
Le docteur Mazars a également réussi dans un Rhumatisme qui attaquoit une fille depuis quatorze ans. Ses doigts de la main gauche étoient décharnés, ridés, et si sensibles, qu'elle jetoit les hauts cris pour peu qu'on les tou- chât. Ses genoux étoient agités de tremble- ment; souvent elle ne pou voit taire aucun usage de ses membres. Le docteur Mazars la mit à l'usage des incisifs , des diaphorétiques , des délayans , des adoucissans et de l'électri- cité , et la maladie disparut en peu de temps. Le même médecin acheva la guérison avec la décoction de la tige de douce-amère.
Une femme de quarante-deux ans fut élec- trisée par le même Mazars, et obtint la guéri- son d'un Rhumatisme qu'elle avoit depuis un grand nombre d'années.
Un officier se plaignoit , depuis plusieurs années , de douleurs constantes aux bras et aux articulations. Tous les remèdes avoient été inuliles ; l'électricité par bains, la tisane de feuilles d'oranger, avec une légère décoction de squine, opérèrent en deux mois sa gué- rison.
Une femme, depuis trois ans , attaquée de
DES MUSCLES. /\l
douleurs vives dans toutes les parties muscu- leuses et dans toutes les articulations du corps, avec enflure, fut guérie par l'électricité par bains , par frictions , par étincelles , avec la ti- sane de squine, et un verre de décoction de douce - amère. Le remède a parfaitement opéré.
Un homme de quarante- sept ans éprouvoit des douleurs aux lombes et dans tout le trajet de la colonne vertébrale; il éloit tourmenté de douleurs aux cuisses , aux genoux , aux jambes , aux pieds, et ne pouvoit ni se lever, ni se coucher. 11 fut purgé plusieurs fois. 11 prit des bouilons diaphoréliques et incisifs ; il se mit à l'usage de la décoction de la douce- anière. L'électricité suffit en peu de temps pour déterminer la crise et l'expulsion de la matière morbifîque ; le malade a beaucoup sué , beaucoup uriné , et a obtenu une guérisoa parfaite.
Une femme, âgée de cinquante - sept ans, attaquée d'un Rhumatisme très- douloureux le long du bras , a été bien guérie par l'électri- cité dans l'espace d'un mois. *
Un journalier, âgé de vingt-sept ans, étoit, depuis cinq ans , attaqué d'un Rhumatisme avec des douleurs permanentes, et plus fortes
4 3 MALADIES
dans les temps d'humidité. Les bains n'avoient rien diminué de ses douleurs. Dès la quatrième éJecuisation , il éprouva une légère moi- teur et un mieux sensible, qui a toujours été en augmentant. 11 ne fit que prendre deux tasses d'une légère décoction de squine, et le "vingtième jour il fut guéri. *
Dans la scialique , une femme chez laquelle elle étoit occasionnée par la suppression des menstrues, fut promptement guérie parl'usage de l'électricité.
Un journalier, à la suite d'un travail dans une cave très-humide , fut aitaqué d'une scia- tique extrêmement douloureuse. L'électricité par bains et par étincelles dissipa l'ijedématia des jambes et des cuisses qui commençoit à paroitre; les frictions diminuèrent la vivacité des douleurs, et les rendirent supportables. En deux jours il put marcher, et en huit jours sa guérison fut complète. Cependant, l'élec- trisation a été continuée pendant un mois.
Un homme, âgé de trente-un ans, étoit au lit depuis vingt-un jours par une sciatique très- douloureuse au côté droit; le traitement de l'électricité par bains , par étincelles et par frictions ,. procura des sueurs très-abondanles qui firent disparoître ses douleurs.
DES MUSCLES. /p
Une laitière , âgée de soixante - ans, tour- mentée de vives douleurs occasionnées par l'humidité, ayant été soumise à l'électricité par bains, vit ses douleurs diminuer et une grande moiteur survenir. Les étincelles et quelques légères commotions locales lui pro- curèrent de !a diarrhée, mais l'élecîrisation acheva sa guérison.
Un jeune homme de vingt-deux ans, tour- menté d'une scialique 1res - douloureuse , ne pouvoit marcher qu'en boitant ; il fut cepen- dant guéri en huit jours par la seule électricité par bains.'
Un homme de quarante- cinq ans, dont les nerfs étoieiit très - irritables, fut électrisq par baius , et en huit jours fut en état de faire une longue promenade. Sa maladie eut plusieurs retours , qui furent également dissipés avec la même promptitude.
Un homme de quarante - deux ans , tour- menté de douleurs rhumatisantes , et de dou- leurs si vives , qu'il ne marchoit qu'avec b au- coup de peine, fut électrisé par bains, par étincelles et par frictions, et en sept ou huit jours , sa sciatique fut entièrement guérie.
LesRhumatismesouSciatiqucs qui viennent de cause interne, ne cèdent pas si facilement,'
^4 MALADIES
et ont besoia d'être aidés de remèdes internes dans l'application de l'électricité.
Un jeune homme de vingt-cinq ans, attaqué de maladie vénérienne , n'ayant jamais voulu avouer la cause de son mal , fut électrisé inu- tilement 3 pendant huit jours, par hains , par exhaustion et par étincelles. Le huitième jour, ayant consenti à prendre de la tisane de squine et le mercure , en continuant l'électricité, le onzième jour , les douleurs s'adoucirent, et il fut guéri le vingt-cinquième jour.
DEUXIÈME SECTION."
DOULEURS RHUMATISANTES.
Depuis les guerres de la révolution, on a vu des malades qui avoient des douleurs dans les membres , occasionnées par la fatigue qu'ils avoient éprouvée pour avoir couché au bivouac sur la terre humide. C'est une humeur acre fixée sur un membre avec un engorge- ment léger, semblable aux Rhumatismes.
Les uns ont employé les caïmans, les em- brocations d'huile de vers , de baume tran- quille ; mais l'expérience a prouvé que ces remèdes étoient inutiles.
DES MUSCLES. /fi
D'autres ont eu recours aux fomentations spiritueuses. Ils ont conseillé le baume de Fiora-Venti, l'huile de laurier; mais quelsfruits en ont-ils relire ?
Les émolliens, les cataplasmes, les fomen- tations, lesbains relâchent la peau, la disposent à la transpiration ; mais , seuls, ils sont insuffî- sans.IIsne doivent pointêtre rejetés, parce qu'ils augmentent la douleur momentanément; mais ils doivent être employés avec des boissons qui portent à la peau, et qui dissipent le humeurs rhumatismales. Ainsi , les boissons diaphoni- ques avec le sel duobus , sulfate de potasse , le tartre stibié seront très-avantageux. Il faut aussi frotter le corps avec une brosse rude ou de la flanelle d'Angleterre; faire des em- brocations avec l'huile d'amandes-douces , à la dose d'une once, et l'alkali volatil fluor, à la dose d'une demi-once ; observer de bien préparer les malades par des boissons abon- dantes , et les frotter jusqu'à siccilé. Sans cette dernière précaution , s'il restoit de ce Uniment sur la partie affectée, il formeroit vésicatoire.
On pourroit se servir avantageusement d'un linge trempé dans l'alkali volatil fluor, et frotter les malades qui craindroient les vési-
^6 MALADIES
catoires, ou chez lesquels l'application d?s cantlyirides pourroient porter quelques fu- nestes effets sur la vessie.
MALADIES DES VAISSEAUX
SANGUINS.
CHAPITRE PREMIER.
DE l/HZMORRHAGIE.
Ux appelle Hémorrnagie une effusion consi- dérable de sang , occasionné par l'ouverture d'un vaisseau. Elle est d'autant plus dange- reuse , qu'elle est plus dii'iciie à an é er.
On îa remarque surtout d?ns les grandes plaies et dans les blessures occasionnées par les armes à feu. La cause des ïïéinorrhagies qui viennent naturellement tient à la jeu- nesse, au tempérament sanguin ou bilieux, au caractère irascible , et quelquefois à un vice scorbutique. Les buveurs et ceux qui mangent beaucoup sont très-sujets aux Hé- morrhagies. Un air chaud et humide , une
T. ES T AISSEAUX SANGUINS. 4;
application continuelle à l'étude, et des tra- vaux considérables occasionnent souvent l'Hé- morrhagie. Les Ilémorrhagies des poumons , de l'estomac , des reins, de la vessie sont dan- gereuses ; mais celles du nez et des vaisseaux hemorrhoïdaux , ou celles qui surviennent aux femmes dans leur temps, loin d'être dan- gereuses , sont au contraire salutaires. L'Hé- morrbagie occasionnée par des coups ,par une chute du dos , ou par queiqu'autre cause extérieure est rarement dangereuse ; mais celles dont j'ai parlé ci-dessus, lorsqu'elles reviennent fréquemment, sont souvent suivies d'ajdémalie, d'hydropisie, de pbthisie et de marasme.
L'Hémorrhagie esl souvent d'un danger pro- portionnel à la nature du vaisseau ouvert. L'ouverture de l'aorte occasionne une mort très-prompte. Combien peut -on perdre de sang sans périr ? Les uns en perdent beau- coup et ne périssent point; d'autres en perdent moins et périssent. Quelques sujets périssent avant d'en avoir perdu la moitié. La rapidité avec laquelle le sang coule, influe beaucoup sur la perte plus ou moins prompte de la vie. Les uns tombent aisément en syncope; d'autres trcs-diflicilement. Eu quelques-uns,
ij8 MA LÀDÏES
Ja mauvaise disposition contribue singulière* ment aux Hëmorrhagies.
Les femmes en couches font des pertes consi- dérables de sang , souvent sans périr. Les Hémorrliagies peuvent être sans danger, lors- qu'on peut empêcher l'affaissement des vais- seaux par des liquides. Une expérience coustante nous apprend que la réparation du sang se fait avec la plus grande facilité; je pour- rois citer ici l'exemple d'uue femme qui, sui- vant le rapport de Lieutand,a été saignée mille vingt fois en 19 ans. Quand il n'y a pas d'affais- sement dans les vaisseaux, les malades peuvent supporter une plus grande perte de sang.
Les Hémorrliagies sont souvent accompa- gnées de divers accidens; de froid , de frisson , de fièvre.
Causes.
Parmi les causes des Hémorrliagies , nous avons assigné l'ouverture des vaisseaux par un agent extérieur, comme il arrive dans une plaie; mais il ne faut point oublier ici que l'érosion des vaisseaux , par un sang trop acre, est encore une cause fréquente des Hémor- rliagies. L'ouverture des vaisseaux par anos- tomose , comme il arrive dans l'ophtalmie
DES VAISSEAUX SANGUINS. 4$
ou dans les Hëmorrhagies que j'ai vu survenir au coude, peuvent encore être assignés au nombre des causes des Hëmorrhagies. Enfin, la dissolution du sang qui passe à traxers les vaisseaux dans la putridité, est encore une cause d'Hémorrhagie qu'il faut bien connoilre.
Traitement.
On a proposé bien des moyens pour remé- dier aux Hëmorrhagies. 11 est particulièrement essenli-,'J d'en bien connoître la cause, si l'on veut y remédier efficacement. Si l'Hémorrha- gie est la suite d'une grande plaie, il est très- difficile d'arrêter le sang. Le fer rouge , les corrosifs, les astringens , l'agaric, la com- pression et la ligature ont été proposés pour arrêter les Hëmorrhagies. Les anciens n'em- ployoient guère que le cautère actuel ,* mais cette application du fer rouge, la crainre fj'ùe sa vue inspire aux malades, le retour de l'Hémorrhagic, qui suit souvent la chute de l'escarre , rendent ce moyen cruel et in- fructueux. Cependant, lorsque la profon- deur du vaisseau ne permet pas d'y porter d'autre remède , il est plus prudent de porter celui-là que de laisser périr le malade. J«
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5o MALADIES
prouverai bientôt que ce cas est infiniment rare.
Les corrosifs ne sont pas fort avantageux ; leur action sur les nerfs et les tendons est fort longue , et ils jettent presque toujours le malade dans des convulsions funestes.
Les aslringens ne sont pas plus avantageux : ils augmentent la force des solides, et n'ar- rêtent l'Hémorrhagie que momentanément.
L'agaric de chêne n'est avantageuse que quand elle est soutenue par une compression bien entendue; mais son avantage est moins dû à lui-même qu'à la compression.
La compression, comme je l'ai dit en par- lant de l'anévrisme, est le remède le plus doux et le plus efficace qu'on puisse employer dans les cas d'Hémorrhagie.
Lorsqu'on ne peut point arrêter l'Hémor- rhagie par la seule compression , comme il arrive en certains cas , alors il faut recourir à la ligature. Pour cela, on prend une aiguille courbe qu'on passe dans les chairs autour du vaisseau. On ramène les deux extrémités du fil, et on lie, comme on le feroit d'une bourse.
C'est le moyen le plus sûr et le moins douloureux. Si l'Hémorrhagie a pour cause l'âcrelé du sang, alors il faut employer de*
DES VAISSEAUX SAN GUI A S. 5î
anti- scorbutiques ; souvent une saignée, l'ap- plication des sangsues , les réfrigerans , les tempérans , les nitreux , les acides, le petit* lait , les délayans s'emploient avec beaucoup d'avantage , pourvu qu'ils soient soutenus d'une manière de vivre qui soit convenable» Si l'Hémorrhagie reconnoît pour cause la dissolution du sang ou l'anastomose , alors les délayans, les bouillons de veau , la limo- nade, le sirop de vinaigre; quelquefois la sai- gnée pour diminuer la pléthore ; des styp- tiques, comme des linges trempés dans du vinaigre ou de l'oxicrat , appliqués au col , peuvent également être avantageux ; mais ils ne doivent être employés qu'avec beau- coup de précautions. On peut aussi plonger les extrémités des membres dans l'eau froide et d'antres moyens semblables, comme l'es- sence de rabel , peuvent être appliqués exté- rieurement; mais il ne faut jamais recourir aux slyptiques internes.
C'est à la prudence du médecin à consi-* dérer les circonstances et la nature des Hé- morrhagies. Il y a des cas où l'on ne doit pas les arrêter trop promptement. Ainsi dans une blessure, lorsque le ma'ade est plétho- rique, robuste, sanguin, il est prudent 4«
52 MA L ADT ES
laisser couler le sang pendant quelque temps. On évite, par ce moyen , des douleurs ou des fièvres inflammatoires dangereuses. Il n'est pas toujours nécessaire d'arrêter certaines Hémorrhagies. On a vu des maladies chro- niques disparoître à la suite des Hémorrha- gies, et la nature se débarrasser, par celte voie , du fardeau qui l'accabioit. C'est donc le cas de dire que le médecin ne sauroit apporter trop de prudence pour considérer les circonstances des Hémorrhagies, pour juger de l'application des remèdes qu'il doit apporter.
CHAPITRE IL
PREMIÈRE SECTION.
DE L ANEVRISME.
On appelle Anévrisme une tumeur contre nature , faite de sang. Anévrisme vient du mot grec Avivpva-juu , du verbe awfvuv , dilater ; parce que c'est une dilatation qui se fait dans une artère, ou c'est l'ouverture même d'un«
DES VAISSEAUX SANGUINS. 53
artère. Ces deux causes font distinguer l'Ané- vrisme en vrai et en faux.
Le vrai est celui qui se forme par la dila- tation d'une artère. Il jouit du même mou- vement de diastole et de systole. Cette tumeur est fort petite dans son principe. Il n'y a point de changement de couleur à la peau. Elle cesse lorsqu'on la comprime avec les doigts , et revient aussitôt qu'on cesse de la comprimer, et quelquefois même avec un petit bruit.
L'Anévrisme fauxsefaitparunépanchement de sang, qui est la suite de l'ouverture de l'artère. Quelques auteurs joignent à ces deux espèces d'Anévrisme, l'Anévrisme mixte, c'est- à-dire celui où il n'y a qu'une tunique de l'artère légèrement entrouverte. Haller est particulièrement de cet avis. Les expériences qu'il a faites en piquant les tuniques exté- rieures des vaisseaux des grenouilles ne sont pas concluantes. Ce sont de véritables illusions de l'imagination. Les tuniques musculeuses ou fibreuses sont peu ductiles et très -cassantes.
Signes de l'Anévrisme.
Les signes de l'Anévrisme sont la pulsation correspondante au mouvement du cœur , dts
5 \ MALADIES
ioiblesses fréquentes , uq engourdissement dans les différens organes, une variété sin- gulière dans le pouls; souvent un grand dé- sordre dans le système artériel ; souvent la tumeur augmente , les artères long -temps distendues, perdent quelquefois leur pulsation. L'Anévrisme vrai est facile à distinguer des tumeurs , parce qu'il fait sentir une pulsation ; au lieu que la tumeur ne fait point sentir de battement, que quand elle est grossie au point de gêner l'artère. L'Anévrisme cède à la com- pression et reparaît à l'instant. Il n'en est point de même des tumeurs.
L'Anévrisme faux a des caractères qui sont bien visibles; l'ouverture de l'artère, et sou- vent une mort prompte, précédée de la pâleur et de la gangrène.
Causes des Anëvrismes.
Les causes de l'Anévrisme sont internes ou externes. Les causes internes sont : la violence du sang, qui, contenu dans des tuyaux trop foibles, en rompt les fibres. La foiblesse de l'artère lui vient soit de la forme tortueuse de son canal , soit d'un vice de conformation acquis ou survenu. Des abcès formés dans le
DES VAISSEAUX SANGUINS. 55
voisinage de l'artère , sont encore des causes d'Anévrisme.Les passions excessives, l'amour, la colère , les frayeurs , des matières étran- gères introduites dans la masse du sang , des vices particuliers , comme la maladie véné- rienne , le scorbut , la morsure de certains animaux peuvent déterminer des Auévrismes. Les causes externes sont: les contusions, les efforts, les chutes, les sauts, les coups, les exercices violens , les blessures extérieures , des esquilles qui déchirent quelques mem- branes de l'artère. Enfin , l'ouverture d'une artère est un accident qui arrive assez souvent à la suite d'une saignée mal faite , lorsque la lancette a pénétré jusqu'à l'artère, et a coupé quelques-unes de ses membranes.
Siège»
Toutes les artères sont sujettes aux Ané- vrismes ; mais elles sont plus communes au. pli du bras que partout ailleurs. La crosse de l'aorte est plus sujette aux Anévrismes pro- venans de causes internes que toutes les autres artères. J'ai vu à la campagne un homme qui avoit un Anévrisme à la crosse de l'aorte. Le malade se plaignoit d'un battement qui répon-
66 MAL A I.) I E S
doit à celui des artères, et j'ai entendu très- distinctfement ce battement qui avoil beau- coup d'analogie avec celui c|ue l'on entend dans les montres. Cet homme éprouvoit un grand embarras dans la poitrine ; il avoit beaucoup de difficulté à respirer. Ce malade mourut subitement. Je regrette de ne l'avoir point ouvert. Ses parens s'y opposèrent. Ce battement étoit dans la poitrine , et c'est là- dessus que je fonde mon opinion qui me fait croire qn'il étoit à la crosse de l'aorte H y a aussi drs Anévrismes du cœur. Ruisik en cite un exemple. Je ne crois pas qu'ils soient rares. Les palpitations fréquentes , les syn- copes semblent assez annoncer ces sortes d'Anévrismes.
L'Anévrisme a encore fréquemment pour siège les artères sous-claviaires carotides, axill aires , brachiales et crurales. Elles sont plus sujettes que les autres à être dilatées.
Tiaitement.
Quand les Anévrismes sont vrais , des sai- gnées fréquentes, de légers laxatifs peuvent être très-avantaçeux. ]1 faut éviter tous les purgatifs. Les cordiaux sont funestes. Une
DES VAISSEAUX SANGUINS. 5j
diète sévère , des alimens doux , des végétaux avec la précaution d'éviter les farineux, des repas fréquens et légers , la fuite des astrin- gens , l'usage habituel des adoucissans et <-es tempérans peuvent être, dans les Anévrismes vrais , un moyen d'empêcher qu'ils ne de- viennent faux. On sent bien que ce traitement est particulier aux Anévrismes internes.
L'Anévrisme vrai externe se guérit en fai- sant une compression exacte et continuelle à l'endroit de la tumeur; en faisant rentrer, par des compresses graduées appliquées sur l'Anévrisme , le sang qui le forme ; en em- pêchant , par un bandage exact , que les parois de l'artère ne cèdent à l'impulsion du sang.
11 est cependant des cas où la compression ne suffit pas toujours. Ce moyen de com- pression ne peut avoir lieu qu'aux extrémités du corps , et lorsque la tumeur est à une rami- fication des branches et non à une branche principale. Si la partie devenoit froide et livide , il faudroil cesser la compression.
L'Anévrisme faux exige à peu près le même traitement. La compressiou suffit souvent pour le guérir. 11 est cependant des cas où il faut le traiter par l'opération, faire la ligature > et
58 MALADIES
vuider le plus exactement possible la tumeur de tout le sang qu'elle contient.
Lorsqu'on traite les Anévrismes par la com- pression , il faut appliquer le doigt sur l'ar- tère, vider entièrement la tumeur, appliquer ensuite plusieurs compresses graduées. La première doit avoir environ la largeur d'une pièce de vingt - quatre sols ; et les autres doivent toujours aller en augmentant , jusqu'à la dernière qui doit avoir deux doigts de largeur. 11 faut ensuite appliquer un bandage roule. Il ne suffit pas que la compression soit plus forte à l'endroit de l'Anévrisme , il faut encore la rendre la plus légère possible sur les autres parties. Un moyen très - efficace f c'est de répartir sur tout le membre, ou sur «ne grande surface, des coussinets et des tours de bandes. Des attelles, placées sur les par- ties opposées , rendroient la compression meilleure , et préviendroient l'cedématie. Un homme avoit un Anévrisme faux à l'artère brachiale ; il fut traité de la manière indiquée ci-dessus, et il obtint une parfaite guérison.
Lorsque l'Anévrisme est récent, on parvient aisément à le dissiper par la compression; mais lorsqu'il est très-ancien , il faut avoir recours à l'opération.
DES VAISSEAUX SANGUINS. 5g
DEUXIÈME SECTION.
ANEVRISME FAUX, TRAITE PAR LA COMPRESSION.
Quoique des auteurs prétendent que l'Anévrisme de l'artère brachiale ne peut pas se guérir , voici cependant des exemples contraires :
Une femme avoit un Anévrisme faux au bras droit. On observoit que les mouvemens de l'artère brachiale étoient isocrones à ceux de la respiration. Le chirurgien a posé le doigt sur l'artère brachiale, et a traité cet Ané- vrisme , par la compression , selon le pro- cédé que nous avons indiqué. Quoiqu'il y eût une grande dilacération dans l'artère , le moyen de la compression a parfaitement réussi.
Un homme eut d'abord un Anévrisme vrai à l'artère brachiale. Cet Anévrisme devint ensuite faux. Les mouvemens étoient aussi isocrones à ceux de la respiration. Il a été traité , par la compression , de la même ma- nière que nous l'avons indiquée, et a eu une parfaite guérison.
Les exemples que je viens de citer prouvent qu'il n'est pas toujours nécessaire de recourir
6o MALADIES
à l'opération lorsque l'Anévrisme est faux. Nous avons indiqué, ci -dessus, les moyens que l'on pouvait employer pour guérir cette maladie par la compression ; mais il est des cas où la compression ne peut pas avoir lieu, et alors il est nécessaire de recourir à l'opération.
Procédé opératoire.
Le procédé opératoire consiste à faire, avec le bistouri et la sonde cannelée, une ouver- ture le long de l'artère. Quand on a reconnu l'Anévrisme , on fait une ligature aux deux côtés de l'artère avec une aiguille d'acier à jointe mousse ; on serre le fil en faisant le fiœud du chirurgien. Lorsque l'artère est pro- fonde, et qu'il faut beaucoup de peine pour la dégager, on se sert d'une aiguille recourbée et à ressort , de l'invention de Dessault. Celte aiguille a un œil à son extrémité , par lequel passe le ruban qui doit servir à la ligature de l'Anévrisme. L'aiguille retirée, l'opéra- tion est faite, quand le ruban ou le fil est bien noué en rosette ou autrement.
Dans le cas de bonne constitution , l'opé- ration faite, comme je viens de le dire ci-
DES VAISSEAUX SANGUINS. &l
dessus, réussit souvent très -avantageusement. Un homme, qui avoit reçu un coup, à la cuisse , eut un Anévrisme ; l'opération ainsi faite, le malade a été parfaitement guéri.
Un orfèvre a eu une artère entièrement corrodée par une humeur quelconque , dont on ignoroit la cause. Il étoit d'un'1 bonne constitution L'Anévrisme n'étoit point encore devenu faux, déjà la dégradation étoit sen- sible ; mais l'opération et les bons soins lui ont procuré une guérison complet0.
Dans le cas d'une mauvaise constitution , l'opération ne réussit pas toujours. Voici une observation qui fait sentir avec que'le précau» tion il faut l'entreprendre.
Un homme eut un Anévrisme à la partis inférieure et interne de la cuisse , dans 1 pas* sage de l'artère crurale au triceps; il paroi t que c'étoit un Anévrisme vrai , qui, par la suite , est devenu un Anévrisme faux.
L'Anévrisme vrai est d'abord très-petit il devient de plus en plus grand , parce que la poche se dilate peu à peu. Il n'y a souvent qu'une ou deux tuniques d s artères qui soient divisées ; la tunique qui ne l'est pas se dilate, et forme petit à petit une poche qui va tou- jours en augmentant,
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62 MALADIES
On ignore quelle étoit la cause primitive de l'Anévrisme de l'homme qui fait le sujet de cette observation ; il est constant qu'il y avoit eu une destruction à la partie interne de la cuisse ,et que la dilatation avoit été lente. 11 n'y avoit pas d'autre moyen de sauver le ma- lade, que l'amputation , s'il eût été en état de la supporter. La mauvaise constitution de la personne fait qu'on se borna à l'opération, qui étoit absolument indispensable , parce que la compression ne pouvoit avoir lieu. Malgré le soin que l'on prit de lui , il a succombé dans une opération dont plusieurs personnes échap- pent souvent.
A l'ouverture de ce cadavre , on a trouvé une grande infiltration , un grand délabre- ment, non - seulement dans toutes les par- ties voisines de la poche anévrismale, mais même dans toute la cuisse-L'arlère n'étoit pas dilatée, mais sa partie supérieure étoit entiè- rement détruite dans sa longueur d'environ deux pouces. La poche sanguine ouïes cail- lots de sang avoient poussé l'artère en dedans; le nerf saphène étoit collé sur l'artère , le mus- cle couturier étoit fortement soulevé ; les atta- ches du muscle vaste externe, le crural, le vaste interne et toutes ses adhérences étoient
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DIS VAIS* S AUX SANGUINS. 63
détruits. Le fémur lui - même e'toit dénudé et corrodé vers la crête. La carie avoit attaqué toute la crête du fémur, et s'êteo ioit auesî jusqu'au côté externe. La partie antérieure de» la cuisse étoit remplie de caiL'ols de sang. La, poche, faite de couches sanguines, très-petite d'abord, s'étoit dilalée peu à peu, et étoit devenue ensuite très-grande.
On a fait injecter de l'eau, dans l'artère cru- rale , parle moyen d'une seringue; on a ensuite fait passer une grande aiguille à selon , pour faire observer plus facilement le trajet de la destruction qui s'y étoit opérée, et on a vu qu'elle étoit très-grande.
TROISIÈME SECTION.
anevrisme faux, guéri par l'opération.
Un chirurgien avoit ouvert l'artère bra- chiale gauche , dans une saignée de la veine basilique; le sang rejaiUit par bonds, avec im- pétuosité et à une distance considérable. II étoit d'un rouge vermeil , et il s'en étoit écoulé une grande quantité en peu de temps. On voyoit au pli du bras une tumeur très -éten- due , profonde, molle, sans changement de
6 2 MALADIES
On ignore quelle étoit la cause primitive de l'Anévrisme de l'homme qui fait le sujet de cette observation ; il est constant qu'il y avoit eu une destruction à la partie interne de la cuisse, et que la dilatation avoit été lente. 11 n'y avoit pas d'autre moyen de sauver le ma- lade, que l'amputation , s'il eût été en état de la supporter. La mauvaise constitution de la personne fait qu'on se borna à l'opération, qui étoit absolument indispensable , parce que la compression ne pouvoit avoir lieu. Malgré le soin que l'on prit de lui , il a succombé dans une opération dont plusieurs personnes échap- pent souvent.
A l'ouverture de ce cadavre , on a trouvé une grande infiltration , un grand délabre- ment, non - seulement dans toutes les par- ties voisines de la poche anévrismale, mais même dans toute la cuisse.-L'artère n'étoit pas dilatée, mais sa partie supérieure étoit entiè- rement détruite dans sa longueur d'environ deux pouces. La poche sanguine ou les cail- lots de sang avoient poussé l'artère en dedans; le nerf saphène étoit collé sur l'artère , le mus- cle couturier étoit fortement soulevé ; les atta- ches du muscle vaste externe, le crural, le vaste interne et toutes ses adhérences étoient
DIS VAISSEAUX SANGUINS. 65
détruits. Le fémur lui - même étoit dénudé et corrodé vers la crête. La carie avoit attaqué toute la crête du fémur, et s'étenioit aussi jusqu'au côté externe. La partie antérieure de la cuisse étoit remplie de caillots de sang. La, poche, faite de couches sanguines, très-petite d'abord , s'étoit dilalée peu à peu, et étoit devenue ensuite très-grande.
On a fait injecter de l'eau, dans l'artère cru- rale , parle moyen d'une seringue; on a ensuite fait passer une grande aiguille à selon , pour faire observer plus facilement le trajet de la destruction qui s'y étoit opérée, et on a vu qu'elle étoit très-grande.
TROISIÈME SECTION.
anevrisme faux, guéri par l'opération.
Un chirurgien avoit ouvert l'artère bra- chiale gauche , dans une saignée de la veine basilique; le sang rejaillit par bonds, avec im- pétuosité et à une distance considérable. II étoit d'un rouge vermeil , et il s'en étoit écoulé une grande quantité en peu de temps. On voyoit au pli du bras une tumeur très -éten- due , profonde, molle, sans changement de
64 MALADIES
couleur à la peau ; on y senfoit des pulsations synchrones à celles des artères.
On fut convaincu de l'existence d'un Ané- vrisme faux, et on crut devoir employer la compression ; mais elle fut inutile. Quinze jours après , on se détermina à faire la ligature de l'artère; elle fut faite comme à l'ordinaire. On aperçut , des le troisième jour, ce suinte- ment O/Orant , qui annonce une suppuration prochaine. La suppuration s'établit le cin- quième jour ; le vingt -troisième jour, le ma- lade fut parfaitement guéri.
CHAPITRE III.
VARICES.
On appelle Varices des tumeurs où le sang est amassé dans les veines. Ce sont des tumeurs molles, inégales, indolentes, livides ou noi- râtres , quelquefois douloureuses , causées par la dilatation de quelque veine engorgée d'un sang épais ou gêné qui s'y ralentit. Elles ont beaucoup de rapport avec î'anévrisme ; elles s'évanouissent par la compression du doigt , et reviennent bientôt sur elles -mêmes. 11 s'en
DES VAISSEAUX SANGUINS. 65
forme en différentes parties du coîps; comme elles sont causées par la dilatation des veines sous cutanées, elles affligent souvent les cuis- ses, les jambes. On en voit dans l'abdomen, au scrotum , au-dessous du nombri, , au fon- dement : ces dernières portent alors le nom d'hémorrhoïdes. Il y en a dans le trajet des vaisseaux spermaliques ; on les appelle varico- celles. Il s'en trouve quelquefois dans les par- ties internes, dans la vessie, dans le cerveau, dans la matrice.
Les femmes grosses sont souvent sujettes aux Varices , surtout celles dont l'accouche- ment est difficile ; mais ces tumeurs disparois- sent avec la cause.
Causes.
Les Varices reconnoissent pour causes quel- quefois des chu les, des fers, quelques com- pressions particulières , des efforts extraordi- naires pour porter quelque poids. Ceux qui ont des obstructions au bas-ventre sont sujets aux Varices. Les hypocondriaques en sont quelquefois soulagés. Elles viennent encore à la suite des longues dyssenteries, des -longues maladies du foie, des grandes tumeurs squir- reuses du ventre.
I. 5
66 MALADIES
Les Varices ne sont point douloureuses, niais quelquefois elles deviennent si grandes, qu'elles sont fatigantes; quelquefois il sur- vient des hémorrhagies considérables par la rupture des vaisseaux variqueux ; d'autres fois elles amènent à leur suite des ulcères de mau- vais caractère.
Traitement.
On emploie difFérens moyens pour le trai- tement des Varices ; la saignée , tes sang-sues, lesdélayans, les tempérans, les doux laxatifs, et tout ce qui dissipe les obstructions , sont employés ; mais ces secours ont peu de succès. On y joint souvent des secours externes ; la compression de ces tumeurs, et des astringens, des linges trempés dans l'eau alumineuse, des emplastiques faits avec de la farine de fèves , de lentilles, de blanc d'œuf, de vinaigre, et d'autres stiptiques , ont été recommandés ; mais ces topiques sont inutiles , et souvent nuisibles. D'autres ont employé des émolliens et des huileux , pour redonner aux parties de la flexibilité; mais souvent les veines n'ont fait que prendre plus d'accroissement. D'autres praticiens ont conseillé l'incision avec la lan- cette, en appliquant, après les avoir dégor-
DES VAIS-SEAUX SANGUINS. 6j
gées , des compresses trempées dans une eau d'alun , ou sulfate d'alumine , ou dans du vin rouge alumineux. Presque tous les praticiens eut recommande des poudres astringentes, mêlées avec du blanc d'oeuf ; mais tous ces moyens ont été insuffisans et sans succès, sou- vent même dangereux. Le cautère actuel , qui a même été vanté, n'a pas eu un succès plus avantageux.
La compression graduée avec des bandes est le moyen le plus sûr pour faire disparoitre les Varices. Comme elles arrivent particulière- ment aux jambes , des bas de peau de chien , lacés sur les côtés , sont les moyens les plus avantageux pour ces sortes de Varices. Il ne faut donc employer , en quelque partie du corps que surviennent les Varices , aucun autre moyen que celui de la compression, quand ou peut y avoir recours. Je parlerai dans son lieu t et des Varices qui surviennent au fondement , que l'on appelle hëmorrhoides , et de celle? qui surviennent dans le trajet des vaisseaux spermatiques, que Ton nomme uaricocèles* Ces dernières sont autrement désignées sous le nom de cirsocèle , ou. hernie variqueuse , du grec K/pcç , Varice , et de zy>ïn , hernie. C'ett une tumeur variqueuse du scrotum 9 des tes=
68 MALADIES
ticules et du cordon des vaisseaux sperma ti- ques , causée par des Varices qui y forment des espèces de noeuds.
CHAPITRE IV.
DES H É M O R R II O ï D E S.
On appelle He'morrhoïdes des varices qui surviennent au fondement. Il arrive quelque- fois que les He'morrhoïdes s'enflamment , et qu'il survient un abcès dont la formation est douloureuse, et qui est de nature à dégénérer en fistule.
Les He'morrhoïdes sont internes ou externes ; îesHémorrhoïdes externes sont quelquefois ac- compagnées de plus ou moins de douleurs , et sont assez visibles; les He'morrhoïdes internes paroissent quelquefois au-dehors, quand on va à la garde-robe. La grosseur des vaisseaux hé- morrhoïdaux varie singulièrement , depuis la grosseur d'un pois jusqu'à celle d'un œuf de poule. La douleur des Hémorrhoïdes est quel- quefois pulsative , gravative et lancinante.
Symptômes. Le flux hémorrhoïdal immodéré est souvent
DES VAISSEAUX SANGUINS. 69
accompagné de douleurs gravalives au dos , au bassin ; de fièvre , de vertige , et il est sou- vent suivi de prostation de forces, de pâleur au visage , de cachexie. Le flux hémorrhoïdal , qui est long et trop abondant , épuise les for- ces , amène la fièvre lente , et conduit à la phthisie pulmonaire. La cachexie et l'hydro- pisie , ainsi que le squirre du foie et des autres viscères abdominaux , en tirent souvent leur source.
Prognostics.
Il arrive souvent que le flux hémorrhoïdal est périodique ; il seroit très -dangereux d'ar- rêter cette évacuation; elle est salutaire, quand elle est contenue dans de justes bornes. Quel- quefois le flux hémorrhoïdal masque un flux hépatique ; il est aisé de s'en apercevoir par les déjections. On doit regarder le flux hémor- rhoïdal comme immodéré, lorsqu'il dure vingt ou trente jours.
Causes.
Ceux qui boivent des liqueurs fortes, qui vont souvent à cheval , qui mènent une vie oisive , qui prennent des bains chauds ; les femmes grosses , celles qui ont eu des accou- chemens difficiles , sont sujettes aux hémor-
rjQ MALADIES
rîioïdes. Les personnes d'un tempérament san» guin ou mélancolique, sont aussi sujettes aux He'morrhoïdes Huantes. Cette disposition mor- bifïque pa6se souvent des pères aux enfans.
Traitement.
Le flux hémorrhoïdal immodéré, comme les autres Hémorrhagies, se guérit par des sai- gnées du bras , des rafraîchissans , des fcmpé- rans , par les tisanes nilreuses, le lait, le petit- lait , les émulsions,îa crème d'orge, de riz, etc. Quelques personnes conseillent l'usage de la pimprenelle ; mais les eaux minérales , aci- dulés ou martiales, et différentes préparations de fer, avantageuses dans les obstructions du foie , sont très- utiles dans cette maladie. On peut aussi employer avantageusement la tisane de grande consolide , de suc d'ortie , la tein- ture de rose, on peut aussi prescrire avec quelqu'avaniage la rhubarbe, la casse , le ta- marin. On doit prendre garde d'appliquer des astringens, comme le conseillent certains pra- ticiens. Lorsque les He'morrhoïdes sont fort dures el fort gonflées ; on peut les laver avec du lait chaud , dans lequel on aura fait bouil- lir une poignée de cerfeuil. Les relâchans , les "saignées, les injections émollientes', un régime
DES VAISSEAUX SANGUINS. 71
humectant , sont des moyens propres à faire cesser la douleur.
Si les Hémorrhoïdes gonflées ne rendent point de saug, si le malade va difficilement à la selle, si les douleurs qu'elles causent sont très-vives, les laxatifs légers pris en boissons, les injections d'huile dans le rectum , seront très - avantageux pour faire rendre au malade ses excrémens sans douleur.
Si les Hémorrhoïdes sorties sont livides et noires , on les ouvrira, on eu fera la ligatqre; on les emportera promptement, afin d'ar- rêter les progrès de la gangrène commen- çante.
On peut aussi appliquer des sang - sues sur les Hémorrhoïdes , en observant de laver avec de l'eau chaude les parties où on les applique.
D'après ce que nous avons dit que le flux hémorrhoïdal périodique est très-avantageux, il s'en suit que la suppression de cette évacua- tion est infiniment dangereuse; c'est la source d'un nombre prodigieux de maux. Ce malheur arrive souvent par un mauvais régime. Des frayeurs , un froid subit, un usage inconsidéré d'astringens , des saignées faites hors de pro- pos , et mille causes semblables , amènent souvent cette suppression. Elle est moins
J2 MALADIES
fâcheuse , lorsqu'elle tire sa source de la cons- titution particulière des humeurs ou des or- ganes, et qu'elle arrive sans effort de la nature. Je tiens de l'épouse d'un apothicaire de Beau^ mont sur Oise, que son mari ayant , par le conseil d'un chirurgien imprudent, fait usage d'astriugens , dont il frotta ses Hémorrhoïdes , il lui survint des vomissemens continuels, des douleurs et des obstructions, auxquels il suc- comba au bout de dix-huit mois. On voit donc, d'après cela , avec quelles précautions il faut rappeler les Hémorrhoïdes supprimées. Ainsi . pour le faire , les tempérans, les apéritifs , la fumeterre, la chicorée, les amers, méritent d'être employés , et quelquefois même les ca- iharîiques. Si les remèdes internes sont inu- tiles , il faut recourir aux externes. Les sang- sues , les ventouses , les frictions , doivent être employées suivant les circonstances; les lave- m ens quelquefois même peuvent être avanta- geux , mais il faut que ces lavemens soient émoliiens et adoucissans.
Quand les tumeurs hémorrhoïdales sont anciennes et fort gonflées , quand les excré- mens sont fort durs , elles sortent par les ef- forts qu'on fait pour aller à la garde - robe. Quelquefois eïlfes se crèvent et saignent beau-
DES VAISSEAUX SANGUINS. j5
coup ; quelquefois elles deviennent gangre- neuses par un effet de celte même compression Toutes ces circonstances doivent être considé- rëes avec soin. On voit aussi quelquefois sortir du rectum une humeur visqueuse , qui n'est point purulente ; c'est une humeur muquev.se de l'intestin rectum , qu'il ne faut point con- fondre avec les Hemorrhoïdes. Quelquefois celle espèce de flux ne produit qu'une incom- modité passagère ; d'autres fois ce flux e uivi d'ulcères, de phlogose et de fistules à l'anus. Le médecin doit avoir e'gard à toutes ces cir- constances dans le traitement des Hemor- rhoïdes.
Mais un remède qu'on ne doit pas négliger pourrappeler cetteévacualion nécessaire, c'est l'électricité. Ce moyen curalif , administré en bains, est un des plus efficaces pour rappeler toutes les évacuations supprimées. On peut y joindre quelquefois l'électricité par étincelles; mais j'ai tiré sur beaucoup de malades , et sur moi-même , un grand avantage de l'électricité par bains pour les Hemorrhoïdes. On en trouve un exemple dans l'ouvrage de Sigaud - Delà- fond sur V Electricité médicale , et surtout lorsque le flux hémorrhoïdal masque un flux hépatique.
74 MALADIES
MALADIES DES ARTICULATIONS.
CHAPITRE PREMIER.
DE LA GOUTTE.
JL/ a Goutte est une maladie qui a son siège dans les articulations ; elle est connue sous le nom èïArthritis , du mot grec afycv , jointure. C'est une affection qui exerce ses fureurs sur les tendons et les ligamens , et qui se manifeste plus particulièrement aux pieds, aux mains, aux genoux et aux coudes. On l'appelle Goutte en général.
Quand elle attaque les mains , elle est connue en latin sous le nom de Chiragra ; celle des pieds , sous le nom de Podagra. Ses caractères généraux sont la tumeur, la dou- leur et la chaleur; souvent elle est cachée de manière à ne se point laisser aisément décou- vrir. Lorsque la matière arthritique attaque les parties internes , on la prend souvent pour une autre maladie. Ses attaques sont régu- lières ou irréguîières : les attaques régulières sont celles qui ont des périodes réglées, et où
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la Goutte a son siège dans le même lieu ; les attaques irrégulières sont celles qui ne sont point réglées ni pour les temps, ni pour les lieux. On distingue la Goutte en fixe et en vague ; la fixe a son siège toujours dans le même lieu , la vague est celle qui change sou- vent de place. On distingue encore la Goutte en chaude et en froide ; la Goutte chaude est celle qui cause une douleur semblable à celle du feu , la Goutte froide affecte comme la glace. On divise la Goutte en aiguë et en chronique , en lente et en molle. Cette dernière division lient à ce que la douleur se manifeste sous différens degrés ; tanlôt avec douceur et obs- curité , de façon qu'à peine les malades s'en aperçoivent- ils ; tantôt avec tant de fureur, que le malade peut à peine supporter le poids de la plus légère couverture.
Il y a des sujets plus ou moins exposés les uns que les aulres à la Goutte; les pléthori- ques y sont plus sujets que les cachexiques , les forts plus que les foibles. Les personnes qui mènent une vie oisive , qui se livrent à la bonne chère , qui boivent beaucoup de vin , des liqueurs fortes , qui aiment les femmes, y sont fort exposées. Les évacuations suppri- mées , les héniorrhoïdes , les règles , la pro-
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curent. Hippocrate dit que les femmes n'ont pas la Goutte. Ce qu'il y a de certain , c'est que les femmes Font rarement avant l'éruption des menstrues , si ce n'est quelques ehloreliques. Les vieillards y sont très - sujets , et surtout ceux qui vieillissent de bonne heure ; des en- fans l'héritent quelquefois de leurs parens. La Goutte est plus fréquente en certains pays que dans d'autres ; elle est plus commune en Nor- mandie qu'en Champagne , plus commune en Champagne qu'en Languedoc , plus commune en î -anguedoc qu'à A ubusson.Galais remarque qu'il y a plus de goutteux dans les villes très- peuplées que dans les campagnes.
Symptômes.
Les symptômes sont, ou précédens, ou concommittans , ou subséqnens.
Les symptômes précédens sont des crampes passagères qui surviennent dans les muscles des bras , des pieds , des jambes , et qui se ma- nifestent dans les poignets ou dans les mollets. Le malade éprouve des lassitudes fréquentes , des insomnies , des douleurs légères , sembla- bles à des fourmillemens , des dérangemens dans la digestion , des dévoiemens , des mai-
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greurs sans causes ; une le'gère difficulté de respirer, une légère altération dans le pouls, sont les avant-coureurs de la Goutte.
Lorsque les accès se manifestent , c'est une douleur qui pénètre dans l'intérieur des os. La partie affectée est douloureuse , gonflée , phlogosée; on y remarque chaleur , rougeur, pulsation. Tantôt la douleur est lancinante , tantôt elle est gravative; quelquefois elle va en augmentant , à proportion que le mem- bre se tuméfie. Lorsqu'il devient mollet , œdémateux , alors le malade devient plus calme; il dort davantage. Quelquefois, après un peu de rémission , la Goutte reparoît avec plus de force.
Si l'accès se termine, il se forme un dépôt; le dépôt est moins dur, plus mol; les urines déposent, les matières deviennent plus clai- res, la salive est plus abondante. 11 se forme souvent des nœuds , des concrétions dans les articulations des doigts. Il transude quelque- fois une matière crayeuse, qui a la consistance du plâtre mouillé; il y en a chez qui il se forme un suintement arthritique aux ligamens et aux tendons, semblable à celui des scrophuleux.
La matière arthritique se promène quelque- fois dans l'intérieur du corps ; quelquefois
*?S MALADIES
c'est une fièvre goutteuse , provenant de la foiblesse de la nature , qui n'a pas assez de force pout expulser la Goutte. D'autres fois, elle est associée avec le Rhumatisme ; d'autres fois, avec des douleurs scorbutiques et véné- riennes : en sorte qu'on ne sait point quelle est la maladie dominante. Les attaques de Goutte qui se manifestent sur les pieds, ne durent pas ordinairement plus de quatorze jours clans les jeunes-gens et les hommes vi- goureux ; mais les accès sont beaucoup plus longs , et durent même quelquefois plusieurs mois , chez les vieillards et les personnes foi- bles. Le régime, mille circonstances , font va- rier sa durée et l'intensité de la Goutte On ne connoîl point au juste la durée des intervalles qui séparent les accès ; ce qu'il y a de sûr , c'est que ses périodes reviennent à des temps marqués , lorsque les affections de l'âme ou un mauvais régime ne viennent point à en troubler la marche. Dans la Goutte chroni- que , les accès sont quelquefois masqués ; les douleurs sont plus légères et plus continuelles. Quelquefois les mala.les n'éprouvent de remis- sion que dans les jours caniculaires. Lorsque la maladie est ancienne, les doigts se courbent ; les nodosités les déjetlent en divers sens , et
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affectent les malades au point de b'S mettre hors d'état de s'en servir. Lorsque Ja Goutte ■Uaque des vieillards pour la première fois , elle ne leur fait point éprouver de vives dou- leurs , et elle n'a point de marche réglée.
On ne saui oit dire quels sont les maux qui accompagnent la mélastase\de la matière ar- thritique qui passe des membres aux viscères internes. Si la Goulte se porte au cerveau , les malades éprouvent de vives douleurs de tète , le délire, les vertiges, la léthargie, l'apo- plexie , la paralysie , les treinbl. mens; si elle attaque les parties extérieures de la lêc, ou voit naître l'ophtalmie , l'otalgie, la douleur de dent, l'angine ; si la Goutte attaque la poi- trine , elle cause les catharns, les inll omna- lions , la phlliisie , l'iuemoptysie, l'asthme, (es anxiétés, les lipothymies , etc.; si elle attaque les viscères abdominaux , on voit Dallre les nausées, les vonnssunens , le dé- faut d'appétit , le flux de ventre, la dysen- terie, l'ardeur d'estomac ou la cardialgie, les douleurs de colique ou de néfretique.
Causes.
Est-ce l'excès du sang ? Quelques médecins
8o MALADIES
l'ont avance ; mais il est constant que tous les ple'thoriques n'ont point la Goutte. Est - ce l'excès de la lymphe ? On peut dire qu'elle n'en dépend pas. 11 paroît que toutes les humeurs concourent à porter chez les goutteux une substance mucilagineuse ; tout chez eux en porte les caractères. Leurs urines prennent de la consistance , et sont couvertes de mucilage ; tout annonce un excès de cette substance. Pen- dant la Goutte , le pouls est plein et serré ; après la Goutte , il est mollet et étendu. Wans- vieten dit qu'il a trouvé beaucoup de matière muqueuse. Les boissons fermentées , la bierre * le cidre, le poiré, les liqueurs spiritueuses , les vins de Bordeaux , de Cahors ; tous ces corps sont remplis de mucilage : ils procurent la Goutte , et paroissent en être la cause*
Qu'est-ce que la Goutte? c'est une question difficile à résoudre. Dire que c'est un combat de la nature, qui cherche à se débarrasser de tout ce qui la gêne, c'est donner une solution qui n'explique pas bien sa nature.
Berthollet présume que la Goutte est l'acide phosphorique porté dans les articulations des goutteux , qui y produit une irritation à la- quelle il attribue la cause de la douleur et du gonflement des parties. 11 se fonde sur ce qu'il
DES ARTICULATIONS. Si
est d'observation qu'on trouve peu de cet acide dans leur urine.
Prognostic.
La Goutte he'rëdilaire est incurable; celle qui est accidentelle est quelquefois difficile à guérir. La Goutte chronique , et qui a jeté de profondes racines, quelle qu'en soit la cause, est très-rebelle. Sydenham , qui a donné une belle description de la Goulte, dit que pen- dant trente ans il a cherché à la bien con- noitre , et qu'elle ne Ta pas plus épargné que ceux qui ne faisoient aucun remède, ou qui, par économie , n'appeloient aucun médecin» La Goutte qui vient avec l'asthme est dan- gereuse , et procure l'hydropisie ; celle qui succède à l'hydropisie est moins fâcheuse ; quand elle est suivie de l'asthme, elle est sui- vie de l'hydropisie de poitrine. Il y a des indi- vidus qui ont lutté trente ans contre cette ma- ladie ; elle est la conservation de ceux chez lesquels elle est régulière. La Goutte qui n'at» taque que les doigts et les articulations est sans danger. L'expérience constate qu'elle a sou- vent élé le remède des lièvres quartes et d'autres maladies.
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$2 MALADIES
Si la Goutte attaque les pieds , alors l'effort de la nature pour s'en débarrasser est violent ; si elle prend au poignet , son effort est foible ; si elle attaque les viscères internes, son effort est infiniment foible , et souvent le malade est vaincu. C'est une lutte entre la Goutte et la nature ; la force de celle - ci est en raison du «iése de la maladie.
Ouverture des cadavres . A l'ouverture des cadavres , on trouve dans les articulations une matière crayeuse ou con- crète qui enveloppe les tendons et les ligamens; les os sont souvent hors de leurs cavite's. On trouve quelquefois des concrétions pierreuses clans le cerveau , dans le cœur , dans les pou- mons , etc. On trouve des grains de sable , des graviers dans les canaux destinés à la sécrétion des urines. Les reins sont contractés , remplis de rides ; la rate est remplie de callosités ; le foie est granuleux , etc. Je ne parle point ici des autres caractères communs à presque toutes les maladies.
Traitement.
Parmi les différens traitemens de la Goutte , il eu est un qui a été particulièrement recom- mandé par M. Alphonse Leroi; c'est l'usage du
DES A 11 TI CUL ATIO IN S. 85
moxa , afin de donner un cours à l'humeur (r).
(i) Le moxa est un petit tampon de coton roulé , plus ou moins épais, et ordïrfa ire ment fait en cône, que l'on applique par sa base sur une pa'rtie tlu corps,' en l'y attachant au moyen d'un peu de salive. On y met le feu pour produire une brûlure sur la peau. Au Japon , au lieu de colon , on se sert d'une filasse ou duvet doux, tiré des feuilles de l'armoise { artemisia),, et préparé avec soin, hempfer dit que la brûlure occasionnée par ce caustique est supportable , et qu'elle ne devient vive que quand on l'applique sur la même partie. UEncj— flbpé<£ùe non» apprend qu'au Japon on nomme tensnsi ou làteurs ceux qui font cette opération, parce qu'ils talent le corps des malade; pour savoir ou l'application sera plus avantageuse. Dans les maux d'estomac, elle se fait aux épaules ; dans les pleurésies , sur les vertè- bres ; dans les maux de dents , sur le muscle adducteur du pouce, etc. j mais le dos est la paitie où le moxa s'applique le plus fréquemment. Celte opération est si commune à la Chine et au Japon , que cette partie du corps , dans les personnes des deux sexes, est toute cou- verte d'escarres et de cicatrices.
M. Alphonse Leroi , dans son Manuel des Goutteux y met le moxa au nombre des movens curai ifs de la Goutte; il prétend que le moxa est aussi un remède' spécifique pour la Sciatique , et peu connu de ceux rjui ne sont pas initiés dans les mystères de 'art de guérir. Cependant , nous savons que ce remède et l'application des fers chauds étoicnt connus depuis lun^ - temps chez les anciens.
82 MALADIES
Si la Goutte attaque les pieds , alors l'effort de la nature pour s'en débarrasser est violent ; si elle prend au poignet , son effort est foible ; si elle attaque les viscères internes, son effort est infiniment foible , et souvent le malade est vaincu. C'est une lutte entre la Goutte et la nature ; la force de celle - ci est en raison du siège de la maladie.
Ouverture des cadavres .
A l'ouverture des cadavres, on trouve dans les articulations une matière crayeuse ou con- crètequi enveloppe les tendons et lesligamens; les os sont souvent bors de leurs cavités. On trouve quelquefois des concrétions pierreuses dans le cerveau , dans le cœur , dans les pou- mons , etc. On trouve des grains de sable , des graviers dans les canaux destinés à la sécrétion des urines. Les reins sont contractés , remplis de rides ; la rate est remplie de callosités ; le foie est granuleux , etc. Je ne parle poiut ici des autres caractères communs à presque toutes les maladies.
Traitement.
Parmi les différens traitemens de la Goutte , il en est un qui a été particulièrement recom- mandé par M.Alphonse Leroi; c'est l'usage du
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moxa, afin de donner un cours à l'humeur (i).
(i) Le moxa est un petit tampon de coton roulé , plus ou moins épais, et ordinairement fait en cône, que l'on applique par sa ba«e sur une partie du corps,' en l'y attachant au moyen d'un peu de salive. On y met le l'eu pour produire une brûlure sur la peau. Au Japon , au lieu de coton , on se sert d'une filasse ou duvet doux, tiré des feuilles i!c l'armoise ( artemisia)., et préparé avec soin. Kempfer dit que la brûlure occasionnée par ce caustique est supportable , et qu'elle ne devient vive que quand on J'applique sur la même partie. U Ency- clopédie nous apprend qu'au Japon on nomme tensasl ou lùteurs ceux qui font celte opération , parce qu'ils talent le corps des malade, pour savoir ou l'application sera plus avantageuse. Dans les maux d'estomac, elle Se Fait aux épaules ; dans les pleurésies , sur les vertè- bres '7 dans les maux de dents , sur le muscle adducteur du pouce, etc. ; mais le dos est la paitie où le moxa s'applique le plus fréquemment. Cette opération est si commune à la Chine et au Japon , que cette partie du corps , dans les personnes des deux sexes, est toute cou- verte d'escarres et de cicatrices.
M. Alphonse Leroi , dans son Manuel des Goutteux y met le moxa au nombre des moyens cura; ifs de la Goutte; il prétend que le moxa est aussi un remède' spécifique pour la Sciatique , et peu connu de ceux qui ne sont pas initiés dans les mystères de 'art de guérir. Cependant . nous savons que ce remède et l'application des fers chauds étoient connus depuis long - temps chez les anciens.
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Lorsque la Goutte est remonte'e dans la tête ou dans les poumons, l'application du raoxa, des sinapismes , ou même des vésicaloires , sera très-avantageuse. Il est aussi très - bon de tremper les jambes dans l'eau chaude , chargée d'une plus ou moins grande quantité de savon commun. La saignée , lorsqu'il y a signe d'in- flammation , et quelques purgatifs légers , peuvent la faire changer de siège. Rempfer dit que la brûlure faite par le moxa, en occasion- nant des cicatrices ou des escarres sur la peau, est capable de détourner la maladie de la tête ou de la poitrine. Si la Goutte étoit dans l'es- tomac , et qu'elle fût accompagnée d'un sen- timent de froid , alors les cordiaux pourroient être avantageux pour la dissiper par les sueurs.
Lorsque la Goutte est dans l'abdomen , et qu'elle j excite un cours de ventre , il faut entretenir cette évacuation par la manne et la rhubarbe.
Quand la Goutte s'est jetée sur les reins, alors il faut que le malade boive abondam- ment une décoction de racine de guimauve. On lui fomentera la région des reins avec de l'eau chaude ; on lui donnera des lavemens émolliens , et quelques gouttes de laudanum liquide dans ses boissons.
DES ARTICULATIONS. 85
En général, cette maladie est très-difficile à guérir. Quand elle est accompagnée , comme il arrive très-souvent , de fièvre , de douleur , d'inflammation , il est très - prudent de n'em- ployer que peu ou point de remèdes. La Goutte est elle-même un remède de la nature. Les re- mèdes actifs ne doivent être employés que dans le traitement de la Goutte remontée ; autre- ment , les échaufïans augmentent le mal , les adoucissans arrêtent l'effort de la nature. On peut se contenter de donner quelques boissons aqueuses , légères ; la bourrache , le chiendent , l'eau de fleur de tilleul , la chicorée, le petit- lait , l'eau tiède dans du sirop capillaire ; quel- ques bouillons dans la journée. Lorsque le su- jet est foible et délicat , la diète et le petit-lait au vin peuvent être assez utiles. L'application de la flanelle sur la partie affectée ouvrira une voie sûre et efficace pour chasser la matière de la Goutfe.
Parvenu à la fin de la maladie, on peut alors avoir recours aux lavemens , faire manger un peu le sujet, ne le purger qu'avec beaucoup de précaution , de peur des métastases. L'usage des végétaux est avantageux dans la Goutte ; mais il faut éviter les viandes , les fromages ,
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iïG jH A L ADIïS
Jcs corps gras , parc- qu'ils entretiennenf Te ferment de la maladie. On pourra employer avantageusement les amers , leîs que la rhu- barbe , la camomille romaine , le camédris , le quinquina , l'écorce d'orange , la racine de serpentaire de Vii 'ginie , et même quelque lé- gère flose de ieinturc de rhubarbe. De légers purgatifs sont d'excellens préservatifs contre le.- récidives.
Parmi les remèdes , il en est un dont j'ai tiré moi-même un précieux avantage ; il est peu usité , si ce n'est dans les pays chauds : je l'ai cependant vu merveilleusement réussir, il con- siste à prendre tous les matins un petit verre de tafia t ou cau-de-vic de sucre , dans lequel on fait dissoudre de la gomme de gayac ; on prend ensuite une soupe au lait : on se tirnt toute la journée, autant qu'il est possible, à la diele blanche , ou à un régime très - adou- cissant. Ce remède, soutenu avec courage et continuité pendant long -temps, a guéri , de ma connoissance , un religieux de l'ordre de Fontevrault ; il a fait disparoître les nodus dont ses doigts étoient affectés ; il en a même obtenu une guérison parfaite. J'ai vu, à An- gers , un homme , également affecté de nodus ,
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dans un état très-fàcheux , obtenir uneguérisou parfaite par ce seul moyen , qui fut à la vérité suivi avec constance et courage.
A ces moyens , j'en ajouterai un qui est encore moins usité , mais qui n'en est pas moins avantageux. Je veux parler ici de l'élec- tricité ; on lui doit des guérisons qu'on n'eût point pu obtenir aussi promptement de tout autre moyen. On ne doit pas cependant dissi- muler qu'elle occasionne des métastases qui de\ iendroienl souvent très-dangereuses , si on n'avoit pas la précaution de les prévenir ou d'y remédier. Cavallo comioissoit très-bien cet accident ; il nous apprend qu'on le prévient en tenant le goutteux fort peu de temps dans le bain électrique. 11 veut que le fluide élec- trique soit continuellement enlevé au malade , par une pointe présentée à l'endroit où ce vi- rus paroît fixé, et pi us dune expérience dépose en faveur de ce procédé. Mauduyt joignoit à l'électricité administrée par bains, l'usage des boissons sutlorifiqucs , et il purgeoit le malade dès qu'il s'apercevoit du déplacement du virus arthritique. Mazars, à Toulouse ,a guéri, par l'usage seul de l'électricité , une fille , âgée de soixante -dix ans, d'une Goutte fixée sur les genoux , accompagnée d'une tumeur œdéma-
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teuse. Des bouillons d'écrevisse e( un verre de tisane diaphorétique , et ensuite de fréquentes purgations, en la faisant transpirer, achevè- rent sa guérison.
Desauvages,dans un temps où l'on connois- soit à peine l'électricité, écrivoit à l'académi- cien Morand, que deux électrisations avoient suffi pour le guérir dune douleur de Goutte au pied gauche. La douleur étant revenue un mois après , une seule électrisation l'a parfai- tement guéri. 11 remarque qu'une sueur vis- queuse lui sortit de la partie malade. Le doc- teur Guelnetz a guéri par des commotions , dans l'espace de huit jours , un homme âgé de quarante ans , qui avoit la Goutte , avec une tumeur au carpe, où se trouvoit le siège de la maladie. Je regarde ce traitemeut comme imprudent. Le docteur Gardane a guéri une femme , tourmentée depuis deux ans de la Goutte, par dès chocs électriques. Je ne sau- rois trop dire , avec Cavallo , qu'il ne faut que faire usage du bain électrique ; les étincelles , et encore plus les commotions , peuvent faire redouter de dangereuses métastases. 11 fait bon aider l'électricité par des boissons diaphoré- tiques. Sigaud-Delafond a traité lui-même, par le bain électrique, un homme tourmenté
DES ARTICULATIONS. 8g
de Goutte; le siège de la maladie étoit au pied , qui étoit fort enflé , surtout vers la mal- léole externe. Il cessa le traitement le onzième jour. A l'aide de quelques purgations légères, le malade fut assez bien guéri. Cependant, ce physicien ajoute qu'il n'a pas obtenu , à Bour- ges, le même succès dans plusieurs circons- tances, où il a électrisé des goutteux. Quel- ques - uns ont éprouvé un léger soulagement ; d'autres se sont retirés dans le même élat qu'ils s'étoienl présentés. Le médecin doit êlre très- prudent dans l'administration de l'électricité contre la Goutte.
CHAPITRE II.
ENGORGEMENT LYMPHATIQUE.
On appelle Engorgement lymphatique, une tumeur sans changement de couleur à la peau, qui vient principalement autour des genoux, qui est accompagnée de douleur et de fluc- tuation. On la désigne communément sous le nom de tumeur blanche. C'est une véritable hydropisie des articles. Elle a souvent pour cause primitive les fortes contusions au genou.
C)0 MALADIES
La synovie est enfermée dans la capsule des articles ou dans les cellules voisines.
Traitement.
Les anciens , et souvent mêma les mo- dernes, ont combattu ces sortes d'Engorge- mens par les caustiques; mais il s'est formé des escarres qui n'ont produit qu'un soula- gement passager. Les amers ont bien rallenti souvent et arrêté les progrès du mal ; mais ils ne l'ont pas détruit dans sa racine. Les ferrugineux , les astringens ont quelquefois irrité et porté l'inflammation dans ces sortes d'Engorgemens, et ont aggravé la douleur. Les émoiliens ont été des palliatifs , et non des remèdes curalifs. L'emplâtre diacliilum gommé , l'emplâtre de savon , les fon- dans , les résolutifs ont été bons sous beaucoup de rapports , mais non pas absolu- ment. L'application du moxa , les emplâtres soufrés , les cautères ouverts derrière la tu- meur ont souvent procuré l'écoulement de la sérosité. Les vésicatoires, les sétons, les sang- sues, les incisions approchent beaucoup, par leurs bons effets , des avantages que pro- duisent les ventouses scarifiées j mais cette
DES _4.jCTLC.UJL ATIOPf S. €)l
dernière méthode a des succès étonnans , et paroît être fondée sur des raisonnemens ap- puyés de l'expérience. Voici la manière dont ce traitement doit être dirigé: il faut appliquer le scarifîcatoire sur la tumeur, enfoncer jus- qu'au foyer une lancette garnie de linge, et, par le moyen de la ventouse, vuider entiè- rement le pus, et faire disparoîîre le dépôt. L'avantage des ventouses scarifiées, sur les simples scarifications, est d'empêcher l'air de pénétrer dans la plaie, et de prévenir l'inflam- mation qui en est ordinairement la suite. Un des moyens les plus propres pour empêcher la suppuration , est de couvrir les mouche- tures avec un linge enduit de cérat.
Il ne faut pas se contenter d'employer les remèdes externes , il faut aussi avoir recours aux remèdes internes , tels que les amers. 11 faut recommander particulièrement les boissons sudorifiques , en les associant aux embroeations avec le liniment volatil. La composition de ce liniment est d'environ deux tiers d'huile d'olive , la plus fine , sur un tiers ou environ d'alkali volatil fluor, ou une once d'huile d'olive mêlée avec trois gros d'alkali volatil fluor.
11 ne faut point frotter 3 avec ce liniment,
C)2 MALADIES
les piqûres, ni les parties où ont été faîtes les scarifications, quoiqu'il n'en résulte cepen- dant d'autres inconvéniens que de la douleur. Il faut, dans l'intervalle des frictions, appli- quer des cataplasmes avec la farine de riz et du sel ammoniac ; ou, si l'on vouloit qu'ils fussent moins dispendieux , on se serviroit de cataplasmes avec de la mie de pain , du son et du sel ammoniac. La dose de ce sel est de deux onces sur une pinte d'eau. Ce Uni- ment a quelquefois suffi seul pour opérer une guérison complète ; mais les ventouses secri- fiées sont encore plus avantageuses.
MALADIES DES GLANDES.
CHAPITRE PREMIER. PREMIÈRE SECTION.
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CANCER.
elle Cancer une tumeur dure, ronde , livide ou plombée, environnée de
DES GLANDES. Ç)5
plusieurs vaisseaux gonflés, variqueux, qui représentent à peu près les pattes d'une écre- visse; en latin, Cancer , d'où celte tumeur a pris son nom.
On divise le Cancer en Cancer occul'e et en Cancer manifeste. Le Cincer occulte est d'une couleur bleue ou livide , il commence d'abord par une petite protubérance inégale, sans douleur, et qui n'est pas plus gros e qu'un pois ou une petite noisette. Bientôt cette petite tumeur fait de rapides progrès et devient fort douloureuses. D'autres fois , elles ne font que des progrès très-lents , en sorte que les ma- lades y font peu d'atîention. Le Cancer mani- feste ou ulcéré est puant, sordide, noirâtre, inégale ; ses bords sont durs , calleux , gon- flés , renversés, et sou vent ont plusieurs trous. Des douleurs, de jour en jour plus atroces, se manifestent.
Sièges des Cancers.
Quoique le Cancer puisse attaquer toutes les parties du corps , cependant il se remarque plus particulièrement dans les glandes, aux mamelles , aux aisselles , aux parotides , à la matrice, au nez, aux lèvres, aux parties
f)4 MALADIES
naturelles , à l'anus. Il attaque plus souvent les femmes que les hommes. 11 attaque quel- quefois le -visage. C'est alors un véritable ulcère cancéreux, qui est couau sous le nom de noll me tangere.
Causes.
Les ulcères paroissent avoir pour cause les scrophules , les bubons , les plaies mal trai- tées, les ulcères dégénérés. Les ulcères du nez et ceux du sein sont le germe des Cancers. D'autres succèdent aux squirres ; d'autres sont la suite de quelques maladies; d'autres sont produits par des caustiques; d'autres par des causes extérieures , comme des coups de poing, des clefs qui frappent au sein, etc. , Les auteurs ne s'accordent point sur la nature de l'humeur cancéreuse; cependant, on peut dire qu'ils sont produits par des causes internes ou des causes ex'eines. Quelle qu'en soit la cause, il paroît qu il renferme une liqueur ichoreuse , extrêmement corrosive ; du moins , c'est le sentiment de "Wanron , commentateur d'Hypocrate. Le Dran dit qu'il eut son habit rongé par la liqueur ichoreuse qui sortit d'une poche contenue dans le sein
DES GLANDES. Çp
d'une (lame. M. T. non, chirurgien de Paris, a observé que la liqueur cancéreuse ramollit les os.
Les Cancers sont très-difficiles à guérir. Clux qui tirent leur source d'une cause interne sont souvent incapables d'être opérés. Les remèdes internes accélèrent souvent la mala- die. Les topiques sont inutiles. Cette maladie est d'autant plus grave qu'elle n'est pas fixée à un point. Les humeurs sont affectées ; la peau, le tissu cellulaire et les parties voi- sines le sont aussi. Les topiques échauffons , irritans produisent la pourriture , l'inflamma- tion, et n'arrêtent pas les progrès. Les topiques résineux augmentent 1 inflammation. Les caus- tiques font souvent périr les malades. 11 n'est pas rare de voir les escarres et la pourriture ronger toutes les chairs. La maladie se com- munique souvent d'un sein à l'autre. La diffi- culté de respirer les accompagne souvent* D'après ce que nous avons dit , il est aisé de voir que les délayans , les lempérans , les apé- ritifs , les incisifs, le lait, le petit -lait, la racine de guimauve, la tisane de fraisier et de niinphea , les bouillons de poulet et de veau ; dans les grandes douleurs, les narcotiques, le laudanum , les gouttes anodiaes sont assez
§6 MALADIES
avantageux dans les Cancers provenans de causes internes et qui ne font encore que commencer. Les bains ne doivent pas être négligés.
Des médecins ont employé le gaz acide carbonique pour arrêter les progrès des Can- cers. Sa qualité antiseptique peut faire pré- sumer qu'il pourroit être employé avec avantage. Nous n'avons point encore assez d'expériences pour constater les précieux effets des verlus médicales du gaz acide car- bonique sous ce rapport.
Les Cancers occultes , qui ne sont point ulcérés, doivent être abandonnés à la nature après ces remèdes particuliers. Les Cancers ulcérés sont extrêmement rebelles, et peuvent être regardés comme d'une nature mortelle. On doit donc se borner , dans ces sortes de Cancers ,à un traitement palliatif, c'est-à-dire aux adoucissant et aux anodins. On doit se borner à Ks îaver souvent avec de l'eau et du lait, et à tenir dessus le Cancer des mor- ceaux de veau trais, que l'on arrose quelque- fois d'opium dans les grandes douleurs.
Les Cancers provenans de causes externes doivent être attaqués par des remèdes exté- rieurs. Les remèdes qu'on emploie pour leur
DES GLANDES. Ç)j
guéVison , sont l'extirpation et l'amputation , si elles sont praticables. Les petits Cancers s'extirpent très-aisément.
Procédé opératoire.
11 faut prendre en main le bistouri , faire l'incision du Cancer, couper la peau, le tissu cellulaire jusqu'aux muscles , conserver autant de peau qu'il est possible, prolonger l'incision en devant , disséquer la tumeur et la détacher malgré sa grande adhérence, couper entière- ment la partie affectée, sans avoir égard aux glandes qui pourroient s'y trouver. S'il y a des vaisseaux qui donnent du sang, il faut s'empresser de les lier ; ensuite il faut dissé- quer les différentes glandes qu'on auroifc laissées ; mais il faut prendre la précaution de les isoler supérieurement et inférieurcment, de détruire tout le tissu cellulaire qui leur servoit de kiste , et de mettre en sûreté les vaisseaux qui pourroient entraîner de grands inconvéniens, s'ils étoient coupés. Il faut ex- tirper avec le doigt les glandes placées le plus loin sous le tissu cellulaire; mais s'il y avoit des glandes sous les nerfs et sous les vaisseaux avec adhérence, l'opération ne seroit alors plus possible.
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q8 maladies
Il faut mettre de la charpie saupoudrée de colaphane sous le tissu cellulaire; ensuite ap- pliquer plusieurs gâteaux de charpie sèche; mettre par-dessus la charpie une compresse inférieure et une supérieure; puis une grande compresse quarrée, pliée en quatre doubles, qu'il faut retenir par des bandes.
PREMIÈRE OBSERVATION.
OUVERTURE DU CADAVRE d'u NE FEMME ATTAQUÉE D ' U N CANCER.
Une jeune femme âgé» de trente ans, qui paroissoit en avoir soixante , fut attaquée d'un Cancer. La masse cancéreuse avoil con- tracté des adhérences jusqu'aux côtes. La tumeur formée sur le grand pectoral a voit une si grande dureté , qu'elle sembloit ne plus former qu'un seul corps avec les cotes. Le petit pectoral paroissoit à peine. Les vaisseaux compris dans la tumeur , les veines , les nerfs étoient devenus d'une substance cartilagi- neuse ; toutes les parties affectées de l'humeur cancéreuse en avoient acquis la couleur. Le poumon droit étoit affaissé et réduit presque à rien par l'épanchement d'eau qui étoit dans la poitrine. Le poumon gauche étoit assea
DES glandes; 9g
sain et à peu près dans l'état naturel. Le Cancer extirpé a été ouvert. Sa consistance étoit cartilagineuse; les follicules se remplis- soient , l'ulcère étoit sur le point de paroître. Les glandes étoient de même nature. L'opé- ration étoit nécessaire et promettoit un succès complet, et cependant elle a succombé.
On ne sauroit trop recommander de bien examiner l'état des glandes qui environnent- les Cancers. Quelques petites qu'elles soient, si elles sont altérées, il faut les extirper, autrement elles viendroient à faire de grands progrès , et exigeroient une nouvelle opé- ration. Il faut avee le doi»t les délacer du tissu cellulaire , et les extirper tout entières. On le fait très - facilement , lorsqu'elles ne sont point adhérentes. Si elles sont adhérentes, il faut les disséquer.
DEUXIÈME OBSERVATION.
OPÉRATION d'un CANCER.
Une femme de soixante ans eut un Cancer qui lui survint à la suite d'un coup qu'elle s'étoit donné elle-même sur le sein gauche, en retirant avec effort une clef d'une ser- sure. Le sein formoit dans le milieu une cou-
7 00 MALADIES
crétion dure qui n'étoit point adhérente aux côtes ni aux muscles, mais à la peau. Sous l'aisselle se tronvoit une grosse glande assez volumineuse et adhérente aux parties voi- sines; mais dont l'adhérence, avant l'opéra- tion, se manifestait fort peu , en raison de sa situation entre le grand pectoral , le très-large du dos , le petit pectoral et le grand dentelé. L'opération paroissoit d'autant plus néces- saire, que les caustiques eussent été inutiles sous l'aisselle , à cause des vaisseaux axil- la ires, qui en eussent été affectés.
Procédé opératoire.
On n'a formé qu'une seule plaie par deux incisions , afin de ne faire qu'une seule opéra- tion. La première incision a été commencée sous le creux de l'aisselle , entre les vaisseaux axillaires ; ensuite prolongée le long du bord antérieur du large du dos , le long du sein , dans une direction semi-lunaire. La deuxième incision a été commencée également sous l'aisselle, et terminée en devant, dans une direction aussi semi-lunaire ; mais dont les croissans venoient se joindre par leurs extré- mités. On n'a conservé que très-peu de peau.
DES CLANDT5S. TO»
particulièrement le long du bord antérieur du large du dos , de peur qu'il ne se formât mi cul-de-sac où le pus se seroit amassé. On a coupé tout le tissu cellulaire jusqu'aux mus- cles , parce qu'on craignoit que l'engorgement qui s'y trouvoit ne vînt à faire reparoître l'humeur cancéreuse, et à obliger défaire une deuxième opération. On a disséqué la tumeur, on l'a séparé des parties voisines, et on a enlevé le muscle grand pectoral et la tumeur. On a lié sur-le-chainp , vers le bord antérieur du sein , une artère très-grosse , ainsi qu'une se- conde artère plus forte qui a donné du sang.li faut prendre cette précaution. La foiblesse de la malade , et la rétraction des vaisseaux em- pêchent souvent le sang de couler. On a dissé- qué ensuite la glande adhérente à la peau du bord antérieur du grand pectoral. On l'a cou- pée , suivant la rectitude des muscles; on l'a. dégagée vers la partie inférieure du grand pectoral, ensuite vers le bord antérieur du très-large du dos : on l'a incisée peu à peu et isolée du muscle grand dentelé. Il falloit por- ter le doigt pour sentir où étoient les vaisseaux axilîaires. Il étoit difficile de dégager la tumeur des nerfs et des vaisseaux qui lentouroient. Il falloit prendre garde d'ouvrir l'artère axil-
102 MALADIES
laire; et il est prudent à l'homme sage, qui veut réussir dans son état , de n'entreprendre des opérations de cette nature qu'avec beau- coup de connoissances anatomiques et un grand sang-froid. Quoique l'ouverture de cette artère axiliaire ne soit pas toujours une cause de mort , le danger qui l'accompagne demande beaucoup de précaution. Après avoir lié les vaisseaux qui entouroient la glande , on l'a détachée entièrement ; puis , reportant le doigt sous l'aisselle, on a trouvé et enlevé une autre petite glande qu'on a détachée avec le doigt, comme un pois de sa cosse. La plaie a été ensuite lavée et pansée à l'ordinaire. La tumeur a été ouverte. Elle n'ofi'roit rieu de remar- quable , si ce n'est qu'elle ne présentoit aucun point de suppuration. La glande volumineuse de l'aisselle étoit semblable à du lard. La ma- lade a montré beaucoup de courage dans le cours de l'opération qui a été couronnée du plus heureux succès.
Ilippocrate assure que ceux qu'on guérit dan Cancer meurent en peu de temps. On ne doit pas toucher aux Cancers occultes. L'usage interne des feuilles de la belia - doua , de la grande-ciguë, et l'extrait delà jusquiame blan- che , ont guéri des Cancers j mais ces plantes
DES GLANDES. lO>
sont des poisons. Storck et Vandermonde en ont proposé l'emploi ; il faut des mains habiles pour diriger ces nié Jieamens.
CHAPITRE II.
C A B R EAU.
Le Carreau est un engorgement dans les ■viscères du bas -ventre, et particulièrement dans les glandes du mésentère. Cette maladie est très-commune chez les enfans ; elle se ma- nifeste par une grosseur démesurée du ventre.
Que l'on ne soit point surpris de me voir m'éloiguer de la route suivie jusqu'alors par tous les praticiens. J'ai constaté , par mille faits , que la compression étoit un remède efficace pour la guérison du Carreau. 11 suffit d'entourer le ventre de l'enfant par des bandes que l'on a soin de serrer graduellement chaque jour. Mais il est bon d'y unir les ioniques. Cette pratique , que j'ai vu suivie à lTIôtel- Dieu, m'a parfaitement réussi à la campagne, où cette maladie est très-fréquente. J'y joi— gnois une légère infusion de rhubarbe. Est ce à ce tonique? est-ce à la compression que j'ai dû mes nombreux succès ? je laisse l'homme
104 .MALADIES
de .l'art prononcer sur ce point. Pour moi , je ne révoque point en doute les précieux eû'ets de la compression
MALADIES DE TOUTE L'HABITUDE DU CORPS.
CHAPITRE PREMIER.
de l'inflammation générale.
L'inflammation est un état dans lequel ^y a tumeur avec douleur, chaleur, rou- geur, tension, etc. souvent accompagnées de fièvre.
Cette tumeur est produite par la stagna- tion du sang dans les vai>seanx capillaires , ou par lextravasion de ce liquide dans le tissu cellulaire. Cette dernière cause est beau- coup plus commune que la première. Le moindre obstacle qui gène la circulation dé- tourne le s&ng dans les vaisseaux collatéraux, ce qui donne lieu à une pléthore locale.
DE TOUTE L HABITUDE DU CORPS. IOJ
Tout ce qui irrite ou rallentit la circula- tion dans une partie , peut être regardé comme un principe d'Inflammation. Ainsi l'Inflamma- tion survient à la suite des plaies , des liga- tures , des contusions , des bains froids qui rétrécissent les vaisseaux , des bains chauds qui raréfient les humeurs beaucoup plus qu'ils n'augmentent la capacité des vaisseaux, à la suite de l'usage interne et externe des subs- tances acres; enfin, de tous les dérangemens des parties molles , propres à y causer de l'érétisme.
L'Inflammation se termine de quatre ma- nières, savoir : par résolution, suppuration, gangrène et squirre.
i°. Par résolution. La résolution est une résorbtion , dans la masse du sang , du liquide épanché.
2°. Par suppuration. La suppuration est le changement en p :s du sang contenu dans la partie enflammée.
5°. Par gangrène. La gangrène est la des- truction commençante de la partie. Le dernier terme de destruction dans les solides, et l'alté- ration flans les humeurs, est connu sous le nom de sphacèle.
4°. Par sqairre. Le squirre est une tumeur
I o6 MALADIES
vive et indolente , ordinairement produite par une matière plâtreuse et crayeuse qui produit un engorgement dans les glandes.
Si le siège de l'Inflammation est interne , il faut observer avec soin l'intensité de la fièvre et la qualité du pouls Lorsqu'elle commence, ie pouls s'élève. Elle est confirmée, lorsqu'il est très - accéléré et rénitenl. Le pouls est mol , doux, souple, lorsque la suppuration est faiie.
Pour connoitre l'issue d'une Inflammation, il faut faire atteution à sa nature , à son siège , aux causes qui l'ont produite , aux signes qui l'accompagnent , et au tempérament du malade.
La fièvre modérée dissipe ordinairement l'Inflammation. Lorsque le pouls , auparavant dur et serré, devient mol et plein, c'est un pronostic favorable.
L'action vitale , la vigueur de l'âge , la bonne qualité des humeurs concourent à faire espérer la résolution. Si le sujet est languis- sant ; si le principe vital est presque anéanti ou porté à l'excès ; si les humeurs sont dépra- vées , l'Inflammation entraîne avec elle la destruction des parties. Lorsque le sujet dg l'Inflammation est sous les glandes -? que l'hu-
DE TOUTE L HABITUDE DU CORPS. IO7
meur stagnante s'épaissit, se colle aux vais- seaux qui la contiennent ; qu'ils se dessèchent ensemble , il reste alors une tumeur dure et rénitente.
Traitement.
Pour prévenir l'Inflammation qui menace un sujet pléthorique, le secours le p^s effi- cace, c'est la saignée. Dans l'Inflammation confirmée , les saignées doivent être copieuses et répétées. On les presse dans le commen- cement : on prescrit quatre saignées dans vingt -quatre heures. On doit les faire à la veine voisine de la partie enflammée , en se réglant toujours sur l'embonpoint , l'âge et le tempérament du malade. Si l'Inflammation est le produit de la laxité des fibres, il faut être avare de sang.
Une Inflammation externe , produite par la métastase de quelque matière morbifique, ne doit pas être combattue par la saignée, de crainte que le dépôt ne se reporte à l'intérieur. 11 faut en favoriser la suppuration, afin qu'il se porte au -dehors.
A l'égard des purgatifs , on ne doit em- ployer que les plus doux , en préférant les auti-phlogistiqucs, comme la pulpe de casse,
I08 MALADIES
de tamarin , la manne, les raisins secs , la crème de tartre ou acidulé tartareux , etc.
11 faut interdire tout aliment trop nour- rissant , préférer le règne végétal , ordonner d'amples boissons préparées avec les adou- cissans ou les acides , ou le nitre , nitrate de potasse , etc. On permet les alimens plus nour- rissans , de légers bouillons gras , un peu de vin, etc. quand la lièvre n'est pas violente.
Dans les remèdes externes que l'on em- ploie pour combattre l'Inflammation , il faut substituer les plantes amères , principalement les aromatiques ; les matières grasses et hui- leuses bouchent les pores et augmentent les accidens; les parties médicamenteuses, émol- lientes et mucilagineuses relâchent trop le tissu des vaisseaux. On emploie aussi , avec un succès confirmé par l'expérience , l'extrait de saturne, qui est une préparation de plomb, du célèbre Goulard , chirurgien de Montpel- lier. Les circonstances indiquent les topiques qu'il faut employer. Mais en général, au com- mencement des Inflammations externes , les fleurs de bétoine , de sauge , de camomille , de sureau , et autres semblables favorisent la transpiration et le cours des humeurs. Lors- que l'Inflammation est augmentée, l'absynthe,
DE TOUTE L1IAB1TUDE DU CORPS. IO9
la rhue , le marrube et autres plantes amères, préparées en décoction , produisent une douce chaleur , propre à réveiller l'action des vais- seaux et à dissoudre l'humeur stagnante.
On contribue encore à la résolution , en faisant des frictions, en appliquant des sina- pismes; enfin, en appliquant des vésicatoires. Si on ne peut réussir à résoudre l'humeur, on tente alors la suppuration. Point de suppu- ration sans (îèvre : pour cela , on l'entretient dans le voisinage des tumeurs que Ton veut faire suppurer. Il est aussi nécessaire d'entre- tenir une douce chaleur sur la parlie affectée. On applique , à cet effet , des cataplasmes émolliens qui font l'office de bains chauds. On recommande surtout les fleurs de sureau et de camomille, les sommités d'absynthe, etc. On joint aux médicamens externes les médica- mens internes, lorsque l'état cacochyme du malade fait soupçonner que l'on n'obtiendra pas aisément un pus bien élaboré. Le quin- quina est un des remèdes les plus efficaces. Cette plante est fortifiante et anti-septique.
I I O M A L A D I E S
CHAPITRE lî. PREMIÈRE SECTION,
On appelle Hydropisie une maladie causée par un amas d'eau dans quelques parties du corps. L'affection morbifique, que l'on nomme Hydropisie, consiste essentiellement dans une accumulation de fluide séreux, soit dans l'or- gane cellulaire, soit dans les grandes cavités du corps, ou bien dans quelque cavité' qui se forme accidentellement , et qui porte le nom de kiste. L'Hydropisie prend différons noms, suivans les parties qu'elle occupe. Celle qui attaque toute l'habitude du corps , s'ap- pelle anasarque , ou lenco-phlegmatie. Celle qui est produite par un épancîiement d'eau dans la tête, se nomme hydrocéphale. Celle du bas-ventre, s'appelle ascite. Celle du scro- tum , s'appelle bydrocelle. Celle qui se forme au nombril , se nomme bydromphale. On donne aux autres le nom des parties qui en sont le siège. Ainsi on appelle Hydropisies de
DE TOUTE L HABITUDE DU COKPS. III
poitrine, de péricarde, de matrice, des ovaires, celles qui attaquent ces parties. Le mot d'Hy- dropisie vient de vhp y eau, et de «4 > face, soit que dans cette maladie , les fonctions du système absorbant restant intactes , il n'y ait que l'exhalation des vaisseaux augmentée; soit que, l'exhalation restant la même, il n'y ait de trouble que dans la faculté absorbante; soit enfin, comme il arrive dans beaucoup de cas, que la même cause rende à la fois l'exhalation plus considérable et diminue labsorblion.
L'Hydropisie a lieu ou par infiltration, ou par épanchement. Lorsque les fluides séreux s'accumulent dans les organes cellulaires , on dit que l'Hydropisie a lieu par infiltration. Lorsque cette accumulation se fait dans un des sacs que forment les membranes séreuses, on dit que l'Hydropisie a lieu par épanchement. Cette distinction porte donc bien moins sur la nature de la maladie, que sur les parties qui en sont le siège.
DEUXIÈME SECTIOX.
AIÎASARQUE.
On trouve dans beaucoup d'auteurs , qui ont écrit sur l'Hydropisie , deux dénomma-
112 MALADIES
lions , par lesquelles ils désignent celle de l'organe cellulaire, la lenco - phlegniatie et l'anasarque. 11 ea est parmi eux qui emploient indistinctement ces deux mois. D'autres pensent qu'il ne faut admettre d'autre diffé- rence entr'eux , que parce que le premier convient à la maladie commençante , et le second à la maladie avancée. Comme nous n'avons point encore d'expérience bien rigou- reuse , je me bornerai à distinguer l'Hydro- pisie par les phénomènes qui l'accompagnent.
Symptômes.
Le corps acquiert beaucoup de volume , le visage est pâle, la peau est élastique. Elle devient d'un blanc laiteux; elle est souvent plus froide au toucher que dans l'état naturel. On voit partout une tumeur molle , blanche. L'enflure commence souvent à la malléole interne ; d'autres fois elle se manifeste par une bouffissure de la face qui se répand bien lût sur le reste du corps. Tout annonce un défaut d'énergie vitale. La sensibilité, la motilité, la caloricité éprouvent un affaissement re- marquable. Les diverses fonctions de l'éco- nomie s'altèrent , la respiration devient de plus
t>E TOUTE L'HABITUDE DU CORl-S. I*l5
en plus difficile; les urines sont d'abord clai- res ; les malades éprouvent de la soif, leur langue est sèche ; ils éprouvent une petite toux sèche sans crachement ; ils tiennent les épaules relevées. Alors, le tissu cellulaire devient le siège d'une infiltration générale ; la peau de- vient de plus en plus sèche, rude. Bi. ntôt le système absorbant des parties les plus éloi- gnées du foyer de la vie , partage, l'atonie universelle; cesse de repomper les fluides que cette dernière fait exhaler, avec d'autant plus de facilité qu'il semble plus tenus et moins éla- borés; alors il ne se fait plus de transpiration sous les aisselles, dans les plis des aines ; les narines deviennent plus sèches , les urines finissent par être rougeàtres , briquetées. Si elles diminuent , l'enflure augmente , gagne les jambes , les cuisses , le corps , les bras , les joues. Le scrotum se tuméfie, la verge se re- courbe, l'ombilic s'enfonce, la peau se gonfle, les sensations s'émoussenl; comme la peau a perdu sa force tonique , les doigts y font des impressions profondes, et qui subsistent assei long-temps.
Les caractères du pouls sont d'être gêné , Serré, profond, petit , mol , lent; on le sent à peine. Quelquefois même il y a intermit-
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Ïî4 MALADIES
tence d'autant plus considérable, que le cœur: est plus gêné. Chez quelques - uns , le visage jaunit ; quelquefois la peau se crève : il en sort de l'eau. Plus fréquemment , le sujet meurt apoplectique. 11 se fait épanchement d'eau dans le cerveau, dans la poitrine; l'eau quelquefois se réunit dans quelque cavité essentielle , et le sujet périt. La peau quelquefois se gaugrène; quelquefois une disposition gangreneuse inté- rieure entraîne le sujet.
Causes.
Quel que soit le siège de l'Hydropisie , elle reconnoît pour cause le défaut de transpira- tion , la suppression des règles , des cautères , des urines, etc.
L'Hydropisie par défaut de transpiration est commune à ceux qui habitent des lieux hu- mides , des caves , le bord des marais , le# hôpitaux à rez-de-chaussée,, les cachots, une atmosphère chargée d'humidité.
L'Hydropisie par suppression des évacua- tions naturelles , arrive à ceux qui ont éprouvé des diarrhées, dont les urines ont éprouvé une diminution sensible , soient qu'elles n'aient pas été filtrées par les reins , soit que quel-s
DE TOUTE l/HABlTUDE DU CORPS. II 5
ques obstacles se trouvent dans les reins , comme pierres , etc. La suppression des règles, la suppression du lait , qui se corrompt ou s'aigrit , sont souvent chez les femmes une cause d'Hydropisie. Une surabondance des fluides , connue sous le nom de pléthore , qui se rencontre dans les sujets robustes , chez ceux qui font usage d'une nourriture très-suc- culente , et qui sont sujets à des saignemens de nez , à des hémorrhngies, qui ont éprouvé tout à coup la s; ppression de ces évacuations habituelles , peuvent , dans certains cas , éprou- ver un état dans lequel les vaisseaux détendus par les liquides, et réagissant sur eux avec l'énergie dont ils sont pourvus , déterminent les parties les plus fluides de ceux - ci à enfiler les bouches exhalantes , et à former l'Hy- dropisie. La suppression des vésicatoires, des cautères, donnant lieu à des écoulemens , ap- porte un grand trouble dans les évacuations. Elles introduisent une surabondance de séro- sités , et conduisent à l'HydrOpisie. Il faut donc respecter les évacuations, apporter les plus grandes réflexions avant de supprimer les vési- catoires ou les cautères. La suppression des humeurs de la peau amène encore les Hydro- pisies. Ainsi , l'Hydropisie succède souvent à
I î6 MA LADIES
la rougeole , à la petite - vérole , aux dartres , à la gale répercutée par les acides , aux fièvres intermittentes, plus souvent aux continues; mais elle est moins dangereuse. Les fièvres quartes sont souveut suivies d'Hydropisie , surtout quand on a fait abus du quinquina. L'Hydropisie est souvent la suite des saignées trop abondantes , de la dissolution des humeurs, comme dans le scorbut.
D'autres fois , le mauvais régime , les ali- mens trop liquides, l'abus des boissons aqueuses tièdes, l'excès du vin et des liqueurs , le défaut d'exercice; certaines affections morales, comme ia tristesse, le chagrin profond; enfin , les ma- ladies chroniques , qui se terminent presque constamment parle marasme ouTHydropisie, en sont autant de causes.
Ouverture des cadavres.
A l'ouverture des cadavres , on trouve le foie , l'épiploou , la rate , obstrués. Ou remar- que souvent les épanchemens ichoreux. Un homme de cinquante-trois ans , robuste et tra- vaillant à la terre , fut reçu à l'Hôtel - Dieu. Une infiltration générale s'étoit répandue sur tout le corps , avoit gagné les parties génitales
DE TOUTE L HABITUDE DIT CORPS. I 1 7
et les parois de l'abdomen ; elle étoit ferme et re'sisfante. La soif étoit considérable ; il se sécrétoit peu d'urine. Enfin , le malade périt dans un accès de suffocation. On ne trouva qu'une petite quantité d'eau dans les cavités splanchniques ; le . cœur étoit d'un volume énorme, et s'étendoit transversalement dans le thorax, autant à droite qu'à gauche.
Une femme , âgée de vingt - deux ans , fut attaquée de gale répercutée. Elle éprouvoit une difficulté singulière dans la respiration ; les humeurs ne circuloient plus ; elle éprou- voit une palpitation extrême de cœur. L'Hy- dropisie étoit survenue. A l'ouverture de son cadavre , on a trouvé un ulcère au cœur.
A la suite des fièvres , un malade ressentit une douleur aux hypocondres ; la fièvre , de tierce étoit devenue quarte; le malade mourut. A l'ouverture de son cadavre ; il s'écoula une grande quantité d'eau; sa rate étoit intérieu- rement putréfiée : elle pesoit cinq livres.
Une femme , âgée de trente-cinq ans, avoit eu une fièvre tierce. Il lui éfoit survenu une tumeur au côté droit ; l'Hy dropisie s'y étoit jointe. Par les remèdes , on étoit parvenu à dissiper l'Hydropisie , la tumeur et la fièvre. Quelque temps après , la tumeuc reparut ; à
Il8 MALADIES
cinquante ans , l'Hydropi ie revînt aussi; les jambes s'enflèreni : la malade mourut. On trouva à l'ouverture de son cadavre l'estomac racorni , le foie staleomateu* , le diaphragme soulevé.
Bodeir nous a transmis des observations importantes à ce sujet. Une femme , atteinte dune fièvre quarte , devint hydropique ; elle éprouvoit beaucoup de chaleur dans le bas- ventre. A l'ouverture de son cadavre , on trouva les intestins comme brûlés et gan- greneux.
Un tailleur , âgé de trente - trois ans, d'une forte constitution , a la suite d'une course longue et forcée dans un moment de frayeur, devint hydropique. Le foie étoit douloureux $ il survint des hémorrhoïdes , qui donnèrent au malade un soulagement momentané. Enfin, après sept mois de souffrance , il mourut. A l'ouverture de son cadavre , on trouva le foie très - dense , singulièrement gorgé de sang , de l'eau dans le péricarde , le volume du cœur fort augmenté , la valvule mitrale dure et comme ossifiée.
Un homme , âgé de cinquante-cinq ans , à la suite d'une fièvre intermittente, mourut. On trouva dans l'intérieur, à l'ouverture de
• DE TOUTE L HABITUDE DU CORPS. Iig
son cadavre , une grande quantité d'eau et le mésentère squirreux.
Un jeune homme de quinze ans fut attaqué d'un Anasarque qui paroissoit être la suite d'une pléthore bien prononcée. Une hémorrha- gie survint. On présumoit sa guérison ;, mais quelque temps après , l'écoulement s'arrêta , et il périt. A l'ouverture de son cadavre, on trouva une humeur séreuse dans toutes les cavités internes.
Une femme, âgée de quarante -cinq ans, à la suite d'une suppression , eut une Hvd. (;- pisie» jointe à la phthisie pulmonaire; (Ile mourut. Tout le tissu cellulaire étoit inliilré, ses poumons étoient ulcérés.
Une femme, ,àgée de cinquante-cinq ans, eut une Hydropisie à la suite de suppression et de boissons trop abondantes <'e liqueurs fortes. Elle mourut; toutes les parties inté- rieures étoient infiltrées.
Traitement.
Il est aisé de voir , d'après ce que nous avons dit, que les apéritifs sont absolument néces- saires dans cette maladie pour rétablir ie cours des urines. Les diurétiques , les asperges «, le chiendent , la chélidoine, la garance 3 la
Ï20 M A L ADI ES
racine de petit - houx , le persil , la scolo- pandre , le cerfeuil , la bouraehe, les oignons scillitiques , et même les oignons communs , sont très -avantageux. Les bains de genièvre , les se1 s de nitre, nitrate de potasse , de tartre, tartareuoc acidulé /le sel de genêt, d'absinthe; les emportes , des écrevisses concassées , l'ex- trait de myrrhe, d'ellébore, defumeterre , la gomme gutte, pourront arrêter les effets de THydropisie commençante. Les apéritifs doi- vent se donner en forme d'aposèmes , de ti- sane , de sucs ; le suc de cerfeuil pur mérite la préférence ,'à la dose de huit à neuf onces. Les pillules de Behers et celles de Boutius ont eu souvent des succès avantageux.
Je nepuis dissimuler qu'il estbon d'éviter les remèdes , et surfout lesboissons : îe meilleur est d'en prendre le moins possible.Une seule cuille- rée d'oxymel doit être donnée de temps en temps aux malades, surtout lorsqu'ils ont une soif ardente. Ce régime a quelquefois prolongé de plusieurs mois et de plusieurs années la vie des malades.
Les vésicatoires , à plusieurs reprises, sur différentes parties , sont quelquefois des re- mèdes très - avantageux dans l'Hydropisie , suivant beaucoup de praticiens. Cependant ,
DE TOUTE L'HABITUDE DU CORPS. 131
je ne puis rn'empêcher de dire que je n'ai point vu qu'ils aient eu un succès avantageux. Je ne sais comment il est arrivé que j'ai vu , à la suite de l'application des cantharides , succéder la gangrène et la mort ; je m ; bornerai à citer l'exemple fâcheux d'une femme âgée de cin- quante-cinq ans. Je lui us appliquer les vési- catoires aux jambes : il en découla d'abord une sérosité abondante. Tout sem^oit m'annoncer un succès parfait. La femme se flattoit de l'es- poir de sa guérison ; mais , le dirai - je ? ces sérosités s'arrêtèrent; tout à coup la gangrène parut. On eut beau chercher à la borner en. emportant les parties gangrenées , la mort survint. Ces événemens ne sont pas rares, et doivent faire apporter beaucoup de circons- pection dans l'application des vésicatoires.
Lorsque l'Hydropisie survient par suppres- sion de lait chez les femmes en couche, les purgatifs sont avantageux.
Lorsque THydropisie survient à la suite de la transpiration arrêtée , à la suite de la petite- vérole, delà rougeole; la bourache, le sassa- fras , etc., seront avantageusement employés.
On sent bien que dans le traitement des scorbutiques , il faut leur administrer des anti-scorhutiques , comme le cochlearia , etc.
122 MALADIES
Pour ceux chez qui l'Hydropisie est occa- sionnée par l'excès de quelques humeurs , comme par l'ictère, par exemple, il faut alors recourir au traitement de l'ictère.
Il est aisé de voir , par ce que nous avons dit j que l'Hydropisie est une stagnation des liqueurs dans les canaux. Or , l'électricité par bains , aidée de quelques légers sudorifiques , peut être employée très - avantageusement dans la cure de l'Hydropisie. Ce remède est même d'autant plus efficace , que la transpira- tion du fluide électrique paroît pénétrer à tra- vers les plus petits canaux ■ on sait en effet que l'électricité accélère le cours des liquides dans les tubes capillaires.
L'usage de l'électricité a été utile au com- mencement de la maladie ; on doit l'employer par bains , et même par étincelles , à travers les habits.
Mais en tout , pour bien saisir les différences qu'il faut apporter dans la guérison de l'Hy- dropisie générale , il est nécessaire de faire reposer le traitement sur des bases vraiment solides ; considérer la cause , la nature et l'es- pèce d'Hydropisie. On peut finir en rappor- tant ici ce qu'a dit le père de la médecine , en parlant du prognostic général de l'Hydropisie.
DE TOUTE L HABITUDE DU CORPS. 123
m Pour qu'un homme attaqué d'Hydropisie puisse guérir, il faut que ses viscères soient en bon état , qu'il conserve de la vigueur, que ses fonctions dij;estives s'exercent avec faci- lité, que sa respiration soit libre, qu'il n'é- prouve aucune douleur, que son corps ait une chaleur douce et égale , et que ses extrémités ne soient pas dans un état de marasme....
a II n'y a plus d'espoir , lorsqu'il se trouve dans les circonstances opposées. ...» ( Liv. II des Prognostics. )
124
MALADIES
MALADIES
DES
TROIS GRANDES CAVITES.
i°. MALADIES DE LA TETE.
CHAPITRE PREMIER.
INFLAMMATION DU CERVEAU.
Il y a deux sortes d'Inflammation du cer- veau ; l'une phlegmoneuse , l'autre érésipéla- teuse. La première se remarque particulière- ment dans l'intérieur du cerveau ; la seconde , sur sa superficie. Dans l'Inflammation phleg- moneuse, on trouve à l'ouverture des cadavres des abcès , un pus blanc , verdàtre , lié ; dans l'Inflammation érésipélateuse , on remarque sous la dure - mère , sur la superficie du cer- veau , des points rougeâtres , une matière
DE LA TETE. 1 20
blanche , un pus sanieux. Cette dernière , connue aussi sous le nom d'Inflammation bi- lieuse , est la plus fréquente.
Causes.
Les causes de l'Inflammation du cerveau sont, la contusion , l'irritation, l'humeur qui s'y porte; la fièvre, qui s'y fait particulière- ment sentir ; la chaleur , qui y forme un foyer purulent ; la bile , qui s'y amasse.
Symptômes.
Les symptômes sont un point douloureux , conslant , un pouls élevé , fréquent , dur , avec chaleur , assoupissement et délire. Ses degrés sont d'abord l'engorgement du cerveau ; au bout de huit jours , le malade est assoupi : il a des frissons irréguliers , qui sont autant d'in- dices de suppuration pour l'Inflammation phlegmoneuse. L'Inflammation érésipélateuse ne se manifeste qu'après un mois ou six se- maines. Dans l'Inflammation phlegmoneuse, la langue n'est point chargée , le pouls est fort , le visage est coloré. Dans l'Inflammation éré- sipélateuse, la langue est chargée, le malade
126 MALADIES
dégoûté, le ventre constipé; souvent lateîntc delà peau devient jaune, le malade aie dévoie- ment. Vers les huitième , quinzième et ving- tième jours , le pouls devient petit , dur et serré. Cette dernière espèce est facile à pré- venir; mais dès qu'elle est une fois manifestée, sa guérison est très-difficile.
Traitement.
Dans l'Inflammation phlegmoneuse , la sai- gnée, les boissons délayantes, légèrement îaxatives , la diète , la liberté du ventre, voilà les principaux moyens curaîifs. Ainsi, les la- vemens , la crème de tartre , ou acidulé tar- tarëiiœ , le tamarin, seront variés, suivant les circonstances; mais il faut éviter avec soin les purgatifs irritans.
Dans l'Inflammation érésipélateuse, point de saignée ; elle empêcheroit l'écoulement de la bile. Les malades doivent être évacués. Il faut leur donner le tamarin , le tartre stibié, la casse ; pour boisson , le chiendent , les limo- nades , l'oxymel ; leur appliquer des cataplas- mes, des fomentations émollientes ; leur tenir la tête couverte , leur procurer des vomisse- Biens , et continuer de lçs tenir long -temps à
DE LA TETE. 12J
tse régime. Lorsque le pouls est moins dur , que la fièvre diminue , que la langue est moins chargée, que le malade se plaint de douleurs de tête , que l'assoupissement est moindre , on en peut conclure les bons effets du traitement.1 En le continuant , on remarque que la suppu- ration , étant une fois établie à la place , ne cesse que quand l'Inflammation du cerveau a disparu : ce qu'on connoît quand le malade n'a plus de mal à la tête , qu'il n'a plus de sueurs , qu'il désire les alimens. Si la bile reparoissoit de nouveau , la maladie reparoî- troit aussi. Dans ce dernier cas , on diminue les boissons ; on purge ensuite les malades.
Dans les Inflammations phlegmoneuses , il survient des abcès qui sont suivis d'accidens , de mouvemens convulsifs , de paralysie ; le pus s'échappe , la lame osseuse meurt. Dans ce cas , l'opération du trépan semble bien in- diquée ; pour moi , je pense qu'on peut sauver les malades sans cette opération. Beaucoup de trépanés sont morts. La pourriture d'hôpital détruit les pariétaux , l'occipital , etc. ; la na- ture donne issue au pus. En entrrprenant d'a- grandir ces issues, il y a à craindre que la mort ne s'ensuive bientôt. Une observation de Sa- viar nous dit que l'ext'oliatioa lente , suite de
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j 28 MALADIES
la suppurat*on , a lieu, sans recourir au tré- pan ; qu'il est prudent d'attendre l'opératio de la nature Sa marche est lente, mais eU est plus utile. Elle formera dos abcès , des fi- tules ; mais elle guérira le malade , tandis qu les secousses et le passage de l'air font d< jiérer l'Inflammation phlegmoneuse en un Inflammation érésipélateuse , qui donne 1 mort. Eli ! qui, d'aiileurs, indiquera sùremei le lieu de l'Inflammation ? Les praticiens on conseillé le trépan dans l'Inflammation érési pélateuse : ici reparoissent les mêmes incon véuieus. A quoi bon l'opération, du trépan , l'Inflammation est à la superficie de l'arach- noïde ou de la pie-mère ? Comment faire soi tir le pus infiltré ? Comment faire sortir celu qui est à la base du cerveau , dans les div. anfractuosités , vers les différons lobes ? Dan l'ouverture des abcès au cerveau, il y a beau coup de danger et pou de succès, on doit pré- férer d'attendre la suppuration. L'opératioi du trépan est inutile dans tous les cas.
Quelquefois la gangrène survient au cer- veau ; l'assoupissement , la foiblesse du pouls le délire, l'indiquent : elle ne paroit guère qu'au bout de douze jours. Si elle n'a pas ét( prévenue par la saignée et les purgatifs , il est
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128 MALADIES
la suppuration , a lieu, sans recourir au tre* pan; qu'il est prudent d'attendre l'opération de la nature Sa marche est lente, mais elle est plus utile. Elle formera des abcès , des fis- tules ; mais elle guérira le malade , tandis que les secousses et le passage de l'air font dégé- nérer l'Inflammation phlegmoneuse en une Inflammation érésipélateuse , qui donne la mort. Eh ! qui, d'ailleurs, indiquera sûrement le lieu de l'Inflammation ? Les praticiens ont conseillé le trépan d:ms l'inflammation érési- pélateuse : ici reparoissent les mêmes incon- "véniens. A quoi bon l'opération du trépan, si l'Inflammation est à la superficie de l'arach- noïde ou de la pie-mère ? Gomment faire sor- tir le pus infiltré ? Comment faire sortir celui qui est à la base du cerveau , dans les diverses anfractuosités , vers les différens lobes ? Dans l'ouverture des abcès au cerveau, il y a beau- coup de danger et peu de succès • on doit pré- férer d'attendre la suppuration. L'opération du trépan est inutile dans tous les cas.
Quelquefois la gangrène survient au cer- veau; l'assoupissement , la foiblesse du pouls, le délire , l'indiquent : elle ne paroît guère qu'au bout de douze jours. Si elle n'a pas été prévenue par la saignée et les purgatifs, il est
DE LA TETE. I 2Ç)
bien à craindre que tous les moyens auxquels on a recours ne soient inutiles.
CHAPITRE IL
COMMOTION DU CERVEAU.
On appelle Commotion du cerveau cet ëtat dans lequel l'homme éprouve un ébran- lement considérable. Le cerveau ne peut, se- lon Sennert, éprouver dans l'homme vivant aucun changement de situation , aucun ébran- lement, aucune lésion. En éprouve - 1 -il, la substance du cerveau est - elle répercutée dans la boite osseuse , les malades alors perdent l'usage de la parole , leurs sens sont sus- pendus on anéantis. C'est là ce qu'on appelle proprement Commotion du cerveau. Hip- pocraie et Galien font mention de cette afi'eclion.
Causes.
Les chutes faites d'un lieu élevé , les coups de pierres lancées avec force , les coups de bâ- ton , les boulets, les balles , sont les causes les
t. 9
ïSo MALADIES
plus fréquentes des Commotions du cerveau l qui sont plus ou moins fortes, en raison de la violence des coups ou de la surface des corps. Comme il y a quelquefois contusion à la tête sans Commotion , pour qu'il y ait Commo- tion, il n'est pas toujours nécessaire qu'il y ait contusion. Toute secousse vive la pro- duit également. Dans le tournoiement, on perd l'usage des sens , parce qu'il y a Commo- tion.
Les praticiens ne sont pas d'accord entr'eux lorsqu'il s'agit d'expliquer ce phénomène : les uns attribuent la perte totale ou momentanée du sentiment à l'affaissement de la substance cérébrale ; les autres à une irritation qui , en appelant les humeurs , détermine l'engorge- ment du cerveau ; d!autres , enfin, à la suspen- sion des fonctions vitales. Galien adopte le premier système; il attribue la perte du senti- ment à la rétraction des esprits animaux , qui forcent au repos les organes , et les empêchent d'exécuter leurs mouvemens. Dans les Com- motions violentes , le cerveau se comprime , s'affaisse sur lui-même ; souvent même l'éloi- guement des parties du cerveau , de leur si- tuation naturelle , occasionne la rupture des vaisseaux répandus dans sa substance. Les
DK LA TÈTE. l3l
nerfs sont comprimés , gênés et brisés ; de là le sang par le nez , par les oreilles , par les yeux , etc. Beaucoup de modernes adoptent ce sentiment ; mais est - il vrai que le cerveau s'affaisse sur lui-même? Liste rapporte l'his- toire d'an prisonnier condamné à mort, qui se tua en s'élancant , la tète la première, d'un bout à l'autre de son cachot. Sa mort é'oit l'effet d'une violente Commotion. A l'ouver- ture de son cadavre, on a trouvé la dure-mère lâche, le cerveau plus petit que l'intérieur du crâne : ce qui avoit déjà été observé en plu- sieurs cas semblables. Cependant , sans ôter à Liste le mérite de bon observateur, on pour- roit examiner s'il a bien jugé. La manière dont ce crâne a été ouvert, l'épanchemen! du sa! g, ont-ils laissé des moyens suffisans pour asseoir un jugement bien certain? Le crâne ne peut ni se comprimer , ni réagir sur lui - même. 11 n'y a pas de vide dans la nature ; tel qu'un vase d'étain , frappé par quelque corps dur , éprouve un changement de configuration. Ainsi, la boîte osseuse, quoique solide, change de forme, sans occasionner pour cela un rétré- cissement qui oblige le cerveau à s'affaisser.
L'irritation , qui , en appelant les humeurs , détermine l'engorgement , paroîtroit plus vrai*
1^2 MALADIES
semblable. La Commotion , loin de produire une diminution , produiroit plutôt un engor- gement dans la substance du cerveau ; cepen- dant , on doit bien distinguer cet engorgement de la Commotion elle - même. Les effets de la Commotion sont subits; l'engorgement ne peut survenir que quelque temps après. Les le'sions du cerveau sont comme celles qui ont lieu dans les autres parlies du corps. Un vésicatoire détermine la rougeur, l'inflammation , l'irri- tation , l'engorgement sur le lieu où il est ap- pliqué. Le cerveau étant contus, agacé, ébran- lé , les humeurs s'y portent ; mais comme ces causes n'agissent que lentement et par degré , et que la perte de connoissance est subite , il faut donc s'accrocher à une autre branche: il reste la suspension des fonctions vitales du cer- veau. Jugeons-en par analogie. La contraction des muscles, la contraction de l'estomac, celle de la vessie, produisent des accidens sur ces divers organes. Par une conséquence natu- relle , la violence des contusions doit produire sur le cerveau le même effet. Les fractures se font quelquefois dans d'autres endroits que ceux qui ont été frappés. La violence des con- tusions occasionne des Commotions plus ou moins vives dans le cerveau; quelquefois le
DE LA TETE. l3l>
cerveau est contus dans le côté opposé à la chute. Cette théorie est encore confirmée par l'expérience. A l'ouverture des cadavres , on trouve quelquefois la partie opposée , à l'en- droit frappé , contuse ou en suppuration ; quelquefois on y trouve des abcès , des dépôts gangreneux. Donc la violence de la contusion, eu produisant la Commotion , produit en même temps la suspension des fonctions du cerveau. Suivons - en le développement lui- même.
Signes de la Commotion.
Les signes de la Commotion se réduisent aux suivans : L'éblouissement , la perte de connoissance , l'assoupissement , le changement de pouls, le sang répandu par le nez, les yeux, la bouche, etc. ; les vomissemensjleshocquets, les déjections de matières fécales.
i°. Eblouis sèment. Ce signe se manifeste diversement : tantôt c'est une lumière écla- tante, semblable à celle du soleil ; tantôt c'est une lumière vive, mais moins éblouissante que la première ; tantôt c'est une lumière foi- ble et scintillante , comme celle des étoiles. Une grande lumière indique une grande Com-
1^4 MALADIES
motion ; une lumière moins vive , une Com- motion moins forte. Est - elle foible, la Com- motion est aussi foible ; il est aisé d^ juger par là des degrés de la Commotion. Plus l'im- pression faite sur le cerveau a été vive, plus la Commotion est considérable.
Quelquefois les individus tombent sous les coups. Il ne faut pas confondre cette chute qui suit la Commotion avec celle que produi- roit le coup lui - même sans cet ébranlement du cerveau. J'avoue que cela n'est pas facile à distinguer; mais les éblouissemens , la perte de connoissance , joints aux autres signes de la Commotion , indiquent que la chute est plutôt la suite de la Commotion , que de la seule violence du coup. Comment les malades tombent - ils ? C'est que les fonctions du cer- veau sont essentielles à l'action musculaire. Une violente Commotion suspend le cours des esprits animaux , soit en portant le sang avec véhémence vers le cerveau , soit en l'empê- chant de s'y porter. Les muscles ne se con- tractent plus ; la suspension du fluide nerveux vers les muscles opère l'effet que produiroient des ligatures sur toutes les branches qui par- tent de la moelle épinière. Ces signes accom- pagnent ordinairement leblouissement, quoi-
DE LA TETE. 1 35
que la chute ne soit que consécutive. Ces chutes sont plus ou moins promptes , plus ou moins considérables , suivant la force de la Commo- tion. Si elle est très- violente, on tombe sur- le-champ. Est -elle moins violente, on chan- celle quelques momens. Voyez les bœufs que l'on assomme , les chevaux que l'on égorge ; ceux-ci tombent sur-le-champ, tandis que les autres chancellent long - lemps. Je ne veux point dire que la chute de la Commotion dépende seulement du sang ; je sais que la force centrifuge ou la force centripète opère le même effet sur les animaux , ou sur tout individu, auxquels elle est imprimée; qu'ils tomberont également, soit que le sang soit porté à la tète, soit qu'il en soit détourné. La syucope est éga- lement produite par la saignée du pied, comme elle est produite par l'apoplexie. Le trop ou trop peu de fluide au cerveau est également cause de la chute des malades.
2°. Perte de connaissance. Quelques indi- vidus la perdent absolument, d'autres sont seulement assoupis. Ces effets sont relatifs au degré d'ébranlement du cerveau. L'intensité de Ja perte de connoissance peut faire juger du degré de Commotion. Lorsque le degré d'é- lôranlemeut du cerveau est léger , il n'y a
l56 MALADIES
qu'affaiblissement ou distraclion. Est - il plus considérable , alors survient l'assoupissement : on voit les malades fermer les yeux, se réveil- lv, répondre, retomber; d'aulres semblent rêver. Des idées disparates , une confusion , un trouble, un bouleversement inconcevable dans les idées, le délire, la frénésie, sont la suite des Commotions les plus violentes. On a vu des malades oublier les choses nouvelle- ment apprises , ne se ressouvenant que de celles qui sont passées long-temps auparavant , et qui avoient laissé des traces vives dans leur âme. J'ai vu un porteur d'eau , à la suite d'une Commotion violente, ne s'entretenir que des choses qui s'étoient passées récemment autour de lui. La perte de connoissance augmenta ; il ne parla bientôt pins que la langue de son pays , et des gens qu'il y avoit quittés depuis long - temps. L'imbécillité, fruit de la vieil- lesse , produit le même effet ; les vieillards oublient d'abord ce qui s'est passé dans leur jeunesse. Avancent-ils en âge , ils ne se ressou- viennent plus que du temps de leur jeunesse. Pourquoi? c'est qu'il faut que le cerveau soit sain pour qu'il y ait une série d'idées. L'aug- mentation ou la diminution du sang occasionne également la perte de la connoissance. Dès que
DE LA TETE. ï Z<J
l'affection du cerveau est devenue générale, comme il arrive souvent à la chute des dépôts ou des coups violens, alors toute connoissance est suspendue. Le principe du sentiment ne ré- side ni dans le sensoriwn commune , ni dans le corps calleux , comme le prétend Lapëro~ nie ; ni dans les corps cannelés , comme le pré- tend Wrillis j puisque ces parties ont été dé- truites , sans que les fonctions intellectuelles aient pour cela cessé; mais il réside dans un cerveau sain , dont les fonctions n'ont point été dérangées.
5°. Changement de pouls. Le pouls est mol ou foible. L'action du cœur et des vaisseaux dépend du fluide nerveux. Par conséquent, le cours du sang doit se rallentir. La respiration devient courte pendant quelques instans ; tout à coup succède une grande inspiration. C'est cet état qui est connu sous le nom de respira" tionstertoreusc , où le malade semble ronfler. Le fluide nerveux ne coule presque pas; lé pouls mol s'embarrasse : alors il faut une grande respiration pour le débarrasser. Ce qui se suc- cède alternativement et avec bruit , et produit la respiration stertorense dans les Commotions du cerveau.
4°. Vomissemens. Les vomisse mens ont ïa
l5S MALADIES
même cause que ceux qui surviennent après la saignée , l'affection du cerveau. Le fluide ner- veux éprouve un trouble tel que celui qui est causé par l'apoplexie. Les nausées, les hocquets, l'insensibilité des parties, se manifestent d'au- tant plus , que la Commotion a été plus vio- lente. Ce n'est point à la chute qu'il faut attri- buer ces accidens , mais à l'ébranlement du cerveau, et à la vitesse du fluide nerveux di- minuée vers l'estomac. Les coups de balles pro- duisent souvent cet effet. L'irritation de l'esto- mac détermine alors le vomissement.
5°. Sang répandu par le nez , la bouche , les yeuoc , les oreilles , etc. C'est à un em- barras dans le cerveau , à un vif ébranlement dans les vaisseaux sanguins, qu'il faut rap- porter ces épanchemens de sang , plutôt qu'à la rupture des vaisseaux : ce qui pourroit cepen- dant arriver quelquefois.
6°. Déjection de matières fécales. Dans ce système , la raison en est sensible. Si les gros intestins sont remplis , le fluide nerveux trou- blé ne porte plus son cours vers le sphincter fie l'anus. 11 n'a plus de ressort ; il doit aisé- ment laisser échapper les matières fécales.
Tous ces signes paroissent immédiatement après les blessures.
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Traitement.
Les moyens curatifs se réduisent à trois principaux ; la saignée , les purgatifs , les vési- catoires sur la tète.
i°. Saignée. Tous les praticiens la recom- mandent. Lieutaud veut de copieuses saignées aux bras, aux pieds, à la jugulaire, il ne faut pas s'en laisser imposer par !es grandes auto- rités; on ne doit y recourir qu'avec la plus grande circonspection. Souvent les malades ont perdu par leurs blessures une grande quan- tité de sanç, qui la rend inutile « ou souvent même dangereuse, en raison de leur foiblesse. Souvent l'estomac est rempli d'alimeus. IN'est- il pas même quelquefois prudent de déférer aux préjugés, qui ne manquent pas d'attribuer à l'effet de la saignée une mort d'ailleurs iné- yi table ? L'estomac est-il plein , ou il se vide parle vomissement, et alors c'est un très grand bonheur, ou il ne survient pas de vomisse- ment , et le malade périt. Alors , la saignée est plus ou moins utile. Si le malade n'avoit pas pris d'alimeus depuis long-temps, si son visage éloit rouge , s'il avoit le pouls grand et mol , il est bon alors de recourir à la saienée; elle
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diminuera la masse du sang. Parmi les prati- ciens , les uns conseillent la saignée du bras, d'autres celle du pied, d'autres celle de la ju- gulaire. Cette dernière a de grands inconvé- niens ; dans la saigne'e de la jugulaire, sans une ligature au col , il ne sort pas de sang. En faisant une ligature au col , le sang se porte à la tête", et occasionne quelquefois des suites fu- nestes. La saignée à la jugulaire est utile dans les plaies de gorge , lorsque les veines sont bien pleines , et que le sang jaillit dès que l'on pose la lancette. Les saignées du bras affec- tent moins la tête ; il n'importe à quelle veine se fasse l'ouverture. La céphalique, si recom*- mandée par tant de praticiens , ne produit pas de plus grands effets , puisqu'elle vient des axil- laires. Les saignées du pied font tomber plus souvent eu syncope :donc elles agissent davan- tage sur le cerveau. Ainsi, la saignée du bras est préférable ; celle du pied , lorsque l'engorge- ment du cerveau est considérable, et il ne faut recourir à celle de la jugulaire, que lorsqu'elle paroît nécessaire ou indispensable. Les fortes saignées feroient périr le malade; la prudence exige de ne les pas multiplier. Une ou deux saignées doivent suffire, a moins qu'il n'y ait une grande plénitude.
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a°. Purgatifs. Si l'estomac est plein , et qu'il ne soit pas survenu de vomissement, il est de la prudence d'administrer au malade le tartre siibié. Si le vomissement est survenu , il faut l'évacuer sans saignée. L'émétique,l'hyp- pécacuaua,le tartre stibié, avec des sels, se- ront très - avantageux. $i la Commotion est forte , deux ou trois grains d'émétique , dans une pinte d'eau , seront nécessaires. Si la Com- motion est foible , un grain suffit. Après les vomissemens, qui ne présagent ordinairement rien de sinistre, la connoissance revient, la lésion du cerveau n'augmente pas. Si les pur- gai ifs n'agissent que par bas , les accidens di- minuent. Quelquefois le malade ne vomit pas, il ne va pas à la garde-robe , et cependant la maladie change. L'émétique donné avec pré- caution pendant quatre à cinq jours, le malade ira de mieux en mieux. L'hvpécacuana est préférable dans le dévoiement. Tant que la douleur de tète subsiste , cest alors le cas de donner des lavemens , quelquefois même deux par jour. Les purgatifs déterminent lirrita- tion sur les premières voies, y attirent la force du mal ; les humeurs s'y dirigent, et em- pêchent l'engorgement du cerveau. L'émé- tique pousse à ia peau , débarrasse le canal
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intestinal, et fait couler la bile. Les boissons délayantes sont aussi très-utiles.
5°. Vésicatoires sur la tête. Ici les prati- ciens ne sont pas d'accord entr'eux ; Galien , Sennert , Ambroise Paré , Fabrice d'Aquapen- dente , conseillent les topiques émoliiens, et défendent les irritans, qu'ils regardent comme plus capables d'augmenter l'inflammation que de la détourner. Beaucoup de modernes pré- fèrent les irritans , pour amener au dehors 1 ir- ritation intérieure. Pope a recommandé les y<esicatoires ; Lieutaud ne les emploie que dans ]es affections comateuses. Les vésicatoires sur la fête , en tout ou en pariie, sont le moyen, le plus efficace. Cela est prouvé par les avan- tages continuels crue l'on en retire , soit dans les péripneumonies bilieuses , soit dans les rhumatismes , elc , où la maladie est emportée comme avec la main. L'expérience, voilà notre 3)Oussole. 11 y avoit depuis quinze jours, à la Charité, un garçon tailleur ; il étoit sans con- noissance, dans un délire continuel. On lui fit raser la tête , et appliquer un large vésicatoire depuis le front jusqu'à la nuque, et d'une oreille à l'autre. Bientôt après le malade se plaignit, donna des signes de douleur, et remua les bras. Vingt - quatre heures après, il répondit
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quelques mots. Lorsqu'on leva le ve'sicatoire , on trouva sa tête couverte de phlictènes , et l'épidémie enlevée. Tous les autres symptômes furent promptement dissipés, et il dut sa gué- rison à ce moyen efficace. Un malade de l'Hô- tel-Dieu avoit éprouvé une grande Commo- tion , après avoir tombé de très-haut ; tout in- diquoit les suites les plus fâcheuses. On lui fit appliquer un large vésicatoire sur la tète , et le malade fut parfaitement guéri. Ce remède a toujours eu le plus heureux succès. Il est dif- ficile de faire prendre le vésicatoire sur le cuir chevelu ; lorsque l'épidémie est enlevée , on le panse avec le basilicum. 11 faut avoir grand soinde ratisser l'épidémie et le corps muqueux , pour empêcher que la croûte ne se forme et n'arrête les humeurs.
Cependant , on ne peut employer dans tous les cas les vésicatoires avec les cautharides; ce topique nuiroit à ceux qui sont attaqués de quelques maladies de vessie, de la pierre, de la gravelle : il fîxeroit les humeurs sur cette par- tie. On y supplée , soit par le saint - bois , soit par le liniment volatil. Ce dernier se compose avec une demi - once d'alkali volatil fluor sur une once d'huile d'olive. L'effet est le même , sans avoir les mêmes iuconvéuieas pour la
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vessie. Il ne porte pas non plus sur les reins ; mais il faut que ce liniment soit bon , autre- ment il ne produiroit rien. En général , les sai- gnées réussissent rarement ; les purgatifs sont très-avantageux, lors même qu'ils ne font point aller ; mais les vésicatoires variés , suivant les circonstances , sont un remède très-important.
Le trépan est inutile et même dangereux.
Après la saignée , si le pouls est moël'eux , le visage coloré, la respiration égale; si le malade distingue les obj -ts , s'il entend, s'il répond , ce signe est très-a antageux. Si , après l'émétique, ces mêmes symptômes ont égale- ment lieu, l'usage des sens et la cessalion du délire seront bientôt suivis d'une prompte guérison. Mais si , après la saignée , l'émétique, les vésicatoires , le malade reste dans le même état ; si la respiration devient lente et difficile, le malade périt. Dans les grandes Commo- tions, les remèdes sont inutiles; il n'y a qu'un pas entre la perte de connoissance et la mort. Cependant , par humanité , et dans l'incertitude du sort du malade, il faut toujours voler à son secours.
On lit, dans le Journal de Chirurgie, qu'un tailleur d'habits , en descendant son escalier , fit un faux pas , et alla heurter avec force contre
DE LA TÈTE. \/fî
un pilier de la rampe. Le sang couloit par le nez , par la bouche et par les o eilles. On lui fit d'abord une saignée à chaque bras, ensuite une saignée de pied très-copieuse ; on lui ap- pliqua les cantharides , et le malade fut parfai- tement guéri dans dix-sept jours.
Un enfant de dix ans , a^ ant fait tomber sur lui une planche très - lourde , fut terrassé et perdit connoissance ; on le mit au même trai- tement , et au bout de quelques jours il fut parfaitement guéri.
CHAPITRE III.
APOPLEXIE.
Le mot d'Apoplexie vient du grec A7ronXtxTav t frapper, parce que les malades sont pris, frappés comme d'un coup de foudre. L'Apo- plexie est la perte totale de mouvement avec la respiration difficile , ou plutôt , comme dit Desauvages , c'est l'abolition des scntimens et des mouvemens volontaires, avec la respira- tion stertoreuse. Elle doit être bien distin- guée de la léthargie par la respiration , de l'épilepsie par les convulsions , de la cata- lepsie où tous les membres restent où on les I. 10
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met. Elle diffère de la syncope où la respi- ration est douce et presqu'éteinte , de l'as- phixie où la respiration n'est pas stertoreuse* Il faut bien faire attention , pour bien dis- tinguer cette maladie , qu'elle n'attaque pas tous les individus de la même manière -, qu'il y en a où les individus sont frappes presque subitement , et d'autres où les malades sont pris d'Apoplexie ou d'un profond sommeil , où les malades sont privés des sens extérieurs par degrés et où la respiration n'est nullement stertoreuse , où ils conservent la faculté d'ava- ler ; il en est , enfin , où l'Apoplexie est an- noncée par des symptômes avant-coureurs.
Cette maladie attaque surtout les personnes pléthoriques sédentaires, celles qui font usage de liqueurs fortes, celles qui sont avancées en âge. Elle se manifeste plus particulièrement en hiver.
Causes.
Les causes sont immédiates ou secondaires. Les causes immédiates sont la compression du cerveau, occasionuée par la stagnation du sang 6juand les vaisseaux du cerveau sont trop gor- gés , ou par une lymphe trop abondante et trop syreuse qui s'amasse dans cette partie. De*
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esquilles d'os qui compriment le cerveau, une. exostose, des concrétions lypomateuses , des coups portés sur la tète ou l'épine, des pas- sions violenîes, la colère, la suppression des évacuations, les exercices violens , les conten- tions d'esprit , l'habitation des lieux trop chauds , le froid excessif, l'insolation ou coup de soleil , les métastases ou transport d'hu- meurs sur le cerveau, des abcès supprimés, des dévoiemens arrêtés, des maladies tie peau , comme dartres répercutées, les règles , les hé- morrhoïdes arrêtées, la grossesse, les dou- leurs de l'enfantement, sont autant de causes qui déterminent l'Apoplexie.
Quoique cette maladie soit plus commune chez les vieillards, cependant elle est hérédi- taire chez quelques individus. Ceux qui ont le col court, le corps trapu, qui sont engourdis, énervés; ceux chez qui la langue est tremblo- tante y paroissent plus disposes que les autres.
Division de l 'Apoplexie.
D'après ce que nous avons dit des causes de l'Apoplexie, il est aisé de sentir que l'on peut diviser l'Apoplexie en sanguine et en séreuse. L'Apoplexie sanguine est celle où la compression du cerveau est occasionnée par
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la stagnation du sang. L'Apoplexie séreuse est celle ou l'Apoplexie est occasionnée par une abondance de sérosité dans le cerveau.
On peut ajouter , à ces deux espèces d'Apo- plexies, uue troisième espèce que l'on pour- roit appeler Apoplexie accidentelle, c'est-à- dire , occasionnée par toutes les causes qui ne se rapportent point à la surabondance du sang ou des humeurs qui remplissent la ca- vité du crâne , et qui déterminent cet assou- pissement qui suit ordinairement la compres- sion du cerveau.
Symptômes.
Entre les symptômes de l'Apoplexie , on remarque particulièrement des douleurs vives et opiniâtres à la tête, des vertiges , la perte de la mémoire, des absences momentanées , l'engourdissement des membres , des larmes involontaires, des tintemens d'oreilles, des grincemens de dents , le tremblement des lèvres, la distorsion de la bouche, de l'em- barras dans l'organe de la parole, le froid aux extrémités , enfin, la cessation de toutes les fonctions animales et de tous les mouve- KiGas dépendons de notre volonté, sont autant
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de symptômes avant-coureurs de l'Apoplexie en général.
Pronostic.
L'Apoplexie peut être forte ou foible. L'A- poplexie forte est mortelle ; l'Apoplexie foi- ble est souvent suivie de la paralysie. Si l'Apoplectique ne ronfle pas , s'il avale aisé- ment le liquide , s'il donne des signes de sen- sibilité , si la fièvre survient, ce pronostic est favorable ; mais si ces symptômes augmentent avec la fièvre , il y a beaucoup à craindre que la mort du malade ne suive. L'Apoplexie qui survient à la suite d'une maladie chronique est presque toujours mortelle. Quand on sent les avant-coureurs de l'Apoplexie , il faut les préveuir par la diète , les lavemens purgatifs et l'exercice.
Caractères dlstinctifs de l Apoplexie sanguine.
Pour ne point confondre l'Apoplexie san- guine avec la séreuse , voici les caractères qui les distinguent. L'Apoplexie sanguine , que l'on nomme vulgairement coup de sang , prend souvent tout à coup. Les malades ont
1 5o MALADIES
le visage rouge ; leurs yeux, à demi-ouverts, perdent leur éclat; le pouls est plein et donne de fortes pulsations ; la respiration est diffi- cile et s'exécute avec bruit et ronflement. En quelques-uns , la paralysie se manifeste dans le cours de la maladie ; dans d'autres, elle se manifeste quelques jours ou quelques heures après. Les urines et les excrémens sortent quelquefois d'eux - mêmes : quelquefois même il survient des vomissemens. La perte de la connoissance n'attaque pas toujours tous les malades ; il y en a qui peuvent encore faire connoître par des signes leur pensée. Quel- quefois , dans l'Apoplexie sanguine , les ma- lades meurent en jetant des cris avec des grincemens de dents, et des convulsions affreuses avant de mourir.
Dans l'Apoplexie séreuse , les symptômes sont à peu près les mêmes ; mais le pouls est moins fort, le visage est pâle, il y a peu de couleur à la peau. Elle n'attaque que les sujets d'une texture lâche, pituiteuse , foibie. La respiration cependant quelquefois est beau- coup plus stertoreuse. L'assoupissement suit plus ordinairement celte espèce d'attaque; les nerfs sont plus affectés et perdent plutôt leur sentiment. Le pouls est souvent petite inégal
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et intermittent; quelquefois on voit le malade ëcumer. Il n'est pas toujours aisé de distin- guer, à la vue simple, les caractères qui diffé- rencient ces deux sortes d'Apoplexie; quel- quefois la réunion des symptômes porte à la confondre. Lescirconstances accessoires aident quelquefois le discernement du médecin. Un malade que l'on trouve enveloppé dans des vètemens très-étroits , qui a des bas , des cu- lottes de peau , des liens, peut faire présumer que son Apoplexie est sanguine. CMui chea lequel ou remarque des chairs molles, un. visage pâle , une affection cachetique , doit faire présumer que son Apoplexie est séreuse. Enfin , on doit rapporter à la troisième espèce d'Apoplexie, celle où le cerveau des individus peut être comprimé par une sérosité qui s'épanche dans le crâne, comme dans les hy- drocéphales , par d'S excroissances ou des polypes qui contribuent à sa compression , par l'induration du cerveau , par un défaut de circulation ; mais cette Apoplexie accidentelle ne se distingue pas toujours , surtout celle qui vient de quelque tumeur ou vice caché dans le cerveau Le diagnostic n'est facile que quand l'Apoplexie accidentelle tire sa source d'une cause évidente et très-connue.
j53 MALADIES
Ouverture des cadavres.
A l'ouverture des corps, on trouve les sinus du cerveau gorgés de sang, les artères caro- tides plus ou moins concrètes; quelquefois les ventricules du cerveau pleins de sang ; quel- quefois les veines du p^xus choroïde forment des grosseurs qui occasionnent la compres- sion du cerveau. Les artères basilaires sou- vent se dilatent et s'ouvrent 5 telles sont, en partie , celks qui sont dans les ëchancrures de sylvius ou dans les petites ailes d'ingratias. Le canal vertébral est souvent plein de sang. On trouve souvent du sang extravasé dans les ventricules du cerveau , sous les méninges et dansla substance propre du cerveau. On trouve souvent aussi les vai >teaux des poumons en- gorges ; le sang sort souvent par la bouche , par les narines. Chez ceux qui sont morts d'Apoplexie séreuse, on remarque que la substance du cerveau est molle, flasque et remplie d'eau. Les ventricules sont aussi quel- quefois remplis d'une sérosité limpide ou sanguinolente. Dans l'Apoplexie accidentelle, ce que l'on remarque de plus frappant sont des tumeurs molles, osseuses, des abcès, des hidatides; quelquefois la glande pinéale très-
DE LA TETE. l53
grosse , diffërens corps étrangers , des os dé- primés, enfin, des stases séreuses, sanguino- lentes ou purulentes.
J'ai suivi la route tracée par tous les prati- ciens , dans la distinction que j'ai faite de l'Apoplexie en séreuse et en sanguine; cepen- dant, je ne dois pas dissimuler que cette dis- tinction est contredite par des médecins même d'un très- grand mérite, et qu'ils la regardent comme toute fondée sur des illu- sions de l'imagination. Ils proposent d'y substituer une nouvelle classification qui se trouvera concordante avec lessentencesd'Hip- pocrate , qui se sont maintenues intactes jus- qu'à présent. Ils la basent sur l'observation. Ainsi , ils divisent l'Apoplexie en Apoplexie cérébrale, en Apoplexie gastrique, en Apo- plexie métastatique , en Apoplexie par con- tention d'esprit.
Dans l'Apoplexie cérébrale, les caractères spécifiques sont parmi les causes prédispo- santes. L'âge mûr, la vieillesse; l'enfance et l'adolescence n'en sont point à l'abri; l'excès de vigueur ou de foiblesse , l'obésité , les hivers froids et humides à la suite d'un été chaud et sec , un froid intense à la suite d'une température douce et modérée , une dispo-
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sition héréditaire. Parmi les causes excitantes, sont les excès d'intempérance ou les alimens peu restaurans , l'abus des liqueurs fortes , l'ivresse , la suppression des hémorrhagies , des règles , des hémorrhoïdes , des saignées , des évacuations habituelles, des cautères, des ulcères, du coryza, d'une toux humide, des sueurs des pieds ; le passage subit du chaud, au froid , du froid au chaud , la répercussion d'affections cutanées, celles de la goulte, les inquiétudes , les chagrins , les méditations profondes , les veilles , les excès dans les plai- sirs de l'amour, les terreurs , la colère, l'abus des narcotiques, des bains tièdes , du tabac, la vapeur des métaux , des charbons , des substances en fermentation , des coups , des chute sur la tête, des tumeurs internes ; en un mot, de tout ce qui peut interrompre la libre circulation du sang.
Les caractères varient suivant que l'Apo- plexie est forte ou foible. Dans le premier cas, l'on remarque un embarras particulier de la langue , un sentiment de formication , de l'en- gourdissement dans les membranes d'un côté du corps , de la difficulté ou même de l'im- possibilité de les mouvoir : le malade éprouve une douleur gravative à la tète , de la somnç-
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lence , une légère distorsion de la fêle ; il entend lentement et difficilement. Dans le second cas, on remarque une diminution ou même une abolition très- notable des fonctions des sens ou de l'entendement , une stupeur profonde, un état comaleux, une perte pins ou moins complète du sentiment et du mou- vement dans une moitié du corps , peu d'al- tération dans la respiration qui, vers la fin, devient souvent stertoreuse , un pouls fort et développé.
Je suis entré dans le détails de ces carac- tères spécifiques , pour montrer qu'ils rentrent dans tous ceux que nous avons assignés à l'Apoplexie sanguine. Un coup d'œil va nous
en convaincre.
■
PREMIÈRE OBSERVATION.
Un cardinal âgé de quarante - cinq ans, d'un visage fleuri, se livrant à l'étude , ayant éprouvé quelques mouvemens convulsiis de la face, des soubresauts dans les tendons et les muscles du bras , continua son genre de vie, et succomba quelque temps après , malgré les soins de Vasalva , son médecin. L'ouverture de son cadavre présenta le cer- veau flasque , les ventricules gorgés de
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sang, et les parois comme rongées d'un ulcère profond.
DEUXIÈME OBSERVATION.
Un homme de quarante- quatre ans, d'un embonpoint excessif et d'une humeur jo- viale , fut tout à coup privé de la parole , du mouvement et de l'usage des sens. Sa res- piration étoit libre. Les lavemens irritans ré- tablirent pendant quelque temps le sentiment. Les hémorrhoïdes , auxquelles il étoit sujet, survinrent six mois après; sa santé parut se rétablir, mais il périt àlasuited'une deuxième ou troisième attaque.
TROISIÈME OBSERVATION.
Un homme , frappé d'Apoplexie à la suite de l'ivresse, tomba sur l'occiput, et rompit le dernier échelon d'une échelle sur laquelle il étoit monté. La respiration devint sterto- reuse. 11 mourut. On trouva au sinciput une tumeur remplie de sang , un épanchement sanguin sous la dure -mère , et un sérum san- guinolent dans les ventricules latéraux.
Il est aisé d'apercevoir que ces effets rentrent dans l'Apoplexie sanguine , que tous les symp- tômes et les effets sont concordans , et que le
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nom d'Apoplexie cérébrale ne fait que dési- gner plus particulièrement le siège de la maladie. Tous les praticiens s'accordent à convenir que l'Apoplexie est la suite 4? la compression du cerveau. Les Apoplexies à la suite des chutes ou des coups sur la tête sont fréquentes. Il seroit inutile d'en ajouter d'autres exemples.
QUATRIEME OBSERVATION.
Une femme de quarante -six ans avoit eu deux hémiplégies à la suite d'une suppres- sion de règles qu'elle avoit éprouvée quatre ans auparavant, et qui étoit l'effet d'un mou- vement subit de frayeur. Elle fut tout à coup saisie d'une légère attaque d'Apoplexie avec hémiplégie du côté gauche , avec diminution de fonctions de l'entendement. Trois grains d'émétique , l'infusion de fleurs d'arnica, et quelques toniques rendirent cette femme à la santé.
CINQUIÈME OBSERVATION.
Une femme de soixante - quinze ans tomba dans un état apoplectique , qui s'annonça par la bouche arrière et la céphalalgie. La respira-
l5S MALADIES
tion devint sterloreuse. Elle mourut, malgré l'administration de l'émétique qui avoit pro- voqué des vomissemens copieux. A l'ouver- ture du cadavre , on vit un épanchement san- guin à l'occiput, et une grande dilatation des ventricules par un fluide lymphatique.
Or, ces deux observations tendent à se réu- nir avec les symptômes que nous avons établis sur l'Apoplexie séreuse.
il seroit inutile de rapporter les observa- tions faites sur l'Apoplexie déterminée par la métastase de la goutte. Tous les praticiens mettent au nombre des causes de l'Apoplexie , la goutte remontée. Que l'on ait trouvé un épancbement de sang considérable, sans pou- voir découvrir la rupture d'aucune veine, ni d'aucune artère , je ne vois pas qu'on puisse conclure que la distinction de l'Apoplexie eu saupuine et en séreuse soit erronée.
On convient assez généralement que la contention d'esprit détermine 1 Apoplexie ; mais la mort du savant Daubenton est-eile due à cette cause unique, comme je l'ai lu dans les journaux ? Je n'en conviens pas. La manière dont la maladie le prit , à l'is- sue de son diner , dans un appartement très-chaud 3 après avoir été assailli des coin-
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plimens d'une multitude prodigieuse de per- sonnes, ne me montre point une Apoplexie par contention d'esprit. Tout au plus accor- derai-je que cette contention desprit fut une cause prédisposante; mais je reconnois pour cause formelle , la raréfaction des liquides occasionnée par la chaleur de l'appartement , la dilatation extrême des solides , et la circu- lation rallentie par l'interruption de la diges- tion , comme il arrive à tous les vieillards en qui la digestion est lente et pénible. Ou'on ait trouvé un épanchement sanguin dans le ven- tricule droit du cerveau , c'est la suite des causes que je viens d'alléguer qui ont dû , par conséquent , déterminer la compression du cerveau.
C'est à une cause bien différente que j'at- tribue l'Apoplexie de l'illustre Malpighi , rapportée par Baglivie. Les palpitations de cœur , l'affection calculeuse des reins et de la vessie , enfin, des accès de goutte, joints à des chagrins violens , sont des causes d'Apoplexie très-reconnues, et auxquelles l'art ne sauroit offrir que des secours impuissans.
La conséquence naturelle n'est pas d'établir une nouvelle classification d'après ces faits ; mais de convenir que la distinction del'Apo-
îCo MALADIES
plexie en séreuse et en sanguine n'est pas suffi- sante ; qu'il faut admettre une troisième classe d'Apoplexie , à laquelle nous rapporterons tout ce qui ne convient ni à l'Apoplexie san- guine ,ni h l'Apoplexie séreuse. Puisque nous sommes forces de convenir que nous ne sommes pas encore assez avance's dans les sentiers de l'observation pour prononcer , con- venons donc qu'il faut attendre ces obser- vations avant d'établir une nouvelle nomen- clature. L'Apoplexie cérébrale n'est autre chose qu'une conformité de sentimens dans tous ceux qui ont écrit sur ce point , puisqu'il est reconnu généralement aujourd'hui que l'Apoplexie a son siège principal dans le cerveau, et que ce n'est autre chose qu'une compression du cerveau , occasionnée par l'abondance du sang ou des sérosités lym- phatiques.
Nous ne sommes pas éloignés, d'ailleurs, de reconnoître pour cause de l'Apoplexie , celles alléguées par Galvani, savoir.- des hu- meurs extravasées , stagnantes autour de la surface des nerfs, l'interposition d'un corps non conducteur, qui s'oppose au passage du fluide électrique du muscle au nerf ou du nerf au muscle. Si une cause quelconque vient
DE LA TETE. l6i
affluer avec précipitation le fluide électrique vers le cerveau, l'individu périra , comme un animal qui est tué par Pétiucelle foudroyante de la bouteille de Lejde.
Traitement.
Quand les symptômes avant -coureurs se manifestent , il faut bien examiner leur nature. Si les ligatures des veines, occasionnées par la compression des vètemens , paroissent pré- sager l'Apoplexie, il faut alors prendre des vètemens aisés , larges , et rétablir tout ce qui peut faciliter la circulation du sang. Tout le monde sait que les pendus meurent , parce que le sang ne peut pas revenir du cerveau par les veines. Les poisons narcotiques raréfient le sang. Toutes les vapeurs méphitiques pro- duisent les mêmes effets. Le sang raréfié agit comme le sang épaissi. 11 faut donc alors com- battre prompte ment ces poisons ou ces vapeurs méphitiques. Si les causes morales paroissent annoncer l'Apoplexie, il faut alors les faire disparoître. L'étude , le chagrin font contracter le diaphragme , gênent la circulation , font fluer le sang au cerveau plus abondamment. 11 faut donc alors renoncer à l'étude et se livrer à la dissipation, pour faire disparoitre le cha- I. ii
î62 MALADIES
grin. Les affections de l'âme suspendent les mouvemens du cœur. La colère détermine l'Apoplexie sanguine. Il faut recommander aux personnes sujettes à ces sortes d affections, de réprimer leurs passions. J'ai vu, à Chambly, une femme qui se mit dans une si violente colère , lorsqu'on vint arrêter son mari , qu'elle eut une attaque d'Apoplexie qui la précipita dans le tombeau. Eile se plaignit, à la suite de sa colère, d'un violent mal de tète. Elle tomba ensuite dans un assoupissement comateux. Son pouls étoit très-petit. La saignée et les vési- catoires, toute jeune qu'elle étoit, ne purent la ramener à la vie. Lorsque les avant- coureurs de l'Apoplexie se manifestent par Fétourdis- sement, l'engourdissement des doigts, la tor- peur , l'affoiblissement de la vue, d'un œil, de l'ouïe, d'une oreille, la diminution de la faculté du goût, l'altération de la voix, de l'embarras dans l'articulation des mots ou delà parole, on sent alors avec quelle pré- caution il faut oter la cause du mal, diminuer la compression du cerveau îe plutôt possible. 11 faut alors tout employer pour rallentir la circulation du sang vers la tête, pour dimi- nuer la tension et la plénitude des vaisseaux. La saignée, dans l'Apoplexie sanguine, doit
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être très- ordinairement le premier remède. Les lavemens stimulans , purgatifs , avec l'huile , le Leurre , le sel , le vin émélique dans les lavemens , la décoction même du tabac doivent être employés Irès-promptement. Il est des praticiens qui fout précéder l'émétiqne : ces cas doivent être très -rares. Les vomisse- mens, en contractant le diaphragme, aug- mentent la compression du cerveau , de- viennent nuisibles aux malades , et quelquefois même leur donnent la mort. Cependant, les vomissemens légers pourroient faire un pou de bien. On pourroit donc tenter un léger vomitif, si l'on présume qu'il y ait saburre dans les premières voies ; après cela , recourir à la saignée , une , deux ou trois fois , suivant les circonstances. Lieutaud pense que les sai- gnées ne doivent point être trop multipliées, dans la crainte d'éteindre la chaleur naturelle. Après cela , on peut recourir à de larges vési- catoires aux jambes, aux cuisses, entre les deux épaules. Les lavemens de tabac pulvérisé, la coloquinte , l'alkali volatil en boisson , peu- vent opérer une révulsion salutaire; mais tous ces remèdes , les eaux spiritueuses , odo- rantes, employées intérieurement ou extérieu- rement, sont infidèles , et malheureusement
lT>4 MALADIES
trop souvent employés. L'usage du café, si recommandé par quelques praticiens, n'est pas plus avantageux.
Après que ces symptômes sont calmés , il faut que le malade boive abondamment des hoissons émollientes , délayanles , relâchantes , comme l'eau de veau , l'eau de poulet , le petit-lait, la décoction de tamarin, le chien- dent , la reglisse. Dans les tempéramens gras, on peut donner les apéritifs , la racine de pa- tience , les poîypodes de chêne.
On peut aussi donner l'eau émétisée, les infusions de séné ,les purgatifs rafraîchissans , la manne , la casse , le sel de Glauber , ou sulfate de soucie, etc.
Dans l'Apoplexie séreuse , il faut éviter les saignées. Elles sont mortelles , suivant Leclerc. Ce/se a dit qu'elles tuoient les apoplectiques ou les guérissoient.Z>Mc/2tf/z prétend qu'une saignée est nécessaire pour désemplir les vaisseaux et les mettre dans le relâchement. Pour moi , je le di- rai hautement, que la saignée dans l'Apoplexie séreuse est absolument mortelle ; qu'elle est aussi nuisible dans cette espèce d'Apoplexie, qu'elle est avantageuse dans l'Apoplexie san- guine. J'ai , pardevers moi , mille observations que j'ai faites snr celte espèce de traitement
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employé par beaucoup de praticiens. Quoique la mort ne doive jamais avoir tort , c'est à ce traitement inconsidéré que j'attribue la perte d'un grand nombre d'individus. Dans cette espèce d'Apoplexie, il est donc nécessaire de commencer la cure par lémélique à large dose, mais donné à différentes fois et avec beaucoup de précaution. Par ce moyen , l'es- tomac sera dégagé de tout ce qui le surchar- geoit, Ensuite, l'émétique ou les purgatifs drastiques, répétés suivant l'exigeance des cas, les lavemens irritans , les infusions de menthe, doivent être donnés en abondance; mais il faut toujours avoir grand soin que les émétiques , les vomitifs, les purgatifs soient donnés