D + 4 ppeye E 2 “ i PATES EE ET SR — "TS vie ( 2 4 VOYAGES A PEKING, MANILLE ET L'ÎLE DE FRANCE, FAITS Dans l'intervalle des années 1784 à 1801. Se trouve À PARIS, Chez MM. TREUTTEL et WÜRTZ, Libraires, rue de Lille , n.° 17. VOYAGES A PEKING, MANILLE ET L'ILE DE FRANCE, FAITS Dans l'intervalle des années 1784 à 18017, Par M. DE GUIGNES, iRésident de France à la Chine, attaché au Ministère des Relations extérieures, Correspondant de la première et de la troisième Classe de l’Institut, TT TOME TROISIÈME. To A TT To A -em TT I I AO A AUEARIS, DE L'IMPRIMERIE IMPÉRIALE. M. DCCC. VIIL. OBSER V ATIONS SUR LES, CIN CES. ARMÉE CHINOISE, Fe. voyageurs sont généralement disposés à augmenter les forces , leS richesses ou ja popu- lation des pays qu'ils ont parcourus : persuadés que leurs récits en deviendront plus intéressans, ils adoptent volontiers tout ce qui peut leur donner une plus grande importance ; mais il faut peut-être s'en prendre moins encore à eux qu’à l'avidité de Ia plupart des lecteurs pour tout ce qui est extraor- dinaire. Que lon dise que les Chinois sont un peuple de sages, composé de troïs cents millions d'individus , régi par des lois douces et paternelles, dont le gouvernement jouit de deux milliars de revenu , à dix-huit cent mille soldats à ses ordres; ces récits exagérés séduiront, exciteront l’enthou- siasme : qu'au contraire, un écrivain représente simplement la Chine telle qu’elle est, surpassant, il est vrai, beaucoup d’autres États par son étendue TOME Ill, A 2 OBSERVATIONS et par sa population, mais conservant toujours ; sous Îles mêmes rapports, une proportion à-peu- près éxacte, Fimagination des lecteurs, souvent prévenue , se refroïdira , et cet exposé véridique n'aura plus que peu d’attraits pour eux. La vaste étendue de la Chine présente, sans doute , un aspect imposant ; maïs, si lon ne s’en tient point à un examen superficiel, on s'aperçoit facilement que ce n’est qu’un colosse dont tous les membres forment un ensemble énorme , et dont chaque partie , prise séparément , renferme de grands défauts. C’est après avoir consulté plusieurs Chinois, c’est après avoir vu'et examiné moi-même, que j'ai cru pouvoir différer de sentiment avec M. Barrow, et me pas accorder comme Jui dix-huit cent mille soldats à la Chine. Les Angloïs , en voyant un grand nombre de soldats, ont dû croire que ces troupes appartenoient aux lieux où elles se trou- voient ; mais ils se sont trompés : elles venoient d'ailleurs, et n’étoient placées sur la route que pour en imposer à l'ambassade. Quant aux états remis à M. Macartney, ils étorent exagérés par les man- darins, qui n’ont cherché en cela qu’à lui donner une haute idée de leur puissance. Ce n’est donc pas M. Barrow que je réfute ; cet auteur a montré trop de connoissances dans Îles divers Voyages qu'il a publiés, pour que je me persuade que c’est SUR LES CHINOÏS. 3 Son opinion qu’il nous donne ; mais il a fidèlement publié Ja note Chinoise, et c’est cette note dont je me propose de faire voir l'exagération. Nous avons été à Peking une année après M. Barrow « nous devions donc retrouver à-peu-près le même nombre de soldats répandu dans lempire , si le compte donné aux Anglois avoit été exact ; mais ce que nous avons vu n’a sérvi qu'à nous prouver Île contraire. Nous ne rencontrimes jamais sur les routes aucun corps dé troupes, soit d'infanterie , soit de cavalerie. Nous trouvämes seulement une quaran- taine de soldats à l'entrée des villes du troisième ordre, deux cents et plus dans celles du second, et mille ou deux mille dans cellés du premier rang. À Peking même, nous ne Vinmes que deux misé- rables corps-de-garde à la porte du palais, quelques gardes de lempéreur dans Îles jardins de Yuen- ming-yuen et un pétit nombre de soldats ie jour de notre dérnière audience. Une foule assez con- sidérable entouroit, il est vrai, Kien-long, lorsque nous lui fûmes présentés la première fois; mais cette foule, de quoi étoit-elle composée! de man- darins , d'officiers dé la cour, et d’une grande quantité de coulis, de valets et de cuisiniers du palais. St la Chine avoit ce nombre immense de troupes qu'on [ui suppose, nous en aurions rencontré À à 4 OBSERVATIONS pendant notre voyage. Nous avons passé, nous avons séjourné dans les mêmes lieux que les Anglois, cette quantité de soldats placés à dessein sur {eur passage ne s’est point présentée devant nous ; chacun étoit retourné à son poste, et nous n'avons plus trouvé par-tout que le nombre qui y existe ordinairement. M. Vanbraam, qui m'a toujours paru zélé ad- mirateur des Chinois, et dont le récit doit être nécessairement en leur faveur, confirme ce que avance. Voici ce qu'il dit /a): « Je nai jamais » vu de garde militaire auprès de Fempereur : il > ny avoit pas même de corps-de-garde à la porte » du palais ; et 这 s’en faut bien qu’on voie une » petite armée dans ja capitale, car je nai ren- » contré dans toutes mes courses qu’un corps-de- > garde de dix soldats. Je nai pas été peu surpris » de voir aussi peu de troupes, sur-tout d’après >» ce que les Angloïs avoient assuré que l'armée >» étoit de dix-huit cent mille hommes. Jai cherché » vainement dans tout le voyage à en apercevoir »pour pouvoir admettre cette évaluation. Dans » les villes du premier et du second ordre, nous » avons trouvé jusqu’à deux cent cinquante mili- > taires ; et dans les villes du troisième, rarement » plus de fa moitié de ce nombre. Ce calcul est (a) Tome 1.7, page 257. SUR LES CHINOIS. S. » appuyé sur ce qu'on nous a montré toute Îa » garnison. D’après cette base, prise d’une cir- > constance où fon a dû chercher plutôt à grossir > qu’à diminuer cette montre de forces, on ne > peut supposer tout au plus que huit cent mille » hommes. » Les missionnaires qui donnent à [a Chine une population nombreuse, maïs cependant beaucoup plus foible que celle rapportée par M. Barrow et dont par conséquent l’opinion doit être d’un grand poïds ; les missionnaires, dis-je, ne comptent que de six à huit cent mille hommes de troupes répan- dues dans tout cet empire. Le P. Rodriguez dit qu’il n'en existe que cinq cent quatre-vingt-quatorze mille. Un missionnaire très-éclairé, le P. Visdelou, ne compte que trente-six mille hommes d'infanterie dans chaque province, encore en réduit-il le nombre à trente mille, prétendant qu'il manque presque deux cents hommes sur mille. D’après ce calcul, en ajoutant aux treize provinces les deux portions du Kiang-nan , celles du Hou-kouang /z), le Kan - sou et le Leao -tong, on aura dix - neuf provinces ; à trente mille hommes chacune , le total des soldats d'infanterie s’élevera à cinq cent soixante-dix mille. Si l'on suppose avec cela deux cent mille cavaliers, la masse totale des troupes (a) Ces deux provinces sont chacune partagées en deux, À 3 6 OBSERVATIONS sera alors de sept cent soixante-dix mille hommes, En 1784, lors de laffaire du canonnier Manillois qui fat étranglé (a), les Chinois employèrent plu- sieurs jours pour rassembler six à sept mille sof- dats : ce qui prouve que Îles troupes Chinoises ne sont pas aussi nombreuses qu’on le dit, et qu’elles ne sont pas réunies dans les capitales des provinces, mais réparties dans les corps-de-garde et les autres postes militaires. | Des Chinois m'ont assuré qu'il n’y avoit que Vingt à vingt-cinq mille hommes de troupes par province. Le P. Le Comte (b) n'en met que quinze à vingt mille : suivant lui, il n’y a en tout que cinq cent mille hommes effectifs. Les troupes Tartares sont séparées des troupes Chinoises : les premières résident près de leur général, tandis que les secondes sont répandues dans les villes, dans les forts et dans les corps- de-garde de chaque province. TROUPES TARTARES. LE premier officier militaire. est le Tsiang-kiun ; Ï commande immédiatement trois mille. hommes, et a sous [ui deux Tou-tong qui commandent chacun mille soldats. Le Tou-tong de la gauche (a) Voyez article du Commerce des Européens à la Chine. (b) Tome IT, page 65. SUR LES CHINOIS. 7 est le premier, parce que chez les Tartares Ia gauche est ja place d'honneur. TROUPES CHINOISES. LE premier officier militaire et celui qui com- mande toutes les troupes de la province, est Ie Tÿ- tou; if a sous ses ordres immédiats cinq mille hom- mes, dont mille de cavalerie. Il y a de plus un Tchong-kiun ou lieutenant général qui commande trois mille hommes , et six Tsong-ping qui com- mandent aussi chacun trois mille hommes. RÉCAPITULATION. T'artares. 19 Tsiang-kiun, à 3000 hommes... 57,000 hom. 38 Tou-tong, à 1000............ 38,000. Chinois. 19 Ty-tou, à 4000 hommes{a).... 76,000. 19 Tchong-kiun, à 3000.......... $ 7,000. 114 Tsong-ping, à 3000............ 342,000. A Peking...... PF EL ENS 54. 15,060. Aux différens postes Soiree dans le Nord. ,......... see... 159000 POSTERS Pi Meme os » » + 600,000 hom. D nf rite états tt antsntistetmtiémntéitrtnntinitinirontthtinnintnoitnnttionttionrnt (a) Les mille cavaliers sont compris dans a répartition de là cavalerie, page 72. 8 OBSERVATIONS Répartition de ces Troupes. 19 Tsiang-kiun, à 3000 hommes... $7,000 hom. 38 Tou-tong, à 1000............. 38,000. 11 Tsong-tou, une garde de 1000.. 11,000. 1$ Fou-yuen, une garde de 1000.. 15,000. 1299 Villes du troisième ordre, une parue de 的 EE 64,950. 211 Villes du second ordre, une garde ME HO Lis due te PETER 84,400. 179 Villes du premier ordre ,unegarde SOOO AE LENS Pt vif: A x000 Corps - de-garde par province, à 5 HOMMES: 8 F5 26 PO MMCE. 95,000. Pebng. sf SAR CH SAN HS 15,000. Dans différens postes militaires... 40,650. 一 NOMBRE PAREIL....... 600,000 hom. D net En portant l'infanterie à six cent mille hommes, je ne prétends pas dire qu’elle ne puisse souffrir aucune augmentation ; je parle d’après ce que j'ai remarqué, et tout me porte à croire que j'approche assez du vrai nombre des soldats de la Chine, d'autant plus qu'il s'accorde avec ce que disent plusieurs missionnaires qui ont voyagé dans cet empire. Quant aux troupes de Peking ,这 est difficile den assigner la quantité précise ; maïs ce que j'en ai vu étoit si peu de chose, que je pense qu’elles sont loin d'atteindre le nombre de cent soixante SUR LES CHINOIS. © mille hommes où certains auteurs les font monter. Le P. du Halde dit ( Particle Soldats) que l'empereur en entretient dix-sept mille cent qua- rante-cinq. Le P. Magalhens avance positivement que ja garde des portes du palais et de la ville ne consiste qu’en trois mille soldats, et que c’est par erreur et pour être mal informés, que les PP. Mar- tini et Sevedo ont avancé que la garde de chaque porte étoit de trois mille hommes, ces mission- naires ayant pris le tout pour une partie seule- ment. Le P. Le Comte assure que le nombre des soldats à Peking n’est pas aussi grand qu'il se l’étoit imaginé. IT est vrai que ceux qui portent les troupes existant à Peking à cent soixante mille hommes, font entrer dans ce nombre les huit bannières sous lesquelles sont rangés tous les Tartares; mais 这 n'est pas certain que ces bannières y fassent leur séjour habituel, car il est reconnu que empereur en tire souvent des soldats pour les envoyer dans différens postes au dehors. D'ailleurs, les écrivains diffèrent sur la quantité d'hommes enrôlés dans ces huit bannières. Suivant le P. Bourgeois, chacune en a trente mille ; ce qui donneroiït deux cent quarante mille hommes : cal- cul invraisemblable, puisque tous Îles auteurs et le P. du Halde s'accordent à dire que chaque bannière est composée de cent Nurous de cent TO OBSERVATIONS soldats chacun, ce qui ne donne que dix mille hommes. En adoptant donc ce dernier nombre, et par conséquent quatre-vingt mille pour les huit bannières, on est encore loin des cent soixante mille que lon suppose à Peking ; mais ce qui prouve encore mieux lerreur de ce compte, c'est que Kang-hy allant à la poursuite du roides Eleuths, Davoit avec lui que vingt mille soldats effectifs , outre un corps de troupes qu’il avoit envoyé d'un autre côté, et qui pouvoit porter l’armée entière à trente mille hommes. L'empereur même, avant de partir, avoit fait publier dans Peking, que tous ceux qui viendroient servir à l'armée à leurs frais, y Se- roient bien reçus. Ce passage démontre évidemment que , soit à Peking, soit dans les environs , les troupes ne sont pas aussi nombreuses qu’on le dit. Mais, sidans mon voyage j'ai vu peu d'infanterie, jai rencontré encore bien moins de cavalerie. Les Anglois conviennent eux-mêmes que rien ne les a portés à croire que ja cavalerie Chinoise pût s'élever à huit cent mille hommes : ce nombre paroît pro- digieusement exagéré, lorsque lon considère que les chevaux ne sont pas communs à la Chine ; ce qui est assez croyable, puisqu’un bon cheval à Peking se vend de cinq à six cents livres et même plus. L'empereur possède /a), suivant les # 一 一 一 一 (a) Du Halde, rome II], page 339. SUR LES: CHINOIS. ET missionnaires qui ont été en :Tartarie, deux cent trente haras , chacun de trois cents cavales, et poulains au-dessous de trois ans , et trente-deux haras de trois cents chevaux hongres ; ce qui ne feroit que neuf mille six cents chevaux hongres, nombre bien foible pour remonter les huit ban- nières : cependant il doit suffire et au-delà, puis- que les mêmes écrivains disent que les chevaux dont l'empereur n’a pas besoin , sont donnés au tribunal directeur des postes et des soldats. Voïlà un état de chevaux qui diminue beaucoup la cavalerie Chinoise ; et quand même on porteroit au double le nombre de ceux qui appartiennent à l'empereur, cela: ne feroit pas une cavalerie for- midable. Il est vrai qu'on doit tirer des chevaux de l'intérieur de Ia Chine; mais ce n'est qu avec peine qu’on peut s'en procurer un certain nombre À à cause de la disette des pâturages. Un fait-arrivé sous Kang-hy vient encore à l'appui de cette assertion. L'empereur ayant appris que ses soldats allant à la guerre ne trouvoient des chevaux qu'à un prix excessif, permit de prendre tous ceux qui seroient hors de fa ville Tartare, en payant vingt taels [ 150 liv. ] pour un cheval gras, et douze taels [ 90 liv.] pour un maigre. On. enleva tous les chevaux des particuliers, et même. ceux des mandarins , qu'on força ainsi d'aler à pied, Ils s’en plaïgnirent à Kang-hy qui défendit T2 OBSERVATIONS de continuer, mais probablement lorsque tous les chevaux furent pris; car c’est-[à la méthode Chinoise. Etablissement et Répartition de la Cavalerie. Pour le service de 1299 villes du troisième ordre, à 20 cavaliers par ville....... Pour le service de 211 villes du second ordre, à 100 cavaliers par ville... ... Pour le service de 179 villes du premier ordre, à 350 cavaliers par ville... .., Dix-neuf Ty-tou à 1000 cavalierschacun... Cinq cents corps-dé-garde par province, à S CAVAÏICES CHARS PMU etre e En adoptant le nombre des Tartares com- pris dans les hüit bannières, on aura 80,000 soldats, dont il faut retirer 15,000 déjà portés pour Peking ; il res- tera alors, soit dans les environs de la capitale, soit près de la grande mu- FAT. mes vue bre Me D ns Le ToTAL...241,230, ou pour faire UN NOMDEE PONS 0h 0808 © 09 0 25,980 caval. 21,100. 62,650. 19,000. 47,500. 65,000. 一 一 一 一 一 -一 一 一 一 一 = 242,000 caval. 一 Je ne donne pas ce nombre comme absolument exact; mais Il est certain que, dans tous les lieux où nous avons passé , nous avons vu de linfan- terie et jamais de cavalerie ; et cela ne nous a pas surpris , vu le petit nombre de chevaux que nous avons aperçus dans notre voyage. Ces animaux sont rares dans les provinces du sud; et s'ils le SUR LES CHINOIS. 13 sont moins dans le nord, ils y sont cependant peu multipliés ; car en passant à Te-tcheou, ville du Chan-tong très-renommée pour ses chevaux, nous en vimes de bons, il est vrai, mais en petit nombre. Chaque fois que nous avons demandé des che- vaux, nous avons toujours éprouvé des difficultés de ja part des mandarins, quoique ceux-ci ne soient pas embarrassés pour s'en procurer, car ils prennent ceux des particuliers. Dans le passage entre le Tchekiang et le Kiang-sy, les officiers de ja ville eurent beaucoup de peine à compléter le nombre de chevaux nécessaire, et les Anglois y avoient éprouvé les mêmes embarras. A la montagne de Mey-lin, qui sépare le Kiang- sy du Quang-tong, on nous donna des chevaux de ja troupe : ces chevaux, qui sont entretenus par les soldats, sont fournis par le gouvernement, qui les change lorsqu'ils sont vieux. Si en temps de paix un cheval vient à mourir , le soldat est obligé de le remplacer : le seul avantage qu'il a, c'est de gagner du temps, et d’épargner sursa paye, qu’il continue de recevoir, de quoi en acheter un autre; mais cela ne peut durer que jusqu’à la revue. Les chevaux ne sont pas beaux; ils sont de petite taïlle. Ceux même que nous vimes chez empereur, n’avoient ni grâce ni maintien. Les Chinois font grand cas d’un cheval grand et bien 4 OBSERVATIONS : fait : il paroît que c’est une chose rare chez eux. Les mandarins de Peking qui vont ordinairement à cheval, préfèrent les mulets , comme une mon- ture plus sûre, plus facile à nourrir ét supportant mieux ja fatigue ; mais les mulets coûtent cher, et 了 on en voit peu. En un mot, lès chevaux ne sont pas aussi com- muns à la Chine qu'en Europe, et je pense que porter le nombre des cavaliers à deux cent qua- rante-deux mille, C'est plutôt Paugmenter que Ie diminuer. Ainsi, lé total des troupes Chinoïses ne s’élevera qu'a huit cent quarante-deux mille hommes, dont six cent mille de pied et deux cent quarante-deux mille de cavalerie. Je ne parle ici que des troupés réglées, et non de celles qu’on peut lever dans certains cas. En effet , s’il Sagis- soit du nombre dphommes en état de porter fes armes, il seroit bien plus considérable ; car lon trouve dans des états dressés du temps de lem- pereur Kang-hy, que lon en comptoit alors cin- quante-huit millions. Les mandarins ont compris dans jes notes qu'ils ont remises à M. Macartney, non-seulement Îes soldats existans , mais encore ceux qui sont censés exister, et ceux qu'on peut ajouter dans certaines circonstances ; et en affectant de confondre ainsi les forces éventuelles avec les forces positives, ils ont voulu faire croire [a puissance militaire de Ja SUR LES CHINOIS: 15 Chine plus redoutable qu’elle ne l’est en effet. Mais après avoir parlé de l'armée Chinoise, il est nécessaire de considérer l’état de soldat en jui- même. Comme fa Chine jouit d’une paix profonde, l'état de soldat dans ce pays expose à peu de dangers ; il est même lucratif, et par conséquent recherché. Les soldats sont enrôlés dans les pro- vinces où ils sont nés, et attachés aux corps qui y résident. Ces corps ne changent Jamais de gar- nison : le gouvernement pense que l'officier et le soldat vivant ainsi auprès de leurs familles, et ne les perdant pas de vue, combatiront avec plus de courage pour les défendre, si l'occasion s’en présente. Les troupes reçoivent, chaque mois, leur paye, dans laquelle se trouvent compris leurs frais de nourriture. Selon le P. du Halde, elle consiste, pour Île fantassin, en trois taëls [22 liv. 10 sous] ; et pour le cavalier, en six taëls [ 45 liv.]; Selon les missionnaires, elle consiste, pour le fantassin, en quatre taëls [ 30 liv. ] ; et pour le cavalier, en six taëls [ 45 liv. |; Selon M. Staunton, elle consiste, pour Îe fan- tassin, en deux taëls | I5 liv. | ; et pour le cavalier, en quatre taëls [ 30 fiv. ] ; Selon M. Barrow, elle consiste, pour le fantassin , 16 OBSERVATIONS en deux taëls [15 liv. |; et pour le cavalier , est quatre taëls [ 30 iv. |. On voit que ces auteurs l’évaluent plus ou moins haut; mais il y a lieu de croire qu’elle est modique, puisqu'elle est réglée sur l'ancien tarif. D’après ce que m'ont dit les Chinois, celle de chaque fan- tassin est de trois taëls [ 22 liv. 10 sous | par mois, et celle des cavaliers, de quatre taëls ou 30.1liv., partie en vivres et partie en argent. M. Staunton porte la paye du cavalier Tartare à 60 liv. par mois, et celle du fantassin de la même nation, à 18 Iiv., y compris les vivres ; mais M. Barrow ne fait point de distinction entre Îles Tartares et les Chinois. Tous les soldats employés dans les corps-de- garde, sur les rivières, sur [es chemins et dans les autres lieux, ont, en outre, des terres qu’ils cul- tivent : les autres n’ont que jeur solde; mais comme ils ne sont pas toujours occupés, ils ont le temps d'exercer un métier quelconque. Le logement des soldats est séparé des autres habitations ; chaque soldat a sa maison et un petit jardin où 和 vit avec sa famille. En temps de guerre, outre sa paye ordinaire, il reçoit six mois d'avance , et le gouvernement donne à sa famille une partie de ja solde pour sa subsistance. Les Tartares sont mieux partagés ; leurs en- fans naissent tous soldats, et reçoivent de bonne heure SUR LES CHINOIS. 7 heure la demi-paye. Enrôlés sous huit bannières, ils possèdent les terres qui y sont attachées; mais n'en étant que les usufruitiers, ils ne peuvent en disposer qu’en faveur de quelqu'un de ia même bannière. If faut observer cependant que la plus grande partie de ces terres, dont [a totalité ne s'élève qu’à un peu plus d’un million d’arpens, est possédée par les grandes familles : néanmoins les officiers Tartares ne sont pas riches, parce qu'ils dépensent beaucoup , et empruntent à de gros intérêts pour satisfaire à [eur luxe et aux frais de leurs mariages ou des enterremens des personnes de leurs familles. . Le soldat est libre à [a Chine, excepté dans le temps des exercices, qui ont lieu aux nouvelles lunes. À cette époque , les mandarins examinent les armes de chaque soldat, le font manœuvrer, et le punissent s’il manque en quelque chose. Les punitions consistent en coups de bambou si c'est un Chinois, et en coups de fouet si c'est un Tartare. Je ne puis rien dire de positif sur ces exercices, car On ne permet pas aux étrangers d'approcher des lieux où ils se font. J'ai entendu la troupe faire un feu roulant assez bien soutenu ; mais Jignore comment elle exécute cette manœuvre. On m'a dit que les soldats sont rangés sur plu- sieurs lignes assez espacées les unes des autres; TOME ILE B I8 OBSERVATIONS que la première ligne, après avoir fait sa décharge, passe à la queue et recharge son fusil, et que les autres lignes font successivement Ja même opération. Le port d'armes est défendu à fa Chine; on ne peut paroître devant l'empereur avec une épée. Les soldats ne portent des sabres que lorsqu'ils sont en faction ; ceux qui sont chargés de faire fa police ne se servent que de fouets. Les soldats sont armés de sabres, d’épées , de piques, de fusils, d’arcs et de flèches. M. Macartney /a) dit que le soldat Chinois porte l’épée du côté droit, la pointe en avant, et qu'il la tire du fourreau en mettant sa main droite en arrière. D’autres auteurs disent que lépée est à gauche, et que le soldat ja tire en passant sa main derrière jui : on doit concevoir combien cette opé- ration est gênante. Les Chinois portent le sabre à gauche, la pointe en avant en temps de paix, et la pointe en arrière en temps de guerre : c’est ce que j'ai vu. L'habit du soldat (xz 20, 21, 40) varie pour ja forme et la couleur ; il consiste ordinairement dans une casaque blanche ou jaune , brune ou bleue , bordée d’un ruban large et d’une couleur qui con- traste avec celle du fond de Fhabit. (a) Tome IV, page 64. SUR LES CHINOIS. 19 Les soldats dans le Chan-tong et le Tchekiang portent des espèces de cuirasses ou cottes de mailles , et des casques. Les cuirasses sont composées de plusieurs pièces, de manière à garantir le corps sans en gêner les mouvemens ; elles sont faites de toile brune en dehors , et doublées de toile blanche et bleue. IN ya entre je dessus et le dessous plusieurs doubles, et, de distance en distance, de petites pièces de tôle à travers lesquelles passe un clou de cuivre à tete ronde , qui est rivé en dessous sur un mor- ceau de cuir. Ces cuirasses peuvent résister aux flèches, mais non aux coups de fusil /r° 40). Le casque est de fer battu et luisant, surmonté d'une houpe rouge de poil de vache, attachée au bas d'un fer de lance ; les officiers portent en place une aigrette faite avec des bandes de peaux dont la finesse et ja qualité distinguent le grade. Le casque s'attache sous je menton avec des rubans : on met par derrière une pièce faite de [a même matière que ja cuirasse, pour garantir le cou et les oreilles. Le casque des fusiliers pèse deux livres quatre onces; celui des cavaliers est un peu plus lourd. Les soldats ne portent pas habituellement leurs casques, maïs un simple bonnet. La casaque des fusiliers diffère de celle des cava- liers ; elle est moins longue et n’a pas de cuissards. Les selles sont garnies de drap et fort élevées; les Ba 20 OBSERVATIONS étriers sont très-courts. Les Chinois ont mauvaise grâce à cheval. Le fusil est de fer battu, monté sur un fût de bois ; la crosse est petite et presque pointue ; ja baguette est en fer ainsi que le bassinet, qui est. recouvert avec un morceau de cuivre. J’ai vu beau- coup de fusils auxquels cette plaque étoit brisée , ce qui arrive souvent, parce quelle ne retombe pas sur le bassinet, mais tourne de côté et horizonta- lement. Chaque fois que le soldat veut tirer , ïl est obligé d'ouvrir auparavant le bassinet avec ja main ; ainsi, dans Îles mauvais temps, il doit fui être impossible de se servir de son fusil, puisque le bassinet reste découvert, et que par conséquent la poudre y est exposée au vent ou à la pluie. La mèche qui sert à mettre le feu au bassinet , est insérée dans un morceau de fer garni d’un petit manche pour lélever ou Fabaïsser; chaque soldat a plusieurs de ces mèches dans un petit sac de cuir attaché à son arme. A fa plupart de ces-fusils sont adaptés deux crocs sur lesquels on [es appuie pour tirer. La giberne est une espêce de poche de toile noire, peinte à l'huile, et qui sert à, contenir les balles : les Chinoïs ont en outre un grand cornet de corne pour mettre leur poudre, et un autre petit pour celle qui sert à amorcer, et qui est ordinai- rement plus fine. Le bouclier des soldats qui sont armés de sabres, SUR LES CHINOIS. YT est fait de rotin; il peut avoir deux bons pieds de diamètre, et pèse de quatre à cinq livres : ïl y en a qui sont tout unis , d’autres ont des figures de tigres , d’autres encore ont une forme conique et sont garnis d’une houppe rouge au milieu. | Le carquois contient plusieurs rangs de flèches toutes de formes différentes ; les plus singulières sont celles dont le fer est armé de petits hameçons, et celles dont le fer est percé : cette dernière espèce sert à lancer des lettres chez l'ennemi, et à entre- tenir par ce moyen une correspondance avec les gens qu'on a gagnés. La force de Farc s’estime par le poids ; on dit un arc de soixante ou de soixante-dix livres, c’est- a-dire, qu’il faut, pour le tendre , a même force qu'il faudroit pour lever un Pareil poids. Les arcs les plus foibles pour l'armée , sont de cinquante livres ;. le poids ordinaire est de quatre-vingts et même de cent livres ; il y en a fort peu au-dessus. L’arc, avant d'être tendu, fait le demi-cercle ; on Île retourne dans Île sens opposé pour le tendre: ja corde est retenue dans deux entailles, et s'appuie à chaque bout sur un morceau dos ou d'ivoire ; le milieu où la main tient l'arc, est plus gros et garni de cuir. Les Chinoïs, lorsqu'ils tirent de Farc, se penchent en avant et tendent le dos, ce qui leur donne très- mauvaise grâce : cette position, dans Jaquelle le corps n’est pas d’aplomb, doit leur B 3 22 OBSERVATIONS ôter de la force ; cependant ils tirent bien. Les sol- dats portent au pouce un anneau de corne qui leur sert à retenir la corde de Farc lorsqu'ils ajustent. Les officiers Tartares ont cet anneau en agate ; ils le conservent dans une boîte ronde qu’ils por- tent toujours suspendue à leur ceinture. Tous les soldats sont rangés par compagnies de vingt-cinq hommes; il y a un étendard triangulaire par chaque compagnie , outre un petit guidon de Ia même forme par cinq hommes , et un autre petit pavillon long et carré qui est à la queue de la compagnie ; le guidon et le petit pavillon s at- tachent au dos des soldats qui sont chargés de les porter /n.* 20 et21). Ces pavillons et létendard sont de différentes couleurs. Les Tartares sont distingués par des bannières jaunes, blanches, rouges et bleues, ou jaunes à franges rouges, blanches à franges rouges , rouges à franges blanches, et bleues à franges rouges ; Ja couleur verte est celle des troupes Chinoises. L’6- tendard peut avoir près de six pieds de longueur : je me rappelle en avoir vu un en passant un jour devant un corps-de-garde ; il étoit vert et avoit au milieu le monde peint suivant la manière des Chi- nois. Outre ces étendards qui distinguent chaque compagnie, tous les officiers et soldats ont une petite bande de soie attachée au dos de la cuirasse ; cette bande est de la couleur de la compagnie à SUR LES CHINOIS. 23 laquelle le militaire appartient, et porte écrits le nom du soldat, celui de sa compagnie, et, si c’est un officier, sa qualité ainsi que son grade. Les tentes des soldats sont faites de grosse toile blanche doublée de toile bleue ; elles ont cinq pieds et demi de hauteur , sur quatorze de lon- gueur ; les deux extrémités s'ouvrent et se replient comme les battans d’une porte. Ces tentes repo- sent sur un châssis de boïs, et sont retenues tout autour par des cordes et des piquets. Chacune sert.pour loger cinq soldats et les deux hommes qui sont chargés de Îa dresser et de l'emballer (n° 42). Les tentes que nous avons vues à Peking, ont une autre construction; elles sont rondes et cou- vertes d’un gros feûtre gris / n° 42); mais ces tentes, bonnes pour les Tartares, sont fort incom- modes pour des Européens ; ïl y fait très-chaud, la poussière y est très-considérable, et ïl n'y a aucun siége pour s'asseoir. Les provinces du Nord sont celles qui fournis- sent le plus de soldats. Pour être reçu, il faut donner des preuves d'adresse et de force. On croira peut-être, d’après cela, que les troupes sont excel- lentes; maïs lorsqu'on les a vues de près, on change bientôt d'opinion. J'avouerai cependant que j'ai rencontré dans ja province de Chan-tong, et en plusieurs endroits, de très - beaux hommes ; Is B 4 24 OBSERVATIONS avoient bonne mine, un air courageux, et je suis persuadé qu’on en pourroit faire de très-bons soldats. L’accoutrement des troupes Chinoises n’est pas propre à leur donner un air martial. Que penser, en effet, de soldats qui, comme le dit avec raison M. Barrow , se servent deventails ! J'ai vu moi- même des soldats en faction et rangés en ligne, tenir leur fusil d’une main et un parapluie de l'autre. D'ailleurs l'usage qui les oblige à se mettre à genoux devant les mandarins , ne doit pas leur inspirer des sentimens très-élevés {n° 21), I est vrai que cet usage est si ancien et si général, qu’il devient moins répugnant pour je soldat; ce- pendant il établit une trop grande différence entre un homme et un autre, et cette différence avilit. La subordination est nécessaire, maïs elle ne de- mande pas la dégradation. Les troupes Chinoises sont bonnes dans une revue, mais peu propres dans une affaire ; elles ont prouvé dans leurs guerres avec les Tartares : ceux-ci en font si peu de cas, qu'ils disent en pro- verbe , que /Le hennissement d'un cheval Tartare met en fuite toute la cavalerie Chinoise, Les Tartares ne se servent ordinairement que darcs et de flèches : leur cavalerie est prompte et légère ; elle donne vivement au premier choc, mais elle n’est pas en état de soutenir long-temps lee once mn à SUR-LES CHINOIS. 25 quand elle est chargée en bon ordre et poussée vigoureusement. En général, si les troupes Chinoises et Tartares ont réussi dans les guerres qu’elles ont eues avec leurs voisins , c’est qu’elles n’avoient à se battre que contre des gens peu aguerris et beaucoup moins nombreux qu’elles ; encore ont-elles été souvent vaincues. En un mot, des soldats de cette nation opposés à des soldats Européens, ne tien- droient pas Jong-temps. FORTIFICATION, LES Chinois imitent les peuples de Pantiquité dans la manière de fortifier les villes ; ils les en- tourent de murailles le plus souvent unies , mais quelquefois flanquées de tours carrées et entourées de fossés /a). N'ayant pas à craindre des ennemis plus habiles qu'eux dans l'art de la défense et de l'attaque des places, ils se contentent de simples remparts, et ne se doutent nullement qu'ils seroient insu 伍 sans contre des forces plus redoutables. Peu versés dans l'emploi de Partillerie, quoiqu’ils aient depuis long-temps la connoïssance du canon, ils en font peu d'usage pour la défense des places; et s'ils s’en servoient dans certaines forteresses , les murs en sont si mal construits, qu’ils s’écroulerotent (a) Je nai vu qu’une seule ville sans murailles. 26 OBSERVATIONS d'eux-mêmes par la seule commotion, après quel- ques décharges. L’enceinte des villes est tantôt ronde et tantôt carrée ; elle suit les inégalités du sol et s'étend fort loin. La plus grande partie de l’espace compris entre jes murs, est occupée non par des maisons, mais par des jardins et des champs. Le but que lon s'est proposé en donnant ainsi une grande extension aux remparts, paroît avoir été non-seu- lement de mettre les habitans à Fabri du danger, mais encore de renfermer le terrain nécessaire pour produire de quoi les nourrir pendant un siége. Je dois cependant observer que les voyageurs n'ayant pas toujours Je temps suffisant pour examiner, sont exposés à se tromper dans le jugement qu’ils por- tent, d’après un premier coup d'œil, sur Pétendue des villes qu’ils ont vues ou traversées ; souvent ils la supposent plus considérable qu’elle ne Fest en effet : c’est ce qui nous est arrivé, par exemple, à Yang-tcheou-fou, ville qui nous avoit d’abord paru très-grande, parce que nous avions mis beau- coup de temps à prolonger Ja moitié de son en- ceinte en suivant le canal, tandis qu’elle n’a pas une demi-lieue de large prise en tout sens. C’est, sans doute, par une erreur semblable que les mis- sionnaires ont dit que fa ville de Sou-tcheou-fou occupoit un vaste emplacement, puisqu'elle est plus petite que Yang-tcheou-fou. SUR LES CHINOIS. 27 Dans Ja fortification Chinoise, les remparts do- minent toutes les maisons; ils sont faits avec ja terre qu’on a retirée en creusant le fossé, et sont revêtus de pierres ou de briques : dans ce dernier cas , les Priques ont pour fondement deux ou trois assises de pierres. La hauteur ordinaire des murs est de vingt-cinq à trente pieds ; jeur épaisseur est de vingt à vingt-cinq pieds par en bas, sur dix à douze par en haut; ifs vont en talus, mais fa pente est plus rapide en dedans que du côté de la campagne. Du côté de Ia place, les briques rentrent à chaque rangée, au lieu qu’en dehors elles sont placées les unes sur les autres sans saillie apparente des rangées inférieures. If arrive sou- vent que ce revêtement s'écroule , et qu'il ne reste plus que le mur en terre : c'est ce que j'ai vu à Sin-tching-hien. On monte sur les remparts par des rampes prolongées et assez douces pour que les mandarins puissent y arriver à cheval. La partie à laquelle les Chinois ont donné je plus d’attention , est la porte; on en peut distin- guer de troïs espèces, la porte simple, la porte double et Ia porte triple {n° 44, 45). Dans la porte simple, l'ouverture ou entrée est droite et pratiquée directement dans le mur principal. Dans ia porte double, l'ouverture est Ja même, mais Il y a en avant un grand terrain environné d'une muraille faisant le demi - cercle, et dans 28 OBSERVATIONS laquelle on a pratiqué une autre ouverture. Cet espace réservé entre jes deux portes, sert à ras- sembler fa troupe; on y voit ordinairement un massif de pierres sur lequel sont placées à plat de petites pièces de canon : cette seconde porte est de deux espèces : dans la première , ouverture extérieure n’est pas en face de fautre, mais sur de côté ; et dans ja seconde, les deux ouvertures sont directement vis-à-vis l’une de Tautre : la porte appelée Kouang-ning-men dela ville Chinoise à Peking , et la porte septentrionale de Hang-tcheou- fou , sont de fa seconde espèce. La porte triple est très-rare, et nous n’en avons vu qu'une seule à Kin-tcheou , ville du Chan-tong. Dans cette cons- truction , la première et la seconde ouverture sont placées comme dans la porte double de première espèce ; mais après avoir passé la seconde ou- verture , il faut suivre pendant quelque temps Îe rempart extérieur avant d'arriver à la troisième , qui se trouve placée dans l'alignement de la pre- mière {n° 45). L’esplanade à Kin-tcheou n'est pas vide comme dans les autres villes , mais elle est remplie par des casernes. Les portes des villes n’ont point d’ornemens ; elles sont terminées en voûtes et pratiquées dans l'épaisseur des murs. Les vantaux en sont de bois ; on les tient fermés depuis le soleil couchant jus- qu'au matin. On bâtit assez généralement des SUR LES CHINOIS. 29 pavillons au-dessus de ces portes: ceux qu’on voit à Peking sont très-beaux et font un bel effet (n° get10). Le haut des muraïlles des villes est terminé par des créneaux dans lesquels on a pratiqué des meur- trières. Je ne puis assurer si les remparts sont garnis d'artillerie; mais dans les places où jai pu y monter, je n’en ai pas aperçu une seule pièce : j'ai vu seulement, dans certaines villes, quelques canons placés au-dessus des portes ou dans len- ceinte qui les précède ; et je me rappelle qu'à Quanton, étant une fois monté dans une maison située auprès des murailles, je distinguai dans un petit pavillon un canon sans affût, jeté par terre et abandonné : j'avois déjà franchi les créneaux pour lexaminer , lorsqu'un soldat vint m'en empêcher, et me força de me retirer. : Outre les fortifications ordinaires des villes , on construit en dehors de petites forteresses ou sur des hauteurs, ou dans de petites îles, ou au confluent des fleuves, On les garnit de canons montés sur des massifs de pierres placés non sur le haut des murailles, maïs en bas sur le terre-plein , en avant d'embrasures pratiquées dans Fépaisseur du mur, et qu'on tient fermées avec des portes de bois sur lesquelles sont peintes des figures de tigres, Les mandarins visitent de temps en temps ces forte- resses : tous les soldats sont alors à leur poste et 30 OBSERVATIONS font une décharge générale. Les forts bâtis à fa Bouche du Tigre, sur la rivière de Quanton, ne Pourroient soutenir le feu d’une moyenne frégate : en un mot, les forts et les remparts des villes Chi- noises ne sont nullement en état de résister à l’ar- tillerie Européenne. Nous avons rencontré dans notre voyage des places purement militaires ; elles ne diffèrent en rien des villes fortifiées , et servent de défense au pays ou de garnison. Les Chinois ont élevé pareil- lement de petits forts sur le haut des montagnes et construit des murs dans certains passages dan- gereux : nous en avons vu en quittant le Tche- kiang pour entrer dans Île Kiang-sy; mais ces forts et ces murs, quoique garnis de soldats, ne sont bons, quant à leur construction , que pour arrêter les voleurs. On en peut dire autant des corps-de- garde placés de distance en distance le long des chemins ou des grandes rivières /a), et dont l'éta- blissement , quoique sans contredit une des meïl- leures institutions des Chinois, doit cependant être plutôt rapporté à {a seule police des routes, qu'envisagé sous je point de vue militaire. (a) Voyez au chapitre qui traite des chemins l'article des corps- de-garde, rome 11, page 217. SUR LES CHINOIS. 31 ARTILLERIE; POUDRE À CANON. LEs Chinois connoissoient ja poudre à canon long-temps avant qu'elle fût connue des Euro- péens ; mais ils n'en peuvent nommer Tinven- teur /a). Les missionnaires disent (b) que, depuis l'ère Chrétienne jusqu’au seizième siècle , il y eut peu de guerriers à [a Chine qui entendissent l'usage des armes à feu, et que 上 人 ong -ming est presque le seul qui s’en soit servi, vers lan 200 de J.C. Cependant cette assertion est contredite par Top- servation d'un Chinois que lon doit supposer au fait de cette matière. On rapporte que empereur Hoay-tsong ayant fait assembler son conseil en 1640 , un mandarin proposa de s'adresser au P. Adam Schaal pour fondre des canons, mais que Leou-tcheou s’y opposa, en disant:« Avant les (a) On a dit que l'invention de la poudre à canon n'eut lieu en Europe qu’en 1354, cinquante-neuf ans après je retour de Marco Polo, et on l’attribue généralement à Schwartz, moine Allemand. Cependant Bacon avoit parlé de la poudre soixante ans auparavant; et en 1342, les Mores ou Arabes assiégés dans Algésiras par Alphonse XI, roi de Castille, s'étoient servis d'espèces de canons pour se défendre , ce qui indique que l'usage de {a poudre a été apporté de l'Asie , et qu'il y étoit déjà si ancien dans le X1V.° siècle, que les Asiatiques même n’en con- noissoient pas l’origine. En 1346, les Anplois se servirent de ganons à la bataille de Crécy, perdue par Philippe VI, (b) Tome VIII, page 271. 32 OBSERVATIONS > Tang et les Song (a) on navoit jamais entendu » parler d'armes à feu, etdepuis qu’on s’en sert cela » va mal». L'observation de cetofficier prouve qu'on ne connoissoit pas à la Chine lusage des armes à feu avant les années 619 et 960 de 3. C., et qu’elles ne furent inventées que postérieurement à cette époque. Les armes à feu, dans l’ancien temps, se réduisoient à des lances de feu, dont les Tun- quinois et les Cochinchinoiïs font encore usage. Dans lannée 1000 de J. C. /b), Tang-fou offrit à l'empereur Tchin-tsong des flèches, des globes et des chausses-trapes à feu. Dans la même année, Leou-yeou présenta des Pao de main. En 1161, sous l’empereur Kao-tsong, la flotte des Kin partit de Tsien-tsin-ouey, à trente lieues à l'est de Peking pour se diriger vers ja ville de Lin-ngan (/c), actuellement Hang-tcheou-fou. Les Chinois employèrent dans cette occasion des Pao à feu, et détruisirent une centaine des vais- seaux des Tartares. L’historien des Kin, en parlant de ce combat, appelle Ho-pao / Pao à feu ] les machines dont se servirent les Chinois, tandis que ceux-ci disent 村 全 攻克 二 (a) Les Tang ont commencé à régner en 619, €t les Song en 960. (b) Le P. Visdelou. (c) C'est la même que Marco Polo nomme Kin-tsay. positivement SUR LES CHINOIS. 33 positivement que cetoient des flèches à feu. Il résulte donc que Pao ne veut pas dire des canons, mais signifie une baliste ou machine à lancer des pierres, explication conforme à la composition du mot Pao, qui porte à ja clef le caractère Che [ pierre ], joint à celui de Pao /envelopper ]. En 1232, Kay-fong-fou, capitale des Kin dans le Honan, étant assiégée par les Mongoux et les Chinois , les Kin se servirent de canons appelés Tchin-tien-louy /tonnerre faisant trembler le ciel de, et consistant dans un tube de fer creux qu'on rem- plissoit de poudre. Ces tubes en éclatant imitoient le bruit du tonnerre, et le feu qu'ils jetoient rem- plissoit un demi-journal de terre. En 1273, les Mongoux forcèrent la ville de Siang-yang-fou avec des canons. L'ouvrage Chi- nois intitulé Hoang-tchao-ly-ky-tou -che / Des- cription de tout ce qui est à l'usage de l'empereur ], s'explique en ces termes à l’article des canons : « En examinant avec soin l'histoire, on convient » unanimement que ce qu'on appeloit autrefois » Pao, n’étoit qu'une machine à lancer des pierres. » On se servit pour la première fois de Sy-yo- > pao lorsqu'on assiégea les Kin dans [a ville de » Tsay-tcheou / 4); mais depuis on fes employa >» rarement ». (a) Le siége de Tsay-tcheou est de l’année 1233 à 1234; le TOME III C 34 OBSERVATIONS L'auteur Chinois dont je viens de rapporter fe passage, en parlant du siége de Tsay-tcheou , dit qu'on s’y servit de Sy-yo-pao, ou Pao de la partie de l’ouest, Par les mots Sy-yo, cet écrivain veut-il faire entendre que les Pao venoient de l'ouest, ou avoient été inventés dans louest, ou bien qu’ils res- sembloient à ceux des Européens ! C’est ce qu'il est impossible d’éclaircir , car il ne s'explique pas davantage, et ne désigne aucune époque. Cela est d'autant plus ficheux , que cet ouvrage a été fait pour Kien-long et imprimé par ses ordres. Le P. de Mailla, en parlant du siége de Kay- fong-fou en 1232, dit que les Mongoux se ser- virent de tubes pour lancer des flèches, de Pao pour lancer des pierres, et de Ho-pao pour incen- dier ; mais le mot Pao étant employé indifférem- ment par les Chinois, on ne peut en fixer la vraie signification , ni dire s'il exprime positivement un canon. II paroît qu’à la même époque les Mongoux avoient une espèce de canon formé de côtes de bambou réunies ensemble et attachées fortement roi des Kin, appelé Noay-ty ou Ninkiassou, y périt. Les Kin ou Tartares Niutche qui avoient commencé à régner en 1118, sont les ancètres des empereurs Tartares Mantcheoux, actuellement régnant à la Chine, Ces Kin habitoient les pays situés au nord de la Corée avant qu'ils se fussent emparés de plusieurs pro- vinces de l'empire Chinois, dont ils furent chassés par les Mon- goux ou Mogols, qui détruisirent ensuite les Song, et fon- dérent, en 1160, la dynastie des Yuen. SUR LES CHINOÏS. 35 avec des cordes. Cette machine, qui s’appeloit Tsuan-tchou, dut nécessairement donner l'idée aux Chinois den faire sur ce modèle, en employant, à la place du bambou , des barres de fer qu’ils réu- nirent avec des cercles du même métal : aussi tels furent leurs premiers canons. Il est à croire que par la suite ïls en fabriquèrent de plus solides ; mais quelle que soit la forme qu’ils adoptèrent, il est certain, ainsi que le dit historien Chinois, qu'on en abandonna fusage, faute de bien con- noitre les règles propres à leur construction. Le P. Heralde, Espagnol, qui entra à la Chine en 1577, y trouva de lartillerie, mais petite, maf faite et fort ancienne. Les missionnaires qui le suivirent , conviennent d’avoir vu quelques bom- bardes à Nanking ; mais ils ajoutent que les Chinois ne savoient pas s’en servir. Une preuve convain- cante de cette inexpérience , c’est que les Portu- gais, lorsqu'ils présentèrent en 1621 des canons à l'empereur, eurent [a précaution d'envoyer en même temps des gens en état de les manœuvrer. Ces canons, après avoir été essayés à Peking , furent envoyés à la frontière pour être placés sur la grande muraïlle. Une grande partie des canons qui existent à ia Chine, ont été fondus par les PP. Adam Schaal et Verbiest en 1636 et 1681, ou d’après leurs instructions ; mais ces savans missionnaires n’ont C'a 36 OBSERVATIONS pu, malgré Îles peines qu'ils se sont données, parvenir à faire des Chinois d’habiles artilleurs. Tous les canons que j'ai vus à la Chine étoient sans affûts et posés sur des blocs de pierre. Je n'ai vu qu'à Hang-tcheou-fou deux canons montés sur des affûts; mais ces affûts paroissoient peu solides. Les canons qui sont au bas de la tour du Lion , en descendant la rivière de Quanton, ont une Jumière fort large ; les boulets sont de terre durcie et séchée. II est démontré que les Chinois ont connu très-anciennement les armes à feu, et sur-tout ja poudre à canon; mais , soit qu'ils aient inventé cette dernière composition , soit qu’ils en aient reçu finvention d’ailleurs, il paroît qu'ils s’en servent plus habilement dans Îles feux d'artifice que dans la guerre, car leur poudre à canon est d’une qua- lité très-inférieure. Ils font entrer dans sa fabrica- tion jes mêmes matières que nous employons en Europe ; le salpêtre , le soufre et le charbon. Ce dernier est fait de béringène , de calebasse, ou indifféremment de tout autre bois, pourvu qu'il ne soit ni huileux ni résineux. Les missionnaires donnent deux recettes em- ployées par les Chinois pour faire la poudre à canon. Dans la première, ils font entrer trois livres de charbon et autant de soufre sur huit livres de salpêtre ; dans la seconde, ce n'est plus qu’une SUR LES CHINOIS. 37 livre de charbon et autant de soufre sur cinq livres de salpêtre. M. Barrow dit que l'on met une livre de charbon et autant de soufre sur deux livres de nitre. Les Chinois, pour réduire Ia pâte en grains, la battent avec des bâtonnets. Au reste , ïl ny a pas à fa Chine de manufacture de poudre à canon ; chaque particulier peut en fabriquer. PEKING. KUBLAY-KHAN , fils de Tuly, et petit-fils de Genghiz-khan , fondateur , sous le nom de Chy- tsou , de la dynastie des Yuen, fit jeter, en 1267 après J. C., les fondemens de la ville de Peking, à deux lieues au nord-est de l'ancienne ville de Yen-king, bâtie en 1111 avant J.C., et qui venoit d’être entièrement ruinée. EF donna à Ta nouvelle ville fe nom de Ta-tou / srande cour ] : son véritable nom est Chun-tien-fou , maïs elle est plus connue sous celui de Peking, qui signifie / cour du nord]. Les Yuen continuèrent d’habiter Peking jusqu’à ja destruction de leur dynastie ,en 1368, par Hong- vou, fondateur des Ming. Cet empereur établit sa cour à Nanking; mais sonfils Yong-lo ja reporta, en 1403, dans la première de ces villes, d’où elle n’est plus sortie depuis. Peking n’étoit d'abord com- posé que d’une seule ville; maïs Kia-tsing,en1$44, C3 和 38 IOBSERVATIONS en fit bâtir une seconde , qui est appeléé mainte- nant ville Chinoise, la première étant plus parti- culièrement affectée aux Tartares , qui depuis 1644 se sont emparés du trône. Peking est situé par les 39° 54" 30" de latitude nord , et par les 114° 8 4$" de longitude à l'est de Paris ; ainsi la différence en heures est de 7° 36' 23"; c'est-à-dire, qu'il est à Peking 7" 36° 23” du soir, lorsqu'il est midi à Paris. La ville Tartare a une lieue du nord au sud, et autant de l’est à l’ouest. La ville Chinoiïse n’a qu'une demi-lieue du nord au sud, et un peu plus d’une lieue de l'est à l’ouest. ‘La ville Tartare a neuf portes; aussi le gouver- neur de Peking prend-il le titre de gouverneur des neuf portes. La ville Chinoise n’en a que sept. On donne douze faubourgs à Peking; je n’en par- lerai pas, parce que je n’en ai traversé que deux, Tun situé à l’ouest de Ia ville Chinoise , en avant de ja porte Kuang-nmg-men (a), et l’autre à la sortie de la ville Tartare, du côté des jardins de lempereur, en dehors de la porte nommée Sy- tching-men. M. Staunton dit que ce dernier faubourg est considérable , et qu'il a employé vingt minutes pour le traverser ; il y a erreur, nous n'avons mis (a) M. Vanbraam l'appelle, par erreur, Tsay-ping. SUR LES CHINOIS. 39 que trois minutes , car ce faubourg est petit, et M. Barrow en convient. M. Staunton prétend que les remparts de Pe- king ont quarante pieds de hauteur; je les ai jugés d'environ trente pieds, sur vingt à vingt-cinq de- paisseur par le bas : M. Barrow ne leur donne que de vingt-cinq à trente pieds. R Les murs de ja ville Chinoise ne sont pas aussi hauts que ceux de la ville Tartare. Les portes des * deux villes sont chargées de gros pavillons ; maïs ceux de fa ville Tartare sont plus beaux et plus élevés. Ces pavillons sont percés de trois rangs d’embrasures /n.° 4) ; maïs on ne pourroit y mettre qu'une très-foible artillerie. L'esplanade qui se trouve entre les deux portes, est vaste et sert à faire manœuvrer les soldats. Un fossé règne en avant des murs, et lon passe un petit pont avant d'arriver à la porte. Ce fossé est arrosé, car on ne peut dire rempli » par une petite rivière qui, prenant sa source dans des mon- tagnes situées à trois lieues nord-ouest de Peking, entre dans Îa vilie par le côté septentrional , envi- ronne le palais, forme plusieurs lacs; et, après avoir réuni ses diverses branches en dehors de ja ville Chinoise, va se jeter près de ja ville de Tong- tcheou , à quatre lieues à l’est de Peking, dans Ia rivière Pay-ho. D’après plusieurs missionnaires, les rues de C4 4o OBSERVATIONS Peking ont cent vingt pieds de large ; Îles Anglois leur donnent la même mesure. D’autres mission- naires disent que les rues de Peking sont un peu plus larges que la rue de Tournon à Paris : celle-ci peut avoir de soixante-dix à quatre-vingts pieds ; ainsi les rues de Peking auroient de quatre-vingts à quatre-vingt-dix pieds. On lit dans le Voyage du Père Bouvet /4), que les rues n’ont que qua- rante-cinq à cinquante pieds : cette mesure diffère beaucoup de celles rapportées par les autres mis= sionnaires ; mais cela peut s'expliquer, puisque les rues ne sont pas également larges. Le P. le Comte dit que la rue de ja ville Tartare, la même que nous avons traversée, a près de cent pieds, et que d’autres ont cent vingt pieds. J’estime que [a rue par laquelle nous sommes entrés dans la ville Chi- noise , peut avoir de soixante-dix à quatre-vingts pieds de largeur , et que celle de la ville Tartare en a un peu plus. En général, les rues principales sont larges ; mais celles de traverse le sont beau- coup moins, et elles ont des barrières que lon ferme Ja nuit /n.° 11), usage qui est ordinaire à la Chine. Le coup d'œil des rues de Peking n'est pas beau /n* 4 et 11) ; les maïsons sont basses et sans alignement ; certaines boutiques avancent, d’au- tres sont en arrière; les unes sont belles et les qq 一 or {a) Le P. Duhalde, some J, page 61. SUR LES CHINOIS. 41 autres misérables. Les piliers qui sont placés en avant des boutiques , quoique bien dorés et vernis, ne font pas un bel effet, parce qu’ils sont plus ou moins élevés , et que d’ailleurs ïl n’y en a pas par-tout /a). L'ancienne rue de la Porcelaine , à Quanton, est beaucoup mieux, et les piliers sont d’une forme plus égale. Dans lenceinte extérieure du palais, les mai- sons sont uniformes et je coup d’œil plus agréable; cette enceinte, dans laquelle nous avions noire lo- gement , est appelée Hoang-tching. Ses murs ont de quinze à dix-huit pieds de hauteur; is sont rouges et couverts avec un petit toit en tuiles jaunes /n° 9). L'empereur Yong-lo, en formant cette enceinte, à laquelle on donne près de deux lieues de tour , Pavoit destinée pour y bâtir uni- quement son palais; mais ses successeurs en ont concédé différens emplacemens à des particuliers, et plusieurs marchands sont venus s’y établir. C’est- à qu’on trouve le iac Van-yeou-tien, et l’île où est la pagode Pe-ta / n° 2), Les missionnaires François demeurent dans ce quartier. Après avoir traversé l'enceinte extérieure, on arrive au pied du Kong-tching ou enceinte inté- rieure du palais : il est formé par un rempart haut (a) Une inscription mise sur ces piliers, annonce ce que vend je marchand, ct prévient qu’il ne trompera pas l'acheteur. 42 OBSERVATIONS de vingt-cinq à trente pieds ; un fossé avec de l'eau entoure Îles murailles , et lon passe sur un pont avant d'entrer sous les portes, qui sont au nombre de quatre, composées chacune de trois ouver- tures , et surmontées de très-beaux pavillons. L’épaisseur des murs, sous ces édifices , est con- sidérable et peut avoir jusqu’à quarante-cinq pieds (n° 10). Le Kong-tching a dix-sept cents toises de circuit : cet emplacement renferme le palais. J’a- vouerai que ja vue du palais fait impression; ia grandeur et étendue des bâtimens en imposent, et leur symétrie plait. Cette multitude de pièces de boïs qui entrent dans ja construction des toits, la contournure relevée de leurs extrémités , Îles dorures, les peintures, forment un très-bel effet ; enfin les tuiles vernissées d’un beau jaune, et les boules dorées placées sur le haut des pavillons, ont quelque chose d’agréable. L'étranger qui, des extrémités de l'univers, se trouve transporté dans les vastes cours du palais de Peking, lorsqu'il jette les yeux sur cette quan- tité de galeries , de portiques et de salles immenses, rangées dans un ordre suivi et régulier; lorsqu'il traverse ces murailles épaisses , qu'il considère ces portes qui constamment fermées ne s’ouvrent que pour l’empereur ; létranger, dis-je, ne peut se défendre d’une certaine admiration , sur-tout s’il SUR LES CHINOIS. 43 vient à réfléchir que tout ce qu'il a devant les yeux ne ressemble en rien à tout ce qu’il a vu, à tout ce qu'il a admiré jusqu'alors. Mais , si l'extérieur du palais impérial plaît et séduit, l'intérieur cause une surprise bien diffé- rente , le charme disparoît entièrement : autant les murailles et les bois sont chargés en dehors de peintures, de vernis et de dorures , autant l’inté- rieur est simple et privé d’ornemens. Des papiers blancs ; quelquefois, maïs très-rarement, des pa- piers à fleur, en font toute la tenture : en un mot, l'architecture du palais suit le caractère de Ia na- tion , tout est à l'extérieur et rien à l’intérieur. La cour qui précède Ia salle impériale, est belle ; elle est traversée par un ruisseau sur lequel ïl y à cinq petits ponts en marbre blanc. La cour où les Hollandois firent leur dernier salut, est vaste, et l'entrée en est magnifique. Cette entrée appelée Ou-men, est formée de trois portes surmontées d'un beau pavillon placé entre deux galeries. Auprès de la porte Ou-men, ilya des magasins , au-dessus desquels sont de superbes pavillons, dont les toits portent à leurs sommets de grosses boules dorées. C'est dans cette cour que les princes du sang vont tous les mois prendre Îles ordres de lem- pereur , et que les princes tributaires font hom- mage au souverain , soit en personne , Soit par 44 OBSERVATIONS leurs envoyés , en remplissant les cérémonies du- sage. Voici en quoi consiste cet hommage : Le maître des cérémonies, qui est un des pre- miers mandarins du Ly-pou, ou tribunal des Rites, s'étant placé près de ja porte Ou-men, crie d'une voix haute et perçante : Pay-pan /mettez-vous en ordre]; Tchouen-chin / tournez-vous] ; Kouey /mettez-vous à genoux ]; Ko-teou / frappez la tête contre terre]; Tsay-ko-teou /frappez encore]; Yeou-ko-teou / frappez de nouveau]; Ky-lay //evez-vous ]. On se remet encore à genoux, et Ton recom- mence deux fois le salut ; ainsi Fhommage consiste à faire trois fois trois saluts. Après le dernier, le mandarin crie : Ky-lay //evez-vous ]; Tchouen-chin /tournez-vous); Pay-pan /mettez-vous en ordre]; puis il se met à genoux lui-même devant la porte et dit : Chao-y-py / Seigneur, les cérémonies sont terminées J. L'empereur loge dans la partie septentrionale du palais , avec l’impératrice appelée Hoang-heou. La seconde reine habite le côté de Fest, et en prend la dénomination de Tong-tsong / song dè l’est ]. La troisième demeure à ouest, etse nomme Sy-tsong / Tsong de l'ouest ]. SUR LES CHINOIS. 45 Les concubines de l’empereur s'appellent Kong- nuu , et celles que lempereur préfère prennent le nom de Fey. Outre les appartemens du palais, on trouve dans l’espace qui existe entre ces appartemens et l'enceinte nommée Kong-tching, des édifices con- sidérables et d’autres moins étendus ; il y en 3 même de très-mesquins. Les ministres ont aussi leur résidence dans cette enceinte, mais ce n’est que pour le temps où ils sont à la cour. Après le palais, la belle disposition des temples fixe l'attention. Je ne parlerai pas de ceux qui sont dans Ja ville Chinoise, car il nous a été impossible de les voir. Le premier est celui du Tien-tan / éminence du ciel ] : Pempereur y fait un sacrifice au solstice d'hiver ; cependant il paroît qu'il visite cette pagode dans d’autres circons- tances. Le second temple est celui du Ty-tan /éminence de la terre] : Yempereur y sacrifie à la terre au sols- tice d'été. Ie P. Magalhens soutient, au contraire, que l'empereur fait ce sacrifice dans le Miao , ap- pelé Pe-tien-tan ; il prétend aussi que c'est dans le Ty-tang que l’empereur est couronné et qu'il laboure une portion de terre, tandis que les missionnaires disent que cette dernière cérémonie a lieu dans un temple appelé Sien-nong-tang. Cette différence d'opinion vient sans doute de ce 46 OBSERVATIONS que, dans la pagode Ty-tan, l'endroit où laboure l'empereur se nomme Sien-nong-tan /éminence des anciens laboureurs ], et non Sien-nong-tang ; car il est essentiel de ne pas confondre les mots Chinois Tan et Tang. Tan veut dire éminence, et Tang salle, Le Tang renferme ordinairement le Tan, l'éminence ou le lieu où l’on fait le sacrifice, et qui est toujours plus élevé. Au reste, cette expression prouve bien que les premiers Chinois, à l'exemple des peuples de lantiquité, ont toujours fait leurs oblations sur Îles hauteurs. Les temples dont je viens de parler et plusieurs autres particuliers, contribuent à embellir la capi- tale ; mais si Peking pris en général, étonne par son immense étendue, par la grandeur de ses édi- fices et par la largeur de ses rues, le contraste qu'il présente est encore plus surprenant. « Le dedans des maisons des grands, dit le P. Souciet, est propre et bien ordonné , mais l’intérieur des de- meures ordinaires est peu de chose. Le train des princes et des grands est magnifique ; mais , à l'exception des personnes qui leur sont attachées et des madarins, on peut dire que Peking n’est rempli que de gueux. » Le rapport de ce mis- sionnaire , quoique sévère , est exact ; car dans le palais même les appartemens ne sont tapissés qu’en papier blanc , à exception de deux ou trois pièces où lon voit du papier à fleurs. Lorsque nous SUR LES CHINOIS. 47 accompagnâmes l'empereur le jour de notre pre- mière audience , les mandarins et les gens de ja cour étoient bien vêtus, mais la majeure partie de ceux qui nous entouroient étoit bien loin de leur ressembler. En un mot, la capitale de lem- pire Chinois n'offre point l'ensemble auquel on doit s'attendre , d’après ja relation de certains auteurs. JI en est de même de sa population : suivant les différens écrivains qui ont parlé de Peking cette ville contient vingt, quinze, dix, huit, enfin quatre millions d'habitans. « C'est, » dit le P. Gaubil, une grande exagération ; car, > outre les vastes enclos du Sien-nong-tan et du > Ty-tan, la moitié de ja ville Chinoise est déserte, »ou renferme des champs, des jardins et des » sépultures. Le palais impérial, les jardins, les » lacs , les maisons des grands et les pagodes, » occupent plus de la moitié de fa ville Tartare ; > enfin , il n'y a pas autant de logement dans » Peking que dans Paris. » « Si l'on fait réflexion, avance je P. Le Comte, » que les maisons Chinoises ne sont ordinairement » que d’un étage, on verra que Peking ne con- > tiendra pas plus de logement que Paris, et même » moins, parce que les rues en sont incompara- » blement plus larges, que le palais immense de > l'empereur est peu habité, qu'il y a de vastes » magasins et de très-orands espaces remplis par 48 OBSERVATIONS » des huttes ou petites maisons destinées pour fes » Chinois qui viennent dans la capitale se faire » recevoir docteurs ; d’où lon peut fixer la popu- » lation de Peking à deux millions. » C’est à ce nombre que M. Staunton s’est arrêté. Lorsque je quittai notre maison à Peking, je par- courus une portion de ia ville Tartare, en suivant des rues de traverse, et je n’y rencontrai personne. Je traversai la ville Chinoise par une diagonale, depuis la porte Tartare jusqu’à la porte Chinoise, et je ne vis que des fondrières et des terrains arides ; enfin, je croyois être en pleine campagne lorsque la voiture rentra dans ia rue principale, auprès de la porte. Je sais bien que la ville Tartare est mieux bâtie que la ville Chinoise ; mais jy ai aperçu aussi de grands emplacemens absolument vides ou remplis de petites baraques. La foule étoit considérable lorsque nous entrâmes dans 了 Peking ; mais cetoit le moment où l’on venoit d'ouvrir les portes. Un grand nombre de paysans apportoient des provisions ; quantité de charrettes, de chariots , de chameaux et d’autres bêtes de somme, entroient à-la-fois pour se répandre ensuite par toute la ville. Cette foule, qui continua tout le temps que nous fûmes dans la première rue, diminua beaucoup dès que nous eûmes pris par la seconde ; et ce que nous Vimes de monde dans Ia SUR LES CHINOIS. 49 la ville Tartare n’étoit pas considérable ; dans ie quartier même de empereur il n’y en avoit que médiocrement. Enfin, lorsque nous quittâmes Ia capitale, quoique le soir et à l'instant de fermer les portes , il s’en faut de beaucoup que nous ayons trouvé la route aussi fréquentée qu’à notre arrivée. On ne peut donc juger de ia vraie popu- lation de Peking par celle qui se montre dans certaines circonstances. En allant à Yuen-ming-yuen, et sur-tout en revenant, nous rencontriämes du monde sur fa route, et nous en vimes beaucoup de rassemblé dans plusieurs carrefours de la ville ; mais on ne peut en rien conclure, parce que les rues que nous suivimes sont les plus passantes, et que d’ailleurs l'empereur étant alors dans ses jardins, toutes les personnes qui avoient affaire à la cour étoient forcées den prendre le chemin. IL est d'usage à la Chine que certains ouvriers travaillent plutôt chez les particuliers que chez eux; aussi en voit-on continuellement dans les rues, soit pour se rendre chez leurs pratiques, soit pour en chercher de nouvelles. Les barbiers sur- tout, dont je nombre est considérable , n’ont pas de boutiques fixes comme en Europe ; Is rasent dans ja rue ou dans les maisons. Les forgerons même portent avec eux leurs outils les plus néces- saires, et raccommodent sur [a place les poêles ou TOME III. D 59 OBSERVATIONS autres ustensiles de fer qui sont cassés. Enfin, tous ces gens qui, dans nos cités, sont ordi- nairement sédentaires , la Chine , au contraire, vont et viennent sans cesse, et augmentent par conséquent ja foule. If faut ajouter que l'usage ne permettant pas aux personnes du bon ton d'aller à pied dans les rues de Peking , toutes celles qui sont un peu aisées ou qui remplissent des places, sont obligées d'aller en voiture ou à cheval, suivies d'un ou de deux domestiques. Les mandarins en ont un plus grand nombre , et les grands seigneurs ne paroissent pas en public sans être accompagnés d'une trentaine d'hommes à cheval ou à pied. Si la même coutume avoit lieu dans les villes d'Europe, les rues y seroïent pour je moins aussi embarras- sées que celles de Ia Chine , sans que pour cela on pût croire à une population extraordinaire. Lorsqu'on a dit qu'il y avoit plusieurs millions d’ha- bitans à Peking , on a jugé sur les apparences, et c'est ce qui a trompé. Il en est de même pour Quanton : suivant certains auteurs, la population de cette ville est énôrme. Maïs pourquoi ces écri- vains ont-tfs parlé de cette manière! C'est qu'ils ont vu Quanton dans le temps où Îles vaisseaux étrangers y viennent faire le commerce. S'ils y étoient restés après le départ des navires, ils au- roient trouvé que ces mêmes quartiers , naguère remplis de coulis, de porte-faix et d’une foule SUR LES CHINOIS. Sr d’autres personnes, n'offroient plus alors que de vastes solitudes. Nous avons fait voir que les usages des Chinois font paroître la population de Ia capitale plus nombreuse qu’elle ne l'est réellement ; examinons maintenant, d’après la manière de construire, si cette ville est plus peuplée que Paris. Les maisons et les boutiques des Chinoïs sont toujours bâties le long des rues les plus fré- quentées : or, les rues dans leurs villes étant assez ordinairement placées d’équerre, il reste dans Ie milieu de grands terrains vides ou occupés par des maïsons chétives et de peu d'apparence ; c’est ce qui a lieu à Peking. Les habitations du peuple mexigent pas à Ia Chine un grand espace, il faut en convenir ; maïs celles des marchands un peu aisés sont considé- rables : souvent même ils ne couchent pas dans les maisons où sont leurs boutiques ; ils vont le soir dans un autre quartier où demeurent leurs feimes et leurs enfans ; et si ces marchands sont riches, ils ont quelquefois un logis séparé pour chacune de leurs concubines. Je ne parle pas des palais des grands, des tem- ples et des autres édifices qui existent dans Peking ; on a vu plus haut ce que les missionnaires en disent. Je borne mes observations aux maisons des particuliers, qui proportionnellement doivent: mp2 92 OBSERVATIONS toujours contenir beaucoup plus de monde que celles des mandarins et des marchands. Si fon suppose que je logement d’une famille Chinoise ne demande pas autant d'espace que jie logement d’une famille Européenne, on a raison; mais il faut considérer qu’une surface donnée de terrain sur laquelle logeroit à Peking un nombre assez limité d’habitans , en reçoit bien davantage à Paris, puisque dans ja première de ces villes les maisons n’ont qu’un rez-de-chaussée , tandis que dans ja seconde elles ont cinq, six étages, et quel- quefois plus ; et que par conséquent une seule habitation occupe là, en superficie, autant d’em- placement que cinq ou six ict : de sorte que si Fon applique ce calcul aux logemens des pauvres, où toute ja famille vit pêle-mêle , dans l’un comme dans l’autre pays, on conviendra qu’en France les maisons sont peuplées cinq et six fois autant que celles de ja Chine ; et quoique ja proportion ne soit pas tout-à-fait ja même pour les demeures des gens plus aisés, elle est toujours en faveur de mon opinion , puisque les Chinois de cette classe ne sont pas logés , comme je fai dit plus haut, aussi à létroit qu'on se limagine commu- nément. Je n’ai pas été assez long-temps à Peking pour pouvoir calculer avec précision sa population : je ne réfute donc aucun des auteurs qui en ont parlé ; SUBRPLES! CHINOIS. 53 mais en supposant que cette ville soit plus peuplée ; comme je le crois, que la plus grande ville d'Eu- rope, je ne pense pas que ses habitans excèdent de beaucoup un million, et certes ce nombre pa- roîtra déjà assez considérable ,sur -tout si lon pense aux approvisionnemens nécessaires à sa sub- sistance. Que seroit-ce si Peking contenoit vingt, dix, et même quatre millions d'individus ! Les auteurs qui lui ont supposé une telle population, n’ont pas fait la réflexion qu’il seroit impossible de la nourrir. Aprèsavoir donné une idée de la capitale de Tem- pire Chinois, et de ses habitans, on me permettra quelques remarques sur fentree des Anglois à Peking et de relever certaines erreurs dans Îes- quelles est tombé M. Staunton. Les Anglois ont dà entrer par la porte de Ja ville Tartare, appelée Tchao-yang-men, et suivre en- suite une large rue qui continue presque jusqu’au mur de lenceinte extérieure du palais. En regar- dant à gauche, dit M. Staunton, « on aperçoit un. > bâtiment qu'on dit être un observatoire érigé » par l'empereur Yong-lo. > 了 a dû être difficile à M. Staunton, de voir cet observatoire qui est à um tiers de lieue au-dessous de ja porte par laquelle il est entré dans la ville. Cet édifice d’ailleurs n’a pas été bâti par Yong-lo, qui régnoit en 1404, et qui est mort en 1425; mais. par Kia-tsing, D: 3 s4 OBSERVATIONS onzième empereur des Ming, en 1522, c'est-à- dire, cent dix-huit ans plus tard. Arrivé à la porte septentrionale de lenceinte extérieure du palais, le voyageur Anglois s'arrête pour décrire une partie des jardins de lempe- reur. H n’est pas aisé de comprendre comment M. Staunton a pu voir, par une porte, derrière laquelle il y a des bâtimens, les jardins qui sont un peu plus à ouest. « En avançant vers ouest on nous montra, > ajoute M. Staunton , la maison où demeuroïent » quelques Russes ; et, ce qui étoit plus singu- » lier, une bibliothèque composée de manuscrits » étrangers , parmi lesquels existoit , disoit-on, » une copie du Koran en Arabe. » L'auteur a bien raison de dire que tout cela étoit singulier; car comment a-t-il pu voir la maison des Russes, qui est située au-delà du palais, le long de Ja muraille méridionale , près de lenceinte extérieure , et à plus d’une lieue de Fendroit où se trouvoient les Anglois ! If existe encore , il est vrai, une maison Russe dans Île nord-est de Peking , auprès des murs ; mais il ne faut pas la confondre avec [a maison Russe où est la chapelle qui sert au culte des per- sonnes de Îa caravane ; la première a été bâtie du temps de Kang-hy , par des Russes qui vinrent s'établir à Peking. Les Chinois appellent ceux qui SUR LES CHINOIS. s5 Phabitent, Lo-tcha ; et leur chapelle, Lo-tcha- miao. Il ne reste de ces émigrés que deux ou trois familles qui ont été incorporées dans les ban- nières Tartares; mais leur maison, quoique un peu plus rapprochée que Pautre, étoit trop éloignée de M. Staunton et séparée de lui par un trop grand nombre d'habitations pour qu'il pût en découvrir même fa position. Nous avons traversé Peking plusieurs fois, et certes les Chinois ne nous auroïent pas permis de nous arrêter , encore moins de visiter une biblio- thèque. M. Barrow , qui paroît être un observateur attentif, ne dit point qu’il se soit arrêté en route. On remarque d’ailleurs que ces deux voyageurs ne sont pas toujours d'accord , tant il est vrai que les hommes les plus éclairés voient diversement jies mêmes choses , et que le plus simple événement rapporté par deux historiens, varie quelquefois, et souvent paroît totalement différent. POPULATION. PLUSIEURS personnes ont écrit sur la popula- tion de la Chine; les missionnaires principalement nous ont donné des notions intéressantes sur cette matière; mais la plupart, séduits par limmense étendue de cet empire; ou calculant le nombre des habitans d'après celui qu'ils ont vu dans cer- tains cantons, en ont déduit des conséquences D 4 NÉ OBSERVATIONS un peu trop fortes. D’autres voyageurs, trompés par le rapport des Chinois, ont adopté aveuglé- ment les notes qu’ils en ont reçues, et nous ont présenté [a population de cet État comme beau- coup plus considérable que nous ne lavions crue jusqu'alors. J'ai consulté moi-même Îles Chinoïs ; mais les ayant trouvés en contradiction les uns avec les au- tres, j'ai jugé qu’il n’étoit pas prudent de les croire sur parole ; car nul peuple au monde n’est plus dis- posé à exagérer tout ce qui regarde sa nation. Ils se font peu de scrupule de tromper un étranger, d'autant plus que leur vanité se trouve récompensée par l'importance qu’ils croient se donner à eux- mêmes en augmentant la force et la puissance de leur pays. Tout en suivant les états qu'ils m'ont fournis, Jexaminerai moi-même si le sol des provinces peut subvenir à la nourriture de ses habitans ; si Ia Chine, dans les cas de disette, peut trouver des secours étrangers, et si le nombre d'hommes est propor- tionné à l'étendue de chaque province; enfin, je tâcherai de faire voir que sa population n’est pas plus considérable que celle des autres pays à terri- toire égal. Les réflexions que je me permets de hasarder, sont le résultat d’un voyage que j'ai fait dans Tin- térieur; non que j'aie la prétention de dire que SUR LES CHINOIS. $7 j'ai tout examiné, cela étoit impossible ; maïs ce que j'avance est fondé sur des rapports et sur des observations pesées avec [a plus stricte impartia- lité. La rareté ou ja disette des vivres , est le plus grand obstacle au progrès de la population ; or, si l’on suppose un accroissement dans celle-cr, ïl faut en supposer un pareil dans les subsistances : mais comme il est reconnu que les hommes pro- duisent plus promptement que la terre ne Sa- méliore , il résulte donc en définitif un manque d’alimens : de à naissent ja misère, la pauvreté, les maladies et les mortalités, fléaux destructeurs qui absorbent la surabondance de [a population, et l'entretiennent dans un juste niveau ; or, nul peuple n’est peut-être autant exposé que les Chi- nois , à ces fatales conséquences. Les terres labourables, dit le père du Halde/a), sont en général assez fertiles, et rapportent deux fois chaque année en certains endroits; mais comme elles ne sont pas en quantité suffisante dans plu- sieurs provinces, la plupart remplies de montagnes, il s’ensuit que ce qui se récolte dans l'empire, suffit à peine à la nourriture des habitans. L’Yunnan , le Koey-tcheou , le Setchuen, le Fo-kien , sont montueux : je Tchekiang est fertile (a) Tome L.7, page 14. 58 OBSERVATIONS à l’est; mais il y a des montagnes affreuses dans ouest. Les terres du Quang-tong et du Quang-sy, fertiles le Iong de ja mer, deviennent presque stériles dans Fintérieur. Le Kiang-nan, une des provinces les plus peu- plées , a plusieurs districts presque inhabités, et pleins de montagnes : il y en a encore davantage dans le Chen-sy et le Chan-sy. Le P. Bourgeois /4) se rendant à Peking, fut étonné de ne voir que des montagnes en entrant dans je Kiang-sy. « J’aperçus, dit-il, à perte de » vue des montagnes; arides, et au bas , peu ou » presque point de terrain propre à la culture ; > Jen témoignai ma surprise aux mandarins, en > leur disant que, d’après les relations que j'avois » lues de Ia Chine, je croyois que les montagnes » étoient coupées en terrasses, et cultivées depuis > je bas jusqu’en haut. Is se mirent à rire. Vous » pouvez compter encore, lui répondirent-ils, sur » cent lieues de pays à-peu-près dans le goût de » celui-ci : que diriez-vous du Quang-sy, où sur > dix parties, il y en a huit en montagnes stériles ; » du Yunnan, du Setchuen, d’une grande partie du » Fo-kien et du Petchely, qui sont presque tout » couverts de montagnes ! » {a) Mission. , tome VIII, page 295. SUR LES CHINOIS. s9 « I] ne faut pas juger de la Chine, dit le P. du > Halde /a) , par certaines contrées ; on en trouve > d’autres d’une étendue de vingt lieues presque » incultes et inhabitées. Le Honan et le Hou- » kouang sont fertiles; mais le Honan a, du côté » de l’ouest, de vastes terrains incultes et aban- » donnés ; le Houkouang a des déserts encore plus » considérables. » Le Petchely, dont le terrain est sec, a besoin des autres provinces pour sa subsistance ; tout ce qui est au nord du Hoang-ho produit peu de riz, et ne donne que du blé et du millet. A partir du Yunnan /b), par le Kouey-tcheou, le Setchuen, le Chen-sy, jusqu’à la grande mu- raille, il n’y a que des montagnes affreuses et rem- plies de sauvages. « La Chine, dit le P. de Pre- > mare /c), quoique très-florissante et riche , est > le pays le plus misérable, en ce qu'il ne suffit » pas à la nourriture de ses habitans. » J'ai tracé ce tableau d’après les récits des mis- sionnaires , qui ont eu ja facilité de parcourir ja Chine ; car si javois parlé d’après moi-même, on m'auroit objecté, avec raison , que je n'ai pas tout vu, et que ce que je dis n’est que pour sou- tenir l'opinion où je suis, que la population de ja (a) Tome Ir, page 15. (b) Lettres édifiantes , nouvelle édition , rome XXII, page 177. {c) Tome II, page 157. 69 OBSERVATIONS Chine n'excède pas de beaucoup celle des autres pays. On vient de voir que la Chine par elle-même suffit à peine à nourrir ses habitans ; il faut exa- miner actuellement si elle peut être alimentée par ses voisins. Dans les temps de disette, disent les Lettres édifrantes /a), la Chine ne tire aucun secours des étrangers. On trouve bien au nord, dit le P. du Halde / 4), les terres du Leaotong ; elles sont bonnes et fertiles en millet et froment; elles nour- rissent de grands troupeaux de bœufs et de mou- tons, ce qu'on ne voit presque point dans les provinces de ja Chine ; mais le Leaotong est peu considérable , et sa partie orientale est déserte et marécageuse. Le Kirin-oula-hotun, qui s'étend jusqu’à la mer de Fest, et qui comprend douze degrés en latitude et vingt en longitude, est un pays froïd , rempli de forêts et de montagnes, et si peu habité que lempereur, pour en peupler Îles campagnes, y _ envoie les Tartares et les Chinois condamnés à lexil. Le terrain y produit du millet et de Favoine dont on nourrit les chevaux , ce qui ne se fait pas à la Chine, ainsi que je lai remarqué pendant (a) Tome XXII, page 175. (5) Tome IV, pages ÿ et suiv. SUR LES CHINOIS. 6r mon voyage. Le riz et le froment sont rares dans cette contrée. Le pays de Tcitcicar qui confine avec les Mos- covites , est médiocrement bon , et ja terre y est sablonneuse. Dans la partie du nord-ouest, les terres des Mongoux occupent une étendue de près de troïs cents lieues de Fest à l’ouest et de deux cents du nord au sud. Sous le nom général de Mongoux, on comprend les Éleuths , les Kaïlkas et les Mon- goux proprement dits. Tous ces peuples habitent sous des tentes, vivent de leurs troupeaux et de leur chasse ; ennemis du travail, ils aiment mieux ce genre de vie que cultiver la terre. Les Éleuths habitent les pays situés entre ia mer Caspienne et les monts Altaï ; ils ont au nord les Moscovites et au sud jes Tartares Yusbeks. Ces pays, par leur éloignement et par la manière de vivre des habitans, ne peuvent rien fournir aux Chinois. . Les Kalkas sont plus rapprochés : Jeur pays s'étend de lest à l’ouest, depuis la province de Solon jusqu'aux monts Altaï, c’est-à-dire, dans une longueur de plus de deux cents lieues ; et du nord au sud, depuis les cinquante et cinquante etunième degrés jusqu’à la fin du désert de Cobi ou Chamo, qui comprend un espace de près de cent lieues, et s'étend ensuite par ramifications de différens 62 OBSERVATIONS côtés. Toute cette région est sèche , sablonneuse et ja plus stérile de ja Tartarie : on y trouve seu lement en quelques endroits des étangs et des pâturages où les habitans mènent ieurs troupeaux. La meïlleure partie du terrain des Kalkas est celle qui est proche du Kerson-pira, de 'Ourson-pira qui se jettent dans le [ac Coulon-nor, et forment ensuite ja rivière Ergoné, qui se rend dans je Saghalien-oula ou fleuve Amour. Tous les peuples qui habitent ces pays ne s'appliquent, comme les autres Tartares , qu'à élever des troupeaux, et lon ne peut rien voir de plus misérable que ces Kalkas. Les Mongoux habitent au-delà de Ia grande muraïlle ; leur pays, qui s'étend de l’est à l’ouest, depuis je Leaotong jusque vers Ning-hia, Ia ville ja plus septentrionale du Chen-sy, est peu propre à la culture, le terrain étant trop sablonneux. Le Cariching est meilleur, mais 这 n’a tout au plus que quarante-deux lieues du nord au sud sur une largeur plus considérable ; c'est [à que l'empereur fait ses chasses. Les Mongoux vivent sous des tentes, ét mènent la même vie que jes autres Tartares. Des montagnes escarpées séparent Je Chen-sy du Kokonor, et Ile commerce des Chinois avec ces Tartares est très-médiocre. Au-dela des montagnes inaccessibles situées à SUR LES CHINOIS. 63 ouest du Setchuen ; on rencontre les Toufan , peuple civilisé qui habite un pays généralement montueux. Les Sifan ou Toufan vivent sous des tentes et nourrissént des troupeaux ; {a rhubarbe est la seule chose que ce pays fournisse aux “Chinois. L’Yunnan confine avec des peuples sauvages et avec les royaumes d’Ava et du Pegou ; des mon- tagnes défendent fentree de cette province , et son commerce est foible. Du côté du midi, des montagnes séparent ja Chine des royaumes de Laos et de Tunquin. Ces pays sont mal-sains , incultes , sauvages et remplis de rivières et de torrens dangereux ; le commerce est très-borné. La Chine ne communique avec le Tunquin que par une partie de ja province du Yunnan. Ce royaume produit du riz, du maïs, du millet; mais les secours que les Chinoïs peuvent en tirer sont médiocres. Le royaume de Corée, situé à Test du Leao- tong , est fertile, quoique montagneux ; mais son commerce avec ia Chine n’a jamais consisté en grains. Tout le reste de l'empire est borné au sud et à iest par la mer. Il peut recevoir quelques secours de Manille ; maïs ils sont insuffisans, et néanmoins si recherchés, que, dans les cas de disette, j'ai vu exempter de tous droits de douane les vaisseaux 64 OBSERVATIONS Espagnols qui apportoient des cargaisons de riz à Macao ou à Quanton. Il résulte donc de tout ce que nous venons de dire, que la Chine, entourée de montagnes impraticables ou de peuples errans , vivant sous des tentes, et ne s’occupant que de leurs trou-. peaux et fort peu d'agriculture, ne peut attendre aucun secours alimentaire des pays qui lenvi- ronnent, et qu'elle est obligée de tirer d'elle-même sa subsistance et de vivre de ses propres ressources. Le gouvernement en est tellement persuadé, qu'il a fait construire de grands magasins pour con- server les grains. On en voit de considérables à Peking et à Tong-tcheou pour subvenir aux be- soins de la capitale. I] y en a aussi dans chaque province; mais ces magasins sont mal administrés : les préposés , sous prétexte de prévenir la dété- rioration du riz que lon y tient en réserve, sollt- citent et obtiennent presque toujours Ja permis- sion de le vendre , avec l’injonction seulement de le remplacer par du nouveau après [a moisson. Mais, s’il arrive que la récolte ne soit pas bonne, car le riz est sujet à manquer, il n’est plus possible de remplir les magasins; Us se trouvent vides alors, et dans les temps de disette le peuple n’en peut tirer aucun secours. Cependant , quand même on supposeroit ces magasins bien administrés , comme ils ne doïvent contenir que le dixième de Ja SUR LES CHINOIS. 6$ la récolte, et comme on prélève sur ce dixième fa paye des mandarins et des soldats, le surplus ne pourroit nullement suffire aux besoins des habi- tans : par conséquent les vues du gouvernement ne sont pas remplies, et ses précautions deviennent insuffisantes. Quant aux secours que les provinces peuvent se donner les unes aux autres, c’est fort peu de chose. Les Chinois ne cultivent ordinaire- ment que ce qui est indispensable pour leur propre consommation , et non pour se procurer un excé- dant qu'ils puissent mettre en réserve, et vendre ensuite dans certaines circonstances : ainsi chaque canton n’a que son nécessaire , et ne peut rien donner à ses voisins. Ce qui contribue encore à enlever à Ia nour- riture des hommes une portion considérable de grains, c’est ja grande consommation qu’on en fait dans la fabrication des eaux-de-vie ; car, malgré les ordonnances réitérées de ja cour pour prohiber cette fabrication, on ne cesse de distiller des grains. Toutes ces causes réunies occasionnent quelque- fois de terribles famines, qui dépeuplent Ja moitié des provinces : les pères exposent alors, vendent ou tuent leurs enfans ; des milliers d'hommes périssent, et se mangent même les uns les autres, ainsi que cela est arrivé dans le Chan-tong en 1786 / a), (a) Lettre de M. Raux, missionnaire à Peking. TOME III. E 66 OBSERVATIONS A ces fléaux il faut ajouter les massacres qui sui- vent ordinairement les révoltes. En 1783 et 1784, les Mahométans , au nombre de cent mille, s'étant révoltés, l’empereur les fit tous massacrer, ex- cepté les enfans au-dessous de quinze ans. Si on réfléchit ensuite que les troupes Chinoïses ne réta- blissent pas toujours lordre dans les provinces sans éprouver des pertes, comme en 1768, où l'empereur perdit quarante mille soldats dans une révolte du Yunnan, et peut-être bien davantage dans les derniers troubles de File de Formose, on aura une idée du nombre d'hommes qui doivent périr dans certaines circonstances. Chez un peuple concentré dans le pays qu’il habite, et qui ne fait pas de colonies, ces sortes d’évènemens , extrème- ment nuisibles à la population, en rétablissent néanmoins l'équilibre et rendent moins sensible ie manque de subsistances : C’est ce que cherche je gouvernement Chinois; les moyens qu'il emploie sont sans doute violens et barbares, mais ïl les regarde comme nécessaires. La Chine étant donc un pays mal partagé du côté des vivres, n'ayant rien à attendre de ses voi- sins, suffisant à peine à la nourriture de ses habi- tans, porte en elle-même je germe de [a destruc- tion , et elle est loin de prendre dans sa population les accroïssemens considérables que certains au- teurs ont voulu lui accorder, sans réfléchir que ces SUR LES CHINOIS. 67 accroissemens eux-mêmes deviennent une source de destruction alimentée par Îles famines , suites inévitables d’une trop grande multiplication. Considérons actuellement ia population des provinces, d’après les états de différentes années, et examinons si le nombre d'hommes assigné à chacune est en proportion avec sa grandeur et avec celle des provinces voisines. Tableau de la Population de la Chine. Dénombremens d’après © les Missionnaires, le P. Allerstain, les Anglois , Noms des provinces, en 1743. en 1761. en 1794. Petchely. .... 16,702,765... 15,222,940... 38 millions, Kiang-nan.... 26,766,36$... 4$,922,439... 32. Kiang-sy..... 6,681,350... 11,006,640... 19. Tchekiang... 15,623,990... 15,429,690... 21. Po-kien si: 7164310353 %01008,06 3,67 ED Hou-kouang.. 4,264,850... 16,909,923... 27» Honan. ee 12,637;280... 16,332,507... 25. Chan-tong... 12,159,680... 25,180,734... 24. Chan-sp. 655117186969 47s . : 9,768,189 4077 27. Chen-sy..... 14,804,035... 14,699,457... 30. Setchuen.... ;15,181,710...:: 2,782,976... 27. Quang-tong... 6,006,600... 6,797:597... 21. Quang-sy. ... 1,1435450... 3:947,414... 10. Yunnans: 全 下 区 92 2 Koey-tcheou. . aus AS het 4 HAOMRMAS.L à 170. Leaotong. ... 235,620... 668,852... 1/ 150,265,475. 198,214,552. 333 millions. Il est difficile, ainsi que je lai dit plus haut , d'établir avec précision ja population de Ia Chine; Le 63 OBSERVATIONS mais il ne faut qu’un instant pour voir combien ces états sont peu en proportion jes uns avec les autres, La population du Petchely, suivant les Anglois, est plus grande que celle du Kiang-nan, tandis que, selon les états de 1743 et de 1761, elle est ‘plus petite ; je m’en rapporterois de préférence à ces derniers, puisque le Petchely est moitié moins grand que le Kiang-nan , que le terrain d'ailleurs y est mauvais, au lieu que la seconde province est plus fertile et qu’elle a beaucoup de manufactures : ainsi la note d’après laquelle on a assigné trente- huit millions au Petchely et seulement trente-deux au Kiang-nan , ne peut être que fautive. Maïs si le P. Allerstain a suivi une proportion plus juste dans leur population respective, est-il possible de supposer, comme il le fait, quarante-cinq millions dhabitans dans une province aussi petite que le Kiang -nan, et dont Îa partie méridionale est | remplie de montagnes ! Le Kiang-nan contient dix mille lieues carrées, et la France /4) trente mille. * Si lon regarde que ja population étoit considé- rable en France en 1789, comment pourra-t-on accorder à un pays trois fois plus petit, un nombre d’habitans presque double ! Je ne m’arrêterai pas à discuter je dénombrement EE EEC {a) Avant la révolution. SUR LES CHINOIS. 69 de chaque province en particulier ; ce qu’il est essentiel de prouver, c’est que ces dénombremens sont exagérés. Les missionnaires, dans leurs calculs sur ia population , se sont servis du nombre cinq pour multiplier les familles. Ce terme est trop fort, et il eût fallu en prendre un moyen, pour éviter de tomber dans des erreurs inévitables avec une telle base. D’après d'Expilly et Mésance, le produit moyen des mariages en France est de trois et quatre enfans, quoique la durée du mariage en puisse donner quatre ou cinq fois davantage. Un auteur plus récent établit $ + -= pour terme moyen, en multipliant le rapport des naissances avec les morts, par le rapport des naïssances avec les ma- riages. Mais si lon multiplie les mariages par cinq, le résultat surpassera le nombre des naissances : ainsi ce terme est trop fort. En balançant le nombre des morts avec celui des naïssances, on trouvera que le rapport des naissances aux mariages est de 4 + 7; mais ce terme, quoique plus modéré, ne peut être exact, puisque les naissances n’appar- tiennent pas toutes aux mariages contractés dans Pannée, et que les morts proviennent, en outre, tant de ja naissance de l’année que des naïssances des années antérieures : en un mot, pour tout ce: qui regarde la population, un simple relevé est E 3 #0 OBSERVATIONS préférable à une multiplication, et toute suppo- sition en ce genre ne peut donner qu’une erreur. Un dénombrement de l’année 1122, sous Hoey- tsong des Song, donne vingt-huit millions huit cent quatre-vingt-deux mille deux cent cinquante- huit familles , comprenant quarante-six millions sept cent trente-quatre mille sept cent quatre- vingt-quatre bouches, ce qui ne fait pas deux per- sonnes par famille. Un autre dénombrement de Yan 1290, sous Chy-tsou des Yuen, porte à treize millions cent quatre-vingt-seize mille deux cent six le nombre des familles, et à cinquante-huit millions huit cent trente-quatre mille sept cent onze celui des personnes , ce qui est un peu plus de quatre têtes par famille : ainsi, d’après les Chinois eux- mêmes, le nombre cinq, employé comme multi- plicateur , seroit souvent trop fort. J'ai vécu long-temps à la Chine, et je nai pas remarqué que les familles de ce pays eussent un plus grand nombre d’enfans que celles d'Europe. Si le climat rend les femmes plus précoces en Asie, elles cessent aussi beaucoup plutôt d’être mères. D'ailleurs , on ne peut supposer qu’à la Chine ces mariages soient plus productifs qu’en Europe; car il est reconnu que chez les peuples qui n’ad- mettent pas la polygamie , la population est égale et même plus forte que chez ceux où la pluralité des femmes est permise. Ajoutons qu’un vice SUR LES CHINOIS. 7E anti-physique, généralement répandu chez ces der- niers , nuit prodigieusement à laccroïssement de Pespèce humaine. Il est vrai que ja dépravation des mœurs et la polygamie étant beaucoup moins communes chez les habitans de la campagne que chez les gens aisés et dans les villes, ces causes y- influent moins sur Ja population; maïs la pauvreté , la misère et les maladies, qui marchent toujours. ensemble, doivent enlever un grand nombre den- fans de cette classe, principalement dans des con- trées où les secours nécessaires à leur conservation sont rares ou manquent entièrement. Toutes ces considérations font assez voir , ainsi que je lai déjà dit, que le nombre cinq employé comme multi- plicateur des familles est trop fort ; je l'emploieraï cependant dans les états que je vais rapporter, parce qu’en adopter un nouveau, ce seroit jeter de ja confusion dans les calculs déjà faits; mon but, d’ailleurs, est de prouver uniquement que iaccroissement marqué dans ces états n’est pas exact. États de Population, Années. Contribuables, Personnes. (a) 1736..23,593,549 x 5 = 117:967:745 ] : Exempts d’après 125,046,245. À. le. RP. Amiot..… 7,078, 00. { (a) Mission., some VI, page 290, E 4 72 : OBSERVATIONS Années. Contribuables. (a) 1743.:30:043,09$ x $ = 1$0,265,47$. Lxempéss: 7:078,500. Contribuables. (6) 1743..28,450,846 x 了 一 142,254,230. ÉXEMPES. : 2 Ur 7,078,500. 人 196,8 37;977. Excrapts:4,.... 7:078,500. (dh Vars. lé Es si 198,214,553« ÉXCIDDIS 。 - ec 7,078, 500. | CT RTE TR TR de PL cn dd Personnes. | 157,3437975。 号 - 149,3 327 30. CC 203,916,477. D. 20$,293,0$3. E. . 333:000,000. 下 。 Différence entre les diverses années. Personnes. Différence d'un an pour 7 ans, de AàB... 4,613,961. Différence d'un an pour 7 ans, de Aa C... 3,469,498. Différence d’un an pour 17 ans, de Bà D... 2,739,559. Différence d'un an pour 17 ans, de C à Différence d'un an pour un an, de Dà P ,. 3:210,808. Eu 13370907 : Différence d’un an pour 33 ans, de E à F... 3,869,907. D'après ce tableau , la population a été en croïs- sant de cinq huitièmes, et un peu plus depuis 1736 jusqu’en 1761, c’est-à-dire, dans espace de vingt- cinq ans. En suivant la même proportion pour les vingt-cinq années suivantes, elle auroit dû être en 1786, de trois cent trente-trois millions six cent un mille deux cent huit individus ; et pour les huit (a) Mission., tom. VI, page 279. (b) Ibid. , page 291. {e) lbid., page 292. (d) Ibid. , page 374. fc) Anglois. SUR LES CHINOMIS. 73 années depuis 1786 jusqu’en 1794 de quatre cents millions cent soixante -un mille quatre cent qua- rante-huit individus ; tandis qu’au contraire elle ne suit plus la même progression depuis 1761 à 1794; et qu’au lieu de croître de cinq huitièmes, elle n’aug- mente plus que de trois huitièmes et un peu plus, sans que pourtant il ait existé de raison pour occa- sionner une semblable diminution. La vérité est que ces états sont inexacts, et que si la popula- tion y est représentée comme toujours croissante, cela provient de l'intérêt que les mandarins ont à faire croire que ieurs provinces s’améliorent , parce que ce seroit déplaire à l'empereur , et nuire à leur avancement , que de lui montrer une dimi- nution quelconque. Pour se convaincre du peu de vraisemblance de ces états, il suffit dy jeter les yeux. Pourquoi, par exemple , les résultats de l’année 1743, rap- portés deux fois, présentent-ils entre eux une différence de huit millions onze mille deux cent quarante - cinq ! Comment ja province de Setchuen a-t-elle en 1743 (a), quinze millions cent quatre-vingt-un mille sept cent dix personnes, tandis que dix-huit ans après, en 1761, un état Chinois très-détaillé ne lui en donne plus que deux millions sept cent (a) Mission. , tome VI, page 291. 7Â OBSERVATIONS quatre-vingt-deux mille neuf cent soiïxante-seize , c'est-à-dire, douze millions trois cent quatre-vingt- dix-huit mille sept cent trente-quatre individus de moins /a) ! Pourquoi faugmentation moyenne dans fa po- pulation depuis 1736 jusqu’à 1760, et depuis 1761 jusqu’en 1794, est-elle de plus de trois millions par an , tandis que dans une année, c’est-à-dire, de 1760 à1761, elle n’est que d’un million trois cent soixante-seize mille cinq cent quatre-vingt-un! Comment expliquer une différence aussi extraordi- naire ? I faut nécessairement l’attribuer ou au vice de ja méthode que lon suit en dressant les états, ou à la mauvaise foi de ceux qui en sont chargés; c'est ce dont le lecteur va se convaincre. Suivant les missionnaires /b), durant Fespace de quatre-vingts ans, depuis 1680 jusqu’à 1760, la population a augmenté de quatre-vingts millions: ce passage est d’autant plus remarquable, que com- prenant les années énoncées ci-dessus, il détruit ja prétendue augmentation de plus de trois millions par an dans la population, puisqu'il ne la porte qu’à un million , quantité égale à celle annoncée par les états de 1760 à 1761. I prouve donc clairement combien ces états sont faux , et combien il faut être circonspect avant de les adopter. (a) Mission. , tome VI, page 374. (b) Xbid, rome XT, page 112. SUR LES CHINOIS. AS Une remarque à faire encore, et à laquelle les différens auteurs qui ont écrit sur la population n'ont pas eu assez égard, c’est qu’un accroissement considérable dans ja population n’est pas toujours possible, parce que plus le nombre des hommes est excessif, moins il doit augmenter. Franklin observe que ja faculté productive dans les animaux n’est pas d’elle-même limitée, mais que les hommes en se multipliant diminuent leurs moyens de sub- sistance, et que jes privations qu'ils éprouvent, réduisent nécessairement la population à un terme moyen. Il y a long-temps qu’on a reconnu qu'une des causes principales qui restrergnent laccrotïsse- ment, étoit la difficulté de se procurer des vivres. Si les années abondantes arrivoient plus fréquem- ment, je genre humain, suivant sir James Steward, seroït beaucoup plus nombreux. Naturellement, dit Smith, les animaux multiplient en raison de leur subsistance. Différens auteurs ont cru que fa population pouvoit être doublée en quinze ans, Petty pense même qu’elle peut l'être en dix; cependant, le plus grand nombre s'accorde à dire que ja population double tous les vingt-cinq ans : mais en prenant ce terme on auroit dû dire si lon avoit en vue un pays déterminé, ou si lon rendoit l'application générale ; car, dans ce dernier cas, on trouvera peu de contrées, soit en Europe, soit ailleurs, 76 OBSERVATIONS où Ja population ait reçu un pareil accroissement. Aux États-Unis d'Amérique, où les vivres sont en abondance, les mœurs pures, les mariages fa- ciles , la population s’accroit considérablement dans les villes, et encore plus dans les campagnes , dont les habitans, sans cesse occupés des travaux de Pagriculture , ignorent les vices qui enlèvent un grand nombre de personnes dans les cités ; aussi les États-Unis nous offrentils une population plus que doublée en vingt-cinq ans. Elle étoit, en i774, de deux millions quatre cent quatre-vingt- six mille ames, et en 1799, de cinq millions cent vingt-sept mille sept cent cinquante-six. Mais en prenant cet exemple, a-ton bien examiné com- ment fa population de l'Amérique est composée ; et de quelle manière elle s’est accrue! Combien d'individus , de familles même ont quitté l'Europe pour aller s'établir en Amérique, soit après la guerre avec l'Angleterre , soit pendant ja révolu- tion de la France! Cette augmentation, qui sort du cours ordinaire de la nature et tient à des cir- constances particulières, ne peut entrer en ligne de compte pour un véritable calculateur. ii ne doit considérer que la population indigène s'accrois- sant par son propre produit et non par des causes étrangères : ainsi lon ne doit pas conclure de ce que la population a doublé aux États-Unis depuis son indépendance , qu’elle puisse suivre le même SUR LES CHINOIS. 77 cours chez les autres nations. D'ailleurs , les États- Unis se trouvent dans le cas des pays qui sont susceptibles d’un grand accroissement , par fa fa- cilité de s’y procurer des vivres, par l'étendue de leur territoire et par le petit nombre de leurs ha- bitans. IL n’est donc pas surprenant que la popu- lation y ait augmenté et qu’elle augmente encore ; mais lorsqu'elle sera parvenue au point où son accroissement apportera les mêmes causes de des- truction qui existent dans les grandes nations, alors elle naugmentera que fort peu, et se mettra en équilibre avec ses moyens de subsistance. C’est ce que nous voyons à [a Chine, où la population est loin de prendre l'accroissement accordé ordinai- rement aux autres nations; effet produit par fa trop grande quantité d’habitans réunis en une seule masse, quantité cependant qui est fort au- dessous des trois cent trente-trois millions d’indi- vidus que les voyageurs Anglois assignent à cet empire. Nienhoff compte en 1650, après la conquête de ja Chine par les Tartares, cent cinq millions huit cent soixante-onze mille quatre cent trente quatre individus. Sous Kang -hy le nombre de per- sonnes Sejevoit à cent quinze millions cinquante- deux mille sept cent vingt-quatre. En prenant un milieu entre sept dénombremens, on trouve une Population de cent douze millions quatre cent 7 OBSERVATIONS soixante-sept mille neuf cent quatre-vingt-treize , et en y ajoutant les sujets exempts de contribu- tion, que le P. Amiot estime être de sept millions soixante-dix-huit mille cinq cents, on aura alors une population moyenne de cent vingt-neuf mil- lions cinq cent quarante-six mille quatre cent quatre-vingt-treize. Si lon compare la Chine avec la France, uniquement sous je rapport de leur surface , la première étant presque six fois aussi grande que lautre, et la population de cette der- nière étant, en 1789, de vingt-cinq millions, celle de la Chine sera de près de cent cinquante mil- lions ; mais si lon a égard à ja quantité de terres cultivables dans les deux empires, et que lon mette en rapport la population avec fagriculture , on n'aura plus pour fa Chine que cent trente-sept millions d'individus : ainsi, pour peu qu’on ajoute quelque chose, on parviendra au terme de cent cinquante millions, adopté par plusieurs auteurs , terme déjà assez fort et qu’il est impossible d'élever au-delh sans admettre des hypothèses invraisem- blables ou des ressources surnaturelles. En effet, avant de donner une immense population à Ja Chine , il auroit fallu examiner SI elle étoit pos- sible d’après la quantité des terres cultivées : cette quantité s'élevoit en 1745 à cinq cent quarante-cinq millions d’arpens, et même on en peut admettre actuellement six cents millions , parce qu’on doit SUR LES CHINOIS. 79 croire qu’elles se sont améliorées. Si fon accorde donc à la Chine une population de cent quarante à cent cinquante millions, cet empire se trouvera, proportion gardée , un peu plus peuplé que ja France , et chaque individu y vivra sur quatre ar- pens. Donner à la Chine deux cents millions de personnes, c'est trois arpens par tête , Ce qui sup- pose une population égale à celle des Provinces- Unies. En mettant trois cent trente-trois millions, ce n’est pas tout-à-fait deux arpens par tête , et c’est établir une population beaucoup plus forte que celle des Pays-Bas. Or, est-il possible de croire qu'un empire contenant neuf cents millions d’arpens de terre, dont six cents millions en culture, soit par- tout aussi peuplé que la Hollande, qui n’en a que douze à treize millions , ou plus que les Pays-Bas, qui n’en ont que dix à onze ? On conviendra sans peine que , Pagriculture étant plus susceptible d'être perfectionnée dans un pays d’une médiocre étendue , et les vivres pouvant s'y multiplier plus facilement , [a population doit y prendre un ac- croissement beaucoup plus grand et beaucoup plus rapide que dans un pays d'une étendue soixante fois plus considérable. Toutes ces raisons démontrent assez clairement que la population de fa Chine ne peut excéder celle des autres pays ; et pour prouver définitive- ment que ceux qui pensent le contraire sont dans 80 OBSERVATIONS l'erreur, je vais rapporter ce que j'ai vu dans Îes différentes provinces que j'ai traversées pendant mon voyage. ù Dans notre route pour nous rendre à Peking , en remontant la rivière depuis Quanton jusqu’à Nan-hiong-fou, dernière ville de Ia province, nous n’avons rencontré dans cet espace, qui est de cent cinq lieues, que cinq villes éloignées Îles unes des autres de dix-sept, dix-neuf, vingt-quatre et vingt-huit lieues. La population dans les cam- pagnes étoit très - ordinaire ; elle nous a paru un peu plus forte dans les villes; maïs fa circonstance de notre passage avoit amené du monde sur fa route; et lorsqu’à notre retour nous avons visité à notre aise les mêmes lieux, Îes habitans ne se sont pas montrés plus nombreux que par-tout ailleurs. Il en fut de même dans le Kiang-sy. Ex- cepté en deux ou trois villes où notre arrivée avoit attiré les habitans d’alentour , le nombre des in- dividus n’avoit rien de surprenant. En parcourant par eau la plus grande partie de cette province, nous trouvâmes les villes à ja distance de douze, quinze et vingt-cinq lieues, et ensuite à onze, neuf et sept lieues : il n’y en a qu’une seule à cinq et une à trois lieues ; enfin, nous ne vimes que douze villes dans l'espace de cent seize lieues. Lorsque nous eûmes quitté nos bateaux, et que nous voyageämes par terre dans le Kiano-sy, et | dans SUR LES CHINOIS. ST dans le Hou-kouang , dans un intervalle de qua- rante lieues nous traversâmes quatre villes : comme ja route passe au milieu des campagnes, des vil- lages et des villes , il nous auroit été facile de nous convaincre si les habitans y étoïent en grand nom- bre; mais rien ne nous la prouvé, Dans le Kiang-nan , en cent dix-huit lieues nous rencontrâmes huit villes à onze, douze, qua- torze , dix-huit et vingt-une lieues de distance l'une de l’autre; et deux à cinq et à quatre lieues. À l'égard de cette partie occidentale du Kian g-nan, on ne peut être en doute un instant sur sa popu- lation : elle est très-ordinaire. Le Chan-tong ne nous a présenté successive- ment, dans l'espace de quatre-vingts lieues, que dix villes à des distances de vingt-deux, onze, neuf, huit, six et cinq lieues et demie. Dans le Petchely nous en trouvames autant, un peu plus rapprochées cependant, puisque nous n’y fimes que soixante - trois lieues ; mais quelles villes ! et sur-tout quels villages ! fa plupart offroient laffi- geant spectacle du dénuement le plus absolu ; tandis que Peking, au milieu de tant d'objets misé- rables , entouré de vastes muraïlles, orné de su- perbes pavillons et de magnifiques palais, sembloit à lui seul, si Pon peut s'exprimer ainsi, avoir pompé et absorbé tous les pays d’alentour. En quittant la capitale , nous suivimes, dans le TOME III. F 82 OBSERVATIONS retour , la même route jusqu’à la ville de T'e-tcheou, où nous changeämes de direction pour prendre du côté de l’est. Dans ce nouveau trajet nous fimes _quatre-vingt-treize lieues dans le Chan-tong, et nous passämes huit villes dont les trois premières les plus voisines du Petchely, sont à huit et à quatre lieues de distance , et les dernières à treize , quatorze, dix-huit et vingt lieues , et une seule à sept lieues. Le terrain de cette partie du Chan- tong n'est pas aussi mauvais que dans fa partie occidentale de ja même province, aussi présente- t-il une population plus nombreuse , sans néan- moins être très-forte. Parvenus dans Îa partie orientale du Kiang- nan , portion la méilleure de la Chine , et que les Chinois montrent de préférence aux étrangers, nous trouvämes dans Îles environs de la digue qui est élevée le Iong du fleuve Jaune, des bourgs qui nous parurent très-peuplés : c’est d’après cette population que les Anglois ont jugé, et c’est ce qui les a induits en erreur. En passant par les mêmes lieux que ces voya- geurs, j'aurois pu croire comme eux que le nombre des habitans étoit considérable ; maïs jai reconnu que je me serois trompé si je m'en étois rapporté à un premier coup d'œil. L'avantage que nous avions de partir suivant notre volonté, nous a mis à même de vérifier que cette population SUR LES CHINOIS. 83 n’appartenoit pas toute entière aux endroits où nous nous trouvions, mais qu’une bonne partie y étoit venue des lieux circonvoisins. Ces bourgs si peu- plés lors de notre arrivée , n'offroient presque qu'un désert au moment où nous partions, et nous apercevions dans ja campagne des bandes nom- breuses d’habitans qui s’en retournoiïent dans leurs villages. Quoique ja partie du 下 iang - nan, avant le Hoang-ho, soit bonne, cependant nous ne vimes dans l’espace de quarante lieues, que deux villes à Ja distance de vingt-quatre et quinze lieues ; ensuite trois autres après avoir traversé ce fleuve, et avant d’être à Tsin-kiang-fou au-delà du Kiang, c'est-à- dire, dans Tintervajle de vingt-huit lieues. Cette portion du Kiang-nan , après le fleuve Kiang, est belle et bien peuplée; les bourgs sont plus rap- prochés, et dans l'espace de quarante-deux lieues on trouve cinq villes à quatre, cinq, sept, huit et neuf lieues les unes des autres. Entrés dans la province de Tchekiang , nous parcourûmes vingt-deux lieues avant de voir une ville ; mais comme les canaux font des dé- tours , nous laissâmes sur Île côté une ville du premier ordre et une du troisieme ; néanmoins en comptant ces deux villes, nous n’en passâmes que douze pendant les quatre-vinot-quinze lieues que nous fimes dans cette province, c’est-à-dire, F2 84 OBSERVATIONS une ville à la distance de quatre lieues, deux à cinq, deux à sept, une à huit, une à neuf, deux à dix, deux à onze, et une à douze lieuès, Les cantons du Tchekiang qui confinent avec le Kiang-nan, et ceux qui environnent la ville de Hang -tcheou -fou , sont bien peuplés ; mais en remontant le fleuve jusqu’à l'extrémité de Ia pro- vince , la population est médiocre , et les villes n’ont rien d’extraordinaire, quoique sur Îles huit villes que nous vimes dans cette partie du Tche- kiang, et qui sont à onze, dix, neuf, huit, sept et quatre lieues de distance les unes des autres, ïl y en ait deux du premier rang. On rencontre peu de monde dans le passage par terre qui sépare le Tchekiang , du Kiang-sy. Yu-chan-hien, la première ville de cette dernière province, et que nous eûmes tout Île temps d’exa- miner , n'avoit qu'une population proportionnée à son peu d’étendue. En descendant le fleuve pour nous rendre à Nan-tchang-fou, capitale du Kiang-sy, ce qui fait une route de soïxante-qua- torze lieues , nous passimes devant six villes, dont deux à huit lieues de distance, une à dix, une à douze, une à seize , et Nan-tchang-fou qui est à vingt lieues. Cette capitale, où nous nous arrêtames , est grande, maïs sa population ne nous parut point extraordinaire. Nous avons donc été pendant un voyage de près de seize cents lieues, UR LES CHINOIS. 85. à portée de juger si les provinces étoient aussi peuplées que les Anglois l'ont avancé. Jai fait en allant à Peking, des courses assez longues sans rencontrer personne ; et si, dans mon re- tour , j'ai vu plus de monde dans certains endroits, il n'y avoit cependant pas lieu d’être étonné : en un mot, rien ne m'a porté à croire que la popu- lation en général fût prodigieuse. Je ne dirai plus qu'un mot : c’est une erreur que de croire qu'il existe à la Chine une seconde population sur les rivières ; excepté les villes principales et commer- çantes , auprès desquelles on rencontre un assez grand nombre de bateaux, on n’en voit sur les fleuves que le nombre convenable à un pays vaste et étendu , dont tout le commerce se fait par eau. Les habitations sont assez généralement bâties à une certaine distance des rivières , et si les villes en sont souvent plus rapprochées , on en voit plusieurs qui en sont éloignées. Le passage sui- vant d’une lettre d’un missionnaire, se rendant à Peking en 1793 , confirme ce que j'avance. «Ce n’est pas le long des fleuves, dit M. Lamiot, » que le grand nombre des habitans se fait le plus » remarquer ; car les bords en sont totalement » négligés et abandonnés. On rendroit de grands » services au commerce , si lon faisoit usage à fa » Chine, des moyens qu’on emploie en Europe » pour fentretien des fleuves ; mais comme on F3 86 OBSERVATIONS | » n’en prend pas de soin, ils s'étendent très-loin >» dans les terrains plats, et il reste même encore » beaucoup de terre qu’on ne cultive pas, crainte » des inondations. » # REVENUS. LES Chinois sont très-inexacts dans les états qu'ils donnent des revenus de leur pays, et cela doit être ; car, intimement persuadés de sa richesse et de sa puissance, ils sont encore plus portés à les exagérer. Un étranger doit donc s'attendre à recevoir autant de comptes différens qu'il consul- tera de personnes; et c'est-[à ja vraie cause pour laquelle Îles auteurs qui ont traité cette matière sont si peu d'accord dans leurs rapports. Le P. Trigault dit que les revenus sous Chin- tsong , en 1587, surpassoient annuellement Ja somme de cent cinquante millions. Nieuhoff, en 1655, les porte à huit cent trente- deux millions. Aa Le P. Magalhens avance que, d’après le relevé des livres Chinois, ïl entroit, en 1688 , dans Îles trésors de lempereur, vingt millions quatre cent vingt-trois mille neuf cent soixante-deux écus dar- gent. En supposant que ja valeur d’un écu fût de quatre francs, suivant l'estime des Portugais à cette époque , les vingt millions donneroïent quaire- vingt-un millions six-cent quatre-vingt-quinze mille SUR LES CHINOIS. 87 huiït-cent quarante-huit livres ; et en y ajoutant deux cents millions pour limpôt sur le riz, le sel, Ja soie, &c., les revenus serojent alors de deux cent quatre-vingt-un millions six cent quatre-vingt- quinze mille huit cent quarante-huit livres. Le P. Le Comte, qui écrivoit presque dans le même temps , dit que les revenus en argent s'élevoient à vingt-deux millions d’écus de quatre francs, ce qui fait quatre-vingt-huit millions : or, en y joignant les deux cents millions sur le riz , la soie , &c., le total des revenus seroit de deux cent quatre-vingt-huit millions, somme presque égale à celle énoncée par le P. Magalhens. Les Anglois qui étoient à la Chine en 1794, font monter le revenu , sur l'autorité de notes Chinoises, jusqu’à quatorze cent quatre-vingt-cinq millions. Cette somme est bien différente de celle de deux cent quatre-vingt-huit millions ; maïs si les Anglois et Nieuhoff ne sont pas d'accord avec les missionnaires , c’est que les premiers s’en sont rapportés aux comptes donnés par les Chinois, qui, par amour-propre ou pour toute autre raison, ont jugé à propos de les exagérer, au lieu que les derniers les ont vérifiés dans les livres. Il est à propos cependant d'observer que Pétat des revenus à l’époque dont les missionnaires ont parlé, ne doit plus être le même pour le temps actuel, le mode de perception ayant été. F4 88 _ OBSERVATIONS changé sous l'empereur Yon g-tching qui fit subs- tituer la taille ou impôt sur les terres à [a capitation, pour éviter l'incertitude et les variations du pro- duit, ou plutôt pour retirer un impôt plus consi- dérable, puisque a capitation de deux mas par personne, prélevée, sous jle règne de Kang-hy et de ses prédécesseurs , sur cinquante-huit millions de contribuables , depuis lâge de vingt jusqu'à soixante ans, ne procuroit qu’un revenu de quatre- vingt - sept millions. Néanmoins , on ne peut supposer que Île gouvernement, en changeant ancienne manière de percevoir les impôts, ait pu prendre des moyens capables d'élever subitement les revenus de l'empire, de la somme de deux cent quatre-vingt-huit millions à celle de quatorze cent quatre-vingt-cinq millions. Cette dernière évalua- tion est trop forte, et ce que rapporte M. Barrow le confirme /a). < L'empereur actuel Kia-king, dit-il, quoiqu'il > se füt emparé des immenses trésors du premier > ministre de son père, et qu’il eût levé d’autres » sommes, fut obligé d'accepter trois millions » sept cent cinquante mille livres des marchands de » sel de Quanton, et d'envoyer vendre dans cette » ville des perles , des agates et différens effets pré- » Cieux, afin de subvenir aux frais nécessaires pour fa) Barrow, édition Angloise, page 407. SUR LES CHINOIS. 89 » soumettre les rebelles d’une province de l’ouest. » Comment croire, d’après ce passage , aux énor- mes revenus de Fempereur , puisque , malgré ses richesses prétendues, il se trouve embarrassé, même avec l'addition des biens confisqués sur le Ho-tchong-tang ! H y a lieu de penser que les mandarins qui voyoient les Anglois avec inquié- tude et jalousie, et qui connoissoïient leurs éta- blissemens dans l'Inde, leur ont fourni des états exagérés, dans l'intention de représenter la Chine comme un pays riche , peuplé et capable de se défendre. D'ailleurs, les Chinois ayant fait monter je nombre des soldats à dix-huit cent mille, ont été obligés de forcer proportionnellement les revenus pour trouver fa somme de onze cents millions nécessaire à l'entretien d’une telle armée. Je vais proposer un compte un peu différent, mais plus approchant de la vérité. Un édit de l'empereur, publié en 1777, recon- noît que le tribut en argent levé sur tout l'empire monte à deux cent six millions neufcent cinquante- cinq mille livres ; mais comme il est d'usage à la Chine de payer les impôts moitié en argent et moitié en nature, cette somme de deux cent six millions neuf cent cinquante-cinq mille livres ne sera donc que ja moitié de limpôt , dont le total s’élevera à quatre cent treize millions neuf cent dix mille livres, 90 OBSERVATIONS L'impôt est le dixième de l'évaluation des terres; mais on doit croire que cette évaluation ne peut être que modérée, puisqu'il faut en déduire tous les frais que nécessitent la culture en général. En effet, si on calculoit x quelle somme peut s'élever le dixième du produit brut de près de six cents millions d’arpens de terres labourables, on trou- Veroit sans doute que cette somme seroit beaucoup plus considérable que celle qui est indiquée dans l'édit de 1777 : mais cette évaluation n'étant fixée que d’après le produit net, le revenu rentre alors dans une somme moyenne, qui est, comme je fai dit plus haut, de quatre cent treize millions neuf cent dix mille livres. | Tous ceux qui ont parlé des revenus de ja Chine, disent positivement qu'on prélève un se- cond dixième sur la récolte du riz, dans fa pro- vince de Quang-tong; mais quoiqu’ils n’aient point fait mention du Quang-sy , où Fon fait cependant deux récoltes , il est à propos de comprendre cette province. En supposant donc un degré et demi en latitude, donnant trente-sept lieues , sur un peu plus de neuf degrés en longitude , à vingt - trois lieues au degré sous le parallèle des provinces de Quang-tong et de Quang-sy, faisant deux cent dix - huit lieues, on aura huit mille soixante - six lieues carrés , ou quarante. millions trois cent trente mille arpens, qui, à quatre pics chacun, SUR LES CHINOIS. 9I produiront cent soixante -un millions trois cent vingt mille pics, dont le dixième, seize millions cent trente-deux mille pics, est envoyé en partie à Peking. Récapitulation. On aura donc pour fa moitié de lPimpôt perçu en argent, suivant lédit de 1777. . 206,95 5,000f Pour ja seconde moitié levée en NAtUTé 4 M ME 200 0 MODO Pour le second dixième prélevé en nature dans Île sud, donnant seize millions cent trente-deux mille pics , ACIE francs. 2 Da TOR 20000 Pour ies douanes sur le sel, le charbon See A O7 T0 EL Pour les droits sur le commerce | des étrangers à Quanton /4)..... 6,000,600. 629,277,670. IT faut ajouter à cette somme le tribut qu’on lève sur ia soie et les étoffes d’autres matières. Le P. Kir- cher, dans sa China illustrata, donne un relevé de ce que paie chaque province, et ne porte le tribut sur la soie qu’à cent quatre-vingt-onze (a) Ces droits sont pour l'Empereur. 92 OBSERVATIONS OF 0. mille cinq cent trente livres pe- sant de cette matière. Le P. du Halde met la même quantité, mais il en ajoute une autre de quatre cent neuf mille huit cent quatre- ving-seize livres de soie travaillée. En général les états des tributs de chaque province, varient suivant les différens auteurs qui en ont parlé. IT en est qui les ont portés très-haut sans entrer dans aucun détail, tandis que d’autres qui en ont fait lénumération, les ont éva- jues beaucoup plus bas. Le P. du Halde fixe à trente-deux millions: de taëls , ou deux cent quarante millions de livres : le tribut seul du Kiang-nan, sans spécifier sur quoi il est prélevé, pendant que plu- sieurs écrivains ne l’estiment qu’à cinquante millions, en y compre- nant l'argent et le riz. L’impôt pré- levé sur ja soie dans le Tchekrang , est plus fort que dans le Kiang-nan ; mais au total le tribut de ja première 629,277,670. SUR LES CHINOIS. 93 Chibi its: MST province, est plus foible que celui de la seconde, parce que celle-ci est plus grande. En prenant donc un milieu entre tous ces différens rapports ,on peutévaluer à quarante millions l'impôt sur les soïes et les cotons; et si l'on y joint celui sur les vernis, le musc , la porcelaine et les autres objets, le total s’éle- vera à cinquante millions et plus. SUPPOSONS . TAN MES RTE, 629,277,670. $0,722,330 Le TOTAL desrevenus sera de.. J'ai dit plus hautqu’on payoit au- trefois une capitation qui fut chan- gée en taille sous Yong-tching ; cependant cette capitation existe encore en partie; car outre qu’il en est fait mention dans certains au- teurs , je lai vu moi-même exiger des marchands, des artisans et des domestiques. Une preuve d’ailleurs que cette capitation a lieu, c’est que dans le nombre des mandarins ap- partenant aux villes , il y en a un qui est désigné comme receveur 6$0,000,000. 680,080,000. 94 OBSERVATIONS Dé d'entre part... 50: 0686, 68083000 des boutiques. Quoiqu’on lise dans les Mémoires sur la Chine, que les impôts pèsent seulement sur lagri- culture , 了 n’est pas croyable que les marchands et les artisans ne paient rien ; car il en résulteroit qu'un grand nombre de personnes abandonneroïent l'état d'agricul- teur. En portant donc l'impôt sur les marchands , à trente millions qu’on ajoutera aux revenus de l’em- pire, c’eux-ci s’éleveront à...... 710,000,000f CAUSE EURE RE Re De cette somme de sept cent dix millions, il n’est prélevé pour l’empereur que ce qu'il faut pour ses besoins en riz, en provisions, en soie et autres objets ; le reste entre dans les trésors des pro- vinces , sert à payer les mandarins et les troupes, et est destiné à subvenir à toutes les dépenses de l'État. L'empereur possède beaucoup de terres le long de ja partie de jla grande muraille la plus voisine de Peking ; elles lui appartiennent en propre et à sa famille , et sont Joukes à des fermiers qui en paient le fermage , soit en denrées, soit en argent. Outre ces terres, empereur entretient au-delà de la grande muraille, de grands troupeaux et des SUR:LES CHINOIS. 95 haras, dont le produit en argent est versé dans jes coffres du palais : l'empereur s’en sert pour son en- tretien, car ce prince ne vit que sur le produit de ses domaines , et laisse en grande partie dans je trésor public les sommes qui proviennent des re- venus de 了 Etat. I! est difficile d'estimer le produit des domaines de l'empereur : on peut le supposer très-considé- rable, puisqu'il suffit à ses dépenses personnelles ; mais quel qu’en soit le montant, si l’on y ajoute le produit du Ginseng, les confiscations, les sai- sies des biens, et les riches présens que l’empereur reçoit des mandarins , on pourra évaluer le tout à environ cent millions , qui, ajoutés aux revenus de l'État, fixés ci-dessus à sept cent dix millions, formeront un total de huït cent dix millions. Cette somme n’atteint pas encore les quatorze cent quatre- vingt-cinq millions dont parlent les Anglois ; mais ces voyageurs ont été induits en erreur par les Chi- nois qu’ils ont consultés ; et pour prouver combien il est facile de se tromper en suivant aveuglément les rapports de ceux-ci , je vais faire voir les fautes de calcul qu'ont commises , d’après eux, certains missionnaires. Le P. du Halde, et plusieurs auteurs avec lui, disent que l'empereur a neuf mille neuf cent quatre- vingt dix-neuf barques, appelées Leang-tchouen { barques des vivres ], qui portent tous les ans à 96 : OBSERVATIONS Peking, quarante millions cent cinquante -cinq mille quatre cent quatre-vingt-dix sacs de riz de cent vingt livres chacun, ce qui fait quatre milliars huit cent dix-neuf millions de livres de riz : or, pour conduire cette quantité , il faudroit quarante- huit mille cent quatre-vingt-six barques , puis- qu'elles ne portent chacune que huit cents pics [98,400 livres |, et ne font qu'un seul voyage. Les Chinois parlent bien de neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf barques; maïs les man- darins nous ont assuré qu'ils n’en avoient jamais vu ou compté au-delà de quatre à cinq mille. M. Van- braam , qui a adopté le même nombre de neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf barques, en con- clut qu'on envoie des provinces à Peking sept cent cinquante millions de livres de riz; maïs pour les porter il faudroit au moins sept mille six cents barques , et il est reconnu qu’elles n'existent pas. La vérité est que l'empereur ne fait venir à Peking, ni cette dernière quantité de riz, ni celle men- tionnée par le P. du Halde; elle y seroit inutile , et je m'en vais en donner fa preuve : si lon sup- pose un million d'habitans dans cette capitale, il ne leur faudra pour une année, à deux livres de riz par jour pour chaque individu, que sept cent trente millions de livres ; et certainement lempe- reur ne nourrit pas toute la ville. On voit claire- ment que le P. du Halde et M. Vanbraam se sont trompés SUR LES CHINOIS: : 97 trompés dans leurs calculs : ce dernier ajoute de plus, que cette quantité de riz sert à payer la plus grande partie des troupes Chinoises et celles qui sont attachées à [a cour; mais il ne fait pas réflexion que l'armée est répandue dans tout l'empire, et qu’elle y reçoit sa nourriture ; 开 n’est donc pas nécessaire d'envoyer à Peking les sept cent cinquante millions de Jivres de riz, puisque: ceux qui doivent les consommer ny demeurent pas. L'empereur entretient à Peking cinq mille man- darins, auxquels 这 fait délivrer du riz, de l'argent et du sel; en y ajoutant les T'artares des huit ban- nières, qui sont au nombre de quatre-vingt mille, les eunuques et les gens du palais , le total des personnes entretenues par l'empereur, sera de cent mille, pour lesquelles il faudra par année, à deux livres de riz chacune par jour, [a quantité de soixante -treize millions de livres pesant de riz, dont le transport exigera seulement neuf cent douze barques. Maïs, quand on supposeroit que l'empereur donne des vivres au double de per- sonnes, et même au quadruple, ce qui n’est pas probable, cela ne demanderoiït encore que trois mille six cent quarante-huit barques , nombre fort au dessous de celui de neuf mille neuf cent quatre- vingt-dix-neuf. Il est facile de se convaincre, par ce calcul, que les Chinois, en parlant des richesses TOME III. G 98 OBSERVATIONS de leur pays , et principalement de celles de f'em- pereur, emploient toujours des termes emphati- ques; ils ont pensé, par exemple , que ie nombre neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf, rendu très-longuement dans leur langue, exprimeroit beaucoup mieux ja richesse du souverain, que Vénumération plus simple de quelques milliers. Hs ont également exagéré la quantité des barques appelées Long-y-tchouen, occupées à transporter les pièces de soie destinées pour lusage de ja cour. Il y en a, disent-ils , trois cent soixante- cinq; mais en adoptant ce nombre , et évaluant la charge de chaque barque à cinq cent mille francs, elles porteroient en soie, en coton et autres objets, une valeur de plus de cent quatre- vingt-deux millions, somme qui surpasse de beau- coup je terme assigné par plusieurs auteurs, au tribut des provinces , en soie, coton et autres productions. IL résulte donc qu'il ne faut pas adopter sans examen tout ce que les Chinoïs racontent de leur pays, ou du moins qu’il est nécessaire de le ré- duire à sa juste valeur. Le P. du Halde , dans ce qu'il dit de lenvoi à Peking de quarante millions de sacs de riz, a fixé trop haut le poids du sac, L'usage à la Chine est qu’il faut quatre boisseaux pour former un sac; or, le poids du boisseau n’é- tant que de dix livres chinoises , le sac ne pèse SUR LES. CHINOIS. 99 que quarante livres /4), et non cent vingt: D’a- près cela, les quarante millions de sacs du P. du Halde, au lieu de donner quatre milliars de livres pesant de riz, n’en donnent plus qu'un milliar neuf cent soixante et quinze millions , ou seize millions soïxante- deux mille cent quatre-vingt- seize pics, qui, à dix francs le pic , font cent soixante millions en argent, somme égale à celle que j'ai assignée pour le produit du second di- xième de fa seconde récolte des provinces mé- ridionales. On se persuadera aisément, d’après ce que je viens de dire, que les revenus de l'empire Chi- nois sont considérables, maïs bien au-dessous du montant de Îa note remise par jes mandarins aux Anglois; et pour s’en convaincre encore, il suffit de considérer le produit des douanes. Les droits détaillés, province par province , dans Fouvrage des missionnaires , ne donnent, selon eux, que quarante-huit millions. Si, dans un pays aussi vaste que Ja Chine, où le commerce intérieur est très-actif, les douanes ne rendent que quarante- huit millions, on doit en conclure que les autres revenus suivent la même proportion , et qu'ils sont loin par conséquent d'atteindre quatorze cent quatre-vingt-cinq millions. La) Mission., tome VII, page 66; et tome IX, page 458, G'2 IOO OBSERVATIONS Les douanes d'Écosse et d'An gleterre ont rendu, en 1796 , une somme de cent quarante - trois millions cinq cent quatre -vingt-douze mille sept cent quatre - vingt - quinze livres /a), c’est -à- dire, trois fois autant que le produit des douanes dans toute la Chine. D'après le compte de 1796, le rapport des douanes aux revenus de la Grande- Bretagne , est comme un à quatre. On conçoit sans peine que les Chinois n'ayant pas autant d'expérience que les Anglois dans la manière de lever les droits, on ne peut établir à la Chine fa même proportion qu'en Angleterre ; cependant le rapport des douanes Chinoïses aux revenus de iempire en supposant ceux-ci de quatorze cent quatre-vingt-cinq millions , n'étant que comme un à trente, ce rapport est trop disproportionné pour ne pas démontrer visiblement que ce pré- tendu revenu est extrêmement exagéré et invrai- semblable. DÉPENSES. LE dixième de l'impôt sur les terres suffit pour payer tous les officiers ; je suis en cela d'accord avec les Anglois : ainsi il faut poser pour [a paye des mandarins supérieurs , soit civils, soit mili- taires, et pour celle des sous-officiers, la somme (a) Tableau de la Grande-Bretagne, rome III, page 435. SURPÉCES" CHINOIS: TOI MR en iles 2 0 SNA MERDE" Pour sixcentmille soldats de pied, à trois taëls par mois, moitié en argent et moitié en vivres...... 162,000,000. Pour deux cent quarante-deux mille cavaliers , à quatre taëls par mois , moitié en argent et moitié 人 二 二 二 本 的 Pour ia remonte des chevaux, estimée être l'équivalent du dixième de ja valeur de deux cent qua- rante mille chevaux, à vingt taëls chacun, faisant quatre millions huit cent quarante-quatre mille taëls , ou trente - six millions trois cent 了 Les uniformes , pour huit cent quarante - deux mille soldats, à quatre taëls chacun............ 25,260,000. Les armes, &c. pour huit cent quarante - deux mille soldats , à un AO En set ies ou 6,315,000. La marine , les bateaux. ..... 100,000,000. Se nes ee s ons o se | OO eee. Lesforts ; lariliéries ..", .,. 205179,000 f ToTaL des dépenses... $00,000,000 J'ai dit précédemment que les revenus peuvent G 3 102 OBSERVATIONS être évalués à. ............... 710,000,000! Lés dépenses soût de. .…. .... : #00,009,900. Excétant. 000, VENUS Le OL IN EIRE DO Ne 一 一 Cet excédant, ,Presque égal à celui de deux cent soixante-dix millions, fixé par les Anglois et par les missionnaires, rentre dans le trésor de l'État jé à lexception de ce que se réserve l'empereur, et dont il est difficile d'estimer avec précision ia quantité; mais on peut supposer qu'ayant la toute- puissance en main, ce prince fait verser dans son trésor particulier ia somme qu'il lui plaît ; par conséquent, quel qu’en puisse être le montant, si on je joint au produit des domaines impériaux, et aux autres rentrées, Il est hors de doute que ce qui forme le revenu proprement dit de l'empereur , est d’une grande valeur. Lorsque javance que, sur les deux cent dix mif- lions qui excèdent les dépenses du gouvernement, il n’en entre qu’une portion dans je trésor du pa- lais, je suis du même sentiment que ja plupart des écrivains instruits qui ont traité cette matière : ils disent, avec raison, qu’on réserve dans chaque ville un fonds proportionnel à ses besoins, et que lexcédant seul est envoyé à Peking. Il est difficile, pour ne pas dire impossible, d'avoir des notions exactes sur les revenus de lem- pire de fa Chine : premièrement , parce que jes SUR LES CHINOIS. 103 Ghinois se contredisent; secondement, parce que ia plupart de leurs comptes sont exagérés ; en troi- sième lieu , parce que personne à la Chine n’ose- roit écrire des choses qui pourroïent devenir pré- judiciables aux intérêts des mandarins , dont ja sûreté personnelle dépend du bon état réel ou pré- tendu des provinces. Les écrivains Chinois qui font ja description des provinces , parlent donc toujours en faveur des mandarins ; et ceux-ci, pourvu que ces rap- ports plaisent à l’empereur et leur attirent ses bonnes grâces, s’embarrassent peu qu'ils soient vrais Ou supposés. POLICE DES VILLES. LES portes des villes Chinoiïises s'ouvrent au soleil levant et se ferment à la nuit, et des soldats y sont toujours postés en sentinelle pendant le jour, pour veiller sur ceux qui entrent et qui sortent. Les villes sont divisées par quartiers, dont chacun est sous l'inspection d’un chef, chargé de maintenir l'ordre et d'informer le mandarin dès qu'il ÿ survient quelque chose d’extraordinaire. Malgré cette surveillance établie, malgré le soin qu’on a de fermer à la nuit, par des barrières, les rues de traverse, et quoique Îles ordonnances pres- crivent à tous les citoyens de se secourir récipro- quement en cas d'accident , les voleurs trouvent G 4 104 OBSERVATIONS cependant les moyens d'exercer leur adresse, sur- tout lorsque le feu prend quelque part. Dans ce dernier cas, toutes les barrières s'ouvrent, les Chi- nois accourent de tous côtés, les uns pour re- garder, peu pour porter du secours, et le plus grand nombre pour piller ceux qui se sauvent avec leurs effets. Ces malheureux , ïl est vrai, s’arment, dans leur fuite, de sabres ou d'épées pour se défendre ; mais leur air effrayé enhardit les voleurs, qui les attaquent et leur enlèvent leur dernière ressource. À Quanton ; aussitôt qu’un in- cendie s’est déclaré, les mandarins et les soldats se transportent sur les lieux, mais ils ne font rien pour Tarreter ; le feu ne s'éteint que de lui-même, Lors- qu'il ny a plus rien à brûler, ou lorsque les Eu- ropéens parviennent à s'opposer à ses progrès. Dans une de ces occasions j'ai traversé seul une grande partie des faubourgs de cette ville , sans que personne sy soit opposé ; car les Chinois voient alors avec plaisir les étrangers et les laissent pénétrer par-tout. Mais, si c’est dans la ville que le feu prend, la méfrance des mandarins lemporie sur le danger ; ils n’appellent aucun secours , et l'incendie ne cesse qu'avec la destruction totale des maisons. Une des ordonnances de la police Chinoise dé- fend à toute personne quelconque de sortir le soir sans lumière ; cette précaution paroît, au premier CN RSR 7 SUR LES CHINOIS. 105 coup d'œil, sagement établie; mais elle donne lieu à des accidens très -ficheux. Les Chinoïs ne se servent pas toujours de lanternes ; ils emploient souvent des torches faites de bois tortillé et rési- neux, qui brûle facilement. On ne s'imagineroit pas avec quelle négligence ils les portent : j'ai vu plusieurs fois à Quanton la rue pleine de flam- mèches , soit qu’elles fussent emportées naturel- lement par le vent, soient qu’elles fussent déta- chées par l'agitation que Ton donne de temps en temps à ces espèces de flambeaux pour les tenir allumés. Si la police étoit aussi bien faite qu'on le dit, on les défendroit sévèrement ; mais les Chinois sont des gens d'habitude ; la coutume est tout pour eux, et quels que soïent les inconvé- niens qui en résultent, ils la suivent toujours. Heureusement qu'on sort peu Île soir dans Îles villes, à moins qu'on n'ait des affaires pressées : on rentre de bonne heure, et lorsque la nuit est un peu avancée, on ne rencontre plus per- sonne , d'autant plus que les treillis de bois pla- cés à l'entrée des rues de traverse sont fermés CR Les soldats marquent les veïlles de Ia nuit en frappant sur une cloche ou sur un tambour. Tout particulier qui possède quelque chose capable: de tenter les voleurs, a soin de. faire monter. ja garde chez lui par ses domestiques : ceux - ci 106 OBSERVATIONS frappent sur de petits bâtons, pour indiquer qu'ils ne sont pas endormis , et par-là ïls écartent les floux, qui vont chercher ailleurs des personnes moins vigilantes. Cette surveillance dure jusqu’au jour ; car aussitôt qu’il paroît, les rues se rem- plissent de monde et jes voleurs sont moins à craindre. La police se fait assez bien à la Chine, parce qu'il est facile à quinze ou vingt personnes réunies d'en arrêter une; j'ai vu néanmoins des occasions où, malgré les ordres exprès du gouvernement, les soldats n'ont pu parvenir à s'emparer de lin- dividu qu’ils cherchoïent. Les missionnaires ont un peu exagéré , lorsqu’en parlant de Ia pokice en général, ils ont avancé que Îles signaux se ré- pandent dans tout l'empire aussi rapidement que dans un camp, et que dans un instant un coupable y est poursuivi et arrêté /a). Cette assertion est hors de vraisemblance, attendu que les corps-de- garde ne sont pas tous placés à une distance égale, et que leur position respective les empêche très- souvent de se voir ou de distinguer les signaux. Nonobstant les précautions prises contre les vo- leurs, ïl s’en trouve un assez grand nombre, et les soldats qui sont chargés de la police des villes, ne réussissent pas toujours à s’en rendre maîtres. Ces {a) Mission. , tome VIIT, page 185. SURYLES: CHINMONS. 107 soldats n’ont que des fouets , le :port d'armes n'étant . permis qu'aux gens de guerre en fonction : aussi voit-on peu de scènes sanglantes dans Îes rues ; et si les gens du peuple , après s’être injuriés, en viennent aux coups , ils ont grand soin d'éviter leffusion du sang. Les Anglois ont écrit dans leur relation, que les disputes entre les Chinoïs se terminent par ie dé- chirement des habits ou par la perte du Penzé /a) : c'est une erreur; car à [a Chine, le plus grand affront qu’on puisse faire à quelqu'un, est de lui couper son Penzé ; et, dans un cas pareil, lof- fensé pourroit se porter à des voies de fait. Lorsque les Chinois se battent, ils ont la pré- caution doter leurs habits et de rouler leur Penzé autour de [a tête; mais ils n’en viennent à cette extrémité qu'après s'être dit beaucoup d'injures. En général, les gens du peuple sont plus portés à crier qu'à se battre; et je ne me rappelle pas avoir vu, dans tout le cours de mon voyage, qui que ce soit en venir aux mains. Je ne sais comment le P. de Fontaney, en par- jant des habitudes Chinoises , a pu dire que, se trouvant dans un endroit étroit et rempli de porte- faix qui s'embarrassoient réciproquement dans leur (a) Espèce de queue formée des cheveux que les Chinois ne laissent croître que sur le derrière de la tête, 108 OBSERVATIONS marche, il s’attendoit à les voir passer des injures aux coups, comme font ceux d'Europe en pareille circonstance , mais que , tout au contraire, ils se saluèrent , se parlèrent très-raisonnablement , et qu'après s'être aidés mutuellement, ils se quit- tèrent avec beaucoup de politesse. Ce récit n’est pas plus exact que ce qu’on rapporte sur la police de Peking. Les rues de cette capitale sont beaucoup plus larges que celles des villes de province ; mais si elles ont cet avantage, elles ont le défaut, n'étant point pavées , d’être remplies de poussière ou de boue. On y rencontre un grand nombre d'hommes dans certains endroits. Les femmes y vont plus librement qu'ailleurs , et nous en vimes plusieurs: mais parmi cette quantité de personnes qui vont et viennent dans Peking , il ne faut pas croire, d’après certains missionnaires, que c’est à ceux qui sont à cheval ou en voiture à prendre garde de toucher les passans, et non à ceux-ci à se dé- ranger, et que les grands même craindroient de heurter un vendeur d’allumettes. Tandis que nous marchions dans les rues de Peking, nous fûmes témoins que les passans laïssoient la voie libre aux charrettes, et sur-tout aux grands; nous remar- quâmes que ceux qui étoient en voiture ou à cheval, non-seulement cédoient le chemin à ces derniers, mais encore qu’ils mettoient pied à terre, SURELES: CHENOIS. 109 Comme nous revenions de chez l'empereur, les soldats qui nous accompagnoïent, poussoient ru- dement et coudoyoient indistinctement tous ceux qui obstruoient le chemin. I y a loin de 下 à lat- tention dont parlent jes missionnaires , et [es pas- sans qui se dérangeoient pour nous, étoient bien forcés de le faire pour leur propre sûreté. Cette politesse qu’on a tant vantée dans les Chinois, ne s'exerce pas toujours librement, et souvent elle est exigée d’une manière si absolue, qu'il est impos- sible qu’elle n'ait pas lieu. Le motif qui fait faire certaines choses dans ce pays, n’est pas toujours tel qu’il paroït au premier coup d'œil. Les filles publiques, par exemple, suivant plusieurs auteurs, n’habitent pas Pintérieur des villes, et cela, disent- ils, par décence. Il est certain que ces femmes vivent dans les faubourgs ou sur les rivières ; mais croire que ce soit par un motif de décénce , c’est se tromper. Les bateaux occupés par des filles pu- bliques / a), soit à Quanton, soit dans les autres lieux où jen ai rencontré , sont rangés à côté les uns des autres : tout je monde les voit, ainsi que les hommes qui les fréquentent. Les gens riches font des parties de plaisir sur {a rivière, dans des barques faites exprès, et y appellent autant de filles _ {a) Ces femmes vivent plusieurs ensemble, sous la direction d’un homme qui répond de teur conduite, 110 OBSERVATIONS qu'ils en veulent : c’est une chose reconnue et qu'on a journellement sous les yeux. Je ne crois pas, d’après cela, qu'on puisse dire que c’est par décence que les filles publiques ne vivent pas dans Fenceinte des villes ; il s’en faut de beaucoup. JUSTICE, LES Chinois ont un corps de lois relatives aux délits et aux peines. Quant aux affaires civiles et à tout ce qui concerne ja propriété, ils ont des ordonnances rendues par différens empereurs. C’est au souverain seul qu’appartient le droit de changer les lois ou d'en créer de nouvelles, La famille régnante qui a expulsé du trône la dynastie Chinoise, a fait rassembler tous les édits de Chun- chy et de Kang-hy, et en a formé un recueil ap- pelé Ta-tsing-hoeï-tien, qui contient les régle- mens pour'chacun des grands tribunaux de Peking, c’est-à-dire, pour la famille impériale, pour les mandarins, les finances, les cérémonies, la guerre, les crimes et les travaux publics. Les Tartares ont en outre composé un traité particulier pour Îles crimes. Ce livre, intitulé Ta-tsing-lu-ly, parle des cinq supplices actuellement en usage à fa Chine ; il spécifie les fautes et les crimes, et détermine ja manière dont les gens en place doivent se con- duire. Les décrets de l’empereur et de ses prédé- cesseurs , ainsi réunis, forment une espèce de code SUR LES: CHINOIS. TITI qui sert de guide aux mandarins et d’après je- quel is rendent leurs jugemens. La justice est gratuite; les mandarins sont payés par le gouvernement ; il leur est défendu de voir les plaideurs dans le particulier, ni d’en recevoir aucun présent; ils doivent être à jeun, ou du moins n'avoir pas bu de vin lorsqu'ils vont à leur tribunal /a). Les affaires se traitent publiquement; chacun plaide sa cause de vive voix, ou lexpose par écrit. La profession d’avocat est inconnue dans ce pays; elle n’y est même pas permise, et un tiers qui s’immisceroit dans une cause quelconque pour lui donner un tour plus favorable ou contraire à la vérité, s'exposeroit à fa bastonnade s'il s’agissoit d'une affaire civile, et à une peine plus grave et analogue à celle du coupable, s'il s’agissoit d’une affaire criminelle; car chez les Chinois la vio- lence et homicide sont punis avec la plus grande rigueur. Les procès en matière de police se terminent rapidement, sur-tout si le mandarin a été témoin du délit; if n’attend pas qu’on lui rende une plainte ; il n’envoie pas le prévenu.en prison pour compa- roître au bout d’un fong terme devant un tribunal composé de plusieurs juges : il Pinterroge ; 这 Le (a) Chaque magistrat a ses assesseurs, ses grefficrs, ses huis- ger$, qui composent son tribunal, appelé en chinois Ya-men. ERA OBSERVATIONS juge à l'instant, et le fait punir par les bourreaux qui marchent toujours à sa suite. On étend par terre le coupable , on lui applique un certain nombre de coups de bambou, suivant la déci- sion du mandarin , et on je relâche aussitôt, en lui laissant la liberté d’aller où bon lui semble , si toutefois la manière dont il vient d’être fustigé le lui permet. II faut avouer qu’une justice aussi prompte conviendroit dans plusieurs endroits, et qu’elle diminueroit de beaucoup le nombre des fri- pons et des voleurs. Lorsqu'un particulier a éprouvé quelque vio- lence ou quelque injustice , il porte sa plainte au mandarin du lieu qu'il habite, et si c’est dans une ville , il s'adresse au gouverneur. IT faut observer que lorsque les villes sont grandes, elles sont divi- sées en deux villes du troisième ordre, qui ont chacune leur Tchy-hien ou gouverneur, dont les juridictions ressortissent au ‘Tchy-fou, ou gouver- neur des villes du premier ordre. Les appels des sentences des Tchy-fou vont devant les Tao-ye, ou gouverneurs de districts, et de là, suivant les di- vers cas , ils passent sous Îles yeux du Pou-tchin- sse, ou du Ngoan-cha-sse ; ils sont ensuite revisés par le Tsong-tou , et même-renvoyés après, selon l'exigence des affaires , pardevant une des six cours souveraines de Peking. Une sentence ne peut être définitive que lorsque les preuves sont complètes. Une SUR'LES CHINOIS: II? Une fois examinée par fun des grands tribunaux de la capitale, et approuvée par l'empereur, elle est irrévocable. Dans toute affaire on peut s'adresser directement au vice-roi, sans passer par les juges intermédiaires, qui, dans cette circonstance, ne peuvent plus s’en mêler, à moins que Faffaire ne leur soit renvoyée, ce qui arrive ordinairement. Si le mandarin approuve la requête, il y met un point rouge ; elle reçoit alors son exécution. Dans les affaires compliquées, on procède par écrit, on en- tend les témoins , et le juge motive sa sentence. Dans les causes criminelles , on fait venir les té- moins, on les confronte, on les interroge séparé- ment, on tire la vérité par toutes sortes de moyens, et l'on écrit toute [a procédure. En affaire civile, le pouvoir du magistrat supérieur est absolu et sans appel, à moins que je cas ne soit assez majeur pour être porté à Peking, ce qui est rare ; mais en affaire criminelle, la sentence et le procès sont envoyés à ja capitale, où les pièces passent par plu- sieurs tribunaux subordonnés les uns aux autres, et qui ont le droit de revoir le procès avant qu'il soit jugé définitivement. Cette manière de rendre la justice est bien en- tendue, et lon voit que le législateur , en linsti- tuant, a cherché à prévenir la corruption des juges; mais malheureusement tous les magistrats ne sont pas intègres , et les plaideurs trouvent les moyens TOME III. H 114 OBSERVATIONS de leur faire remettre de largent; car dans ce pays, comme dans bien d’autres, les présens font beau- coup, et ce n'est pas toujours au bon droit que Yon doit le gain d’un procès. Les Chinois, du temps de Confucius , avoïent o cinq sortes de supplices ; 1.° une marque noire imprimée sur le front, 2.° lamputation du bout du nez, 3.” celle du pied ou du nerf du jarret, 4.° {a castration , $.” la mort. Le Code des lois de la dynastie régnante ne parle pas de ces supplices. Les condamnations en usage, sont [a bastonnade, la cangue, l'exil, je tirage des barques, et la mort. La peine de Ia bastonnade est très -fréquente ; on ja donne pour la moindre faute ; maïs elle ne peut être infligée à un mandarin ou à tout homme décoré d’un bouton. H est rare qu’un Chinois ap- pelé en justice pour quelque affaire, puisse éviter la bastonnade ; maïs ïl est deux moyens de s’y soustraire : le premier est de se faire remplacer ; car, dit le P. Lecomte /a), il y a des gens tout prêts à recevoir des coups pour les autres. Cette assertion , qu'on aura de la peine à croire, est ce- | pendant très-vraie : en effet, les personnes aisées, même celles de la classe ordinaire du peuple, qui n'ont pas reçu de Ja nature des cuisses ca- pables de supporter cette punition, trouvent des (a) Tome 11, page 70. SUR LES CHINOIS. TI15 hommes qui, dans les affaires épineuses , se pré- sentent à leur place et s’exposent à tous les in- convéniens qui peuvent en arriver; il est vrai que ceux-ci étant largement payés dans une pareïlle cir- constance , usent du second moyen pour éluder ja bastonnade , et que voici : lorsque le patient est étendu paf terre, et que les bourreaux sont près de frapper , il lève les doigts, dont chacun exprime une dixaine de deniers ; les soïdats, qui com- prennent très-bien ces signes, semblent frapper de toute leur force, mais ils font toucher à terre extrémité du bambou, et Îa cuisse n’est que lé- sèrement efHeurée : pendant ce temps le patient pousse de grands cris, et se retire ensuite sans avoir beaucoup souffert. On peut donc dire qu’à la Chine ïl y a des gens qui vivent de coups de bâton ; mais, si dans ces occasions ils n’avoient pas les moyens de les esquiver en partie, ïls ne résisteroient pas long-temps à ce métier, car on donne ja bastonnade depuis cinq coups jusqu’à cinquante, et même au-delà : 了 est rare, dans ces derniers cas, qu’un homme survive à cette exécution. La manière dont j'ai vu, pendant mon voyage, appliquer ja bastonnade, est cruelle. Les bamboux ont de cinq à six pieds de long sur quatre doigts de largeur , et sont arrondis sur les côtes. Lorsque le mandarin est dans son tribunal, et qu'il fait punir un coupable, if a devant lui un H2 116 OBSERVATIONS étui rempli de petits bâtons Jongs de six pouces et larges d’un pouce, et autant qu’il en jette sur la table, autant de fois cinq coups les bourreaux doivent appliquer au patient. La cangue est réservée pour les voleurs et les perturbateurs du repos public; elle est composée de deux pièces de bois plates , qui se réunissent et ne forment qu’un seul morceau percé au milieu pour passer le cou du patient. Il ÿ en a qui pèsent jusqu’à deux cents livres, et qui ont trois pieds en carré, et six pouces d'épaisseur : les cangues ordi- naires sont de soïxante-quatorze livres ; le cou- pable porte cette machine sur les épaules, de ma- nière qu'il ne peut voir ses pieds, ni porter ses mains à sa bouche, et qu’il mourroit de faim si ses amis ne venoient à SOn secours. C'est une faute du dessinateur, dans les gra- vures du Voyage de M. Macartney,, que d’avoir représenté je patient passant sa main à travers la cangue ; cela nest pas possible, j'en parle pour avoir vu dans mon voyage plusieurs Chinois avec cette table de bois au cou : ces malheureux se te- noient accroupis, appuyés sur un des angles de fa cangue ; et paroissoient en être incomimodés d’autres , plus industrieux, se servent d'une chaise de bambou, dont les quatre pieds s'élèvent assez pour pouvoir supporter la table sans qu'elle pèse sur leurs épaules; enfin, chacun cherche à se SUR: LES CHINOIS. I 17 soulager de son mieux, d’un poids d'autant plus fatigant, qu'il faut le porter constamment sans pouvoir s’en délivrer , le juge ayant eu la précau- tion de sceller la machine , et de poser sur ja réunion des deux pièces une bande de papier qui contient la sentence du coupable. De plus, le patient est obligé de se tenir dans les lieux qui lui sont indiqués, etde se présenter, à Pexpiration du terme de sa punition, devant le mandarin, qui lui fait Ôter la cangue, et je renvoie après une légère bastonnade ; car à la Chine on ne sort Ja- mais d’une mauvaise affaire , sans une correction quelconque. Il y a des crimes pour lesquels on condamne au banissement pour un, deux ou trois ans : ce bannissement est quelquefois perpétuel, sur-tout si le coupable est envoyé en ‘Fartarie ; ceux qui y sont condamnés portent un bonnet rouge. Un fils qui accuse son père ou sa mère, même avec raison, est puni par l'exil; un homme qui doit à lempe- reur , et qui ne peut payer, est exilé à Y-[y, au- delà de fa grande muraille: les fils, les petits-fils et les épouses d’un banni , peuvent le suivre dans le lieu qui lui est assigné. La peine du tirage des barques impériales sin- fige pour deux cents, deux cent cinquante, et trois cents lieues, suivant [Ia gravité du délit. La mort se donne de deux manières, en étran- FE 3 118 OBSERVATIONS glant, êt en coupant la tête : [a première est ré- putée la plus douce, et ne déshonore point ; js seconde est réservée pour les assassins ; les Chi- nois en ont une grande horreuf , parce que c’est chez eux un malheur de mourir privé de lun des membres qu’on a réçus en naissant. Ainsi le Tégis- Jateur a su profiter de Fimagination foible des hommes , pour établir des différences dans un supplice qui, quoique le même au fond, change cependant, et devient beaucoup plus aggravant d’après l'opinion de celui qui le subit. Un Chinois qui en tue un autre par accident, ou en se dé- fendant; un fils qui accuse à faux son Pere ou sa mère ; un voleur pris les armes à Ja main, sont étranglés. Le patient est lié debout contre une croix , le bourreau [ui passe une corde au cou et Ja tord fortement par derrière avec un bâton; il Ja lâche ensuite un instant, puis 辽 la serre de nou- veau et le supplice est terminé. Selon les lois établies par la famille régnante, dans Je Code intitulé Ta-tsing-lu-ly, un mari qui bat sa femme et qui la blesse, est puni; s'il ja tue, il est mis à mort; mais les maris battent peu Jeurs épouses, car il y a de ces femmes qui se pen- dent exprès pour susciter une mauvaise affaire à leur époux. Un mari qui surprend sa femme en adultère , et qui la tue ; un fils qui dans le Pre- mier moment massacre le meurtrier de son père SUR LES CHINOIS. TIG ou de sa mère , ne sont pas poursuivis, mais il faut qu'ils prouvent les circonstances. On coupe ja tête aux assassins, et on l’expose ensuite dans une cage suspendue au haut d’un mât élevé sur le bord d’un chemin. Pendant le cours de seize cents lieues que nous avons faites dans l'empire, nous n’avons aperçu qu'une seule de ces cages, en entrant dans le Kiang-nan. La peine de mort ne peut s'infliger sans que le procès du coupable ait été examiné et confirmé à Peking par lPempereur lui-même. 9i le crime est grand, le prince ordonne qu'on exécute sans délai, sinon , qu'on attende jusqu’à lautomne, époque à laquelle on fait toutes les exécutions à mort. Avant de mener le patient au supplice, on lui donne un repas, et il peut se rendre sur ja place de lexécution , en chaise ou en voiture , s’i en a les moyens. On met aux condamnés à mort, un baïllon à la bouche; les juges sont présens lors- qu’on les exécute, et la fonction de bourreau n’a rien d’odieux. Il est bon d'observer , avant de terminer cet ar- ticle, que l'homicide même involontaire étant puni rigoureusement à la Chine, il en résulte que les Chinois sont peu portés à secourir un homme qui se trouve en danger de perdre la vie , parce qu'ils ont à craindre d’être soupçonnés de lavoir tué ; par exemple , qu’un homme soit subitement H 4 120! OBSERVATIONS attaqué dans un chemin , d’un mal qui expose ses jours , qu'il soit blessé dangereusement par une chute ou autrement, qu’il tombe dans l’eau, per- sonne ne s’empresse de je secourir ; c’est ce dont j'ai été témoin une fois au départ d’un bateau de passage, dont la voile en virant avoit jeté un Chi- nois dans l’eau ; aucun des assistans n’alla à son secours , les matelots même s’occupèrent plutôt à retirer de l’eau le bonnet de ce malheureux, qu’à le sauver lui-même ; mais par bonheur il parvint à saisir une corde et rentra dans la barque. C’est par un mal-entendu que M. Scott, médecin du lord Macartney , raconte qu’il rencontra à Macao des Chinois portant un de leurs camarades blessé, qui lui dirent qu'ils alloient lenterrer quoique Thomme vécût encore; on n’enterre pas ainsi quelqu'un à la Chine, car on courroit le risque d’être étranglé. Dans les circonstances importantes on fait donner ja question aux accusés, pour tirer d'eux la vérité. Il y a deux questions, celle des mains et celle des pieds ; la première se donne avec des bâtons ronds et gros d’un pouce, et de près d’un pied de long, ayant aux extrémités des trous dans lesquels on passe des cordes pour Îles rap- procher , de sorte que les jointures des doigts peuvent se disloquer. Pour la gène des pieds on se sert de trois morceaux de bois, dont celur du SUR LES CHINOIS. + À | milieu est fixe, les deux autres sont mobiles et joints au premier chacun par un crochet; ils ont trois pieds de long sur six pouces de largeur avec des trous à l'extrémité opposée à celle où sont les crochets. On fait mettre les chevilles du patient entre ces morceaux de bois, et au moyen de cordes passées dans les trous, on serre avec tant de force que les chevilles s’aplatissent. Ces tortures sont très-douloureuses ; mais les Chinois ont des remèdes, soit pour amortir Îa douleur , soit pour opérer fa guérison. ‘J'ai vu à Quanton un marchand qui avoit subi ja gène des pieds , il étoit très-vieux et marchoit assez bien. PRISONS. IL y a dans chaque ville principale des pro- vinces, des prisons environnées de hautes murailles avec des logemens pour les soldats. Les prison- niers peuvent se promener pendant ja journée dans de grandes cours , ou travailler pour s’en- tretenir et se nourrir, car ja portion de riz fournie par le gouvernement est fort petite; mais durant la nuit ils sont tous renfermés , les uns dans de: grandes chambres, et les autres dans de petites cellules lorsqu'ils ont le moyen de les payer. Les scélérats sont dans des prisons à part, et ne peuvent sortir ni parler à personne ; ils por- tent suspendu au cou un morceau de bois , sur r22 OBSERVATIONS lequel sont écrits leur nom, le genre de crime qu'ils ont commis, et leur sentence. On Iles étend pendant ja nuit sur des planches en leur liant, avec de grosses chaînes de fer, les pieds, les mains et le corps. On les presse les uns contre les autres; et , pour qu'ils n'aient pas ia facilité de remuer , on place encore par-dessus eux de grosses tables de bois. On les retire de 1à dans je jour, afin qu’ils puissent travailler et gagner de quoi vivre : aussi trouve-t-on dans les prisons des boutiques garnies de différens objets provenant du travail des prisonniers. IT y a des tavernes avec des cuisiniers pour apprêtér à manger, et dans Îes grandes prisons on en permet l'entrée aux mar- chands , aux taïlleurs et aux bouchers, pour le service des détenus. Avec de Fargent, les prison- niers coupables de fautes légères sont assez bien traités ; les criminels même peuvent obtenir quel- que adoucissement, mais non pour le temps de jia nuit, car les soldats les veïllent avec grand soin , de peur qu'ils ne s’échappent. La prison des femmes est séparée de celle des hommes ; on ne parle aux premières qu'au tra- vers d’une grille, ou par le tour qui sert à jeur passer ja nourriture. Lorsqu'un Chinois meurt en prison, son corps ne sort pas par la porte ordinaire, mais par un trou pratiqué exprès dans la muraille ; aussi SUR LES CHINOIS. 123 lorsqu'un homme qui a quelque fortune ; ou qui appartient à une famille distinguée, se trouve très- malade en prison, ses parens tâchent d'obtenir fa permission de fen faire sortir, pour qu'il puisse mourir dehors et éviter de passer par ce trou, ce qui est une chose si infamante, qu'un Chinois qui desire du mal à un autre, ne peut lui rien dire de plus offensant que de souhaiter que son corps passe par le trou. DÉBITEURS; INTÉRÉT DE L ARGENT; PRÉTEURS. SURLCACGES. LEs Chinois aiment l'argent avec passion; je desir de s’en procurer les jette dans toutes sortes d'entreprises ; et, malgré le haut intérêt de Par- gent à la Chine, ils ont recours très-souvent aux emprunts; aussi voit-on dans toutes les villes un grand nombre de boutiques avec une inscription en gros caractères, annonçant une maison de prêt appelée en chinoïs Tang-pan. L'intérêt s'élève dépuis dix jusqu’à trente pour cent; ce dernier taux a lieu sur-tout dans les opérations de commerce; 这 est de neuf et dix sur Îles maïsons et les biens-fonds. Les étrangers à Quanton prêtent aux Chinoïs , à douze, dix- buit et même au-delà. L'intérêt de l'argent chez les prêteurs sur gages, est de dix-huit pour cent. Fout particulier a la faculté de porter des effets 124 OBSERVATIONS dans une maison de prêt; il donne son nom, ou le tait, si son crédit, sa place ou des raisons par- ticulières Le forcent à demeurer inconnu. Les Tang- pen même sont plus ou moins renommés, suivant leur discrétion; cependant lorsqu'ils ont quelques soupçons sur les personnes qui leur apportent des effets, ils les font suivre, ils épient leurs mouve- mens, et s’informent de leur état et de leur de- meure , pour les déclarer dans Foccasion au chef de ja police; maïs cette surveillance n’a pas tou- jours iieu , parce qu’elle peut nuire aux intérêts des prêteurs. Le Tang-pan après avoir estimé l'objet qu'on Jui présente, et prêté dessus une somme qui est ordinairement le tiérs de Ja valeur, délivre à lem- prunteur un billet numéroté, dans lequel il spécifie l'effet mis en gage, lestimation qu'il en à faite, iargent qu'il a donné, le taux de l'intérêt :et le terme de l'engagement. Quand le porteur vient reprendre son effet, il représente le billet et paie fargent avec l'intérêt; ou bien, si cela convient aux deux parties, on balance le compte sur les- timation déjà faite de l’effet mis en dépôt. En re- cevant je billet numéroté , le prêteur sur gages n'examine pas si la personne qui le rapporte est, ou non, la même que celle à laquelle ïl Pa dé- livré, parce que souvent celle qui a fait le dépôt ne veut pas se représenter , ou bien parce qu’elle SUR EES CHINOIS. 125 a cédé son titre à quelqu'un de ses créanciers. Si le gage n’est point retiré à l'expiration du terme fixé par la convention, l'effet reste entre les mains du Tang-pan, et le propriétaire perd tons ses droits. On voit dans les faubourgs de Quanton une rue garnie de boutiques remplies de toutes sortes de vêtemens : ces boutiques sont des Tang-pan où les Chinois vont engager ou louer des habits. Les Tang-pan renommés ne sont pas ordinaire- ment sur la rue , lensergne indique seulement la maison, dont les appartemens sont sur le der- rière, de manière que ceux qui sont obligés d’avoir recours. aux prêteurs sur gages , ne Craignent pas d'être vus ou d’être reconnus en entrant ou en sortant. L'intérêt de l'argent étant très-élevé à la Chine, il n’est pas étonnant dy voir des particuliers qui doivent des sommes considérables ; mais il faut remarquer aussi que, par le même motif, les parties s’arrangent facilement. La Îoi empêche d’ailleurs qu’on ne confonde les intérêts avec le capital, qui reste toujours distinct. Quant aux intérêts , leur quotité ne change pas quelle que soit l'ancienneté de la dette, et le créancier qui voudroit stipuler d’autres conditions, seroit puni. Les accusations pour dettes étant réputées infamantes , les parens et les amis offrent leur 126 OBSERVATIONS médiation, et les parties s'accommodent sans beau- coup de difficultés. Dans le cas contraire, le man- darin ordonne ja saisie des biens , si le débiteur en a ; s'il n’en a pas, il est mis en prison et on lui accorde un délai au bout duquel, s’il ne satisfait pas, ilreçoit, suivant la lor, la bastonnade ; alors le juge accorde encore un autre délaï, après lequef, faute de paiement , on inflige une seconde bas- tonnade, et ainsi de suite. La crainte d’un Pa- reil traitement oblige les débiteurs à chercher tous Jes moyens possibles pour se libérer envers feurs créanciers , et se soustraire au châtiment. I y en a même qui se donnent pour esclaves, lorsqu'ils n'ont pas d'autre moyen de sortir d'embarras. Si la loï est sévère contre celui qui ne païe pas, elle défend absolument aux particuliers d'employer ia violence pour obtenir je remboursement d'une somme prêtée : c'est s'exposer à quatre - vingts coups de bambou, que de se payer par ses mains; cependant les mandarins tolèrent certains moyens employés par les Chinoïs pour tirer de fargent de leurs débiteurs , Iors du renouvellement de l'année. À cette époque les créanciers entrent dans les maisons de leurs débiteurs , crient de toutes leurs forces, ou s’établissent pour n’en sortir que lorsqu'ils ont été remboursés. Les Chinois redou- tent extrêmement de pareilles visites, parce que si, dans ces circonstances , il survenoit quelque SUR LES, CHINOIS. 127 accident au créancier, ils auroient à craindre que la justice ne les soupçonnât d’avoir voulu attenter à sa vie. Un Européen ayant à réclamer une forte somme d'un marchand de Quanton, qui le remettoit de jour en jour , l'attra chez lui, et le tint renfermé jusqu’à ce qu'il eût payé : ce moyen réussit, mais il est dangereux ; car il y a des Chinois capables de se pendre, et, dans ce cas, l'affaire devien- droit très-grave ; il faut, pour en agir de ja sorte, être bien sûr que le débiteur est attaché à Ia vie. Dans tous les cas, il n’est pas prudent d'employer ce moyen; le plus sage est de se plaindre aux mandarins, lorsque celui qui doit est du nombre des hannistes, parce qu’alors le juge ordonne aux autres marchands de se cotiser entre eux pour payer la dette. La dernière ressource des Chinois , lorsqu'ils ne peuvent rien obtenir de leurs débiteurs par les voies dont j'ai déjà parlé, est de les menacer d’en- Lever la porte de leur maison ou de leur boutique : c’est le plus grand malheur qui puisse arriver à un Chinois, de se trouver sans porte lors de ja nouvelle année; il se croit perdu ‘pour toujours, parce quajors rien ne peut plus s'opposer à l'en- trée des mauvais génies ; telles sont les idées su- perstitieuses des Chinois. On rira, sans doute , de cette puérile crédulité ; mais plût à Dieu qu'en 125 OBSERVATIONS Europe, Îles gens qui ne rougissent pas d’'em- prunter dans le dessein de ne jamais rendre, eus- sent cette bizarre croyance! les créanciers auroïent :du moins une dernière ressource , puisqu'ils n’ont pas, comme à la Chine, celle de Ia bastonnade. Si cependant, comme on vient de le voir, les créanciers emploient différentes manières pour tirer de l'argent de leurs débiteurs , ceux-ci, de leur coté, imaginent toutes sortes de moyens pour se dispenser de payer; mais, ne réussissant pas tou- jours dans leurs stratagèmes, ils prennent aiors , pour se tirer d'embarras, le parti de mettre je feu à leur propre maison, expédient tout-à-fait étrange, et qui cependant a lieu assez souvent vers la fin du dernier mois de l'année. Les débiteurs insolvables envers l'État ne sont pas traités moins sévèrement que les débiteurs envers des particuliers ; outre la bastonnade , qui est la correction commune aux uns et aux autres, ils sont envoyés en exil en Tartarie, et employés au service de l’empereur, dont is deviennent la propriété. Cet usage reçu de maliraïter les gens qui ne paient pas leurs dettes, rend circonspects ceux qui veulent emprunter : chacun travaille à se liquider ,et lon ne voit pas, comme ict, des hommes promenant hardiment le vol et l'infamie, rire ef- frontément aux dépens de ceux qu'ils ont dupés. Si les coutumes des Chinois ne sont pas toutes bonnes ; SUR LÉS CHINOïs. 129 bonnes ; si leur manière de rendre fa justice est un peu trop expéditive , on conviendra pourtant que sur l'article du prêt Is sont plus avancés que nous , puisque chez eux les débiteurs infidèles sont punis ; et qu’au contraire chez nous, on en voit souvent qui sont reçus , accueillis, fêtés même, au moins par des personnes capables de les imiter ; mais nous n’aurions pas le spectacle de cette im- pudeur scandaleuse, si en Europe ceux qui s’ap- proprient ainsi l'argent des autres, recevoient une punition telle qu'on la donne à la Chine. VOLEURS, LES voleurs montrent beaucoup d’adrésse dans l'exercice de leur métier ; ils joïgnent même quel- quefois la force à Fadresse, mais rarement Ia vio- lence, parce que tout voleur surpris les armes à Ia main , est condamné à être étranglé. C’est sur-tout à Quanton que lon trouve un grand nombre de filoux ; ils ont même des chefs, que les Chinois savent trouver dans l’occasion , et par le moyen desquels on peut retrouver un objet perdu , en entrant en composition avec eux : C'est ce que jai vu moi-même. Les voleurs de Quanton s'adressent de préfé- rence aux étrangers, et parmi ceux-ci aux nou- veaux arrivés : ils sont ordinairement plusieurs ensemble , soit pour se passer de main en main TOME II I 130 OBSERVATIONS Tobjet volé, soit pour barrer Le chemin à ceux qui veulent les poursuivre; il est d'ailleurs difficile de ies saisir , car du moment où l’on met la main sur ieur habit, ils ouvrent les bras, abandonnent leur veste et s’échappent avec rapidité. Un filou Chinoïs a soin de ne se mettre jamais du côté où il veut voler ; aussi les étrangers qui arrivent nouvellement d'Europe sont-ils toujours surpris de ne trouver personne en regardant du côté où ils se sont sentis toucher ; le voleur se tient du côté opposé ; il a l'air occupé de toute autre chose, et contrefait l’étonné lorsque l'étranger se retourne pour je regarder. Dans le cas cependant où, reconnoissant je filou , on se décide à courir après lui, et où lon parvient à s’en saisir, le plus prudent est de le laïsser aller tranquillement, après Jui avoir repris ce qu’il avoit volé ; car les suites des voies de fait sont dangereuses à [a Chine , et Fon doit éviter avec soin jes explications avec des juges ou des mandarins qui ne veulent pas entendre le plaignant, ou qui, persuadés de leur haute sagesse, regardent comme des barbares tous les hommes qui ne sont pas gouvernés par les mêmes lois qu’eux. Ce que je viens de dire des voleurs Chinoïs ne montre que leur adresse pour dérober légèrement un mouchoir ou quelque autre effet de peu d'impor- tance; mais voici quelques exemples des moyens PS SUR LES CHINOIS. 12 au'ils emploient lorsque Tadresse ne suffit pas. Des voleurs voyant un Européen monter les marches d'un petit pont qui est dams le faubourg de Quanton, et s’apercevant qu'il avoit de l'argent sur lui, fun d’eux le saisit fortement par les bras, tandis que les autres fouillèrent dans ses poches. La chose fut exécutée si lestement, que les voleurs étoient déjà bien loin avant que l'étranger et ceux qui laccompagnoient fussent revenus de leur sur- prise et eussent songé à se mettre en défense : ce- pendant le vol fut fait en plein jour, et celui qui fut volé étoit en état à lui seul de terrasser cinq ou six Chinois ; il est vrai qu’il aima mieux tire de févènement que de courir après les filoux. Un autre moyen que les voleurs mettent en usage pour entrer dans jes maisons, c'est dy faire un trou par lequel is s’introduisent, en prenant ja précaution de mettre une petite chandelle /a) dans ouverture, pour retrouver leur chemin lorsqu'il faut sortir. Un gros papier qui conserve le feu et qui s'allume en soufflant dessus, les dirige dans les chambres et leur fait apercevoir les différens objets qui sont bons à prendre. Une personne de ma connoissance , entendant du bruit chez elle pen- dant fa nuit, présuma qu'il étoit causé par des (a) Ces chandelles sont faites avec de fa sciure de bois, et brülent sans jeter de lumière. Ï 2 132 OBSERVATIONS voleurs : ayant découvert par hasard je trou par lequel les Chinois s’étoïent introduits dans la mai- son, elle s’avisa den retirer la petite chandelle, et de ja mettre un peu plus loin en face de Ja mu- raille , puis elle se plaça en embuscade avec ses domestiques , dont Fun se mit à faire du bruit ; aussitôt jes voleurs coururent tête baissée pour passer par le trou; mais s'étant frappés rudement contre je mur, ils tombèrent et furent arrêtés. Lorsque les voleurs sont assez adroits pour pé- nétrer dans les appartemens, ïls brûlent, dit-on, des drogues, pour endormir plus profondément ceux qui y sont couchés : c’est ce que je ne puis assurer; maïs je sais très-bien qu’ils entourent le lit de la personne endormie avec les chaises de Tappartement , de manière que, lorsqu’elle vient à se réveiller et qu’elle veut s’élancer de son lit, elle se trouve assez embarrassée pour que les voleurs aient je temps de s'évader. Ils se servent aussi d’é- chelles fort légères , composées de deux bamboux, avec des échelons de corde, qu’ils appuient sur les murs pour monter par Îles fenêtres lorsqu'ils les trouvent ouvertes. Un François à Macao fut ainsi volé, pendant son sommeil, de tout ce qu’il avoit : s'étant réveillé au bruit, il voulut se lever, maïs les voleurs eurent je temps de s’en aller ; ils le firent cependant avec une telle précipitation , qu'ils aban- donnèrent leur échelle. SUR LES CHINOIS. ra Les voleurs dont je viens de parler sont des filoux adroits mais qui ne font pas de mal; 这 y en a d’une autre espèce, qui sont plus redou- tables, parce qu’ils volent et souvent massacrent ceux qu'ils ont dépouillés : si on en arrête quel- ques-uns , ils Sont condamnés à avoir la tête tran- chée. Lorsque j'étois à Macao , un grand nombre de ces scélérats infestoient les côtes ; ils prenoïent les bateaux qu’ils rencontroient à la mer, faisoient des descentes dans les villages et emportoient tout, après avoir tué ceux qui y étoient : ils s'emparèrent même d’un petit bâtiment Européen, et le brû- lèrent. IT paroit d'après les dernières nouvelles reçues de la Chine, que ces pirates existent encore. PAUVRES, ON rencontre beaucoup de pauvres dans les faubourgs de Quanton ; ils y étoient en si grand nombre , fl y a quelques années, qu’ils remplis- soient une bonne partie des rues qui avoisinoient nos demeures. Ces malheureux, dénués de tout, se rassembloïent le soir, et se pressoient les uns contre les autres pour se garantir du froid ; mais tous ne pouvant également être réchauffés, plu- sieurs mouroient, et leurs corps restoient exposés parmi les pièces de bois et les pierres qui cou- vroient le quai. Révoltés d’un pareil spectacle, les marchands hannistes les firent enfin enlever ; et I 3 134 OBSERVATIONS pour empêcher que notre quartier ne fût dans Ts suite assaïlli par ces mendians , ils Payerent des soldats qu'ils placèrent à l'entrée des rues pour. leur en interdire l'entrée. La pauvreté se montre à Ia Chine sons des dehors extrêmement hideux : on en aura idée en se représentant un mauvais petit bateau contenant une famille entière, composée du père, de la mère et de plusieurs enfans , à peine couverts de mé- chans Jambeaux, et attestant par leurs figures tristes et décharnées les besoins les plus urgens- Ces malheureux n’ont d'autre occupation à Wam- pou que de ramasser sur Ja rivière les bouts de cordes et jes bagatelles qui tombent des, navires ; et ils périroient de faim si les matelots ne se pri- voient souvent d’une portion de leur nourriture pour la partager avec eux : aussi y en a-t-il beau- coup qui rodent sans cesse autour des bâtimens en demandant l'aumône, et recevant avec ayidité tout ce qu'on leur donne. Les mendians qu’on trouve dans les rues de Quanton font horreur à voir : quelques-uns ont perdu des doigts et même des membres , par la lèpre ou par suite de maladies. Hardis et insolens , ils vous importunent jusqu’à ce qu’ils aient obtenu quelque chose , et vont même jusqu’à vous saisir la main. Pour s’en délivrer , le mieux est d'entrer dans une boutique , d’où on leur fait donner. SUR LES CHINOIS. 135 Faumône, l'usage étant qu'aussitôt qu’ils ont reçu la moindre bagatelle en riz ou en argent, ils doivent se retirer. Plusieurs écrivains prétendent qu’à la Chine le gouvernement défend de mendier; cependant les Chinois de Quanton ne m'ont jamais parlé de cette défense ; ils ont même l'habitude de faire de temps en temps quelques distributions en riz ou en argent, mais malheureusement is les font trop médiocres. J'ai rencontré des mendians dans mon voyage , soit sur les chemins, soit à approche des villes ; Huttner , dans sa relation, dit que les rues de Péking en sont remplies : cela peut être, car nous avons vu, en traversant fa capitale, bien des gens mal vêtus , et qui probablement auroïent reçu vo- lontiers quelque aumône. Les Anglois ajoutent que dans fa Fartarie ifs ont rencontré des pauvres : il est à croire, en effet, que lon doit en trouver dans un pays où les vivres ne sont pas en abondance ; cependant leur nombre ne peut être considérable , puisque je gouverne- ment ne les soulageant point et ne faisant que les tolérer, la disette et la misère doivent nécessaire- ment el détruire fa plus grande partie. I 4 136 OBSERVATIONS REFLEXIONS sur une Carte de la Chine, au temps de Yao, donnée par M. Barrow ; et Considérations sur l’Empire , sur Son étendue, sur sa formation en un seul corps ; enfin, sur ses liaisons avec les autres peuples. M. BARROW , en publiant dans son ouvrage une carte de la Chine, sous l’empereur Yao , a adopté le sentiment de M. Amiot; mais, sans m ar- rêter à prouver combien il est peu fondé, je vais donner un léger aperçu de ce qu’étoient les Chi- nois et leur empire à différentes époques, ce qui mettra le lecteur à même de prononcer sur le degré de certitude qu’on peut accorder à cette carte. Les écrivains qui ont parlé de l'antiquité de ja Chine, s'accordent à dire que les premiers Chinois étoient établis dans le Chen-sy , la province la plus occidentale de l'empire. Selon eux, Fo-hy /a), qui régna Pan 2953 avant J. C., y ajouta le Honan et le Chan-tong. Chin-nong, qui transporta sa cour dans cette dernière province en 2822, paroît avoir été le maître d'une partie du Petchely :enfin, Hoang-ty qui lui succéda en 2698, étendit son empire depuis Pao-ting-fou, dans le Petchely, jusqu’au fleuve Kiang , et depuis les bords de la mer orientale jusque dans le Setchuen , à Fouest. {a) Histoire de la Chine, du P. de Maïlla, rome 1,7, pages ç ex suivantes. SUR LES CHINOIS. 137 Cette étendue, et l'état florissant dont on suppose que [a Chine jouissoit alors, sont d'autant plus équivoques , que les Chinoïs eux-mêmes, ainsi que je lai dit dans ja première partie de cet ouvrage, regardent comme très - douteux tout ce qui pré- cède Ya0, qui monta sur je trône Pan 2357 avant J. C.; et que plusieurs écrivains soutiennent que cette contrée étoit pour lors dans un état misé- rable , et presque entièrement couverte par les eaux, qui ne s’écoulèrent que postérieurement. If est donc difficile de croire que cet empire ait eu l'étendue que lui assigne le P. de Mailla, c’est- à-dire, quatre cents lieues de l’est x l'ouest, et six cents du nord au sud /a) ; que Yu, ministre de Yao, et qui lui succéda en 2205, ait été un ha- bile géomètre , connoïssant parfaitement Part de niveler les terres et de creuser les canaux ; enfin, que fa description de la Chine, faite par ce prince, et rapportée dans le chapitre du Chouking, intitulé Yu-kong , soit de la plus grande justesse et con- forme à celle que les missionnaires ont donnée dans les derniers temps. Comment admettre que des travaux aussi considérables que ceux dont 还 est question dans ce chapitre, aient pu être achevés en aussi peu de temps que le-dit cet écrit! Com- ment supposer que les anciens Chinois , forcés de (a) Cette dernière étendue est réduite à trois cents lieues par Île même auteur, Lettres” édifiantes, pages $4 et 110. 138 OBSERVATIONS se retirer sur les montagnes pour se mettre à Fabri de linondation qui couvroit les terres depuis long- temps , aient possédé des sciences profondes , lorsque leurs descendans sont si peu versés dans la géométrie ! Enfin , comment se persuader que 2357 ans avant J. C., ils aïent eu Phabileté qu’une expérience de plusieurs siècles n’a pu donner aux . Chinois actuels ! Le chapitre Yu-kong, réputé comme composé par Yu lui-même , du temps de Yao, est regardé par les écrivains Chinois comme ?ouvrage de ja dynastie des Hia, postérieure à Yao, et même comme augmenté sous celle des Chang, qui leur succédèrent en 1766 avant J. C. JI est donc évident que les travaux décrits dans le Yu-kong ne sont pas ceux de Yu fui-même, mais de princes postérieurs où inconnus ; et que la carte publiée par M. Barrow, d’après celle de M. Amiot, n’est pas celle de la Chine sous Ya0. Cet empire, en effet, auroit-il pu avoir alors une étendue aussi considérable, puisqu’à une époque plus rapprochée, on voit que les provinces au sud du Kiang ne lui appartenoïent pas et étorent oc- cupées par des barbares, ce dont il est facile de se convaincre en jetant les yeux sur une seconde carte donnée par M. Amiot 人 a), pour le temps des (a) Mission. , tome Il, page 287. SUR LES CHINOÏJS. 39 Tcheou en 1122 avant J. C., c'est-à-dire, douze cents ans plus tard! Il est vrai que M. Amiot allègue pour raison de Ia différence qui existe entre ces deux cartes, le changement de dynastie qui eut lieu alors, prétendant que les peuples ne voulurent pas reconnoître le nouveau souverain , qu'ils se déclarèrent indépendans , et qu'ils res- tèrent dans cet état jusqu’à Tsin-chy-hoang-ty, en 246 avant J. C.; maïs cette assertion n’est pas ad- wissible, puisque le P. Ko , missionnaire Chinois, soutient au contraire que je changement de dy- nastie ne produisit aucun mouvement, et n'opéra qu’une foibje révolution. IH est donc hors de doute que lempire de a Chine étoit alors peu de chose ; que la carte de ce pays, du temps de Yao a été amplifiée , et que les travaux de Yu ont été exagérés. Pours'en persuader il suffit de lire le passage suivant : « J'ignore, dit le P. Ko /a), où plusieurs » Européens ont été chercher les fables qu'ils ont > débitées sur les levées, les digues et les autres » travaux que fit faire Yu, pour contenir les fleuves >” Hoang-ho et Kiang, travaux qui ne peuvent con- » venir qu'à un pays très-petit. Qu'on examine ce > qu’étoit la Chine à cette époque : pour pénétrer » d’un endroit à Pautre on étoit obligé de marcher (a) Mission, eme Lier, page 213. T4o OBSERVATIONS » de hauteur en hauteur; 这 nyavoit point de com- > munication, on élevoit des jalons pour se recon- > noître , et lon donnoit des noms aux lieux à » mesure qu’on alloit en avant. Comment sup- » poser qu’on ait pu parcourir ainsi les neuf pro- » vinces dont il est fait mention dans le Yu-kong, > et comment croire à la description et à la fertilité » de plusieurs provinces qui n’ont été défrichées > que long-temps après’ La carte géographique de > la Chine, telle qu’eile est rapportée dans le Yu- » kong, auroït demandé beaucoup d'années pour > être dressée, et l’on sait que Yu ne fut occupé, > pendant treize ans, qu’à abattre des bois , à don- » ne: [a chasse aux bêtes féroces , à faire défricher » les terres, enfin, à enseigner [a culture et Part » de préparer les alimens. » Les réflexions du P. Ko ne donnent pas une haute idée de la situation de Ja Chine dans ces temps anciens ; mais ce qui confirme son jugement, c'est que les monumens gardent absolument le silence sur [a géographie de ce pays , postérieurement au règne de Yao, pendant les quatre cents ans que subsista la dynastie des Hia , et pendant les six cents ans de celle des Chang. Sans doute s’il avoit joui pendant cette période d’une certaine prospérité, il en resteroit encore quelque vestige ou quelque tradition authentique; il paroît au contraire que [a Chine étoit alors bien loin de cet état heureux que SUR LES CHINOIS. TAX certains auteurs [ui ont gratuitement supposé, puisque les missionnaires /a) avouent eux-mêmes que les bois et les pâturages ne disparurent qu’au commencement de la troisième dynastie, après Pan 1122 avant J. C. À ces raisons on peut en ajouter d'autres. IL n’est parlé d'aucune ville sous ŸYao, ce qui est étonnant pour un empire représenté comme florissant. La fondation de fa plupart de celles qui existent, est postérieure au temps des Tsin, vers lan 2so avant J.C.; on n’en comptoit que fort peu auparavant, et ce ne fut que 206 ans avant J.C., qu'on vit les principales étendre leurs enceintes. La capitale , au commencement de ja troisième dynastie, en 1122 avant J. C., n’étoit composée que des gens de Pempereur, des ouvrirs néces- saires et de quelques marchands. A la mème époque, lors de l'expédition de Vou- vang, la plupart des provinces et celle du Chen-sy elle-même , étoient en partie occupées par des bar- bares, qui, après avoir aidé ce prince dans ses con- quêtes, continuèrent leurs courses , et forcèrent même, en 770 avant J. C., lempereur Ping-vang à quitter Sÿ-gan-fou pour se retirer à Lo-ye dans le Honan. Dans une disette arrivée en 1401, c’est- à-dire, neuf cents ans après Ÿao, l'empereur et ses (a) Mission. , tome .fr, pages 165 et suivantes, 142 OBSERVATIONS sujets abandonnèrent les lieux ou ils déineuroïént pour se transporter ailleurs. Si la Chine, d’après cela, n’étoit que médiocrement peuplée l'an 1400 avant notre ère, et si elle étoit presque déserte en 626 avant J. C., lorsque les Scythes, sous la con- duite de Madyès, firent pour la première fois une irruption dans ja haute Asie , comment pouvoit- elle être dans un état si florissant à l’époque où Fon suppose que Yao fit sa carte! La Chine, 800 ans avant J. C., n'étoit com- posée que du Honan, du Chan-sy du Petchély, du Chan-tong et d’un Petit canton du Chen-sy; le reste étoit possédé par des barbares , ce qui ést vraisemblable , puisque béaucoup plus tard ces barbares existoient encore. La province du Setchuen étoit occupée par des barbares qui ne furent soumis que vers fan 206 avant J. C. fa). Le Hou-kouang , connu sous Je nom de royaume de Tsou, étoit gouverné en 891 avant notre ère, par un prince descendant des barbarés du midi. Eé philosophe Meng-tse, qui vivoit 336 ans avant J. C. , dit positivement que Îés habitans de Tsou étoient des barbares. Le Quang-sy étoit a demeure de hordes de sau- vages appelés Yue, et qui sont Jes ancêtres dès ta) Mémoires de l’Académie. SUR LES CHINOIS. 143 Miao-sse existant encore dans les montagnes. Le plat pays ne fut soumis qu’en lan 223 avant J. C, Le Koey-tcheou et le Yunnan étoient habités par des barbares. Le Koey-tcheou fut conquis Fan 206 avant J. Ci mais le Yunnan ne passa sous fa domination Chinoïse que dans le septième et lé huitième siècle de Tere Chrétienne. Le Kiang-nan étoit occupé par des peuples qui se coupoient les cheveux et se péignotent je corps. Tay-pe, fils de Tay-vang, grand-père de Vou-vang, se retira chez eux et les civilisa. Cette nation de- vint dans la suite nombreuse et puissante; elle fonda le royaume de Ou, qui fut détruit en 473 par les Yue et les peuples de Tsou, et passa enfin aux Chinois vers Fan 250 avant J.C. Le Kiang - sy, situé entre les peuples dé Ou et de Tsou, et constamment le théâtre de leurs guerres, fut réuni à l'empire à la même époque. Le Tchekiang habité par des barbares soumis aux Yue et aux peuples de Ou, fut subjugué vers le même temps. Le Fo-kien, séparé de l'empire Chinoïs par Îe royaume de Ou, ne pouvoit fui appartenir: aussi cette province n'y fut-elle annexée que sous jes Han, 206 ans avant J. C. Le Quang-tong, peuplé par les Yue méridio- naux, fut réuni en partie sous jes Tsin, 214 ans avant J. C. Ces barbares, qui possédoient une 144 OBSERVATIONS grande portion de l'empire , ne se policèrent que peu-à-peu par le commerce qu’ils entretinrent avec les Chinoïs , et ne furent subjugués que sous la dynastie des Tsin , mais non en totalité; car en 112 il en restoit encore qui ne furent soumis qu’en 109 avant J. C. D’après cette description des provinces, qui fait voir qu'avant Chy-hoang-ty les barbares occu- poient une grande partie de ia Chine, on peut se figurer ce que pouvoit être l'empire , 2000 et même 2500 ans auparavant. Dès-lors cette situa- tion brillante , cette grandeur prétendue, dispa- roissent ; et sans émettre un jugement hasardé, on peut conclure que la carte de Ia Chine attri- buée à Yao , se rapporte à des temps beaucoup plus rapprochés. Mais, si étendue de Fempire Chinois n’étoit pas telle qu’on a voulu ia représenter , la formation de empire, ou plutôt [a réunion de [a Chine entière sous un seul et unique empereur , ne remonte pas non plus à des temps extrêmement reculés. Plusieurs écrivains font commencer l'empire , 3000 ans avant notre ère. Suivant eux , Fo-hy régna l'an 295 3, Chin-nong lan 2838, et Hoang-ty lan 2698; mais le commencement du règne du premier de ces princes n’est nullement constaté, et ce qu’on rapporte de lui et de ses successeurs est incertain et rempli de fables. Les auteurs ne sont | SUR LES CHINOIS. 145 sont pas d'accord sur la durée de la dynastie des Hia, qui commença en 2205 avant J. C., et sur celle des Chang , qui commença en 1766. Les Hia , suivant quelques-uns, subsistèrent pendant 471 ans; et selon d’autres, seulement pendant 440, et même 432 ans: de même Îles uns sup- posent que les Chang régnèrent 496 années, tandis que les autres leur donnent 600 et 64$ années d'existence. L'empire , à ces différentes époques, , metoit com- posé que de quelques familles policées, vivant au milieu des barbares, et errant suivant les circons- tances ; une preuve évidente, c’est que Pan 140; avant J. C., c’est-à-dire, 1 500 ans après [a fonda- tion de empire, Poen-keng émigre avec tout son peuple , et donne pour raison qu'il suit en cela l'exemple de ses ancêtres. Plus tard, en 1122, Vou-vang quitte le Chen-sy, où il habitoit un très- petit pays ; et à la tête de ses soldats et d’un certain nombre de barbares, il attaque l’empereur et le dé- fait entièrement. L'empire n’étoit donc que fort peu de chose, puisqu'il fut subjugué par les Tcheou, qui , d’après le propre discours de Tching-vang, successeur de Vou-vang, étoient foibles et peu re- doutables. Sous ses successeurs la Chine étoit en partie occupée par des barbares, ou par les princes auxquels Vou-vang avoit donné des apanages après sa conquête en 1122. Ces différens princes ne TOME IITI. K 146 OBSERVATIONS reconnoissoient pas toujours l'empereur; plusieurs même d’entre eux refusèrent ensuite de le recon- noître ; tels furent les Tsin, qui, devenus les plus puissans d’entre ces vassaux, détruisirentles Tcheou, et fondèrent, l'an 255$ avant J. C., la dynastie de leur nom, dont le quatrième empereur Chy-hoang- ty, anéantit entièrement tous les princes indépen- dans , et devint le seul maître de tout l'empire. Parvenu à ce haut degré de puissance, et ayant réuni sous sa domination ce nombre considérable de principautés, dont les habitans avoient des coutumes et des usages différens, Chy-hoang-ty ne crut pas trouver de moyen plus sûr pour Ôter à tous ces peuples le souvenir de leur première origine , et les obliger à vivre sous une même loi, que de faire brûler, Pan 213 avant J. C., les livres, et principalement tous ceux qui traitoient de PHis- toire : événement remarquable, en ce qu’il fait con- noître l'état de la Chine avant cette époque, et qu’il prouve que l'empire ne fut réuni que vers ce même temps. Mais, si la Chine ne fit qu'un seul corps de nation sous Chy-hoang-ty , elle ne tarda pas à être divisée; les peuples se soulevèrent contre le suc- cesseur de ce prince , et élurent des rois particu- liers /a), qui subsistèrent jusqu’en 202 avantJ.C., (a) Histoire des Huns, some Ier SUR LES CHINOIS. 147 que Kao-tÿ, fondateur des Han, subjugua tous ces petits États, et rétablit le calme dans l'empire. Cette dynastie, appelée d’abord Han occiden- taux, prit ensuite le nom de Han orientaux, lors- qu’en lan 25 après J. C., Kuang-vou-ty se trans- pôrta dans le Honan où elle subsista jusqu’à sa destruction , arrivée en 220 , époque à laquelle l'empire fut partagé en San-koue /srois royaumes ], gouvernés par trois dynasties différentes, celle des Han de la province de Cho , qui régna pendant quarañte-trois ans dans le Setchuen et le Chensy; celle des Oey, qui régna pendant quarante - cinq ans dans [a partie septentrionale de ja Chine; et celle des Ou, qui, après avoir passé du Honan dans le Kiang-nan, se fixa à Nanking , et régna pendant cinquante-neuf ans sur les provinces mé- ridionales. Vou-ty ayant anéanti ces trois royaumes et Îles familles qui y régnoiïent, fonda ja dynastie des Tsin occidentaux lan 265 de J.-C. ; et Yuen-ty, en 317, celle des Tsin orientaux ; mais ces princes ne possédèrent pas fong-temps seuls toute [a Chine: sous leur règne plusieurs provinces se soulevèrent, et après la destruction des Tsin en 420, tout le pays fut rempli de troubles, qui donnèrent naïssance à : deux empires, lun du nord, et l’autre du sud. L'empire du nord fut presque toujours occupé par les Oey ou Tartares Topa. K 2 148 OBSERVATIONS Les Yuen-oey / premiers Oey ] régnèrent dans le Chan-sy et le Honan, depuis lan 386 deJ.C. jusqu’en 534. Ces souverains furent puissans et partagèrent l'empire avec les Song. Les Tong-oey /Oey orientaux] régnèrent dans le Honan depuis Fannée ; 34 jusqu’en $50, et furent remplacés par la famille des Pe-tsy, qui occupa le trône depuis Pan yyo jusqu’à l'année 578. Les 9y-oey / Oey occidentaux] régnèrent dans le Chen-sy, depuis Pan 535 jusqu’à an 556 , et fu- rent remplacés par les Heou-tcheou / 7 cheou-posté- rieurs], descendans des Tartares Sien-py, qui existèrent depuis Fan $57 jusqu’à ian $81. L'empire du sud fut gouverné depuis l'année 420 de J. C., jusqu’en lan 479 , par la dynastie des Song, qui fut suivie, en 479, par celle des Tsy; en $02, par celle des Leang; et en 557, par celle des Tchin , qui dura trente-deux ans : les princes de ces différentes familles tinrent leur cour à Nanking. Ven-ty, fondateur des Souy en 581 après J. C., mit fin à l'empire du nord et à celui du midi, et n’en forma plus qu’un seul. Cette dynastie ne sub- sista que trente-huit ans, et fut remplacée par celle des Tang en Pan 618. Ces princes s’établirent à Sy-gan-fou, dans le Chen-y, et régnèrent pen- dant deux cent neuf ans; mais vers la fin de leur ! SUR LES CHINOIS. 149 gouvernement, des troubles agitèrent de nouveau la Chine, les Tartares Ky-tan ja désolèrent, tandis que plusieurs princes formèrent des souverainetés particulières dans différentes provinces ; aussi lem- pire fut - il réduit à très - peu de chose sous les Heou-ou-tay //es cinq familles postérieures] ; savoir : les Heou -leang , qui régnèrent en 907 après J. C.; les Heou-tang en 923; les Heou-tsin en 936: les Heou-han en 947; etles Heou-tcheou qui commencèrent en 951, et S'étergnirent en 959. A cette époque Îles troubles cessent, Tay-tsou fonde la dynastie des Song en 960; mais les deux nations Tartares des Ky-tan et des Kin, ou Niu- tche , et les rois de Hia, restent maîtres de ja partie septentrionale de la Chine. En 1127, les Kin ayant détruit les Ky-tan , et s'étant emparés d’une partie du nord de [a Chine et de Kay-fong-fou, les Song furent obligés d’a- bandonner cette ville et de transporter le siége de l'empire à Lin-gan, aujourd’hui Hang-tcheou-fou , dans le Tchekiang, où ils restèrent jusqu’à leur destruction par les Yuen ou Mogols , appelés en Chmois Mong-kou. Les Song s'étant adressés à ces conquérans , pour obtenir leur appui contre jes Kin, et l’abo- lition du tribut qu'ils leur payoient , les Mogols décfarèrent la guerre aux Kin, et, les ayant vaincus en 1235 après J. C., ils finirent par anéantir Îles K:3 150 OBSERVATIONS Song eux-mêmes en 1260, ce qui rendit Kublay- khan, descendant du fameux Genghiz - khan, le maître absolu de toute la Chine, Depuis l'établissement de la dynastie des Mo- gols, lempire n’a plus été divisé, mais le trône a passé successivement à des princes de divers pays. Lan 1368 de J. C., la dynastie Chinoise des Ming chassa les Yuen, et fut à son tour dé- possédée en 1644, par les Tartares Mantchoux descendans des Kin ou Niu-tche, qui occupent le trône présentement. D'après l’esquisse rapide que je viens de donner des révolutions de la Chine , on voit que cette contrée, loin d’être, à une époque très-reculée, un vaste empire gouverné par un empereur, ne forma un seul corps que vers l'an 220 avant J. C.; que bientôt après , livrée aux troubles et divisée de nou- veau , elle ne fut réunie que passagèrement dans ia suite sous différens princes ; enfin, que ce n'est que depuis lan 1279 après J. C., c'est- à-dire, il y a cinq cent vingt-neuf ans qu'elle ne compose qu'une seule et unique monarchie. C'est donc à tort qu'on a voulu représenter Ja Chine comme un pays privilégié, gouverné depuis un temps immémorial par la même constitution, exempt des troubles et des guerres qui ont ren- versé tant d’empires. La seule différence qui existe entre elle et tant d’autres États qui ont disparu de SUR LES CHINOIS. IST dessus ja terre; c’est que, placée à Fextrémité du globe , et par conséquent peu exposée au flux et au reflux de ces nations conquérantes qui ont entrainé tout avec elles, et ont changé, si cela se peut dire, la face des peuples, elle a conservé après plusieurs révolutions ses mêmes mœurs et ses mêmes usages; mais il ne faut pas conclure de fà que dans les siècles les plus reculés elle ait existé telle qu’elle est aujourd'hui. Cette étendue im- mense qu'on lui suppose sous Yao , est chimé- rique , et les prétendues connoïssances attribuées à ses habitans , même dans des temps plus récens, sont d'autant plus douteuses , que le Chouking et un petit nombre d'écrivains modernes sont les seuls qui en parlent. Est-il possible en effet qu’une nation représentée comme si habile , soit demeurée inconnue au reste de l'univers, et qu'aucun histo- rien de Fantiquité n’en fasse mention ! Si les Chinois eussent été tels qu’on veut le faire croire, les Perses , dit l'Histoire universelle des Angloïs, en auroient su quelque chose avant fa destruction de leur empire par les Grecs, et ceux- ci en aurolent entendu parler antérieurement à Hérodote. Les Chinois paroissent avoir été tota- lement inconnus à Homère et à Hérodote. Cer- tains passages du neuvième livre de Quinte-Curce, font conjecturer qu’'Alexandre, lors de ses con- quêtes dans Fnde, 327 ans avant J. C. en eut K 4 152 | OBSERVATIONS connoissance : il y est parlé d’un royaume appelé Sophitien, que Strabon nomme Cathea, mot qui approche du nom de Cathay, donné par les Tar- tares à ia Chine. L'an 126 avant J. C., les Chinois parcoururent je Korasan, et entendirent parler de la Perse /a) ; ils allèrent également à cette époque dans l'Inde. Le sentiment le plus général des savans, est que les Seres des anciens, si connus par leurs manu- factures de soie, sont les mêmes que les Chinois. Pline parle du commerce qu’on faisoit avec les Seres /b), et des étofles de soie qu’on faisoit venir à Rome de ces pays éloignés /c). Les Romains /d) firent Iong-temps des efforts pour aller trafiquer, par terre, dans la haute Asie et dans la Chine ;ymais les Parthes, jaloux de s’ap- proprier ce commerce , y mirent sans cesse des obstacles. Ces derniers peuples étorent connus à Ta Chine , et y étoient appelés Gan-sie; ils en- voyèrent, lan 88 de J. C., des ambassadeurs à Tempereur Han-tchang-ty. Marc-Aurèle envoya des ambassadeurs à Huon- ty, l'an 166 de J. C. Les Chinois nommèrent Ta-tsin, le pays d’où ils venoient. Depuis cette {a) Histoire des Huns. (b) Livre XXAIV , chap. 14. (€) Ybiïd. , livre VI, chap. 17. (4) Mémoires de l'Académie, rome XXXII. SUR LES CHINOIS. 153 époque les Romains eurent des relations plus di- rectes avec la Chine, mais non sans difficultés ; car, après la destruction des Parthes, les Persans ne se montrèrent pas mieux disposés que ces peuples, et mirent continuellement des entraves au commerce qui se faisoit à travers leur pays. L'an 284, les Romains envoyèrent encore des ambassadeurs à l'empereur Tsin-vou-ty. Sous le règne de Justinien, vers l'année 5 30 de J. C., ïls eurent pour la première fois connoiïssance des vers à soie qui furent apportés de Tinde à Constanti- nople par deux moines. En 567, Kosrou, roi de Perse, envoya des ambassadeurs pour engager les Chinois à attaquer les Turcs. En 643, les Romains expédièrent des présens pour l’empereur de la Chine. Les Arabes s'étant emparés de tout le commerce après avoir soumis la Perse, allèrent à la Chine, établirent un cadi à Quanton, et assiégèrent et pillèrent cette ville dans l'année 758. En 798, le calife Haroun envoya des ambas- sadeurs à l’empereur, afin de rétablir le commerce. Dans le même temps, les Romains commerçoient par mer avec les Chinois ; ainsi, l'Inde, fa Perse, la Tartarie et même l'empire de Constantinople, avoient des liaisons avec eux, liaisons qui subsis- tèrent jusqu’à l'invasion de Gengiz-khan en 1211, 154 OBSERVATIONS et que Îles successeurs de ce conquérant facilitè- rent encore. Carpin, envoyé en Tartarie par Innocent IV, parle de la Chine sous la date de l'année 1246. Nicolas et Mathieu Paul partirent en 1260 pour Ja Tartarie ; ils se rendirent à la cour de Kublay- Khan , et revinrent en 1272 ; ils repartirent en 1274, avec Marc Paul, et furent de retour à Ve- nise en 1295. En 1387, la vingtième année du règne de Tay- tsou , fondateur de la dynastie des Ming, Tamer- fan envoya des ambassadeurs à ce prince. En 1493, Bartholomé Diaz doubla le cap de Bonne-Espérance. En 1497, Vasco de Gama arriva dans l'Inde. Les Européens parurent ensuite à la Chine , et fréquentèrent les ports de Quanton et de Ning-po. En 1517, Lopez-de-Souza expédia de Goa ie nommé Andrada , avec huit vaisseaux portant lambassadeur Thomas Pereira ; celui-ci se rendit à Peking, et y mourut en prison. Les étrangers continuèrent de fréquenter fe port de Ning-po; quelques années après les Portugais obtinrent Macao. En 1573, les Jésuites étoient déjà établis dans cette ville. En1577,1579,1580et1583 ,entrée des pères Herade, Marin, Alfare , Mendoze et Ignace. SUR LES CHINOIS. 155 En 1581, le P. Roger, Jésuite François, pé- nétra à la Chine; eten 1582, le P. Ricci. En 1655, ambassade Hollandoise dans laquelle étoit Nieuhoff. En 1693 , ambassades Russes, d’Isbrants-ides , et d'Ismaïiloff, en 1719. En 1720, le nonce du pape, Mezzabarba ar- riva à [a Chine. En 1788 , un envoyé Russe résida à 了 Peking pendant un an. En 1793, le jiord Macartney, ambassadeur An- glois, fut admis en présence de Kien-ong, à Géhol. En 1795, M. Titzing , ambassadeur du sta- thouder, eut le même avantage à Peking. Telles ont été les relations des différens peuples avec les Chinoïs, avant ou après la découverte du cap de Bonne-Espérance ; et si la politique a pu quelquefois en être le motif, l'intérêt du commerce la été encore bien davantage. AMBASSADE ANGLOISE, LES ambassadeurs sont regardés à Ia Chine comme des envoyés de princes tributaires, chargés de présenter, au nom de leurs maîtres, leurs res- pects à l’empereur, et de lui offrir des tributs ; car c'est sous ce titre que ja cour de Peking accepte les présens des souverains, assez bons pour flatter son orgueil et sa vanité. 156 OBSERVATIONS Les François sont les seuls qui n’ont jamais fait aucun don à l’empereur de Ia Chine : connoissant l'esprit du gouvernement, ils n’ont pas voulu qu'on prit pour une soumission ce qui meat été qu’une pure condescendance de leur part. Le roï de Siam envoie tous les trois ans à Peking des éléphans ; ceux que jai vus en 1782 à Quan- ton , étoient d’une moyenne grandeur. La même année, la cour de Lisbonne chargea l'évêque 了 or- tugais qui se rendoit à Peking, de porter des présens à l'empereur : ces présens furent reçus comme des tributs, et les mandarins de Quanton firent si peu de cas de l’évêque et du sénateur de Macao qui les apportoient, qu’ils ne permirent qu'au premier de s'asseoir en leur présence, et offrirent seulement au second un misérable banc de bois, sur lequel ils consentirent enfin , après beaucoup d’instances, qu'on mit un coussin (4). Lorsque j'étois dans la capitale, en 1795 ,jy trouvai des envoyés Mongoux et Coréens : ces derniers (a) Cette conduite déplut tellement au peintre qui accom- pagnoit l’évêque, qu'il ne voulut plus partir pour Peking. Le changement subit de résolution de ce jeune homme embarrassa beaucoup les mandarins parce que son nom avoit été envoyé à la cour; mais comme ils sont fertiles en expédiens , ils écrivirent que le Portugais étoit tombé malade, et finalement qu'il étoit mort ; en même temps ils le firent partir secrètement pour Macao, où il s'embarqua pour retourner en Europe. SURYVEES ,CHINONS. F7 s’y rendent tous les ans, soit pour offrir des pré- sens, soit pour y faire du commerce. | Dès Pannée 1788 , les Anglois avoient fait partir le colonel Cathcart pour Peking ; mais sa mort inattendue , arrivée dans je détroit de la Sonde, arrêta tout-à-coup l'ambassade. Cependant les An- glois ne perdirent pas pour cela [leurs projets d’éta- blissement à la Chine; ils annoncèrent même dans les papiers publics une prétendue cession de ter- rain, dans lequel ja compagnie alloit s'établir ; annonce prématurée et imprudente, qui, malheu- reusement pour eux, mise sous les yeux de lem- pereur, fut dans fa suite une des causes principales du peu de succès de ja seconde ambassade qu'ils envoyèrent. Si la première avoit été faite à la hâte, celle-ci le fut avec un grand appareil; on n’épargna rien pour sa réussite. Les présens furent considé- rables , et lon choisit des personnes éclairées et savantes auxquelles on donna pour chef le iord Macartney, dont lesprit, les talens et les connois- sances étoient généralement connus. En 1792, la compagnie envoya à la Chine déux commissaires , pour prévenir le gouvernement que ambassadeur , redoutant je trajet par terre pour les présens précieux qu'il apportoit à l'empereur, ne descendroit pas à Quanton, mais qu'il aborde- roit dans le golfe de Petchely. Une ambassade annoncée avec tant de précau- 155 OBSERVATIONS tion, et qui promettoit sur-tout de riches présens, ne pouvoit manquer de plaire : aussi l'empereur donna-t-il les ordres les plus précis pour là rece- voir, n'importe dans quel port elle aborderoit. Le lord Macartney parut enfin dans ja rade de Macao le 22 juin 1793. Sir Georges Staunton, secrétaire d’ambassade et ministre plénipotentiaire auprès de l'empereur de ia Chine, descendit seul à terre pour se procurer un interprète capable daider celui que les Anglois avoient déjà avec eux, et qui sortoit du collége de Naples. A son retour, /e Lion, de soixante-quatre canons, et deux petits vais- seaux, partirent pour le golfe de Petchely, au fond duquel ils ne tardèrent pas d’arriver. Le $ août, Jambassade s’embarqua pour Peking sur des ba- teaux Chinois, ayant en tête de leurs mâts cette inscription : Ambassadeur portant le tribut du roi d'Angleterre (a). Le lord Macartney fit son entrée dans Ia capitale lé 21 août, avec toutes les personnes qui compo- soient sa suite: ce À Ia simplicité de nos habits, à » l'antiquité de nos voitures, dit Anderson /b), il » étoit plus naturel de nous prendre pour des > pauvres de quelque paroisse d'Angleterre, que » pour Îles représentans d’un grand monarque ». {a) Macartney, tome [I], page 145. (6) Anderson, page 157. SUR LES CHINOIS. 159 Les Anglois traversèrent ja ville Tartare, et furent logés en dehors de Peking dans une mauvaise maison (a); mais sur les représentations de Pam- bassadeur, ils en obtinrent une meilleure, et re- vinrent dans fa capitale. Le 2 septembre, M. Macartney partit pour Géhol, en Tartarie, où se trouvoit l'empereur. Arrivé le 8, il fut admis en sa présence les 14, 17 et17. Le 18, il reçut son audience de congé, et le 20 [a notification de quitter la cour pour'se rendre à Peking, où il fut de retour le 26. L’ambassadeur, à son arrivée à Géhol, s'étant refusé à faire le salut à la chinoise, il s'éleva quel- ques difficultés ; mais, suivant les Anglois, elles furent bientôt aplanies par l'empereur, qui con- sentit à ce que Île lord Macartney fit devant lui le même salut qu’on fait devant le roi d'Angleterre : ce salut consiste à fléchir un seul genou. Les Anglois avoient conçu d’abord quelque es- pérance de voir réussir leur mission ; maïs il ne. suffisoit pas de l'avoir commencée , il falloit em- ployer Îles moyens propres à lui faciliter une fin heureuse. Le lord Macartney savoit parfaitement l’histoire de la Chine, mais il ignoroit les usages de ja cour. Peu instruit de [a manière de né- gocier à Peking, et jugeant de ja capitale par hr (a) Barrow. 160 OBSERVATIONS Quanton , il fit une grande méprise en ne vou- lant pas traiter d’abord avec le Ho-tchong-tang. Ce premier ministre, plus puissant que Kien- long lui-même, fut piqué de cette conduite du lord ; et lorsque celui-ci voulut revenir sur ses pas, il n'étoit plus temps : d’ailleurs, Parrivée de [an- cien Tsong-tou de Quanton fit changer rapide- ment les affaires de face, et mit fin aux espérances de l'ambassadeur. En effet, parler des établisse- mens de la compagnie dans l'Inde, représenter les Anglois comme ayant des projets sur la Chine, et comme ayant donné des secours dans la guerre du Thibet /a), c'étoit éveiller adroitement la jalousie de l’empereur : en falloit-il davantage au vice-roi pour lui inspirer des craintes et faire fermer pour toujours les portes de lempire à des étrangers dont lui-même avoit à redouter les plaintes ? Aussi M. Macartney, obligé de ménager en même temps je caractère inquiet et méfiant des Chinois, l'orgueil et la fierté du premier ministre, ne put réussir, quoiqu'il fût capable, plus que tout autre, de bien terminer une affaire. Les insinuations du Tsong- tou, et des raisons qu'il est de mon devoir de passer sous silence, suffirent pour le faire échouer, et le forcèrent de quitter promptement Géhol sans avoir pu obtenir une seule de ses demandes : PR (a) Macartney, tome II, page 46. ces SUR LES CHINOIS. 161 ces demandes d’ailleurs si exagérées qu’il est éton- nant qu'on les ait faites, étoient un établissement vis-à-vis de Ning-po, le commerce exclusif, un résident à Peking un comptoir à Quanton li- berté de voyager sans frais de Quanton à Macao, enfin l'établissement de la religion chrétienne. On sent bien que les Anglois n’auroient pas beaucoup insisté sur cette dernière proposition, et qu’elle n'étoit qu’accessoire et faite pour flatter les mis- sionnaires dont ils avoient besoin. Quoi qu'il en soit , elle vient à l'appui de ce que jai avancé plus haut en parlant des missions et de l'avantage qu'il y a de Îles conserver. Les Anglois objecteront sans doute qu’ils n’ont rien demandé, et que le but de l'ambassade n’étoit que de voir ja Chine; je Pourrois prouver le con- traire, mais On croira sans peine qu’une natiom dont toutes les vues sont tournées du côté du com- merce, avoit un motif plus important. Les Angfois ne font pas de démarches inutiies et la vue seule de lempire Chinois ne pouvoit les satisfaire ; le passage suivant le démontre. « L'empereur, dit » Anderson, refusa de faire un traité avec les An- > glois, et ne voulut pas accorder de préférence > pour le commerce. > Après son retour à Peking, le iord Macartney e rendit au palais le 3 et le 6 octobre : il reçut le 7 ordre de partir le 9; et malgré ses représentations, TOME III. L 162 OBSERVATIONS l'empereur lui fit enjoindre ‘de quitter ia capi- tale au jour indiqué. Quels que fussent les motifs d’un renvoi si subit et si imprévu, « la bienséance > exigeoit , dit Anderson, que lon donnât aux » Anglois le temps nécessaire pour se préparer au » départ ; mais, Continue cet auteur /a), nous » entrâmes à Peking comme des mendians, nous » y séjournämes comme des prisonniers, et nous » en sortimes comme des voleurs. Les portraits du » roi et de la reine furent mis entre de misérables » planches , le dais fut arraché du mur et donné » aux domestiques, les Chinois volèrent du vin »et d'autres effets, enfin toutes les attentions » disparurent. » Les Anglois , dans leur retour, ne purent sortir de leurs bateaux ; les mandarins les firent s'arrêter à l'approche des villes, ou les leur firent passer pendant ja nuit; et si le Tsong-tou de Quanton accompagna lambassadeur durant le voyage, ce fut plutôt pour le surveiller que pour lui faire honneur. M. Macartney fut de retour à Quanton je 19 dé- cembre; ïl y fut reçu avec une grande pompe, et logea de Fautre côté de la rivière dans une mai- son préparée exprès pour lui. « Le vice-roi, dit M. Huttner /2), rendit à {a) Anderson, 11. partie, page 26. (b) Macartney, tome V, page 201. SUR LES CHINOIS. 163 > l'ambassade Angloise plus d'honneurs que ne le > desiroient les orgueïlleux mandarins de Quanton » et les nations rivales qui faisoient le commerce » dans cette ville. » M. Huttner se trompe beau- coup, ces nations prétendues rivales virent avec plaisir les Chinois accueillir un ambassadeur Eu- ropéen , et ne furent point jalouses d’un traitement qui n’étoit d’ailleurs qu’une affaire de convenance. Mais, si M. Huttner est si transporté de la récep- tion faite aux Anglois, comment a-t-il pu dire que « les Chinois les regardent comme les plus féroces » d’entre les barbares ! honneur , ajoute-t-1l, qu'ils » doivent au caractère de leurs matelots, qui ne » sont pas les plus doux des hommes /a), et dont » ja conduite, dit M. Macartney, les fait regarder » comme les derniers des Européens /b). » Ce portrait est outré, et l’on auroit tort de con- fondre ensemble tous les Anglois, et de juger de leur caractère en général par celui de leurs mate- lots, qui prennent souvent ja licence pour ja li- berté. Ce n’est certainement pas à la mauvaise impression qu'a faite sur Pesprit des mandarins [a conduite irrégulière des matelots Anglois, c’est encore moins à la haine des Chinoïs pour fa révolu- tion françoise et au voisinage de l'Angleterre avec {a) Macartney, rome VW, page 211, {b} Ibid. , tome I], page 297. L 2 164 OBSERVATIONS la France /a), que lambassade Angloise a dû son peu de réussite. If ne faut pas croire que des rai- sons aussi futiles aient pu porter les Chinois à re- pousser le lord Macartney ; mais c’est plutôt ja connoissance qu'ils avoient de la politique et des projets de sa nation. Le 8 janvier 1794 M. Macartney quitta Quan- ton pour se rendre à Macao, où ïl resta jusqu'au 14 mars qu'il partit pour PEurope, sur le même vaisseau qui lavoit amené , n'ayant obtenu, pour tant de peines et de dépenses, que deux ou trois édits publiés par le Tsong-tou de Quanton en faveur du commerce, édits d’ailleurs de peu dim- portance, et qui n’eurent aucun effet. AMBASSADE HOLLANDOISE. LE choix des personnes, Île nombre et [a valeur des présens, enfin tout ce qui peut contribuer au succès d’une grande entreprise , avoit été em- ployé par les Anpglois, et cependant leur ambas- sade avoit échoué. On devoit donc présumer qu’un tel événement dégoûteroit tout Européen d'aller désormais à Peking : il en arriva néanmoins tout : autrement ; Car chez une nation purement com- merçante , tout projet qui tend à améliorer je commerce est avidement saisi ; et il fut facile à (a) Macartney, tome III, page 149. SUR LES CHINOIS. 165 M. Vanpraam ,qui avoit de Fesprit, de faire com- prendre au gouvernement de Batavia toute lim- portance d’une démarche flatteuse pour l'empereur et entreprise seule par Îles Hollandoiïs. La conduite de M. Macartney, en refusant de courber ja tête devant le potentat le plus puissant de l'Asie, avoit extrêmement nui à ses intérêts, et choqué Forgueil d’un peuple qui se croit au- dessus de tous Îles autres. Le consentement des Hollandoïis à remplir les devoirs prescrits par léti- quette Chinoise, flatta lamour-propre du mo- narque; et les grands, qui virent dans cet acquies- cement une sorte de réparation de l’insulte faite par les Anglois à fa majesté de leur souverain, s'empressèrent d'appeler à ja cour des Européens qui se montroient moins difficiles que les premiers. L'ambassade Hollandoise devoit donc espérer, en se rendant à Peking , d’être traitée avec les égards dus à des étrangers qui ne faisoient cette démarche que dans la seule vue de plaire à Fem- pereur et aux mandarins : cependant, [a réception faite aux Hollandoïis, soit dans l'intérieur de la Chine , soit dans ja capitale, ne répondit pas à ce qu’ils étoient en droit d’attendre pour leur condes- cendance, peut-être un peu trop grande, mais commandée par les circonstances et par le desir de ménager les avantages d’une compagnie mar- chande, qui, dans la balance de ses intérêts, ne L 3 166 OBSERVATIONS compte que sur les bénéfices qu’elle doit retirer de ses entreprises. L'ambassade fut mieux traitée dans son retour ; elle fauroit même été plus honorablement, sans lavarice et la basse jalousie des mandarins qui l'accompagnoïent. La réception du Tsong-tou de Quanton fut très-modeste, et les Hollandois, pour tant de peines, n’obtinrent que la remise des droits du navire qui avoit apporté l'ambassadeur, et la faveur d'autant plus grande qu'elle est très-rare , d'avoir vu lempereur, et den avoir reçu des pré- sens, quoique peu considérables. Une coutume assez généralement établie en Asie, et principalement à la Chine, c'est que fa valeur d’un don ne consiste pas dans son prix intrinsèque , mais qu'elle augmente en raison de Ja puissance ou du rang de la personne qui le fait. Une simple bourse de soie avec cinq ou six sous en argent, reçue des mains de Fempereur, est regardée par les Chinoïs comme une chose infiniment précieuse , et, par la raison inverse, des présens offerts au souverain décroiïssent de valeur ; de sorte que cent mille piastres présentées par un particulier , ne sont plus qu’un objet très-médiocre. L'empereur est regardé comme un dieu à ja Chine, mais c'est un dieu qui ne se contente pas de la simple odeur ou de Ja fumée légère des par- fums , il lui faut des présens solides et précieux, SUR LES CHINOIS. 167 de l'or, de l'argent, des bijoux et de riches effets ; mais en daignant les accepter, il croit faire une grande faveur à celui qui Îles lui présente; et s’at- tendre à un remerciment ou à quelque grâce de sa part, c’est être dans l'erreur. Ceci est prouvé par Île résultat des deux ambassades Angloise et Hollandoise , toutes les deux entreprises et exé- cutées d’une manière différente, et dont aucune n’a retiré cependant le plus léger avantage. Il faut s’en prendre principalement à lesprit des Chinois : orgueïlleux , ils méprisent les étrangers; mefrans , ils ne leur accordent rien ; trop éloignés de l'Eu- rôpe pour en connoître les mœurs et les usages , trop persuadés de leur puissance, trop pénétrés de leur mérite, ïls ne peuvent apprécier je vrai caractère d’un ambassadeur et le motif d'une am- bassade. C’est donc une imprudence, une faute même, que d’en envoyer chez eux avant qu'ils soient ins- truits par l’expérience, qu'ils ne doivent fa conser- vation de leur existence politique qu'à leur éloi- gnement, et que cette haute opinion qu'ils ont d'eux-mêmes est purement chimérique. Un jour viendra que les Chinois, qui méprisent jes étran- gers et les regardent uniquement comme des mar- chands, reconnoîtront combien sont redoutables ces peuples qu'ils traitent d’une manière si outra- geante ; et Ceux-ci, une fois aux prises avec ja L 4 168 OBSERVATIONS nation Chinoise , ne tarderont pas à voir que, placée à l'extrémité de l'univers, elle en est ja der- nière pour la force et le courage. Bornons-nous donc maintenant à trafiquer avec les Chinois, conformons-nous à leurs usages , sup- portons leurs caprices , et sur-tout restons Inti- mement persuadés qu'il faut mûrement réfléchir avant de s'engager dans une démarche qui peut compromettre ja gloire et l'honneur d’une nation Européenne. COMMERCE, LES besoins réciproques firent naître les échans ges. Les premiers hommes vivant du produit de leurs troupeaux , ou des fruits de la terre qu'ils avoient cultivée, et se couvrant de la peau des animaux qu'ils avoient tués dans leurs chasses, furent forcés d'échanger entre eux ces objets d’une indispensable nécessité : telle fut FPorigine du commerce. La civilisation , suite naturelle de la réunion et de l'accroissement des peuples, augmenta bientôt les besoins ; les forêts furent abandonnées ; Îles productions de la terre ne suffrent plus à la nour- riture , ni les peaux à l’habillement ; l’industrie, mère des arts, offrant, pour ainsi dire, tous les jours des découvertes utiles et commodes à la vie, | | 和 | : | . . 1 les échanges durent nécessairement se multiplier ! SUR LES CHINOIS. 169 à Pinfini. IT fallut donc chercher un moyen de jes rendre plus faciles, en établissant une marchandise de convention. On employa d’abord les bestiaux dans cette vue; maïs ce genre d'échange présen- tant de grandes difhcultés, on imagina de se servir d'une matière qui, sous un moindre volume, ren- fermeroit une plus grande valeur. Certains peuples employèrent le cuivre , d’autres, comme les Spar- tiates, firent leurs échanges avec du fer; l'or et l'argent furent en usage chez les Égyptiens. Ces métaux précieux, regardés dans le principe comme une simple marchandise, s'échangèrent comme on Je fait encore à la Chine ; chaque particulier eut sa balance et ses ciseaux pour peser et couper Por et l'argent à mesure qu’il en avoit besoin. Cette méthode , qui facilitoit les échanges, entraînoit avec elle des inconvéniens ; on Sapercut bientôt que des gens de mauvaise foi en profitoient pour tromper ceux avec qui ils trafiquoient. On eut recours alors à un expédient plus sûr, et on fa- briqua des monnoiïes d’or et d'argent, dont ja valeur, constatée par certains signes, et dans ja suite par l'effigie du Prince, Ôta aux falsificateurs la possibilité de les altérer. Dès-lors Ie commerce prit un nouvel essor, et ne tarda pas à faire des progrès considérables. Envisagé chez les nations les plus anciennes comme une source de pros- périté, elles s’y livrèrent toutes avec plus ou moins F70 OBSERVATIONS dardeur suivant leur situation topographique, leurs moyens, leur génie ou les profits qu’elles espéroient retirer des lieux qu’elles fréquentoient. Le commerce de TInde sur-tout fut une mine féconde qu’elles exploitèrent avec succès. Les Égyptiens , les Phéniciens, qu’on peut regarder comme les premiers navigateurs , parcouroïent l'océan Indien. Tout le monde connoît les expé- ditions de Salomon. Le commerce de l'Inde sub- sista en Égypte jusqu’à la conquête de cette fertile contrée par Cambyse ; car les Perses, qui possé- doient des ports plus rapprochés de la mer des Indes, et qui avoient en outre ja voie de terre % négligèrent celle d'Égypte. Les Phéniciens éten- doient alors par-tout leur navigation. Tyr, eur principal port, étoit une ville florissante ; mais cette place ayant été brûlée par Alexandre, ses habitans virent avec elle s’éteindre eur immense commerce. L'Inde étoit à cette époque presque inconnue aux Grecs. Le conquérant de PAsie, informé plus exactement de limportance du com- merce de cette contrée, bâtit Alexandrie, dans Fintention d’en faire le marché général de tous les peuples , et l'entrepôt de toutes les marchandises de l'Orient. Alexandrie alloit devenir ja plus opu- lente ville de l'univers, lorsqu'une mort préma- turée enleva le héros Macédonien au milieu de ses vastes projets. Quelques -uns de ses successeurs , SUR LES CHINOIS. 171 etsur-tout Ptolomée Philadelphe , rendirentAlexan- drie une des villes les plus riches ; mais ceux qui le suivirent ne l’imitèrent point, et laissèrent affoi- blir et tomber entièrement le commerce de l'Inde. A la destruction de l'empire des Ptolomées , les Romains , ces nouveaux maîtres du monde, s’ef- forcèrent de relever ce commerce avantageux ; is furent d’abord contrariés par les Arabes, mais Ælius Gallus pénétra sous Auguste dans l'Arabie, en soumit une partie, et réussit enfin à établir un commerce réglé depuis Alexandrie jusqu'aux bou- ches de FIndus. Strabon parle d'une flotte considérable qui re- monta le Nil, entra par un canal dans la mer Rouge, et de-là se rendit dans TInde. Pline nous apprend que de son temps ce voyage se faïsoit tous les ans avec un très -grand profit. Le com- merce de l'Inde répandit jusqu'aux extrémités des possessions Romaines les productions de 1Asie , et se soutint plus ou moins sous Îles successeurs d’Auguste. Constantin en se fixant à Bysance, à laquelle 这 donna le nom de Constantinople, ne fit que changer la route des flottes d'Alexandrie ; mais les barbares qui déchirèrent l'empire Romain et je détruisirent enfin, anéantirent presque tota- lement ce commerce. Depuis ce moment, foible et abandonné, il languit pendant long-temps ; mais [a conquête de lEgypte, en 1171, par 172 OBSERVATIONS Saladin , qui chassa de ce beau pays les descendans de Mahomet, vint lui redonner une nouvelle vie. Les successeurs de Saladin n’eurent pas plutôt fondé le grand Caire , que le commerce des Indes reprit toute son activité ; les Vénitiens, les Pisans, les Génoiïs , les Florentins et les autres peuples libres de l'Italie s’en rendirent bientôt les maîtres, en fréquentant les villes d'Alexandrie, de Damas, d'Alep et de Trebizonde, dans lesquelles se ren- doient toutes les marchandises de l'Orient. C’est par-là que les Vénitiens avoient acquis des richesses considérables et avoient mis leur marine dans un état florissant, lorsqu'un événement imprévu, changeant tout-à-coup la direction du commerce, fit passer dans d’autres mains les avantages dont, seuls, Hs avoient joui jusqu'alors. Jean IT, roi de Portugal, poursuivant avec cha- leur les découvertes commencées sous ses prédé- cesseurs, expédia Bartholomée Diaz, qui doubla le cap de Bonne- Espérance en 1493. Emmanuel, son successeur , également capable de concevoir et d'exécuter ces grands projets qui immortalisent les rois et rendent en même temps les peuples heu- reux et florissans ; Emmanuel , jaloux d'affranchir ses sujets du joug des marchands étrangers, fit armer quatre vaisseaux qu’il confia au brave Vasco de Gama, qui arriva aux Indes en 1497. Dès-lors tout changea de face, etle commerce, abandonnant SUR LES CHINOIS. 93 les routes qu'il avoit suivies pendant si fong- temps, s’en fraya de toutes nouvelles et jusqu'alors inconnues. ENTRÉE ET ÉTABLISSEMENT DES EUROPÉENS À LA CHINE. La découverte du cap de Bonne - Espérance ayant ouvert une communication plus facile avec une partie des peuples de TOrient et établi des liaisons directes avec eux , l'ambition, l'amour de la gloire, l'envie d'acquérir de ja fortune, attirèrent bientôt dans les Indes une foule de Portugais. Dans le court espace de soixante ans, ces étran- gers réussirent à faire des conquêtes considé- rables, et leur puissance , embrassant presque en- tièrement cette vaste partie de l'univers, s’étendit depuis le golfe Persique jusqu'aux extrémités de PAsie. Ces grandes choses furent exécutées par des gens d’une conduite sage et d’un courage à toute épreuve; mais la corruption des mœurs, des ri- chesses immenses , un luxe excessif, firent bientôt disparoître les belles qualités qu’on avoit admirées dans les premiers Portugais. L’indolence, la pa- resse et la débauche succédèrent au courage ; ja soif insatiable de dominer, et la dureté du gou- vernement , remplacèrent ja droiture et [a justice. Ce changement de conduite re put qu’indisposer 174 OBSERVATIONS non-seulement les peuples que les Portugais avoient soumis , mais encore ceux chez lesquels ils n’alloient que pour trafiquer. C’est dans cet état de choses que les autres Européens parurent dans Inde : hardis, entreprenans et courageux, ces nouveaux venus réussirent facilement, malgré les efforts et les précautions des Portugais , à les dé- pouiller des vastes possessions qu'ils s’étoient ac- quises avec tant de peines, et parvinrent en même temps à partager avec eux et même à leur enlever à la fin le commerce immense que ceux-ci se croyoient en droit de faire seuls. Je n’entrerai pas ici dans le détail des différens établissemens formés par les Européens dans les Indes , ce seroit mécarter de mon sujet; je me bornerai à parler de leurs relations commerciales avec la Chine. Les Portugais furent les premiers qui fréquen- tèrent les ports de cet empire. En 1517, Lopez Suarez, vice-roi de Goa, fit partir huit vaisseaux sous le commandement d'Andrada, et expédia en même temps un ambassadeur nommé ‘Thomas Pereira. Arrivés à l'entrée de ja rivière de Quan- ton, deux des vaisseaux obtinrent la permission de monter jusqu’à cette ville avec Pereira, dont la probité et le caractère doux et civil captivérent bientôt les Chinois, et les engagèrent même à con- clure un traité de commerce avec les Portugais. SUR LES CHINOIS, 175$ En partant pour Peking, Pereira fit publier que si quelqu'un avoit à se plaindre , if pouvoit venir en demander satisfaction. Ce procédé, entièrement nouveau pour les Chinois, leur plut extrêmement; mais les capitaines des navires démentirent bientôt cette conduite généreuse : loin de limiter , ils mal- traitèrent les habitans , descendirent des canons à terre et se permirent mille excès. Le vice-roi de Quanton, irrité contre eux, équipa à a hâte une flotte pour aller détruire les vaisseaux des Portu- gais; mais ceux-ci profitant d’une tempête, se retirèrent et se rendirent à Malaca, abandonnant fambassadeur Pereira entre les maïñns des Chi- nois, qui, indignés des violences de ses compa- triotes, l'en rendirent responsable, et le jetèrent dans une prison , où , après trois ans de détention, il périt de misère , victime de fautes qu'il n’avoit pu empêcher. Le temps qui affoiblit tout, et qui détruit même jusqu’à fa mauvaise opinion qu’on a prise d’abord de quelqu'un, fit oublier peu à peu aux Chinois la conduite irrégulière des Portugais, et les porta à leur permettre de nouveau de venir trafiquer dans l'ile de Sancian et dy dresser des tentes pour le temps qu’on chargeroit les navires. Cette manière de commercer étoit fort gènante, lorsqu'une occa- sion inattendue rétablit les aflaires des Portugais , et leur procura un solide établissement à [a Chine. 176 OBSERVATIONS L'empereur Chy-tsong combattoit depuis Jong- temps les Japonoiïs, qui dévastoient les côtes de la Chine , lorque parut le Chinois Tchang-sy-lao. Ce chef de pirates, après s'être emparé de Ma- cao, bloqua la rivière, et fit même le siége de la ville de Quanton en 1563. Les mandarins , hors ’état de lui résister, implorèrent le secours des Portugais : ceux-ci attaquèrent avec succès Île pirate, le poursuivirent et je tuèrent à Macao. En reconnoiïssance de ce service important, lem- pereur leur céda à perpétuité l'ile de Macao, où ils s’établirent et batirent par la suite une ville en 1585 (latitude nord 22° 12° 44", longitude à Fest de Paris, 111° $'}. C’est par erreur que lauteur du Voyage de M. de Ia Pérouse fait donner Macao aux Portugais par l'empereur Kang-hy. Ce prince monta sur le trône en 1662, et la cession de Ma- cao eut lieu un siècle auparavant. Outre l'établissement de Macao, Hamilton /4) parle d’un autre que les Portugais avoientà Limpoa et qu'ils perdirent ensuite; il prétend tenir ce fait des Chinois, et en assure la vérité, quoiqu’on n’en trouve aucune trace dans les auteurs Portugais : mais le port de Ning-po , où les Européens al- loïent commercer sous l'empereur Hiao-tsong dans les années appelées Hong-tchy [ de 1488 à 1505], {a) Account of the East-[ndies, tome 11, page 288. étant SUR LES CHINOIS. 177 étant souvent nommé Liampo ou Liampoa, ce double nom a pu donner lieu au rapport de M. Ha- milton , à moins que cet écrivain wait voulu parler de l'ile de Lantao, une de celles qui avoisinent Macao, et dans laquelle les Portugais s’étoient , dit-on, établis, et d’où ils furent chassés par les Chinois. PORTUGAIS. Etablissement de Macao, L'île de Macao, appelée en langue mandarine Nga0o-men, et dans Pidiôme du pays Ama-gaoy, tire son nom d’une idole nommée Ama, qui y avoit un temple. Cette île est plus longue que large ; elle peut avoir près d’une petite lieue de longueur, sur en- viron une demi-lieue dans sa plus grande jar- geur : un mur en pierres sèches, et un corps-de- garde Chinois /a), élevés sur une langue de terre contiguë à une île voisine, font la séparation du territoire Portugais. La campagne au dehors de Macao, est sèche et dépouillée d'arbres ; les montagnes sont nues, et on ne trouve dans ja partie septentrionale de Pile, qu’une petite portion de terre mise en rapport par les habitans d’un village appelé Moha. (a) Ce poste militaire est très-foible , et l'officier qui le com- maude n’est pas, comme le dit l’auteur du Voyage de la Pérouse, Je gouverneur Chinois de Macao. TOME Ill. M 178 OBSERVATIONS L'eau n’est pas abondante à Macao : deuxsources, toutes les deux placées en dehors de la ville, Pune au nord et l'autre au sud, en fournissent aux ha- bitans , qui sont obligés de l'envoyer chercher tous les jours par leurs noirs. Les Portugais mavoient bâti, dans le principe, que des forts; et fa ville étoit ouverte lorsque les pirates lattaquèrent en 1621, et les Hollandois en 1622. Quatorze vaisseaux Hollandoiïs entrèrent dans le port de Macao fa veille de Ia Saint-Jean, et débarquèrent quatre cents hommes, qui furent ensuite renforcés par trois cents autres; mais les Portugais s'étant défendus vaillamment, les Hol- Jandois manquant de munitions , et découragés par la mort de leur général, se retirèrent en Jais- sant derrière eux quatre cents des leurs , dont trois cents furent tués, et les cent autres faits prison- niers. Ces malheureux, condamnés aux travaux publics, furent employés dans [a suite à élever dans Ia partie du nord et dans celle du sud de ja ville, deux épaisses murailles , qui jointes aux for- tifications déjà bâties, la fermèrent presque entiè- rement. Le fort de la Monté est le plus grand et le plus régulier ; c'est un carré long défendu par quatre bastions , dont Îles deux qui sont du côté de fa campagne , ont les flancs garnis d'orillons. Au- cun ouvrage avancé, aucun fossé n’empêchent SUR LES CHINOIS. 179 d'approcher des murailles ; elles sont construites en terre battue et sans revétissement ; leur hauteur peut aller de vingt-cinq à trente pieds. Les autres forts sont plus petits et irréguliers ; on en compte trois, outre deux fortins. Le fort de la Guya, bâti sur une hauteur, domine toute ja ville et la mer , et c’est lui qui signale les vaisseaux qui entrent en rade. Le fort de Bonpart, construit à l'extrémité méri- dionale de ja ville et de Ia baie, sert à en défendre l'entrée avec deux autres fortins, dont l’un est élevé sur la pointe Saint-François, et l’autre au- près du gouvernement , Île long du quai qui borde la mer. Le fort de la Barre est à la sortie du port; 这 a été bâti dans Fintention d'empêcher les navires étrangers dy pénétrer ; mais ses murailles , faites de pierres sèches à la manière chinoise, suppor- teroient difficilement quelques bordées , si elles ne s'écrouloient pas d’elles-mèmes , ainsi que les magasins et la chapelle qui les dominent, par l’ex- plosion des propres canons Portugais qu'on a mis pour leur défense. Ï y avoit encore un autre fort appelé MVostra= Señora-de-Peñna, construit sur une hauteur ; mais les Portugais l'ont remplacé par une église. À ces fortifications il faut ajouter les murailles dont j'ai parlé plus haut, lune partant de l'église M 2 180 OBSERVATIONS de la Peña jusqu’au fort de Bonpart, et défen- dant la ville du côté du sud; Tautre partant du fort Saint-François, allant finir à la Monté , et fermant la ville du côté du nord et du nord-est. Un simple mur de jardin reprend au bas du bastion occidental de ja Monté, passe ensuite à la porte Saint-Antoine, et continue jusqu’au village de Patane, près du bord de la mer, de sorte que de ce côté la ville est très-mal défendue. Telles sont les fortifications de Macao ; elles sont peu considérables , maïs elles sont suffisantes pour mettre à Fabri les Portugais d’une attaque de Ia part des Chinoïs, qui n’entendent rien dans Jart d’assiéger une place. Le terrain sur lequel est bâti Macao, est mon- tueux; les rues sont pavées , et ont un petit égout au milieu, recouvert en pierre, de manière que l'eau disparoît promptement après les pluies. On voit plusieurs églises à Macao /a) ; celle de Saint- Paul est la plus considérable : Ie portail ressemble assez à celui de Saint-Gervais à Paris, mais il n'y a que les colonnes doriques de Tetage inférieur dont les proportions soïent bien observées; car celles des étages supérieurs sont mal faites. Saint- (a) Paroisses. La cathédrale, Saint-Laurent, Saint - Antoine. 一 Couvens d'hommes. Saint-Dominique , Saint-François , Saint- Augustin, Saint-Joseph, Saint-Paul. — Couvens de filles. Saint Claire, SUR LES CHINOIS. 187 Paul étoit jadis la demeure des Jésuites François, auxquels Louis XIV fit présent de Phorloge qui y est encore. Les bâtimens appartenant à Saint-Paul n'ont rien de remarquable, il n’y a que la biblio- thèque dont la façade soit assez bien ; mais cet édifice tombe en ruine. La seule église, après celle de Saint-Paul, qui mérite attention , est celle de Saint-Joseph; elle est petite, mais bien disposée. Les maisons des particuliers sont peu dignes de remarque, l'architecture en est lourde et mal enten- due. La maison du sénat , quoique nouvellement bâtie, pèche sous tous jes rapports. Les jardins à Macao sont rares et petits ; ïl n’y en a qu'un seul qui soit grand et garni d'arbres, c’est celui de la maison appelée /a Casa del Horto, occupée depuis long-temps par des Anglois, qui en ont disposé le terrain suivant le goût de leur pays. On montre dans ce jardin un rocher qu'on pré- tend avoir servi de retraite au célèbre Camoëns, lorsqu'il composoit sa Lusiade. Le port de Macao, formé par la rivière qui des- cend de Quanton, est situé entre ja ville et une île voisine; il est exposé aux vents de sud , de sud- ouest, de nord et de nord-est; il est peu profond, et ne peut admettre de gros navires. Il y a de trois à quatre brasses d’eau à l'entrée du port; mais le brassiage diminue à mesure qu on s'élève vers [a Praya Pequena, et on ne trouve plus M 3 182 OBSERVATIONS que deux brasses et demie et deux brasses, et en- core moins en approchant du village de Patane, où des bas-fonds et des rochers bordent la côte. Au milieu du port il y a un banc dans la direc- tion nord et sud, dont le fond est de roche, et sur lequel il peut y avoir depuis une brasse d’eau jus- qu’à une brasse et demie; 了 découvre dans les très- basses marées. Lorsqu'on entre dans le port de Macao, il faut ranger d’assez près le fort de la Barre, qui est à tribord , pour ne pas tomber sur un banc situé à l'ouest, et sur lequel j'ai vu s’échouer un vais- seau. Lorsqu'un navire sort du port et qu’il a dou- blé le fort de la Barre , ïl doit éviter de porter sur bäbord , pour ne pas tomber sur une roche appelée Pierre-d’arec, qu’on peut voir à la basse mer, et qui a deux brasses et deux brasses et demie d’eau à l'entour, mais se diriger sur l'entrée de Taypa, où il peut entrer de suite s’il ne tire pas au-delà de deux brasses et demie; car s’il tire davantage il est obligé d'attendre la haute mer de ja nouvelle ou de ja pleine lune. On trouve dans ce dernier endroit une autre roche appelée Nuñes, placée à près de ja moitié de ja largeur du canal de Fayÿpa, en avant de la pointe ouest, et découvrant à mer basse, I y a trois brasses et trojs brasses et demie d’eau aux environs. Le port de Taypa est à l'abri des vents de nord, SUR LES CHINOIS. 183 de sud-est , de sud et de sud-ouest ; mais il ne l’est pas contre Îles vents de nord-est , d’est et d'ouest. [1 est vrai qu’on n’a à supporter que le trait du vent, et que la mer ny est pas mauvaise; mais elle est très-clapoteuse , principalement du côté de Pest. Un navire qui vient du large et qui veut entrer dans Taypa pour aller à Macao, doit donner dans je milieu de la passe, et continuer ainsi en dépen- dant un peu de bäbord jusqu'à ce qu'il voie que la sortie de Taypa commence à s'ouvrir; alors 这 revient sur tribord et suit le milieu du canal : par- venu à la dernière île qui reste à tribord , il s’en tient éloigné à fa distance d’un tiers de [a largeur du canal, pour éviter la roche Nuñes qu’il laisse à bäbord , et continue sa route au nord jusqu'à ce qu'il ait dépassé entièrement les terres de Taypa. Si la marée monte, il faut porter au N. N. O., gou- vernant sur le fort de la Barre, prenant garde de tomber à l’ouest, de peur des bancs qui sont dans cette partie; si la mer descend, il faut avoir encore plus d'attention , parce que fa marée court dans ouest : maïs comme un bâtiment n’a pas toujours le temps d'examiner la marée, et n’en connoît pas la direction , le plus prudent en débouquant Taypa du côté de Macao, est de porter N.+ N.O. jusqu’à un demi - quart de lieue de l'ile de Macao , et de courir ensuite au N. N. O. portant sur le fort de Bonpart, qu’on peut ranger d'assez près. M 4 184 OBSERVATIONS L'entrée de Taypa en venant de Ja mer , est à une bonne lieue de Macao, et sa sortie du côté de la ville n’en est qu’à une petite demi-lieue. Le mouillage dans Taypa est fond de vase; un bâtiment qui ne tire pas trop d’eau y est bien : on trouve à l'extrémité de ce port un endroit où lon peut faire de l'eau. Il y a aussi dans la partie occi- dentale de Taypa, un petit port nommé Zark’s bay par les Anglois, mais ilest peu profond et ne con- vient qu'à de très - petits navires ; Il est d’ailleurs peu sûr et nullement à labri des voleurs ou des pirates. LA Macao étoit autrefois très - florissant , et son commerce étoit considérable; mais depuis que Îes Portugais ne fréquentent plus le Japon , cette ville est totalement déchue de son ancienne splendeur. Le commerce actuel est médiocre : un seul navire part chaque année pour Goa; on en expédie un autre pour Timor, un ou deux pour le Bengale, autant pour Manille, et trois ou quatre pour ja Cochinchine. Le commerce de Macao en Europe se réduit à un ou deux navires expédiés de Lis- bonne avec du tabac du Brésil, dont les Chinois fontune grande consommation. Ces bâtimens char- gent en retour diverses marchandises de la Chine. Les droits prélevés sur les marchandises sont de dix pour cent, et servent à payer le gouverneur, les officiers publics et la troupe. Les habitans SUR LES CHINOIS. 185$ riches font des armemens ou prêtent leur argent à la grosse; ceux qui sont pauvres s’embarquent et font des voyages afin de gagner quelque chose pour subsister pendant le temps qu'ils ne sont pas à la mer. Toutes les boutiques sont tenues par des Chi- nois : ce sont eux aussi qui exercent exclusivement toutes les espèces de professions ; car les Portugais se croiroient déshonorés s'ils faisoient un métier quelconque. Le gouvernement est mixte à Macao; les Por- tugais et les Chinois y commandent à-la-fois. Lorsque ces derniers ont quelques affaires avec les habitans , et qu'ils ne peuvent arriver au but de leurs demandes, assez souvent très-déraisonna- bles , ils arrêtent les vivres ; on est obligé alors de composer avec eux, et tout s'arrange avec de Vargent, moyen qui plaît infiniment aux manda- rins. C’est le gouverneur de ja ville de Hiang-chan qui a l'inspection sur les Chinois de Macao. Lors- qu'il vient dans cette ville, on arbore le pavillon sur: le fort, et on le salue de trois coups de canon. La place de gouverneur à Macao est très-diff- cile à remplir, aussi le gouvernement de Goa ny envoie ordinairement que des hommes sages et prudens. Don Lemos , qui occupoit cette place en 1785 ,a inquiété les François , mais ses succes- seurs Îles ont bien traités, particulièrement don 186 OBSERVATIONS Manuel Pinto, dont les bons offices me mirent à même , en 1795, de retirer le navire François /az Flavie, qui, échappé aux poursuites des Anglois, s'étoit réfugié dans Île port, et étoit sur le point d’être confisqué par je désembarcador ou président de ja douane. Les affaires qui surviennent à Macao , sont ju- gées par les sénateurs, qui s’assemblent deux fois par semaine sous fa présidence du gouverneur : ces sénateurs jouissent de grands priviléges , et ebtiennent la noblesse. Quelques années avant mon départ de Macao , ia cour de Lisbonne y avoit envoyé un évêque : ce juge ecclésiastique a de grandes prérogatives chez les Portugais, et son influence est considérable ; il est cependant à desirer pour les habitans qu’elle ne ie soit pas trop, car elle leur a déjà été extrême- ment nuisible dans une circonstance ou l’évêque, remplissant la place du gouverneur qui étoit mort, Jes mandarins de Quanton, fatigués des embarras que leur occasionnoïent les Européens, lui offri- rent de recevoir dans le port de Macao les navires étrangers qui montoient chaque année à Wampou ; mais join d'accepter avec empressement cette pro- position , qui auroit enrichi fa ville, ïl la rejeta, dans ja crainte, disoit-il, de corrompre les mœurs des Portugais, en introduisant chez eux des héré- tiques. Les Chinois continuèrent donc de laisser SUR LES CHINOIS. 187 venir les Européens à Quanton, et ne pensèrent plus dans la suite à faire une offre aussi inconsi- dérée que celle qu’ils avoient faite, et qu'on eut la mal-adresse de ne pas accepter#Les habitans de Macao n'en sont pas devenus meilleurs, mais ils sont devenus plus pauvres, et c'est un mal sans remèdé, La population de Macao peut s'élever à un peu plus de douze millé personnes, parmi lesquelles on compte un grand nombre de Chinois. Militaires, Gouvernedr. 2 ue se sc ns LR 1. Sergent-major, ou lieutenant-colonel..,.... 1. Mestre-de-Camp: . 932% bis à 30 0e net ejoele cts 下 Capitaine..... 全 Commandans des Horton ..020, soc vocce D'ous-heutenans sen JAM sie dore à de 8 RE © Capitatnés. des midices. D. out. 6 et Soldats Qu_CYDAIEs,. Le ee. Linie a fee DUR Sénateurs, OO si 人 sénat ass is dues à MARS NE: nafenis ea 人 的 RE 着 Rrocureee a Ville: ue 2 70 08 二 k. CE 全 生机 L, PCR ET RE de ne core een a ENS dE UE PE RE EE TE PEU In L 188 COBSÉRVATIONS E cclésiastiques, DE NOR OU D UP RU EUR LES 了 全 Chanoines. . .… Ré» 人 DOS OANOMER EL ere e ed ee) 0 ee UE, RTE MN me ra DES ae 60 pa UE CL AUOU SIENS Saint-Dominique. 1 Religieux ::. | Saint-FRrançoiss. Miss | Saint-Augustin... l Religieuseside Sainte-Claire. 45 cuis dati 42. RÉSUMÉ GÉNÉRAL. DM PSE ICI ESS Se TO Sénateurs. 区 le. CRC A PNRET PRINT 15: Ecclésiastiquéss svouvsouteits ss SÉDR 93- Habitans sur la paroisse dé la cathédrale. .. 1500. de. Saint-Laurent, :,.,:.::2.,.2%% "1813: de.Saïnt-Antoine . : . «,.::.:::%1%900. Chris. ste HR ETIENNE OO. TOTAL GENERAL: ES ce sets AT: Plan de Macao. Il est facile de remarquer que, parmi le petit nombre de mes dessins qui ont quelque rapport avec ceux donnés par le lord Macartney, il existe quelque différence, et qu'il n’y a que dans le plan de Macao où [a ressemblance est presque Ja même, ce qui n’est pas étonnant, puisque celui-ci est fa copie du mien. Maintenant que je publie un plan que les Anglois ont déjà fait paroître, je dois faire voir qu'il est mon ouvrage et celui d'un de mes SUR LES CHINOIS. 139 amis /a), conjointement avec lequel je F'ai levé. Il seroit difficile aux Anglois, 1.° de spécifier en pas les distances d’un lieu à un autre, distances que jai encore; 2.° de dire pourquoi ie méridien est coupé par la ligne est et ouest dans un certain endroit, tandis qui sembleroïit devoir l'être un peu plus bas, ce qui eût été plus naturel et ce qui auroit empêché que la ligne ne fût interrompue à la pointe Saint-François ; 3.° de dire pourquoi la partie orientale de Pile a plus détendue dans mon plan que dans le Ieur ; enfin , pourquoi ils ont établi ja même heure du port que jai déterminée, puisque dans le Voyage de Cook elle est marquée différemment. Mais, sans insister plus long-temps sur une discussion d’aussi peu d'importance, expli- quons comment le plan a été fait. C’est à laide d’une grande boussole à pinules, que nous avons relevé les principaux points; nous avons réitéré cette opération plusieurs fois, et tou- jours en nous plaçant dans des endroits différens. Quant aux distances , soit sur le quai de Macao, soit dans ja campagne, je les ai prises en comptant avec attention les pas; j'ai suivi la même méthode pour les rues et pour leur alignement, en em- ployant une boussole de poche. Lorsque jai levé ce plan, nous étions en guerre avec les Portugais, - (a) Feu M. Agote, chef de ja compagnie Espagnole. 199 OBSERVATIONS ou du moins menacés dy être; or ma démarche pouvant être mal regardée par les habitans de Macao , qui ont eu sur le compte des François, des idées souvent très-bizarres, on se persuadera facilement que les précautions indispensables pour ne pas être aperçu, ont apporté des difficultés dans ce travail. La plus grande cependant étoit celle provenant du terrain , qui étant montueux, nous a empêchés d'établir une base d’une grande étendue pour le relèvement de nos angles, puisque le seul endroit praticable étoit dominé, et par con- séquent inabordable pour nous : cette seule cir- constance a dû nuire à l'exactitude de nos opé- rations ; aussi je ne prétends pas assurer qu'il n’y ait point d'erreur dans ce plan. On y trouvera la position des principaux lieux de Macao , la situa- tion du port et son entrée ; enfin dans l'étendue du terrain concédé aux Portugais, on verra que la portion de la campagne qui est consacrée à l'agriculture, est très-petite, puisque tout le bas des montagnes, et la partie qui avoisine le fort de la Monté, sont occupés par des tombeaux. HOLLANDOIS. La cour de Madrid, en faisant arrêter, en 1594, les vaisseaux des Hollandoiïs , ne cherchoit qu’à nuire au seul commerce de cette nation ; elle ne pouvoit prévoir alors que cette violence auroit par RE CHINOIS, OT ja suite de grandes conséquences pour le Portugal, qui , à cette époque, faisoit partie de la monarchie Espagnole, tant il est vrai que l'intention de nuire retombe souvent sur son auteur. Houtman , détenu à Lisbonne, se procura des renseïgnemens sur le commerce des Portugais, et provoqua, en 1595 , la première expédition des Hollandoiïs dans les Indes. Une fois cette impul- sion donnée , le reste alla de soi-même. Le 20 mars 1602, les Hollandoïis formèrent une com- pagnie. En 1607 , ils parurent pour ja première fois devant Macao. En 1609, ils croisèrent sur les côtes de la Chine, et envoyèrent au Japon, où ils firent un traité avec l'empereur, et établirent un comptoir à Firando. En 1620, ils se fixèrent à Formose. En 1622, ils attaquèrent Macao et en furent repoussés; ils enlevèrent en même temps des marchandises aux Chinois, et en firent autant, en 1623, à l’entrée de ja rivière de Chang-tcheou. En 1653 , le gouverneur de Batavia expédia une frégate à la Chine pour Île commerce, En 1655, il fit partir le nommé Keyser, pour traiter avec l'empereur; celui-ci se rendit à Peking ; et revint, en 1657, sans avoir pu réussir. En 1661, Tching-tching-kong, fils de Tching- tchy-long, qui s’étoit battu contre les Tartares qui ‘ envahissoient [a Chine , se retira à Formose ; 这 192 OBSERVATIONS attaqua Îles Hoïlandoiïs et s’empara de Pile au com- mencement de 1662. En 1673 , les Hollandois se joïgnirent aux Tar- tares pour attaquer le fils de Tching-tching-kong , appelé Tching-king-may (c’est le même que les Anglois nomment Coxinga), et dont le fils Tching- ke-san remit Formose aux Chinois, en 1683. Depuis cette époque les Hollandoïs continuè- rent d'aller à la Chine et dy faire le commerce. En 1740, lors de l'affaire de Batavia , dans laquelle il y eut un grand nombre de Chinois de massa- crés, les Hollandois envoyèrent à Quanton pour se disculper auprès du gouvernement : la mission réussit, et cet événement ne leur nuisit en rien. À N'GLOIS- Les Anglois avoient fait, avant 1600, plusieurs voyages dans l'Inde, sans y entretenir decommerce régulier ; mais depuis cette époque /a), qui est celle de l'établissement de ja compagnie, par ja reine Élisabeth, leurs opérations n’ont pas été in- terrompues. Sarris se rendit au Japon en 1613, et obtint de l’empereur des priviléges avec ja per- mission d’avoir un comptoir à Firando pour le commerce des Anglois ; mais ceux-ci l’abandon- nèrent depuis sans qu’on en ait su la cause : dans La) Le 3 décembre 1600. ces SUR LES CHINOIS. 93 ces derniers temps ils ont cherché à le rétablir sans pouvoir y parvenir. Les premiers voyages des Anglois dans PAsie ne furent pas toujours heureux ; les Hollandois qui les voyoient avec chagrin, mettoient tout en œuvre pour nuire au commerce de ces nouveaux concur- rens , lorsque , le 7 juillet 1619, les deux com- pagnies Hollandoiïse et Angloise se réunirent et signèrent un traité d'alliance. Cet accord mutuel ne suspendit pas long-temps les projets des Hollan- dois ; car dès 1623 ils commencèrent par chasser les Angloïs d'Amboine , les expulsèrent ensuite des autres îles , et parvinrent enfin à se rendre seuls maîtres dans ces contrées , malgré les représen- tations de la compagnie Angloise : Cromwel , 这 est vrai, obtint, le 30 août 1624, un arrangement par lequel Iles Hollandois s'engagèrent à donner quelque dédommagement; mais les Moluques et les autres possessions restèrent à la compagnie Hollandoïse , et c’étoit pour elle le point le plus important. Les Portugais ne réussirent pas aussi bien que les Hollandoiïs à restreindre le commerce des Anglois ; tous les moyens qu’ils employèrent pour nuire au capitaine Weddel, qui avoit obtenu en 1634, du vice-roi de Goa, la permission de tra- fiquer à la Chine, furent inutiles. Weddel, faiigué ‘ des obstacles que lui opposoient les habitans de TOME III N 194 OBSERVATIONS Macao, fit remonter la rivière à quelques-uns de ses gens, qui après plusieurs difficultés parvinrent enfin à Quanton , et furent traités amicalement par les Chinois. C’est depuis cette époque que les Anglois ont continué à fréquenter les mers de la Chine. Is visitèrent dans ces premiers temps les ports d'Emouy dans le Fo-kien , et de Ning-po dans le Tchekiang , et établirent même une loge, en 1700, dans l’île de Tcheou-chan , où ils abordè- rent en cherchant l'entrée de ja rivière de Ning-po; mais les Chinoïs ayant déclaré par la suite que Quanton seroit lunique port ouvert aux étran- gers , les Anglois n'ont plus qu'un seul comptoir dans cette ville, ainsi que toutes [es autres nations qui visitent la Chine. En 1702, les Anglois formèrent un établisse- ment à Pulo-condor, mais ils y furent massacrés en 1705; cet événement ne leur a pas 6te lidée de se fixer dans les environs, et sur-tout à la Co- chinchine. M. Macartney en passant à Ja baye de Turon, a fait voir que la compagnie Angloise avoit toujours des desseins ; cependant l'arrivée de lam- bassadeur n’a pu les réaliser. | FRANÇOIS. Les édits de 1539 et de 1543, donnés par Fran- çois I. , invitèrent à entreprendre des voyages de long cours; Henri INT, par son arrêt du 15 , SUR LES CHINOIS. 195$ décembre 1578 , renouvela ces invitations ; mais Henri IV songea réellement, en 1604 , à établir une compagnie , d’après les renseignemens fournis par Gaspard Leroy, Flamand , qui avoit fait plusieurs voyages aux Indes. Ce projet, qui n’eut pas lieu, reproduit sous Louis XIII, le 2 mars 1611, fut encore retardé pendant quatre ans par le manque de fonds. Enfin , en 161$, plusieurs marchands de Rouen s'étant associés à l’ancienne compagnie, obtinrent de nouvelles lettres patentes le 2 juin, et firent des expéditions lannée suivante. Cette nouvelle société ne réussit point , et malgré les soins du cardinal de Richelieu, malgré Ia patente de 1642, confirmée par ja régence, en 1643, les affaires allèrent fort mal jusqu’au temps du grand Colbert. Ce ministre éclairé conçut le dessein de rétablir la compagnie, nonobstant toutes les con- trariétés qu’elle avoit souffertes ; et, persuadé que ctetoit je seul moyen d'engager les François à faire le commerce par eux-mêmes , il fit expédier, em août 1664, des lettres patentes pour Ia création d'une nouvelle compagnie. L'histoire de ce corps est assez connue , et mon intention n'étant que de parler du commerce de Ia Chine, je dirai simple- ment que ja première association pour ce com- merce date de 1660, et doit son origine aux spé- culations d’un marchand de Rouen. La seconde association eut lieu en 1698 ; elle N 2 196 OBSERVATIONS fut suivie d’une troisième , en 1713, qui fut in- corporée, en 1719 , à la compagnie des Indes. À Ia destruction de cette compagnie, en 1769, le com- merce de ja Chine resta entre les mains de quel- ques sociétés particulières , et les choses demeu- rèrent en cet état jusqu'au 14 avril 1785, que le ministère créa une nouvelle compagnie : cette société attaquée avec raison dès son origine par plusieurs personnes , à cause de sa mauvaise or- ganisatiOn , tomba sous je décret de l'Assemblée nationale, du 3 avril 17090, qui déclara que je commerce de l'Inde au-delà du cap de Bonne-Es- pérance , seroit libre pour tous les François. DANOIS. En 1612, Christiern IV donna une patente pour établissement d’une compagnie ; mais elle ne fit des expéditions pour l'Inde qu’en 1616 : depuis cette époque Îles Danois continuèrent de fré- quenter les différens ports de PAsie; il paroît même par le rapport d'un nommé Canche , de Rouen, que leur commerce étoit assez considérable vers 1642 ; mais les Hollandoïis ayant pris le dessus dans les Indes , les Danois se virent pour lors exclus de plusieurs branches de négoce. Dans le même temps les affaires d'Europe et les guerres que Christiern IV eut à soutenir, firent prodi- gieusement décliner le commerce des Danois , SUR LES CHINOIS. 197 qui ne reprit qu'à la destruction de la compagnie d'Ostende, en 1727, d’après le nouvel octro’ ac- cordé par Frédéric IV, en 1728 : cet acte attira l'attention des Anglois et des Hollandoïs; les deux nations firent des représentations, mais Chris- tiern V, voulant ranimer lindustrie de ses sujets; persista dans ses projets, et fit tout ce qu'il put pour soutenir la compagnie. C’est de cette époque qu'il faut compter un commerce suivi à la Chine de la part des Danois. SUÉDOIS. Le 14 juin 1626, Gustave Adolphe donna un édit pour le commerce de l'Inde ; mais les guerres d'Allemagne firent avorter ce projet. Christine, qui commença à régner en 1644, auroîït rétabli esprit du commerce , si les Hollandoïis, habiles à profiter des circonstances, n’eussent supplanté par-tout les Suédois. Charles XI et Charles XII, occupés de guerres continuelles, ne purent rien faire pour ie bonheur de leurs sujets, et perdirent même des provinces qui pouvoient être les plus utiles à la nation pour le commerce; savoir , la Livonie, une partie de ja Poméranie , et les duchés de Bremen et de Verden. Le gouvernement, plus sage sous je règne suivant, sentit la nécessité de relever les manufactures, de perfectionner l'agriculture et de ranimer l’industrie. N 3 198 OBSERVATIONS Telle étoit la situation de Ia Suède, lorsqu’à Ja des- truction de [a compagnie d’Ostende, en 1727, un marchand Suédois ,nommé Koning, forma le projet d'une compagnie pour l'Inde , et obtint un édit confirmatoire le 14 juin 1731 : c’est depuis ce temps que Îles Suédois vont à la Chine. OSTENDE. Cette compagnie, que Charles IT, roi d'Espagne et souverain des Pays-Bas, créa en 1698, pour tra- fiquer dans l'Inde , ne put, à cause des guerres qui s’élevèrent alors, remplir l’objet de son institution jusqu’à lannée 1717, que certains particuliers firent des expéditions. En 1719, les Hollandoïs enlevèrent à la côte de Guinée un vaisseau Ostendois ; mais il fut repris en arrivant dans les Dunes et ramené à Ostende. Cet événemént donna lieu à des plaintes mu- tuelles, qui, cependant, n’empêchèrent pas ja com- pagnie d’équiper plusieurs navires en 1720. L’ar- restation d’une partie de ces bâtimens, dont les Hol- landois s'emparèrent encore , auroit sans doute sus- pendu toute expédition ultérieure , si l’arrivée de ceux qui avoient échappé n’eût dédommagé si am- plement la compagnie, que, se proposant d’armer de nouveau, elle sollicita la cour de Vienne et en obtint, en 1723, de nouvelles lettres patentes, malgré les représentations de plusieurs puissances. SUR LES CHINOIS. 199 Ce succès ne fut pas de longue durée, car de nou- velles plaintes et quelques hostilités occasionnèrent bientôt ja destruction de la compagnie d’Ostende, qui, définitivement, eut lieu le 20 maï 1727. Elle s’est reformée depuis sous le nom de compagnie de Trieste, le 29 août 1780 ; mais après quel- ques expéditions , elle a entièrement cessé son commerce. PRUSSIENS. Les Prussiens ont voulu pareillement former une compagnie de la Chine : cette société, établie à Embden le 1. juillet 1751, s’est bornée à en- voyer de temps en temps un navire à la Chine. ESPAGNOLS. , Les Espagnols fréquentent les ports de ja Chine depuis Pépoque de leur établissement à Manille , mais ce sont des particuliers qui font ce commerce. Philippe V rendit bien, le 23 mars 1733, une cédule pour former une compagnie des Philippines ; mais ce projet ne réussit point, et Il n’a été repris que le 20 mars 178$ par Charles III. D’après ja cédule de ce prince, la durée du privilége de ja compagnie est limitée à vingt-cinq ans, etson fonds fixé à huit millions de piastres [ 42,200,000 jiv,], avec fa réserve de laugmenter suivant les circons- tances. La compagnie a le privilége exclusif du N 4 200 OBSERVATIONS commerce de l'Asie, mais il fui est défendu de se mêler dafaires politiques. Elie doit vendre en Espagne toutes ses marchandises d'Asie, et peut exporter chez l'étranger celles dont elle n’aura pu se défaire avec avantage. AMÉRICAINS. Le premier navire Américain qui ait paru à la Chine est l'Empress of the China, capitaine Green, qui arriva à Quanton en août 1784. Depuis cette époque, les Américains fréquentent ce port et y viennent même en assez grand nombre. Le com- merce est fait par des particuliers. COMMERCE DES ÉTRANGERS À QUANTON. LA politique méfiante et soupçonneuse des Chinois a restreint depuis long-temps le commerce des étrangers au seul port de Quanton , encore ce commerce n'est-il pas libre, les Européens ne pouvant faire des affaires qu'avec un certain nombre de marchands désignés par le gouverne- ment. On sadressoit auparavant indifféremment à tous les Chinoiïs ; mais ces marchands parti- culiers disparoïssant souvent avec largent , au grand détriment des étrangers, ceux-ci s’en Pjai- gnirent aux mandarins , qui , fatigués eux-mêmes de l'embarras qu’ils éprouvoiïent pour la perception des droits avec un si grand nombre d'acheteurs , SUR :LES. (CHINOIS, LO se déterminèrent à former une association de treize marchands ou hannistes, à laquelle ils donnèrent le privilége exclusif de traiter avec les Européens, sous ja condition d’être responsables des droits à percevoir sur les marchandises : ces droits s’é- jevoient alors à quatre cent cinquante mille taëls [3,375,0001.], maintenantils sont presque doublés. Cette société de marchands, établie en 1759 par le Tsong-tou nommé Ly, prit la dénomination de Cong -hang. Suivant ses réglemens, aucun mar- chand Chinois particulier n’eut la faculté de faire du commerce avec les étrangers, cette permission n'étant accordée qu'aux seuls hannistes, qui re- çurent en même temps la défense de faire crédit aux Européens, et de recevoir deux aucun fonds à intérêt. Les chefs des nations furent obligés de prendre un hanniste pour fiador, c’est-à-dire, pour être ja caution des droits, et répondre des fraudes, dé- mêlés et meurtres qui surviendroient entre les Eu- ropéens et les Chinois ; il fut enjoint au hanniste de ne pas refuser d’être fiador, de veiller aux be- soins du navire étranger dont il étoit chargé, de lui procurer un comprador pour Tachat des vivres, et un fingua pour traiter Îes affaires, enfin de ter- miner tous les comptes avant le départ du bâtiment, Les mandarins ordonnèrent de plus que les Européens se rendroient aux douanes pour être 202 OBSERVATIONS visités, avec défense d’outre- passer les barrières sans être accompagnés d’un soldat, d'acheter dans les boutiques, et de posséder une maison ou emplacement, sous peine de confiscation pour l'étranger, et d’exil et même de mort pour je Chinois qui auroit vendu; les hannistes s’obligeant à louer à perpétuité une maison à chaque nation, et répondant en outre de ceux qui y logeroïent. Par ces mêmes réglemens il ne fut permis à aucun Européen d'amener son épouse dans un lieu com- merçant de lempire, principalement à Quanton , et aucun navire n'eut le droit de remonter ja ri- vière sans en avoir obtenu auparavant la permission du gouvernement Chinois , et sans s'être muni d'un pilote avoué par les mandarins. Tout bâtiment appartenant à une nation ayant des résidens à Quanton, ne put rien débarquer à Macao, mais il dut se rendre à Wampou pour y être jaugé et payer les droits d'ancrage. If fut obligé en outre de prendre, en s’en retournant, une cargaison dont les droits seroïent à Îa charge du hanniste ; et si le navire venoit à s’en aller sur son lést, ce qui ne devoit arriver dans aucun cas, le hanniste répondoit des mêmes droits que s'il y avoit eu un chargement. Tous les Européens durent, après je départ des bâtimens de leurs nations respectives , se rendre à Macao, pour loger dans Îes maisons des SUR LES CHINOIS. 203 Portugais, que ceux-ci, à la demande du gouver- nement Chinois , s'engagèrent à louer aux com- pagnies. Il fut défendu de plus à tout Européen arrivant d'Europe ou résidant à [a Chine, d’ac- caparer , pendant le séjour des navires, ou après leur départ, aucune espèce de marchandises, soit pour son propre compte, soit pour Jes revendre ensuite ; il fut aussi enjoint aux hannistes de ne pas vendre aux étrangers du cuivre rouge ou jaune, et de ne pas fournir, par chaque navire , au - delà de cent livres de soie écrue. IT fut prescrit aux linguas, aux compradors, et aux Chinois en général, de ne pas entrer au ser- vice d’un Européen, sans en avoir obtenu aupa- ravant [a permission des mandarins. Telles furent les ordonnances rendues en 1759 par les mandarins. Les Européens habitèrent en- core Quanton pendant les deux années qui sui- virent la formation du Cong-hang; mais ils furent obligés par la suite de se rendre à Macao, pour ne revenir à Quanton qu'après l’arrivée des bati- mens d'Europe. En 1780, quatre Anglois ayant été accusés de faire le monopole, les hannistes les firent expulser ; mais en faisant exécuter les réglemens du Cong- hang pour ce qui regardoit les étrangers , ils ne s'y soumirent pas eux-mêmes ; ils continuèrent au contraire à recevoir à intérêt des fonds des 204 OBSERVATIONS Furopéens, et finirent par faire des banqueroutes considérables. Le gouvernement, il est vrai, inter- vintet ordonna aux marchands hannistes de payer les dettes de leurs associés ; mais ces dettes ayant été presque toutes contractées en faveur de négocians particuliers, les compagnies , et les Européens qui viennent chaque année à Quanton souffrirent seuls de cet arrangement, parce que les hannistes firent hausser Je prix des thés à proportion des sommes qu’ils avoient à rembourser. Cet abus en amena encore un plus grand ; c’est que ies mar- chands contractèrent l'usage de fixer entre eux le prix de toutes les marchandises d'importation et d'exportation, et prélevèrent par ce moyen, sur les Européens, de fortes sommes, qu'ils employèrent à faire des présens aux mandarins, et pour sub- venir à leurs propres besoins ou aux demandes imprévues du gouvernement. Le nombre des hannistes varie : il y en avoit huit en 1784; mais depuis ce temps le Hopou en a créé quatre nouveaux : C’est un moyen pour lui de se procurer de largent. Les hannistes seuls ont le droit de traiter avec les Européens ; cependant ces derniers peuvent négocier avec des marchands particuliers, qui, pour la plupart, sont les courtiers des hannistes. Le gouvernement ferme les yeux sur ce genre de commerce ; mais, si le Chinois à qui l'étranger a livré sa marchandise, vient à SUR LES CHINOIS. 205 disparoître, celui-ci n’est en droit de former aucune plainte. Toutes les nations sont indistinctement réunies à Quanton et traitées de la même manière. Les hannistes préfèrent néanmoins celles qui apportent le plus d'argent et qui remportent une plus grande quantité de thé, parce que c’est sur cet article qu'ils font les bénéfices les plus considérables. \ COMPAGNIE HOLLANDOISE. Parmi les étrangers qui fréquentent le port de Quanton , les Hollandoïis sont ceux qui font le commerce avec le plus grand avantage. La com- pagnie Hollandoiïse expédie chaque année trois, quatre et jusqu’à cinq vaisseaux du port de mille à douze cents tonneaux. Ces navires partent d'Eu- rope en automne, passent au Cap pour y remettre quelques objets de consommation, et se rendent ensuite à Batavia, où ils déchargent les munitions navales , les provisions d'Europe et fa quincaïllerie, né réservant pour ja Chine que les lainages , les fils d'or, le cuivre et le ginseng. On y ajoute, pour compléter le chargement, ce que les Portugais nomment bitches de mer, du bois de sandal, des clous de girofle , du poivre, des noix muscades, des nids d'oiseaux, du calin, de la cire, des rot- tins et du riz. La vente de ges derniers objets a produit, en 200 OBSERVATIONS 1787, une somme de..:4,,,... 2,488,830iliv. Celle des objets d'Europe..... 898,740. Somme en piastres apportée de Hollande}. : HS Re PR RS. c00! Total employé au chargement du retour de cinq navires.. 9,867,570. 0, Quoique les Hollandoiïis aient linappréciable avantage d’apporter des objets recherchés des Chi- nois objets qui leur ont coûté peu d’achat, et de les revendre avec un tel bénéfice, que sur plu- sieurs cargaisons venues de Batavia, ils en gagnent une de retour pour l'Europe, ils ne négligent pas pour cela la précaution d’avoir toujours de l'argent, chose absolument nécessaire pour faciliter les opé- rations du commerce, et payer certaines marchan- dises : mais ce qui sert encore mieux leurs intérêts, c’est le soin qu'ils prennent de tenir [a balance égale entre les hannistes. Cette conduite est sage, et il eût été à desirer que les étrangers feussent imitée ; au lieu qu’en suivant une route toute op- posée , et favorisant quelques marchands au pré- judice des autres, ils ont détruit Ja concurrence, se sont mis à leur discrétion, et les ont rendus en quelque sorte les maîtres du prix des marchandises. Mais, si la compagnie Hollandoïise met tant de prudence dans sa manière d'agir avec les hannistes, elle pèche visiblement sous d’autres rapports. SURAEEBESCHTNOIS 207 1.” Elle ne paie pas assez ses employés, et s’ex- pose à être mal servie ; 2.° Elle ne prend pas assez de précaution dans le choix de ses capitaines de navire ; 3.° Elle ne veille pas assez à la bonne construc- tion de ses vaisseaux, et s’ingère à tort de leur prescrire leur route. La compagnie entretient à Quanton quinze à seize facteurs , qui ne rendent compte qu’à ja di- rection en Europe. .De ce nombre six ou huit seu- lement forment un conseil, dont les pouvoirs sont très-étendus. Les écritures pour le commerce sont longues et multipliées ; les affaires en vont plus len- tement sans être mieux faites; en les simplifiant tout iroit plus vite, il faudroit moins de monde, et l'on diminueroiït les dépenses d’une factorerie trop nombreuse. COMPAGNIE ANGLOISE. L'usage du thé est généralement répandu en Angleterre, et la consommation des feuilles de cet arbrisseau y est si considérable, qu’il en faut an- nuellement une quantité de seize à vingt millions de livres pesant. Il n’est donc pas surprenant que les Angloiïs fassent un grand commerce à Ia Chine, et qu'ils y expédient chaque année beaucoup de vaisseaux pour rapporter la provision nécessaire aux besoins de ja Grande-Bretagne et empêcher 208 OBSERVATIONS l'introduction des thés par les étrangers. C’est dans cette vue qu'en 1787 la compagnie Angloise a presque doublé ses expéditions pour Quanton : si elle a paru les diminuer dans Ia suite, ce n'a été qu’en apparence, Car les bâtimens étant plus gros © ont porté davantage ; ce qui est évident, puisqu'en Len 1787 vinot-huit navires ont jaugé vingt mille neuf cents tonneaux, et qu'en 1795 vingt-un en jau- / 已 geoIent un pareil nombre. D'après Îe relevé des douanes du Hopou à À . / AN Quanton, les Anglois ont apporté, de 1786 à Q 一 1787 » TARPE MAT i 0 OO En: MOMIE. CT is 450,000. En Jainages, camelots et serges.... 2,366,36s. En calin, poivre et autres objets. ... 6,060,035. TOTAL LS ses mé tu 4 NA MODO) ED! CE Charcemen t de retour, 2 Dix-huit millions huit cent cinquante- trois mille six cent soixante-quinze livres pesant de thé; soie écrue, nankins, porcelaines, musc,borax, 1 rhÜbar ne cs ess ide À F>.:42,0620835 人 CN Frais de factorerie à Quanton...... 1,10$,760. ee 0 Différence des deux totaux..,.. 19,725,095! TT, Cette SUR LES CHINOIS. 209 Cette différence de 19,725,09$ liv.aété remplie par les thés et autres marchandises que les Chinois ont livrés à fa compagnie en retour des cotons et autres effets de l'Inde appartenant à des négocians particuliers, pour Île paiement desquels fjes subré- cargues ont délivré des lettres de change sur Londres. Le taux de ces lettres est généralement élevé ; c’est une politique de ja compagnie, qui attire par ce moyen à Quanton une grande partie des fonds provenant du commerce d’Inde en Inde. On distingue deux espèces de commerce dans PInde, celui qui se fait avec l'Europe, et celui que les particuliers font d'Inde en Inde : ce dernier s'élève de trente-deux à trente-six millions, et rend à la compagnie un droit de près d’un million. C'est à l’aide du commerce d’Inde en Inde que les An- glois vivifient celui de Ia Chine; et l’on voit facile- ment combien il leur est avantageux, puisque, par l'état des lettres de change, les sommes tirées de Quanton s'élèvent de douze à quinze millions. À l’époque de 1787, les envois particuliers de TInde à la Chine, c’est-à-dire de Surate, de Bom- bay, de Madras, de Bencolen, des détroits de Ja Sonde et de Malaca, ont rendu en coton, en calin è en poivre et autres marchandises, une somme d'environ. .........,........ 12,000,000! (Le coton seula donné 7,186,498!.) TOME III. O 210 : OBSERVATIONS De l'autre part. .,......:, 7 12,0606,600! La vente de lopium à fa Chine mestélevée à près de...:...:%34.: sisé0o00. La vente des cotons apportés par les navires de ia compagnie, a été HD PS RME RU. MS 066600. HÉPRNUNS s ouulu Me: 295 00:00 一 : Sur cette somme de 23,500,000 iv. if faut défal- quer les retours pour linde, consistant en soie écrue, soleries, thés, sucre candi, porcelaine, camphre, nankins, &c. montant de six à sept mil- lions : reste donc 16,500,000 liv. qui, ajoutés à l'argent fourni par certains particuliers, ou à fa valeur des effets pris à crédit chez les Chinois, ont formé la somme de 19,725,09$ liv., qui a complété le chargement des navires d'Europe. Les Anglois n'ayant point porté d'argent à fa Chine pendant la guerre de FAmérique, les subré- cargues ont été forcés de charger à crédit, et à l’époque de 1785 , la compagnie devoit à Quanton plus de huit millions ; elle a fait passer depuis des fonds considérables et s’élevant à plus de quinze millions ; mais les expéditions s'étant trouvées plus fortes, la compagnie n’a pu se liquider, d'autant plus que les envois d'argent ont diminué par la suite, et même cessé tout-à-fait à l'époque SUR-LES ‘CHINOIS. LT de la révolution de France ; aussi le comptoir Anglois, à Quanton, doit aux Chinoïs une forte somme d'argent, nonobstant les grands envois de plomb et de lainages. Ce dernier article sur-tout, qui, dans les premiers temps, n’alloit qu’à la somme de deux à trois millions, s'est élevé peu à peu jus- qu'à quinze. On peut établir, d’après les chargemens de Chine faits jusqu’à lannée 1796, que les achats de [a compagnie à Quanton coûtent, [es uns dans les autres, depuis trente jusqu’à quarante millions, et rendent en Europe de soïxante-cinq à soixante- douze millions. Mais il est difhcile d’assigner ce qui revient net de bénéfice sur cette somme à ja compagnie, parce qu'indépendamment du prix da- chat, il faut défalquer encore les frais de douane, de marchandises, de factorerie, le fret des navires, et autres dépenses quelconques. Les droits de douane ont augmenté successive- ment de quatre jusqu’à quinze millions. Les frais de marchandises vont de trois à quatre millions. Le fret des navires est plus ou moins fort, sui- vant le nombre des navires demandés et suivant les circonstances ; maïs, si Pon calcule sur le prix ordinaire de chaque tonneaw, coûtant environ quatre cent cinquante livres, le prix total du fret doit être d'environ dix millions. O3 D 55 OBSERVATIONS Les frais de factorerie à Quanton s'élèvent , comme je Tai dit à l'article du chargefnent, à plus d'un million. Le comptoir Anglois à Quanton est composé de seize à dix-huit subrécargues, dont les princi- paux forment un conseil pour Îles affaires, mais dont le pouvoir est très-borné, sur-tout pour ce qui regarde la marine. Les matelots ne les recon- noissent en rien, et s’embarrassent fort peu des ordres qu’ils peuvent donner. Ce vice d’administra- tion a de fâcheuses conséquences pour les Angloïs à la Chine ; car, d’après leur propre aveu, if est cause qu'ils y sont peu aimés, et même mal vus du gouvernement. La dépense du comptoir est considérable ; jes subrécargues , presque tous fils ou parens des di- recteurs de la compagnie, sont défrayés de tout, et reçoivent une commission proportionnée à leur ancienneté de service ; elle est assez forte pour les mettre en état de retourner à Londres avec une fortune brillante, après un certain nombre d’an- nées de résidence à la Chine. COMPAGNIE FRANCOISE. Les François jouissoient seuls anciennement du privilége d’avoir un comptoir fixe à Quanton ; mais ayant été un témps considérable sans paroître dans cette ville, les Chinois, à leur retour, ne leur SUR LES CHINOIS. 513 permirent plus dy rester comme par Île passé. M. Duvelaër obtint cependant, en 1728 , la per- mission de demeurer à Quanton; mais en 1731, il fut forcé d’en sortir, en y laissant néanmoins son frère pour attendre un navire dont Parrivée avoit éprouvé des retards. En 1745 , les François obtinrent le droit de s'établir sur l’île de Wampou ,en payant cent taëls [750 liv. ] par chaque vaisseau. La guerre ayant souvent interrompu le commerce des François , et leurs bâtimens n’ayant pas paru à Wampou, les Chinois n’ont pas exigé à leur retour de plus forte somme que celle de cent taëls; de plus ifs n’ont jamais voulu permettre qu'aucune autre nation s’é- tablit à [eur place; et c'est en vain que les Angloïs ont fait des tentatives pour y parvenir. Le commerce François à la Chine ne nécessite que deux ou trois bâtimens de sept à huit cents tonneaux chacun. Un plus grand nombre rappor- teroit plus que la France ne consomme, et au delà de ses débouchés. Ce commerce demande depuis trois millions et demi jusqu’à quatre et cinq millions, et peut en produire six et huit en Europe. Une grande partie de Penvoi consiste en argent; le reste estcomposé de draps, glaces, azur, fils d'or et ébène : les retours sont en thé, soie écrue, soïe- ries, nankins , rhubarbe, anis, esquine et por- celaine. Les thés composent le tiers ou la moitié O 3 214 OBSERVATIONS du chargement; maïs ja France n’en consommant qu'une partie | pour environ 300,000 [.), le reste se vend chez l'étranger , et fait souvent rentrer plus d'argent qu’il n’en étoit sorti pour faire far- mement pour fa Chine. Les soies écrues forment un objet principal de retour ; elles sont nécessaires à nos manufactures où lon a besoin d’une soie plus fine et supérieure à celle de nos provinces méridionales ou d'Italie. Les nankins étant d’un grand débit en France, la compagnie en faisoit venir un grand nombre de pièces; car la bonté de Ia toile et de la couleur des vrais nankins , lemportant de beaucoup sur ceux qui sont contrefaits à Rouen, la vente n’en a pu être arrêtée par les forts droits auxquels ils sont soumis. Le commerce de ja Chine a toujours été regardé comme avantageux; mais la manière de je faire, peut seule en assurer le succès ; car ce négoce de- mandant de forts capitaux, il est important qu'il ne soit confié qu’à une personne qui ait l’habitude de traiter les affaires à Quanton. Un capitaine ar- rivant pour la première fois dans cette ville, ne sachant souvent parler que françois , ne peut manquer d’être trompé; ignorant Îa situation des marchands, il ne sait auquel se confier; et si, dans cette incertitude il demande des conseils, il court un risque encore plus grand. SUR LES CHINOIS. i1$ . En matière de commerce il ne faut pas demander de conseils ; car le subrécargue étranger auquel s'adresse je nouveau venu, a les affaires de sa com- pagnie , ou les siennes propres à gérer : engagé peut-être chez un marchand dont il redoute le peu de solidité, et ne sachant pas quel moyen em- ployer pour retirer l'argent qu'il lui a confié , ïl n'a d'autre parti à prendre que de recommander ce même marchand au capitaine; celui-ci remet ses fonds, le subrécargue retire jes siens, et lar- mement est ruiné. COMPAGNIES DANOISE ET SUÉDOISE. Les Danois expédient ordinairement deux vais- seaux chaque année pour la Chine ; le plus fort du chargement d’envoi consiste en argent, et s'élève à cinq cent mille piastres ; le surplus est en plomb, en ambre, en jainages ,en azur, et dans quelques marchandises de l'Inde, prises à Tranquebar par Fun des deux navires venant d'Europe. | Les Suédois ont pareïllement deux navires avec une somme en argent égale à celle des Danois; le reste de [a cargaison consiste en cuivre, plomb, acier et azur: ces deux nations chargent en retour des thés qu'elles vendent en grande partie en Écosse et dans le nord de l'Allemagne. Les Suédois et les Danois entretenoient chacun O 4 216 OBSERVATIONS 2 Quanton trois résidens , outre un subrécargue qui venoit et s’en retournoit avec Île navire; mais depuis 1795 les Danois, pour éviter la dépense, n'ont plus de résidens à la Chine; les employés arrivent et s’en vont chaque année. COMPAGNIE PRUSSIENNE. Le navire Prussien qui étoit à Quanton en 1797 , a apporté en argent cent quarante-quatre mille piastres [ ou 777,600 liv. |, et pour neuf miile deux cent quatre-vingt-sept piastres [ou s°,149 liv.], en ginseng , plomb, rotins, riz: le total alloit à 827,749 liv. COMPAGNIE ESPAGNOLE. Les Espagnols ont un comptoir à Quanton, où ils entretiennent trois subrécargues ; leurs en- vois en Europe consistent principalement en soie- ries, nankins et autres effets de la Chine; ils ne chargent pas de thé. COMMERCE AMÉRICAIN. Les navires Américains ont apporté très-peu d'argent dans les premières années qu’ils ont paru à Quanton; mais depuis la révolution de France, il y a des bâtimens de cette nation qui ont eu jusqu’à cent mille piastres. SUR LES CHINOIS. 217 COMMERCE EXCLUSIF ET PARTICULIER, ON voit par ce que je viens de dire sur Îles liaisons des Européens avec les Chinois, que le commerce se fait par des compagnies. Est-il plus avantageux de le faire de cette manière, ou de le laisser entre les mains des particuliers ! c’est une question qui a été agitée plusieurs fois, et repré- sentée sous différens jours, parce que ceux qui se sont chargés de ja résoudre, étoient, ou des négocians particuliers , par conséquent portés à soutenir leur propre cause, ou des individus qui n'ayant jamais voyagé , n’ont cherché qu’à faire briller leur esprit dans une affaire qui leur étoit inconnue , et sur laquelle ifs n’ont pu discourir que d'après des notions étrangères. À vantage du Commerce, Tout le monde connoît l'utilité et limportance du commerce ; il donne du ressort et de l’activité aux hommes; il augmente les ressources et favo- rise [a multiplication des êtres. Les pays qui s’a- donnent au commerce, à la marine , ou à une industrie quelconque, sont toujours les plus riches en population ; tandis que tous ceux où, par une. fausse politique, on a restreint le commerce mari- time et gêné l'industrie , ont vu diminuer, quel- quefois même assez rapidement , le nombre de 218 OBSERVATIONS jeurs habitans; car les peuples indolens et pau- vres, sont peu disposés à se reproduire. Le pays où tout citoyen est considéré , n’im- porte dans quelle condition; où fe négociant enrichi par le commerce , continue à sy livrer parce qu’il est assuré de s’illustrer en remplissant bien son état; ce pays sera le plus propre à faire un commerce suivi, et par-là deviendra riche et puissant. ‘ Les gouvernemens doivent exciter et protéger le commerce ; mais ils doivent veiller en même temps à ce qu'il soit fait de la manière la plus utile à l'État. Un pays, dit Davenant /a), ne peut devenir riche que par un commerce bien conduit et auquel on donne toute l'extension dont il est susceptible ; et comme il n’y a pas de contrée dont le sol soit assez fertile pour qu’elle s’enrichisse par le simple échange de ses productions, on ne doit, continue le même auteur, y négliger aucune sorte de commerce, parce que tous les genres de trafic sont tellement liés entre eux par une dépendance réciproque, que la perte de Fun entraîne infail- liblement Ia ruine des autres. Le commerce, suivant l'Histoire universelle des Anglois, augmente les forces navales ; il emploie beaucoup d'hommes , il fait des marins, apporte (a) An Essay upon the East-India trade, SUR: LES CHINOIS. 219 de l'argent, enrichit la nation et favorise ses ex- portations. Commerce des Compagnies et des Particuliers, Les premiers Européens qui firent des décou- vertes, ou qui se livrèrent à des commerces loin- tains, furent pour la plupart des négocians isolés, et non réunis en compagnie; mais Ja durée , les dangers des voyages, les embarras des expéditions éloignées , les dégoûtèrent bientot de semblables entreprises , et l'on reconnut que jes négocians ne pouvoient , avec leurs propres moyens, lutter avec avantage contre ces divers inconvéniens. L'unanimité des puissances étrangères , depuis deux cents ans, à remettre, malgré jes plaintes des particuliers, le commerce de l'Inde dans Îles mains de compagnies exclusives , prouve claire- ment en faveur de ces établissemens ; et si l'on suppose un instant qu’un intérêt quelconque leur ait donné naissance , on doit croire que lexpé- rience en découvrant, 1ôt ou tard, les inconvé- niens ou Putilité qui en résultent, a naturellement fixé l'opinion du côté qui paroissoit le plus avanta- geux. Le grand Colbert regardoit Pétablissement des compagnies comme le moyen le plus propre à engager les François à commercer par eux-mêmes ; car, dit Davenantgæ/Ja France est une nation chez 10! OBSERVATIONS Jaquelle Te commerce est forcé et purement arti- ficiel; son génie et sa position ne peuvent lui faire obtenir des succès égaux à ceux des Anglois et des Holïlandoïis, beaucoup plus habiles en fait de négoce et de marine. Que lon considère je caractère des habitans de TInde , {a distance des lieux et la nature du com- merce ; la nécessité d’une compagnie exclusive , et l'avantage de réunir dans les mêmes mains, le commerce, le pouvoir politique et les revenus , sont si évidens et tellement prouvés par lexpé- rience des autres nations, qu'il n’en faut pas cher- cher d’autres preuves /a). En supposant que le meilleur moyen de faire le commerce ne soit pas celui de le faire par com- pagnie , il faudroit cependant femployer, par cela même que les autres nations l’emploïent , et que des particuliers sans fonds considérables, et sans liaisons entre eux, ne pourroient balancer le crédit et la puissance d’un corps étroitement uni dans toutes ses parties. L'égalité de force et d'union est nécessaire dans le commerce pour pouvoir trafiquer avec un avan- tage égal, de nation à nation; par conséquent le contraire, qui résulte naturellement du commerce (a) A View of the rise of the English government, by Verelse. e SURE BEBS CHINOIS. 221 libre, doit nécessairement donner naïssance à des pertes inévitables et sans nombre ; maïs en établis- sant des compagnies, le gouvernement, comme le dit avec raison Postlethwait, doit veiller sur leur conduite et sur leur commerce; or: si nous voyons par expérience que le gouvernement n’y réussit pas toujours, comment pourra-t-il avoir les yeux constamment ouverts sur un grand nombre de particuliers isolés , qui ne voient dans ja liberté du commerce que la faculté de faire ce qu'ils veulent, et non celle de s'unir avec tous les mar- chands , pour concourir tous ensemble à Tagran- dissement du commerce général ! Le vrai négociant est celui qui ne perd pas de vue lutilité publique , et qui cherche à enrichir sa patrie par ses entreprises ; mais malheureu- sement ce n’est pas Îà ce qui anime celui qui se livre à des spéculations de commerce ; le seul motif, suivant Smith , qui détermine le capitaliste dans l'emploi de ses fonds, c’est son propre profit; il ne considère nullement ie bénéfice de son pays. Le commerçant, dit Ferrières, n’est point touché des intérêts de sa nation , ïl ne faut quouvrir les yeux pour s’en convaincre. À ces réflexions on peut ajouter que la con- currence nuisant au débit des objets d'Europe dans TInde , et haussant le prix de celles qu'on y achète , les armateurs particuliers ont plus à 223 OBSERVATIONS souffrir de cette concurrence qu’une compagnie qui assortit ses marchandises d'envoi, combine celles de retour, et par conséquent se procure des bénéfices assurés et plus grands. Un inconvénient du commerce particulier, c'est que, si un négociant réussit dans le débit d’une marchandise, tous les autres en portent à Fenvi, et par conséquent en font tomber nécessairement le ‘prix ; c'est ce dont jai été plusieurs fois je témoin. Or, comme dans ces circonstances je premier soin est d'éviter la perte, chacun d'eux cherche à se tirer d’embarras à tout prix , et Ia plupart saisissent le seul moyen qui leur reste, celui de se lier d'intérêt avec les Anglois , et de rapporter en France des marchandises provenant du commerce Anglois, qu'ils vendent comme car- gaison Françoise. Le négociant s'enrichit par ces spéculations, mais il appauvrit l'Etat, en faisant sortir le numéraire qu'il est nécessaire dy con- server. C’est cependant ce qui est arrivé, et ce qui arrivera , si le commerce de PInde est libre : lex- périence Fa démontré /a). Un second inconvénient et qui est la consé- quence du premier, c’est que Îles particuliers, après avoir paru en grand nombre dans un pays , n'y re- viennent plus sis y ont éprouvé quelques pertes ; (a) État du commerce de 1769 à 1783. SÛR LES CHINOIS. 223 et l'inégalité de ces opérations détruit entièrement le crédit national. If résulte donc qu’il faut nécessairement établir des compagnies, si lon veut faire avec avantage le commerce de TInde'et de la Chine : en effet, une compagnie jouit de tous les avantages qui peuvent assurer le succès de ses opérations; elle entretient, dans ses différens comptoirs , des fac- teurs qui savent les langues du pays, et qui con- noissent la situation des aflaires; elle ne livre son argent qu'avec sûreté , n'achète ses marchandises de retour qu’à une époque favorable, et par con- séquent peut les donner en Europe à meilleur marché que les particuliers. C’est une erreur de croire qu’une compagnie vend plus cher parce qu’elle n’a pas de concurrens : elle est obligée de suivre je taux des compagnies étrangères , et de régler ses prix sur les leurs. Utilité du Commerce de l’Inde et de la Chine, En considérant [es produits de l'Inde et de Ia Chine , on se persuade facilement que la France doit se livrer au commerce de ces deux contrées, comme lui étant utile et absolument nécessaire ; utile, en ce qu'il forme des marins, entretient ia construction et l'armement des navires , et vi- vifie nos ports ; nécessaire, en ce que l'Asie four- nissant beaucoup de marchandises dont nous ne 224 OBSERVATIONS pouvons nous passer , telles que les épiceries , le sucre, le café, la cannellé, le salpêtre , le coton, le borax, le camphre, les drogues propres à la teinture et à la médecine ; et la surveillance ja plus sévère ne pouvant empêcher entièrement ja contrebande d'introduire celles qui sont pure- ment de luxe, comme les toiïleries , les mousse- Jines, &c., il vaut mieux que la France en allant elle-même chercher ces objets, évite l'exportation du numéraire avec lequel elle les paie aux étran- gers, et s'assure de ja jouissance des bénéfices qui résultent de ce commerce. Si l'on ne se rend pas à ces raisons, qu’on fasse attention à cette phrase remarquable de Davenant, phrase écrite en 1698, il y a plus d’un siècle, et dont nous avons l’accomplissement sous les yeux. « Un pays quelconque, dit-il, qui pourra être en » pleine possession du trafic de l'Inde, fera la loi » à tout le monde commerçant. » Ceci mériteroit une longue explication; mais mon dessein n’est pas de traiter du commerce de l'Inde, et je n’en parle que parce qu’il est lié avec le commerce général. Celui de la Chine est avantageux, en ce quil ne demande aucuns frais extraordinaires, c’est-à-dire, de troupes, de fortifications et de marine ; s’il nous offre peut - être des objets dont nous n'avons pas extrêmement besoin, ce n’est pas une raison de l’abandonner ; en effet , tant que les Anglois et SUR LES CHINOIS. 225 et les autres nations le feront, il est de Ia saine po- litique et de lintérêt de l'État de le continuer ; d’ailleurs la France ne consommant qu’une foible partie des marchandises qu’elle tire de Ia Chine, et en réexportant le surplus chez l'étranger, elle se trouve par-là faire un commerce très-lucratif. On voit, d’après ce que je viens de dire , que le commerce de l'Inde et de [a Chine est impor- tant ; mais, Comme on pourroit me dire qu’il ne Test pas autant que je le soutiens, parce qu’il né- cessite beaucoup d'argent , Je répondrai à cette objection par quelques réflexions sur l'exportation de Fargent. Exportation de l’ Argent, L'économie d’une nation, dit Ferrières , consiste à n’acheter des productions étrangères qu'autant qu’elle peut les payer avec les siennes. Lorsque ja France, par le traité de 1786, sacrifia plusieurs millions pour acheter des productions Angloises , elle agissoit follement, parce qu'elle se privoit de numéraire, qu’elle fournissoit des moyens à ses ennemis , et qu’elle réduisoit en outre ses propres manufactures à rien. Cela est vrai; car tout commerce extérieur est désavantageux lorsque Ia nation paie en argent des marchandises qu’elle consomme elle - même ; mais lorsqu'elle jes réexporte au dehors en nature, TOME III. hi 226 OBSERVATIONS et sur-tout manufaciturées, ce commerce est au contraire très-avantageux. Celui qui a dit que la meilleure manière de faire le commerce de FInde est celle où fon exporte le moins d'argent, a montré qu'il étoit plutôt banquier que négociant. Si un François, dit Rotous, par quelque spéculation utile, se détermine à porter des espèces chez létranger, c’est qu'il est assuré qu’elles lui rentreront avec bénéfice : or, les bé- néfices étant la source véritable de l'augmentation du numéraire et de ia richesse nationale, il ne faut pas craindre l'exportation de largent dans certains cas: Le commerce, suivant le British merchant , tire de Pargent ; mais comme une grande partie des effets importés sont prohibés, qu'ils sont réex- portés et vendus au dehors, cette vente rapporte une somme beaucoup plus forte que celle qui étoit sortie : raisonnement vrai, et qui peut convenir plutôt aux François qu'aux Anglois. On a done tort de s'élever avec tant de force contre l'exportation de l'argent. L’abondance du numéraire, il est vrai, rend les échanges plus nom- breux , augmente ja circulation, facilite les moyens du travail; mais une trop grande abondance a des inconvéniens, et on doit faire à ce sujet de graves réflexions. Lorsque chez une nation l'argent devient trop SUR LES CHINOIS. 227 abondant, il faudroit que les impôts, les choses nécessaires à la vie diminuassent en proportion de cet accroïssement; mais cest ce qui n’a pas lieu , ils augmentent au contraire, l'expérience Ie prouve : dans ce cas, les produits de l'industrie devenant plus chers, ils ne peuvent être vendus au dehors : ceci est arrivé en Hollande, cela se voit en France , et cela se verra en Angleterre. La principale réussite du commerce dépend en- tièrement du bon marché qu'on peut faire aux acheteurs. I est donc évident, d'après les principes re- connus par toutes les nations, que le commerce de l'Inde et de fa Chine est profitable, malgré l'exportation de Fargent ; mais cette exportation doit être la moindre possible, et elle le deviendra lorsque le commerce ne sera pas livré au premier négociant qui se présentera ; enfin , lorsqu'il sera remis entre Îles mains d’une compagnie sage, bien réglée , et sur laquelle Ife Gouvernement aura tou- jours les yeux ouverts. Mais, si l'État doit veiller sur le commerce , Îl faut que son attention se porte également sur jes manufactures, Lorsque notre commerce du Levant étoit dans ie plus haut degré de prospérité, on s'élevoit contre les réglemens qui forçoient les fa+ bricans de draps à leur donner une certaine di- mension ou à employer telles ou telles matières. PF 228 OBSERVATIONS Qu'est-il arrivé dès que administration , moins sévère, a cessé de tenir la main à la police des fabrications ? mille sortes de fraudes ont été em- ployées, nos draps ont perdu de leur réputation, et les Anglois ont enlevé à [a France une branche im- portante de commerce , qu’elle auroit conservée, sans les principes prétendus libéraux, ou plutôt insensés et ignorans, de quelques esprits chagrins. Si lon veut faire du commerce en France, et qu'il soit profitable , si l’on veut établir des com- pagnies pour les pays où elies sont nécessaires, il ne faut pas écouter des gens qui parlent du commerce sans lavoir fait, ou sans en avoir fa plus légère idée; il ne faut pas s'adresser aux arma- teurs des ports , dont jes intérêts particuliers sont et seront toujours en opposition avec les intérêts de l'État ; il faut consulter des personnes impar- tiales, qui aient voyagé, qui connoïssent ie com- merce en grand et la manière de ie faire avanta- geusement pour la France. I ne s’agit pas de faire un commerce immense, il s’agit de le bien faire ; plus il sera étendu et mal combiné, plus il sera désastreux. L'homme qui ne calcule que les droits que l'État perçoit sur le commerce, croit que le commerce libre rapporte plus au Gouvernement, parce que le nombre des navires est plus consi- dérable : ïl est dans lerreur ; cela n’a lieu qu'un moment, et les droits deviendront bientôt nuls SUR LES CHINOIS. 239 par la chute et Ja ruine d'un grand nombre de négocians. Un commerce sagement dirigé et suivi donnera peut-être moins dans je principé ; mais en s’'augmentant tous les jours, il rendra plus par la suite, et rapportera sans cesse. MONNOTIES. LES monnoies anciennes existent en petite quantité à ja Chine , et l'historien , privé de leur appui, ne peut pas s’en servir, comme chez Îes autres peuples, pour se diriger à travers je Jaby- rinthe obscur de la chronologie. L'empereur Chy- hoang-ty, outre ses projets politiques , jaloux de transmettre exclusivement son nom à la postérité, anéantit non - seulement les monumens existant antérieurement à son règne, mais encore tout ce qui pouvoit rappeler le souvenir de ses prédéces- seurs : rien n'échappa à ses avides recherches ; tout fut détruit, et les monnoies, en petit nombre, qu'on donne maintenant comme jes restes pré- cieux des premiers siècles de l'empire, sont inin- telligibles, ou méritent peu de confiance, si même elles ne sont pas louvrage récent de quelques Chinois rusés, qui cherchent à gagner de Fargent en tentant ja curiosité des amateurs de l'antiquité. Tout ce qu’on sait de ces temps reculés, c’est que Tching-tang , fondateur de [a seconde dy-~ nastie , fit exploiter, l'an 1760 avant J. C., une P 3 ae 230 OBSERVATIONS mine de cuivre, dont il fit fabriquer des pièces de imonnoie , pour être un moyen d'échange dans Yachat des vivres, dont le peuple, tourmenté de- puis long-temps par la famine, avoit un extrême besoin. La monnoie étoit rare autrefois, et ne se fon- doit que dans le palais de l'empereur et sous ja direction de certains officiers. Ven-ty, Fan 160 avant J. C, la rendit plus commune, en pérmettant de la fabriquer par-tout indistinctement ; mais Kao-tsou, fondateur de la dynastie des Tang , Tan 619 après J. C., fut le premier qui en fixa le poids et en détermina lempreinte /a). Les Chinois ont employé pour faire de la mon- noie, le cuivre, l'étain , le plomb, le fer, la terre cuite et les coquillages ; cette dernière monnoie ne subsista que fort peu de temps, ainsi que celle de papier, fabriquée sous les Yuen ou Mongoux, et dont parle Marc - Paul. Certains auteurs pré- tendent qu’il y a eu jadis à la Chine des monnoies d’or et d'argent ; mais comme ils en font remonter usage jusqu’à l’époque des premières dynasties , on peut révoquer en doute cette assertion. La rareté du cuivre sous Hong-vou , fondateur (a) Le denier Chinois a huit lignes et demie de diamètre ; il ést percé au milieu d’un trou carré, et pèse un tsien ceux fen : d’un côté il y a le nom de l'empereur, et de l’autre deux mots T'artares, SUR LES CHINOIS. 23 des Ming, l'an 1368 üprès J. C., engage cé prince à renouveler la monnoie de papier ; mais elle ne fit pas plus fortune que ja premièré fôis, car les Chinois ne purent jamais Se résotdre à échanger leur argent pour une matière aussi légère. L'argent et le cuivre ont seuls cours à [à Chine. L'or y est regardé comme une marchandise pré- cieuse, dont la valeur est plus ou moins grandé. L'argent n’est pas monnoyé cominé en Europe, mais fondu en pains plus où moins forts ; les gros servent pour faire les paiemens considérablés, ët les autres se coupent én pétits morceaux, Suivant les besoins des individus ; aussi chaque Chinois porte-t-il avéc lui sa balance ; ellé à, comme là romaine, un plateau et un poids mobile ; le Bras qui les supporte est en bois où en ivoire, ét divisé en /eang, tsien ét fèn , où taëls , mds et condorins, Cette balance est extrêmement sensible, ét peut servir pour des objets plus où moins pesans, sui- vant qu'on emploie ün des cordons de soie qui servent à la tenir en équilibre. Le titre de l'argent est en centièmes. L'argent au titre de quatre-vingt- dix-neuf est celui qui , sur un leang où uñe once d'argent, a un fen ov un condérin d'alliage , c’est-à-dire un centième d'once. L’irgentcourant estdequatre-vingt-dix-huit; il descend jusqu'à quatre-vingt-onze, et même plus bas , suivant les circonstances, L'empereur ét le P 4 232 OBSERVATIONS tribunal des finances ne reçoivent que de Fargent fin, ou au titre de cent : aussi dans les paiemens que les Chinois font à État, ils ajoutent trois ou quatre pour cent et même plus, suivant la qualité de fargent. IT s'ensuit qu’il n'existe réellement à la Chine que ja seule monnoie de cuivre : celle-ci est fondue et non frappée. Cette méthode est dispendieuse ; mais le gouvernement étant possesseur des mines de cuivre, n'a pas besoin d'acheter le métal qui forme les deniers, et par conséquent se libère faci- Jement des frais de fabrique. Le métal des deniers de cuivre est cassant ; 这 est composé de parties égales de toutenague et de cuivre rouge ou blanc, et souvent même il entre de ce dernier plus que la monnoie ne vaut intrin- séquement. Cela pourroit être sujet à des incon- véniens ; mais le gouvernement veille à ce que je prix du cuivre ne soit pas assez bas pour qu’on puisse gagner à faire de la fausse monnoie, ni assez haut pour quon fonde la monnoie pour en mettre le métal en œuvre : d’ailleurs, les faux mon- noyeurs sont punis de mort. On compte, dans l'usage ordinaire, par feang , tsien et fen, ou taëls, mas et condorins. II faut dix deniers pour un fen d'argent, mais ce rapport du cuivre à l'argent n'est pas toujours constant. Un leang, ou une once d'argent au titre de cent, vaut SUR LES CHINOIS. 233 uelquefois mille deniers, rarement plus, mais souvent moins. Ces variations ont lieu suivant que la quantité d'argent en circulation est plus ou moins grande; cest ce qui fait le profit des chan- geurs. 开 faut strictement dix deniers pour un fen ou condorin, cent pour un tsien ou mas, et mille pour un leang ou once d'argent. Chaque mas, contenant de quatre-vingts à cent deniers de cuivre suivant le cours, est liée par un brin de jonc qui passe à travers le trou de chaque denier et s'arrête en dessus. Les changeurs emploient pour cela des morceaux de bois creusés, à l'aide desquels ils composent et attachent rapidement chaque mas de deniers. Les Européens établis à Quanton, ne font ou ne reçoivent de paiemens qu’en piastres d'Espagne, appelées en chinois Yn-tsien , monnoie d’arvent, et valant 7 mas 2 condorins , ou 108 sols tournois [s fr. 34 centimes]. La piastre est reçue dans le commerce au titre de 94; mais le Hopou ne la reçoit qu’au titre de 93. Valeur des Monnoies. PR Les Chinois comme je viens de le dire, comp- tent par leang, tsien et fen, ou taëls, mas et condo- rins. Le taël ou once vaut 10 mas [7f 41 centim]; la mas vaut 10 condorins [75 centimes], et le con- dorin , 10 deniers [ 7,5 centimes |. 5 OBSERVATIONS prié ! Réduction de l’Argent de France, en Monnoie de. Chine. I! faut réduire ja somme à la plus petite déno- mination , et ja diviser ensuite par 741 centimes, pour avoir des taëls. S'il reste des chiffres indivi- sibles , on ajoute un zéro, et l'on divise par 741; je quotient donne des mas. On continue jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien à diviser ; par éxemple: centim. 53680c à : ee — 4 773 taëls o mas T 35 368 francs — x condorin. Réduction de la monnoie de Chine, en argent de Frances IT faut multiplier Ia somme par 741 centimes , valeur du taël ; par exemple : 4773 taëls x 741 cent. — 3 536 793 cent. + 7 cent. pour fa valeur d'un condorin. Total 一 3 536 8oo cent., où 35 368 francs, Réduction des Piastres en Taëls, Il faut multiplier fa piastre par 7 mas 2 condo- rins, valeur de la piastre. Le produit, en en re- tranchant les deux derniers chiffres, donnera des taëls; par exemple : 2472 piastres X 72 condorins ==:177 984, ou 1779 taëls 8 mas 4 condorins, SUR LES CHINOIS. 235 Réduction des Taëls en Piastres, II faut ajouter deux zéros à la somme, et Ia diviser par 72; par exemple : cond. 333 taëls, ou nu — 462 piastres et demie, dont la valeur en argent de France— 2 466 francs 68 centimes. Les Chinois de Quanton sont dans lusage, en recevant de la main des étrangers des piastres neuves , de les marquer avec certains caractères, pour indiquer qu’elles sont bonnes; mais non- obstant cette précaution, comme ïl arrive assez souvent qu'ils les perforent ou les fendent pour reconnoître si l'argent est de bon aloï , ces piastres se trouvent alors tellement défigurées, qu’il n'est pas prudent de les recevoir sans les peser ou les faire examiner auparavant par des gens très -ex- Perts et assez adroits pour reconnoître au son, en les comptant, celles qui sont fausses. Les Chinois des provinces naiment pas à emporter des piastres ainsi marquées ou rognées; ils les échangent contre des neuves , et donnent en retour depuis deux jusqu'à quatre pour cent. FOR, LES Chinois emploient deux sortes de balances, Tune qui a deux bassins, et l’autre qui ressemble à la romaine : cette dernière est d’un usage plus 236 OBSERVATIONS général. Les balances ne sont pas égales par-tout, et différent quelquefois depuis une once Chinoise jusqu’à cinq par cent pesant ; mais celle du tri- bunal des finances , appelée Kouan-ty, ne varie point, et sert de modèle pour les autres. C’est avec cette dernière qu’on pèse tout ce qui doit payer des droits au gouvernement. Les Européens sont dans l'usage de se servir de leurs propres balances lorsqu'ils vendent ou achè- tent des marchandises. Cent catis ou livres Chinoises font un pic (a), qui répond à 123 livres poids de marc [ 60 kïlo- grammes 2 hectogrammes o décagrammes 9 gram- mes 2 décigrammes |. La livre Chinoise répond à 6 hectogrammes 2 grammes o décigrammes 9 centigrammes 2 milligrammes ; elle se partage en 16 taëls ou onces, le taël en 10 mas, la mas en 10 condorins et le condorin en 10 jy. Réduction des Poids de France en Pics, II faut diviser la quantité de livres, par Péqui- valent du pic, ou par 60,2092 kilogrammes, pour avoir des pics ; ajouter deux zéros à ce qui reste, et diviser encore par 60,2092, pour avoir des catis : (a) Y'emploie ici les termes en usage à Quanton parmi les Européens. Le pic se dit en chinois, Tan; la livre, Kin; le taël, Leang ; la mas, Tsien ; le condorin Fen. SUR LES CHINOIS. 237 s’il reste encore quelques chiffres , on [es multiplie par 16 , et on divise encore par 60,2092, pour avoir des taëls ; s’il reste ensuite des chiffres, on ajoute un zéro , et lon divise de nouveau pour avoir des mas; par exemple : décig. 9990000 . 35652800 。 mms 10 Pics + — = SO Catis + 120372X16 2069952 ù 2636760 602092 Co20g2 3 taëls ai 602092 4 T mas EL Réduction des Pics en poids de France, IT faut mettre le poids Chinois sous la plus petite dénomination , et le multiplier ensuite par 60,2092. Le produit, en en retranchant les deux derniers chiffres, et divisant par 16, donnera des kilogrammes ; par exemple : 396 pics, 8 catis, 2 taëls — 633730 taëls 338722170460 x. 602092 = = —=y24201,2565 kilo- 10 MESURES, LA cobe ou pied Chinois /4) a dix pouces ou pontes de longueur, et chaque pouce dix lignes. Le rapport du pied Chinois avec le mètre est difficile à établir exactement , parce que les cobes différant beaucoup entre elles , Iles Chinois en 人 (a) La cobe ou pied se nomme en chinois, Tche; le pouce , Tsun; la ligne, Fen, 238 OBSERVATIONS emploient de plus ou moins grandes suivant les circonstances. Les missionnaires qui ont visité Ia Chine , et qui ont vu les mesures en usage dans ce pays, ne sont pas tous d'accord entre eux sur leurs di- mensions ; quelques-uns font le pied Chinois plus grand que Pancien pied de Paris ; le P. Lecomte le fait plus petit; d’autres prétendent que le pied du palais de Peking, ne diffère de celui de Paris, que d’un centième. Les mémoires des mission- naires / a) disent que le pied Chinois est au pied de Paris, comme 264 à 266 : le P. Duhalde dit que le premier est au second, comme 97 + est à 100; enfin, ceux des missionnaires qui ont levé le plan de Peking , établissent que le pied de Paris est plus grand que celui du palais, de 5. Quoi qu'il en soit, si ces différens auteurs varient dans leurs rapports sur [a dimension du pied Chinois, ils s'accordent tous à dire que je pied du palais a une ligne de plus que celui du tribunal Kong- pou,et que ce dernier en a sept de moins que celur des marchands. MANIÈRE DE COMMERCER À LA CHINE, Du moment qu’un navire étranger est mouillé dans la rade de Macao , le capitaine descend à {a) Tome VIIT, page 320. SURSLES: CHAINONS. 239 terre ou y envoie un officier pour se procurer un comprador {a), faire connoître aux Chinois Ja nation à laquelle appartient le bâtiment, et donner en même temps son nom et celui du vaisseau. Ces déclarations sont indispensables pour obtenir je pilote, lequel se rend à bord au bout de deux ou trois jours, et se charge de Ja direction du navire, Arrivé à la bouche du Tigre, les mandarins envoient un soldat qui reste dans Île vaisseau jus- qu'a Wampou, et ne le quitte qu'après que Îles Pa- teaux des douanes sont placés à côté de lui. Dès-lors rien ne peut entrer Ou sortir sans être auparavan$ visité, et sans avoir acquitté les droits, excepté les provisions, qui ne paient rien. Une fois à Wampou, les bâtimens sont dans l'usage de se dégréer ; aussi les Chinois construi- sent-ils promptement des bancassaux ou espèces dangars faits en bambou et garnis de nattes, qui servent à déposer les agrès et à loger les matelots malades, Trois ou quatre jours après l'arrivée du bâtiment à Wampou, le Hopou, chef des douanes pour le commerce des Européens , se rend à bord accom- pagné des marchands hannistes et des linguas, pour procéder au mesurage du navire; ce qui à lieu en présence du capitaine ou du subrécargue. mm oa (a) Chinois qui achète les vivres. 240 OBSERVATIONS Ceite opération est absolument nécessaire pour pouvoir obtenir ja chappe ou [a permission de décharger [a cargaison. Dès qu’on a cette permission, on commence par retirer l'argent, qu’on envoie toujours à Quan- ton dans fa chaloupe du navire. On en Payoit au- trefois le dixième; maïs depuis 1736 on ne paie plus rien. Quant aux autres marchandises, on en prend note , et une fois déposées dans des bateaux du pays, elles sont reconnues, pendant fa route, à chaque douane, et entièrement visitées à Quan- ton, lors du débarquement, par les mandarins, qui se rendent exprès pour cela ou dans la maison occupée par les Européens, ou chez les marchands. II faut avoir soïn de mettre deux ou trois mate- lots dans chaque bateau, pour veiller à ce qu’on ne vole rien : cette précaution est sur-tout indis- pensable dans je chargement du navire , car les Chinois sont très-adroits pour enlever les caisses et en substituer d’autres exactement semblables soit pour ja forme, soit pour le poids, mais ne contenant que des cordages ou d’autres bagatelles, à la place des thés ou des soies. Les frais du déchargement sont au compte du navire; ceux du chargement regardent les han- nistes, qui, dans cette dernière circonstance, doivent procurer jes bateaux nécessaires pour em- barquer les effets dont on a donné la note au lingua. 了 wwe me 和 ee se el SUR ES CHINOIS. 241 了 est bon de savoir que l'argent une fois des- cendu à Quanton , ïl n’est plus permis de ie rem porter, sinon en fraude ; ce qui est sujet à des in- convéniens : Il est donc essentiel pour un navire qui auroit une somme d'argent beaucoup plus con- sidérable que celle qu’il destineroit à l'achat de sa cargaison , de ne descendre que ce qui lui est nécessaire ; mais cela n'arrive point, l'usage étant de n'apporter en Chine que l'argent dont on peut avoir besoin. Il en est de même du cuivre et du fer : ces deux matières une fois mises à terre à Quanton , ne peuvent plus en sortir. J’ai vu des étrangers qui avoient apporté avec eux des objets à l'usage du navire, éprouver mille difficultés pour pouvoir les remporter avec eux. Lorsqu'on a des effets qui ne peuvent s’ex- porter, ou dont Îles droits sont considérables, en ce qu'ils sont à ja volonté des mandarins, l'usage est d'emporter ces articles dans le canot du Capi- taine portant pavillon à Farrière, parce qu’alors on n’est visité qu’au départ de Quanton et à lar- rivée à Wampou, et nullement pendant la route. Dans cette circonstance on paie aux mandarins un demi-droit seulement, ou même moins, suivant les arrangemens qu’on a pris avec eux. I est nécessaire cependant de ne pas trop ré- péter ces sortes d’envois, pour ne point perdre le privilége du pavillon , que les Chinois cherchent à TOME III. Q 242 OBSERVATIONS abolir. Ce privilége a été accordé à [a demande des François. Les vaisseaux prennent ordinairement leur en- tier chargement à Wampou; mais s'ils sont fort grands et qu'ils tirent beaucoup d’eau, ils se ren- dent à la seconde barre, où is achèvent de prendre leur cargaison. Lorsque le bâtiment est totalement prêt à partir, le capitaine en prévient le hanniste, pour que celui-ci demande au Hopou fa grande chappe ou ja permission de sortir, et la faculté d’avoir un pilote. IT est bon de conserver cette grande chappe, même après avoir dépassé Macao, parce qu’elle annonce que le bâtiment qui en est porteur a satisfait aux droits, et qu’elle engage les Chinois à lui prêter assistance en cas d'accident. Dès que les navires d'Europe sont partis, les subrécargues des compagnies qui résident à Quan- ton contractent avec Îles hannistes pour les mar- chandises nécessaires aux chargemens prochains. C’est un avantage que n’ont pas les négocians Par- ticuliers , qui ne peuvent faire des contrats avec les marchands qu'après leur arrivée à Quanton; ce qui demande une parfaîte connoïssance de fa situation des marchands ; car on est dans Thabi- tude de leur donner de largent en avance, et sou- vent pour la moitié de [a valeur des marchandises contractées. SUR LES CHINOÏS. 243 MARCHANDISES D EXPORTATION. Thés. LE thé fut fong-temps inconnu en Europe ; mais depuis que les Hollandoïs, dans le commencement du xvi1.f siècle, en introduisirent l'usage , la con- sommation en est devenue prodigieuse. * IT y a cent ans et plus que l'importation du thé en Angleterre ne passoit pas cinquante mille livres pesant, tandis qu’actuellement elle s'élève à dix- huit et vingt millions. D'où peut provenir cette augmentation ! Les Anglois doivent-ils boire du thé! ont-ils les mêmes raisons que les Chinois, et doivent-ils les imiter dans un goût généralement adopté et reçu parmi ce peuple ! La manière de vivre à la Chine, et [a qualité des eaux , nécessitent l'usage du thé. Premièrement , je peuple mange beaucoup de graisse, et a besoin d'une boïsson qui en facilite Ia digestion : secon- dement, Îes eaux n'étant pas bonnes par-tout, et d’ailleurs les Chinois, qui n’attachent aucun prix à s'en procurer de pures, prenant indifféremment celles qui se présentent sous ja main, il leur im- porte d’avoir une substance quelconque pour en corriger la mauvaise qualité. L'usage du thé à la Chine est une nécessité et non une délicatesse, et la preuve qu'on peut en donner, c'est qu'on l'y prend sans sucre et "3 244 OBSERVATIONS sans lait. En Angleterre, aucune de ces raisons n'existe ; l'usage du thé n’est qu'une affaire d’ha- bitude , et a mode a fini par faire d’une chose de fantaisie un objet de première nécessité. Mais de cette nécessité même il est résulté de pré- cieux avantages. En effet , le commerce de Chine offre à l'Angleterre un grand débouché pour ses fai- nages , lui procure des droits considérables et donne à la compagnie de grands profits. On doit donc croire que l'importation du thé dans la Grande- Bretagne, considérée sous ces différens rapports, aura toujours lieu; car le gouvernement n’envi- sage que ses intérêts, et s’embarrasse peu si cet objet de consommation est bon ou nuisible à Ja santé des particuliers. Les Chinois boivent du thé noir, comme étant beaucoup plus doux. Les Anglois préfèrent le thé vert, comme ayant plus de montant ; mais cette dernière espèce est corrosive et attaque Îles nerfs : c'est ce que j'ai éprouvé pendant un long séjour à Quanton. Une règle générale à ia Chine, c'est qu'il ne faut point boire de thé à jeun, car il peut occa- sionner des tremblemens de nerfs et donner des vertiges, sur-tout aux personnes maigres. Laissons donc Fusage du thé à ceux qu’un embonpoint con- sidérable met à l'abri de ses atteintes : cette Boisson peut leur convenir; mais elle est pernicieuse aux SUR LES CHINOIS. 245 hommes maigres, et principalement aux femmes, dont le système nerveux est plus facile à ébranler. Le mot fhéest un patois du Fo-kien, car dans ja langue Mandarine on dit Zcha. On distingue deux sortes de thés, le thé vert et le thé noir. Avec ces deux espèces on forme tous les autres. Le terroir, la culture et la cueillette des feuilles produisent les variétés. Le thé croît également sur les montagnes et dans les plaines ; il préfère un sol léger et pierreux. On sème lethé en mars, en mettant dans chaque trou sept à huit graines, dont 这 ne lève souvent qu'une ou deux. Les jeunes plants sont repi- qués , placés par rangées et espacés entre eux de trois à quatre pieds. On peut récolter les feuilles du thé trois ans après Favoir semé ; mais il faut avoir soin de renouveler les plantes tous les cinq ou six ans, sans quoi la feuille devient äâpre et dure. La manière de cultiver je thé n’est pas la même par-tout. Dans la province de Kiang-nan on lem- pêche de s'élever au-delà de six à sept pieds ; ail- leurs on le laisse croître à Ia hauteur de dix à douze pieds. L’arbuste du thé est touffu comme un rosier ; les branches poussent den bas, les feuilles sont pointues et dentelées. La fleur est blanche, en forme de rose, composée de six pétales. La baie Q 3 7 246 OBSERVATIONS est ronde, un peu alongée, et ressemble à une petite noix charnue. Les feuilles de thé se récoltent au commencement , au milieu et à la fin du prin- temps. On en distingue trois qualités ; les feuilles nouvelles prises sur de jeunes plants, celles qui poussent immédiatement après , enfin celles qui viennent en dernier lieu. Les feuilles des extré- mités des branches et den haut sont les plus tendres ; celles du milieu de l'arbuste le sont moins; celles qui croissent en bas sont grossières. La cou- leur des feuilles dépend du temps où elles sont cueillies ; elles sont vert-clair au commencement du printemps, vert-plombé au milieu , et vert- noirâtre à la fin de cette saison. Lorsqu’elles sont recueillies, on jes expose au bain de vapeur; on les roule en les tenant sur des plaques de fer ou de terre cuite , et on les fait sécher au soleil. On fait Ia même opération pour les feuilles de thé vert, mais on ne les expose pas à Tardeur du soleil; ce qui les rendroit noires. Le thé appelé Fchu-tcha est roulé à Ja main et avec plus de soin que Îles autres. Les thés noirs sortent généralement de ja pro- vince de Fo-kien. Le plus commun est le Bouy ; viennent ensuite les thés Campouy, Congfou , Saotchon, Paotchon et Pekao : il y à en outre un thé noir nommé Ankay, qui est cultivé dans le Kiang-nan, mais cette espèce n’est pas universel- lement exportée. SUR LES CHINOIS: 247 Le Kiang-nan produit les thés verts, savoir ; le Songlo , le Tonkay , le Haysuen , le Haysuen- skine, le Tchu-tcha et le Chulan. Ce dernier doit son odeur à la fleur du Lan-hoa qu’on y mèle. On renferme les thés noirs dans des barses | pa- niers de bambou | garnies de plomb : ces barses pèsent de trente à quarante catis ; 开 en vient à Quanton par la rivière, mais les jonques en amè- nent une plus grande quantité par mer. Les thés verts sont mis dans des boites de bois également garnies de plomb : ces caisses pèsent depuis quarante-cinq catis jusqu’à soixante et plus. Outre les thés dont je viens de parler, il y en à qui sont peu connus à Quanton , et d'autres qui sont très-rares; C’est ce Que nous avons pu voir pendant notre voyage à Péking ; maïs il existe à cet égard beaucoup de charlatanisme. Lethé impérial, appelé Mao-tcha, est composé de feuilles nou velles recueillies sur les jeunes plants du thé Vou- y-tcha. Celui qu'on nomme Pou-eul-tcha tire som nom du village Pou-eul du Kiang-nan, près du- quel 这 croît. Larbuste qui produit cette espèce de thé , est abandonné à sa croissance naturelle ; 过 est touflu; ses feuilles sont longues et épaisses. Ce thé est doucereux au goût et n’a rien d’agréable; il s'emploie dans les coliques et le cours de ventre; il rend lappétit : la dose est d’un ou deux gros. On donne deux ou trois bouïllons à cethé, ensuite Q4 248 -OBSERVATIONS on je laisse infuser dans le même vase qu’on tient bien fermé : il faut le boire le plus chaud qu'il est possible. Qualités des Thés. Le thé Bouy, pour être de bonne qualité, doit avoir le coup doe noir, les feuilles d'une moyenne grandeur, un peu arrondies et rougeâtres. Si ce thé pique ia main au toucher, et qu'il résiste, c’est une preuve qu’il est bien sec ; s’il se brise, 于 est alors trop rôti ou trop vieux. L'eau dans laqueile on Ta mis infuser ( ou la teinture), doit être d’une couleur jaunâtre foncée et sans âpreté au goût. Le prix du pic de thé Bouy , coûte de 12 à 15 taëls. Le thé Congfou est supérieur au Bouy et coûte plus cher. Sa teinture à l’eau est plus légère et tire sur le vert ; il a rarement une odeur agréable. Le pic coûte de 25 à 27 taëls. Le thé Saotchon communique à l'eau une belle teinture verte ; il a une odeur agréable. Ses feuilles doivent être sans taches. Le pic coûte de 40 à Jo taëls. Le thé Pekao a la teinture légère et tirant sur Îe vert ; il sent la violette et répand une odeur très- suave. Le pic coûte de 34 à 60 taëls. Le thé impérial a le coup d'œil vert; sa teinture à Teau est également verte. Ses feuilles sont grandes , d'un beau vert. Lorsqu’elles sont déployées dans SUR LES CHINOIS. 249 leau , on ny doit point apercevoir de taches. Ce thé a une légère odeur de savon. Les feuilles du thé Songlo sont plus longues et plus pointues que celles du thé noir ; elles doivent être sans taches et non ternes. On doit rejeter le Songlo dont les feuilles sont jaunes , parce qu’alors il est d’une qualité inférieure ; il faut en faire au- tant Iorsqu’il a odeur de la sardine. Le coup d’œil du Songlo doit être plombé, et sa teinture à l'eau doit être verte. Ce thé est corrosif; il coûte de 24 à 26 taëls le pic. | Le coup d'œil du thé Haysuen, lorsqu'il est bon, est plombé , et sa teinture à l'eau est d’un beau vert. Ses feuilles sont belles , sans taches , et se déploient entièrement. Ce thé a beaucoup de mon- tant, et a une légère odeur de marrons grillés ; ïl coûte de 50 à 60 taëls je pic. Le thé Tchu-tcha coûte depuis 65 jusqu’à 70 taëls le pic. Les thés fins s’éprouvent à l’eau. L’odeur , le goût et le montant décident de leur qualité. Les feuilles en doivent être bien conservées : pour les éprouver, on en prend une quantité égale à un condorin pesant [trois à quatre décigrammes |, qu'on met dans une tasse ; on jette ensuite dessus de l’eau de fontaine bien pure et bien bouillante, et on jie couvre avec la soucoupe sur laquelle on verse de l’eau chaude pour entretenir la chaleur. 2$0 OBSERVATIONS Lorsque IT thé est resté assez long-temps pour que ses feuilles soient entièrement déployées , on les examine , ainsi que ja teinture qu’elles ont donnée à l'eau. RÉCEPTION DES THÉS. Thés PBouy. Les caisses étant numérotées et pesées /4), on examine les barses ou boîtes de thé, pour s'assurer que je dessus n’est pas humide ; on les vide dans le magasin, et s’il n’y a point de portion moisie, on met je thé dans les caisses pour y être foulé par les coulis. Les caisses une fois remplies , exacte- ment fermées et pesées, on les emporte, ou bien on les jaisse chez les marchands, pour y être char- gées dans les bateaux du pays, qui les transportent à Wampou. Thés verts, On répand ces thés pour examiner s'ils sont conformes à la montre , ensuite on Îles met dans les caisses. II est à propos d’avoir une planche de ja grandeur de fa caisse, pour que les coulis pèsent également sur les feuilles et ne ies brisent pas en les foulant. (a) Outre le poids de chaque caisse, on déduit pour les plus grandes une livre et demie pesant, une livre pour les moyennes , et une demi-livre pour les petites, ce qui équivaut à peu près au poids des clous et du papier dont on les garnit. SURMLESUCHINOSS: 2SI Thés fins. On n’ouvre pas toutes les caisses des thés fins, mais on en prend au hasard une douzaine dans ie nombre de celles qui forment la chappe /4), On les vide pour examiner si le thé est conforme à la montre , et on le remet ensuite dans ia caisse, dont on a la précaution de faire souder le plomb qui, généralement, garnit l'intérieur des caisses de tous les thés. Alun d'Émouy. Le pic d’alun coûte de 2 à 3 taëls. Anis étoilé, L'arbre qui produit Fanis croît dans la province de Quang-sy; son fruit, en forme d'étoile, répand une odeur suave, mais très-forte. II est impossible de se le procurer frais, car les Chinois sont dans usage de passer au feu tout ce qu’ils apportent à Quanton. IT faut enfermer Panis dans des caisses de bois garnies de plomb en dedans, et les faire souder après qu’elles en ont été remplies ; car son odeur (a) On appelle chappe un certain nombre de caisses de thés ; il y en a depuis quatre-vingts jusqu’à quatre cents caisses. Toutes ces chappes portent différens noms, qui servent à reconnoïître les thés, et qui indiquent ordinairement les lieux d’où ils proviennent. 252 OBSERVATIONS est si pénétrante, que, sans cette précaution , elle se communiqueroit aux autres marchandises. Le pic d’anis étoilé coûte de 9 à 10 taëls. Borax. Le borax s’apporte du Thibet, etentre à la Chine par les provinces de Setchuen et de Yunnan. Il y en a de deux espèces; celui qui est épuré est crys- tallisé en morceaux d’un pouce d'épaisseur sur quatre à cinq de largeur. 1 faut avoir soin de le tenir renfermé et à l'abri de l'air, car sans cela il perd sa forme et se réduit en farine. Celui qui n’est pas purifié est verdâtre ou rou- geätre : il est en masse et a le coup doe gras et pâteux. L'air nagit pas sur lui. Le borax qu’on achète à Ia Chine est plus pur que celui qui vient du Bengale. Le pic coûte de 20 à 30 taëls. Cannelle, La cannelle croît dans le Quang-sy. Sa couleur est jaune-clair tirant un peu sur le gris; elle est moins forte que celle de Ceylan, et très-inférieure à celle de Ia Cochinchine, dont Pécorce, brune et grise en dehors, est tellement remplie d'huile es- sentielle, qu'il suffit de la presser avec jes doigts pour ja faire paroître au dehors. Le pic de can- nelle coûte de 12 à 24 taëls, et le même poids de fleur se vend de 12 à 15. SUR LES CHINOIS. 253 Camphre. Le camphrier est un arbre élevé, qui pousse dans la province de Yunnan ; il devient gros, et peut fournir des planches d’une grande largeur. Son boïs est veiné, et a une odeur pénétrante : aussi n'est-il pas attaqué par les vers. Le camphre est en pains ronds d’environ cinq doigts de diamètre. Les Chinois, pour le fabriquer, prennent les branches nouvelles du camphrier, les coupent par morceaux, qu'ils font tremper pen- dant trois ou quatre jours avant de les faire bouillir dans une marmite, dans laquelle on je laisse jus- qu'à ce que le suc qui sort des branches s'attache au bâton qui sert à les remuer. Ce suc est passé et mis dans un bassin de terre où il se fige. On prend alors de jia terre bien fine, dont on fait une couche dans le fond d’un bassin de cuivre rouge, sur la- quelle on place alternativement une couche de camphre et une de terre, jusqu’à ce que le bassin soit plein ; mais ayant Pattention de finir par une couche de terre sur laquelle on étend des feuilles de Pou-ho / Pouliot]. Après avoir recouvert ce bassin d’un autre qu’on lute avec soin, on les ex- pose tous les deux à un feu égal, mais pas trop fort, et au bout d’un certain temps, et qu'ils sont refroïdis , on trouve le camphre sublimé et attaché au fond du bassin supérieur. 254 OBSERVATIONS Cette opération n’a lieu qu’une seule fois, et se fait sans beaucoup de soin ; aussi n'est-il pas sur- prenant que le camphre soit peu épuré et souvent plein de terre. Le pic de camphre de la Chine coûte de 20 à 28 taëls. ÆEsquine. Cette racine, qui vient du Setchuen est, en de- dans, d’un blanc jaunatre mêlé de veines rouges, et en dehors d'un brun-foncé. Pour être bonne, elle doit être lourde, peu chargée en couleur dans l'intérieur, et point piquée ni cariée. Les Chinois la mangent dans les temps de disette, et prétendent qu’elle engraisse. Le pic coûte de 2 à 3 taëls. Galanga. C’est ja racine noueuse d’une plante qui croît à près de deux pieds de hauteur, et dont ies feuilles ressemblent à celles du myrte. IT y a deux sortes de galanga. Celui de Java a ja racine plus grosse et plus épaisse que celui de Ja Chine; mais ce dernier, quoique plus petit, est d’une qualité supérieure et beaucoup plus odorant que je premier. Le pic coûte de 1 + à 2 taëls. Ginseng de Tartarie, Cette racine est lourde et transparente ; elle est réservée pour l'empereur. Les Chinois en vendent quelquefois, mais souvent ce n'est que du ginseng SUR LES CHINOIS. 255 de Canada préparé. Le ginseng de Tartarie coûte depuis 10 taëls [75 liv.] jusqu’à 18 [135 liv.]| pour un taël de poids [un peu plus d’une once |. Mercure, Le mercure provient du Yunnan. Celui qu’on vend à Quanton est tel qu’on je retire des mines. Les Chinoïs le falsifient souvent. Le pic coûte de 35 à 40 taëls. On trouve aussi à Quanton du cinabre. Celui de Ia province de f'o-kien est très - beau ; c’est le seul qu’on exporte. Il vient en petites caisses con- tenant cent paquets de douze taëls pesant. Le pic coûte de 50 à 150 taëls, Musc, Le musc vient du Chen-sy, du Chan-sy, du Setchuen et du Yunnan. Le meilleur est celui de Tunquin. L'animal qui le donne est grand comme une chèvre : aussitôt qu’il est tué, on coupe ja bourse qui renferme le musc ; on la lie fortement, et on la fait sécher jusqu’à ce que Ia matière soit réduite en grains jaunâtres. Le musc dans cet état est le plus estimé ; celui qui est en poudre fine est d’une qualité inférieure. On est souvent trompé en achetant du musc, car les vessies qu’on vend pour du véritable musc, ne sont quelquefois qu’une portion de peau, dans 256 OBSERVATIONS laquelle on a mêlé du sang de Fanimal avec du bois pourri. Les acheteurs brûlent un peu de musc; s’il se consume entièrement, c’est une preuve qu'il est bon ; mais s’il laisse un résidu charbonneux, il est falsifié : d’autres fois ils font traverser la vessie par un fil imprégné de jus d’ail ; si ce fil perd son odeur , ils regardent le musc comme véritable. En général, il est difficile de bien connoître cette mar- chandise. Le cati ou livre de musc coûte de 30 à 37 taëls. Nankins. La majeure partie des toiles appelées nankin sont fabriquées dans le district de ja ville de Song- kiang-fou dans le Kiang-nan, et sont faites avec un coton naturellement jaunâtre et roussâtre. Les rouleaux de nankin contiennent dix pièces, sur lesquelles il y en a toujours quatre plus fines que les autres. Il faut avoir lattention , lorsqu'on re- coit les toiles de nankin, de s'assurer si elles sont conformes à la montre, et si on n'y a pas inséré quelques pièces de seconde ou de troisième qualité. La meilleure manière de charger les nankins à bord des navires, est de jes mettre en caisse ; on perd, ilest vrai, un peu d'emplacement , mais les nankins se conservent mieux. Les Espagnols sont dans l'usage de les presser et d'en faire des ballots, qu'ils goudronnent ensuite. Cette méthode est bonne, SUR LES CHINOIS. 257 bonne, mais:elle demande un peu plus de temps. I y a deux sortes de nankins ; les uns sont larges et ont dix-huit cobes de long, les autres sont étroits et n’ont que quatorze cobes de longueur. Le cent des premières pièces coûte dé 66 à 89 taëls, celui des secondes de 34 à 65. Les toiles dites nankins blancs sont fabriquées à l'instar des nankins jaunes , mais le tissu en: est cependant moins serré. Le cent coûte de 47 à s2 taëls. Or, L'or qu’on trouve dans le commerce à Ia Chine est en forme de pains ou lingots longs et inégaux, du poids de dix taëls. On doit préférer ceux qui sont longs et carrés ; ils viennent de la Cochin- chine et du Tunquin. Le titre de l'or de Peking est Ie plus élevé, c’est- à-dire de 97, tandis que celui de la Cochinchine n’est que de 96, et se vend sur le pied de 93. L'or qu'on exporte communément est au titre de 88, et coûte ordinairement 1 290 liv. la livre poids de marc , et quelquefois plus. Assez généralement lor se vend proportionnellement moins cher que l'argent. | Les Chinois reçoivent les gold-mohurs [ mon- noie d’or du Bengale | au titre de 94, 95 et 96, et les sequins de Venise au titre de 98. | TOME III. R 258 DBSER VATIONS On apporté cussi de lor du Japon, mais il:est infsrieur à celuide 1 Cœhiachine. Purcéaire,. La porcelaine vien: 中 King-te-ching dans ja province de Kiarg-sy. Cele qu’or :PPorte à Quan- ton ést blanche st bleue , ou entièrement Hanche. On la peint cars les faubourgs , d’après les dessins donnés par les Européen. If re s'egit, dans Ja réception des prrcehine:, que de les corfronter avec la montre et d'ex:miner si elles sont bien pentes et pointendomnugées. Loriquele compte des porcelaines est arrèé, on déduit deux pour ceat pour je casage. R hurarte. Les Chinois appellen [a rhubarke Ta-hoang [grand jaune]. Fe croît dans le Caen-sÿ st dans le Seichaen , muis celle ke cette dernière province est [2 plus estinée. La tge de 和 rhubarbe s'élève de deux à trois pieds ; ‘Île es: de couleur violet- fonce. Ses feuiles, qui poussent en mars, sont larges , longue:, épaisse el rudes au 1oucer ; ses fleurs sent peties e: vioettes; la graine eit noire et ressemble au millet. On arrache h racine de Ia rhubarbe en seytembre ; la plus lourde est a meil- leure; elle est grosses «& longue ; ?iniéreur est marbré de jauie avec (es veires rouges II en SUR LES CHINOIS. 259 ‘ découle d'abord un suc jaune très-foncé ; mais pour y remédier, ies Chinois sjument du feu sons de grandes tables de pierre, e: etendent dessus jss racines, ayant soin de les remuer plusieurs fois dans la journée, jusou’à ce qu'il r’en sorte plus rien : on les coupe alors en morceaux ; on Îes perce ; et lon en forme des chapelets qu'on sus- pend à Pombre. La rhubarbe fraîche est très-amère. On en trouve de deux sortes à Quanton, Fune apprètée, ét l’autre qui ne l’est point. Les Holandoïs ex- portent la première. Lorsqu'on achète ce à rha- barbe , il faut examiner sil n° a pas de vers dans les trous qui ont servi à [a suspendre, car elle se gâte aisément dans cet endroit, Le pic ée rhubarbe coûte de 36 à 40 taëls. Sn-d? - dragon. Le sang-de-crigon vient du $eïchuer , et de Pile de Haïnan ; l'arbre qui le produit es: grend et ressemble au palmier ; son écorce est mince; Tors- qu’elle est inciste, il en découle une liqueur quiest le sang-de-éragon. Le pic coûte de 25 à 4o taëks. Soits. Les soies crues sortent de la province de Kiang- nan; celles ouvragées se fsbriquent à Quanton ou à Fochan, bourg considérable et peu éloigré R 2 260 OBSERVATIONS de cette ville. Les soies écrues de [a province de Quanton sont inférieures à celles d'Europe. Les Chinois ne mettent pas de gomme dans Tapprêt des soies écrues; cet apprêt existe natu- rellement. Lorsqu'on reçoit des soies écrues, ïl faut choisir un beau jour et se placer de manière que ja lumière, venant de côté, fasse voir si elles sont bien lustrées. Il est important d'examiner avec attention si les soïes sont d’un beau blanc, si eïles ne sont pas jaunes : enfin, ïl est nécessaire dou- vrir les moches, et d'en considérer Pintérieur, pour s'assurer que les soies ne sont pas mélangées. Quant à la qualité il faut se conformer aux de- mandes d'Europe, car jes uns veulent Ia soie plus forte , et d’autres moins ; en général le fil de la soie écrue est fort délié ; cette marchandise se pèse avec soin, et dans des balances très-sensibles et très-justes : on [a met ensuite dans des caïsses garnies de toile, et aussitôt que celles-ci sont fer- mées et clouées, on les porte dans le Hang ou fa maison qu’on occupe. Le pic de soie écrue de Nan- king , première qualité, coûte de 200 à 280 taëls. La soie de Quanton est distinguée en trois qua- lités ; le pic de ja première coûte de 210 à 220 taëls ; celui de la seconde, de 170 à 200 taëls; et celui de la troisième , de 100 à 185$ taëls. La réception des pièces de soie demande égale- ment de l'attention. Pour qu’une pièce soit bonne, SUR LES CHINOIS. 261 il faut qu’elle soit d’un tissu égal , et qu’elle ait la quantité de fils requis, ce qu'il est facile de re- connoître au grain de létoffe, Une pièce de soie bien travaillée et faite de bonne soie, est douce au toucher; si au contraire elle est âpre et rude, elle est fabriquée avec de Ia soie de Quanton , et par conséquent avec une soie de qualité inférieure. H faut examiner aussi si les pièces sont sans taches, et sur-tout si elles ont je poids, car elles sont sou- vent très-fortes au commencement , et très-minces vers ja fin. Jai vu des satins nankins qui difié- roient, de la tête à l'extrémité, d’un tiers dans Ja qualité. Il est prudent de ne recevoir les pièces de couleur que lorsqu’elles sont bien sèches; sans cela on court le risque de les voir se piquer. Les Chinois roulent facilement les pièces qui ont été déroulées, au moyen de deux longues tiges d’acier poli. ” Sucre, Le sucre brut se tire du Quang-tong, du Kiang- sy et du Fo-kien ; le sucre candi vient de Chin- tcheou ville de cette dernière province; celui qu'on apporte de [a Cochinchine lui est supérieur. Le pic de sucre brut coûte de 4 à 6 taëls. Le pic de sucre candi du Fo-kien , première qualité, coûte de 7 à 15 taëls, et celui de Ja Cochinchine, de 8 à 15 taëls. R 3 26% OBSERVATIONS T'outenague, La toutenague se trouve dans la province de Honan : son minérai est de couleur bleu-grisätre , et brillant comme celui de la mine de fer; il est pesant, tendre lorsqu'il est dans l’intérieur de ja terre, mais susceptible de se durcir à Pair. On trouve très-souvent des filons de ce métal qui s’éten- dent depuis la surface de ia terre jusqu’à soixante à quatre - vingts toises de profondeur. Le terrain dans Iequel on Îles rencontre, est jaunâtre tirant sur le vert. La toutenague est rarement pure ; son minérai se fond aisément, et répand alors une fu- mée épaisse et puante. Plusieurs auteurs préten- dent que la toutenague est le zinc tiré d’une riche calamine; mais c’est une erreur. On connoît jus- qu’à présent, 1.° le zinc minéralisé avec le soufre, contenant du fer et du plomb; 2.° le zinc miné- ralisé avec le soufre et Tlarsenic , ou jia blende noire ou rouge; 3.° la pierre calaminaire. Ba cou- jeur de Ia calamine est rougeñtre et jaunûtre, quelquefois grise, ce qui dénote qu’elle tient du zinc ; maïs ces couleurs ne sont nuHement celles du minérai de la toutenague. IT suffit d’un feu lent, suivant le voyageur Anglois, pour fondre et faire évaporer en fumée la'toutenague ; elle diffère donc de la calamine, puisqu'il faut au contraire un feu violent pour extraire le zinc de fa calamine, et le ! SUR LES CHINOIS. 263 sublimer sous Ia forme d’une fumée blanche. Le seul moyen connu dunir le zinc avec les métaux, est de le fondre avec eux, ce qui est bien opposé au procédé rapporté par le docteur Gillan, qui dit que, pour blanchir le cuivre, les Chinoïs Fexpo- sent simplement à la vapeur de jia toutenague en fusion. Une des propriétés du zinc allié au cuivre, est de rendre ce dernier moins sujet au vert-de- gris , et il est reconnu que je cuivre blanc de la Chine n’en est pas exempt. Enfin , on mêle Ie zinc avec je cuivre pour lui donner une couleur d'or, tandis que les Chinois emploient fa toute- nague pour le blanchir , ce qui est totalement. opposé. If est bon de remarquer que cette blan- cheur que les Chinois communiquent au cuivre, ne reste pas toujours ja même, et qu’elle se perd avec le temps. De plus, cette blancheur n'existe qu’à l'extérieur ; car si l’on rompt un morceau de cuivre blanc, d’ailleurs fort cassant par lui-même, on reconnoit qu’il est jaune dans l'intérieur. Il résulte de ce que je viens de dire, que le zinc n’est pas la base de Ia toutenague; elle con- tient, à ce qu'il paroît, du fer, du plomb, et, comme ont pensé certains auteurs, du bismuth, dont on connoît la propriété de blanchir le cuivre, et dont l'existence dans ja toutenague est assez prouvée par la couleur bleue de son minérai. Le pic de toute- nague coûte de 6 à 7 taëls. R 4 264 OBSERVATIONS T'urmerick, Le turmerick , ou terra - merita, ou curcuma L est appelé, en chinois, Cha'- kiang ; 这 vient du Quang-tong : cette racine est bonne pour la tein- ture ; la plus longue est la meilleure. Le pic coûte de 3 à 4 taëls. MARCHANDISES DIMPORTATION,. Acier, L’ACIER, pour être bien vendu à Ja Chine, doit être en morceaux d’un pouce carré, sur neuf à dix . pouces de longueur, et renfermé dans des barils du poids de cent livres ; les grandes barres n'ont aucun cours à Quanton. Le pic se vend de 4 à 7 taëls. I! ne faut pas porter une trop grande quantité d'acier à la Chine, à moins qu’on n'ait la facilité, en y venant, d'en vendre une partie dans les établis- semens Malays, où on Féchange contre du calin à poids égal. Ailerons de Requins. Le pic de première qualité se vend de 20 à 33 taëls , et celui de seconde , de 15 à 27 taëls. Ambre gris. L’ambre, pour être de bonne qualité, doit être léger , avoir des veines blanches et cendrées : SUR LES CHINOIS. 265 lorsqu'il est noir et pesant, il ne vaut rien. Les Chinois, pour reconnoître sa qualité, en raclent quelques parcelles, et les mettent dans un vase rempli d’eau chaude, qu'ils ont soin de couvrir. Si lambre se liquéfie également et se dissout , ils le jugent bon. Quelquefois ïls en mettent sur une plaque rougie au feu : s’il rend de Ia fumée, il est falsifié; mais sil brûle entièrement , ou ne laisse que peu de cendre , alors il est de bonne qualité. Ambre jaune ou Succin, Lampre jaune est très-estimé des Chinois, qui en font divers ornemens; ils préfèrent celui qui est jaune-clair et un peu opaque. Le cati de succin, en grands morceaux et de première qualité, se vend de 14 à 22 taëls. Arec, Larec vient de Batavia, de Malaca et de Ia Co- chinchine : ce dernier est le plus cher. Cette noix est ronde, aplatie d’un côté, et parsemée en de- dans le veines rouges et blanches : elle enivre lorsqu'elle est fraîche; il y a même des gens qui en mangent alors, pour se rendre, dit-on, insen- sibles à la douleur. Le pic darec se vend de 2 5 à À taëls ; celui de Ia Cochinchiné, de 2 ; à $. harec se mange avec des feuilles de betel, de fa chaux et du caté : ce dernier provient d’un arbre qui res- semble au frêne, et dont la feuille approche de 266 OBSERVATIONS celle du tamarinier ; ses branches brisées, et mé- lées avec de la farine du nachanus , forment ce qu'on appelle caté, et dont on porte une grande quantité à la Chine. Le pic de caté du Pegou, en grands morceaux, se vend de 4 à 7 taëls ; et celui qui est blanc et en morceaux carrés, se vend de s à 12 taëls. Assa fatida, Ce suc gommo-résineux est en larmes blanches et transparentes. Le pic se vend de 6 à 8 taëls. AZur, Les Chinois ne recherchent point lazur qui est d’une couleur bleu-céleste; ïls’préfèrent celui qui est pâle et que nous ne regardons que comme de seconde qualité. Le pic de ce dernier azur se vend de 18 à 36 taëls. Benjoin, Les Chinois s’en servent comme parfum; ils le réduisent aussi en poudre dont ils font une boisson contre les flègmes ; ïls en font également des on- guens pour les plaïes. Le meïlleur benjoin est brun, avec des taches blanches ; celui de Sumatra et de Laos, qui est noir, est d’une qualité inférieure. Le pic de benjoin se vend de 7 à 20 taëls. Bézoard de vache. Les plus gros sont les plus chers; ils doivent SUR LES CHINOIS. 267 être d’une couleur jaune. Les Chinoïs réduisent le bézoard en poudre, et l’emploient dans le mal caduc et l’esquinancie : dans ce dernier cas, ils le souffent dans le gosier du malade. Le cati se vend de 8 à 20 taëls. Bitche de mer. Le pic de première qualité se vend de 16 à 30 taëls , et celui de seconde de 7 à 17. Calin, Le calin est une espèce d’étain que lon ap- porte de Batavia et de Malaca ; 1 est plus fin que celui d'Europe. Le pic de ce métal se vend de 14 à 16 taëls. Camphre de Bornéo, Ce camphre est de beaucoup supérieur à celui de la Chine. Le cati ou la livre, première qualité, se vend de 11 à 22 taëls. Le pic de camphre dé seconde qualité se vend de 600 à 1300 taëls, et celui de troisième ne passe pas ordinairement 400. Cire, Le pic de première qualité se vend de 20 à Âo taëls. Clous de Girofle, 四 Le cati ou livre se vend de 102 à 160 taëls, 268 OBSERVATIONS Cochenille, Le pic de première qualité se vend de 200 à 600 taëls. Corail. IF faut à la Chine du corail de couleur rose, ou xouge-clair, pas trop rouge ni jaune. Les grains doivent être ronds, unis. Les grains des colliers que portent les mandarins , pèsent une mas [ 3° 1824]. Les boutons qu’ils placent sur le haut de leurs bonnets, pèsent depuis un taël jus- qu'à un taël et demi [de 3% 764 à 5° 645 |. Un bouton de corail de couleur rose, pesant un taël et demi, se vend 1 4oo piastres [ 7 560 liv. }; celui qui pèse deux taëls, se vend 2 000 piastres [ 10 8oo iv. |. Les petits grains de corail se vendent suivant leur qualité. Le cati de grains de corail gros comme un pois, s'est vendu en 1797, de 40 à so taëls. Corne de Rhinocéros. Les médecins Chinois räpent cette corne , en mettent la poudre dans de Peau bouillante, et ja font boire aux malades pour purifier le sang et le rafraichir ; is en font prendre aussi aux enfans pour la petite vérole. SUR LES CHINOIS. 269 Coton de Surate, Le pic de*coton bon et sans grains , coûte de 9 à 13 taëls. Coupons de Drap écarlate, Le pic se vend de 60 à 70 taëls ; celui de drap de différentes couleurs, de 35 à 65 taëls. Cuivre du Japon. Le pic se vend de 12 à 20 taëls. Ecaille de Tortue, Le pic d’écaille, bonne et épaisse, se vend de Yo à 105$ taëls. Ébène. L’ébène de bonne qualité est lourde, bien noire et sans veines blanches ; les buches doivent être grosses et sans aubier. I ne faut pas charger à file de France l'ébène fraîchement coupée , car elle se sèche dans Ia tra- versée, et lon perd beaucoup sur le poids. On pèse le bois d’ébène à Wampou, à bord même du navire; cette manière est préférable, si l’on veut éviter d’être volé pendant [a route de Wampou à Quanton. Le pic se vend de 1 taël + à 3 taëls +. Fil d'Or. On doit porter à Quanton moitié de fil d’or et moitié de fil d'argent ; cette marchandise n’est 270 OBSERVATIONS pas toujours de défaite, encore moins les bouil- ons ou paillettes, dontil ne faut pas se charger. Le cati de fil d’or et d'argent se vend de 1j à 30 taëls. Cinseng du Canada. Les Américains ont détruit cette branche de commerce. Le pic de ginseng, qui se vendoit au- trefois yoo taëls | 3750 Iiv. |, ne se vend plus que de 30 à 45 [225$ à 337 liv.]: or, les droits du Hopou étant de 36 taëls 3 [275 liv. |, il faut vendre le ginseng en fraude pour avoir quelque bénéfice. Le ginseng , pour être bon, doit être long , rond et non fendu. Glaces. Les glaces se vendent quelquefois avec un bé- néfice de 30 p. 2; mais je les ai vu vendre au pair, même à perte, et quelquefois elles étoient sans prix. Ivoire, Les dents d’éléphant, de trois au pic, se ven- dent de yo à 72 taëls le pic; celles de quatre au pic, de 40 à 68 ; celles de cinq , de 35 à 66; celles de six, de 32 à 62; et celles de cinquante, 20 taëls. Lainages, Les draps François de première qualité sont trop chers pour être portés à la Chine, et ceux de seconde qualité sont inférieurs à ceux des Anglois. SUR LES CHINOIS. 271 La ware [o mètre 915 ] de londrin, première qualité, se vend de 1 à 1 taël 8 mas ; celle de seconde qualité, de 1 taël à 1 taël 4 mas. L’aune [ 1° 188 | de camelot se vend 7 mas 2 condorins; celle d’étamine, première qualité, se vend de $ + à 6 mas, et celle de ras-de-castor, 8 mas ; une pièce de perpétuane se vend 7 mas +. Montres d'or, Une montre d’or, de 120 Iiv. d'achat, se vend 22 taëls. Muscade, Le pic se vend de 100 à 400 taëls. Nids d'oiseaux. L'oiseau qui construit ces nids est une espèce d'hirondelle , maïs ïl a le bec plus court. Les nids d'oiseaux, pour être bons , doivent être blancs et dégagés de plumes. Il faut être attentif en trans- portant ou en pesant cêtte marchandise ; car les Chinois en sont très-friands et en dérobent le plus qu'ils peuvent. Le pic de première qualité se vend de 1 600 à 2 500 taëls ; celui de seconde, de 900 à 1 800 ; et celui de troisième, de 800 à 1 000. Opium. Lopium est prohibé à Ia Chine , cependant il en entre tous les ans environ deux mille caisses. Le prix d’une caisse va depuis 150 à 300 taëls. 272 OBSERVATIONS Cette marchandise se vend suivant sa qualité et suivant qu'il y en a plus ou moins sur la place; elle perd 25 p. 3 d'une année à l’autre. L’opium de première qualité est blanchâtre ; ïf est alors d’un grand prix. Celui d’Aden et des côtes de la Mer- Rouge, est noir et dur ; celui de Cambaye et de Chitor, est plus mou et tire un peu sur le jaune. Les Chinois ne consomment pas Fopium pur, mais ils le mêlent avec du tabac; is en aspirent la fumée, lavalent entièrement, et la rendent peu à peu. Ils sont ordinairement assis ou couchés en faisant cette opération. L'usage de lopium, loin d’exciter à l'amour , produit l'effet contraire; car on a vu des hommes, dit D. Garcia ab Horto, devenus absolument im- puissans pour en avoir trop pris. Peaux de Lapin. La pièce se vend de 2 à 3 mas. Peaux de Loutre, Les Chinois recherchent les peaux de loutre, mais ils n’en donnent plus le même prix qu’autre- fois ; les plus belles ont été vendues, dans le principe; au-delà de cent piastres , et actuellement on n’en donne plus que la moitié et beaucoup moOINs. Les négocians ayant expédié un trop grand nombre SUR LES CHINOIS. 273 nombre de navires à la côte nord-ouest de l'Amé- rique ;, y ont fait hausser le prix des pelleteries , et iont fait tomber à Quanton par la même raison. Tel est l'effet de la concurrence dans tous les pays, et la suite d’un commerce mal dirigé. Perles, Le prix varie suivant l’eau et [a grosseur des perles. Une belle perle doit être parfaitementronde, unie et d’un blanc brillant, clair et argenté. Une perle ronde du poids d’un gros et quatre à cinq grains [ $“** 090], peut valoir de700 à 2 000 taels, suivant les circonstances. gran. Poivre, Le pic de poivre de Bencolen et de Batavia se vend de II à 15 taëls ; celui de [a côte de Malabar, de 14 à 16. Rotins, Le pic se vend de 2 5 à 3 taëls Sandal, Le pic de sandal, première qualité, contenant treize buches, se vend de 20 à 30 taëls; celui de seconde qualité , de 12 à 25 ; celui de troisième, de 10 à 16; celui de Timor, en grandes pièces, se vend de 8 à 12. Tabac, La rate ou livre de tabac du Brésil, première TOME III. S 274 OBSERVATIONS qualité (en deux flacons) pesant douze taëls et demi, se vend 4 piastres , et a monté, en 1797, jusqu’à 16; celle de seconde, qui se vend 2 pias- tres, a été à 8 ; et le pic du même tabac, maïs de troisième qualité , qui se vend 70 piastres, a été ja même année à 150. Vitres. Les Chinois recherchent fies vitres d'Europe ; ils peignent dessus ou en font des miroirs. Il y a du bénéfice sur les vitres, mais cependant il n’en faut pas trop porter. MESURAGE DES WAISSEAUX. LA mesure qui sert dans le mesurage des vais- seaux qui viennent commercer à Quanton, est celle du Hopou; elle se nomme TFchang et contient dix Tche ou pieds Chinoïs : le Tche a dix Tsun ou pouces, et le Tsun, dix Fen ou lignes. Pour mesu- rer un navire , les Chinois en prennent ordinaire- ment la longueur depuis la moitié de Fépaisseur du mât de misaine jusqu’au milieu du mât d’ar- timon , et sa largeur dans lentrepont par je tra- vers du grand mât. Ces deux quantités multipliées June par Pautre, donnent le mesurage. Si'la Sur- face du bâtiment excède cent cinquante - quatre Tchang, le vaisseau est réputé du premier rang, et chaque Tchang est payé alors à raison de 7 taëls | 1 SUR LES CHINOIS. 27$ 4 mas 4 condorins 8 deniers ; si elle passe cent vingt Tchang, le vaisseau est du second rang , et chaque Tchang est payé à raison de 6 taëls 8 mas 4 condorins. Au dessous de cent vingt Tchang, un navire est regardé comme du troi- sième rang, et chaque Tchang ne vaut plus que 4 taëls 7 mas 8 condorins 8 deniers. Outre le mesurage, chaque navire, quelle que soit sa grandeur, paie indistinctement au Hopou un présent de 1 95otaels[14 62; liv]. Les François paient 100 taëls de plus par chaque bâtiment. Mesurage d'un Navire du troisième rang, Longueur du navire... 50 tche ou pieds Chinois. Largeur du navire...,. 2o tche ou pieds Chinois. Superficie... 42... 1000 tche oucent tchang. Cent tchang, à 4 taëls 4 mas 8 condorins 8 den. chaque, font 478 800 deniers ou 478 taëls 8 mas. 478 taëls 8 mas, la piastre à raison de 7 mas 2 condor. {ou 108 soustourn.]=... 66 piastres ”一 3 546% 67° 1950 taels pour le pré- sent au Hopou —..... 2708. 2 4° — 14 444. 33° PR DUT PE ERREUR AA HO TAENdUE.. 3373 2. 4 17 991f 00° Deux pour cent à ajou- ter pour les écrivains du Hôpout sn. cette J 了 ToTAL des frais du métrage... + ... 3 44t piastrs 18 351f 90° S 2 276 OBSERVATIONS On voit facilement, d’après ce compte, qu'il est plus avantageux d'employer, pour le commerce de Chine, un gros navire que deux moyens, parce que non-seulement on diminue par-là les frais de mesurage en épargnant un présent au Hopou, mais on évite presque l'entretien d’un équipage et d’un état-maÿjor. Aux frais de mesurage qu’un navire doit payer en venant à Wampou, il faut ajouter les dépenses qu’on estobligé de faire pour se rendre à Quanton, pour y séjourner et pour quitter cette ville : Au pilote, pour monter àWampou... Ye unie 了 RE Le loyer d'une maison à Quanton varie suivant que l'emplacement est plus ou moins considérable ; maïs , si lon se contente d’un simple corps-de-logis , on doit s'attendre à payer dev is ste NU) DOS. Pour chaque bateau qui sert au dé- chargement du navire; savoir : pour ja - permission, 15 piastres ; pour le bateau, 8 piastres ; pour les coulis, 1 piastre: TOR TE fe ee NU e age ee er TND Es Au lingua, pour salaires et pour ia chappe de sortie.................. 184. Pour les mandarins à Wampou..... 200. Au comprador.............:::.. 200. Aux soldats des rues.......,..... 4, SUR LES CHINOIS. 25% Aux mandarins, enquittant Quanton. 6" Au pilote, pour descendre fa rivière jus las. es... 212% Ge; Aux bateaux qui servent lorsqu'on passe estbinress:, OU. ea As Les bateaux du pays, pour se rendre ordinaire- ment de Quanton à Wampou , prennent depuis 2 jusqu’à 4 et même 6 piastres par voyage. IT faut avoir soin, lorsqu'on quitte Quanton pour ja der- nière fois, de ne pas s’en aller dans un bateau du pays, parce qu’étant alors obligé de passer à toutes les douanes , on y est rançonné par les Chinois. On doit se servir, dans cette circonstance, du canot du bâtiment. DIRECTION POUR MONTER À WAMPOU, LORSQU'ON vient mouiller en rade de Macao, on doit préférer de jeter l'ancre dans la partie de l'est ou du sud-est, à deux lieues et demie ou trois lieues de distance de la ville, parce que le fond y est de meilleure tenue que plus près de terre, où il est sablonneux //n.° 95 ). Dès qu’on a obtenu un pilote Chinois et qu’on appareille de la rade de Macao pour monter à Wampou, on gouverne au nord-est jusque par le travers d’une pointe appelée Keou, restant à ba- bord au nord de Macao et à trois lieues au-dessus de neuf îles très-aisées à distinguer, et placées à S 3 278 OBSERVATIONS l'entrée d’une grande baie. Arrivé par le travers de la pointe Keou, qu’il est facile de reconnoître à une coupure qui est dans jes terres, on doit s’en tenir éloïgné à trois lieues, marchant par quatre et cinq brasses, et conservant Lintin à une lieue et demie. Cette île est à tribord, et Ia première qu’on rencontre après avoir doublé Lantao , autre île très- remarquable par son pic et par son étendue. Lorsqu'on a Lintin au nord-est, on doit porter au nord-nord-ouest, en prenant garde de tomber à l'est, pour éviter un banc qui se prolonge dans le nord , dépuis Lintin jusqu’à deux petites îles. Dans cette route , le brassiage doit servir de guide : du moment qu'il augmente, il faut prendre promp- tement sur bâbord; car, sans cela, on risque de se jeter sur le banc. Continuant donc à courir au nord-nord-ouest, on ne tarde pas à découvrir une petite île nommée Lankeet, et plus loin Ia pointe méridionale de Ja bouche du Tigre. Une fois à trois lieues dans je nord de Lintin, on n’a plus rien à craindre du côté de l'est, et le chenal est sûr et profond. Arrivé par le travers de Lankeet, on en passe à près d’une jieue de distance, en ia laissant à bäbord ; et lorsqu'on la dépassée d'environ une demi-lieue, on porte au nord sur la pointe orientale de ja bouche du Tigre , appelée par les pilotes Tchouenpy , gardant à bäbord à un quart de SUR EDEEBSCCEHIINOYTES 。 279 lieue de distance Sanpacho, petite île fort saine du côté de l’est, et qu'on peut ranger d’assez près. Lorsque Sanpacho reste à l'ouest trois ou quatre degrés sud, if faut gouverner au nord-ouest un quart nord, se dirigeant sur Amonghoy , mais ayant lattention de se tenir éloigné d'un quart de lieue de Tchouenpy , pour éviter les roches qui sont en avant de cette pointe. Le brassiage est de dix à douze brasses. Du moment qu'on dis- tingue ja forteresse d'Amonghoy , on suit le mi- lieu du chenal, c'est-à-dire qu'on gouverne entre cette pointe et les rochers qui sont près de Ouang- tong : on risque moins d'ailleurs de dépendre de tribord , car il y a du côté opposé un bas-fond sur lequel jai vu toucher un navire prussien. Dans cet endroit, un soldat Chinoïs vient à bord pour exa- miner Îles papiers du pilote , et y reste jusqu’à Wampou. Lorsqu'on est surpris par Île calme à la bouche du Tigre, les pilotes font venir des bateaux Chi- nois pour remorquer le navire jusqu’à Wampou : mais il faut examiner si le vent et la marée ne sont pas favorables ; car souvent les pilotes prennent les bateaux quand cela n’est bas nécessaire , parce qu’ils gagnent sur le prix, qui est fort différent en dehors ou en dedans de fa bouclhe du Tigre. Dans le pre- mier Cas, on donne deux piastres par bateau , etune seulement dans le second ; il en faut quelquefois. S 4 280 OBSERVATIONS une vingtaine, et même plus, pour remorquer je bâtiment , car les Chinois de ces bateaux sont in- capables de faire de grands efforts. Après avoir dépassé le fort d'Ouang-tong qui est à babord, gouvernant au nord-ouest un quart nord , on continue jusqu’à ce que la pointe ouest de Lankeet et ja roche d'Ouang-tong soient lune par l'autre, cette roche restant au sud douze degrés est, ou que ja pointe est du petit Ouang-tong reste au sud; alors on porte au nord six degrés ouest, pour éviter un banc nomméTa-lang-sa, qui est à bâbord, et on suit cette direction jusqu’à ce que la partie est des arbres de Leminé située sur une terre plate, se confonde avec Secheto, ou Ja pagode la plus basse de ja tour du Lion, qui reste dans ce moment au nord trente-six degrés ouest. On gouverne alors au nord-ouest six degrés nord, portant toujours sur Lemmé, jusqu’à ce que la pointe nord de l'ile du Tigre reste par le sud- ouest, en laissant porter sur bäbord, de manière que je milieu des arbres de Lemmé se confonde avec Secheto, qui reste au nord trente-cinq degrés ouest, afin d'éviter un banc appelé Sachy situé à tribord, qui découvre dans les marées basses, et laisse voir jes rochers qui sont au milieu. Dès le moment que la pointe ouest de Pile du Tigre reste au sud, et ja montagne nommée Schak au nord trente-six degrés est, on gouverne au nord treize SUR LES CHINOIS. 281 degrés ouest, jusqu'à un tiers de lieue en avant d’un petit canal qui est près de la seconde barre, restant à tribord et en face de Secheto, qui, dans cette position, doit être à l’ouest dix-neuf degrés nord : les vaisseaux mouillent dans cet endroit à deux encablures du rivage, en attendant le mo- ment propice pour franchir deux petits bancs qui forment la seconde barre, et sur lesquels, à mer basse , il n'y a que huit pieds d’eau. Les Chinois y placent ordinairement des bateaux , pour savoir quand on les a passés. La mer étant haute, on continue d’avancer en prolongeant le rivage de lest à un petit quart de lieue de distance, par un fond de trois brasses et demie , prenant garde de tomber à bäbord, où le fond diminue. Lorsqu'on aperçoit l'île des Danois, et qu'une maison située à bâbord reste à l'ouest, alors on prend le milieu du chenal faisant le nord- ouest dix-sept degrés ouest, pour éviter un bas- fond qui est à tribord , et sur lequel il n’y a que deux brasses d’eau à fa basse mer. Lorsque cette même maison reste au sud, on porte sur la pointe nord- ouest d'une île qui est à tribord, et une fois par- venu à cette pointe, qu’on laisse au nord deux de- grés est , on gouverne à l’ouest trente degrés nord, pour éviter un haut fond gisant à tribord , jusqu’a ce qu'une petite pagode reste au nord, et un mon- ticule appelé le Fort Iollandois, à louest vingt- 202 OBSERVATIONS quatre degrés nord : enfin, après s'être dirigé sur je fort Hollandois, et être parvenu entre lui et la pa- gode , on prend le milieu du chenal en gouvernant à l’ouest, et on continue ainsi jusqu’au mouillage. Les navires François qui se rendent à Wampou, prolongent ordinairement File des Danois, ayant soin de ne pas approcher cependant de trop près de Ja pointe septentrionale, pour éviter les ro- chers qui la bordent. Une fois par le travers de fa rivière qui est à bäbord , il faut ranger ce côté, pour éviter la carcasse d’un navire Danois qui a été brûlé et qui a coulé dans cet endroit. On peut mouiller en avant ou après; mais il faut prendre garde d'y jeter ses ancres, car on auroit de la peine à les retirer. La côte le long de l'ile de Wampou est profonde, et un vaisseau peut mouiller très- près du rivage. Cette île est aussi nommée île des François, parce que les François y ont leurs bancassaux ou magasins à l'usage des navires. La position de Wampou est très-avantageuse pour les matelots, qui y jouissent d’un bon air et s’y rétablissent promptement lorsqu'ils sont ma- jades : la seule précaution qu’on ait à prendre, c’est de les empêcher de boire de feau-de-vie Chinoise et de manger des oranges vertes, cär cela leur occasionne des fièvres qui deviennent sur-tout dangereuses lors de la coupe des riz. Cette SUR LES CHINOIS. 283 conséquence ficheuse est générale, maïs il est plus facile dy remédier à Wampou, en engageant le mandarin qui y demeure à défendre aux Chinois de rien vendre aux matelots. Un grand avantage pour les François d’être éta- blis sur cette île, c’est d’être isolés et séparés des autres étrangers, et par conséquent d'être à l'abri des disputes : en outre, l'emplacement étant con- sidérable , il est plus facile de mettre les magasins où sont les voiles et les cordages loin des forges, et par conséquent à l'abri du feu. ' L'endroit où sont placés les bancassaux des étrangers est sur le bord opposé de la rivière, et le ljong des rizières qui exhalent une odeur de ma- récage fort dangereuse pour les équipages ; mais cet inconvénient , quoique considérable , n’est pas le plus grand ; les matelots ne pouvant se pro- mener, et se trouvant réunis tous ensemble, se prennent de querelles qui souvent se terminent par la mort de plusieurs d’entre eux. On sent d’après cela combien il est essentiel aux François de conserver la jouissance de île de Wampou, et combien il est nécessaire que nous envoyions tous les ans des vaisseaux à la Chine, pour y maintenir nos droits, y faire voir notre pa- villon , et montrer aux Chinois que c'est sans fon- dement qu'on a voulu leur persuader que la France n' existoit plus. 284 OBSERVATIONS La carte et les directions pour Ia route depuis ja bouche du Tigre jusqu’à Wampou, ont été don- nées par M. Huddart, capitaine des vaisseaux de la compagnie Angloise. M. Dalrimple a égale- ment publié deux cartes des îles qui forment ja rade de Macao , avec l'entrée de la bouche du Tigre; mais ces cartes, quoique l’une soit plus exacte que l'autre , ne s'accordent nullement avec les relève- mens qu'on doit prendre en quittant Macao pour se rendre à la bouche du Tigre ; ce qui provient de ce que ja longitude de Macao y est portée à cent onze degrés quinze minutes , c’est-à-dire dix min. trop à Fest; longitude cependant moins grande que celle rapportée dans le Voyage de Cook et dans la Connoïssance des temps, où elle est dé- terminée à cent onze degrés vingt-six min., c’est- à-dire vingt-une minutes plus à orient qu’elle ne lest réellement. Sir Erasmus Gower , pendant son voyage à fa Chine , sur /e Lion, en 1793, a fixé [a longitude de ja grande Ladrone à cent onze degrés 16 min., longitude conforme à celle donnée par Ja plupart des navigateurs : or, la différence entre Macao et la grande Ladrone étant de onze minutes, il s’en- suit que ja longitude de Macao n'est plus que de cent onze degrés cinq minutes à lest de Paris ; c'est celle que j'ai adoptée dans la carte /n,° 95), et je la crois d'autant plus juste, qu’en suivant la SUR LES CHINOIS. 285 longitude portée dans la Connoissance des temps! j'avois constamment trouvé une différence de temps dans les observations d’éclipses de soleil ou de lune, et dans celles du passage d'étoiles au méri- dien ; différence que j'ai toujours attribuée à mon instrument de passage, dont un des canons, des- soudé dans le transport d'Europe à Quanton, avoit été raccommodé par les Chinois. En fixant la longitude de Macao à cent onze degrés cinq minutes, Îes directions qu’on doit suivre pour se rendre à la bouche du Figre, se trouvent justes ; mais je dois encore observer que, dans la carte de M. Dalrimple, la position de la pointe Keou et des neuf îles n’est pas exacte. La pointe Keou n'avance pas autant à l’est; elle est au contraire nord et sud des neuf ijes : c’est ce que jai reconnu moi-même en remontant la côte, et dans une circonstance où, me rendant à Quanton par l'intérieur , les Chinoïs des bateaux, surpris par le calme au nord de fa ville de Hiang-chan-hien, quittèrent la route ordinaire pour s'élever dans iest et avoir du vent. C’est pour faire connoître ces différences , que j'ai tracé sur la même carte les îles qui forment la rade de Macao, l'entrée de Ia bouche du Tigre, et la route depuis cette entrée jusqu'à Quanton. Enfin, pour faire voir d’un coup d'œil la route des navires et celle que prennent les étrangers lorsqu'ils vont par l'intérieur, j'ai ajouté 286 OBSERVATIONS je cours de la rivière depuis Quanton jusqu'h Macao /n.° 95). Cette portion de Ia carte a été levée en grande partie par feu M. Agote, chef de Ia compagnie Espagnole ; toutefois j'ai rectifié quel- ques positions ; j ai rapproché plusieurs distances, et j'ai tracé ma route au nord de Hiang-chan-hien. On se persuadera facilement qu’étant toujours en bateau, allant quelquefois fort vîte , et souvent de nuit, il n’a pas été possible de faire des relèvemens parfaitement exacts ; mais cette carte n'étant qu'un objet de pure curiosité , on pardonnera des erreurs au’il n’étoit pas facile d'éviter. PLANÉDE LAC RIVIERE! LoRSQU'ON quitte Macao pour se rendre à Quan- ton par l'intérieur /7.° 95), on laïsse à tribord une île boisée et entourée d’un mur en pierres sèches. Après l'avoir dépassée, on porte pendant quelque temps au nord-ouest avant d'atteindre ja ville de Tsien-chan, appelée parles Portugais Casa-Blanca, où l'on est obligé d'envoyer le comprador pour montrer Ja permission obtenue de Quanton et signée par Îe procureur de la ville de Macao. La côte, en quittant Macao , est basse à bäbord et garnie de bas-fonds ; aussi Jes champans prennent sur tribord ; mais après Casa-Blanca, le chenal venant à se rétrécir, et l’eau étant plus profonde, où peut également tenir les deux bords. SUR LES CHINOIS. 287 Les côtés de la rivière , après avoir passé Casa- Blanca , offrent quelques campagnes agréables et un ou deux villages en avant des montagnes qui garnissent jes derrières. Peu de temps après on parvient à un grand passage, dont lentrée est barrée par un banc qui découvre à mer basse, mais sur lequel on peut passer sans dificulté lors de ja pleine mer. On peut courir des bordées dans ce passage ; mais il vaut mieux tenir le côté de tribord, pour éviter des roches qui sont au milieu. Parvenu aux trois quarts du canal, on voit à droite une pagode appelée Amato , devant laquelle les Chinois sont dans lusage de brûler des papiers dorés et de battre sur leurs bassins de cuivre, pour se rendre favorable le génie qui y réside : plus Join, du même côté, on aperçoit plusieurs anses cultivées, garnies d'habitations, et un fort Chi- nois bâti pour s'opposer aux pirates, qui, profitant des canaux qui sont sur la côte opposée, viennent quelquefois faire des incursions dans les environs. Après avoir doublé ce fort, les bateaux suivent le côté de tribord. Le terrain y est uni, cultivé, et présente plusieurs habitations. Ce côté est bordé, sur les derrières, d’une chaîne de montagnes ; celui qui lui fait face est plat. Le canal devient bientôt plus étroit, et court au nord et au nord-nord-ouest, Dans cet endroit, on distingue dans ja campagne de petites pagodes consacrées aux génies des 288 OBSERVATIONS champs. La route va ensuite au nord-est; et après avoir fait un coude à l’est, elle reprend le premier rumb jusqu’à la ville de Hiang-chan-hien , place militaire , où il y a des troupes en garnison. Le comprador descend ici à terre pour avertir les mandarins, qui viennent toujours deux, mais jamais ensemble , de manière qu’on les attend fort long-temps. Il faut avoir la précaution d’arriver à Hiang-chan avant quatre ou cinq heures de Faprès- midi , car sans cela on est forcé dy passer la nuit ; les mandarins naimant pas à se déranger lors- qu'ils prennent leur repas. Ces officiers examinent le bagage, regardent si le nombre des. personnes marquées dans Ja permission est exact, et font signer un papier qui atteste qu'ils n’ont rien de- mandé : nonobstant on leur fait quelques pré- sens, consistant en vins et en bougies. Leurs do- mestiques ont aussi leur tour, et comme ils sont fort exigeans , il arrive souvent des disputes. La ville d'Hiang-chan est située dans [a direction est et ouest; onn’en voit que la porte, qui paroît très- petite. Le faubourg est bâti le Iong de [a rivière. Les Chinois qui lhabitent s'occupent à construire des bateaux et des galères. La campagne, dans Îles environs , est belle et bien cultivée; on aperçoit ca et là des habitations entourées d'arbres , et un grand nombre de plantations de bananiers. En sortant d’'Hiang-chan on laisse à droite une tour SUR LES CHINOIS. 289 tour de sept étages, et l’on porte ensuite au nord- nord-est, jusqu’à deux lieues au nord de ja ville, où le chemin se divise en deux, dont lun va à l’est et l’autre presque à l'ouest; c’est ce dernier que Îles bateaux suivent toujours : il est étroit, rempli d’une infinité de petits canaux, qui pénètrent dans les champs de riz, et il court au nord-ouest, au nord- est, au nord, au nord-nord-ouest et au nord-est, jusqu’au village de Tan-chan. Quant au premier chemin qui porte à l'est, on ne je suit presque jamais. Je ny ai passé qu'une seule fois à la fin de 1792, parce que le vent étant très-foible , les champaniers prirent le large pour éviter le calme. Les terres à bâbord sont basses ; elles s'ouvrent ensuite , et lon ne distingue que trois pointes isolées. A peu de distance de l'entrée de ce canal, durant l'espace d’un quart de lieue en longueur, je trouvai un grand nombre de bateaux remplis de Chinois qui s’occupoient à retirer du fond de l'eau des coquilles d’huîtres fossilles, qu'ils emploient à faire de la chaux. Ces coquilles sont à une profondeur de deux à trois brasses,. Après avoir fait trois lieues dans ce passage, dont la côte méridionale est bordée de monta- gnes, et offre dans les terrains bas des habitations, mon bateau s’éleva en dehors des terres, et je dé- couvris l'ile Lankeet, la pointe Keou et l'ile de Lintin. Les vents adonnant alors, les Chinois TOME III. 由 290 OBSERVATIONS reportèrent au nord et ensuite au nord-ouest, cou- rant entre des terres basses, après lesquelles ils rentrèrent, près du 了 de Tan-chan ,dans la route ordinaire. Le fleuve dans cet endroit est jarge d'abord, mais Il se rétrécit ensuite en avançant vers Synan, village aisé à distinguer par Îles montagnes qui lavoisinent. On s'arrête ici pour faire viser le passe- port. La route après Synan court nord-ouest et nord- nord-ouest ; elle est très-agréable et diversifiée par de fort jolis paysages. Après avoir passé un corps-de-garde et une tour, la route prend ensuite au nord-nord-est jusqu’au village de Chan-chan, qu'elle tourne à l'est jusqu’à la tour de Longo, où elle remonte au nord-nord-ouest : le passage devient alors plus ouvert, et l'on ne tarde pas à enirer dans ja rivière qui passe devant Quanton ; elle court est et ouest, est large et couverte d’une grande quantité de bateaux. Les Chinois ont élevé à l'entrée un fort de figure circulaire, pour dé- fendre la ville, Les factoreries sont bâties sur le bord de ja rivière et dans je faubourg occidental, qui se prolonge du côté de Fest. La latitude de Quanton est de vingt-trois degrés huit minutes nord, et sa longitude de cent dix degrés qua- rante-trois minutes quinze secondes. La largeur de la ville, prise du nord au sud, peut être d’une SUR LES CHINOIS: 291 demi-lieue et de près de trois quarts de lieue de l’est à l'ouest. La partie septentrionale de Ia ville Tartare est mal peuplée, et il y a de grands emplacemens vides. À partir du centre jusqu’au bas, Ia ville est belle et bien bâtie; les rues sont pavées et ornées darcs de triomphe. La ville Chinoise n’a rien de considérable ; les rues sont étroites ; le faubourg de l’ouest est le plus beau et le plus peuplé; on y trouve de belles boutiques et quelques pagodes ; les faubourgs du sud et de l'est sont vilains et ha- bités par de pauvres gens. On voit vis-à-vis de Quanton un village appelé Honan, où il y a une belle pagode. Les marchands hannistes ont leurs maisons de campagne dans cet endroit. En quittant les factoreries pour descendre à Wampou, on passe devant deux forts. Les Chinois en ont élevé deux autres au nord de Quanton et un dans l'ouest en dehors du faubourg , de ma- nière que Ia ville est environnée de forteresses ; mais tous ces forts, quoique garnis d'artillerie , sont très-foibles , et résisteroient peu à la moindre attaque des Européens. La route depuis Quanton jusqu’au mouillage des navires à Wampou, c’est-à-dire pendant trois lieues , est très-agréable, La campagne est belle , bien cultivée, et variée par des habitations et par deux grandes tours de neuf étages /n. 24). La 292 OBSERVATIONS DETAIL d’une affaire survenue entre les Européen et les Chinois, en 1784, à l’occasion de deu: hommes tués à Wampou par un coup de canon. APRÈS avoir parlé de Ia manière dont les étran gers sont reçus à ja Chine, et du commerce qu'il y font, il est, je crois, nécessaire de relater un évé: nement d'autant plus important pour tous ceux qu fréquentent Quanton, qu'il les mettra à même d connoître les Chinois , et leur fera comprendr combien il est de la prudence d’éviter toute dis: cussion avec eux. Le fait dont je vais parler étan totalement défiguré dans le rapport qu’en a fai l’auteur du voyage de M. de la Pérouse /a), j vais raconter ce dont j'ai été le témoin. Plusieurs étrangers étant venus dîner (le 24 no vembre 1784), à bord d’un navire Anglois appar tenant au commerce particulier de l'Inde , le capi: taine William ordonna de les saluer à leur départ Au moment de tirer, le canonnier qui étoit Manif lois , avertit les Chinois d’un champan, qui etoi occupé à charger le long du bâtiment, de s’éloi gner , et tira le premier coup du bord opposé le champan n'étant pas encore assez en arrière. il tira le second coup du même côté , et s’arrêta avant de faire partir le troisième. L'officier An:- (a) Volume II, page 21. SUR KES CHINOIS. 293 Plois voyant que le canonnier tardoit , lui en de- manda la raison; et, sur ja réponse que lui fit celui-ci, qu'il y avoit un champan devant lui, “officier le força, par des menaces, de tirer sans lélai. Le coup en partant mit le feu au champan, lessa mortellement un Chinois, et en brûla un iutre. Deux femmes qui étoient dans le bateau se nirent à crier; et pour exciter leurs enfans à faire le même, elles les battirent : une d’elles se jeta nême dans Peau, mais on l'en retira heureusement. Dn fit venir sur-le-champ des chirurgiens , les oins furent prodigués, néanmoins les Chinois noururent. Le capitaine Anglois en étant informé int trouver M. Dordelin , commandant le vais- eau François le Triton, et lui demanda son avis. celui-ci, accoutumé depuis Jong-temps aux usages le ja Chine , et prévoyant ce qui pouvoit arriver de àcheux , en gagea le capitaine à envoyer chercher, ur-le-champ, à Quanton, son subrécargue M. Smith, à descendre pendant la nuit, à la tête le ja rade, et à s’en aller; l’assurant qu’une fois qu'il seroit dehors, l'affaire sarran geroit plus fa- lement. M. Smith ,: averti à temps , ne suivit.pas e sage conseil , et crut devoir se fier aux Chinois, pui lui dirent qu'il n’arriveroit rien, et que l'on le verroit en cela qu’un pur accident. -Cepen- ant des soldats Chinois et quelques mandarins ie tardèrent pas à s'approcher de nos quartiers , db 3 294 OBSERVATIONS et en fermèrent même les portes; mais ces appa- rences hostiles, et l'avis de M. Roebuck, subré- cargue de [a compagnie Angloise, ne purent déterminer M. Smith à quitter Quanton, il voulut rester. Le lendemain 这 fut appelé chez le hanniste Monkoua, sous prétexte de terminer ses comptes, et en sortant il fut arrêté et conduit dans la ville, où il fut emprisonné. Cette nouvelle répandit l'alarme parmi les étrangers ; ils se rendirent tous à la factorerie An- gloise, où l'on prit ja résolütion de faire venir de Wampou des canots armés; on écrivit donc en conséquence dans japres - midi : peu après M. Smith fit parvenir une lettre par laquelle il mar- quoit que sa vie n’étoit pas en sûreté si lon ne livroit pas le canonnier. Une grande partie des canots arriva je soir : Les soldats Chinois qui garnissoient jes forts, tirèrent les canons , et jetèrent des flèches en criant de toutes leurs forces ; un Anglois fut blessé, mais les canots continuèrent leur route sans répondre. On ne tarda pas à réfléchir sur limprudence de Ia démarche que lon avoit faite ; les Hollandoïis furent les premiers qui déclarèrent qu'ils reste- roïent tranquilles ; fes François alors résolurent de n’user de force qu’en cas d'attaque. Pendant cet intervalle, des galères Chinoises remplies de soldats, s’approchant du quai, et le SUR LES CHINOES. 29$ nombre en augmentant toujours, quelques Euro- _péens se déterminèrent à parler aux mandafins ; ils allèrent ensuite dans la ville et représentèrent au Fou-yuen [| gouverneur de ja province], que les nations dont il voyoit les députés, n’étoient pour rien dans l'affaire présente; qu’elles n’avoient fait monter leurs bateaux que pour ja sûreté de leurs propriétés ; qu’il n'étoit pas juste qu’elles souffrissent pour une chose qui leur étoit étran- gère, et que d’ailleurs on ne pouvoit faire aucun reproche à M. Smith sur l'événement passé. Le Fou-yuen répondit qu’il les voyoit avec plaisir dans ces sentimens, que M. Smith n’éioït pas coupable, mais qu’il falloit livrer le canonnier ; que sans cela il feroit périr le vaisseau , et que les Anglois ne reviendroient plus à Quanton. Informés de cette réponse, les Anglois ex- pédièrent alors Îe capitaine Mackintosh , pour chercher le canonnier , et lui enjoignirent dem- ployer même la force si cela étoit nécessaire. Le lendemain [es mandarins écrivirent encore, ils firent une convocation de tous les étrangers , et demandèrent aux Angjois le Manillois : sur leur réponse qu'ils Pavoient envoyé chercher, mais qu'ils n’étoient pas sûrs qu'on le trouvât, le géné- ral Chinois s'emporta, et menaça de s'emparer de M. Pigou, chef de Ia compagnie Angloise; dans l'après midi le capitaine Mackintosh arriva enfin T4 206 OBSERVATIONS avec le Manillois ; cet homme étoit âgé de cin- quañte - cinq ans. Les nations présentèrent une requête afin d’intercéder pour ce malheureux; elle fut remise au général Chinois, qui dit en Ja re- cevant, que cette démarche faisoit honneur aux nations; il ajouta que Île canonnier n'étant cou- pable qu’involontairement , il auroit certainement sa grâce, mais qu'il falloit attendre la décision de Peking. M. Smith fut aussitôt relâché; les galères Chinoises se retirèrent, toutes les affaires repri- rent leur cours ordinaire, et peu après le navire Anglois appareïlla de Wampou. Le 8 janvier 1785 , le Fou-yuen fit appeler les Européens dans la ville; le mandarin chef de ja police, leur dit que l’empereur les engageoit à ne pas tarder dorénavant de livrer un coupable, et à se comporter avec modération ; enfin , il leur représenta que sa clémence étoit grande , puis- qu'il ne demandoit qu’un seul homme pour deux qui étoient morts. Vers les dix heures du matin le Manillois fut étranglé hors de la ville , au bord de Ja rivière : aucun Européen ne fut présent à l'exécu- tion. Le Fou-yuen avoit reçu la réponse de la cour, à soixante lieues au-dessus de Quanton , lorsqu'il se rendoit à Peking. L’empereur lui ordonnoit de faire mourir sur-le-champ le canonnier, et lui repro- choit, dit-on, d’avoir reçu de Fargent pour avoir représenté son action sous un.jour trop favorable, SUR LES CHINOIS. 297 Ainsi se termina cette affaire, entreprise avec trop de vivacité, et dont ja fin fut très-malheu- reuse. Les Chinois firent voir leur adresse ordi- naire dans cette circonstance ; ils cherchèrent à séparer les Anglois des autres étrangers, persuadés que, les premiers une fois isolés, ils en viendroiïent plus facilement à bout. Ils répandirent à cet effet quelques écrits , et laissèrent prendre un petit man- darin qui ne demandoit pas mieux qu'on pût se saisir des lettres dont ül étoit porteur. Cette ma- Diere adroite des Chinois est conforme à leur caractère , et ils aimèrent mieux finir pacifique- ment , qu'employer la force ; la preuve en est qu'ils continuèrent toujours à fournir journellement les vivres nécessaires. Au reste, ce ficheux événe- ment fit prendre une décision sage, celle de ne plus tirer le canon à Wampou, n'importe pour quel motif. COMMERCE PARTICULIER DES CHINOIS. LA Chine est un des pays les mieux disposés pour Îa réussite du commerce intérieur ; deux fleuves immenses la parcourent de l'ouest à l'est, tandis qu'un grand nombre de rivières la traver- sent du nord au sud, et du sud au nord. Cette heureuse distribution des eaux, et les avantages qui en résultent, ne furent pas long-temps ignorés d'un peuple avide de richesses, et dont l'esprit 298 OBSERVATIONS sans cesse tourné vers les moyens de s’en pro- curer , s'aperçut bientot que le commerce de ‘ province à province étoit une source inépuisable de biens , et qu'il falloir porter tous ses soins à le faire avec avantage. De à, des travaux utiles et considérables, des canaux d’une longueur pro- digieuse , des digues élevées pour arrêter les dé- bordemens des rivières , des chaussées pour con- server les eaux et les conduire à travers des terroirs bas et marécageux, enfin des bateaux commodes et propres au transport et à la conservation des mar- chandises. Tels ont dû être, et tels ont été en effet les résultats de ja réflexion et de l'expérience chez les Chinois. Peu de nations ont fait autant pour l'établissement et ja prospérité du commerce inté- rieur. Chaque province échange sans peine ses productions avec celles des provinces les plus éloi- gnées ; et des extrémités de l'empire, un marchand peut arriver à Peking sans quitter une fois je ba- teau dans lequel il s’est embarqué d’abord. Le Petchely fournit des grains, des bestiaux et beaucoup de charbon de pierre. Le Kiang-nan produit du riz, de la soie, du coton et des thés verts ; on y trouve de l'or, de largent , du cuivre et du sel; on y fait des étoffes de soie et des toiles de coton, des papiers, de l'encre, des livres et des ouvrages en vernis. Le Kiang-sy donne du riz, mais seulement pour SUR LES CHINOIS. 299 Ja nourriture de ses habitans ; on y trouve de l'or, de largent, du fer, du plomb, de l'étain , du vi- triol, de lalun , des pierres d'azur et du cristal : cette province fournit encore du sucre , des toiles de chanvre, du papier, de la chandelle, et du vernis. L'arbre qui donne cette dernière substance, croît auprès de ja ville de Kan-tcheou-fou. Le Fo-kien donne du sucre candi, des thés noirs, de ja soie, des toiles de chanvre et du coton; du cuivre, de l’étain, de Pacier, du fer, du musc, du mercure , du cristal , des bois de construction ; cette province fournit aussi des papiers et les meil- leurs pinceaux. Le Tchekiang produit la meilleure soie , et en grande quantité ; il fournit en outre de lindigo , du bois, des bamboux et de la chandelle ; on y trouve de bons jambons. Le Hou-kouang récolte assez de riz pour pou- voir en fournir aux provinces voisines. On y trouve de plus d’excellent coton, du papier, du bois, du cristal, du talc, du fer, de l’étain, du vitriol, des pierres d'azur , du mercure et de la toutenague. Le Honan donne des blés, du riz, des fruits, de la soie, et l’on y trouve de ja toutenague , des pierres dazur du cinabre , des pierres d’aimant et du talc. | Le Chan-tong produit du froment, du millet, de lindigo, et une espèce de soie grossière. 300 OBSERVATIONS Le Chan -sy donne peu de riz; il y a du fro- ment et du millet, du charbon de pierre, du fer, des pierres d’azur , du jaspe, du musc, et on y voit des étangs d’eau salée ; on y fabrique de gros tapis ou espèce de feutres, et du vin de riz. Le Chen-sy fournit du millet, du froment, de la rhubarbe, du musc, du cinabre, du plomb, du charbon de pierre, des mulets ,et des étoffes de laine. Le Setchuen donne de Ja soie , du sucre , du musc , de la rhubarbe , de Fesquine; on y trouve du cuivre blanc, du fer, de létain , du plomb, des pierres d'azur et daimant et des puits salans : on entire aussi des chevaux. Le Quang-tong fournit du riz, du sucre, de lindigo, du tabac, du coton , de ja soie, de l'or, de l'étain, du mercure , du marbre , des bois de rose, des bois d’aigle, des bois de fer et des thés communs. L'ile d'Haynan produit le sang-de-dragon, de azur, du coton , de larec, du bois de rose. Le Quang-sy donne du riz et du froment , de l'or, de l'argent, de l’étain, du cuivre, du plomb, du cinabre ; il produit en outre la cannelle et lanis étoilé. Le Yunnan donne de For, du cuivre, du cuivre blanc, des pierres précieuses , des agates 4 du jaspe, des pierres d'azur, du mercure, de fa SUR LES CHINOIS. 3of soie, du thé en boule, de jla cire et du miel. Cette province fournit des chevaux et une espèce de poil rouge tiré de la queue de certaines vaches, et dont on se sert pour les bonnets Chinois. Le Koey-tcheou a de l'or, de l'argent, du mer- cure , du cuivre, du cinabre ; il fournit beau- coup de bois. Il est aisé de se persuader, d’après ce tableau des productions des provinces, que le commerce intérieur de la Chine est très-considérable ; et cela pourroit-il être autrement chez un peuple con- centré, pour ainsi dire, en lui-même, éloigné, séparé du reste de Tunivers , et ne vivant que de ses propres moyens. Les relations des Chinoïs avec les autres nations , se réduisent à peu de chose, et leur commerce extérieur est médiocre. Sur Îa vaste étendue des côtes de Ia Chine, troïs ports seulement, savoir, Quanton , Emouy, Ning-po, expédient pour des pays étrangers. Les Chinois partent en mai et juin, et se ren- dent au Japon avec la mousson du sud-ouest; ils y portent de la rhubarbe , du ginseng, de les- quine, des étoffes de soie, des cordes d’instru- mens, du bois d’aigle et de sandal, des cuirs, des draps et du sucre; ïls gagnent beaucoup sur ce dernier article. Les jonques reviennent en oc- tobre avec les vents du nord, et rapportent des perles fines, de l'or, du cuivre rouge en barre et 302 OBSERVATIONS ouvragé, des lames de sabres, du papier et des ouvrages de vernis : ils portent à Manille des étoffes de soie, des broderies, des bas de soie, du thé, des porcelaines, des vernis, des drogues ; et en rapportent des piastres , du riz, des nids doi- seaux, des perles et du bois de teinture. Les jonques vont à Batavia dans le mois de décembre , et sont chargées de porcelaines , de thés, de toutenague, de vases de cuivre, de rhu- barbe et d’autres drogues ; elles prennent en retour de l'argent, du calin, du poivre, des muscades, des clous de girofle, des écailles de tortues , des nids d'oiseaux, du bois de sandal, du bois rouge, du succin et des draps d'Europe. La Cochinchine reçoit des toiles , des étoffes, et donne en échange de lor , de Farec et de ja cannelle. Les bâtimens qui vont à Malaca, à Siam , et au Camboje, en rapportent des rotins, du calin, du camphie, des nids d'oiseaux , des dents d’élé- phans et des cornes de Rhinocéros. Les Chinois qui vont trafiquer au dehors, doi- vent revenir dans un temps limité; ceux qui res- tent chez l'étranger ne sont plus regardés comme appartenant à l'Empire; et, s'il ieur survient quel- que accident, le gouvernement n'en prend au- cune connoissance. Si quelque Chinois se hasarde à s’embarquer S'URVÉES "CHINOTS. 3935 sur un navire Européen, il doit le faire secrète- ment, et éviter sur-tout d’être découvert à son retour, car alors il est pillé et dépouïllé par lés mandarins ou par les soldats , sans pouvoir es- pérer la moindre justice. Dans tous les temps les vues des Chinois n’ont été dirigées que vers le commerce intérieur ; et, quoique Île trafic extérieur présentât des avantages considérables, il n’a jamais été suivi autant qu'il pourroit l'être; premièrement, parce que le peuple n'aime pas à sortir de son pays qu'il préfère à tous les autres; secondement , parce que je préjugé veut qu'un homme qui va faire fortune chez TE- tranger , soit mal vu de ses compatriotes. Cette opinion , qui a toujours existé , fit fermer, du temps des empereurs Chinois , les ports de la Chine, à Fexception de Quanton; etsi les Tartares qui s’em- parèrent du trône en 1644, les ouvrirent, ils sui- virent bientôt les mêmes erremens que leurs pré- décesseurs , et restreïgnirent le commerce des Eu- ropéens au seul port de Quanton. Reste à savoir si les Chinois peuvent se passer de ce commerce, et s'ils soufiriroient de son in- terruption. Il est certain que ja ville de Quanton y perdroit beaucoup , que empereur cesseroit de percevoir six à sept millions de droits, et que la nation seroit privée de certains objets d'Europe, dont ja jouissance peut lui être agréable, mais AN 304 OBSERVATIONS non absolument nécessaire. Le commerce étranger une fois proscrit , les choses rentreroïent dans l'ordre primitif. Il ne faut pas croire que la Chine ait un besoin indispensable des choses qui lui sont apportées du dehors; il suffit, pour s’en convainere, de jeter pour un instant un léger coup d'œil sur les importations. Les Hollandoiïs et les Angjois , qui font le commerce d'Inde en Inde, ont porté à la Chine en 1787 | l'envoi de cette année a été très-fort |, deux millions deux cent vingt-sept mille huit cent quatre-vingt-dix neuf livres pesant de calin; mais si les Européens ne fréquentoïent plus le port de Quanton, les Chinois n’auroient plus un si grand besoin de ce métal, dont is fabriquent un grand nombre de boîtes à thé ; et d’ailleurs ils iroient eux-mêmes, comme ils le faisoient jadis, et comme ils le font encore, en chercher à Malaca et à Batavia. On peut dire la même chose pour ie plomb, les Européens en ont introduit fa même année quatre millions pesant de livres ; mais Ia plus grande partie en a été exportée en Europe, puisque les Chinois Font employée à fabriquer les caisses de plomb qui enveloppent les thés. Si ja consommation de cette dernière marchandise étoit suspendue , il: est évident que Fintroduction du plomb cesseroït en grande partie. Les Hollandois et les Anglois de fa côte ont vendu un million quatre cent soixante-cinq mille cinquante-trois SUR°LES CHINOIS. 395 cinquante-trois livres pesant de poivre, duarante- six mille trois cent soixante-onze livres de girofle, et huit mille neuf cent soixante-dix-neuf livres de muscade. Cette quantité d’épiceries , st lon con- sidère a population de [a Chine, est plus qu’insuf- fisante, et n’est rien en raison de ce que l'Empire devroit consommer ; d’ailleurs les Chinois man- sent très-peu d'épices ,et se servent pour relever leurs mets, qui généralement sont doux et fades, de jus de viandes, de soùy, de légumes ou dau- tres végétaux confits dans du vinaigre. L'article du coton est le plus fort, mais ïl ne faut pas se persuader que les Chinois ne peuvent s’en passer ; ils en ont chez eux, et s'ils en achè- tent par an de quarante à soixante mille balles, c’est parce qu’ils ont arraché les cotonniers dans plusieurs endroits, pour les remplacer par des plants de thé, dont le produit leur procure des bénéfices énormes, et les met en état d’acheter à un prix modéré les cotons de Surate. Les navires Anglois venant des différens ports de l'Inde, ont apporté , par exemple en 1787, de vingt à vingt-un millions de livres pesant de coton. Cette quantité est consi- dérable ; mais que d’un instant à Fautre les Euro- péens cessent de venir à Quanton , les Chinoïs-ar- racheront des thés et mettront des cotonniers à leur place. I est donc évident que des articles importés par les étrangers, les uns ne sont pasassez nombreux TOME III. à 306 OBSERVATIONS pour suffire à la consommation du pays, et je autres, s'ils paroïssent être en plus grande quan. tité, ne sont pas Cependant achetés par besoin. mais uniquement par circonstance : cette raisor une fois ôtée , ces différens articles ne trouveron plus de débit. Il n’y à que les draps auxquels le: Chinois se sont habitués , et dont ja perte pourroï leur être sensible ; mais en même temps elle tou- chéroïit peu le gros de ja nation, car le peuple n'en consomme pas, ou fort peu , et les gens aisés qu s’en servent trouveroient facilement d’autres étoffes en remplacement: car, certes, on ne peut discon- venir que les Chinois ne fussent chaudement ha: billés avant Fintroduction des jainages. II en est de même de l'argent. La Chine n’étoit elle pas riche et puissante autrefois! A-t-elle changé depuis l’arrivée des Européens! Et, s’il est entré de l'argent depuis que ceux-ci viennent à Quan- ton, n’en est-il pas sorti peut-être plus qu'il n’en sortoit auparavant! car, plus le commerce aug- mente, plus l'argent est en circulation, et plus il trouve de moyens de s’écouler. I] résulte donc que le commerce des Européens une fois prohibé , les Chinois reprendroient leurs anciens usages, cesseroient d'employer des mar- chandises inutiles ou inconnues à leurs ancêtres , et subsisteroient par eux-mêmes et par leur com- merce intérieur. SUR'LES CHINOTS. 307 AGRICULTURE, Température ; Sol, Culture, Engrais, Semences ; Produits et Mesures des terres ; Récolte ; Nour- riture des hommes ; Force et Pesanteur des individus, L'AGRICULTURE est regardée à Ja Chine comme une des premières causes de la richesse de l'État ; et, dans un pays où l'empereur [lui-même faboure de ses propres mains une portion de terrain à l'époque fixée par le tribunal des rites, lagricul- ture ne peut manquer d'être honorée. Entrer dans un détail circonstancié sur Ia cul- ture des terres à la Chine, seroit une entreprise difficile, sur-tout pour un voyageur dont l'unique intention est de ne parler que de ce qu'il a vu; je me bornerai donc à répondre aux questions qui m'ont été proposées par lacadémie des sciences, dont j'étois correspondant, en passant néanmoins sous silence celles que les circonstances ou Tin- suffisance des renseignemens que j'ai reçus, m'ont empêché d’éclaircir. Quelle est la latitude du pays, la longueur des hivers, les froids , les chaleurs moyennes ou extrêmes, enfin quelle est la température! On conviendra sans peine que ja température doit varier prodigieusement dans un pays qui V 2 308 OBSERVATIONS s'étend depuis le dix-huitième degré nord jusque parle quarante-unième (environ $75 lieues) ; mais en général elle est plus chaude que froide. Les vents des moussons , qui changent annuellement à des temps marqués, produisent ja chaleur ou je froid ; et, suivant que ces vents soufflent plus ou moins de la partie du nord et du nord-est, ou de la partie du sud et du sud-ouest, la température est plus ou moins froide, ou plus ou moins chaude. Les vents font presque le tour du compas pen- dant l'année ; ils souffilent du nord et du nord-est en octobre, novembre, décembre, janvier, février et mars; de l’est et du sud-est en avril et maï; du sud et du sud-ouest en juin et juillet; repassent ensuite à l’est par le sud en août et septembre, et reviennent enfin en octobre au même rumb d’où ils étoient partis. Les vents du nord et du nord-est qui viennent du fond de fa Tartarie et passent par dessus des montagnes couvertes de neiges, sont nécessaire- ment piquans et froids. Ceux du large, de l'est et du sud-est, sont frais; ceux du sud et du sud- ouest sont chauds ; mais ceux de fouest, qui sont foibles, occasionnent de fortes chaleurs. Ces vents qui, comme on doit le croire, ne com- mencent pas toujours à une époque fixe, se font sentir tantôt plutôt , tantôt plus tard, ou changent même quelquefois totalement de direction ; mais * SUR LES CHINOIS. 309 cela n’a Jieu qu’à la suite d’un orage, et ïls re- prennent bientôt leur cours ordinaire. Les mois les plus froids sont novembre, dé- cembre et janvier ; les mois les plus chauds sont juillet, août et septembre. Le froid et la chaleur sont plus considérables à Quanton qu’à Macao. À Quanton, qui est par vingt-trois degrés huit minutes nord , le thermomètre de Réaumur des- cend en hiver jusqu’à un et deux degrés au-dessous de zéro. J'ai vu dans cette ville de ia glace de épaisseur d’une piastre, maïs je nai jamais vu tomber de ja neige. À Macao il ne gèle point, et le thermomètre ne va pas plus bas que quatre degrés et demi ou quatre degrés au-dessus de Zéro. La chaleur est très- forte à Quanton. M. de Grammont, qui y a résidé pendant l'été, m'a dit que son thermomètre, s’étoit élevé à vingt-neuf et trente degrés au-dessus de la glace ; ce qui donne une différence de trente à trente-deux degrés entre le plus grand froid et la plus grande chaleur, Cette différence est moindre à Macao , et ne va qu'à vingt et vingt-deux degrés ; ce qui n’est pas éton- nant, la chaleur étant modifiée par les vents rafrai- chissans qui viennent de la pleine mer. Les vents en général influent beaucoup sur l'atmosphère ; le temps est sec avec ceux du nord, mou et humide avec ceux du sud, et beau avec N°3 310 OBSERVATIONS ceux du sud-ouest, cependant troublé quelquefois par des orages et de la pluie. Les vents de nord et de nord-est soufHent avet force ; ceux dest sont assez forts, etamènent quel quefois de la pluie; ceux du sud-est et du sud son plus modérés, ceux du sud-ouest le sont moins mais ceux de ouest sont foibles. Les calmes arrivent toujours lorsque les vent: veulent changer. Les ouragans ou Typhons /a4) se font senti ordinairement en juillet, août et septembre. Les variations du baromètre ne sont pas auss grandes à la Chine qu'en Europe, et excèden rarement dix lignes / 4), Les plus grandes hauteurs ne surpassent pa vingt-huit pouces huit lignes : cette élévation n'es pas toujours causée par les vents de nord ; elle lieu aussi durant les brouillards. Les plus grands abaïssemens du mercure or lieu pendant les vents d’est et de sud-est, et en été Le baromètre descend alors quelquefois jusqu vingt-sept pouces dix lignes. (a) Voyez l’article Typhons. {b) J'aurois desiré donner des détails plus circonstanciés s: Ja marche du baromètre, du thermomètre, enfin sur la tempér ture ; mais les observations météorologiques que j'ai envoyées l'académie des sciences, et qui ont été remises au P. Pingré , à se trouvent plus. SUR: LES CHINOIS. 3LE La saison des pluies est ordinairement en mars t avril : il pleut aussi en juillet et août, ainsi qu’en 1ovembre et en décembre ; maïs, dans cette der- iière circonstance , les pluies ne sont pas consi- lérables , parce qu’elles ne proviennent que des imples vapeurs qui s'élèvent après la coupe des 14 Lorsque les pluies , au lieu de tomber en mars, ont retardées jusqu'en mai, l'agriculture et la ré- olte en souffrent beaucoup. Ce que je viens de rapporter ne regarde que Quanton et Macao, que j'ai habités pendant long- emps. Quant à l’intérieur de fa Chine, comme ïül est Impossible de se procurer des notions certaines sur les provinces , et que je n’y ai pas séjourné, je vais donner une note succincte sur la température que j'ai éprouvée pendant mon voyage. Nous partimes de Quanton le 22 novembre 1794, les vents étant alors au nord : toutes les fois qu'ils soufflèrent de ce côté, la température fut froïde ; mais elle devint modérée aussitôt que les vents vinrent d’un autre rumb. Entrés dans le Kiang-sy, au 2 décembre, nous éprouvâmes une chaleur assez douce en traversant cette province, Nous eûmes de la pluie en la quittant, ainsi qu'en traversant une partie du Hou-kouang et du Kiang- nan, où nous ressentimes un froid assez piquant le 19 décembre, en traversant des montagnes. V4 312 ‘OBSERVATIONS Tout étoit blanc de neige ; il geloit, maïs pas ex- trêmement , car Ja glace fondoit dans les bas-fonds. Lorsque nous passâmes , au 30 décembre, Île Hoang-ho, ce fleuve charioit des glaçons. Tout le | temps que nous fûmes dans le Chan-tong et le: Petchely , c’est-à-dire depuis le 1.* janvier 1795: jusqu’au 9 du même mois, jour de notre arrivée à Peking , le temps fut beau et froid, mais il tomba abondamment de la neige le 13. Pendant notre ! séjour dans ja capitale, depuis le 10 janvier jus- qu'au 15 février, les vents soufilèrent générale- ment du nord, et il fit froid. Le thermomètre de ! Réaumur descendit à six, sept, huit et neuf degrés , au-dessous de ja glace. ‘A notre départ de Peking, le 15 février, il geloit | et les rivières étoient encore prises. En traversant le Petchely , le Chan-tong et une partie du Kiang- nan, nous eûmes des vents de nord, de nord- ouest, d'est, de sud-est, de sud, et quelquefois de sud-ouest. Le temps fut assez doux pendant plusieurs jours , mais en général il fat froid et il gela. En arrivant je 7 mars sur les bords du Hoang- ho, nous eûmes du tonnerre, de ja pluie, de fa grêle, de la neïge et de la gelée. Jusqu'au 23 mars que nous restimes dans je Kiang-nan, nous éprouvämes un temps assez! doux , avec des vents de nord, de nord-est, d'est, de sud-est, de sud, de sud-ouest et d'ouest. SUR LES CHINOIS. 317 Entrés dans le Tchekiang le 23 mars jusqu’au 了 avril que nous quittâmes cette province, le temps fut assez beau en mars, excepté les deux derniers jours de ce mois et tout le commencement d'avril, que nous eûmes de la pluie et quelquefois du tonnerre, les vents étant assez généralement de l’ouest, du sud-ouest et du sud, mais peu du sud- est et de l'est. Entrés dans le Kiang-sy je 2$ avril, tout le reste de ce mois fut pluvieux, à l’excep- tion de quelques jours de beau temps. Les vents régnèrent de l’est, du sud-est, du sud, du sud- ouest et de l'ouest. Arrivés dans la province de Quang-tong au 1.7 mai , nous eûmes d’abord du vent et de la pluie ; mais je ciel s’éclaircit et nous jouîmes ensuite d’un beau temps, avec des vents d'est et de sud-est : en un mot, la température fut assez douce depuis le 8 mars que nous passâmes le Hoang-ho, ,et ja chaleur augmenta toujours à mesure que nous par- vinmes sous des latitudes plus méridionales. Les vents, comme on peut le croire, varièrent souvent pendant notre voyage , et les montagnes, ou la position des lieux, en changeoïent quelquefois entièrement la direction; cependant ils prirent un cours plus réglé lorsque nous parvinmes au tro- pique, et que nous atteignimes les contrées plus voisines de la mer. | 314 OBSERVATIONS Quelle est la nature du terrain! La terre végétale est-elle profonde ! Sur quel lit est-elle assise! Est-ce de la glaise ou toute autre terre! Quelle est l'épaisseur de cette couche ! Le terrain des bords de Ia mer à Macao est sablonneux ; la terre végétale est presque nulle sur les hauteurs, et s’il y en a davantage dans les fonds, son épaisseur est d’un pied et va rarement jusqu’à trois. Cette terre, bonifiée par les engrais, est assise sur un fond de glaise de douze ou quinze pieds de profondeur, ou sur un sol jaune ocreux , mais finissant toujours par de la glaise. Les montagnes des environs de Macao suivent différentes directions, maïs assez ordinairement elles prolongent le cours de Ia rivière. Les masses des rochers qui composent ces montagnes sont de granit, entremêlées de veines de spath et de quartz, courant généralement du nord au sud. Le granit, qui est la base de ces rochers, a je grain gros ; maïs il est susceptible cependant de prendre le poli jusqu’à un certain point. Les terrains des environs de Quanton sont plus gras ou, pour mieux dire, plus glaiseux ; le sol est grisatre, a plus ou moins d'épaisseur, et finit tou- jours par un fond de glaise. Quant à celui des pro- vinces , il est difficile d'en donner une description détaillée; car ce n’est pas dans un voyage de près SUR LES CHINOIS. C7 de seize cents lieues, achevé en cent trente-trois jours , qu’il m'a été possible d'examiner à Loisir les qualités du terrain des différentes provinces que nous avons parcourues : je suis donc forcé de me contenter de rendre un compte succinct de ce que j'ai pu remarquer tant sur le sol que sur les mon- tagnes. Quang-tong. “Dans l'espace de cent quatre lieues, depuis Quanton jusqu'à Nan-hiong-fou, les bords de la rivière sont assez généralement plats jusqu’au dessus de San-chouy-hien , ville éloignée de trente lieues au nord de Quanton ; les montagnes pa- roissent alors et continuent jusqu’à l'extrémité de la province : tantôt elles s’approchent jusque sur le bord du fleuve, le bordent de chaque côté, et forment des espèces de détroits ; d’autres fois, et cela est plus général, elles s'en éloignent et laissent entre elles de grandes vallées demi-cir- culaires. Le terrain est sec, argileux , sablonneux, jau- nâtre, et souvent rouge sur un fond d'argile. Les pierres des montagnes sont couchées par bancs inclinés à l'horizon, quelquefois d’une cou- leur jaunâtre , d’autres fois d’une couleur gris-noi- râtre , avec des veines blanches, liées ensemble par une terre friable. La montagne de Mey-lin, qui sépare les deux 316 OBSERVATIONS provinces de Quang-tong et de Kiang-sy, est com- posée de grosses masses de pierres argileuses de couleur grise veinéé de blanc, et se détachant par feuillets. Kiang-sy (DuS. au N.). Le pays , en quittant Nan-hiong-fou jusqu’à Cha- kiang-hien, c’est-à-dire pendant vingt-huit lieues J est montueux. Les montagnes n’ont pas les mêmes formes que celles du Quang-tong ; elles sont par chaînes , quelquefois placées près de Ia rivière, et d’autres fois un peu éloignées. Les pierres sont en général argileuses , rougeûtres et rudes au toucher; souvent elles sont lisses , douces au tou- cher, se détachent pas feuillets, mais toujours pla - cées par bancs inclinés à l'horizon. Le terrain est sec , sablonneux , souvent rouge et par fois jau- nâtre, assis sur un fond d'argile. Il y a certains endroits où l’on trouve de cinq à six pieds de terre végétale. Près de Nan-kang-hien je terrain est rouge, divisé par bancs fortement inclinés à lhorizon, et épais d'environ douze à quinze pieds. À Nan- tchang-fou, capitale de la province, le terrain est rougeûtre et argileux. Au-dessus de Nan-tchang- fou , en suivant la route par terre, dans un espace de trente-deux lieues , le pays est partie plat et partie montueux, principalement aux environs de Kieou-kiang-fou , Vie située sur le bord du fleuve RS 377 Yang-tse-kiang. La terre est argileuse dans ces cantons. Hou - kouanp, Le terrain est gras et la terre paroît bonne dans la partie de cette province , que nous traversämes à lune de ses extrémités , et dans laquelle nous ne fimes que quinze à seize lieues environ. Le pays est plat, et bordé à l’ouest par une chaîne de mon- tagnes. | Kiang-nan (Partie Occ.). ù La première partie de cette province présente un terrain sec, rougeûtre et argileux. Le pays, plat d’abord, offre ensuite des montagnes avant Yu- tching-hien. Le terrain , après cette ville, est plat et paroît bon, à l’exception de certains endroits où il est très-mauvais ; il devient ensuite mon- tueux aux approches du Hoang-ho , et après avoir passé’ ce fleuve , il est aride et rempli de collines et de montagnes. _ Les montagnes sont composées de pierres qui ressemblent à du grès ; elles sont disposées par bancs inclinés , et se détachent par feuillets qui varient plus ou moins dans leur épaisseur. Dans certains endroits les pierres sont noires, mais tou- jours par bancs inclinés. Notre route dans cette province fut de cent vingt-huit lieues. Chan-tong et Petchely. . Pendant soïxante-dix-sept lieues que nous fimes 318 OBSERVATIONS dans je Chan-tong , et soixante dans le Petchely, nous ne vimes à-peu-près que je même terrain ; il est en général sec, sablonneux et comme de Ia cendre. Les pierres sont rudes au toucher , et dis- posées par bancs horizontaux. Chan-tong (Partie Or.). Ayant suivi dans le Petchely fe même chemin que nous avions pris en allant, nous ne remarquämes aucune différence dans je terrain, Îa terre est par- tout légère et comme de ja cendre. Arrivés à Te- icheou , première place du Chan-tong, nous chan- geîmes de route et primes au sud-est en quittant la ville. Le terrain, quoique sec, devint meilleur; il est plat jusqu’à ja ville de Tsy-ho-hien, c'est-à- dire, pendant vingt lieues ; les montagnes com- mencent alors et continuent jusqu’à ja ville de Y-tcheou durant l’espace de cinquante-huit lieues. Les pierres des montagnes ressemblent à du grès, et se détachent par feuillets. De Y-tcheou jusqu’à l'extrémité de la province, Îe terrain est plat pen- dant quatorze lieues; de distance en distance on trouve cependant quelques hauteurs, mais elles sont foibles. Kiang-nan (Partie Or.). La partie de cette province qui est avant Îe Hoang-ho, sur une longueur de trente-six lieues , est plate, le terrain en est léger et sablonneux. Les rives du Hoang - ho sont argileuses et SUR LES CHINOIS. 319 jaunâtres ; et il paroît par la couleur de ses eaux, que les terres qui forment les rives parcourues par ce fleuve avant d’être à Yang-kia-yn, sont de ja même nature que celles qui bordent le fleuve au- près de ce bourg. Depuis cet endroit jusqu’à l'extrémité de Ia pro- vince , c’est-à-dire, pendant plus de quatre-vingts lieues, le pays est plat à lexception de quelques montagnes qu'on voit aux environs de Yang- tcheou-fou, et de Tsin-kiang-fou. Le terrain d’abord un peu sablonneux, devient ensuite très- bon ; la terre est argileuse , et souvent noire et grasse. | Tchekiang. Pendant les cinquante lieues qu'on fait dans cette province avant d'être à Hang-tcheou-fou, Ja terre est argileuse sur un fond de glaise; le ter- rain est plat, et les montagnes ne commencent qu'aux environs de la ville. Le terrain est ensuite plus ou moins montueux, et continue ainsi jusqu’à Tchang-chan -hien c’est-à-dire pendant plus de soixante lieues. Les pierres sont inclinées à l’ho- rizon ; elles sont rudes au toucher et se détachent par feuillets ; le sol est sablonneux, ocreux, et de- vient rougeâtre comme les pierres qui composent les collines. ; De Tchang-chan-hien dans le Tchekiang, jusqu'à Yu-chan-hien dans le Kiang-sy , on compte douze 320 OBSERVATIONS lieues. Ce pays est montueux , le terrain est argi- leux , les pierres sont de la même nature , dispo- sées par bancs inclinés et de couleur grise veinée de blanc , ou de couleur brunâtre avec des taches verdâtres. Kiano-sy (Partie Or.). Pendant les quarante-six lieues qu’on fait depuis entrée de cette province jusqu'a Noan-jin-hien , le terrain est montueux ; je sol est sablonneux, rougeatre, Sur un fond d'argile; les pierres sont rouges et disposées par bancs inclinés à Phorizon : de Ngan-jin-hien jusqu’à Nan-tchang-fou, capitale de la province , on compte vingt-huit lieues, Îe terrain est plat, sur-tout du côté du lac Po-yang ; la terre est rougeûtre, teinte de jaune, sur un fond d'argile. On trouve dans ces cantons des fours à chaux faits de petites pierres rougeûtres qui Pa- roissent provenir de Tendroit même. Quant à Ia pierre à chaux, elle est blanchâtre et tendre. En approchant de Nan-tchang-fou, on commence à ‘voir dés hauteurs. La route depuis cette ville jus- qu’à Quanton ayant été la même qu’en allant, les observations sont aussi les mêmes. Les terres cultivées rapportent elles tous les ans sans Se reposer 7 Les Chinois n'ayant pas plus de terre qu'il ne leur en faut pour subvenir à leurs besoins , ne fa laissent SUR LES4CHINOIS ”了 2 laissent point reposer. Dans les provinces du sud , où l’on fait deux récoltes de riz, aussitôt que fa première est terminée on ensemence de nouveau. Quelquefois les habitans ne sèment pas deux fois du riz, sur-tout lorsque les champs sont petits, ou, lorsqu’étant près des villes, le produit de [a récolte des légumes peut leur rendre davantage; ils sèment alors des patates douces, des féves, des lentilles , de ja salade ou des yames : ce dernier légume aime les terres humides, et vient bien dans les champs de riz. En général, les paysans ne laissent pas reposer les terres, et nous n’en remarquâmes, du- rant notre Voyage, aucune en jachère, I faut ob- server cependant qu'il y a à la Chine beaucoup d’endroits incultes ; cela dépend des lieux, des : circonstances et de ja population. Les tombeaux enlèvent sur-tout de grands emplacemens à lagri- culture; et, excepté dans le Kiang-nan, du côté de l'est, où la population étant plus considérable à cause des manufactures , et je terrain par con- séquent plus précieux, les cercueils sont simple- ment déposés sur le sol, et n’occupent qu’un petit espace, par-tout ailleurs nous reconnûmes que les tombes couvroient inutilement de grandes por- tions de terre: Dans les lieux où ja population est moins grande , ou lorsque l'étendue du pays suffit à fa nourriture des habitans , les Chinois ne cultivent TOME III. X 322 OBSERVATIONS alors que les cantons plats ; les moindres hauteurs sont abandonnées. H ne faut pas croire que toutes les montagnes de la Chine soient cultivées depuis le haut jusqu’en bas. Si Fon trouve des collines coupées en ter- rasses et destinées à lagriculture , cela n’est pas général , et j'ai vu un plus grand nombre de hau- teurs incultes, que je n’en ai trouvé dont on avoit tiré parti : nous remarquâmes, il est vrai, de petits champs ‘cultivés jusque sur je sommet des montagnes dans un certain canton du Kiano- nan; Imais la nature du pays montueux et res- serré avoit obligé les habitans de le faire , les ter- rains qui existoient entre les gorges n'étant pas assez étendus pour produire les subsistances né- cessaires. Du reste jai traversé dans différentes provinces des districts remplis de montagnes , et dont aucune portion n’étoit mise en culture. Met-on des engrais sur la terre! Quelle espèce d'engrais ! Fait-on parquér les bestiaux ! Se sert-on de marne, des curages des rivières, ou des sels provenus de la combustion des plantes ! , er Les Chinois fument leurs terres autant que cela est en leur pouvoir ; ils emploient à cet usage toutes sortes d'engrais, mais principalement les excrémens humains , qu'ils recueillent à cet effet avec grand soin, On trouve dans les villes , dans SUR LES CHINOIS. 323 les villages et sur les routes, des endroits faits exprès pour ja commodité des passans , et dans les lieux où il n'y a pas de semblables facilités, des hommes vont ramasser soir et matin les ordures , et les mettent dans des paniers à laide d'un croc de fer à trois pointes. On trafique dans ce pays de ce qu'on rejette aïleurs avec horreur ; et celui qui reçoit de l'argent en France pour nettoyer une fosse, en donne au contraire en Chine pour avoir Ia liberté den faire autant. Les excrémens sont portés dans de grands trous bien mastiqués , faits en pleine campagne, dans lesquels on les délaye avec de l'eau et de lurine;, et on les répand dans Jes champs, à mesure qu’on en a besoin. On rencontre souvent sur ja rivière, à Quanton, des bateaux d’une forme particulière, destinés au trans- port de ces ordures, et ce n’est pas sans surprise qu'on en voit les conducteurs être aussi peu af- fectés qu’ils le Paroissent de l'odeur désagréable d'une pareille marchandise. Outre cette méthode pour préparer les excré- mens humains, les gens de la campagne en ont une autre qu'ils mettent en usage à l'approche du printemps ; ils prennent une égale portion de terre et d’excrémens parfaitement pourris, ils les mêlent ensemble et en forment des espèces de galettes aux- quelles ils font plusieurs trous, et qu'ils retournent deux ou trois fois pour les faire sécher. Cette X 2 324 OBSERVATIONS manière a lavantage doter aux excrémens une grande partie de leur mauvaisé odeur , et d'en rendre le transport plus commode. Ces galettes, dont on voit des barques entièrement remplies, n'ont pas cependant une odeur de violette, ainsi qu'il a plu à certains auteurs de le dire, mais elles sont aisées à manier et faciles à mettre en grosse poussière, état dans lequel jes Chinois les réduisent pour les répandre sur leurs terres. Les bestiaux étant peu nombreux à la Chine, je n'ai point vu qu'on fasse parquer les animaux; mais dans les provinces septentrionales, où les bêtes à cornes sont en plus grand nombre, les gens de la campagne emploient du fumier semblable à celui d'Europe , et le déposent comme nous en petites buttes sur la terre, pour fy étendre ensuite : c’est ainsi qu’en usoient les paysans du Hou-kouang et d’une partie du 下 iang -nan lorsque nous tra- Versimes ces provinces vers ja mi-décembre. Les enfans, dans certains cantons, vont sur les chemins pour y ramasser la fente des chevaux ou des mulets, et prennent beaucoup de soin pour n’en pas perdre. Outre les engrais dont je viens de parler, les Chinois emploient fa chaux, et les cendres provenant de Ja combustion des os d’ani- maux, des plantes, des herbes, des boïs, et mème _des cheveux et de Ia barbe. Lorsque jla terre est légère et sablonneuse , les habitans y mettent de SUR LES CHINOIS. 325 Ja marne , et du sable lorsqu'elle est argileuse. En passant à Tsin-kiang-fou dans le Kiang-nan, nous vimes des hommes occupés à tirer la vase du fond du canal ; les Chinois l’'étendent sur les ter- rains , et principalement sur ceux qui produisent je coton , prétendant que cet engrais lui convient. Au nord de Nan-tchang-fou , où les terrains bas qui avoisinent le lac Po-yang produisent naturel- lement une grande quantité de foin /n. 70), on en porte souvent une partie dans les champs, pour engraisser ja terre. Combien la mesure de terre usitée dans le pays , contient-elle de toises ou de pieds carrés! Les terres se divisent en King, chaque King est de cent Meou [ou arpens |; le Meou a deux cent quarante pas de long sur un pas de largeur : le pas Chinois a dix pieds, et le pied Chinois est presque égal à celui de Paris. ; Un Meou contient donc vingt-quatre mille pieds carrés , OU six cent soixante-six toises carrées plus deux tiers, et par conséquent le King contient deux millions quatre cent mille pieds carrés, ou soixante-six mille six cent soïxante-six toises carrées plus deux tiers. L’arpent Chinois est d’un quart plus petit que celui de Paris, en supposant que ce dernier contienne trente-deux mille quatre cents pieds çarrés. X 3 326 OBSERVATIONS Quelles sortes de plantes cultive-t-on 1 pour læ nourriture des hommes, 2° pour celle des bestiaux , 3 pour les arts ou pour les besoins des habitans ? Les grains ou graines dont se nourrissent les Chinois, sont le riz, le blé, l'orge, le sarrazin le millet , le maïs, les pois, les féves : d’après les re- marques que j'ai pu faire dans mon voyage, il m'a semblé qu'après le riz, la culture la plus générale étoit celle de l'orge. Les principales plantes potagères sont le Pe- tsay [espèce de bette], le nénufar, la carotte, la rave, le navet, la moutarde, la pistache de terre, Tyame et la patate douce. Les Chinois nourrissent les chevaux avec de ja paille hachée , mêlée avec des pois ou des petites féves cuites. Les bestiaux sont en petit nombre ; ils paissent dans les endroits où l'herbe croît natu- rellement et sur les bords des rizières. Les plantes, les arbustes , ou les arbres que les Chinois cultivent pour les arts ou pour leurs be- soins , sont en grand nombre; il seroit trop long et difficile den donner une nomenclature exacte ; ainsi je ne nommerai que les productions princi- pales , savoir; dans les plantes, la canne à sucre, le cotonnier, le chanvre, le lin, le tabac , et di- verses autres plantes qui servent en teinture, en médecine , ou qui fournissent de lhuile, &c. SUR LES CHINOIS. 327 Dans les arbustes, le thé, le cotonnier, Je Tcha- tchou [arbre à huife | &c. Dans les arbres , lOu-kieou-mo [arbre à suif], le màrier , le Tong-tchou, l'arbre du vernis, le camphrier, le cannellier , &c. Quelles graines emploie-t-on pour semer? Sont-ce celles du pays ou celles d'ailleurs ! Le cultivateur est dans l'usage de réserver une portion de sa récolte pour ensemencer de nou- veau. Je ne sache pas qu'on ait habitude à fa Chine de changer les semences ; le paysan n’en achète que lorsque des circonstances imprévues lui ont fait consommer ie grain qu’il avoit mis à part. Combien donne-t-on de façons de labour ! Avec quel instrument cultive-t-on! A quelle profondeur se donnent les façons ? Dans quel temps ! Aussitôt que les riz sont recueillis ; on donne un labour dès que la pluie à tombé : cette première façon faite avee le hoyau, sert. à retourner jes ra- cines, afin qu’elles pourrissent dans ia terre êt l'engraissent. Lorsqu'il a plu , on Iaboure encore ; on passe ensuite la herse à plusieurs reprises , à l'effet de briser les mottes et d’unir la terre. Les Chinois, en général, labourent peu profondément; la charrue n'entre guère au-delà de quatre à cinq pouces dans les terres où lon sème le-riz, et, d’après ce que j'ai vu , elle entre encore moins dans X 4 328 OBSERVATIONS les terres légères et presque cendreuses des pro- vinces septentrionales. Laboure-t-on à plat ou à sillons élevés ! Comment sont faites les charrues et les herses! Les sillons sont- ils composés d'un ou de plusieurs traits de charrues ! Quelle est leur hauteur! Lorsque jai traversé au mois de décembre Îles provinces de Hou-kouang, de Kiang-nan, de Chan-tong et de Petchely , les terres étoient jabou- rées à plat, et [a herse paroïssoit y avoir déjà passé. Dans les provinces du sud, les paysans, en labou- rant, ne cherchent pas non plus à faire de sillons, mais uniquement à diviser la terre, qu’ils unissent ensuite avec ja herse. La charrue est simple ; elle est composée d’une pièce de bois courbe; le socle est fixé à l’extrémité inférieure , et l'extrémité supérieure sert au labou- reur à diriger la charrue. Vers les deux tiers de cette même pièce, mais du côté du socle, il s’é- lève perpendiculairement un morceau de bois tra- “versé par un autre, dont un bout vient se réunir en arrière au manche de Ia charrue, et dont l’autre bout porte le palonnier , auquel sont attachés les traits qui servent à tirer la charrue, et qui vont s'arrêter à une pièce de bois courbe posée sur le cou du buffle. Les herses sont de formes différentes ; la première, SUR LES CHINOIS. 329 qui s'emploie lorsque les mottes sont encore dans leur état primitif après le premier labour, n’est formée que d’une seule pièce de bois armée de pointes de fer ; la seconde en a trois ; la troi- sième est plate, composée de planches réunies et armées en dessous de trois rangs de pointes : le laboureur monte sur celle-ci, et dirige le pu 伍 e avec une corde attachée à un anneau qui traverse les narines de l'animal. Cette dernière machine est faite pour unir le terrain, et ne s'emploie que Iors- que les mottes de terre ont été bien brisées. Le Ja- boureur , dans toutes ces opérations, a les pieds et quelquefois les jambes dans l’eau : aussi l’état d’agri- culteur est très-pénible à la Chine. Quelle est la saison de semer! Fait-on subir aux semences quelques préparations ! On sème ie riz en mars et en juillet, plutôt ou plus tard, suivant les pluies. On fait tremper le riz dans l’eau pure avant de les semer : pour les autres graines, on les fait tremper dans de l'eau de chaux ou de l’eau de fumier. Lorsque nous passâämes, en décembre, dans les provinces au nord du Quang-tong , la récolte étoit terminée , les terres en partie labourées, et les grains semés. On coupoit les cannes à sucre, et les graines du Tcha-tchou étoient recueillies. Lorsque nous sortimes de Peking , au 1 $ février, 330 OBSERVATIONS les terres étoient labourées, les grains poussoient dans certains endroits , et dans d’autres on japou- roit encore. En mars et en avril, les orges étoient avancées, et même coupées en avril et mai, dans les provinces du sud. A cette époque les cannes à sucre sortoient d’un pied de terre, et les plantes dont la graine est employée à faire de l'huile, étotent en fleurs et prêtes à müûrir; je Tcha-tchou, ou Jarbuste qui ressemble au thé, et dont on fait de l'huile avec la graine, commençoit à avoir des bou- tons ; le chanvre, dans je Quang-tong, avoit déjà un pied et demi de hauteur ; Parbre à suif n’avoit pas encore de feuilles. Au mois de mars, lorsque nous traversimes je Kiang-nan , les mûriers étoient sans feuilles ; ils étoient plus avancés dans le Tche- Kiang, et commencèrent à en avoir vers ja fin de mars et le commencement d’avril : les mûriers de la province de Quang-tong étoient en pleine vé- gétation au commencement de maï. Recouvre-t-on les semences à la charrue, à la herse, au rateau, ou autrement ! Dans les terres où l’on cultive le riz, on ne re- couvre pas les semences : dans les provinces du nord, on recouvre le grain avec Ja herse. En traversant les provinces septentrionales, on nous montra un semoir Chinoïs, qui servoit en même temps à ouvrir un sillon et à semer le grain SUR LES CHINOIS. 330 (n. 43). Ce semoir, fait en forme de trémie, étoit supporté sur deux bâtons creux, à travers lesquels passoient les graîns qui se répandoient dans je petit sillon formé par le socle qui étoit fixé à cha- cun des deux bâtons. L’inspection de cet instru- ment démontre visiblement qu'il ne peut être em- ployé que dans des terres extrêmement légères : deux horimes suffisent pour conduire cette ma- chine, et paroissent n'être point fatigués de cette opération. | Il y a deux manières à [a Chine de semer le riz ; la première, et qui paroît la plus usitée, se fait ainsi : on prépare un espace de terrain qu'on recouvre de grain; lorsque celui-ci a poussé à la hauteur de six à sept pouces, on lenlève et on le pique dans les champs dont la terre a été bien unie et bien trempée auparavant : elle doit être couverte d’eau au moment où l’on fait le repiquage. Dans l’autre mañière, on prépare bien le ter- rain, on lunit et on limbibe bien; lorsque [a terre a absorbé l’eau surabondante, les Chinois font des trous à six et sept pouces de distance, et ÿ mettent quelques grains de riz. Cette manière demande une meïlleure terre et consomme un peu plus de grain. Pendant mon voyagé dans Pintérieur, j'ai vu plusieurs champs dans lesquels le blé avoit été semé par touffes ; il paroissoit pousser vigoureusement , 332 OBSERVATIONS et sa feuille étoit large. Cette manière de semer le blé par quatre et cinq grains à-la-fois, et à trois pouces et demi de distance, rend beaucoup plus que lorsqu'il est semé à la volée /a); mais si les Chinois emploient cette méthode, ce n’est pas parce qu'ils ont reconnu qu’elle rendoit davantage, c’est seulement pour semer dans les intervalles des féves, dont le produit les dédommage, lorsque le blé manque, ce qui arrive lorsqu'il ne tombe pas de pluie dans le printemps. Combien sème-t-on par arpent! Est-ce à la main qu'on sème! Si les graines sont menues , les méle-t-on avec du sable ou de la cendre ! Je ne parle que du riz, parce que je n'ai pu avoir des renseignemens assez positifs sur ja ma- nière de semer les autres grains. Il y a deux manières de semer je riz, comme je viens de le dire; la première est den faire une espèce de couche , de l'enlever ensuite lorsqu'il est grand, et de le repiquer ; la seconde est de mettre quatre ou cinq grains de riz dans chaque trou. La première méthode demande de 32 à 38 catis de grains par meou, ou arpent Chinois. On prend ordinairement un terrain à volonté , qu’on recouvre entièrement de grain. En suppo- PR IP (a) Budée. SUR LES CHINOIS. 333 sant ce terrain de 25 pieds de longueur sur $ pieds de largeur, on aura 125 pieds carrés de superficie: 46 grains de riz en paille couvrent un pouce carré; ainsi 12$ pieds demanderont 828,000 grains : or, 22,400 grains de riz, pesant un cati, les 828,000 peseront 36 catis et, ou 37 catis, faisant 45 Liv. + de France , ou deux boisseaux 区。 Les Chinois plantent je riz en échiquier. Je suppose, selon ce que j'ai remarqué, sept pi- qûres dans un pied carré ; d’après ce compte, Îles 828,000 grains su 伍 ront pour planter un meou Chinois ou 24,000 pieds carrés, en mettant, sui- vant l'usage, quatre ou cinq brins de riz dans chaque trou. La seconde méthode consomme un peu plus de grains ; elle exige une meilleure terre et plus de temps : aussi est-elle employée rarement. Supposant donc sept piqüres par pied carré, le meou ou Îes 24,000 pieds qui le composent , contiendront 168,000 piqüres, lesquelles, à cinq grains chacune , demanderont 840,000 grains de riz, pesant 37 catis +, faisant 46 livres et + de France , ou deux boiïsseaux et environ un tiers. En rapportant Tarpent de France à celui de Chine, il faudra, pour planter le premier, en sui- vant ia première méthode, deux boïsseaux et demi et six livres un quart de grains, et par ja seconde, 334 OBSERVATIONS deux boisseaux et demi et sept livres et un hui- tième. Cette quantité est fort différente de celle qu’on emploie en Europe ; ïl est vrai que dans les pays chauds il ne faut pas autant de semence; mais la disproportion est trop grande pour qu'on n'y fasse pas attention , et pour qu’on ne préfère pas la méthode Chinoise, puisqu'elle n’exige que jle sixième de ja semence qu’on emploïe en Europe. Les Chinois, avant de semer le riz, le mettent dans des paniers qu’ils placent dans Feau pour le faire tremper : ils n’ajoutent rien à la graine lors- qu'ils {a sèment ; mais pour les graines menues , telles que le miilet et autres , ils les mêlent avec de la cendre, du sable ou de Ia terre. Depuis le temps où on sème les grains jusqu'à la récolte, quels soins est-on oblivé de leur donner ! IH faut avoir soin d’arroser et de nettoyer le riz : outre les trois nettoyages qu'on donne à ce grain, on répand dessus , lorsqu'il est assez grand, de la chaux en poussière, pour tuer les vers et faire fructifier la plante. Le principal soin des Chinoïs pour faire croître le riz, étant de lui procurer de Teau en abondance, ils ménagent avec attention celle qui descend des montagnes, la conduisent dans des étangs, d'où ils la répandent ensuite dans les champs. Les habi- tans qui sont placés près des rivières, profitant des SUR LES CHINOIS. 335 avantages que peuvent leur donner des eaux plus abondantes, ont cherché les moyens de Îes trans- porter dans leurs terres, et ont parfaitement réussi avec la roue de bamboux /n.° 33), qu’ils emploient à cet effet. Cette machine, solide et légère, élève leau sans exiger beaucoup de soins et de dé- penses : il est ficheux qu’on ne puisse imiter ces roues en Europe ; mais manquant de bamboux, tout ce qu’on feroit seroit lourd et dispendieux /a). À quelle hauteur parviennent les riz, les blés, le tabac, dc. ! Les pailles des orges, des blés et des riz ne par- viennent pas à une grande hauteur, et peuvent avoir trois pieds ou très-peu au-dessus. Les tiges du millet s'élèvent davantage, et j'en ai vu dans Île ñord qui afloïent à cinq pieds et même plus. Les plantes de tabac que jai aperçues dans cer- tains endroits, n’étoient pas assez avancées pour que je puisse fixer la grandeur qu’elles peuvent atteindre ; mais d’après l'inspection de plusieurs plantes de tabac des environs de Quanton, je crois qu’elles attergnent [a même hauteur, ou sur- passent peu celles qui croïssent dans nos colonies. Au mois de mars on place en terre, à un pied et demi de distance , les plants de tabac; ils sont (a) Voyez l'article Arrosemens. 336 OBSERVATIONS müûrs en août: pour s’en servir, on presse les feuilles les unes sur les autres , et on les coupe en petits filets. Le tabac Chinoïs a une odeur désagréable. Dans quel temps les plantes fleurissent-elles et sont-elles müres! Quelles précautions prend-on pour les récolter, emporter et conserver ! Le riz fleurit deux lunes après qu’il a été piqué : ses fleurs n’ont pas de pétales et naissent aux som- mités , elles ressemblent à celles de Forge. Les graines ou semences sont épaisses, ovales, dis- posées en épi, et enfermées dans une capsule ou dans deux coques rudes au toucher, dont lune se termine en un long filet. On coupe le riz trois lunes après l'avoir piqué. Les Chinois emploient pour cela une petite fau- cille dentelée; ils battent le grain auprès du champ où il a été récolté, ou bien lemportent chez eux et le mettent en meules , pour ie battre ensuite, je vanner et le serrer. En revenant de Peking les orges étoient très- avancées dans les mois de mars et avril; elles étoient même coupées dans les provinces du sud. Les plantes propres à faire de Fhuile étoient en fleurs à cette même époque. Quelles sont les circonstances les plus favorables aux productions du pays! Quelles sont les plus défa- yorables, soit de la part de l'air, soit de la part des rivières , SUR LES CHINOIS. 337 rivières , soit de la part des animaux ou des insectes destructeurs ! Quels moyens a:t-on pour les en préserver ! La pluie est nécessaire pour préparer les terres, et [lorsqu'on sème ou qu’on repique le riz ; il faut ensuite un temps ni trop sec ni trop pluvieux. Le vent est dangereux lorsque le riz est en fleur; c’est alors qu’on a besoin de beau temps comme à l'instant de ja récolte. Les Chinois , pour éloi- gner les oiseaux, se mettent en vigie ou placent çà et [à des morceaux de toile, et même des figures d'hommes faites de païlle : pour chasser les insectes ils font de la fumée. Dans les endroits où le cours rapide de Ia rivière ronge les terres ou jes mine, les paysans cons- truisent des digues avec de ja terre revêtue de pierres; maïs plus souvent ils se contentent d’un lit de terre et d’un jit de païlle, dont ils forment une chaussée, qu'ils renouvellent à mesure qu’elle s’af- faisse ou se dégrade. [ls suivent également cette pratique pour se garantir des inondations ; mais, dans beaucoup de lieux où les bords de la rivière sont sujets à être couverts d’eau par les déborde- mens, ils les abandonnent tout-à-fait. Quelle est la longueur des épis, quelle est la 2707- seur des tuyaux ! Combien les épis portent-ils de grains! Les épis sont [longs de deux pouces à deux TOME III : É 333 OBSERVATIONS pouces et demi, et les tuyaux gros comme une plume ordinaire. Jai compté depuis quarante et cinquante jusqu’à soixante et même soixante-quinze grains dans un épi. Fait-on dans le pays des prairies artificielles ! Les bestiaux sont rares à la Chine , et lon ne voit pas de prairies artificielles. Tout le terrain est employé à la culture autant que cela est possible ; et les terres propres à faire des prairies, l’étant encore davantage pour la culture du riz, les Chi- nois sont plus portés à les ensemencer qu'à les consacrer à la nourriture des bestiaux. Les Chinois, d’ailleurs, nourrissant les chevaux et les autres animaux avec de ja païlle , le foin ne leur est pas aussi nécessaire. Le seul endroit ot j'aie vu une grande étendue de terrain employé en prairies, c’est près du fac Po-yang, dans le norc de Nan-tchang-fou , capitale de la province de Kiang-sy. Ce terrain extrêmement bas et sujet : étre entièrement inondé lors de ja crue des eaux et par conséquent ne pouvant être ensemencé est laissé en prairies , et l’herbe y croît naturel Iement. Les Chinois, lorsque nous passimes dan: ces cantons, aux 11 et 12 avril, étoient occupé à la couper Que 70), et à en former de petite. meules qu’ils chargeoïent ensuite dans des bateaux Une partie de ce foin est envoyée dans différen SUR LES CHINOIS. 339 endroits , et sert pour la nourriture des bestiaux ; jautre est étendue sur la terre, où elle se pourrit et lengraisse. : Dans quel endroit réunit-on le produit des ré- eoltes! Est-ce dans des granges ou en dehors! Est-ce sous la forme de pyramides! Quels soins prend-on pour les garantir! Bat-on la récolte aussitôt la moisson, où pendant le cours de l’année ! Les Chinois mettent les grains en meules au- près de leurs habitations ; jen ai vu plusieurs pen- dant mon voyage. Ces meules sont plus larges par en haut que par en bas, et couvertes de nattes arrêtées avec des cordes auxquelles sont attachées des pierres, pour empêcher que Île vent n’em- porte la couverture : maïs, en général, lorsque Yagriculteur ne récolte pas beaucoup de grains , ïl le bat de suite. D'ailleurs , le fermier payant 1e prix de sa ferme avec [a moitié de sa récolte, est forcé de battre promptement pour satisfaire à ses engagemens. Est-ce au fléau qu'on bat les grains, ou les fait-on fouler par les pieds dés animaux? Comment est fair le fléau ! Quelquefois on foule le grain avec les pieds des animaux, ou bien avec des cylindres de pierre; mais ordinairement on Île bat avec je fléau. Cet 2 340 OBSERVATIONS instrument est fait comme celui qui est en usage en Europe ; mais le morceau de bois qui sert à frapper , au lieu d’être attaché avec de [a peau, ce qui lui donneroit ja facilité de tourner en tous sens , est fixé par une cheville et tourne vertica- lement le long du manche. Cet instrument est sou- vent simple ; mais quelquefois le fléau, ou la partie qui frappe sur le grain, est double, c’est-à-dire, composée de deux morceaux de bois arrêtés au manche par Ja même cheville. Lorsque jes Chinoïs veulent baitre les grains, voici comment ils disposent le terrain. Js com- mencent par le bien piocher ; et après avoir rendu jia terre bien meuble, ïls l’'égalisent ensuite et la pilent soïgneusement avec des pilons gros comme le poing : le sol étant encore humide, ils étendent une couche, d’un bon pouce d'épaisseur, d’une terre bien tamisée et mêlée avec de Ia chaux en poudre. Cette terre, si elle est noire, doit com- porter assez de chaux pour qu’elle devienne d’une couleur grise : alors elle est battue fortement avec des battoirs, jusqu’à ce que le tout devienne dur etuni. Une pareille aire résiste à la pluie, et peut durer quelques années. On trouve par-tout dans les champs et auprès des villages des endroits ainsi préparés. Nous en vimes beaucoup dans le cours de notre voyage. SUR LES CHINOIS. 34r Quelle est la quantité de grains que produit une me- sure déterminée de terrain! Combien les grains rendent- ils pour un ! Le terme moyen pour le produit d’un meou ou arpent Chinois , est de trois pics de riz par meou, ou de dix pour un. Je ne parlerai pas du rapport des autres grains, parce que les Chinois que jai consultés ne le connoissoient pas eux-mêmes. Combien attelle-t-on de chevaux ou de bœufs à une charrue ? On emploie dans le midi des buffles, et je n’en ai jamais vu qu’un seul attelé à la charrue. Combien un homme peut-il ensemencer de terrain en un jour, ou en labourer à la béche! Combien peut-il couper de froment à la faucille? : Un homme peut ensemencer ou récolter dans un jour la valeur d’un meou ou arpent. Les fermages se paient-ils en argent ou en denrées ! Les fermes sont-elles à moitié du produit pour le fermier ou le propriétaire! Les bestiaux appartiennent- ils au propriétaire où au fermier! Le fermier donne la moitié du produit de Ia ferme ; c'est à lui à se fournir tout ce qui lui est nécessaire pour faire valoir sa terre. Le propriétaire paie les im- positions, Les baux sont detrois , quatre ou septans. Y 3 342 OBSERVATIONS Quelle est la mesure des grains du pays! La mesure ordinaire est le pic, qui contient 100 catis ou livres Chinoises , faisant 123 livres de France [ 60,21 kïlogr. |. Le boisseau Chinois pèse 10 catis, et le sac 40. a . È . , Comment prépare -t-on les grains et graines qu'on récolte, pour les faire manger aux hommes ct aux bestiaux ! Lorsqu'on a battu ie grain, et qu'il est bien criblé, vanné et nettoyé, on le pile dans un mor- tier, dans lequel tombe un pilon de pierre forte- ment attaché à une longue pièce de bois, sup- portée aux trois quarts de sa longueur par une traverse. Un Chinois, en mettant le pied sur jex- trémité inférieure de la pièce de bois, ou en le retirant, élève ou fait tomber le pilon. Ce travail est pénible et fatigant. Le riz, ainsi dépouillé de sa pellicule , est porté au marché ; mais avant de le faire cuire, on lui donne encore une autre pré- paration. On le frotte dans un vase de terre can- nelé rempli d’eau ; on ie lave bien, ensuite on le met dans une espèce de poêle en fer, ayant soin qu'il soit entièrement recouvert d'eau. If ne faut qu'un quart d'heure pour cuire je riz, C'est-à-dire , pour que ses grains soient bien renflés, et se dé- tachent sans se coller les uns aux autres. Dans les provinces septentrionales , où lon SUR LES CHINOIS. 248. récolte du blé:et de l'orge, on réduit le grain en farine ; on en fait des espèces de galettes minces, qu'on fait cuire dans une poële, et qu'on mange avant qu’elles aient atteint le degré nécessaire de cuisson. On en fait aussi de plus épaisses, maïs elles sont rarement assez cuites ; les petits pains blancs ont le même défaut, et nous étions obli- gés, à Peking , de les mettre sur des charbons ardens pour achever de les cuire. Dans certains endroits les Chinois mêlent dans ces galettes des plantes aromatiques, qui leur donnent un goût fort désagréable. . Les Chinois font avec Ja farine une grande quantité de vermicelle; nous en vimes beaucoup dans notre voyage que Îles enfans avoient soin de faire sécher au soleil sur des claies. On mange dans le nord le millet cuiten forme de galettes où en bouillie, Les légumes, pour la nourriture des hommes, sont cuits à l’eau , sans avoir subi au- cune préparation antérieure ; quelques-uns, sur- tout le Pe-tsay, sont confits dans la saumure. Les seules graines qu'on donne aux chevaux sont Îles féves ; on les fait cuire dans l’eau , et on les mêle ensuite avec de la paille hachée. Les graines que l’on convertit en farine en donnent- elles beaucoup ! Les Chinois ne sont pas fort avancés dans l'art 1-4 344 OBSERVATIONS de la mouture ; ainsi 这 est difficile de savoir au juste ce que peut rendre de farine une certaine quantité de grain, parce que [a même mesure peut donner plus ou moins de farine, suivant que celui qui moud a plus ou moins d’habileté. Plusieurs Chinois que j'ai consultés m'ont dit qu'on pouvoit retirer de cent livres de grain, soixante à soixante-dix livres de farine, et vingt à vingt-cinq livres de son. Le lin, le chanvre, les légumes, dc. ont-ils plus de qualité que ceux des autres pays ! Les légumes n’ont rien d’extraordinaire ; ce que j'ai vu de plus remarquable dans mon voyage, c'est la carotte ; on nous en a montré de très-belles. Les chanvres de la Chine sont beaux et s'élèvent à cinq et six pieds de hauteur. If y en a une espèce nommée Tchou-kan , qui va jusqu’à sept pieds et demi d’élévation , et même au-delà. Sa feuille est bleue d’un côté et blanche de l'autre. Sa tige est forte et épaisse. . Les autres chanvres se sèment à la seconde lune, mais le Tchou-kan se sème en tout temps. Le chanvre de la Chine viendroit bien en France. Celui que j'avois envoyé à mon père est parvenu à la hauteur de dix pieds , et sa tige pouvoit avoir d’un pouce à un pouce et demi de diamètre. Le riz de la Chine est bon, maïs celui de Patna, dans le Bengale, et celui de Manille qui a la SUR LES CHINOIS. 345 forme menue et alongée, ont beaucoup plus de saveur. Outre le riz blanc , les Chinois en ont une espèce qui est rougeâtre ; le peuple en mange; 这 est bon, mais inférieur au riz ordinaire : on l’em- ploie pour faire du vin ou de l'eau-de-vie. Combien estime-t-on que, dans un canton d'une grandeur déterminée, il y ait de terres cultivées en dif- Jérens grains! Leur produit suffit-il à la nourriture des habitans ! IT n’est impossible de répondre en détail à cette question ; maïs je vais spécifier en général la quan- tité soit des terres qui sont cultivées, soit de celles qui ne le sont pas. La Chine étant six fois aussi grande que la France, et celle-ci ayant, en 1789, cent cinquante illions d'arpens , la Chine doit en avoir neufcents rillions : et si lon suit pour cet empire ia même proportion qu’en France; 6ù, sur les cent cinquante millions d’arpens, on n’en compte que cent millions en cukture, il n’y en‘aura à la Chine que six cents müllions, et c’est ce qui existe réellement, puisqu’en 1745 on portoit à cinq cent quarante-cinq millions d’arpens la quan- tité de terres cultivées, quantité qu’on peut sup: poser s'élever actuellement à six cents millions: Ce rapport entre les arpens cultivés et ceux qui ne je sont pas, est d'autant plus remarquable , qu'il 346 OBSERVATIONS fait voir que les proportions pour la cuiture sont à-peu-près les mêmes à la Chine qu’en France. Mais quant à la question de savoir si le produit des terres cultivées suffit à la nourriture des habi- tans de ja Chine, ce que j'ai dit à ce sujet à l’article de la Population peut donner la réponse. Fait-on des élèves en bestiaux, en chevaux! Y a-t-il des pâturages pour les nourrir ! Quelle est la manière de nourrir ces animaux pendant l’année ! J'ai déjà dit que les bestiaux n’étoient pas abon- dans à ja Chine ; ce n’est que dans les provinces septentrionales que nous en vimes un plus grand nombre, ainsi que de chèvres et de moutons. Cette dernière espèce est très-rare dans les parties du sud , et même on ne ly trouve pas. Les bestiaux se nourrissent de paille ou d’herbe qu'ils trouvent dans les prairies naturelles et dans les lieux incultes. Les chevaux mangent de Ia paille hachée et mêlée avec des féves. L’avoine n’est d'aucun usage aux Chinois, et ils larrachent. Pendant leur voyage en Tartarie , les mission- naires trouvèrent dans le Kirin -oula-hotun, au nord du Leao -tong, par le quarante - cinquième degré nord, de lavoine, dont les habitans de ces cantons nourrissoient Jeurs chevaux , chose qui parut fort extraordinaire aux Tartares de Peking , mais qui ne jes a pas fait changer de méthode et SUR LES CHINOIS. 347 ne jes a pas engagés à semer ce grain, qui vien- droit bien à la Chine; car j'en ai vu dans un champ, en traversant le Kiang-sy , d’où on lavoit arraché comme une plante inutile. De quoi se nourrissent les hommes dans le pays ? Sont-ils vigoureux ou foibles, actifs ou lents ! Le riz est fa principale nourriture des habitans, ensuite le blé , l'orge et le millet. La volaille, mais sur-tout la viande de porc avec le poisson et les légumes, forment la base des repas. Le peuple, en général, est peu difficile ; chiens, cheval, rats, tout lui est bon. | Les Chinois sont plus forts que foibles, et plu- sieurs d’entre eux portent des fardeaux très-pe- sans. Jai rencontré de beaux hommes, et dans: plusieurs endroits les soldats avoient bonne mine. Je donnerai ici la mesure et le poids d’un Chinois d'un âge fait et d’un jeune homme. En me confor- mant aux demandes de l'académie des sciences , j'ai tâché de prendre un termé moyen, c’est-à-dire, que je n’ai pas fait choix de personnes trop fortes‘ ou trop foibles , mais j'ai cherché celles dont'la force, la grandeur et les dimensions se trouvoient. généralement appartenir à un plus, g orand nombre d'individus. 348 OBSERVATIONS Mesure et poids de deux Chinois, Chinois âgé de 44 ans. Chinois âgé de 15 ans; pi. po. lig. pi. po. lig: ee 1 Crande brasse. yo。 ÉPEQN- AU Peut rade. du 2.46 JAUNE 10. à ones on 16 NO Méta. LR 8e 用 tr: en A nt 5 M Longueur du pied depuis le derrière du talon jusqu’à lextré- } 7 10. 4 ..... Id..... 1 8. 2, mité du doigt le plus la tete à la hauteur 人 Circonférence de taie 8 Circonférence | ja poitrine à 1a hau- téûr du sein... : 17 ….Circonférence du venîre à-la hauteur 2. 10,6. ..,.1 19.422. 2,17 de l'ombilic....... PONS re irons 30 EVE os ve 14; "08 1v. Le pays est-il vignoble ! Comment se façonne la vigne ? La Chine produit du raisin, mais le pays n’est pas vignoble : le raisin même paroît peu propre à faire du vin, et ce n’est qu'avec peine que Îles missionnaires à Peking réussissent à en faire. SUR LES CHINOIS. 349 REMARQUES SUR QUELQUES PRODUCTIONS DE LA CHINE. Ou-kieou-mo, arbre qui produit le Suif. Nous avons vu cet arbre dans le Kiang-sy, le Kiang-nan et le Tchekiang ; il ressemble au ceri- sier ; son écorce est gris-blanc et douce au toucher; ses feuilles, d’une forme triangulaire , sont d’un vert obscur en dessus et blanchâtres par dessous : elles rougissent ensuite en novembre et décembre avant de tomber. L’Ou-kieou-mo aime jes terres légères et sablonneuses ; ïl croît dans les gorges des montagnes ; sa graine est noire ou brune : on ja sème en mars. Cet arbre produit de petites fleurs blanches et jaunes ; son fruit, qu’on peut récolter en septembre et octobre, croît par bouquets à 了 ex- trémité des branches , et se trouve renfermé dans une capsule dure, ligneuse , brune, raboteuse et de forme triangulaire, tenant aux branches par un fil délié et ligneux : chaque capsule renferme trois grains blancsäle la grosseur d’un petit pois rond, recouverts d'une légère couche de suif blanc assez dur; lorsqu'il est écrasé dans la main, il se fond et laisse une odeur de graisse. Les Chinois, après avoir pilé le fruit de l'Ou- kieou-mou, le font bouillir, et avec la graisse qui en sort et qui surnage , ils fabriquent des chan- delles en y mêlant de lhuile de lin; mais cette 359 . OBSERVATIONS espèce de suif n'étant pas bien solide, ïls sont obligés d'enduire chaque chandelle d’une légère couche de cire afin de empêcher de couler. La mèche est formée d’un petit bâton de bambou entouré d'un fil délié de jonc. Cette mèche, plus longue que la chandelle, s'allume par un bout et se fiche de l'autre dans un gros morceau de bois qu'on emploie en place de chandelier : ces chan- delles sont blanches , rouges, vertes ou bleues ; elles donnent beaucoup de fumée et répandent une odeur très-désagréable. Elles ont trois ou quatre pouces de longueur , et sont plus grosses par le haut que par le bas. Les feuilles de Ou-kieou-mo, étant pilées , teignent ja toile en noir. Ses racines sont blanches ; lorsqu’elles sont écra- sées, et mises sur les morsures de serpens, elles en guérissent les plaies. Miriers, Les mûriers à la Chine ne sont pas tous cultivés de la même manière; on en voit de grands, de moyens et de petits; fa taille de ces arbres est dif- férente dans chaque province. Dans le Kiang - nan les mariers n’atteignent qu’une élévation moyenne , dans le Tchekiang on les laisse croître à leur hauteur; et dans le Quang- tong on les coupe au raz de terre. Js n’ont, dans SUR LES CHINOIS. 351 cette dernière province , que dies branches déliées qui s'élèvent de trois à quatre pieds de hauteur : ces müriers produisent des feuilles épaisses et fort grosses. Dans le Kiang-nan et le Tchekiang , on taille les müûriers en janvier ; on les évide en dedans, et lon Ôte toutes les branches inutiles pour ne conserver que les mères branches à l'extrémité des- quelles on laisse deux ou trois petits bouts de Ja longueur de trois à quatre pouces, garnis de trois ou quatre yeux /n 57 ). Les müriers sont placés par rayons espacés de douze à quinze pieds; chaque arbre est planté à six et huit pieds de distance, mais de manière à n'être pas vis-à-vis l’un de l’autre, afin de ne pas se porter trop d’ombrage. Les Chinois sont dans Tu- sage de semer des féves ou d’autres légumes dans les intervalles ou les rayons. Tout terrain paroît convenir au marier seule- ment il ne demande pas une terre trop compacte ; la vase fraîchement tirée des canaux , les cendres, les fientes d'animaux sont de bons engrais. On renouvelle jes mariers de boutures ou de graines ; cette dernière méthode est plus longue: on sème en janvier; il faut repiquer Île jeune plant. Les boutures se font en passant une branche à tra- vers un panier rempli de terre , ou en ja courbant jusqu'à terre. 352 OBSERVATIONS Les mûriers sont dans leur force à trois ans; il ne faut pas les effeuiller trop avant ce temps : à cinq ans ils perdent de leur vigueur, ce qui pro- vient quelquefois des vers qui attaquent la racine, ou de la racine elle-même qui s’entrelace : dans ce cas, on découvre le pied des müûriers , on tue les vers en y mettant de Fhuile de bois, ou bien on élague les racines. Les Chinois mangent le fruit du mûrier, mais ils préfèrent larbre qui en donne le moins, parce qu’il produit plus de feuilles. Coton herbacé. Le coton herbacé demande une bonne terre mêlée de sable et un peu humide ; il faut bien labourer le terrain et avoir soin de le fumer. Les cendres, la vase fraîche et [es immondices servent d'engrais. Les Chinois font tremper les graines avant de les semer, ce qui a lieu en mars ; ils sèment à la volée ou par rayons , et recouvrent la graine ; ils sarclent souvent les plans de coton, et les pincent lorsqu'ils ont un pied de hauteur, ce qu'ils cessent de faire lorsqu'ils ont atteint leur accroissement vers les premiers jours d'août : le coton fleurit en juillet, on ne le sarcle plus dès qu'il commence à mûrir ; on le récolte en sep- tembre. Le cotonnier herbacé qui croît dans Île nord de fa Chine, fournit le plus beau coton. Cette plante très-précieuse peut durer trois ans ; on SUR LES CHINOIS: 353 on larrache ensuite , et lon sème à la place , de l'orge ou du millet. Avant de remettre un champ" en cotôn, il faut lui donner trois labours ,un à lautomne, un second au commencement du prin- temps , et le dernier avant de semer. Tcha-tchou, Les Chinois tirent des graines du Tcha-tchou* une huile dont ils font un grand usage. Les An- glois appellent cet arbuste Tcha-hoa ; maïs c’est par erreur , Car il y a une grande différence entre le Tcha-tchou et le Tcha-hoa : le premier a bien la feuille semblable au second; mais la fleur de celui - ci est double , large et rouge ; au lieu que celle du premier est simple , blanche et disposée en rose à cinq feuilles / n° 74 et 75). Javois pris dans le Kiang-sy des plants de Tcha-tchou , et mon dessein étoit de les porter à l'ile de France {a}; mais ils périrent peu de temps après mon départ de Quanton : quant à la graine, il m'a été impossible de m'en procurer de fraîche ; toute celle que j'ai vue avoit été exposée au feu. Canne à Sucre. Nous vimes beaucoup de cannes à sucre en nous rendant à Peking : à l'époque où nous traversimes (a) Le Tcha-tchou croît sur les hauteurs et dans es terrains secs ; il réussiroit dans nos provinces méridionales. TOME III. Z 354 OBSERVATIONS le Quang-tong et le Kiang-sy, vers la fin de no- Vyembre et le commencement de décembre , les plantations avoient acquis toute leur grandeur, et on les exploitoit. Les cannes ne sont pas bien grosses, et peuvent avoir de six à sept pieds de hauteur ; les nœuds sont à six et sept pouces de distance. Les Chinoïs plantent, de la même manière que dans nos colonies , le sommet des tiges des cannes à sucre, dans un bon terrain et bien fumé. Cette plantation a lieu à [a premièredune, c'est-à-dire, à la fin de janvier ou au commencement de février, dans Îles terrains bas; et un peu plus tard, ou lors- qu'il a plu , dans les terrains élevés. * Bambou. Les Chinois distinguent quatre espèces de bam- ‘boux. Ces arbres s'élèvent à vingt-cinq et trente pieds, et même à quarante; il ÿ en a qui croïssent encore plus haut, mais cela est rare : ils demandent une terre molle, spongieuse et mêlée de vase, mais non pas trop imbibée d’eau , car elle nuit à leurs racines ; aussi ja meïlleure manière de les. planter, est de les mettre sur les jetées construites autour des terrains bas. Le bambou est mâle et femelle ; ses fleurs! disposées en épis, sont petites, blanchitres et! verdâtres; la graine est noiratre et plus grosse que SUR LES CHINOIS. 355 le froment. On le propage par rejetons qu’on met en terre à la fin de janvier, dans des fosses d’un ou deux pieds environ de profondeur. If faut creuser celles-ci d'avance, et y planter chaque pied avec la motte de terre qui l'entoure, en lespaçant d'un pas ou d’un pas et demi. Si le terrain est sec, il faut arroser largement et souvent. Les rejetons poussent en pointe, et sont aussi gros que Îles mères-pieds; dans les gros bamboux, l’'accroisse- ment est sensible, et j'en ai eu chez moï qui, dans les vingt-quatre heures, avoient cru d’un bon pouce. Fruits de la Chine. Les Chinois ont un grand nombre de fruits : les uns sont absolument semblables à ceux d'Europe, et les autres en diffèrent totalement. En général, les fruits qui ressemblent aux nôtres , leur sont inférieurs; Îles pommes sont mauvaises, les chä- taignes dures, les noix ligneuses et d’un goût mé- diocre , les raisins fades, les abricots détestables : je n’ai mangé qu'une seule fois, dans mon voyage, des poires qui étoient fort grosses et excellentes ; elles avoient l'apparence de poires de doyenné : les pêches sont bonnes ; il y en a une espèce dont Ia forme est plate et qui est fort délicate : Jes oranges en général sont délicieuses. Quant aux fruits par- ticuliers au pays, il faut mettre au premier rang le Ly-tchy, non pas pour sa bonté intrinsèque, mais C2 356 OBSERVATIONS: parce que Îles missionnaires en ont beaucoup vanté la saveur , qui est loin cependant d’être exquise ; car ce fruit, au lieu d’avoir, comme ils le préten- dent, un goût muscat, a plutôt le goût d'un oignon mou et fade. Le Ly-tchy est très-échauffant, et fait uaître sur la peau un grand nombre de pustules lorsqu'on en mange une trop grande quantité. Le Longan ou Long -yen a le goût musqué ; ïl ra- fraîchit : les Européens en général ne faiment pas, quoiqu'il soit néanmoins plus agréable que le Ly- tchy. Le Hoang-py est une espèce de fruit dont le goût aigrelet approche assez de celui de notre gro- seille. Je ne parle pas des ananas, des bananes, des ates, des mangues , parce que ces fruits sont trop connus. Un fruit assez singulier , et qui, je croïs, n’existe qu’à la Chine, c’est le Tchy-tse, ou figue cague : ce fruit est gros comme une belle pomme ; il rougit en mûrissant; sa peau est unie, lisse , et renferme une substance molle mêlée de quelques graines. Séché et tâpé, il se nomme alors Tchy-ping. Jai mangé de ces Tchy-ping qui étoient aussi bons que nos meilleures figues d'Europe; ceux du Chan- tong sur-tout sont excellens. Outre les fruits bons à manger crus, les Chinois ont une espète de cédra qui répand une odeur très-agréable , et dont la forme, qui ressemble à une main dont les doigts se rapprochent , lui a SUR LES CHINOIS. 357 fait donner le nom de Fo-cheou /main de Fo]; les Chinois en mettent dans presque tous leurs appartemens pour les parfumer. Cette espèce de cédra ne se mange pas dans son état naturel, mais confite : l'eau dans laquelle on a fait cuire sa peau ou pellicule, est rafraïchissante. TYPHONS ou"'OURAGANS, PENDANT les premières années que j'ai résidé à la Chine, les ouragans ont été beaucoup plus fré- quens et ont soufflé avec plus de violence que dans les années subséquentes ; mais ces ouragans n'étant pas occasionnés par une cause surnaturelle, et les tremblemens de terre, foibles et très-rares à la Chine, n’influant en rien sur leur origine , il est difficile d'expliquer raisonnablement pourquoi ils sont quelquefois moins forts ou moins fréquens. Les Chinois, et sur-tout les pêcheurs, guidés par une longue expérience, reconnoissent à Îa couleur du ciel l'approche des typhons; ces signes cependant n'étant pas toujours certains , ils se trompent quelquefois; et j'ai vu des occasions où, ouragan ayant commencé sans qu'ils eussent pu le prévoir, ils périssoient presque tous en mer. Les typhons se font sentir assez généralement tous les ans, et ont lieu en juillet, août et sep- tembre, pendant la mousson du sud-ouest et du sud. Le vent du nord souffle presque toujours Z 3 358 OBSERVATIONS auparavant avec plus ou moins de force, d’autres fois il fait calme; maïs ordinairement l'air est lourd et chargé ; et de temps à autre il survient des bouf- fées de vent. Du moment que le mercure descend, le typhon commence. Le vent, après avoir soufflé dans je principe avec violence de la partie du nord, tourne ensuite à l’est en foiblissant un peu ; maïs repre- nant bientôt toute sa furie dès qu’il approche de fa partie du sud, il diminue graduellement à mesure qu’il s'éloigne de ce rumb. Le vent souffle ordinai- rement par rafales, et il est accompagné de pluie. Si le tonnerre gronde, l'ouragan cesse bientôt : fa mer, dans ces circonstances, est dans une grande agitation. La durée des ouragans est de dix-huit à vingt heures. La région d’où le vent souffle avec le plus d'impétuosité , est celle d’où vient le vent de Ia mousson , et cela est aisé à comprendre ; car je vent alizé ayant été fortement comprimé par un vent passager, il est obligé de faire un effort vio- lent pour reprendre son cours ordinaire ; aussi dès qu'il y est parvenu, le typhon cesse et ne se fait plus sentir. Les typhons ne suivent pas toujours la même marche, et ne soufflent souvent avec force que d’un côté, en foiblissant ensuite dans les autres points ; ils font rarement le tour entier du com- pas pendant leur durée, ear il ne sagit point des SUR LES CHINOIS. 359 tourbillons momentanés qui peuvent dans un ins- | tant parcourir tous les points de Fhorizon, maïs seulement de la marche réglée de Pouragan. En général, cette marche dépend beaucoup dela saison dans laquelle Le typhon a lieu. S'il arrive de bonne heure , c’est-à-dire , dans la mousson du sud-ouest, alors le vent commence à souffler du nord-est, qui est le point opposé au vent de ja mousson : si le typhon arrive plus tard, ou lorsque le vent est au sud, il commence alors à souffler du nord, d’où lon voit que les tÿphons n’ont lieu que dans Îles occasions où les vents de la mousson sont dérangés par un vent contraire. IT est difficile, pour un marin qui arrive près des côtes de ja Chine, de prévoir un typhon, parce qu'il ignoré le temps qui a existé avant son arri- vée , le baromètre peut seul le guider. Pendant les ouragans, le mercure descend à vingt-sept pouces quatre Îignes ét plus bas, suivant la violence du vent; dès qu'il remonte , le vent ne tarde pas à diminuer. Un navire doit éviter, dans ces circons- tances, de donner en rade; et même, s'il y étoit mouillé, il vaut mieux en sortir et courir au large, plutôt que de rester à fancre , chose qu’on doit éviter absolument dans ces fâcheux momens; car le moindre événement qui puisse arriver , c'est de perdre la mâture , accident auquel if est presque impossible de remédier à Quanton. ZA 36o OBSERVATIONS - Un bâtiment en pleine mer ne court d'autre risque que celui d’être ballotté , à moins qu'il ne soit d’une construction défectueuse. De tous les étrangers qui fréquentent le port de Quanton, Îles Hollandoïs seuls'ont perdu des navires, parce qu’en en laissant le dessus ouvert, ils donnent une entrée libre à la mer, qui, ne pouvant s’écouler assez rapidement , les submerge d'autant plus fa- cilement, qu'on est dans lusage à Batavia de les charger à morte charge : il faudroit peu de chose pour éviter de pareïls malheurs, MARÉE. “D'APRÈS plusieurs observations de Ja hauteur des marées à Macao, j'ai cru pouvoir établir heure du port à neuf heures cinquante minutes ; et si dans certaines circonstances l'heure de la pleine mer na pas été conforme au calcul , les vents et Les tem- Petes en ont seuls été la cause. Lorsque j’envoyai à l'Académie des sciences mes observations , elle me fit répondre que je m’étois trompé visiblement, puisque dans le voyage de Cook on indiquoit une autre heure. de recommençai mes opérations ; mais je résultat étant le même, je ne concevois pas d'où pouvoit provenir cette différence , lorsque arrivée d’une frégate du roi me tira d’embarras : M. de Rosily, dont le mérite est assez connu, m'apprit qu'il y avoit une erreur dans le voyage SUR LES CHINOIS. 361 de Cook, erreur qu’on ne peut cependant attri- buer à ce célèbre navigateur, puisqu'il n’est pas venu.à la Chine, mais qui provient seulement de quelques fautes commises en copiant le journal du capitaine King. Le grand nombre d'îles qui forment Ia rade de Macao et avoisinent ce port, occasionnent de grandes différences dans la marche des marées. Un navire mouillé en rade évite beaucoup plus tard qu’un bâtiment mouillé à Macao, c’est-à-dire, que la mer monte et se trouve pleine beaucoup plutôt dans le port que dans Ia rade. La différence de l'heure de la pleine mer en rade, à la sortie et à l'entrée de Taypa, avec lheure de Ja pleine mer à Macao, est plus ou moins con- sidérable , suivant le plus ou moins de distance entre ces divers endroits : cette différence est d’une heure et demie et même plus pour la rade, qui est à la distance de deux à trois lieues de Macao ; elle est de près d’une heure à ja sortie de Taypa , qui n’en est éloignée que d’une bonne lieue, et d’une demi-heure pour l'entrée de Taypa, qui n’est qu’à une demi-lieue ; de sorte que [a mer descend à Macao, tandis qu’elle monte encore dans la rade: la même différence s’observe dans le flux. La marée monte de six à sept pieds, et ne va guère au-delà : c'est le terme le plus élevé à la pleine et à la nouvelle lune , pendant les équinoxes. 362 OBSERVATIONS SUR LES CHINOIS. La marée, dans Îles quadratures , descend peu; elle baisse d’abord sensiblement , mais ensuite elle s'arrête et demeure stationnaire jusqu'au moment où elle commence à monter de nouveau. La marée, dans ja rade de Macao, court du nord- ouest au sud-est, et du nord-ouest quart nord au sud-est quart sud : à mesure qu’on approche de ja bouche du Tigre, elle se rapproche du nord et finit par venir directement de ce rumb. Le cours de la marée est rapide dans ja rade, et jes courans qui sortent d’entre les îles sont violens. VARIATION DE L'AIGUILLE AIMANTÉE, CETTE variation à Macao est de trente à quarante- cinq minutes à l’ouest. Les missionnaires de Peking ont avancé que laiguille aimantée éprouvoit des variations dans Île courant de lannée ; je n’en ai remarqué aucune, quoique le compas de mer avec lequel j'ai fait mes observations, fût fort grand et bien équilibré. FIN DES OBSERVATIONS SUR LES CHINOIS. 363 OBSERVATIONS SUR LES ÎLES PHILIPPINES ET SUR L'ÎLE DE FRANCE. VoYrAGE à l'ile de France et a Manille, Mox voyage de Peking achevé, libre de toute affaire, privé d’ailleurs , depuis 1793, de nouvelles d'Europe et de Ia côte de FInde , et n’en espérant aucune, puisque toute opération de commerce à la Chine de Ia part des François étoit suspendue par la guerre, je pris la résolution de faire un voyage à Tife de France, pour connoître cette colonie , et voir s’il ne me seroit pas possible dy trouver une occasion favorable pour aller à Manille avant de revenir à Quanton. C’étoit prendre le chemin le plus long, mais il me falloit des fonds , dont je manquois depuis 1793; l'espérance de m'en pro- curer , et le desir, sur-tout, de visiter deux colonies importantes, me déterminèrent. Je partis donc de Wampou le 1 3 de janvier 1796, sur un sloop Américain de quatre-vingt-quatorze tonneaux , accompagné de cinq autres navires 364 OBSERVATIONS de a même nation, et, le 14, nous passimes devant Magao avec un bon vent, mais qui, frat- chissant peu à peu, finit par souffler avec violence, et nous fit éprouver, pendant plusieurs jours, un très-mauvais temps. Quoique les courans portent à l’ouest dans les parages de la Chine, nous n’eùmes point connoïs- sance de Pulo-Sapate ni de Pulo-Condor, et Ia première terre que nous aperçûmes fut celle de Pulo-Aor que nous doublâmes le 22. Nous mouil- Jimes le 24 sous Monopin, et Je Iendemain nous donnâmes dans le détroit de Banca, à la faveur des courans qui portoient au sud. À ja sortie, les six navires Américains, tous rangés sur une même Hgne, prolongèrent Lucepara du côté de l'ouest ; et lorsque cette île nous resta au nord , nous gou- vernâmes au sud quart sud-est, au sud et au sud quart sud-ouest, portant sur les Deux-Sœurs, évi- tant de tomber sur tribord où il y a des bancs. Le 30 nous mouillâmes à lile du Nord, que nous quittâmes le 1. février, avec l'espérance de sortir le même jour du détroit de la Sonde; mais les vents d'ouest s'étant élevés au moment où nous débouquions , ils soufflèrent avec une telle vio- Jence que nous fûmes obligés de nous mettre à Tabri sous Sambouricou, et que dix jours s’écou- lèrent avant d’être dehors. Le 12 au soir, nous distinguâmes l'ile de Noëf, 8 di). ,-。 } k él oi SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 365 et dans ja nuit nous 位 mes par son travers. Cette île, haute dans le milieu , est boisée et d’une étendue assez considérable. Les vents ne tournèrent au sud que le 18 février; ils soufHlèrent ensuite du sud-süd- est et du sud-est, et nous accompagnèrent jusqu’à Rodrigues, dont nous eûmes connoïssance je 14 mars. Nous éprouvâmes des calmes une partie de ia journée du 15. Nous découvrimes, le 16, les hau- teurs de Pile de France, et le 17,à midi, nous je- tâmes l'ancre dans le port, non sans peine, car le vent y soufile constamment de Ia partie du sud-est. La vue de Pile de France du côté de [a mer est pittoresque , et ne présente par-tout que des mon- tagnes, dontijes plus remarquables sont celles de Pitrebot ou Pieter - Both , et du Pouce. La pre- mière doit son nom à un Holfandois, et [a seconde à la forme d’un rocher, placé sur le haut d'une montagne , et qui ressemble à un pouce. | Pitrebot est en pain de sucre, et surmonté par un rocher qui a ja forme d’un cône renversé, ce qui, de loin, produit à l'œil un effet tout-à-fait extraordinaire. Ce rocher paroît peu considérable; mais il a néanmoins, dit-on, près de soixante pieds de largeur au sommet. Les montagnes de Tife de France ne sont pas très-élevées ; M. de la Caïlle ne leur accorde pas au-delà de quatre cents et quelques toïses au-dessus du niveau de la mer. Celles qui avoisinent le port 366 OBSERVATIONS sont en grande partie dépourvues d’arbres. Le sof environnant est aride et presque entièrement re- couvert de pierres. | Je restai à l'ile de France jusqu’au 17 juillet, que j'en sortis sur un navire Américain , pour me rendre à Manille et retourner à Quanton. Nous eûmes connoissance de Bourbon le lendemain à une heure après midi ; mais notre capitaine, qui n’étoit jamais venu dans cette île, craignant de dé- passer Saint-Denis, mit en panne pendant la nuit ; ce qui nous fit perdre prodigieusement, et nous empêcha d'arriver à Saint-Paul avant le 21 dans l'après-midi. Le lendemain nous voulûmes doubler Bourbon au vent; mais nous ne pûmes y parvenir, et nous passämes sous le vent de file, que nous Perdimes de vue le 23 juillet, avec des vents de sud-est. Is nous accompagnèrent jusque par jes vingt-sept et vingt-huit degrés de latitude sud, qu'ils tournèrent au nord, et ensuite à l’ouest et à louest-sud-ouest par les trente et trente-un degrés sud, soufflant avec force et par rafales. Dès que nous commençämes à nous élever et à gagner les latitudes de vingt-huit et vingt-neuf de- grés , les vents mollirent et continuèrent à régner de l’ouest, de l’ouest-nord-ouest et du nord-ouest jusqu’au 17 août, qu'ayant atteint les vingt-six et vingt-sept degrés , nous eûmes des vents de sud- ouest, de sud et de sud-est, et finalement d’est SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 367 et de nord-est, depuis le 20 jusqu’au 27. Ces vents contraires, joints aux Courans, furent cause que nous manquâmes le détroit de Ia Sonde, et qu’au lieu d’être à son entrée, nous nous trou- vâmes , le 30 août, devant Pile d'Engaño / Île trompeuse |. Forcés de courir des bords pour nous élever , nous portâmes jusque par les huit degrés de latitude sud; enfin , le 8 septembre, le vent ayant adonné, nous entrâmes dans je détroit de Ia Sonde , et le lendemain nous Îaissimes tomber l'ancre à Anières. J'ai remarqué que les courans, Île fong de fa côte de Sumatra , portent au sud-est, c’est-à-dire dans le détroit ; mais du moinent qu’on s’éloigne de terre , ïls portent à l’ouest, au nord-ouest et au nord -nord-ouest : aussi doit-on éviter de courir des bordées au large, sur-tout [lorsqu'on se trouve au milieu du canal; c’est ce qui nous fit perdre deux fois ja terre de vue, quoique nous fussions déjà par le travers de Pile de Candi. Nous quittimes Anieres le 10, et le 14 nous entrâmes dans le détroit de Banca, d’où nous sor- times le 1; avec une jolie brise de sud-est, qui nous mit à même de refouler le courant qui entroit avec force. Le 18, à quatre heures de l'après-midi, nous étions par le travers de Pulo-Aor, les courans por- tant à l’est. 368 OBSERVATIONS Le 22 nous vimes Pulo-Condor; nous recon- nûmes Pulo-Luban le 30 /n. 96), et à Ia nuit nous mîmes en travers sous la pointe de Mira- belle , après avoir eu depuis le détroit de la Sonde des vents de sud-est, sud, sud-sud-ouest, sud- ouest, sud, ouest et sud-ouest. Le 1.° octobre nous appareïllâämes à cinq heures du matin, et nous passämes entre Ja Monja et lile du Corrégidor / n° 97). La Monja est un rocher isolé qu'on peut ranger de fort près. L'île du Corregidor ferme lentrée de [a Paie de Manille, et ne laisse que deux passages , lun au nord et l'autre au sud. Les Espagnols ont dressé des SI- gnaux sur cette île , et entretiennent dans les envi- rons quelques bateaux de garde, dont lun se dé- tacha pour venir nous reconnoître. En donnant-dans la baie, nous tinmes pendant quelque temps le côté de bäbord pour éviter le banc’ de Saint-Nicolas ; la mer étoit grosse , mais elle s’embellit du moment que nous portämes sur tribord pour gagner le port de Cavite : on trouve en yentrant un fort bâti sur la pointe, mais il ne faut pas en approcher de trop près, car le fond diminue dans cet endroit, et nous y touchâmes un instant. Dès que nous fûmes mouillés , le capitaine se rendit à terre pour aller faire sa déclaration et de- mander la visite ; car avant que cette formalité soit remplie, SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 369 xemplie, personne n’a la permission de quitter le navire. Après avoir demeuré six semaines à Manille, nous quittâmes cette ville le 15 novembre, avec des vents de nord-est. Dans la mousson des vents de nord et de nord- est, il faut, pour se rendre à la Chine, remonter le Iong de la côte de Manille, à la faveur des vents de terre ou d’est qui règnent pendant la nuit, tandis que pendant le jour Is soufflent du nord, du nord- nord-ouest et du nord-ouest. II faut avoir l’atten- tion de ne pas s'éloigner de la côte de plus d'une lieue , ou tout au plus deux ; car alors les courans portent dans je nord-ouest, au lieu qu’en serrant la côte ils vont au nord. Depuis la pointe Caponès /n. 94), en remon- tant la côte jusqu’à Boulinao , il ne faut Pas suivre la côte de trop près, pour éviter les bas-fonds qui y sont; après Boulinao, on peut ranger jla terre jusqu’au cap Bojador : les courans, dans le pre- mier parage, portent tantôt au sud et tantôt au nord, mais dans je second ils vont constamment au nord. vi À peine eûmes-nous doublé le cap Bojador Ie 23 novembre, que ja mer devint extrêmement dure, et que le vent soufla avec violence du nord- est. Nous portions alors au nord - ouest quart nord , pour passer au vent du banc de fa Plata, TOME III, À a 370 OBSERVATIONS dont fa latitude est de vingt degrés cinquante-cinq minutes nord. Le 26 nous eûmes connoissance de Ia côte de Ia Chine et de Pedra-Blanca : c’est un rocher isolé au milieu de ja mer, et tout blanc ; il est, suivant Sir Erasmus Gower, par les vingt-deux degrés dix- neuf minutes de latitude nord, et par les cent douze degrés trente-sept’ minutes de longitude orientale de Paris. M. Dalrimple, dans la carte qu’il a donnée des côtes de ja Chine, porte ce rocher un peu plus à l'est. Le 27 novembre nous mouillâmes en rade de Macao, par un vent renforcé du nord , qui mollit cependant peu à peu, et nous permit de monter à Quanton. Je restai dans cette ville jusqu’au 28 janvier 1797, que je m'embarquai à Wampou à bord du même navire Américain qui m'avoit amené à la Chine, pour aller à Manille et ensuite à l'île de France. Le 3 1 nous perdîmesde vue les terres de Ja Chine. Le 4 février nous suivions la côte de Manille, et nous espérions entrer Île même jour dans la baie, lorsque le vent calma tout-à-coup, pour souflier ensuite avec tant de violence, qu'après avoir essayé ! inutilement, pendant plusieurs jours , de doubler le Corregidor par la passe qui est au nord de cette île, nous fûmes obligés de chercher un asile à Pabri de la montagne qui forme Ia pointe Mirabelle. ! SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 37E Enfin, le vent s'étant apaisé , nous primes sous Île vent de file du Corregidor, c’est-à-dire, par la passe du sud, pour entrer dans la baie, où nous courûmes de grandes bordées afin de nous élever assez pour gagner le mouillage, que nous attei- gnimes enfin le 11 de février. OBSERVATIONS sur les îles Philippines. | Parmi le grand nombre de colonies que pos- sèdent les Espagnols, une des plus importantes est, sans contredit, celle des îles Luçons ou Phi- fippines. La position de ces îles, leur fertilité , leurs productions , les rendent extrêmement propres à un commerce très-actif; et, si les Espagnols n’en ont pas tiré un grand parti, il ne faut Pattribuer qu’à eux-mêmes et à leur manière de commercer. Magellan , qui partit le 10 août 1 $ 19 de Séville, et fut tué le 27 avril 1521, dans l'île de Zébu, lune des Philippines, fut le premier Européen qui parut dans ces contrées et en assura [a possession au roi d'Espagne par droit de découverte ; car les Espagnols ne s’en rendirent les maîtres, par droit de conquête , qu'en 1564, sous Lopez de Lé- gaspe , époque à laquelle iis donnèrent aux îles de Luçons je nom de Philippines, quoique quelques auteurs prétendent qu'elles le reçurent beaucoup plutôt, lorsque Lopez de Villalobos les visita avec sa flotte en 1543. Aa2 4 372 OBSERVATIONS Les Espagnols, à leur arrivée aux Luçons, y trouvèrent différentes peuplades , et parmi elles des Chinois, qui leur auroient peut-être fait perdre, en 1603, cette importante colonie, si je courage et l'habileté de Pedro d’Acugna ne leussent dé- fendue contre Îles tentatives de ce peuple actif et entreprenant, mais en même temps peu militaire. Depuis cet événement, Îles Espagnols jouissent, tranquillement de la possession des Philippines, et, excepté des courses ou attaques peu impor- tantes entreprises par Îles Maures qui occupent quelques îles voisines , ils vivent actuellement en paix avec les différens habitans de ce nombreux archipel. Les Philippines s'étendent depuis le sixième de- gré de latitude nord jusque près du vingtième , et depuis le cent seizième degré de longitude à l’est de Paris, jusque par le cent vingt-sixième {n° 96). Les Philippines comprennent un grand nombre d'îles ; mais, comme il seroit trop long den faire lénumération détaïllée , je me borne à donner une description des plus considérables, ou de celles qui méritent quelque attention. L'air de ces îles est chaud et humide; cependant, quoiqu’elles soient placées dans fa zone torride, ja chaleur n’y est pas aussi forte qu'on pourroit se limaginer, à cause des brises de mer et de terre qui la rendent supportable. SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 373 Le terroir est très-fertile ; on y récolte en abon- dance du riz et du blé. Il y a des mines d’or, mais on ne les exploite pas ; on retire seulement, par le Iavage les par- celles de ce métal qui roulent avec les eaux des Heuves. Ces îles sont sujettes à des tremblemens de terre. Les peuples qui habitent les Philippines diffèrent entre eux par leur origine et par leur langage. Les Tagales descendent des Maures et des Ma- lais ; ils occupoiïent les côtes de Manille lors de Parrivée des Espagnols. Les Bisayas ou Pintados viennent de Macassar , et sont établis dans plu- sieurs de ces îles. Ces deux peuples sont en partie tributaires , et s'appliquent au commerce, aux arts, à la navigation et à agriculture. Les indigènes ou Negrillos n’ont aucune res- semblance avec Îles Tagales et les Bisayas ; ils ont de la conformité avec les noirs de Guinée, mais ils sont plus petits de taille : leurs cheveux sont crépus ; ils vont presque nus ; les femmes portent autour du corps une pièce de toile tissue de fils d'arbres qu'ils nomment sapiss, Ces sauvages vivent dans les montagnes, et ne sont pas soumis. Il existe encore des Chinois à Manille , mais leur nombre est beaucoup diminué depuis 1603. Le tribut que paient les Indiens est fixé à dix réaux pour les gens mariés, et à cinq pour ceux Aa3 374 OBSERVATIONS qui ne le sont point, en partant de l’âge de dix- huit ans jusqu’à celui de soixante; les filles , de- puis vingt-quatre ans jusqu’à soixante, paient la même somme. On fait monter le nombre des In- diens tributatres à trois cent mille ; c’est je dou- zième de Ia population, d’après les relevés faits dans les provinces. Le roi n’a que le tiers du nombre des contribuables , le reste appartient aux seigneurs ou encomiendadores , c'est-à-dire à ceux qui possèdent des encomienda ou fiefs. Les pro- priétaires paient en outre, par tête de tributaire, deux réaux pour lentretien des troupes , et deux autres pour le prêtre de la paroisse. MINDANAO,. Cette île est située entre le sixième degré trente minutes et le neuvième degré quarante-cinq mi- nutes de latitude septentrionale , et s'étend en longitude depuis le cent vingtième degré jusque par le cent vingt-cinquième. Son étendue est de quatre-vingot-dix lieues de Fest à l’ouest, et de plus de soixante du nord au sud ; elle a plusieurs baïes et plusieurs caps, dont les principaux sont ceux de Saint-Augustin , Suliago et Sambouangue : elle est arrosée par de grandes rivières, parmi ies- quelles on distingue celle de Buhayen, qui coule dans la province du même nom, celle de Betuan au sud , et celle de Sibuguey dans [a province de SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 375 Dapitan. Il y a en outre deux jacs dont Fun, qui est très-grand et donne son nom de Min- danao à file entière, se trouve dans jia partie du sud-est ; l'autre est au nord-ouest et s'appelle Melanao. La capitale de Mindanao est par les sept degrés vingt minutes nord, et, quoique cette position soit près de Ia ligne , la chaleur y est modérée, étant tempérée par les vents de mer et les brises de terre. L'air y est pur pendant la mousson d’est; dans celle de lPouest, au contraire, il y à des pluies et des orages. Le terroir de Mindanao est très-fertile et pro- duit du riz en abondance, du sagou , beaucoup de tabac, et de ja cannelle sauvage, qui se recueille dans les provinces de Sambouangue , Dapitan et Cagayan. On trouve de Por dans les rivières , et du soufre auprès des volcans, dont il existe plu- sieurs dans File. Les côtes fournissent des perles et une grande quantité de poisson. L'intérieur de Mindanao est rempli de montagnes. Il y a des chevaux, des cochons, des buffles, des chèvres, des sangliers, des cerfs, des lapins , des singes, et beaucoup de volaïiles et de pigeons. On y rencontre des scorpions, des vipères et des sco- lopendres ou millepieds, espèces d'insectes veni- meux. Les rivières sont remplies d’une sorte de vers qui rongent les bateaux. Aa 370. à OBSERVATIONS L'ile est partagée entre cinq nations, les Min- danaos, les Caragos, les Lutaos, les Dapitans et Tes Subanos. Les Mindanaos occupent la partie du sud, qui est la plus riche et Ja meilleure; les Da- pitans et les Caragos sont au nord-est ; les Lutaos vivent sur les côtes, sur le bord des rivières, et s'adonnent à la pêche ou au commerce; les Su- banos leur sont soumis ; pêcheurs comme leurs maîtres, ils demeurent dans la partie occidentale de file. Les maisons sont élevées .Sur des pieux, et lon se sert d’un escalier pour y monter ; elles n’ont qu'un étage , divisé en différentes chambres : les murs , les planchers, les cloisons sont de cannes ; le toit est couvert de feuilles de palmier. Le des- sous de habitation sert pour les bestiaux; c’est le réceptacle de toutes les immondices, qui y restent jusqu’au temps des inondations qui les emportent. Deux sultans partagent le pays : chacun d’eux a sous Jui un Zarabandal qui gouverne le peuple et je tient dans une grande dépendance. On appelle Cahil les princes, et Tuam les grands : ceux-ci se sont rendus indépendans. Otamayas est je titre des seigneurs qui ont beaucoup de vassaux. Les habitans sont d’une taille moyenne, mais bien prise; leur teint est basané tirant sur le jaune- clair : ils ont de l'esprit, de Pindustrie, et travaillent avec beaucoup d’adresse le fer et le bois , quoiqu’ils SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 377 n'aient qu'un certain nombre d'outils. Ils aiment avec passion fa danse, les festins, la chasse et le bain. La paresse est un de leurs principaux défauts. Le mahométisme est la religion dominante. Ces peuples traitent bien les étrangers; mais il faut être prudent avec eux, car ils sont orgueil- leux, fiers et vindicatifs. Les Mindanaos sont perfides ; les Caragos braves ; les Dapitans courageux et prudens : ces derniers ont beaucoup aidé les Espagnols dans leurs conquêtes. XOLO et BASILAN. Xolo et Basilan dépendent de Mindanao et 4p- partiennent . chacune séparément , à l’un des deux rois Maures qui gouvernent cette dernière île. Basilan est peu éloignée de Mindanao, et fournit beaucoup de riz, de sucre et de bananes. Ses côtes sont poissonneuses , et on y trouve des tortues. L'île est arrosée par de grandes rivières ; il y a des ceris et des sangliers. Xolo , à trente lieues de Mindanao , gît par Île sixième degré de latitude nord : c'est le rendez- vous des Maures qui y viennent pour Île commerce. On y trouve des perles, de fampre gris, et dés nids d'oiseaux, que les Chinois aiment beaucoup. Ces nids sont faits par une espèce d'hirondelle qui se nomme dans le pays Salangan. 3738 OBSERVATIONS BOHOL, Cette île est par le dixième degré de latitude nord ; elle peut avoir dix lieues de largeur sur seize de longueur ; 这 y croît des palmiers ; on y trouve de l'or : les habitans sont Tagales. LE YTE: Cette île s’étend depuis le dixième degré jus- qu'au douzième de latitude nord. Des montagnes élevées la partagent du nord-ouest au sud-est, et occasionnent une différence si sensible dans Île climat, que l'hiver règne d’un côté, tandis que de autre on jouit du beau temps de lété. L’air est plus frais à Leyte qu’à Manille. Les forêts produisent des bois utiles, et nour- rissent des cerfs, des buffles et des sangliers. Les terres sont très-fertiles et donnent en abondance du riz et des légumes ; cette île fournit aussi du coton et de ja cire. Les habitans sont doux ; ils fa- briquent des toiles et s’adonnent à la pêche. PANAMAO. Cette île est au nord de Leyte, dont elle dé- pend; on lui donne seize lieues de tour : elle est montagneuse et arrosée de rivières; on y trouve du vifargent et du soufre. ZÉBU. Cette île, située en face de Leyte est ja SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 379 première dont les Espagnols se soient rendus Îles maîtres ; elle a vingt lieues du nord au sud, et quatre - vingts environ de circonférence ; on en tire beaucoup de tabac, du coton, de ja cire, de ja civette et du chanvre blanc dont on fait des toiles et des cordages. La petite île de Matta qui est vis-à-vis et à peu de distance de Zébu , forme avec elle un abri sûr pour les vaisseaux. Au sud-est est une autre petite île appelée Fuegos, dont les habitans sont braves et courageux. NEGROS. Cette île, à l'ouest de Zébu, a cent lieues de circonférence ; elle s’étend depuis Îles neuf degrés trente minutes jusque par les onze degrés trente minutes de latitude nord, et produit du riz et du cacao : ses habitans sont Tagales, et viennent ori- ginairement de Borneo et de Macassar. L'intérieur est occupé par les Negrillos ou peuples sauvages. PANA Y. Cette île, placée au nord-ouest de Negros, a cent lieues de circuit ; elle est riche et peuplée, et arrosée de plusieurs rivières qui la fertilisent, Le gouverneur réside dans le fort d’Hoïlo, bâti sur un cap en face de Je d’'Imaras ; cette der- nière n’a que dix lieues de circuit, et n’est séparée de Panay que par un bras de mer qui sert de Pert. 350 OBSERVATIONS. Il existe à Panay beaucoup de Neorillos. Le port de Saint-Anne est à trois lieues d'Hoilo. CUTO: Cette île est à l'ouest de Panay; on y trouve toutes sortes d'animaux et des fruits ainsi que des légumes en abondance; elle donne aussi du riz. PARAGOA. Cette île est la plus occidentale de toutes les Philippines ; on lui donne cent lieues de long sur douze à quatorze de large. Son centre gît sous le dixième degré de latitude nord. Le sultan de Bor- neo possède la partie méridionale de Paragoa, dont la pointe sud-est n’est qu'à vingt lieues de Borneo. Le terrain de Paragoa est montueux, couvert de bois et rempli d'animaux. Cette île donne beau- coup de cire , maïs fort peu de grains. CALAMIANÈS. Les trois Calamianès sont au nord-nord-est de Paragoa, et forment, avec neuf îles voisines, une province qui porte je même nom. On y trouve des nids d’oiseaux, de ja cire, et lon pêche des perles sur les côtes. Leurs habitans sont très-doux. MINDORO. Cette île , située par les treize degrés de latitude nord et au sud de Manille, peut avoir soixante-dix lieues de circuit. Couverte de montagnes élevées, SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 381 elle produit peu de graïns, mais des fruits et des cocos en abondance. Le peuple qui habite Îles côtes est doux et sociable, celui de l’intérieur est sauvage. MARINDÉQUE. Cette île est au nord-est de Mindoro, sous le treizième degré trente minutes de latitude nord. Ses terres sont élevées et produisent du riz en petite quantité ; mais elle abonde en fruits , et principalement en cocos : on y recueille aussi de la cire et des pois. | MASBATE. Cette île est au nord de Zébu par les douze de- grés de latitude nord; elle a trente lieues de tour et huit de largeur. Ses ports sont sûrs, commodes, et lon y trouve un fort bon mouillage avec beau- coup d’eau. Elle produit de Ja cire, du sel, de la civette, de Pambre gris et de l'or. TRCAO: Cette île est au nord de Masbate et à huit lieues de l’'embocadero, c’est-à-dire de Ia sortie du dé- troit de San-Bernardino. Elle a un bon port, où les vaisseaux viennent prendre des rafraîchisse- mens. Les peuples de Ticao sont presque tous sauvages. LCAPOUL: Cette île gît par les douze degrés trente minutes 382 OBSERVATIONS de latitude nord, et presque à l'entrée du détroit. Elle n’a que trois lieues de circuit , néanmoins elle est importante à cause de son extrême fertilité. SAMAR ou IBABAO. Cette île s'étend depuis le onzième degré trente minutes jusqu’au treizième degré de latitude nord. Elle forme, avec le cap Baliquaton et la pointe de Manille, louverture du détroit de San-Bernardino, par où passe le galion, soit en sortant des Phi- lippines , soit en revenant d’Acapulco. Au sud-ouest de cette île, entre Samar et Leyte, on trouve le détroit de Juanillo, qui est une autre entrée des îles Philippines. Tbabao est une île remplie de montagnes ; les vallées sont très-fertiles. C’est ici qu’on récolte la féve de Saint-Ignace, fort estimée des Indiens pour ses vertus médicales, mais dont lusage est reconnu comme dangereux par les médecins d'Europe. Il fait plus frais à Samar qua Manille, Pair y étant continuellement rafraîchi par les vents qui soufflent du large. LUBAN et AMBIL. Ces îles sont fort petites. Luban a cinq lieues de circuit; Ambil, qui est encore moins considérable, a un volcan fort élevé. Elles produisent de ja cire et une sorte de chanvre noir. SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 383 BABUYANÈS et BATANÈS. Ces îles gisent par les dix-neuf degrés de lati- tude nord. La plus voisine de Manille est sou- mise aux Espagnols : elle produit de Ia cire, du bois d’ébène , des cocos et des bananes. MANILLE. Cette île, la plus considérable des Philippines, s'étend depuis le douzième degré trente minutes jusque par le dix-huitième degré quarante minutes de latitude nord : elle a plus de cent vingt lieues de longueur sur une largeur inégale, étant très- resserrée dans certains endroits, et ayant dans d’autres de trente à quarante lieues. On la divise en plusieurs provinces, savoir , Ba- Jayan, Tayabas, Camarinès, Parecala, Cagayan, Iloccos, Pangasinan, Pampangan, Bulacan, Bahi et Manille, auxquelles il faut ajouter Pile de Can- taduanès, ce qui forme douze provinces. Balayan est sur ja côte occidentale vers ie qua- torzième degré nord : elle a deux grandes baies, Bambon et Batangas. Les îles de la Caza et du Corregidor dépendent de cette province. Tayabas est à l'est de Balayan ; elle a la mer au sud-est et au nord-est. Cette province est fort étendue et très-peuplée. Camarinès, au sud-est de Tayabas, s'étend jus- qu'au détroit de Samar. On trouve sur sa côte 354 OBSERVATIONS occidentale le port de Sorsocon , qui est considé- rable et propre pour la construction de gros bâti- mens. Sur sa côte orientale est la baie d’Albay, près de laquelle il y a un volcan fort élevé. Cantaduanès est une île située à l’est de Ca- marinès par les quatorze degrés nord; elle a trente lieues de circuit, et forme à elle seule une pro- vince ; on y récolte beaucoup de riz, d'huile de palmiers , des cocos, du miel et de Ia cire. Les habitans ramassent de l’or dans les rivières, et font un grand commerce de bateaux qu'ils viennent vendre à Manille ; mais pour éviter l'embarras de les conduire chacun séparément , ils les construi- sent de difiérentes grandeurs, en mettant progres- sivement les petits dans les grands. Les pièces qui composent ces bateaux ne sont pas clouées ; elies sont simplement cousues avec des cannes ou ro- tins. Le peuple de Cantaduanès est guerrier ; il se peint le visage. Parecala a des mines d’or, et lon y trouve des pierres d’aimant : elle produit des cacaoyers, et des palmiers dont on tire du vin ; elle a deux baies, June appelée Lampon , et l'autre Mauban. Cagayan s'étend sur la côte orientale depuis Îe quinzième degré jusqu’au cap d'Engano , par Îles dix-huit degrés trente minutes de latitude nord. Cette province, quoique remplie de montagnes , est néanmoins fertile en riz; elle produit beaucoup de SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 385$ de cire, un bois propre à la teinture, appelé Si- boucao, et du bois d’ébène , mais dont fa qualité est inférieure à celui de l'ile de France. Les peuples de Cagayan sont en partie sauvages. Iloccos est sur ja côte occidentale de Manille, Cette province a quarante lieues du nord au sud, sur huit de lest à l'ouest ; elle est arrosée par Ia rivière de Bigan, et bornée au levant par des mon- tagnes où habitent des sauvages, dont le seul trafic consiste à. échanger leur or pour du riz, du tabac, et d’autres objets qui leur sont nécessaires : elle est riche, peuplée, et produit beaucoup de coton. Pangasinan est au sud d'Illoccos. Ses montagnes sont remplies de sauvages qui font le même com- merce que leurs voisins. On trouve aussi dans cette province le bois de Siboucao. Pampangan, au sud dela précédente, est étendue et fertile ; elle fournit en abondance des vivres et des provisions pour Manille, avec une grande quantité de bois de construction. Les peuples qui lhabitent sont en partie soumis aux Espagnols et en partie sauvages. Bulacan, au sud de Pampangan , est de peu détendue ; cependant on y récolte beaucoup de riz, et l'on retire une grande quantité de vin des palmiers qui y croissent. Bahiï est une province peu considérable , et qui n'est remarquable que par un lac qui porte le TOME .III, Bb 386 OBSERVATIONS même nom ; il peut avoir trente lieues de circuit, et donne naissance à la rivière de Bahia ou d’Aro, qui se jette dans la baie auprès de ja ville de Manille. Les Indiens qui habitent sur les bords du lac Bahï, se nourrissent de grandes chauves-souris, dont les ailes ont de trois à trois pieds et demi d’étendue. L’aréquier et le bétel croïssent dans cette province. VILLE DE MANILLE. La ville de Manille, située par quatorze degrés trente-six minutes huit secondes de latitude nord, et par cent dix-huit degrés trente-une minutes quinze secondes de longitude à lest de Paris , est bâtie sur les bords de la rivière de Bahia. Sa figure est irrégulière , large par le milieu et resserrée par les deux extrémités. On lui donne une fieue de circuit. | | Gomez Perez de las Marinnas, envoyé pour gou- verner les Philippines en 1590, est le premier qui ait mis Manille en état de défense. Les fortifications de cette place sont en bon état, et ses murs garnis d'artillerie ; le fossé et le contre -fossé sont pleins d’eau ; il y a quelques ouvrages avancés. À lune des extrémités de la ville et en face de la baie, les Espagnols ont élevé le fort Saint- Jacques. Ce fort défend Fentrée de la rivière et protége deux jetées qui s’avancent dans ja mer à. près de quatre cents toises de distance : elles sont SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 387 revêtues en pierres et bien entretenues ; mais, pour les rendre plus utiles , il seroit nécessaire de les prolonger davantage, sur-tout celle du côté du sud ; si même on les conduisoit jusque sur la barre, il seroit facile alors de creuser le canal et de je rendre libre pour les navires et pour les bateaux du pays, qui, dans l’état actuel des choses, craignent de chavirer, et n’osent franchir la barre Iorsqu’il vente un peu. La mer est généralement clapoteuse sur fa barre, et il y a douze pieds d’eau à la pleme mer. On compte six portes à Manille , celle de los Almacenes , celle de Saint-Dominique , celle de Parian, celle de Sainte-Lucie , la porte royale et une poterne. * La ville est belle et bien percée ; les rues sont pour la plupart en ligne droite; je gouverneur les a fait paver avec du granit tiré de la Chine : il y a même fait placer des lanternes, de manière qu'on peut y marcher aussi en sûreté la nuit que le jour. Les maisons n’ont qu'un étage au - dessus du rez-de-chaussée. Le bas est en pierres et voûté ; les murs en sont très-épais. Le premier étage est en bois recouvert en torchis. Le toit est soutenu par de grosses poutres placées debout et portant sur les murailles inférieures, où elles sont enga- gées, Ces poutres sont liées avec les autres pièces | Bb2 388 OBSERVATIONS de bois qui servent à la construction du toit, et chevillées avec soin ; de sorte que dans Îles trem- blemens de terre elles peuvent jouer sans se dé- sunir : mais comme Îes appartemens ne sont point plafonnés, toute cette charpente fait un effet dé- sagréable à œil. Les chambres sont vastes et peu garnies de meubles ; elles ne tirent point leur jour directe- ment du dehors, mais elles communiquent par des portes avec des galeries de bois qui règnent autour de ja maison, et sont fermées par de grandes fenêtres garnies de coquilles transpa- rentes, dont les panneaux se poussent les uns derrière les autres. Cette construction est excel- lente pour procurer de la fraîcheur aux apparte- mens ; mais {es bâtimens ont à l'extérieur une ap- parence désagréable. Les édifices publics et les églises sont solide- ment construits ; les clochers principalement sont très-massifs. La cathédrale est grande ; elle a un archevêque et douze chanoines. Le palais du gouvernement est considérable , mais il n’offre rien d’extraordinaire. La place qui est en avant est vaste et régulière ; le gouverneur y. a fait planter des arbres et poser des lanternes. Cet embellissement produit un bon eftet; mais if! eût été plus convenable de réserver cet emplace- ment pour rassembler ia troupe. SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 389 If existe à Manille plusieurs couvens qui oc- cupent au moins je tiers de Ia ville. Les Jésuites y avoient autrefois deux églises, celle de Saint- Ignace et celle de Saint-Joseph ; elles sont encore très-bien décorées. Les Dominicains possèdent deux colléges, et les Augustins une maison. Ïl y a un couvent de Sainte-Claire, contenant quarante reli- gieuses, et de plus une maison dite je monastère de la Miséricorde , destinée à élever les orphelines, tant Espagnoles que métisses. Ces orphelines re- çoivent ensuite une dot, soit qu'elles se fassent religieuses, soit qu’elles sortent pour se marier. En sortant de la ville on trouve un pont bâti partie en pierre et partie en bois ; il est assez large pour donner un libre passage à deux voitures, et sert de communication avec les faubourgs, qui sont au nombre de douze, savoir : Parian, Mi- nondo , Sainte-Croix, Ilao , Saint-Michel, Saint- Sébastien , Bagambaya , Saint-Jacques, Notre- Dame-de-l'Hermite, Tondo , Malati et Chiapo. Parian qui est en face de la ville, passe pour le plus considérable ; il a plusieurs rues et est ha- bité par des Chinois appelés Sangleyes, qui sont tous artisans , forgerons ou marchands : on en compte actuellement trois mille. Leur nombre étoit bien plus orand avant 1602, mais à cette 2? 5 époque il en périt vingt mille. Ces Chinois sont surveillés avec soin : un alcade et plusieurs officiers Ba 399 OBSERVATIONS Espagnols sont chargés de la police, et on pré- tend qu'ils en retirent beaucoup d'argent, princi- palement lors de la nouvelle année. La seule per- mission de jouer au metoua [pair ou non], s’achète dix mille pièces de huit. Minondo et Sainte-Croix sont occupés par des Espagnols et des Indiens. Les premiers , dont les maisons sont bâties dans le même goût que celles de Manille, préfèrent de loger dans ces deux fau- bourgs, pour être plus libres, parce que les portes de la ville se ferment de bonne heure : quant aux Indiens , leurs habitations, élevées sur des pieux ou des poteaux, ont les murs en torchis ou en nattes , avec des toits couverts en feuilles de pal- mier. Ce genre de construction ne plaît pas à fa vue, mais il met à l'abri des inondations et des tremblemens de terre. Saint-Sébastien a également de bonnes mai- sons. On voit dans ce faubourg une longue chaus- sée, construite par les soins du gouvernement, où se promènent les habitans , et particulièrement les dames de Manille, qui sy rendent en voiture. On prétend que les Chinois ont payé les frais de cons- truction de ce chemin , les Espagnols leur ayant suscité quelques difhcultés que largent a apla- nies : Cestune promenade agréabie, qui donne sur la campagne et qui est ombragée par quelques arbres d’arec. SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 391 Tondo est le faubourg le plus au nord : cetoit jadis une petite ville : son église est la première que les Espagnols aient bâtie dans ce pays. Plusieurs canaux partagent ces différens fau- bourgs , et facilitent le transport des marchandises. La campagne au dehors de Manille est très= belle ; le terrain paroît très-bon : il est plat d’a- bord, mais ff s'élève à mesure qu’on s'éloigne. Les villages sont ordinairement entourés d’arbres, et laspect en seroit plus joli si es maisons n’en étoient pas aussi misérables. On trouve dans chaque vil- jage une église en pierre , ainsi qu’un bâtiment pour loger le curé, qui est toujours pris parmi les moines. Ces derniers, qui sont tous Européens, jouissent d’une grande considération auprès des Indiens , tandis que les prêtres séculiers, le plus ordinairement métis, sont méprisés : aussi le gou- vernement ménage-t-il beaucoup les curés, car, en général, Pindien les consulte toujours dans ses diflérentes entreprises, et même pour le paie- ment des impôts. Ce sont les Augustins, les Fran- ciscains et les Carmes déchaussés qui desservent les paroisses. En quittant la ville et en remontant ja rivière, on passe devant plusieurs maisons de campagne ; elles ont toutes des bains entourés de nattes et construits sur le bord de l’eau : pendant les cha- leurs, les habitans riches de Manille viennent sy Bb 4 392 OBSERVATIONS baigner ; les hommes et les femmes sont ensemble ; mais, pour la décence, les hommes conservent leurs caleçons et les dames mettent de grandes chemises. A deux milles au-dessus de la ville, on voit Phôpital royal. Si Pon s'éloigne davantage, on trouve quelques anciennes maisons presque entiè- rement abattues , lors de la prise de Manille par les Anglois, qui, ne pouvant sortir de ja ville sans être exposés aux coups de fusil que leur tiroient les Indiens retranchés dans ces habitations, les mirent dans l’état de délabrement où elles sont restées jusqu’à présent. Le jardin de la compagnie est également en dehors de Ia ville ; il est presque abandonné, et Ton n'y voit plus aucun des arbres rares et des mûriers qu'on y avoit plantés. Au milieu on a élevé à la mémoire de M. Pineda , mort dans lex- pédition de M. de Malespina, un monument qui ressemble plutôt à une fontaine qu’à un mausolée ; il est entouré de quatre énormes bornes, chose assez inutile dans un jardin. À quelque distance de Malati, village situé près de la baie et à une lieue de Manille, les Espagnols ont bâti le polverista [ ou poudrière |. Ce petit fortin est assez mal placé , car, étant trop loin de la ville pour en être secouru , il seroit bientôt pris par les ennemis dans un cas de descente, et leur serviroit beaucoup. | SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 393 M. d'Aguilar, gouverneur des Philippines à l'époque où jetois à Manille, craignant quelques tentatives de ja part des Anglois, a fait creuser près de ja polverista un canal qui communique avec ja rivière, de manière que les chaloupes ca- nonnières peuvent aller dans Ja baie et la quitter sans danger, ou se mettre à l'abri des jetées qui servent à en garantir l'entrée. On a emploÿé à cette construction des palmiers sauvages / palma brava ] : le bois en est creux, dur, coriace et ca- pable de résister long-temps dans eau ; on s’en sert aussi pour faire les gouttières qui entourent les toits et qui conduisent l’eau dans les citernes , dont presque toutes les maisons de Manille sont pourvues. PORT DE CAVITE. Ce port est à trois lieues au sud de Manille. Les vaisseaux s’y réfugient dans la mousson du sud- ouest , et reviennent mouiller devant la ville dans la saison des vents du nord et du nord-est. La ville de Cavite est petite et située sur une langue de terre ; elle n’a qu'un faubourg, nommé Saint-Roch. Le fort est bâti à l'extrémité de la ville ; ïl est foible et ne pourroit pas tenir contre un vaisseau de guerre. On doit être attentif, en dou- blant la pointe, à ne pas la serrer de trop près, ear il y a un bas-fond. Les Espagnols ont un 394 OBSERVATIONS arsenal à Cavite, et C’est-là qu'ils construisent les gros bâtimens de commerce. BAIE DE MANILLE. La baie de Manille est d’une vaste étendue; elle a près de huit lieues de diamètre en tous sens ; le brassiage est considérable. Les bords en sont boisés en partie et couverts de villages / n° 97 ). L'ile du Corrégidor est à l'entrée de ja baïe ; c’est de à qu'on signale les navires qui sont en vue. Les Espagnols ny ont élevé aucune batterie, dans la crainte que les Anglois ne s’en rendissent les maîtres et ne s’en servissent pour les incommoder. On passe indifféremment des deux côtés de l'ile ; mais le passage du sud entre Pulo-Cavalo et ja grande terre a plus de largeur et la mer y est plus belle , même durant les vents de nord-est, que dans la passe du nord, qui, à partir de ja pointe Mirabelle jusqu'à File du Corrégidor , n’a pas tout-à-fait une lieue d’étendue. La mer étant profonde de ce côté, les navires y passent assez souvent; mais les vents s’y font sentir avec vio- lence, et l'on doit s’en méfier lorsqu'on voit sur- tout le sommet des montagnes couvert de nuages. I faut également prendre garde aux rochers ap- pelés puercos, qui sont à la pointe Tagale, et qui s’'avancent à une distance assez considérable dans la mer. SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 390$ La Monja peut se ranger de fort près, ainsi que Je Fraile, mais Pulo-Cavalo a des ressifs au nord. Pour défendre lPapproche de la baïe , il seroït im- portant que les Espagnols construisissent des bat- teries et des redoutes sur toutes Îles pointes avan- cées soit de la terre ferme, soit des îles voisines, et qu’en outre ils entretinssent continuellement une flottille de chaloupes canonnières auprès de l'ile du Corrégidor; car, dans la situation présente, une escadre peut entrer et mouiller devant Ma- nille avant qu’on en ait la moindre connoïssance. On a placé, il est vrai, un garde-côte à la pointe Mirabelle ; mais il ne sert à rien : car, lorsque nous entrâmes dans la baie, ce bateau ne put nous joindre , quoique nous n’eussions que nos seuls huniers, et nous 位 mes obligés d'amener entière- ment pour lui donner la facilité de nous atteindre. Il y a de l'eau par-tout dans ja baie , excepté sur le banc de Saint-Nicolas, dont l'étendue n’est ce- pendant pas aussi considérable que l'indique ia carte de M. d'Après. On peut le passer indiffé- remment au nord et au sud; mais il vaut mieux tenir le sud dans la mousson du sud-ouest; Ia mer est plus belle de ce côté, le vent plus doux, et lon peut longer ja terre sans crainte, car ïl y a de Jeau. Nous avons couru des bordées dans fia baie de Manille, et nous sommes remontés jusqu’à son extrémité septentrionale : la seule attention qu'on 396 OBSERVATIONS doit avoir, est de ne pas s'approcher de ja côte de plus de trois quarts de lieue. Les vaisseaux mouillent en dehors de Manille, à trois quarts de lieue de distance et au-delà de la barre : c’est aussi le ren- dez-vous de ceux qui, étant entrés dans ja rivière, ne peuvent y compléter leur chargement. HABITANS DE MANILLE. On porte à trois mille Ie nombre des habitans de Manille, parmi lesquels tous ceux qui jouissent de quelque considération ne sortent qu’en voiture. Le gouverneur va à six chevaux, précédé de plu- sieurs cavaliers : usage est de s'arrêter Iorsqu'il passe. Le procureur fiscal, les auditeurs, Je lieu- tenant de roi et l'évêque vont à quatre chevaux : les particuliers n’en peuvent mettre que deux. Le cocher se place comme les postillons chez nous ; les voitures viennent ordinairement du Bengale, on en fait aussi x Manille sur des modèles An- glois. L'entretien d’un équipage coûte peu ; il est possible d’avoir pour vingt à trente piastres une paire de chevaux, et leur nourriture et le cocher n’en demandent que six ou huit par mois. La femme du gouverneur et quelques dames de distinction seulement s’habillent à leuropéenne ; les autres ne se servent point de poudre, et leurs cheveux sont relevés et noués sur je derrière de la tête , ou tombent en nattes sur les épaules : SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 397 en général , elles mettent peu de goût dans leur coiffure ; elles ont des jupes courtes , des corsets busqués , des talons fort élevés , et portent presque toutes autour du cou une chaîne d’or avec un médaïllon qui contient quelques reliques. Les hommes s’habillent mieux, mais ifs ont l'air un peu empesé. La femme a Ie soin du ménage; le mari ne s’en mêle que pour donner de Fargent, qu'il va cher- cher à fa Dodeoa | magasin | ; lorsque le sac de mille piastres est vide, la femme en redemande un autre. Il y a peu de divertissemens à Manille ; on se rassemble le soir dans quelque maison. La société est triste et froide ; les demoiselles chantent ou touchent le piano : les dames sont ordinairement d'un côté et les hommes de lautre. Les femmes ont la voix un peu élevée, et chan- tent du gosier ; elles fument toutes ; Îles cigares des dames sont de cinq à six pouces de long , et grosses comme un bon doigt. J’assistai à Manille à plusieurs bals, entre autres à celui que donna M. d’Avala, commandant de la marine. Le gouverneur, sa femme et toutes les personnes de distinction de ia ville avoient été invités. L’archevêque et le grand vicaire s’y rendirent, mais ils se tinrent dans une pièce voisine de celle où l’on dansoit. On dansa des 398 _ OBSERVATIONS contre-danses, des menuets et même Ja danse ap- pelée fandango, mais d’une manière très-décente. On chanta aussi, suivant Fusage Espagnol, des boleras , airs dont quelques-uns me parurent très- agréables. Les femmes, dans jes maisons particulières , dansent aussi des menuets, mais d’une manière assez singulière ; elles y entreméêlent de temps en temps quelques pas du fandango : en général, elles paroissent peu habituées à cette danse; car les menuets dureroient toute une soirée , si lon n’avoit pas la précaution davertir les danseuses qu'il est temps de finir. Je ne parleraï pas ici des danses exécutées par les métisses et par plusieurs Espagnoles dans l'intérieur de leurs maisons : ces danses sont extraordinairement lascives. Ayant été invité à un bal chez des Espagnols, je vis qu'on avoit eu attention de couvrir un Christ qui étoit au fond de ia salle dans laquelle on dansoit. Le curé de ja paroisse se présenta pour voir la danse, mais il resta à la porte. Dans toutes ces occasions on sert toujours une grande quantité de rafraîchissemens, de confitures et de pâtisseries. Le teint des Espagnols nés à Manille est légè- rement basané , mais ceux qui sont nés en Europe conservent leur blancheur. Les uns et les autres sont bons, civils et complaisans ; et, durant mon SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 399 séjour à Manille, je n’aï eu qu’à me louer de leurs bons traitemens : j'en peux dire autant du gou- verneur , M. d'Aguilar , et des autres personnes en place , dont j'ai éprouvé Ia bienveïllance dans plusieurs circonstances. Les Indiens sont laïds et ressemblent aux Ma- laïs ; leur taille est moyenne et leur teint basané ; les femmes ne sont pas mieux. Les hommes portent une chemise, un pantalon, un chapeau et des pan- toufles ; les élégans ont en outre une veste noire avec un mouchoir dans chaque poche, un troisième autour du cou et un quatrième dans ja main. Ces mouchoirs viennent de Madras, et, comme on les brode ensuite à Manille , ils coûtent fort cher. Les Indiens fument des cigares de quatre à cinq pouces de long et grosses comme le petit doigt. Les Indiennes portent une chemisette et une jupe , et s’entourent en outre d’une pièce d’étofte longue et étroite, qu’elles appellent tapiss, et qui est faite avec des fils de bananier. Leurs chaus- sures sont petites, et très-souvent le petit doigt du pied sort en dehors. Leurs cheveux sont relevés et noués sur le derrière de ja tête : quelquefois ces femmes se couvrent entièrement d’un grand man- teau noir tombant jusqu’à terre, et au haut duquel il y a deux petites bandes étroites qui pendent de chaque côté sur les épaules. Les chirouttes ou cigares des Indiennes et des 400 OBSERVATIONS métisses ont un pied de long sur un pouce et demi de diamètre , et peuvent durer pendant une quin- zaine de jours ; enfin, elles sont si énormes , qu’on est forcé den aplatir l’extrémité pour pouvoir Tin- troduire dans Ia bouche. Les Indiens, comme tous les Malais, ont une passion extrême pour les combats de coqs , mais il ne leur est pas permis de jouir à leur gré de ce spectacle. Un Indien sort rarement sans porter un coq, et aussitôt qu'il rencontre un autre Indien avec le sien , les deux animaux sont mis à terre et s’attaquent ; mais Îles combats à mort ne peuvent avoir lieu que dans une place faite exprès , et que le roi afferme de vingt à vingt-cinq mille piastres : c’est [à que les Indiens parient et jouent tout ce qu'ils possèdent. Le sort des parieurs est bientôt décidé , les combattans étant armés de fers tran- chans , et la mort d’un des deux coqs n'étant que affaire d'un instant. Les Indiens exercent à Manille toutes sortes de professions , telles que celles de marchands, arti- sans, ouvriers, cochers, laquais et porte-faix; is s'entendent très - bien encore à conduire les ba- teaux. Les Chinois y font également différens métiers, mais de préférence ceux qui exigent plus d’indus- trie, tels que lorfévrerie, les ouvrages de marteau, le jardinage, &c. Ils ont la faculté de s’y marier ; ‘5 leurs SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 4Of leurs femmes travaillent aussi, mais elles mettent leurs gains à part; et lorsque le mari, se trouvant assez riche, quitte le pays pour s’en retourner dans sa patrie, il laisse une portion du bien à sa femme qui garde les enfans et en prend soin. Les Chinois qui habitent Manille, professent le christianisme , mais ce n’est que pour Îa forme, car, lorsqu'ils partent des Philippines, ils jettent à la mer les images ou les chapelets, et cessent d’être Chrétiens en passant la pointe Mirabelle. Les vivres et les provisions sont en abondance et à bon marché à Manille ; le poisson que lon pêche dans ja baïe est bon; mais celui qu’on prend sur ja barre et près des digues, est lourd et pesant parce qu’il se nourrit des immondices que la rivière y charie. On boit ordinairement dans cette ville et dans les faubourgs de l’eau de citerne; chaque maison a son réservoir, qui se remplit d’eau de pluie par le moyen de gouttières : si l’on veut boire de l’eau vive, on est obligé de la faire venir de Sainte-Anne. La ville manque de moulins ; maïs je gouverneur qui y etoit en 1797, et qui ne s’occu- poit que de ce qui pouvoit améliorer fa colonie, avoit fait venir exprès de Quanton un mécanicien Genevois, pour tâcher den établir sur la rivières BATEAUX. On voit sur [a rivière et le long du rivage de TOME III. Ce 402 OBSERVATIONS la baie , beaucoup de bateaux ; ils sont d’une construction très-fine et garnis de balanciers à l'extrémité desquels, lorsqu'il vente, les matelots se placent pour contre-balancer l'effort du vent sur Ia voile; mais cette pratique n’est pas toujours sûre, car il arrive quelquefois que les bamboux qui for- ment ces balanciers, se rompent, alors le bateau chavire et les hommes périssent. On passe Ia ri- vière dans de petits bateaux appelés Pangues, faits d’un seul tronc d'arbre, et qui contiennent deux ou trois personnes ; il y en a cependant de plus grands et qui peuvent en recevoir douze à quinze : ces bateaux vont à [a rame, et marchent bien. TEMPÉRATURE. L'air est bon à Manille; cependant je laï trouvé un peu lourd, qualité qu’on doit attribuer à fa chaleur humide occasionnée par la grande quan- tité d’eau qui, dans la saison des pluies, inonde une partie des terrains bas, et à [a mauvaise odeur que répandent les vases qui couvrent fa plage en face de Tondo , toujours à découvert lors de la mer basse. Dans la campagne, où je terrain est plus élevé et plus sec, Pair est plus pur. Les tempêtes et les pluies sont violentes dans la mousson d'ouest, de sud-ouest et de sud : ces vents soufflent durant les mois de juin, de juillet et d'août; les campa- gnes sont alors inondées, et la communication ne SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 403 se fait plus que par bateaux. Dans le mois doc- tobre Îes vents commencent à souffler du nord et du nord-est; ils passent ensuite en décembre à l’est et au sud-est, où is restent fixes jusqu’en mai; c'est alors je temps de la belle saison. Le mélange de chaleur et d'humidité qu’on éprouve à Manille, incommode les étrangers; mais les Indiens, habi- tués à cette température , vivent fort long-temps ; d’ailleurs les maisons qu'ils habitent étant élevées au-dessus des eaux, ïls se trouvent à l'abri de Fhumidité, et Pair qui circule librement, non- seulement les rafraïchit, mais les garantit d’une trop forte chaleur. TREMBLEMENS DE TERRE. Les îles Philippines sont sujettes aux trem- blemens de terre : celui qui eut lieu en 164$, renversa une partie de ja ville de Manille. J’en éprouvai un pendant mon séjour, qui fut si vio- lent que plusieurs Espagnols qui avoïent été à Lima, m'assurèrent en avoir senti peu d’aussi forts. 11 commença vers les deux heures de l'après-midi ; je crus, dans le premier moment, que quelqu'un tiroit ma chaise ; toutes les maisons craquèrent, des pans de muraille s’écroulèrent, des clefs de voûtes furent déplacées, et l'eau sortit des auges et de plusieurs puits. Dans la maison où je demeu- rois, trois doigts d’eau s’écoulèrent d’une grande C'e 2 一 人 } 404 OBSERVATIONS cuvette qui étoit pleine; ies lampes balancèrent, et le mouvement de ja voiture qui étoit sous Îa porte, fut celui d’une voiture qui passe dans une rue à moitié dépavée : quand je fus descendu dans la cour, la terre trembloiït sous mes pieds, la maison penchoit tantôt d’un côté et tantôt de l’autre, et je m'attendois à chaque instant à la voir s’écrouler : lorsque les secousses cessèrent , j’étois totalement étourdi, et j'éprouvois des douleurs dans les ge- noux. Rentré dans la maison , je trouvai que le principal pilier qui soutenoit le toit étoit fendu en deux. Les vaisseaux ancrés dans le port ne ressentirent point le tremblement de terre, tandis qu'un navire anglois qui se trouvoit en mer à onze lieues de Manille, léprouva : toutes les par- ties du vaisseau craquèrent, le grand mât s’en- leva et retomba sur la membrure, et fon fut obligé de le soutenir avec des mäteraux pour pouvoir ramener le bâtiment dans Ia baie. Les secousses de ce tremblement de terre durèrent trois minutes et quatorze secondes , et continuèrent pendant plusieurs jours de suite, en se faisant sentir à dif- férens intervalles , et quelquefois avec violence. Le premier jour , je temps étoit calme, nébuleux et grisätre, l'air étoit chaud et lourd, le vent venoit par bouffées, et de temps en temps il tomboit une petite pluie : ce sont les signes avant-coureurs d’un tremblement de terre. SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 405$ Les Indiens sont fort tranquilles dans ces mo- mens d’une consternation générale ; leurs maisons se meuvent en tous sens, et suivent les oscillations du tremblement; elles ne redoutent que les oura- gans, qui leur sont funestes et [les emportent quel- quefois avec ceux qui y demeurent ; tandis qu’a- lors les Espagnols, dont les habitations sont plus solides, réstent calmes chez eux. Ainsi l’homme par-tout voit avec indifférence le malheur qui ne le touche pas, et ne s'inquiète que de sa propre conservation. C’est dans cette vue , et pour obtenir du ciel d’être préservés de nouveaux accidens, que les prêtres et toutes les personnes qui habitoïent Manille, firent des processions et promenèrent avec grande pompe limage d’un saint qu’on in- voque ordinairement dans ces circonstances. GOUVERNEMENT DE MANILLE. Le gouverneur est le maître absolu et le pré- sident du conseil, qui est composé de quatre auditeurs, et d’un procureur fiscal. Le lieutenant de roi et les officiers royaux jouis- sent d’une grande considération. Le gouverneur dispose de toutes les places , et nomme jes alcades et le capitaine du galion. Sa place est pour huit ans, et peut valoir de treize à quatorze mille pièces de huit. Lorsque le gou- verneur est remplacé, il est d'usage qu'il subisse C'e3 406 OBSERVATIONS un examen qui dure trois mois : pendant ce temps, toutes Îles personnes qui ont des sujets de plainte contre lui , font leurs réclamations ; ce moyen, bon dans son institution , n’est pas suivi à la lettre : il a pu être fatal dans certains cas; mais ordinaire- ment un présent donné au nouveau gouverneur, arrête toutes les poursuites : on dit que ce cadeau s'élève quelquefois jusqu’à cent mille écus. Les revenus de ja colonie consistent dans je tribut des Indiens, les douanes , les droits perçus sur je vin, sur je tabac et sur le combat des coqs ; ils peuvent s'élever chaque année à cinq et six cent mille piastres ; mais cette somme ne suffisant pas pour ses dépenses, le gouvernement dAme- rique y supplée par lenvoi annuel de deux cent cinquante mille autres piastres. COMMERCE DES ESPAGNOLS. Le commerce de Manille, qui pourroit être très- considérable, se réduit à celui qui se fait avec Aca- pulco, par le galion, et à quelques caboteurs , pour la Chine; encore le nombre de ces derniers est-il diminué depuis que la compagnie Espagnole envoie elle-même ses vaisseaux à Quanton , et y entretient des facteurs. Le commerce d’Acapulco n’est pas libre pour tout le monde ; la charge du galion se divise en quinze cents ballots, dont une grande partie appartient . SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 407 aux couvens , et lautre à des particuliers aux- quels on les a donnés pour récompenses, ou au- trement. Ces ballots ou portions se vendent aux négocians qui veulent charger. La cargaison doit s'élever à six cent mille piastres , mais elle va au double. Elle consiste en mousselines , toiles des Indes, soies écrues , soieries et bas de soïe de Chine; on charge de ce dernier article à-peu-près cinquante mille paires, le reste consiste en ouvrages d'orfévrerie faits à Quanton, ou à Manille par les Chinois, en joyaux , en épicerie, en poudre d'or, et en objets divers de mercerie. Le chargement est fait avec soin, et aucune place ne reste vide. La va- leur du vaisseau pris par Anson, étoit d’un miïl- lion trois cent treize mille pièces de hutt [ près de neuf millions de livres tournois |, non compris trente-cinq mille six cent quatre-vingt-deux onces d'argent fin, de la cochenille et d’autres articles de prix. La vente de ja cargaison du galion à Acapulco, donne cent pour cent de bénéfice, partie en ar- gent et partie en cochenille, en mercerie, en Pi- joux, en draps et en vins d'Espagne. La valeur totale du chargement de retour peut s'élever à près de deux à trois millions de piastres , dont deux cent cinquante à trois cent mille pour le compte du roi. Ordinairement il y a un galion , quelquefois CE 4 408 OBSERVATIONS / deux: ce bâtiment, après avoir reçu la bénédiction de la Vierge, de dessus les remparts, quitte Ma- nille à Ja mi-juillet, passe le détroit de San-Ber- nardino , ce qui n'arrive souvent qu'environ un mois ou six semaines après son départ, et cingle ensuite au nord jusque par les trente degrés , pour atteindre les vents d'ouest : il porte ensuite à l'est jusqu’à la côte de la Californie, et arrive à Aca- pulco en décembre ou janvier, le plus tard en février. La vente est bientôt terminée, et le galion repart à la mi-mars ; il prend la latitude de treize et quatorze degrés, et porte à l’est jusqu’à latter- rage de Guam, l’une des îles des Larrons , où il prend des renseignemens, renouvelle son eau et ses rafraîchissemens : il dirige alors sa route sur le cap Espiritu-Santo dans l'ile de Samar , passe le détroit de Bernardino, et arrive à Manille en juin. If y a toujours un navire préparé lors de son retour, pour repartir de suite. Les galions appartiennent au roi; js sont de douze à quinze cents tonneaux, et armés de cin- quante à soixante pièces de canon ; c’est le roi qui nomme les officiers et paie les équipages. Le capitaine a le titre de général, et porte lé- tendart d'Espagne au grand mât; sa place lui vaut trente mille piastres; aussi le gouverneur de Ma- nille ne la donne qu’à ses protégés. Les matelots ont trois cent cinquante pièces de huit, dont ils SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 409 reçoivent soixante-dix à Manille , et le reste à Acapulco. L'équipage, avec les passagers, monte à six cents personnes. Au retour, comme Ia car- gaison n’est pas d’encombrement , on monte ja batterie basse qui, dans la première traversée , étoit restée à fond de cale, et l'équipage est ren- forcé par une ou deux compagnies de soldats. IT est étonnant que les Espagnols, en débou- quant le détroit de San-Bernardino, ne portent pas au nord-est et même plus au nord, au lieu de Fest- nord-est qu’ils suivent ordinairement , et que par- venus au trentième degré nord, ils continuent leur route sur ce rumb , au lieu de s'élever jusque par les trente-six et quarante degrés, où ils trouve- roïent des vents d'ouest plus forts et qui raccour- ciroient par conséquent le voyage ; maïs le capi- taine du galion est forcé de suivre la route qui lui est prescrite, quoiqu’elle soit moins, favorable pour se rendre promptement dans [a région des pluies , si nécessaires à la conservation de son équipage. Pourra-t-on jamais s'imaginer que des hommes osent entreprendre une longue course sur mer sans une provision d’eau suffisante, et dans Tu- nique espérance qu'il pleuvra! Cela est cepen- dant vrai. Les Espagnols mettent toutes les places à profit sur le galion; et, au lieu d’avoir, comme nous, des barriques pleines d’eau , ils n’emportent que des jarres qu'ils suspendent aux haubans et 410 OBSERVATIONS aux étais, et qu'ils remplissent lorsqu'il survient de ja pluie. Après le commerce d’Acapulco, vient celui que font les caboteurs ou quelques particuliers de Ma- nille, qui envoient à Macao de petits bâtimens chargés de riz , qu'ils échangent pour des mar- chandises de la Chine. L’'Espagnol, en général, n'est pas négociant ; il donne son argent aux In- diens , qui le font valoir, ou ïl en achète des sucres bruts pour jes revendre. Les gens riches de Manille ne font pas même le commerce d’Acapulco avec leurs propres fonds ; mais ils empruntent aux couvens de l'argent à la grosse , qu'ils rendent avec l'intérêt au retour. Le bénéfice net et qui rentre aux chargeurs est estimé dans ce cas de vingt-cinq à trente pour cent. COMMERCE DES ÉTRANGERS. Le port de Manille a été ouvert quelquefois, mais plus souvent fermé aux étrangers. À l'époque où je m'y suis trouvé, il étoit libre. Les Anglois y envoient sous pavillon Suédois et Danois; il y vient aussi des Arméniens des côtes de 了 Inde , des Portugais et des François. Les Chi- nois y arrivent tous les ans avec des jonques. IMPORTATION. Le commerce d'importation consiste en objets SUR LES ÎLES PHILIPPINES. Ait d'Europe ; savoir : ancres fer plat, carré, rond let en barres, grappins, enclumes ; acier d’Alle- magne , clous d’un à dix pouces, outils de menui- Serie et de charpenterie, cuivre en planches et clous de cuivre, fer blanc en feuilles, fil d’archal, toiles à voile , fil, aiguilles et donzelles à voiliers , câbles, cordages , plomb en saumons et en plan- ches , horloges de sable , vitres , verres à boire, draps d'Europe , vins , eaux-de-vie, liqueurs, vins de liqueurs, odeurs , essences , eau de Cologne, chapeaux, bas de soie, lampes de verre, perles et corail pour rosaire , diamans en rose et brillans non montés ; dentelles, toiles de Bretagne. Les objets qui viennent de FInde sont des cam- bayes, mouchoirs, malmoles, idem brodées, idem en or et argent, cambricks, éléphantes, toiles du Nord, percales, jupons à bordures, basquines, mouchoirs à vignettes, bafetas, garras, mouchoirs de Masulipatan sans lustre, quelques mouchoirs et cambayes d’Auticour , &c. Les marchandises qui sont apportées de la Chine consistent en soieries diverses , bas de soie , toiles de nankin , objets d’orfévrerie , porcelaines , &c. EXPORTATION. L'exportation consiste principalement en sucre, indigo , tabac, cuirs, suif, miel, cire, riz, choco- lat, blé, biscuit, vivres, bougies , bois de teinture, 412 OBSERVATIONS bois d’ébène, nids d'oiseaux, perles, coquilles de nacre, rotins. Lorsqu'un bâtiment est arrivé à Manille, ïl est obligé de donner son manifeste dans les vingt- quatre heures : il faut que sa déclaration soit exacte ; car, si l’on descend quelque marchandise sans l'avoir déclarée, elle est confisquée. On pré- sente ordinairement la facture au gouverneur et aux officiers royaux, qui font une marque aux ar- ticles qu'ils desirent, et ce Seroit se compromettre que de Îles vendre à d’autres. Le gouverneur et les officiers royaux paient bien; 过 seroit à desirer que ces derniers prissent toute la cargaison, mais aussi il faut que les-eflets qu’on leur livre répon- dent à [a montre, et l'on ne doit pas chercher à les tromper. Les effets se déchargent à Ia douane, et y sont placés dans des magasins. Le transport est coù- teux, car les porteurs vont doucement. IE y a cinq personnes à la douane pour veïller sur ce qui est débarqué, et pour percevoir les divers droits. Il en résulte qu’on ouvre et visite les effets avec len- teur ; en sorte que, s’il arrivoit seulement vingt vaisseaux à Manille , leur décharoement dureroit une année. Les marchandises une fois visitées, on les emporte chez soi. Les droits de douane sont de huit pour cent sur le prix de la vente présumée, qui est fixé à volonté par le chef de fa douane ; de SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 413 orte qu'il arrive quelquefois qu’il surpasse celui de a vente réelle; maïs il n’y a pas de diminution à ob- enir et les droits sont irrévocablement réglés , à noias qu’on n'ait à traiter avec un chef de douane ssez complaisant, comme Tetoit celui qui avoit ette place Jors de mon passage à Manille, pour ermettre de déposer jes effets à la douane, et de ren payer les droits qu’en cas de vente. Le commerce est difficile et chargé d’entraves. Les affaires se traitent avec peine et lenteur ; il faut aire à chaque pas des requêtes sur papier timbré, pour demander le déchargement ou le charge- ment, pour avertir qu'on est chargé ou qu'on veut mettre à la voile. Le chargement, d’ailleurs , est toujours long , parce que les bateaux du pays ne s'exposent pas à franchir [a barre s'il vente un peu ; de plus, on ne peut s’en aller quand on le desire , à cause des fêtes et des processions qui sont très-fréquentes dans ce pays, et pendant les- quelles on n’expédie aucune affaire. De espario, vous disent les Espagnols /ne vous pressez pas ] : trop heureux si lon peut sortir avant le change- ment de mousson, et par conséquent avant les vents contraires. POSITION AVANTAGEUSE DE MANILLE. On voit, par ce que j'ai rapporté ci-dessus , quelle est l'importance des Philippines. Ces îles, 4tÀ OBSERVATIONS par leur position, peuvent faire un commerce im- mense avec la Chine, la Cochinchine, Camboje, Borneo, les Moluques, la côte de TInde et celle de l'Amérique ; mais les Espagnols ne s'étant ja- mais occupés que du commerce d’Acapulco , ont négligé tous jes autres ; et la colonie, qui pour- roit fournir au chargement d’un nombre considé- rable de navires, peut à peine en expédier quel- ques-uns. Les îles Philippines produisent plusieurs mar- chandises d'exportation; elles peuvent donner du coton, de larec et du poivre. Si on excitoit Tin- dustrie des Indiens , ceux-ci s’emploieroient à ja culture de ces trois derniers articles ; qui fourni- roient aux Espagnols des marchandises de pre- mière nécessité pour la Chine, qu’ils échangeroient pour des soies : dès-lors ils ne seroient plus obligés d’y porter autant d'argent, et les piastres de l'Amé- rique reflueroient en Espagne. A ce premier avan- tage ïl faut en ajouter encore d’autres. Les Espagnols, en forçant dans les îles Phi- lippines ja culture du coton, pourroïent fournir cette production aux Chinois à meilleur marché que les Anglois ; dès ce moment les cotons de Bombay ne seroïent plus autant de défaite, et fa compagnie Angloise, n'ayant plus les mêmes ali- mens pour ses opérations, se verroit obligée de tirer de Londres de forts capitaux, et de faire, par SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 415 conséquent, un commerce désavantageux et extre- mement nuisible à ses intérêts. Dans cette lutte de commerce , les Espagnols n’ont rien à risquer, et, au contraire, ils ont tout à gagner. La proxi- mité des lieux, la modicité des frais de transport, les mettroient nécessairement en état de demander beaucoup moins de leurs cotons que les Anglois ; d’ailleurs, les Chinois préféreroient acheter des Espagnols les cotons qu’ils païeroïent en soieries , plutôt que de les acheter des capitaines de ja côte de l'Inde, qui en vendent toujours une partie en argent, qu'ils trouvent ie moyen de faire sortir, malgré les défenses des mandarins. Manille pourroit devenir un lieu dentrepot , non-seulement pour les navires Espagnols, mais même pour ceux des étrangers, si le gouver- nement leur en permettoit l'entrée. En effet, cette colonie étant approvisionnée des objets de Ia Chine, soit par les caboteurs Manillois, soït par les jonques Chinoises qui viennent tous Îles ans d'Émouy , les navires Européens aimeroient mieux y prendre leur cargaison de retour , et éviter, par ce moyen, la perte du temps et les frais de facto- rerie, de séjour et de mesurage à Quanton. Les Espagnols de Manille pourroient en outre aller eux-mêmes à ja côte de l'Inde avec de Tar- gent, de lindigo , quelques marchandises de Ja Chine , et s’y procurer en échange des cambayes, 416 OBSERVATIONS des mousselines , des toiles et des mouchoirs, soit pour les navires d'Europe , soit pour les charge- mens d'Acapulco. Le commerce fait de cette ma- nière deviendroit animé et profitable à Ia colonie. Mais pour en tirer un grand avantage , il est De- cessaire de mettre ja colonie sur un pied respec- table de défense, en y entretenant des troupes Eu- ropéennes ; il faut fortifier l'entrée de la baie et lîle du Corrégidor , et avoir quelques frégates pour croiser sur les côtes et empêcher les Maures de venir faire des excursions sur je territoire Es- pagnol ; il faut diminuer et simplifier les droits de douane, et rendre les opérations commerciales plus expéditives. C’est se tromper que de calculer seu- lement sur les droits d'entrée ; les étrangers, en vendant leurs marchandises, en augmentent indu- bitablement le prix à proportion de ce qu'ils ont à débourser ; c’est donc Facheteur qui finit toujours par payer les droits, et c’est autant d'argent qui sort du pays : d’aïlleurs , plus les droits sont oné- reux , plus on tâche de jes éluder; alors c'est l'État qui perd. II faut exiger peu des indigènes et des étrangers, et procurer à ceux-ci et aux Espagnols des facilités pour vendre et pour acheter. Ces entraves une fois levées , le commerce centuplera , les droits aug- menteront à proportion, et fourniront aux dé- penses de la colonie ; enfin, Îe roi retirera de l'argent SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 417 l'argent de ces mêmes îles où il est obligé den envoyer maintenant tous les ans. Quant à lintérieur , il est nécessaire que ie gouvernement ne nomme pour alcades dans les provinces que des hommes probes ; il faut qu’il éta- blisse un conseil composé de négocians, pour ins- pecter le commerce, présenter des projets utiles, les faire exécuter, et veiller en même temps à lagri- culture ; il faut qu'il ranime les Indiens, en éga- lisant le tribut, et en jes engageant par-là à se marier ; il faut qu'il les fasse sortir de Ieur paresse ordinaire , en leur offrant un débouché avantageux pour leurs productions ; il faut qu’il les encourage à s’adonner à l’agriculture , aux arts et aux ou- vrages d’orfévrerie et de forge : mais, pour cela, if est absolument important de diminuer le nombre des Chinois domiciliés. On peut en tolérer une cer- taine quantité ; 1{ seroit peut - être utile aussi dap- peler les étrangers , auxquels il conviendroit de donner des facilités pour s'établir; mais, dans ces deux cas, il faut agir avec beaucoup de pru- dence : un trop grand nombre deviendroit dan- gereux , et lon dbit éviter que ces nouveaux venus ne soient assez nombreux pour s'associer entre eux ou avec les Indiens , à l'effet de chasser ceux qui les auroient accueillis avec bienveillance. C’est par de tels moyens qu’on parviendra à ranimer les Indiens, et à faire sortir les Espagnols de espèce TOMENTIT, D d 418 OBSERVATIONS de léthargie dans laquelle ils restent comme en- gourdis , et que, d'un commerce languissant ou même presque nul, on fera un commerce suivi et très-actif. Les particuliers trouveront dans ja libre communication entre la Chine, Acapulco et Manille , une source immense de richesses ; et le gouvernement ; en les secondant, se procurera de l'argent , des matelots, une bonne marine, et se mettra en état de repousser toute attaque inat- tendue. D'après ce que je viens de dire, ïl est aisé de voir qu'avec peu d'efforts les Espagnols peuvent faire un grand commerce aux Philippines, et tirer un parti très-lucratif d’une colonie dont les pro- duits et les ressources sont incalculables ; maïs ils sont si indifférens sur les avantages qu’ils pour- roient retirer de ces îles, que , sous Philippe IL et Philippe HT, on délibéra dans le conseil à Ma- drid, si l'on n’abandonneroït pas Manille. I eût été à desirer que Îles François eussent pu obtenir fa cession des Philippines , dont fa possession , suivant Île cardinal Alberoni, dans son Testament politique, auroit été aussi avanta- geuse pour eux qu’utile à la colonie elle-même. Mais si les Espagnols en doivent rester les maîtres, il est essentiel qu'ils veillent attentivement à sa conservation. Une nation jalouse de s'emparer du commerce de l'univers, convoite depuis long-temps SUR LES ÎLES PHILIPPINES: 419 l'ile de Manille; autrefois maîtresse pour un ins tant de cette riche colonie, elle se repent aujour- dhui de lavoir abandonnée ; et si elle s’en empare une seconde fois, elle ne la rendra plus. Que les Espagnols s'occupent donc à conserver Îles Phi- lippines : la perte de ces îles seroit irréparable ; 这 vaut mieux se pénétrer des conséquences d’un revers avant de lavoir éprouvé, que d'y songer lorsqu'il n’est plus temps de l'empêcher. DÉPART de Manille, et RETOUR à l'ile de France. Nous quittâmes Manille le 7 mars 1797 (a) à cinq heures du soir , et le 1 3 nous doublämes Pulo- Sapate à l'ouest. If faut éviter de prendre cette route, à cause d’un bas-fond qui s'étend à près de deux lieues dans le nord-nord-ouest de File , et sur lequel il paroît qu'il y a peu d'eau. Le 21 nous entrâimes dans le détroit de Banca; les courans sortoient et entroient alors également. Parvenus, au 1. avril, dans le détroit de Îa Sonde, nous en sortimes le > avec des vents de 3 nord-ouest, qui passèrent ensuite au nord, en (a) Les bancs de Boulinao et de Massinlou, qu'on trouve en dehors de Manille, sont marqués trop à l'est sur les cartes ; ils sont plus à l’ouest et plus rapprochés du banc appelé Scarbo- rough (7.96 }. D 42 420 OBSERVATIONS augmentant toujours de force, de sorte que le 14 nous éprouvâmes une violente tempête. Nous res- tâmes pendant douze heures je côté de tribord dans l'eau, et nous fûmes obligés de jeter les canons de ce même côté pour nous redresser un peu : enfin le vent étant diminué, nous 位 mes de la voile et nous continuâmes notre route pour Rodrigues , dont nous eûmes connoissance le 28. Nous primes sous le vent de cette île, pour éviter les croiseurs An- gloïs ; et après avoir longé, pendant ja journée du 1. mai, toute la partie méridionale de File de France , nous mouillâmes le même soir dans le port. La latitude de l'ile est de 20° 9 45", et sa Jon- gitude de 55° 8° à Fest du méridien de Paris. Sa Iongueur du nord au sud est d'environ quatorze lieues , sa largeur de dix, et son pourtour de près de quarante. ile de France a deux ports ; mais, quoique dans mes deux voyages j'en aïe fait le tour à peu de distance de ja côte, je n'ai point aperçu je Grand-port, ou le port qui est situé dans la partie orientale de Pile. L'air de cette île est tempéré, et même frais dans les habitations ; la chaleur ne se fait sentir fortement qu’à la ville, à cause des mon- tagnes qui l'entourent et [a mettent à labri des vents de sud-est qui pourroient Ja rafraichir. Les vents de sud-est souflent généralement à SUR L'ÎLE DE FRANCE. 42T Pile de France , excepté depuis octobre jusqu’en avril, qu'on éprouve des vents variables ; c’est le temps des pluies. On essuie quelquefois des oura- gans violens ; les rivières sortent alors de leurs jits ; les arbres, les plantes sont arrachés, et les mai- sons renversées ; les navires ne sont pas toujours à l’abri dans le port, et jen ai vu qui, dans ces cir- constances, ont été jetés à la côte. Les ouragans ont lieu depuis ja fin de septembre jusqu’en mars, et paroissent devoir leur origine aux vents qui con- trarient ceux de ja mousson ; ainsi [a cause des coups de vent seroit la même qu’à la Chine. L'ile de France est entourée de ressifs qui s’é- tendent dans certains points à plus d’une jieue au large : je côté méridional est plus à pic, et la mer brise sur [a côte, excepté dans un petit nombre d'endroits. Tout indique qu’il y a eu jadis un volcan dans cette île; le terrain est recouvert presque par- tout d’une grande quantité de pierres volcaniques, rondes, de différentes grosseurs, ordinairement compactes, quelquefois poreuses et d’une couleur grise tirant sur le noir. Les montagnes, dont il y a un bon nombre, semblent avoir été boule- versées, coupées et déchirées, pour ainsi dire, par l'effet des tremblemens de terre; mais elles ne sont pas le produit des volcans, et fleurs bancs sont plus ou moins inclinés à l'horizon , suivant D d ; 422 OBSERVATIONS la disposition générale de l'espèce de pierre qui les compose. Le terrain est assez bon, mais sec; il est rou- geûtre dans plusieurs cantons. On ne laboure pas profondément la terre, mais on ja façonne à coups de pioche : les racines des plantes sont ca- chées sous les pierres, quiles maintiennent fraiches et à l'abri du soleil. On y cultive le froment, l'orge, Tavoine , le riz, le maïs, le manioque , le coton (qui est tres-beau ) Ia canne à sucre, l'indigo et le café (qui est inférieur à celui de Bourbon). On y trouve des plantations de girofliers que ion en- toure de haies formées avec des jamrosa , afin de les défendre du vent, qui, sans cette précaution, les romproit facilement. Les muscadiers ne sont pas aussi communs : j'ai vu quelques savoniers dans les plaines de Wilhem. On fait venir dans les jardins une partie des lé- gumes d'Europe , et beaucoup de patates douces. Les fruits les plus communs sont la banane , la mangue , l'ananas , le panglemousse, ja goyave, Vate, la papaye et la pêche. Les cocotiers y vien- nent bien ;.il y a très-peu de mangoustiers. Les oranges ne sont pas bonnes à file de France, tandis que celles de Bourbon sont douces. ie de France est arrosée par une grande quantité de ruisseaux ; quelques-uns viennent du milieu de file, et sont assez considérables pour SUR L'ILE DE FRANCE. 423 recevoir le nom de rivières ; les côtes fournissent une moyenne quantité de poissons. Cette île étoit autrefois entièrement boisée ; peu à peu on a abattu une partie des arbres pour en faire des planches , pour bâtir des maisons et pour nettoyer le terrain ; mais cette opération n’a pas été et n’est pas encore faite avec intelligence : on détruit et lon ne replante pas. Les terres, dé- pouillées par ces grands abattis , sont devenues sèches et presque arides , soit parce qu’elles se trouvent trop exposées à lardeur du soleil, soit parce que rien mrarrete plus les vapeurs nécessaires à fa formation des nuages , et par conséquent des pluies qui entretenoiïent ja fertilité. On a voulu remédier à ce mal en plantant l'arbre appelé bois noir; mais cet arbre est tout au plus bon à brûler ; et, d’ailleurs , il n’a pas réussi par-tout, parce que le sol ayant été trop desséché par Fardeur du so- leil, ou ayant été trop lavé par les pluies , il ne reste plus assez de terre végétale. À cet inconvénient il faut en ajouter d’autres. Premièrement, il vient à l’île de France une espèce d'herbe épaisse et grossière qui sert aux pâturages, et qui, après avoir atteint une hauteur assez con- sidérable , se sèche vers fa fin du mois d’août ; les Noirs y mettent le feu dans le mois de septembre, et [a flamme qu’elle produit dessèche les arbres et les fait périr: En second lieu, la permission qu’on D d 4 424 OBSERVATIONS donne aux Nègres des habitans de Ia ville d'aller faire des fagots dans Îles montagnes, nuit infr- niment à Ja croissance des arbres, parce qu'ils les coupent indifféremment : enfin , les chèvres des Indiens qui habitent le camp Malabar, allant paitre sur les hauteurs, broutent et détruisent tout ; aussi les bois, en général, se dégradent-ils prodigieusement. Parmi les arbres qui croissent à l'ile de France, il faut distinguer le bois d’ébène, le tacamaca, le bois de lait, le Pois de natte à grande et à petite feuille, le cannellier, le bois d'olive et le bois puant. Ces bois sont très-propres pour la menuiserie et la ‘ charpente. Lorsque j'arrivai à l'ile de France, en 1796 , on trouvoit par-tout des haies de raquettes ou do- puntia ; mais un particulier ayant depuis apporté des œufs de cochenille dans Ia colonie, ces insectes se sont multipliés au point qu'ils ont entièrement détruit les opuntia. On rencontre dans les bois, des cerfs , des cabris, des cochons sauvages, des lièvres, des singes et une grande quantité de rats et de souris. Ces trois dernières espèces d'animaux font de grands dégâts dans les plautagtons. On voit aussi des perroquets, des pintades, des bengalis ou petits oiseaux rouges, et une sorte de perdrix. Les insectes les plus incommodes sont les carias, Dre SUR L'ÎLE DE FRANCE. 425 | es kakerlaques, les moustiques, les scorpions, les scolopendres et les guêpes. On prétend que les serpens ne vivent pas à Pile de France; ïl est dif- ficile de dire si cette assertion est vraie ou sans fondement, mais ïl est certain qu’on n’y voit aucun de ces reptiles. Les bestiaux ne sont pas abondans ; les moutons sont rares , et le bœuf, excepté celui qu’on trans- porte de Madagascar, n’est pas très-bon : les va- ches , à la réserve de celles qui viennent d'Eu- rope, ne donnent pas beaucoup de lait. Si Pile de France eût été une colonie étrangère, j'aurois tâché de faire connoître les mœurs et les usages des habitans ; maïs ce que je Pourrois en dire étant déjà connu, je me bornerai à faire voir son utilité et son importance pour la France. Tmportance de l'ile de France, C'est par ja destruction de plusieurs milliers d'hommes, et par la perte de sommes considé- rables , que fa plupart des nations de l'Europe ont formé des établissemens dans l'Asie. Quelles que soient les conséquences qui doivent résulter de ces possessions lointaines, les maintenir et Îles con- server est une nécessité absolue, tant qu’il y aura une puissance qui s’occupera du commerce de l'Inde. Ce commerce peut nous être indifférent, inutile même, s'il est vrai cependant que, dans 426 OBSERVATIONS un grand État , quelque chose le soit; mais Paban- donner, ce Seroit nous mettre dans la dépendance, et nous rendre tributaires des étrangers qui le conserverolent. Les colonies ont toujours été fondées pour le bien de fa mère-patrie : c’est sous ce point de vue qu'elles ont été constamment envisagées ; et si elles n’ont pas toujours répondu au but qu'on s’étoit proposé , il en faut attribuer la cause plutôt à des vices d'établissement qu’à des circonstances malheureuses et impossibles à prévoir. Les colonies doivent être considérées de deux côtés ; savoir, du côté de la Perte qu’elles en- traînent nécessairement en hommes et en argent, et du côté des ressources que lon peut retirer de leur situation et de leur commerce. Dans le premier cas, celles qui ne peuvent ba- lancer par des profits considérables , ou d’autres grands avantages, les pertes d'hommes et d'argent, sont onéreuses et à charge à l'État. Dans le second cas, celles qui peuvent être facilement fermées au commerce des étrangers /4a), et dont fa population (a) Le commerce des colonies doit naturellement appartenir à la mère-patrie, et l'étranger ne doit y être admis qu’autant que le gouvernement le permet. Mais, dans cette circonstance, l'étranger doit payer des droits d'entrée et de sortie; car, s’il lui est permis d'acheter ou de vendre sans payer de droits, le colon, toujours porté à favoriser celui qui lui livre une marchandise au plus bas SUR L'ILE DE FRANCE. 427 ie peut pas s’accroître dans la même proportion que leurs richesses, sont très-utiles à la patrie. Or, les colonies établies dans les îles présentent e double avantage, qu’on peut à volonté les tenir uvertes où fermées à l'étranger, et qu'il n’y a point à craindre qu’elles nuisent jamais à la métropole par leurs richesses et par leur population. Les colonies continentales ont au contraire de erands inconvéniens ; et si elles offrent peut-être plus de ressources dans leur population plus nom- breuse et dans un commerce plus actif et plus étendu, elles portent en cela même nn germe tou- jours croissant de désordre et de révolte. En effet, après avoir coûté à la mère-patrie de grands sacri- fices, soit en hommes, soit en argent, une fois par- venues au faîte de la grandeur et de la puissance, elles se soulèvent et finissent par s’en séparer, ainsi que les États - Unis d'Am érique nous en ont donné lexemple dans le siècle dernier. Les établissemens Angloïs dans PAsie, ces éta- blissemens qui ont fait couler tant de sang, et absorbé tant de richesses, finiront ou par rentrer prix, lui vendra de préférence, et le négociant de la mère-patrie sera ruiné, À ce désavantage évident, il faut ajouter ia hausse du prix des denrées coloniales et ja baisse des objets importés d'Eu- rope, suite inévitable de ladmission et de fa concurrence des étrangers, et dont l'effet funeste est de causer ja ruine du com- merce de 1a mère-patrie et la destruction de sa marine. 428 OBSERVATIONS sous Ja domination de leurs anciens maîtres, ou formeront tôt ou tard un ou plusieurs États séparés de l'Angleterre. Le temps, les circonstances, les révolutions po- litiques doivent produire dans les colonies conti- nentales des changemens inévitables, tandis que les établissemens dans les îles, étant plus concen- trés et par conséquent plus aises à surveiller au dedans et plus faciles à défendre au dehors, res- teront constamment unis à la mère-patrie , et fui seront toujours utiles. Dans le nombre des colonies possédées par fa France , les îles de France et de Bourbon doivent être regardées comme très-importantes, non pas à cause de leurs produits, mais à cause de leur situation. L'île de Bourbon , défendue par elle-même, est indispensablement nécessaire et liée intimement à ‘île de France , à cause de sa proximité. île de France, mise sur un pied respectable de défense, n’a rien à craindre des ennemis. Les Anglois peuvent entreprendre des expéditions contre cette colonie, mais l'éloignement ne leur permettra pas dy arriver en bon état; et une fois rendus dans ses parages , les vents, les contra- riétés et le manque de provisions en tout genre, les forceront bientôt à s’en éloigner. L'île de France doit être regardée comme ja clef SUR L'ILE DE FRANCE. 429 le l'Inde : la France peut y envoyer des hommes, les vaisseaux, et y préparer des armemens à l'insu le PAngleterre. Par ja situation de file de France, disoit le conseil Anglois du Bengale, en 1768 (a), les François sont les maîtres de leurs opérations , et eurs intentions ne peuvent être connues que par leur propre arrivée à la côte de Inde. Si la position avantageuse de Pile de France contribue utilement au succès des opérations Ini- itaires du gouvernement , elle peut en même temps procurer un grand accroissement au propre commerce de ia colonie ; car cette île est suscep- tible de devenir lentrepôt des marchandises de l'Asie , et de fournir, avec les productions de son territoire, des retours aux navires d'Europe, qui, pour ia plupart chargés de vins, ont pas le temps ou les moyens d’aller chercher dans l'Inde les mar- chandises dont ils ont besoin pour compléter leurs cargaisons. là Le commerce, en s’augmentant, procurera plus de moyens de subsistance, et par conséquent ja population s’accroîtra, sur-tout si l'État aide et fa- vorise les particuliers qui voudront rester à Pile de France. Le gouvernement , en facilitant les moyens de (4) À View of the rise of the English government ; by Verelse. 430 OBSERVATIONS SUR LILE DE FRANCE. s'y établir, attacheroit à son sol une quantité de propriétaires qui, n'étant pas assez riches pour Tabandonner, le feroient fructifier en s'appliquant à une agriculture suivie et constante ; tandis que les trois quarts des habitans actuels, tourmentés sans cesse du desir, quoique souvent chimerique , damasser rapidement des richesses pour retourner en Europe, soignent peu leurs habitations, et ne songent qu’au moment présent, sans s’embarrasser de Pavenir. Il est inutile d'entrer dans un détail minutieux sur les produits de cette île , et sur ce qu’elle pour- roit devenir : j'ai voulu simplement en démontrer importance ; et si le peu que je viens de dire ne suffisoit pas pour persuader le lecteur , qu'il réflé- chisse un instant à cette phrase d’un homme cé- lèbre et bien connu par ses talens politiques : c Tant que les François, disoit lord Chatam, au- > ront l'île de France, les Anglois ne seront pas » les maîtres de l'Inde. » 431 RETOUR EN EUROPE: LA prise de Pondichery, en 1793, ayant arrêté envoi des fonds accoutumés et nécessaires à ma résidence à Quanton , soit pour cette année, soit pour celles qui la suivirent , je m’étois déterminé , comme je lai dit plus haut, à passer à Tife de France , en 1796, dans le dessein de my procurer le remboursement de mes appointemens. Trompé dans cette attente , les lois de l'assemblée de lîle de France s’opposant à tout paiement étranger au service de la colonie , je ne dus qu’à la bonne volonté de M. de Malartic, gouverneur, et de M. Dupuy, intendant, Ja faveur d'obtenir un léger à-compte de quatre cents piastres [2160 liv.], qui me mit à même de me rendre en Chine à la fin de 1796, mais qui fut insuffisant pour m'y faire de- meurer. J'en partis donc encore en 1797, pour re- tourner à l’île de France, où je pouvois recevoir , plutôt qu'à Quanton , des lettres du ministre au- quel j'avois écrit, et auquel j'écrivis de nouveau lors de mon arrivée, pour demander les fonds nécessaires à Peffet de continuer mon séjour à fa Chine, ou pour obtenir la permission et lordre de repasser en Europe. Après être resté inutilement trois ans à l'ile de France, espérant toujours rece- voir des réponses, et n’en recevant aucune , je me 432 RETOUR EN EUROPE. déterminai à quitter cette colonie, et jen sortis le 21 mars 1801, à bord d’un navire Danois. Nous perdimes la terre de vue le 23, et le 12 avril nous passâmes le banc des Aïguilles , par la latitude de 36° 54’. La crainte de rencontrer des croiseurs nous empêcha de prendre connoïssance du cap de Bonne- Espérance, de Sainte - Hélène, de PAscen- sion, ainsi que des Açores, et la première terre que nous vimes , après avoir doublé Irlande et YÉcosse , fut ja partie septentrionale de l'ile de Ronaldsha ; enfin, le 11 juin nous mouiïllâmes en Norwège à Fleckeroe, à peu de distance de Chris- tiansand , après une traversée de deux mois et dix- neuf jours. Les Anglois étant en guerre avec les Danois, je pris mon passage sur un sloop de cette dernière nation ; et après avoir traversé le Categat, longé le Jutland et une partie de [a Fionie , je me rendis à Korser et de [à à Copenhague, d’où je partis, peu. de temps après , pour me rendre par la Hollande à Paris, où j'arrivai le 4 août 1801, après une absence de dix-sept ans. FIN DU 111." ET DERNIER VOLUME TABLE 433 Le 125 TABLE DÉS ARTICLES Contenus dans les trois Volumes, ET VOLUME A vaNT-PROPOS Nan Done barre Page 六 CCC TARN. CDS ONE ORLCEE ER 4 IX: Table des empereurs. …........,.. XV. PR SRE PET PR RE Latest à de XXXIX。 TABLEAU de l’histoire ancienne de la Chine. . I. Table chronologique... ................. 185. VorAGE 4 -Péhinn. rss semis Da IT VOEUME: RETOUR de Peking Ds je es 0 ES NUE j ya 了 147. Figure des Clans, … ns ge cet à de 09e 158. CR ER TE ae à dos en RIRE avt 161. CR 166. 本 172, TOR RE PE QT RS RES et ne 189. Cotes Ras ere ae SET TRS 195: Po Te ORNE EL SET ut LES LATE a 201 Chemins, Corps-de-garde, Auberges, Kong-kouan, TOME Ill. E e 434 TABLE PAS LOEd ae sv mare ue dise sl AG | GES - FA SE D ES TER 225. Imprimerie... ses sssssssserese 228 ETS Lu nie ie M NT EU Re EG DA. Papier. s.sssesssesesessssmesensese 231. PRCeAMN à de El ohets rate alu ee 4e slape el aeie core V2 Re. Lie Jette Ne de QUE LR SU A. TR A, à ES UNS UE. Morleine sais es van le eue ve A Be netsent" 2 1 AURO Marne AIR LE CE JR di CR le NU E. Pie A du eh he ouest ns RCE ET ARE, Tong-tchou........ ss... 248, Gone tlastiquEne mens es jee dors vo ee de ae 0 2GOe Machines pour l'arrosement des terres... AT. Manière de faire éclore les œufs de canes. . . . 255. neo de RES ee ue See tt ST à PMU lemene, LUS SE ete dre NUS MS D NES VISTA - 人 CC. 人 | Exposition des enfans.... 4.444 sis ste 286. 0 TROT DR SR EUR EDS TT EE ÆEsclahes.:s. SUR S" en de 0 学 人 0 3 的 310. Mines nes RARE +. Pagesa rs, PME ere L'art se RTE 21. Céder it ii se 815 Ra pé ds Dar Ibid Médecine, Maladies. ....... 0 Sectes de Lao-kiun-et de Fo: su 4.5 424200 329. Séête de Confucius à 41 54 is Lama ts PS 2 NOT OT NE RAR R MAUR RTE TES LES 334 Christianisme. .... ER EPS ESS CHAUD Ibid Persécutions ; Missionnaires seU/tilité des mis- SIONS esse CORRE EEE RER ESS 335: Malométans.:s...".. nets, RES 342. en 8 ie se or NC eg late te EIENE 348. LO 356 0 360 D ST ET À EN A UMR DEAD 366 Fes eve os RER NU NL CERTES Mit 370. Caractères ; Écriture... sn eee: 378. ONE OMR VII ES Le A NN a 391. CFEMMRAITÉE nn à ee DT 396 F7 1) 7 BEEN EEE EREEEREE RE RER ER QUES EU 406 Énides pEmamenss ss x à 00e 8 SEE ls 4o8, 2 AT 人 大友 6 31 CEE AGO RES AS 1. 7 ASE Afandarins civils ns sr PRIE LENS MAS 460. brins nue à de à à Rs NN 463. Mandarins militaires. , ME EEE à 464. 436 TABLE Costume de l'empereur. .........,... Page 465. 人 CE HE” VOLUME. ARMES Chinoises ss 220 de dE ei 4 四 0 2 2 7 RÉ ue mt à ni NE PS a à 00 Dépenses... sssessssssessss ses 100. Pélioe des nbles sers el Ms bte Pre Min TO Fe ion ira re Ou RU RO Prisons Lies sas et ae aie re NM re TAF Débiieurs.s. usine. arte GES Pond sn ete te 2 EPS RS PI ETS SI FC PE LT CN TS 0 Réflexions sur une carte de la Chine du temps 人 是 Ambassade Hollandoise...….... née 7004 COR EN NE NAN EN 全 Entrée et établissement des Européens à la Chine. 173. Portugais ; Établissement de Macao... PAT. lien de Macao s à Nate SRE Haléndois 4 Te EE 8 Nes. ABOËS ete de mes uses de ce en po RE FAREOIS. à va 0 0 0 digues n de 4008 ae uote 194. DES 'ARTIGLES: F7. LI OI ES EDS ET Te ME Page DAT, Ti OR NN , CAR (PTT A OR PAR PU OR AN OUR UD TO RE ET PR RE A à os Mer CARTES ee Re Et: Ai Commerce des étrangers à Quanton.... Compagnie Hollandoise. ........... Compagnie Angloise.............. Compagnie Françoise. ............ Compagnies Danoise et Suédoise... ... Compagnie Prussienne. ............ Compagnie, Espagnolesss és secs Commerce Américain... ........ Commerce exclusif et particulier. . .... Avantage Macdmmerces LL Sous ete re . . Commerce des compagnies et des particuliers . Utilité du commerce de l'Inde et de la Chine. Æsportation de l'argent cs sages à'as PORN Ce RAT PL AS TARN Réduction de l'arvent de France en monnoie 生生 的 二 本 本 本 生生 AN Qt . Réduction des taëls en argent. . ...... Réduction des piastres en taëls..,.... Réduction des taëls en piastres. ...... 0 二 Réduction des livres poids de France en pics. Réduction des pics en poids de France... ... E e 3 - 437 196. 197. 198. 199. Ibid. 200. Ibid. 20%. 207. TER 215. alé. Ibid. Ibid. 217. Ibid. 219. 223. 22. 229. 234. Ibid. Ibid. sr. Ibid. 236. ET 433 TABLE DES ARTICLES. MOMENT ET Re Me NT a Tete PES Manière de commercer à la Chine... ...:... Marchandises d'exportation, ...,......... Marchandises d'importation. .4.......... Mesurage des vaisseaux ........... Direction pour monter à Wampou.......... Chemin de Macao à Quanton, par l'intérieur. . Détail d'une affaire survenue entre les Européens et les Chinois , en 17 84, à l'occasion de deux hommes tués à Wampou par un coup de canon... Commerce particulier des Chinois. ......... Agriculture ; Température ; Sol ; Culture; En- grais ; Semences ; Produit et Mesure des terres ; Récolte ; Nourriture des hommes ; Force et Pesanteur des individus... ....... Remarques sur quelques productions de la Chine. Typhons ou Ouragans. . Ji. SIT 0 72 NA DE UT PONS ee RUE Variation de l'aiguille aimantée........... OBSERVATIONS sur les iles Philippines et sorte de Trans es PETER RAA Voyage a l'ile de France et a Manille. ...... Observations sur les îles Philippines. ....... Départ de Manille et retour a l'ile de France... Observations sur l’île de France. .......... RETOUR 全 和 FIN DE LA TABLE DES ARTICLES. 439 TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. Nora, Les mots Chinois qui ne sont pas expliqués dans fe courant de Fouvrage , le sont dans cette table, A 4 c4PUIC0O (Commerce d’), TomeIII, page 406. Acier, Il, 168 ; IT, 264. Adoption, NW, 291. Affüt de canon, WI, 36. Agate, 1, 4or. Agriculture, I, 307. Aguilar (M.), gouverneur de Manille, Ill, 393» 399; 4ot. | Aiguille aimantée (Variation de T'), ÏI, 362. Ailerons de requins, IX, 264. Aire pour battre les grains, III, 340. Ars Chinois, WU, 315, 317. Alimens, I, 275. Alun, I, 251. Ambassade Angloise, UT, 155$ et suiv. Ambassade Hollandoise, 1, 260 ; II, 164. Ambassades, WI, 155, 167. Ambassadeur Hollandois, Comment reçu, 1, 375 et Ee4 440 TABLE ALPHABÉTIQUE suiv. —J] veut se plaindre, 389. — Comment reçu à Hang-tcheou-fou, IT, 67, 79. Ambassadeurs, 一 Js sortent à Peking, 1, 434. Ambil (Me d’), II, 382. Ambre gris, II, 264; — jaune, 26. Américains, Hs vont à la Chine, III, 200. Ancétres , II, 305. Ancres des navires Chinois, HT, 192. Anglois, Hs paroissent à la Chine , IT, 192, 193. Anis étoilé, II, 251 Année, 1, 6,226; II, 427.et suiv. Appartemens de Pekino, T, 370, 380. Arbre à suif, Y, 275 ; —du vernis, II, 246. Arc des soldats, I, 21. Architecture, \, 172. Arcs de triomphe, 1, 299, 357, 36411, 35, 56, 6€, 66, 183, 184. Areûÿ TT, 265. Argent, Son exportation, IT, 225. — Trop abondant, 227. — Ïf n’est pas monnoyé à la Chine, 231. 一 Titre de l'argent, 231. Armée Chinoise, Frais qu'elle exige, HT , Armes des soldats, WI, I8; 一 afeu, fie 32 Arpent Chinois, WT, 325. Arrivée à Peking, X, 357; — à Quanton, IT, 14r. Arrosement des terres, 1, 264,288; 11, 251; INT, 335. Airlillente, TT 3T5:45: Assa fatida, I, 266. Assassins, Comment is sont punis, IT, 28. Astronomie, Il, 414 et suiv. DES MATIÈRES. 4Ât Aveuple, maître de ia musique, [, 168. Avidité des Chinois, I, 157. Avocat, 1 ny en a pas à la Chine, IH ,III, Avoine. Les Chinois l'arrachent, Il, 109 ; II, 346. Auberges, I, 219. Ayur, LT, 266. B Babuyanes (He de), I, 383. Baie de Manille, 1, 368, 394. Bains à Manille, WA, 391. Balance Chinoise, I, 231, 235. Bambou, 1, 289 ; II, 354. Banc de Saint-Nicolas, WI, 368, 395: 一 de Boulinao et de Massinlou, 419. Bancassal, IX, 2309. Bannières T'artares, WI, 0. Bannissement, NI, 1 DE Banqueroutes, comment payées, I, 204. Barbares, Ts occupoient une partie de la Chine, I, 18, 20, 41,90, 122, 128, 146, 148, 1525 159.102 165 ; 67, ue. voa DIE, Guéret suiv. Barbiers, 11, 170. Baromètre, Ses variations à la Chine, III, 310. Barques impériales, W, 41 ; I, 95. Basilan (He de), IT, 377. d Bassin de cuivre, ou Lo, instrument de musique, I, YT9. Bastonnade , II, 127; II, 115. Batanes (Me de), III, 383. 442. TABLE ALPHABÉTIQUE Bateaux, 1, 308 ; II, 43, 72, 95 : 201,207, 208, 210, 211; —desiproviides, 32, 34, 77, 154, 212,287; 一 de Manille, III, 4ot. Bätonnets dont les Chinois se servent pour manger, I], 274. Benjoin, NX, 266. Bestiaux, II, 324, 326, 338. Beurre des Chinois, 1, 378. Bezoard de vache, WX, 267. Bibliothèques, W, 229. Bisayas, peuple des îles Philippines, IT, 373. Bitche de mer, NX, 267. Bohol (He de), II, 378. Boisseau, Son poids, II, 342. Boisson, I, 278. Bonnets, 11, 266 , 466; — de l'empereur, 466 ; — des princes, 468; —des Mandarins, 470; — des let- trés , 474. Bones, 1, 267; 11, 74,79, 366, 369, 453. Bonzesses, Il, 368. Dora; AT; 2%; Bottes, 11, 267. Bouclier des soldats, II, 20. Boussole, X, 202, 207. Boutiques de Pekiny, X, 367. Bouton du bonnet de l'empereur, W, 466 ; — des princes, 468 ; — des mandarins, 470; — des lettrés, 474 Brouettes, 1, 299, 336; II, 50. DES MATIÈRES. 443 C Cachet, Il, 230. Calamianes (Me de), IT, 380. Calendrier, W, 418, Calin, NI, 267. Camelot, TX, 271. Camphre, II, 253 ; — de Bornéo, 267. Canal impérial, W, 13, 33, 198. Canaux, I, 195. Cangue, supplice, 1, 264 ; IT, tré. Canne a sucre, TE, 353. Cannelle, TT, 252. Canonnier Manillois étranglé, HT, 295, 296. Canons, W, 9; HT, 37 et suiv. Capitale, Son ancienne étendue, I, 178. Capitation, WI, 88, 93. Capoul (le de), IF, 38r. Caractère des Æhinois , 1, 386; I, 161; — des Tar- tares, 166. Caractères de la langue, W, 378 ét suiv. Caragos , peuple des îles Philippines, IT, 376. Carquois des soldats, WE, 21. Carrières de pierres, 1, 269 ; I, 135. Carrosse donné par les Anglois, 1, 406. Carte de la Chine ancienne, HT, 136. Cartes a jouer, I, 310. Casque des soldats, WE, 19. Cathea ou Cathay, WI, 152. Cati, livre Chinoise, IT, 236. 《4 TABLE ALPHABÉTIQUE Conalerte, HNTO; T2, 14, TOI Cavite (Port de), IT, 368, 393. Cécité des Chinois, I, 327. Ceinture, marque de distinction, IT, 467 et suiv. Cendres, Elles servent d'engrais, IT, 43. Censeurs publics, \, 448. Cercueils, Déposés sur la terre, IT, $4, 59. — Donnés en présent aux parens, 299. Cérémonial, W, 257 , 261. Cha-kiang-hien (Ville de), I, 294. Chaleur a Quanton et a Macao, WT, 309. Champs, Vs sont traversés par les voyageurs, I, 353. Chandelle, WT, 350. Chang, dynastie, I, 60; III, 145. Chang-ty, être-suprême, IT, 350. Chang-yu, édit, II, 441. Chan-sy. Son produit, IT, 300. Chan-tong. Son produit, IT, 299. —Sonsol, 317, 318. Chanvre, I, 344. Chao-kang, empereur, I, 53. Chao-kang-tse, philosophe , IT, 345. Chao-tcheou-fou (Ville de), 1, 271 ; IT, 133, Chapeau. Les femmes en font usage, I, 275. Chapelles, W, 362. | Chappe, passe-port, IT, 242; — dénomination d'un certain nombre de caisses de thés, 251. Chargement des navires, NX, 240. Charges anciennes, 1, 125. Charlatans, W, 356. Charrettes, 1, 335, 337; 351, 408. / DES MATIÈRES. 445 harrue, II, 328, 344. haussure des Chinoises, I, 271. he, instrument de musique, II, 320. he-kao, matière qui entre dans la porcelaine, IT, 242. he-kia, sectaire, T1, 149. he-men-hien (Ville de), IT, 62. hemins, 1) 321, 187: 220, 343.,.394a 47, AS, 02, 11252193 ebordés d'arbres; TL, 2264540) 213 — pavés, 356, 404. — Chemin de Macao à Quanton par la rivière, III, 286. heng, instrument de musique, IT, 317. ‘hen-sy, Son produit, III, 300. ‘heou-pey, officier de troupes, IT, 465. ’he-pey, arc de triomphe, II, 465. “heyaux. Ts sont rares, IT, 96 ; IT, 11, 12, 13. — Hs sont à l'État, II, 223; III, 13. —Ils sontchers, 0. 一 Js ne sont pas beaux, 13. — Comment ils sont nourris , 343. Chevaux de Peking, 1, 408 ; —des soldats, IT, 126. Chin ou Kouey-chin, génies, IT, 350. Chine, divisée en fou, [, 22, 180; — en provinces, 17, 24. 一 Ne suffit pas à la nourriture de ses habi- tans, IT, 50. Chin-nong, empereur, IT, 136. Chinois (Les) changeoïent autrefois de demeures, 1, 73; IT , 141 ; — descendent de voiture à l'approche des grands , [, 364; 一 se dévorent entre eux, 221, 232,235, 24411, 164 ; II, 6s ; — s'humilient en parlant, Il, 163, 164 ; 一 mangent de tout, 276; 446 TABLE ALPHABÉTIQUE — ne cultivent que pour leurs besoins , IT, 65 ; — reçoivent des coups de bambou pour les autres, 114; — étoient inconnus aux premiers peuples de l'antiquité, 151, — Leurs liaisons avec les autres peuples, 152.— Peuvent-ils se passer du commerce des Européens, 301 et suiv. — Pesanteur et mesures de leurs corps, 348, 一 Chinois établis à Manille, 372, 400, 401. Chirouttes excessivement grosses, I, 400. Chouy, marque de distinction, I, 13. Chouy-ko-tse, mandarin, Il, 462. Chouy-ta-tche, mandarin, Il, 462. Chrétiens, W, 334. Chun, empereur, 1,7, 10, 13, 20, 26. Chur-tien-fou où Peking, WI, 37. Chy-hoang-ty, empereur, E, 219; IT, 146. Ciel chez les Chinois, W, 421 et suiv. Cire, 1,267. Circonstance où j'ai été appelé seul au palais , Y, 390. Citoyens, Comment ils sont classés, I], Clefs pour Ie classement des caracteres, IF, 387, 39r. Cloche, 1,430: If,9, 319. Clous de girofle, NX, 267. Cobe ou pied Chinois, NII, 237. Cochenille, IT, 268. Cochons, diffèrent de ceux de Quanton, |, 31 ÿ, 319. Code de lois, WI, 110. Coiffure et toilette des femmes, , 269. Colao, ministre d'état, H, 445. Collège, X, 408. DES MATIÈRES. 447 Collier de l'empereur, II 467 ; — des princes, 468 ; 一 des mandarins, 460. Colline sur laquelle le dernier empereur Chinois est mort, I, 366. Colonies. Réflexions sur les colonies, III, 425. Colonne Chinoise, X, 173. Comédies, H, 57. Comédiens, WU, 142, 322, 454. Commerce, W se fait par eau à la Chine, IT, 191. 一 Commerce particulier des Chinois, 297.— Celui des Furopéens est-il nécessaire aux Chinois? 301. 一 Son origine, IT, 168 ; 一 Commerce des étrangers à la Chine, 200. — Réglemens sur le commerce, 201. — Commerce des Hollandois, 205 ; 一 des Anglois, 207 ; 一 des François, 212 ; 一 des Danois et des Suédois, 215$ ; — des Prussiens, 216; — des Es- pagnols , fhid, ; — des Américains, 1bid, ; — d'Inde en Inde, 209. — Avantage du commerce, 217. 一 Commerce exclusif et particulier, 4h44, — Commerce des compagnies et des particuliers, 219. — Utilité du commerce de l'Inde et de la Chine, 223.— Com- merce général, 226. — Manière de commercer, 238, 241, 242. —Commerce de Manille, 406; — d'Acapulco, ibid, ; — des étrangers à Manille, 410, 411, 412,413. — Celui qu'on y peut faire, 416. Compagnie de soldats, IX, 22. Compagnie Hollandoise, WA, 191, 205 ; — Angloise, 192,207;— Françoise, 195 ; — Danoise, I06 ;一 Suédoise, 197; — d'Ostende, 198; — Prussienne, 199 ; — Espagnole, ibid. 448 TABLE ALPHABÉTIQUE Comprador, WI, 200, 238. Comptes, Comment les Chinois Les font, IT, 407. Concubines, I, 283. Condorins, poids, IT, 231,232,236;—monnoie, 233. Conduite des Chinois, V, 259. 一 Celle qu'il faut tenir avéc'eux 72705203: 6 Confucius, 1, 180,182, 202, 208. — Sa doctrine, IT, 323. — Ses idées sur le gouvernement, 446. Cong-hang , société de marchands de Quanton, IT, 201. Conseil de l’empereur, 1, 446. Constellations, HW, 421, 422. Contes ridicules des Chinois, I, 62. Contrats, conventions avec les marchands, IT, 242. Cogs (Combats de), TIT, 400. | Corail, II, 268. Corbeaux, I, 16. Cordes d'instrumens, TL, 320. Cordes faites de bambou, W, 113. Corée et Coréens , 1, 119$, 410, 411; II, 63. Cormorans. X, 271, 289, 293. Cornes de rhinocéros, NI, 268. Corps-de-garde. \,'343, 354, 374: IT, 12,27, 137, 217 ; III, 9 Corps morts, I, 114. Cortége de l'empereur, 1,375, 398; —des mandarins, IT, 458 ; II, 46. Çostume des femmes du Kiang-nan, W, 50, $s4; —de l'empereur, 465 ; —des mandarins. 470; — des let- trés, 474. Côtes _ DES MATIÈRES. 449 Cotes de la Chine, I, 148. Coton , IX, 209 ;— de Surate, 269, 305; —herbacé, 352: Couleurs pour la porcelaine, W, 243, 245. Coulis, W, 129. Coupons de draps, WA, 269. Courans dans le détroit de la Sonde, IX, 367. Courriers, I, 223. Coutume de brüler des habits de papier, W, 304. Crépi pour les murs, Il, 175. Cruauté des Chinois, 1, 221, 232, 235, 2443; I, 11; 163, 164; II, 65. Cuirasse des soldats, WA, 10. Cuisine des Chinois, W, 278. Cuivre. L’exportation en est défendue, UT, 203. 一 Monnoie, 231, — du Japon, 2609. Cultes, 1, 348, 351. Culture des terres, I, 320, 341. Curcuma, III, 264. Curiosité des Chinois, I, 154: Cuyo (He de), IT, 380. Cycles A 1798 IT, 430. Cylindres pour fouler les grains, 1, 348, Il, 17, D Damier, jeu des Chinois, Ï, 313. Danse, I, 321. Danseurs de corde, 1, 414. Dapitans, peuple, If, 376. TOME III. FF 450 TABLE ALPHABÉTIQUE Débiteurs, I, 123 ; HI, 126. Déchärgement des navires, fil, 240. Déesse se La reproduction , IT, 364. Défense de boirè du vin, Ï, 105 ;一 de sortir lc soir sans lumière, III, 104. Déification, M, 74. Déluge, 1,9, 16,12, 31. Denier Chinois, monnoie, IIF, 230. Dénombreient, Ÿ, 170 ; If, 70. Départ de Quanton, 1, 261 ; —de Brest, IT 147; —de - Mañillé, et Rétour à l'ile de France, HI, 419. Dépenses de l'État, II, 100; —de séjour à Quanton , AT. Détail d'une affaire survenue entre les Européens et les, Chinois, NI, 292. EF Détroit de San- Béèrnardino, I, 382 ; 一 de Juanillo, ibid, Deuil des Chinois, 1, 297, 302. Dictionnaire Chinois, W, 389, 390. Dieux, IL; 73. R Digues, I, 28, 196. Diné à la chinoise, 1, 368. Direction pour aller à Wampou, M1, 277. Disette, Conduite des mandarins, IT , 44r. Divorce, H, 281. , Domaines de l'empereur, IH, 95. Douanes et Douaniers, 1, 152, 155, 227 ; HI, 05. Drigon, HN, 355, 465. Droits sur le commerce des étrangers, II; 91, 201. Dromadaires, 1, 355, 362, 392. \ DES MATIÈRES. 45t 下 Eau-de-vie, I, 278. Ébène, II, 269. Étcaille de tortue, WI, 269. Echecs, jeu en usage chez les Chinois, II, 311. Étclipses, [, 50, 52. — Idée que les Chinois attachent aux éclipses, 418, 421 ; Il, 354. Écluses ,Ü, 33, 35. Écoles, II, 408. Écritoire des Chinois, , 235. Ætcriture, NH, 233, 37 78,383, 384. Édifices Européens a Yuen-ming-yuen, 1, 407. Edit en faveur des Hollandois, N, 143 ; — en faveur du peuple, 447. Église des Portugais à Peking, I, 3. Élémens’, 1180, Éléphans, 1, 402. Éleuths, I, 61. Embonpoint, ( 工 ) est estimé des Chinois, I, 3973 I, DRE + | Empereur (L') dans ses jardins, 1, 379, 412 ; —ïaboure une portion de terre, 168; — est porté par plu- sieurs coulis, 398, 309, 401; Il, 476 ; — déifié de son vivant, 74 ; —a le droit de sacrifier au ciel, 352 — est maître absolu, 431; 一 me perçoit sur jes revenus que ce qu'il lui faut, III, 94; — a des do- maines dont le produit sert à son entretien, 95 Empire Chinois, Sa situation à différentes époques, I tard, 76 os Tat, 124, 128, 137; 13%5 033); Ff2 452 TABLE ALPHABÉTIQUE 146, 147, 159, 161, 162, 16$, 172, ton, 27 177,180 ; IT, 136 et suiv., 145. Enceinte des villes, , AS, 58; I, 26. Enceintes du palais, TI, 364; 1, 2; IT, 47 et suiv. Encre de la Chine, W, 234; —est bonne pour l'hémor- ragie, 236. Encre d'imprimerie, W, 229. Enfans. On veille à leur conservation, IT, 31, 288, 289; — voués aux génies, 359 3 — trouvés , 287. 一 JIE ne font pas le métier de leurs pères, 454. Engrais, \, 282; I 38e Enterremens, H, 301 et suiv. Entrée des Européens à la Chine, MT, 173. Épis. Leur longueur, IT, 337. Épouses, La première est choisie parles parens, IT, 280. Esclavage, W, 292. Esquine, NI, 254. Estimation des terres, WT, 90. Estrade, espèce de lit en usage dans les provinces da Nord, I, 350. Esturgeon, 1, 370. Établissement de Macao, HT, 177. Étamine, I, 2773 État des citoyens constaté a la Chine, 工 170, État des provinces de la Chine, WI, 57. État militaire, M, 463. Étendarts, IL, 22. Étoffes de soie, I, 225. Étoiles, Il, 421. Etrangers, Js ne peuvent rester qu'un certain temps à DES MATIÈRES. 453 Peking, T, 417. — Is doivent sortir de fa Chine, IT, 145. 一 Js quittent Macao à l'arrivée des navires d'Europe, 152.— Hsne sont pas reçus à la Chine, 451. Études, W, 408. Eulchy-hoang-ty, empereur, T1, 221. > Eunuques, Lames iliao4, 296. Européens obligés de rester a Macao, WI, 202. 一 Mo- nopoleurs chassés, 203. Examens, W, 408 et suiv. Excrèmens humains, WA, 322. Exercice des soldats, WI, 17. Exportation de l'argent, WI, 225 ; 一 de marchandises ; 243; 一 Manille, 411, Exposition des enfans, W, 285, 287. F Fa, empereur, I,,57. Façons, labour, HT, 327. Fang-yu, officier de troupes, IF, 464. Fard à l'usage des femmes, W, 161. Fardeaux. Comment on les porte, I, 28r. Farine, Combien les grains en rendent, IF, 343. Faucheurs Chinois, \, 102. Femmes de l'empereur, W, 284 ; IT, 44. Femmes T'artares, 1, 4oï ; —Chinoises, IT, 151,155, 160. Femmes (Les) sortent librement à Peking ,TI 404, 425; — mettent du fard, Il, 37, 46 ; — cherchent à avoir des enfans, 130; 一 ne montent pas sur la scène, 223 ;— Veillent à leurs enfans, 280. FE 454 TABLE ALPHABÉTIQUE Femmes étrangères (Les) ne peuvent venir à la Chine, III, 202. Fen, poids, III, 231, 232; monnoic, 233;— me ste, 237. Fenêtres (Lés) sont garnies de papier ou de coquilles, 1,198. Fermage, WI, 341. Fers, Manière de ferrer, IH, 19. Festins, Il, 273 et suiv. Fêtes, II, 370 ; — des lanternes, 371 ; — pour l'agricul- ture, 373; —sur l'eau, 374; —pour fes morts, 3754 Fêtes données devant l'empereur, Y, 420. Feux d'artifice, X, 41$, 420. Fey-chin-hien, ville, 1, 356; IF, 4r. Figure des Chinois, IF, 158. Fil d'or, II, 269. Filles (Les) gardent le célibat, F, 315 ; ET, 279. 一 ne reçoivent pas de dot, 280 ; — sont exdues du trône, 283 ; — sont vendues pour devenir des éourtisanes , 292. Filles publiques, I, 100. Fils de l'empereur, , 467. Fils des mandarins (Les) n’héritent pas des titres de teurs. Peres EE, As; Fléau, WI, 340. Fleches des soldats, NI, 21. Flite, instrument, IT, 358. Fo, dieu, II, 365. Fo-chan, bourg, IT, 130. Fo-cheou, cédra , IE, 357. DES MATIÈRES. 455 Fo-hy, empereur, HI, 136, : Fo-kien, Produit de cette province, AE 299. Foin , Hl;/338. Fondation de l'empire, NT, éd, 150. Fong-chouy, influence bonne ou mauvaise, IT, 326, 357. Fong-tching-hien, ville, Y, 295 ; ; Il, 107. Fermose, Les Hôltardois s'y établissent, IT, 191. Forteresses, WI, Fortification , Ir. ACT Fou-hiang-hien, ville, 1, 349; II, 11. Fou-tsiang , mandarin de guerre, IT, 464. Fou-yuen, gouverneur de province, IF, 460. Fours a chaux, W, 104,108; — pour la porcelaine, 244. Fours pour faire des signaux, 1, 274. Froid a Quanton et a Macao, I, 309. Fruits de la Chine, UX, 355. Fuegos (He de), HT, 379. Fumier. 'W est rare à la Chine, J, 345. Funérailles, I, 297, 304. Fusil des soldats, WA, 20. Fy-tse, fondateur des Tsin, I, 159. G Galanga, racine, IT, 254. Galion, Sa charge, IT, 406. — Sa route, 408. Garçons. Les Chinois en entretiennent, IL, 284. Gazette, Il, 433. Gelée. Fe est forte à Peking, I, 395. Génies, 1[, 348, 354 et suiv. Ge-tan, temple, IT, 353. Ff4 id 456 TABLE ALPHABÉTIQUE Ginseng de Tartarie, WI, 254 ; — du Canada, 270, Glaces, TE, 179, 270. Goey-lie-vang , empereur, I, 211. Goîtres, I], 20, 21, 22: Gomme élastique, W, 250. Gouvernement Chinois, H, 338,431,439, 444; TT, 66. Gouvernement de Manille, NT, 405. Grains. Comment on ies sépare d’avec la païlle, I, 348. — Quels sont ceux qu'on sème, III, 326. —Com- ment on les mesure, 342. — Comment on les pré- pare, bid, Grammaire, \}, 220. Graveurs, IT, 229. Guittare , II, 320. H Habillement des Portugaises 4 Macao, IT, 150. Habitans de Manille, WI, 396, 390. Habitans (Les) ne vivent pas à la Chine près des fleuves, II, 85. Habitations anciennes, 1, 88. — Les habitations sont éparses dans jes champs, 262; — elles ne sont pas le long des fleuves, IF, 136; — des Chinois, III, $1, 52, Habits, I, 265 ; — des femmes, 267;—de l’empereur, 466 ; — des princes, 468 ; — des mandarins, 470 ; — deslettrés, 474 ; —des soldats, IT, 23,111, 18,19. Habits de papier, On en brüle en sacrifice, II, 304. Hang-tcheou-fou, ville, I, 65 , 67. Hannistes, marchands de Quanton, I, 257; IT, 200, 204. | DES MATIÈRES. 457 Haras, 1, 11 27 Hauteur d'un Chinois, W, 348. Haynan, Produit de cetteile, IH, 300. Hay-tao, mandarin, Il, 461. Heou, dignité , I, 107. Heou, prince du second ordre, I, 469. Heou-fou, classe de mandarins, If, 463. Heou-han, dynastie, IE, 149. Heou-leang, dynastie, HT, 1054, Heou-tang, dynastie, IT, 1414. Heou-tcheou, dynastie, IT, 4614. Heou-tsin, dynastie, IT, ibid. Heou-tsy, intendant de l'agriculture, 1, 25 ; —dieu des laboureurs, ibid, Horse, Mer: Heure du port a Macao, WI, 360. Heures M "AZ. Hia, dynastie, I, 40; IN, 145. Hia-kiang-hien, ville, A1, 110. Hiang-tan, patois, Il, 391. Hiao-ky-kiao, officier de troupes, I, 464. Hiao-vang, empereur, 1, 159 ; 186. Hien-vang, empereur, 1,213. Hing-chou, écriture, H, 386. Hing-pou, cour suprême à Péking, IT, 447. Hio-tao, mandarin pour les examens , II, 410. Hio-tcheng, inspecteur des écoles, FH, 463. Hio-yuen, mandarin chargé des examens, 11, 467. Hion-hien, ville,1,352;1], 7 Hiong-kiu, chef de barbares, Ÿ, 161 458 TABLE ALPHABÉTIQUE Hiong-ye, chef de barbares, I : TAG. Ho, ancien astronome , I, 4, 6, 51. Hoa, montagne du Chen-sy. Hoa-che , sorte de pierre, II, 242. Hoang-heou, impératrice, III, 44. Hoang-ho, fleuve, I, 33451, 31,195. Hoano-mey-hien, villes Li: Sur Hoang-py, fruit, IT, 356. Hoang-tay-tse, premier fils de l'empereur, IT, 467. Hoang-tching, enceinte du palais, III, "12 Hoano-tien , Etre-suprême 证 350: Hoano:tse, fils de l'empereur, IT, 467. Hoang-ty, empereur, IT, 136. Hoay, empereur, I, ÿ4 Hoay-tsong, empereur, I, 366. Ho-chang, bonzes de Fo » 1:5332, 367 Hoey-ty, empereur, I, 223. Hocy-vang, empereur, I, 193. Hoey-y, classe de caractères, IT, 379. Ho-kien-fou, ville , 1, 350: 11, 9. Hollandois. Leur logement à Peking I, 367. —Hs viennent à fa Chine, IIE, 178, — Ils attaquent Macao, 190. Honmicide, 1 est puni de mort, même étant involon- taire, TI xx 8 M; Hommes réputés infames, H,45s. Honan, Produit de cette province, IT, 290. Hong-fou, officier qui détermine les limites des terres, 1, "106. Hong-fou, chapitre du Chouking, 1, 109. DES MATIÈRES. 459 Ho-pao, machines de guerre, III, 32 et suiv. Ho-pou, cour suprême de Peking, II, 446. Hopou, mandarin, IT, 461 ; II, 230. Ho-tan-kia, empereur, I, PI. Ho-tao, mandarin, II, 461. Ho-tchong-tang, ministre de Kienong, I, 382. Hôtes, princes vassaux, I, 140. Hou-kouang. Produits de cette province, III, 299; 一 son sol, 317. Hou-pen, officier chargé des armes de l'empereur sous la dynastie des Hia, I, 126. Huile de bois, I, 248. Huôu-vang , empereur, I, r9r. Hy, ancien astronome, I, 4, 6, 51. Hy-vang, empereur, I, 193. I Tbabao, ife , TITI, 382. Ile de France, WI, 365 ; —de Noël, 364;—d'Engano, 367. — Description de File de France, HI, 420 一 Son importance , 425. Ile verte à Macao, W, 140. Imaras, le, TT, 370. Immortalité de l'ame, IE, 330. TImpératrice, WI, 44. Importation (Marchandises d’}, II, 264 ; —à Manille, Aït. Impôt, UT, 00. Imprimerie, W, 228. Fmpudeur des Chinois, W, 20. 460 TABLE ALPHABÉTIQUE Incendie des livres, Y, 220 ; II, 146. Incendies, WT, 104. Indiens de Manille, IX, 399. Industrie des Chinois, W , 166. Tnfanterie, WI, 8, 14. Infanticide, W, 285. Inondation, Conduite de l'empereur et des grands dans ! cette occasion , II, 443. Inscriptions Arabes, WI, 6, 68. Inspecteurs généraux, W, 448. Inspecteurs secrets, W, 433. Installation des anciens rois, 1, 138. TInstrumens de musique, 1, 317. Intérêt de l'argent, WA, 123. Tvoire, UT, 270. Jyresse, Elle est rare chez les Chinois, Il, 165. | Japon. Les Hollandois sy établissent, II, 191. — Les Anglois s’y établissent, le quittent, et cherchent à y rentrer, 192. » Jardins, 1, 377: 11, 38,72, 180, 406, 409. Jaune-clair, couleur de Fempereur, Il, 465, 476. Jetées, 1] 36. JL, 310! Jones) 5352399951 Jeux exécutés devant l'empereur, 1, 38, 413. Jin-gin, ministre d'état et de la religion, I, 125. J'in-kieou-hin, ville, 1, 352; Il, 8. Jin-te-hien, ville, T, 269; Il, 134. DES MATIÈRES. 461 Jonques, TI, 202 et suiv. Jours. Comment on les compte, II, 429. Juifs; TI, 334. Justice, 1, 159$; 157 ; II; rro et suiv. K Kalkas, T'artares, III, ét. Kan-tcheou-fou, ville , I, 291 ; IT, 120. Kang-hy, empereur, HT, 11. Kang-vang, empereur, 1, 139, 144, 186. Kao, empereur , I, 56. Kao-heou , impératrice, I, 224. Kao-lin, matière qui entre dans Îa porcelaine, If, 24f. Kao-tang-tcheou, ville, 1, 346. Kao-ty, empereur, I, 222. Kao-vang, empereur, I, 210. K'ay-chong-hien, ville, I, 294. Keng-ting, empereur, [,8r. Kiang, fleuve, 1, 308; II, 43, 45, 197. Kiang-sy. Produits de cette province, IIT, 298. —Sol, 3 16:32 32% Kiang-nan, Produits de cette province, IT, 298.—Sol, 317, 318: Kia-tsie , classe de caractères, II, 38. Kiay-chou, sorte de caractères, IT, 385. Kiay-yn, classe de caractères, IT, 380. Kie, empereur, I, 57. Kien, ciel, 1,366; Kien-long, empereur, 1, 376. Kien-seng, lettré, Il, 4rr. 46i TABLE ALPHABÉTIQUE Kien-tchang-hien, ville, 1, 300. Kien-vang, empereur, J, 199. Kieou-kiang-fou, ville, 1, 305. Kieou-ly, barbares, I, #5. Kieou-tcheou-fou , ville, IT, 89. Kin, ancêtres des Mantchoux, III, 34, 149, 156. Kin, instrument de musique, IT, 320. Kin-chan-sse, Île, H, 44. Kin-tcheou, ville, 1, 346,348 ; If, 12. King, anciens livres des Chinois, I, 319, 391. King, mesure, III, 325. King-ty, empereur, I, 228. King-vang, empéreur , Ï, 196, 203, 205. Kiong, empereur, I, 55. Kiu-gin, lettré, I, 4rr. Kiun-vang, princes du second rang, If, 468: Ko, Son sentiment sur la Chine, II , 139. Koey-tcheou, Produits de cetté province, IH, 307. Kong, ancien titre, 1, 107; — ministres, 129. Kong-kia , empereur, 1, 55. Kong-kouan , hôtellerie du gouvernement, F, 285. Kong-pou , cour suprême de Peking , II, 447. Kong-tching, enceinte du palais, Hire Kong-vang, empereur, 1, 158, 186. Ko-tao, mandarin, Il, 448. Ko-teou, sorte de caractères, II, 384. Kou , ancien officier chargé d’instruire les peuples, I, 129. *Kouan-hoa, langue mandarine, H, 301 et suiv. Kou-chan, officier militaire, II, 464. DES MATIÈRES. 46; Koue-kong, princes du cinquième rang, IT, 469. Kouen-lun, montagnes de la Bactriane, E, 152. Kouey-chin, génies, 1, 56; Il, 350. Kouey-ky-hien ile, IF, 100. Kou-ouen, style, IF; 391 et suiv. Kou-ta-tche, mandarin, II, 462. Kuang-fin-fou, ville, Il, 98. Kueng-vang, empereur, F, 4 97: Kuey , empereur, I, 57. Kuey, distinction des anciens mandarins, I, 344. Ky, montagne du Chan-sy. Ky, ancêtre des Tcheou, I, 25. Ky-chouy-hien, ville, IT, 110. Ky-fou, ministre qui punit les désobéissances aux ordres du prince, I, 106. Ky-lin , animal fabuleux , I, 7. Ky-ngan-fou, ville, I, 294; I, z11. L Labourage, cérémonie, II, 46. Laboureurs, W, 453. Labours, WI, 327, 341. Lainages, INK, 470. Lait, On en vend à Peking, I, 368. Lan-ky-hien, ville, IT, 86. Landes, V; 547: Lanternes, NI, 177. Lao-kiun, où Lao-tse, chef de secte, Ï, 197: II, 329. Leang, montagne du Chan-sy; — poids, III, 231,232; — monnoic, 233. 464 TABLE ALPHABÉTIQUE Leang-hiang-hien; ville, 1, 355.5 11, 4. Leang-tching-hien, xille,, 1; 324. Lepre et Lépreux, TL, 328. Lettre de l'empereur au stathouder, J. 437 Lettres. Maniere de jes écrire, II, 264. Lettrés, I], 453. Leyte, ile, IT, 378. Lie, ou Ly-chan, HAS du Chan-sy. Lie-vang, empereur, I, 213. Lieou-te, réformateur se caractères, IT, 385.' Lieou-y, , 378. Lilas Chinois, I, 89. Lin-hoay-hien, ville, I, 327. Lin-kiang-fou, ville, I, 108. Lin-sin, empereur, 1, 81. Ling-vang, empereur, I, 200. Lingua, NX, 200. | Litière Chinoise, XX, 170. Liu-tcheou-fou, ville, 1, 323. Lo, rivière de Honan. Lo, instrument de musique, I], 319: Lo-chou, ivre fabuleux, I, 40. Lo-chou, classification des caractères, II, 378. Lois, 1; 103,159$-cisuiv.; TI IC Londrin, WI, 277. Long, espèce de dragon, IT, 466. Lon-gan, ou Long-yen, fruit, IL, 356. Longitude de Macao, WI, 284. Lo-ye, ville, I, 107, 130. Lu, modéle pour tous les sons de musique, Luban, DES MATIÈRES, 465 Luban , Île , TL, 382. Luçons , les, IT, 371 et suiv. Lune intercalaire, H, 427. Lunettes, \1, 168. Lutaos, peuple, IT, 376. Ly, mesure itinéraire. Ly, ou Lie-chan, montagne du Chan-sy. Ly-pou, cour souveraine à Peking, II, 446. Ly-tchy , fruit, II, 355. Ly-tse, sorte de caractères, II, 385. Ly-vang, empereur, I, 161, 187. M Macao , 1, 148 ; IT, 176 et suiv. — Sa longitude, 284. 一 Sa rade, ibid, Macartney, 1, 253. Magasins de rir, WI, 64. Mahométans, W, 342; IT, 66. Maisons Chinoïises, I, 175 et suiv. Maisons de refuge, X, 277 ; 一 de campagne, IF, 87, 90 ; — de paysans, 180. ” Maladies vénériennes, W, 328. Mal-propreté des Chinois, 1, 323, 385, 395. Mandarins, NW, 452, 455; — civils, 460 ; 一 mili- taires Chinois, 464 ; — militaires T'artares, 1, 420; IT, 464. — Les mandarins redoutent qu’on ne jes accuse de négligence, 1, 307. 一 Js ne reçoivent des présens qu’en en payant la valeur, 398. — Ils sont avares, 427. — Ils sont méfians et menteurs, 433 ; TOME III. G g 466 TABLE ALPHABÉTIQUE IT, 2. — Ils vexent les peuples, E, 273; Il, 435. — Ils sont habiles à se tirer d’embarras, 339, 340. 一 Is sont superstitieux, 352. 一 了 is sont forcés d’avouer leurs fautes , 433. — Ils sont ingénieux pour trouver les moyens de recevoir des présens, 435. 一 Js ont une suite nombreuse, 458 ; III, 46, yo — Manière de se présenter devant les mandarins, H, 458. Mandarins du Ly-pou (Les) mettent de Fimportance à remplir leurs fonctions, 1, 430; II, 258. Mandarins subalternes, Ms viennent complimenter leurs sypérieurs , Il, 99. — Ils Les trompent, 45 2. Mang, empereur, I, 55. Mang, espèce de serpent, IT, 466. Manger ( Manière de) des Chinois, I, 274. Manille, Île , IT, 383. — Ses différentes provinces, 383 et suiv. — Ville, 386. 一 Ses habitans, 306, 399. — Son gouvernement, 405. — Ses revenus, 406. — Sa position avantageuse, 413. — Impor- tance de Manille, 417, 418. Manufactures. M faut les veiller, IT, 227. Mao-tcha, thé, TIT, 247. Marchandises d'exportation, WI, 243 ; — d'importa- tion, 264. Marchands, \s sont méprisés à la Chine, Il, 444, _ 453. Marée, , 80; IT, 360. Mariage , Il, 279, 282: Marindèque, le, I, 387. Marne , LU, 32%. Mas, poids, I, 231, 232, 236; — monnoie, 233. DES MATIÈRES. 467 Masbate, le , II, 38r. Matta, ile, I, 379. Médecin, W, 325. Médecine, W, 326. Méfiance des Chinois, 1, 397, 402,424; TI, 167. Men-chin, génie des portes, Il, 354. Mendians , Ÿ, 323 ; IN, 134, 135. Meng-tse, philosophe, I, 10, 83, 21% Meou , arpent Chinois, ILE, 91, 325: Mercure, NX, 255. Mosurage des vaisseaux, WI , 274. Mesure des terres, WI, 325 ; 一 des grains, 342 ; 一 d'un Chinois, 348. Mesures, I, 237. Metoua, jeu, I, 310. Meules, VX, 339. Mey-lin, montagne, I, 282, 283: EE, 127. Miao, temple, 1,15, 41, 154 3%E, 361. Mindanao, Île, nl, 374. Mindanaos , peuple , III,376. Mindoro , le, IT, 380. Mines, X, 47, 64; WT, 220. Min-kong, prince du second ordre, II, 49% Misère des Chinois, W, 171. Missionnaires ,1, 436; 11, 335,418. Missions, HN ,335, 340. Monde, Sa durée suivant certains Chinois, HT, 345. Mongoux, ou Mong-kou, ou Mogols, 1, 365 , 3733 IE, 33: 62 140: Mong-yn-hien, ville , I, 22. Gg2 468 TABLE ALPHABÉTIQUE Monnoie , IX, 229 ; — de papier, 230, 233. Montagnes , 1, 270 ; Il, 132. — Elles ne sont pas cul- tivées , ÎlE,"323, Montres d'or, WI, 271. Mort, supplice , IF, 118. Mosquée, , 68. Mou , intendant des vivres, [, 125, 129. Moulins, Y, 290; 11, 87, 90, 117. Mou-vang, empereur, 1, 149, 186. Mulets, 1, 4os ; I, 14. Muon, empereur , I, 149. Murailles de Peking, 1, 360; —du palais, 375 ; —des wiies, 11, 15. Mariers, IL, 61, 83, 137 ; II, 350. Murs des maisons, \, 174. Muse, 1P, 255. Muscade, III 271. Musique, 1, 34, 296, 413; 1], 46, 313; — estimée chez les Chinois, 313. N Van, añcienne dignité, 1, 107. Nan-hay, chef de la police, I, 462. Nan-hiong-fou, vie, 1, 278 ; If, 1209. INan-kang-hien, vie ,1, 290; 11, 122. Nan-keng, empereur, [, 72. Nankin, toile, IT, 256. Nan-ngan-fou, ville, I, 285 ; II, 128. Nan-soy-tcheou, ville, I, 329. Nan-tchang-fou, ville, 1, 296; IT, 104. DES MATIÈRES. 469 Nan-vang, empereur, I, 215. Navette, Il, 86; IT, 336. Navigation des anciens Chinois, W, 202. Negrillos, WI, 373, 379. INegros , le, IT, 379. Nestoriens, I, 334. . ÎNgan-cha-sse, juge criminel, IT, 461. Noan-vang, empereur , NT 2 Noay-ty, empereur, T, 250. Noen-hien, ville, 1, 346. Nids d'oiseaux, WA, 271. Niutche ou Kin, ancêtres des Mantchoux, III, 149, 150. Noblesse, Elle n'existe pas à la Chine, IT, 451. Nombres, 11, 406. Noms des Chinois, , 308 et suiv. Nong-fou, conservateur du peuple, I, 106. Notes de musique, W, 317. Nourriture, 1, 3103.11, 275 ; I, 347. Nouvelle année, TI, 396 ; I, 370. Nouy-che, ancienne charge, I, 106. Nuit, Comment elle est partagée, IT, 426. . Nurous, compagnie de soldats Tartares, If, ro. O Objets d'Europe, Hs sont peu estimés des Chinois, ; 406 , 425. Observations astronomiques des Chinois, W, 416. Odeurs. Les mauvaises affectent peu les Chinois, IF, 165. Gg3 470 TABLE ALPHABÉTIQUE Œufs, Manière de les faire éclore, II, 255. Offrandes , W, 356. Ongles des Chinois, Leur longueur , I, #59. Opium, WI, 210, 271. Or, H est regardé comme mafchandise, IT, 231, 257. Orgueil des mandarins , , 423 ; — des Chinois, IT, 167. Ouan-ngan-hien, vie, 1, 293 ; If, 115. Ouay-gin, empereur, Ï, 71. Ouay-ngan-fou, ville, IT, 33. Ouen-tchang, style, IT, 39 et suiv. Ou-fou, cour suprême militaire, 11, 463. Ou-kieou-mo, arbre à suif, III, 349. Ouo, ou Ou-kia, empereur, I, 72. Ouo, ou Ou-ting, empereur, E, 69. Ouragans, WI], 310, 357. Ouvriers. Us forment un fonds entre eux pour aider ieurs camarades, IT, 172. 一 Js vont travailler dehors, USA % Pagode, 1, 267: 11,,793!, 78, 4réçira2t 3%, 960. Pagode dédiée a Confucius, 11, 122. Pain Chinois, 1, 368. Palais de l'empereur a Pekins, X, 383, 393, 428; I, 42. : Palanquins, 1, 277, 364, 408 ; II, 476. Panamao, ie, HI, 378. Panay, île, IT, 370. Pan-tsay, gardien d’une hotellerie, 1, 352. Pao, machine pour lancer des pierres , IF, 33, DES MATIÈRES. 47Y Papier, Tnvention du papier, Il, 231. Paragoa , le, IT, 380. Patineurs Chinois, 1, 379, 380. Pa-tsong, gwde militaire, 11, 465. Päturage, WI, 346. Pauvres LE, nas. Pay-leou, arc de triomphe, I, 209; M, 183. Paye des soldats, WT, 15 ; —des mandarins, I], 460 ; Ill, :ro8: Pe, ancienne dignité, I, 107. Pe, princes du second ordre, IT, 469. Peaux de lapin, WI, 272 ; — de loutre, ibid, Pécheurs, 1, 289, 293 ; U, 103. Peintres Chinois, W, 236. Peinture sur verre, W1, 239. Peking, }, 360; I, 2, 197; If ,:273 et suiv. Perles; ea. Perpétuane, W], 271. Persécutions contre les missionnaires, W, 355. Pesanteur d'un Chinois, WA, 348. Peste,\ 1,329: Pe-ta, pagode de Peking, 1,365. Petchely. Les produits de cette province, HI, 298. — Son sol, 317, 318. Petite vérole, W, 327. Petits-fils de l'empereur. Hs n’ont aucune marque dis- tinctive , [, 419 ; I, 466. Pe-tsay, Kégume , H, 102. Pe-tsiu-tcheou, ville, 1, 332. Petsong, officier de troupes, II, 465. GgÀ NEA 472 TABLE ALPHABÉTIQUE Pe-tun-tse, matière qui entre dans la porcelaine, IT, 242. Pey-le, princes du troisième rang, II, 468. Pey-tse, princes du quatrième rang, 11, 468. Philippines, Mes , IT, 371 et suiv. Philosophie des nombres, X, 111. Piaître, TP} 235. Pic, quintal Chinois, I, 236. Pièces de théâtre, II 323. Pied Chinois, mesure, IT, 237, 238. Pieds des Chinoises, \, 271; 一 des femmes Tartares, 278: Pierres tombées du ciel, X,195,221,224, 238,245, 246, 248, 249, 250. Piliers en avant des boutiques, X, 361. Pin, pays du Chen-sy, I, 77. Pinceaux, M, 233. Ping-pou, cour suprême à Peking, 11,446. Ping-ty, empereur, I, 251. Ping-vang, empereur, I, 175 , 189. Ping-yuen-hien, ville, I yr5. Pin-py-tao, inspecteur des troupes, II, 467. Pintados, peuples, IT, 373. Place d'honneur chez les Chinois et les Tartares, W, 261. Plaintes, Elles ne parviennent pas jusqu’à l’empereur , IT, 435. — Manière de les faire, HIT, 112. Plan de Macao, WI, 188 ; — dela rivière, 286. Planete, Il, 420. Plantes, pour la nourriture des hommes, des bes- taux, &c., III, 326. DES MATIÈRES. 473 Plaque brodée des mandarins, W, 470 et suiv. Pluies. Saison des pluies, IT, 317. Plume de corneille, marque de disgrace, 1, 384 ; — de paon, marque de distinction, IT, 468 et suiv. Poéles de.fer, ustensiles de cuisine. Les Chinois savent jes raccommoder, IT, 160. Poen-keng, empereur, 1, 72 ; IT, 145. Poids Chinois, II, 235. Poires AM 49 Poisson de bois, instrument de musique, II 322. Poivre, III, 273. Po-kiang , empereur, I, 55. Police, 1,272, 3623111, 106 ; —des villes, 103. Police (La) veille à la conservation des enfans, II, 288. Politesse, IT, 258, 458 ; IT, 108. Politique des empereurs, W, 449. Pompes Chinoises, 1, 416. Ponts, lh248a809 35. 35641366: Tr; 47, 55; 6783238es 4185: Population, , 340 ; Il, 17, 83 ; IL, 55 , 67, 71 , 346. Population de Peking, WI, 47; 一 de Macao, 188. Porcelaine, 1, 241 ; IX, 258. Port d'armes. M est défendu, IT, 18. Porte-faix, V; 328 "323", 326, 347: Il} 429; 2er. Portes des villes #1, 3573; 11, 25, 179 ; II, 27 et suiv. ; 一 des maisons , 127. Portes de Peking, 1, 360, 363; — du palais, 375, 381 ; — elles ne s'ouvrent que pour l'empereur, 364. — Portes de la ville Tartare, 403, 421. Portugais, Leur arrivée dans l'Inde et à la Chine, IT, 173. 74 TABLE ALPHABÉTIQUE Portugaises de Macao, W, 150. Position avantageuse de Manille, WI, 413. Possédés du démon, Les Chinois prétendent les guérir , IT, ror. Postes, Elles ne servent qu'au gouverneur, IT, 222. Postes militaires, I, 93. Po-tching , intendant du palais, I, 150. Pou, manière de consulter les sorts. Pouce, Quelques Chinois en ont deux, IT, 129. Poudre à canon, WI, 31, 36. Pou-eul-tcha, thé, II, 247. Poulies Chinoises, , 34. Pou-tching-sse, mandarin, II, 460. Prairies, WI, 338. DE Présens de l'empereur, TI, 399, 400, 432; IT, 166. 一 Présens de noces, II, 280. 一 Manière de faire les présens, IT, 263. 一 Js font beaucoup pour la réus- site des affaires à la Chine, 1, 425 ; 11, 434. Préteurs sur gages, I], 123. Princes, Il, 447. Prisonniers., WI, 121. Prisons ME, Tat; Proces, UX, 111.010 35 Processions , HW} 375. Prononciation de la langue Chinoise, Yk, 395. Provinces de la Chine, IX, 57, 80. —Leur situation, 142. Puits, y en a au milieu des chemins, I, 329; IT, 217. Pulo-condor , le. — Les Anglois y sont massacrés, Ill, 194. DES MATIÈRES. 475 Punition des coupables, IN, 112, 118; 一 des soldats, 119 ; — des débiteurs, 126. Q Quang-sy, Produits de cette province, IT, 300. Quang-tong, Produits de cette province, IT, 300.—Son sol, 315. Quanton, ville , I, 153 ; II, 290. Question, supplice, IT, 120. Queue de cerf, Elle est estimée à la Chine, I, 392. R Radeaux , , 136,130. Ragoût Chinois, X, A16. Raisin, TI, 348. Rames des bateaux Chinois, W, 210. Ras-de-castor, NI, A7T. Raux (M.). I est le seul des missionnaires qui visite les Hollandois, I, 434. Récoltes,' Les mauvaises récoltes produisentdestroubles, IT, 441. 一 Soin que l’on prend des récoltes, II, 339. Réduction de l'argent, I, 234; —des poids, 236. KRéglemens pour les mandarins, W, 455. KRegulos ou princes, II, 468. Religion Chrétienne, , 339. Religions, EHes sont subordonnées au Gouvernement, IT, 348. KRempart, III , 27; 89, 30. Repas des Chinéis, 1, 310; Il, 273 et suiv. 476 TABLE ALPHABÉTIQUE , Respect des Chinois envers “leurs parens, W, 163 ; — envers l'empereur et les mandarins, 257 ; 一 des frères envers leur aîné, 261. Retour en Europe, WI, 430. revenus, I, 86 et suiv. ; 一 de Manille, 406. Rhubarbe, NI, 258. Riz, Poids d’un sac de riz, III, 98, 342. — Manière de le semer, 332. — Saculture, 334. —Sa hauteur, 335. — Sa floraison, 336. 一 Sa récolte, 336, 339. — Son produit, 341. — Sa préparation, 342. — Riz rouge, 345. Fottins, IE, 273. Roues pour élever les eaux, 1, 264, 288; IT, 123, 251. Route de Macao à Quanton, I, 152, 157; 一 de Quan- ton à Wampou, 155; 一 de Wampou à file de France, IT, 364; 一 de l'ile de France à Manille, 366 ; — de Manille à la Chine, 369; — du Galion, 408 ; — de Manille à l'ile de France, 419; —de l'ile de France en Europe, 431. Rues de Quanton, 1,258 ; 一 de Peking, 361, 363 et shives (Il,.39. Russes, Leur établissement à Peking, I, 54. S Sacrifices, 1, 13,14, 175; I, 96, 355 3 一 humains, 304. Salles de comédie, W, 321. Salut des soldats, 1, 282 ; 一 des Chinois, 371; Il, 259. Salut devant l'empereur, Y, 431 ; I, 42. DES MATIÈRES. 473 Samar, Île, III, 382. San-chouy-hien, ville, I, 263 ; H, 138. Sandal, NI, 273. Sang-de-dragon, WI, 259. San-y-ko, temple, Il, 49. Schaal (Adam), missionnaire, I[, 418. Sculpture, I, so, 40, 240. Secte de Lao-kiun, I, 329, 330; —de Fo, 331, 332; — de Ju-kiao, 345. . Se-keou, juge, 1, 129. Se-kong, intendant des travaux publics, [, 125, 129. Selles des chevaux, III, 19. Se-ma, officier chargé des troupes, I, 125, 129. Se-ma-tsien , historien Chinois, [, 89, 166. Semence, Époque à laquelle fes Chinois ont appris à se- mer, [, 11, 17. — Quelle est ja semence que l'on emploie, IT, 326. 一 Saison de semer, 329. 一 Préparation des semences, 329 et suiv. Semoir, Il, 11. Sentence; lys trs 113, Sépultures, Il, 29, 307 , 308. Seres, anciens peuples, II, 152. Se-tou, ministre chargé de Ia doctrine, I, 125, 129. Seichuen. Produits de cette province, IT, 300. Siang, empereur, I, 52. Siang-hing, classe de caractères, II, 379. Siang-kong, prince de Tsin, I, 175. Siang-vang, empereur, Ï, 195. Siao-kia, empereur, I, 69. Siao-sin, empereur, Î, 76. 478 TABLE ALPHABÉTIQUE Siao-tchouen-tse, sorte de caractères, II, 385. Siao-y, empereur, 1,77. Sie, ancêtre des Chang, I, 24; — empereur, 55. Siège des villes, IT, 33. Sieou-tsay, bacheliers, IF, 4rr, Sin, empereur, 1, 84. Sin-kan-hien, ville, IT, 109. Sin-tay-hien, vie, IL, 22. Sin-tching-hien, ville, 1, 353; II, 7. Siuen-ty, empereur, 工 240. Siuen-vans, empereur, [, 166, 188. Smith (M.), subrécargue Anglois, arrêté à Quanton, IT, 294. S Soie, IT, 225 ; — grise, 227. — Marchandises de soie, IT ,250. Sol des provinces, I, 314. Soldats, 1, 264, 26551, 73 IIF, :6. et suiys, 17, 23. — Soldats de l'empereur, 1, 422; 一 de Peking, 417, 424, 426. — Les soldats saluent à l'approche des mandarins, 1, 262, 263,271,284, 322. —Sol- dats Tartares, IT, 16, 17. Song, dynastie, IT, 148. Sorts, }, 39; 1E 35 Mas Ill 356 Soufflet des Chinois, W, 169. Souliers, 1, 267. Sou-tcheou-fou, ville, I, 55. Sou-tsien-hien, ville , I, 27. Souy, dynastie, HIT, 148. Spectacles, Les Chinois les aiment, I, 322, Sse-yu, mandarin chargé des prisons, Il, 462. DES MATIÈRES: 479 Sryle, IT, 397. Subanos, peuple des îles Philippines, HT, 376. Succin, I, 265. Sucre, III, 463; Sucrerie, Moulin à sucre, I, 265. Superstition, I, 180, 354, 357; 419. Supplices, 1, 14, 16, 27, 84, 155 ; HI, 114. —Ra- chat du supplice, I, 156. 也, Sy-hou, ac, If, 7O. hi Tabac, M, 273, 335. Tablette des ancêtres, , 305. T'aël, poids, I ,231, 232,236; —monnoie, 233. T'a-fou, ancienne dignité dont on ignore office, I, 166. T'agales, peuples, IE, 373. T'a-hoang, rhubarbe, TITI, 258. Taille, impôt, II, 88. Taille des Chinois, X, 156, 158. T'a-long-tchouen , fète Chinoise, IT, 374. T'ambours, XL, 318. T'an-yang-hien, ville, IE, 48. Tang, dynastie, IT, 148. T'ang-pan, maison de prêt, IF, 123. Tao, principe du ciel et de la terre, IF, 329. T'ao-tse, sectateurs de Lao-tse, II, 367. Zao-ye, mandarin, II, 461. Z'artares, 1, 162, 166. — Ils mangent du cheval, IF, 276. 一 Js aiment la dépense, HT, 17. 48o TABLE ALPHABÉTIQUE T'artares T'opa, WI, 147; — Sien-py, 148 ; 一 Ky-tan i 149 ; —Kin, ibid, T'artarie, II, 60 et suiv. T'a-tsin, pays soumis aux Romains, IF, 329. T'ay, pays dans le Chen-sy, I, 57. T'ay-che, historien, 1, 106, 126, 141. Tay-ho-hien, ville, 1, 293; If, 114. T'ay-hou-hien, ville, T, 314. T'ay-kany, empereur, [, 48. T'ay-kens, empereur, 1, 69. T'ay-kia, empereur, I, 65. Tay-ky, principe de toutes choses, II, 346 et sui- vantes. T'ay-ngan-hien, ville , IT, 20. T'aypa, port de Macao, III, 182. Tay-pao, régent du royaume, F, T0 148: Tay-se-ling, grand pontife, I, 58. T'ay-ting, empereur, I, 82. T'ay-tsong, chef des cérémonies, I, 141. T'ay-vang, ancêtre des Tcheou, I, 77. Tay-vou, empereur , I, 70. Tcha, thé, TT 245. . Tcha-hoa, arbre à fleur, TL, 35.3: Tchang-chan-hien, ville, IT, 9r. (Tchang-tcheou-fou, W, 50. (Tchao, empereur , 1, 138, 144. Tchao-ty, empereur, [, 239. Tchao-vang, empereur, I, 148, 186. Tcha-tchou, arbrisseau, IT, 117; IL, 329, 353. Tche, pied Chinois, HIT, 237. T'chekiang, DES MATIÈRES. 485. Tchekiang. Produits de cette province, III, 299. —Son sol, 319. Tcheou, dynastie, T, 192 ; MT, 145. Tcheou, royaume , I, 132, 146. Tcheou occidentaux, I, 217 ; 一 orientaux, zb1d, Tcheou-kong , frère de Vou-vang, I, 116, 118, 120, 130: 197% T'ching-tang, empereur, I, 56, 60. Z'ching-ting-vang, empereur , 1, 209. T'ching-ty, empereur, 1, 245. Tching-vang , empereur, 1, 118, 138, 185. Zchin-tchou-kao , mandarin, Il, 461. Tchin-tsing-vang , empereur, I, 215. Tchoang-vang, empereur , I, 192. Tchong-fou , classe de mandarins , Il, 464. T'chong-kang , empereur, I, so. T'chons-kiun, mandarin, II, 461. T'chong-ting, empereur, I, 71. “T'chong-tsay , premier ministre, I, 129. T'chong-tsong, le même que Tay-vou, I, 70. Tchou, empereur, I, 54. T'chouen-tchou, classe de caractères, II, 380, T'chou-ma, espèce de chanvre, IT, 98. Tchun-fou, juge des crimes, I, 125. Tcho-y, intendant des meubles du roi, 1, 126. Tchy-fou, mandarin , II, 461. Tchy-hien, mandarin, Il, 467. Tchy-sse, classe de caractères, IT, 379. Tchy-tcheou, mandarin, II, 461. T'chy-tse, fruit, III, 356. TOME 111. H'R 482 TABLE ALPHABÉTIQUE Tchy-tsong, ministre qui présidoit jadis aux cérémonies des esprits. Température, WI, 307, 311; — de TR 1,156; — de Manille , 402, Temple de Confucius, IT, 130, 1843; 一 du soleil, 353; —delalune, ibid, 一 du ciel, ibid, HX, 45 ; 一 :de ja terre, 1hid; — où se fait la cérémonie du labourage , 46. T'emples en général, 1, 400; II, 360 ; HT, 45. Te-ngan-hien, vie, 1, 301. Tente, 1, Aro: M, 28, 23! Teou-mou, déesse , H, 364. Terrains rougeätres, , 122. — Nature de ces terrains, HT, 314. Terres. Quantité cultivée et inculte, I, 345. Te-tcheou, ville, 1, 348; IL, 13. Thé, feuilles, I, 85. 一 Importé en Angleterre, HIT, 208, 243. —Son usage, ibid, —Thé noir, 244, 246. — Thé vert, 244, 247. — Qualité des thés, 248 et suiv. 一 Réception des thés, 250, 251. Thé, arbre. — Culture et cueillette des feuilles, HT, 245 ,:246,:247. T'heyéres, Il , 52, T'icao , le, II, 381. Tien, ciel, Al ; 350. T'ien-tan , Ne du ciel, 1, 353. Tien-tso, Indostan , If, 331. T'ing-hien, ville, I, 339. T'ing-vang, empereur, Ï, 197. T'ing-yuen-hien, ville, 1, 325. DES MATIÈRES. 483 Tirage des barques, peine, III r17. Titres donnés en parlant aux mandarins, W , 457. Titüng (M.), ambassadeur Hollandois, I , 256. Toiles de Nankin, 1, 227. Toilette des femmes, II 269. Toits des maisons Chinoises, 1, 333; I, 174. T'ombcaux,V, 302 et suiw.s Il, 155,53, 59, 62, vo, 80,88, 110, 114, 302, 305; III, 321. To-min, classe d'hommes, Il, 455. T'ong-lou-hien, ville, IL, 84. Tong-o-hien, ville, E, 345. T'ongpins-tcheou, ville, 1, 343. Tong-tching-hien, ville, L, 317. Tong-tchou , arbre, IT, 248. Tonnerre, génie du tonnerre, IT, 365. Tons, musique, IT, 3rs. Tons, caractères , II, 389. Torches, 1, 304 ; III, 104. Torré (M. de la), procureur de la propagande, IF, 335. Tortues de pierre, monumens, 1, 333. Tour, 1, 269, 274, 346518, 37,74, 78:87,99, rar, 136, 181. Toutenague, VX, 262. Tou-tony, mandarin , II, 464. Traineaux, 1, 353. Tremblemens de terre à Manille, IH, 4o3. Tribunaux ou cours suprêmes, If,446:;—militaires, 463. Tribut des provinces anciennement, |, 5; — actuclle- ment, Îl, 29; IT, 91. — Tribut des Indiens à Ma- nille, 374. Hh 2 484 TABLE ALPHABÉTIQUE Trompettes, I, 318. Troupes Tartares et Chinoises, II, 6,7, 22, 24. T'sang-hie, inventeur de l'écriture, II, 383. T'sang-ling, mandarin, IT, 464. Tsan-tsiang, mandarin , Il , 464. Tsao-fou, habile cocher, I, 152. T'sao-tse, caractères, II, 385. Tse, ancien titre, I, 107. Tseou-hien, vie , 1, 341. T'siang-kiun, mandarin, IT, 464. T'sie-ky, division de l'année, IT, 423. Tsien, poids, IT,231,232;—monnoie, 233. T'sien-chan-hien, ville, 1, 315. T'sien-fou, classe de mandarins, II, 464. . PT'sientsong, mandarin, II, 465. T'sientang-kiang, fleuve, Il , 73, 77. Tsin, dynastie , III, 146. T'sin-kiang-fou, ville , I, 45. Tsin-vang, princes du premier ordre, II, 468. T'sin-yuen-hien, ville , 1, 266. T'so-fou, classe de mandarins, IF, 463. T'song-gin-fou, tribunal des princes, IT, 447. T'song-pe, officier chargé des cérémonies, 1, 129. Tsong-ping, mandarin, Il, 464.