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HISTOIRE DE GENÈVE

TOME SEPTIÈME

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HISTOIRE

i* SEP 26 1911

^CJIL SEMV^

sSv

DE

GENÈVE

DES ORIGINES A L'ANNEE 1691

PAR

JEAN-ANTOINE GAUTIER

SECRÉTAIRE d'ÉTAT

TOME SEPTIÈME

De Tannée 1609 à l'année 1671

GENÈVE

SOCIETE GENERALE D'BIPRIMERIE 1909

Les éclileurs expriment tous leurs rei^rels aux souscripteurs à V Histoire de Genève de J.-A. Gautier pour le relard de la publication de ce volume.

Le présent volume a été mis en train par ^L Lucien Cramer, continué par ^LM. Charles et Pierre Gautier, achevé par le D' Léon Gautier avec la collaboration de M. le prof. Lucien Gautier pour la revision des épreuves. Ces changements de main, imposés par les circonstances, suffisent à expliquer de longues pertes de temps.

De plus, l'œuvre elle-même de J.-A. Gautier a doimé lieu ici à quelques difficultés que nos devanciers n'avaient pas rencontrées.

11 est évident qu'à partir de l'année 1G08, notre auteur n'a pas poussé le travail de rédaction et de mise au point aussi loin que pour les périodes précédentes. Nous avons dû, tout en respec- tant le texte autant ([ue possible, modifier par ci par quelcpies phrases pour la clarté du sens.

Comme à partir du siècle dont ce volume embrasse la plus grande partie, la lecture des documents originaux devient facile, nous avons pu ne publier intégralement que les plus importantes des pièces transcrites par Gautier. Pour un assez grand nombre de lettres et d'actes, faciles à retrouver, nous nous sommes bornés à donner en note leur cote exacte. La publication in eœtenso de ces pièces aurait allongé ce volume d'au moins deux cents pages.

Nous conq)tons suivre le même système pour le VIII'' et dernier volume, qui, nous l'espérons, se fera moins longtemps désirer que son prédécesseur.

La table alphabétique des noms de personnes contenus dans tout l'ouvrage paraîtra aussitôt après le dernier volume. Si les circons- tances le permettent, une table chronologique des matières y sera jointe.

T^BLE

Pages

Livre XVII (1607-1638) 1

Livre XVin (1639-1666) 2S6

Livre XL\. (1666 1672) 441

LIVRE DIX-SEPTIÈME

(1607-1638)

/3e^7

EPUIS l'honneur que j'eus, en l'année 1718, de présenter au Magnifique Conseil l'Iiistoire de notre ville que je finis en 1C07, j'ai senti à diverses fois que cet ouvrage méritait d'être continué. Car, quoique la République, depuis plus d'un siècle, ait été, par la g'râce de Dieu, exempte des agitations et des guerres, par lesquelles il lui a fallu passer pour assurer son repos et sa liberté, et que son histoire, par cela même, ne doive pas présenter aux lecteurs d'aussi grands événemens, cependant elle ne laisse pas d'en renfermer de fort intéressans, puisqu'il a fallu, en une infinité d'occasions, une dextérité très particulière en ceux qui l'ont gouvernée pour se ménager avec les puissances et pour se tirer heureusement de quantité de difficultés très embarrassantes qui lui ont été si souvent suscitées. D'ailleurs, le grand nombre de bons établissemens qui ont été faits de temps en temps, dans Genève, pour l'avancement des arts et des sciences, l'accroissement de la prospérité du public et des particuliers, sont des événemens T. vn 1

2 DÉPUTATION DE CHAPEAUROUGE A LA COUK DE FRANCE. iCtO^

qui ne sauraienl, rtre indif'férens à tous bons compatriotes, el qui ne peuvent que faire souhaiter de voir dans les Archives de la Répubhque un corps complet de son histoire. C'est ce qui m'a porté, après avoir préparé les matériaux nécessaires pour une continua- tion de mon ouvrai;e, par des extraits que j'ai faits des Registres des Conseils de pres()ue tout le dernier siècle, à mettre la main à la plume pour réduire en forme historique les événemens qui reg'ardent la ville de Genève depuis l'amiée idoy jusqu'à nos jours.

Nous avons vu, sur la fin du livre précédent', que François de Chapeaurouge avait été envoyé à la cour de France en l'année 1607, il avait obtenu du roi Henri IV des lettres de naturalité pour les («enevois. H fut de retour au mois de juin de l'année suivante et fit rapport ' à ses supérieurs des sentimens favorables de sa Majesté envers la République, dont ce prince lui avait donné des marques bien particulières en lui faisant j)art lui-même de la découverte qu'il avait faite d'une entreprise contre Genève % qui avait été tramée par le comte de Fuentès, g-ouverneur de Milan, et en accordant à cette ville une subvention de soixante el douze mille livres pour l'entretien de sa garnison pendant l'année 1607, comme sa Majesté avait déjà accordé semblable somme les années précédentes et qu'elle continua de faire les suivantes, ainsi qu'on le verra dans la suite

Il se passa une chose, pendant le cours de la dépulation du sieur de Chapeaurouge, de laquelle Spon parle de celle manière dans son Hisloire de Genève'', après un auteur de cette même histoire dont le manuscrit est dans les Archives', et qu'ils rappor-

' Voir tome VI, pp. 593 et S94. de Daniel Leclerc) pour les années 1S63-

2 Le 22 juin 1608. R. C, vol. 105, 1606 à la Bibliothèque publique, ms. h.g.,

fo 103 vo. no 139, fo 143, p. 138.

' Voir Francis De Crue, Henri IV el L'auteur Je cette histoire, dit le co- te députés de Genève, mémoire publié piste (p. 224), la pousse jusqu'en 1632. On danslesM. D. G.,t. XXV,chap. IX.p. 609. ne rapportera pas ce qu'il dit dans la suite, (Note des éditeurs.) parce qu'il y a eu peu de choses considéra-

* Histoire de Genève, t. I, p. 493. blés...

s Le manuscrit (n» 14.1) s'arrête au- Pourcequiestdel'ambassadedn baron de

jonrd'bui à l'an I06I (voir t. VI, p. 588, Lux, l'anachronisme signalé par Gautier est

n. S). Nous croyons cepemlant en avoir en eiïel commis {p. 2M). {Note des éditeurs.) trouvé une copie anonyme (probablement

l()07 OFFRES DU ROI DE FRANCE. 3

teiill'unet l'autre mal à propos à l'aiinée iGoO, puisqu'elle se passa en 1G07.

« Le roi de France, dit Spon, dépêcha en ce teins le baron de Luz, gouverneur de Bourgogne, de Boisse, gouverneur de Bourg et le sieur de Nerestan, pour demander à Genève une place oîi il put faire bâtir un arsenal, afin que les bourgeois ne fussent ])as à l'avenir dans un danger semblable à celui ([u'ils avoienl couru. Le Conseil étoit partagé. Les uns disoient cjue Dieu leur faisoit beaucoup de grâce de leur procurer un secours étranger de celte importance, et qu'en l'acceptant, on coupoit racine à toutes les insultes que l'ennemi leur pouvoit faire. Les autres opposoient au contraire : que celui qui reçoit tel secours se vend et s'engage sans ressource ; qu'on donneroit peut-être la garde de cet arsenal à tel gentil-homme, qui, par ses libéralitéz et ses manières enga- geantes, gagneroit le cœur des citoyens et les éblouïroit du brillant de la royauté ; cpie tous les rois de France n'auroient peut-être pas des intentions si droites que Henri IV., et qu'alors, il ne seroit plustems de se repentir. De sorte que, sur cette contrariété d'avis, le Conseil ordinaire en remit la délibération à celui des Deux Cent, et celui-ci au Général. Ces seigneurs françois inicrprétant ces procédures pour une honnête défaite, s'en allèrent, et depuis il ne s'en parla plus. »

Cette affaire n'est pas racontée avec exactitude. Ce qu'il y a de vrai et qui paraît par les Registres ', c'est que le sieur de Cha- peaurouge ayant prié sa Majesté, sur les bruits qui couraient de toutes parts d'une entreprise qui se préparait contre Genève, d'ac- corder à cette ville quelque somiye considérable d'argent, pour fournir à la dépense nécessaire pour s'en garantir, le roi lui répon- dit qu'il se proposait d'y avoir un magasin, qu'en effet il fit promp- tement partir pour Genève le sieur de Boisse, avec ordre d'offrir aux seigneurs de cette ville, dans la circonstance elle se ren- contrait d'être attaquée par les troupes d'Espagne, comme le bruit en était fort répandu, ce qui pourrait contribuer à sa conservation, et en particulier d'y établir un magasin de munitions de guerre et

R. G., vol. 103. foB 1-26-129, rapport de Chapeanrougp, 2.i iiini 1607.

4 TEMPLE DE CHENE. 1607

de bouche, afin de servir en cette ville en cas de nécessité, sinon de le conserver pour le service de sa Majesté, si elle en avait besoin ailleurs, avec offre d'un prompt secours de troupes ; que le sieur de Boisse, étant arrivé à Genève et s'y étant acquitté de ces ordres le 18 avril, le Petit Conseil', il eut audience, le remercia fort de la bonne volonté du roi, sans rien résoudre sur sa proposition, dont l'examen ayant été renvoyé au Conseil des Soixante', il y fut arrêté, après une longue délibération, d'accepter les offres du roi, ce qui n'eut cependant aucune exécution et ne fut jamais porté à la connaissance, ni du Conseil des Deux Cents, ni du Conseil Général.

11 y eut, en l'année 1608, un prince d'xVnlialt qui fit quelque séjour dans Genève, d'où il partit au mois de septembre. Peu de jours avant qu'il quittât cette ville, le Conseil' trouva à propos de le régaler à la maison de ville. On fit une semblable honnêteté, au mois de novembre suivant', à un ambassadeur d'Angleterre qui passait par Genève, revenant d'Italie.

Un citoyen de Genève, Michel Roset le jeune', qui eut occasion de faire la révérence à Monseigneur le landgrave de Hesse-Cassel, rapporta de ce prince de nouvelles démonstrations de son affection pour la République, qu'il traita de sa bonne amie, l'ayant assuré que toutes les fois qu'elle sei'ait en quelque danger de guerre, il se ferait un plaisir de l'assister et de lui offrir, outre les autres secours qu'il pourrait lui fournir, la plus belle compagnie de reîtres qui pût sortir de ses états.

Il n'y avait eu encore aucun temple dans le village de Chêne pour y faire le service divin, lequel s'était célébré jusqu'à cette année-ci dans une maison particulière. Le Conseil* trouva à propos, à la prière des habitans protestans de ce village et de celui de Tliônex, qui n'en est pas éloigné, d'y faire bâtir un temple, ce qui fut exécuté'.

' R. C, vol. 104, fo 80(18 avriH508). = Ibid., 164 vo (26 octobre).

^ Ibid.. fo 82 (20 avril). e Ibld., f 104 (4 avril).

' R. C, vol. 105. fo 148 vo (14 sep- ' Ce temple fut démoli en 1738 et

tembre). remplacé par le temple actuel de Chéne-

* Ibid., foa 192 vo (28 novembre), 193 Bougeries. {Note des éditeurs.) (29 novembre).

l()08 ENTREPRISE DU SIEUR DU ÏERRAIL. 5

Le sieur Michel Le Faucheur, natif de Genève', jeune ministre d'une g-rande réputation, et qui avait été appelé au service de l'église d'Annonay, dans le Vivarais, étant venu dans sa patrie, le Conseil avait dessein de l'y arrêter. Les ministres ayant marqué de la répugnance à le tirer de son Eglise, et même à consentir qu'il prêchât dans les temples, le Magistrat leur en témoigna sa sur- prise et le fît monter en chaire à Saint-Pierre et à Saint-Gervais, il fut fort applaudi. Il le demanda ensuite à l'église d'Annonay, laquelle fit espérer d'abord qu'elle pourrait l'accorder. Mais le synode national de Saint-Maixent le refusa, de même que le sieur Chauve, pasteur de Sommières, qu'on demandait encore pour Genève, parce qu'il n'y avait pas alors autant de ministres en France qu'il en fallait pour desservir les églises. Le Faucheur fut dans la suite pasteur de l'église de Montpellier, puis de Charenton, et mourut fort âgé à Paris, en l'année 1607.

L'église de Genève ne s'était jamais servie que d'azymes, et non pas de pain commun dans la célébration de la Sainte Cène, en quoi elle ditïérait de celles de France, qui la sollicitaient de se con- former à leur pratique. Les ministres y avaient du penchant, mais le Magistrat, à qui ils rapportèrent leur sentiment, ne trouva pas à propos de rien changer à l'usage.

Depuis l'Escalade, l'on avait été en des alarmes presque con- tinuelles dans Genève. L'on entendait parler de divers côtés d'entre- prises qui se tramaient contre cette ville. 11 n'est pas de cette Histoire d'entrer dans le détail de ces entreprises, dont la plupart n'étaient que des projets informes ou dont les avis n'étaient pas fort assurés. On se contentera de rapporter celle de Louis Com- boursier, sieur du Terrail, des mauvais desseins duquel on se défiait depuis longtemps".

C'était un gentilhomme français d'une bonne maison, et brave

le 9 ilécembre lo8â. Registre de L-riminel 1963 (15-18 avril). Voir

la Madeleine, 9. Voir sur ce ministre ; aussi le Véritable discours de la descouverte

Paul Cabanac, Vn prédicateur protestant de l'entreprise de Loysde Comboursier, ete.,

du XVIIe siècle, Michel Le Faucheur. récit contemporain, Lyon, 1609; réédité

Montauban. \9t)l. {Note des éditeurs). avec notice par Gustave Revilliod. à Ge-

- Sur toute cette atTaire, voir Procès nè\e, 1868(S. -G. Fick). (Notedesédileurs).

6 ENTREPRISE DU SIEUR DU TERRAlb. ! 6o8

de sa personne, qui avait été choisi par le roi Henri IV pour être cornette de la compag-nie du dauphin, qui fut depuis Louis XIII. Je trouve qu'il était parent du sieur d'Albigny, auteur de l'entre- prise de l'Escalade. Spon', après l'Histoire manuscrite qui est dans les Archives, de laquelle il a puisé divers faits qu'il raconte dans la sienne, dit que du Terrail était haut à la main, et qu'ayant eu querelle au Louvre avec un gentilhomme qu'il tua devant les yeux de sa Majesté, qui était aux fenêtres, il n'eut d'autre parti à prendre que de fuir promptement hors de France, pour éviter d'être puni de la peine capitale. 11 se retira ensuite en Flandre, selon le même auteur, vers les archiducs, il fut bien reçu. Il y fit trois entreprises sans effet, deux sur Bergen-op-Zoom et la troisième sur l'Écluse. Après quoi, y ayant trêve en ce pays- là, il alla en pèlerinage à Lorette, avec un Bordelais nommé La Bastide, fort expérimenté dans l'art de pétarder les places. Passant à leur retour par Turin, ils firent la révérence au duc de Savoie, qui s'ouvrit à eux de la passion qu'il avait de se rendre maître de Genève par quelque entreprise. Ils lui en proposèrent les moyens et lui offrirent leur service, que ce prince accepta avec beaucoup de reconnaissance, faisant dès lors présent à du Terrail de sept cents ducatons et d'une enseigne de pierreries qui valait trois cents écus d'or, et à La Bastide de deux cent soixante philippes, les chargeant d'aller premièrement reconnaître la garde, les forces et l'état de la ville.

La Bastide alla à Genève, il observa tout exactement, puis étant retourné vers son Altesse de Savoie, il lui rapporta ce qu'on avait changé dans la fortification depuis l'Escalade. Sur quoi ce prince fit réformer son ancien plan, et ils raisonnèrent ensemble sur leur dessein ; du Terrail était d'avis de surprendre par le pétard ou autrement une des portes de Genève ; La Bastide dit qu'il y avait trop de danger à le faire, à cause du grand nombre de défen- ses qu'il y avait aux portes et de la garde exacte qui s'y faisait.

Ce qu'il proposa ensuite fut approuvé par le duc et par du Terrail même. Ce fut de surprendre le port du lac, il n'y avait

' Histoire de Genève, t. 1, p. 467.

,Go8 PRÉPARATIFS DE l'eNTREPRISE. 7

pas des gardes réglées, et où, avec un bon nombre de soldats qui y feraient descente, on se saisirait de la porte de Rive et on se ren- drait maître de la ville sans difficulté. Il n'était plus question que de la manière de l'exécution. Du Terrail et La Bastide se rendirent pour cet effet du côté d'Évian, au bord du lac, ils demeurèrent huit jours, s'inforniant des bateliers qui fréquentaient à Genève, de la disposition des gardes du port et de la visite qu'on faisait aux bateaux qui y arrivaient, ils remarquèrent plusieurs défauts. Mais pour en être plus assurés, La Bastide traversa le lac, alla à Morges et s'y embarqua sur l'une des barques de Genève qui venait dans celte ville. 11 remarqua, en arrivant, l'entrée et l'état du port. 11 ressortit bientôt après de la ville par la porte de Rive, dont il observa la situation, et se rendit par terre à Évian auprès

de du Terrail.

D'Évian ces deux hommes retournèrent à Turin vers le duc de Savoie, lequel ils assurèrent du succès de l'entreprise, et s'en chargèrent pour l'exécuter à la fin du mois de mai. Ils devaient prendre en Savoie cinq grands bateaux plats, l'on charge du bois, et loger deux cents soldats dans chacun, sous le bois rangé, avec lesquels ils comptaient d'entrer sans soupçon dans le port, de tuer les visiteurs, de sauter en gros hors des bateaux pour se saisir ensuite de la porte de Rive, il entrerait nombre de cavalerie qui se serait rendue près de Genève à l'heure assignée, et qu'en attendant elle demeurerait à couvert dans des vallons qui sont du côté d'Évian, écartés du commerce de ceux de Genève, avec les gens qu'on mettrait dans ces bateaux, qu'on ne ferait embarquer qu'à la faveur de la bise, qui les porterait en peu d'heures dans cette ville. Pour ce qui était de la cavalerie, on l'assemblerait vers Annecy, sous le bruit des noces du duc de Nemours.

Cette entreprise ne se fit point si secrètement que l'on n'en eût quelque vent dans Genève, sans qu'on en pût néanmoins décou- vrir le fond. Il y avait longtemps que le magistrat était informé que du Terrail en voulait à cette ville. Au commencement de l'année 1607, on eut avis de Paris' (pi'il avait pris la résolution de ([uittcr

R. C, vol. 103, {0 13 (14 janvier), lettre de Cliapeaurouge, du 12 janvier, nouveau style.

8 DÉCOUVERTE DE l'eNTREPRISE. I 6o8

le service des archiducs, il avait reçu quelque méconfentemenl, et d'aller offrir ses services au duc de Savoie pour rendre ce prince maître de Genève. On donnait en même temps le sii^nalement de du Terrail, afin qu'on le put aisément découvrir s'il venait à passer par cette ville.

Dès lors on l'ut attentif à ses allures. .Je trouve par les regis- tres publics' (pi'ii fut rapporté au Conseil, le i^o septembre 1608, qu'il avait passé par Genève, lui sixième, en habit de pèlerin. 11 paraît par les mêmes registres' qu'au mois de janvier de l'année suivante, on chargea tous ceux qui pouvaient le connaître de le faire saisir s'il tombait sous leurs mains, et (pi'ou leur promit pour cela une récompense. Sur l'avis (ju'on eut au mois de février que du Terrail avait été vu avec des gens de défunt d'Albigny à Gham- béry, on y envoya quelqu'un pour épier ses démarches. Ce fut dans cette ville-là que cet homme se conduisit d'une manière qui fit découvrir son dessein. 11 ne paraît pas par les registres publics si ce fut par la diligence de ceux à qui l'on avait donné cette commis- sion. Ce que Spon en rapporte % après l'auteur d'où il a tiré le récit de cette affaire, se réduit à ceci, qui fait voir que du Terrail et ses camarades n'avaient pas beaucoup de prudence. Du Terrail ayant joué au jeu de paume à Chambéry, se fil frotter, et pendant ce lenqis-là, La Bastide et quelques autres lui présentèrent un papier était le plan de Genève, discourant entre eux assez bas, comme d'affaires d'importance. Cependant le valet de tripot, qui lui chauf- fait une chemise, entendit qu'ils parlaient de celte ville ; cela le fit encore écouter avec plus d'attention, et alors il com[)rit qu'ils s'entretenaient de quelque entreprise sur Genève, ayant ouï ces mots de du Terrail : « Ils sont pris, ils ne s'en peuvent dédire. » Ce valet, qui avait un frère dans Genève, alla le rapporter à un mar- chand de cette ville, qui était alors à Chambéry, le priant d'en avertir son frère, afin qu'il se sauvtît de ce danger. Le marchand, de retour à Genève, en avertit non seulement ce frère, mais aussi les magistrats, qui ne méprisèrent pas l'avis. Ils le tinrent néan-

1 R. C, vol. lOo, fo 154 vo (30 sep- ^ R. C, vol. 106, fo 13 vu (7 janvier

teiiibre). 1609).

' Histoire de Genève, t. I, p. 469.

l6og CAPTURE DU SIEUR DU TERRAIL. y

moins secret, et envoyèrent des espions par toute la Savoie, pour découvrir les allées et venues de du Terrail. Ils recouvrèrent son portrait, et ayant appris qu'il devait venir reconnaître la ville, ils donnèrent à plusieurs personnes des environs des enseignes pour l'arrêter.

Quelques jours s'étant écoulés, du Terrail et La Bastide par- tirent de Turin pour aller en Flandre, prendre congé des archiducs et retirer leurs équipages qu'ils y avaient laissés, avec ordre du duc de Savoie d'en amener ceux qu'ils trouveraient les plus propres à leur entreprise. Mais ils furent reconnus comme ils passaient les monts. On en donna avis aux baillis du canton de Berne. Eux, sans se douter de rien, traversèrent le lac et une partie du pays de Vaud, ne logeant que dans des villages et hameaux, et arrivèrent à Yverdon, ville qui dépend de ce canton et n'est pas éloignée de la frontière de Franche-Comté.

« Du Terrail, ajoute Spon \ passant sur le pont de la ville, salua le baillif qu'il y rencontra, sans être remarqué ; mais un dia- cre qui étoit en son jardin, et auquel un syndic de Genève avoit envoyé des marques pour reconnoitre du Terrail, le voyant venir de loin le salua, et se doutant que ce fut lui, prit garde s'il étoit chauve; ce qu'ayant reconnu, il alla promptement avertir le baillif, qui envoya deux hommes après pour aprendre leur route, avec charge de les suivre jusqu'au gîte. Ils le firent, et le remarquèrent encore mieux, selon la peinture qu'on leur en avoit donnée. Un d'eux revint à Yverdon rapporter qu'ils étoient logez au village de Villebœuf [VuitebœufJ. D'abord le baillif y envoya quatre cava- liers, avec ordre de se faire donner main-forte, et de les amener. Ils les trouvèrent prêts de monter à cheval, et les ramenèrent à Yverdon. Du Terrail dit au baillif qu'il étoit un gentilhomme de Dauphiné, et qu'il s'appeloit Paul de (Jionflans, qu'il alloit en Lor- raine poursuivre un procès. Le baillif ne se paya pas de cette monnoye. Il écrivit à Genève afin qu'on envoyât quelqu'un pour le reconnoitre. )>

Les registres publics ne font point mention de ce détail.

' Histoire de Genève, t. I, p. 470.

lO EXTRADITION DU SIEUR DU TERRAIL. '609

Ils ne disent autre chose, sur la manière dont du Terrail fut arrêté, si ce n'est que le 28 mars de l'année 1609, on reçut des lettres du bailli d'Yverdon, qui portaient qu'il avait retenu prison- nier un homme qui regardait avec attention la situation de cette place, et qui était suspect d'être du Terrail. Sur quoi le Conseil' résolut de remercier le bailli de cet avis et d'envoyer un membre de son corps, qui fut Jean Budé, sieur de Vérace, ancien syndic, à Yverdon, pour reconnaître si celui qui était arrivé était du Ter- rai!, et prier ce magistrat de ne le point élargir sans ordre des sei- gneurs de Berne, ses supérieurs, ce que le bailli lui promit', après que le sieur de Vérace eut reconnu le prisonnier pour être du Terrail.

Spon, après l'auteur dont il a tiré le récit qu'il fait sur cette affaire, dit ' que pour le reconnaître, on dépêcha à Yverdon deux soldats, dont l'un avait été de sa compagnie, (ju'on fit entrer celui- ci dans sa chambre comme il soupait, (|ue le soldat le reconnut, que du Terrail, qui soupçonnait pourquoi il était là, le tira à part, lui promettant mille écus d'or s'il voulait aller avertir le comte de la Chamite, en Franche-Comté^ du danger il était, et que La Bas- tide lui en présenta cent autres, mais que le soldat refusa toutes leurs offres.

Sur le rapport que de Vérace fit de ce qui s'était passé à Yver- don, Sarasin', syndic, fut envoyé à Berne' pour faire la demande de du Terrail et La Bastide aux seigneurs de ce canton. Elle fut exa- minée dans le Petit et le Grand Conseil et accordée unanimement sous certaines conditions. L'auteur manuscrit, d'où Spon a tiré ce qu'il rapporte sur cette affaire, dit qu'elle souffrit quelques contradictions.

De Berne, Sarasin alla à Yverdon ' où, s'étant adressé au bailli, cet officier, selon l'ordre qu'il en avait de ses supérieurs, lui remit du Terrail, qu'il conduisit jusqu'à Morges, il le remit au bailli de cette ville, qui le fit enfermer dans une chambre du château. Je n'ai

' R. C, vol. 10(), 62 vo (28 mars). * Jean Sarasin, le jeune, voir t. VI,

* Ibid., fo 60 vo m mars). p. 227.

3 Histoire de Genève, I. I, p. 471. ^ R. G., vol. 106, ««(l^r avril).

» Ibid., fo 70 vo (10 avril).

I OoiJ HÉSITATIONS DU BAILLI DE MORGES. I I

pas pu découvrir pourquoi Sarasin n'amena pas ce prisonnier jus- qu'à Genève. Peut-être qu'il craig-nait que de Morg-es en cette ville il ne lui échappât, et (ju'il y avait de nouvelles mesures à prendre pour le conduire en sûreté. Peut-être aussi que les seigneurs de Berne avaient voulu qu'il fût mené seulement jusqu'à Morges, s'étant réservé de donner de nouveaux ordres à son sujet lorsqu'il y serait arrivé. Quoi qu'il en soit, on envoya le conseiller Abraham Gallatin au bailli de Morges lui demander du Terrail. Le bailli le lui ayant refusé, il lui fallut attendre trois jours, jusqu'à ce qu'il vînt des ordres de Berne. Ces ordres étant arrivés, par lesquels il était mandé au bailli de délivrer incessamment cet homme-là à Messieurs de Genève, du Terrail fut remis au conseiller Gallatin, qui l'amena par terre sous l'escorte de quelques cavaliers jusqu'à Coppet, et de sur le lac jusqu'à Genève, il arriva le i5 avril. L'auteur manuscrit dont nous avons déjà parlé plusieurs fois, après avoir blâmé la conduite du bailli de Morges, dit qu'il fut ensuite emprisonné à Berne, et enfin décapité, ayant été convaincu de trahison ' .

Si ce fait est vrai, on en pourrait conclure, ce qui paraît d'ail- leurs par les registres publics % comme on le dira dans la suite, que du Terrail et La Bastide avaient fait des projets pour faire passer le pays de Vaud sous la domination de la Savoie^ et que peut-être le bailli avait su ce projet. Ce qu'il y a de certain, et que l'on voit dans les Registres ' c'est que cet officier se rendit suspect à Mes- sieurs de Berne, et qu'il ne délivra pas du Terrail à celui que Messieurs de Genève lui avaient envoyé, aussitôt que ses supérieurs^le lui avaient ordonné, parce que Monsieur de Lesdiguières l'avait prié d'attendre quelque temps, et que ce seigneur écrivit à leurs Excel- lences pour disculper le bailli du retardement qu'il avait apporté à la remise de du Terrail.

L'auteur manuscrit eommet ici une capité à Berne le 29 juin 1612, pour s'être

confusion : le bailli de Morges, David rendu coupable d'exactions dans son bail-

Tscharner, accusé par le conseil de Genève, liage (voir Tillier, ibid., p. 36). {Cuinmu-

putsejuslitieràBerneetfutacquilté(Kîjuin nication de M. H. Turler. archiviste d' état

1609) (voir Anton von Tillier : Gescliichte du canton de Berne.) (Note des éditeurs.)

des eidgenôssischen Freistaates Bern, t. IV, - R. C, vol. 106, 76 (21 avril),

p. 27. Berne, 1838). Il fut cependant dé- ' Ibid., fo 110 (19 juin).

12 INTERCESSION DE LESDIGUIÈRES. ' ^OQ

Le bailli d'Yverdon avait eu ordre de retenir La Bastide avec le bagage de son maître. C'est pour cela qu'il ne fut point amené à Morges avec son complice; cependant il arriva à peu près dans le même temps à Genève. Dès ipi'on eut ces deux prisonniers, le (Conseil, (jui sentait combien il convenait au bien de l'Etat de se (léFaire de tels ennemis, et pour prévenir l'effet des recommanda- lions qui |)ourraient venir du dehors en faveur de du Terrail, se hâta d'instruire leur procès.

Il avait reçu, le jour avant l'arrivée de du Terrail, une lettre ' de Monsieur de Lesdiguières, par laquelle ce seigneur marquait à Messieurs de Genève que, sur la nouvelle qu'il avait eue de la détention du sieur du Terrail dans les états des seigneurs de Berne, il leur envoyait le sieur Gras pour les prier, au nom de la mère du prisonnier et de ses parents et amis, qui étaient en grand nombre et des meilleures familles de la province du Uauphiné, de leur don- ner connaissance du sujet de sa prison, mais (pi'ayant su qu'il devait être remis à Messieurs de Genève, il leur faisait la même prière.

... Vous scavés, ajoutait-il, que j'ayme vostre conservation, je ne man-

queray jamais à ce debvoir et le feray paroistre en toutes occasions à l'ad-

venir ainsi que j'ay fait parle passé. Si ce gentilhomme est en vos mains, il

ne vous peut faire de mal et vous ferés du bien à beaucoup de personnes de

le conserver, je vous en auray de l'obligation... Je l'ayme et honore pour sa

valeur et pour son mérite, vous aurez s'il vous phiist esgard à ceste mienne

requeste et la prendras en bonne part, Messieurs, puis (ju'elle procède de

voslre bien humble et plus affectionné Serviteur

Lesdiguières.

Les sollicitations de cet ami puissant ne firent pas beaucoup d'effet, dans un cas la République estimait sa sûreté intéressée au plus haut point. On répondit à Monsieur de Lesdiguières qu'on ferait toujours beaucoup de cas de ses recommandations, mais qu'on ne pouvait que faire justice.

Lorsque Monsieur de Lesdiguières envoya cet exprès, il croyait que du Terrail était entre les mains de Messieurs de Berne.

' R. C, vol. 106, fo 72 (14 avril), lettre du 15 avril, nouveau style.

lOo() INTERCESSION DE LESDIGUIÈRES. i3

Peu de jours après, il apprit que les seit>neurs de Genève en étaient les maîtres. Alors il leur envoya le sieur Tonnard ' , son secré- taire, avec ordre de représenter de sa part que, comme ils déte- naient cet homme-là sur quelque soupçon qu'ils avaient qu'il eût conspiré contre leur ville, et non sur aucune preuve bien sûre, quand le fait serait certain, du Terrail n'avait aucun devoir envers eux, de sorte qu'on ne le pouvait accuser ni de félonie ni d'ing-ra- titude; qu'étant g-entilhomme et sujet du roi, ils devaient en tous cas attendre de savoir la volonté de sa Majesté sur son compte; que du Terrail avait été arrêté contre le bénéfice de la paix et la liberté qu'elle donne à tous les passans, et qu'il était à craindre que les princes qui seraient offensés de sa détention n'usassent de représailles contre les marchands de Suisse et de Genève qui se pourraient trouver dans le Milanais ou en Bourgogne, de quoi le bruit courait déjà ; que les seigneurs de Genève devaient faire réflexion que ce gentilhomme appartenait de sang- ou d'alliance à plus de cinq cents familles les plus considérables du Dauphiné, du Lyonnais et de l'Auvergne, qui avaient toutes beaucoup d'amis qui prenaient part à ce qui le touchait, qu'il était certain cpie ces gens-là auraient obligation à la seigneurie de Genève si le sieur du Terrail y était traité avec douceur, mais aussi que si elle en usait autrement, il était à craindre de les désobliger et de les irriter d'une manière que, durant une génération entière, ils n'exerçassent leur vengeance contre les ]>articuliers de Genève partout ils les ren- contreraient ; que d'ailleurs Monsieur de Lesdiguières avouait que du Terrail était son allié, et qu'il souhaitait que cette qualité servît au prévenu, lequel il ferait passer au service du roi en cas que Messieurs de Genève voulussent à sa considération lui faire grâce, de quoi il les priait très affectueusement; mais que si cette prière n'avait aucune suite, il aurait grand sujet de se plaindre et de croire que les bons services qu'il avait rendus à la Seigneurie étaient ensevelis dans l'oubli.

Cette puissante recommandation ne fit aucune impression de crainte ni de complaisance sur l'esprit de ceux qui devaient

' R. C, vol. 106, fo 73 vo (18 avril).

l4 CONDAMNATION DES CONSPIRATEURS. > ^>0()

juger du cas de du Terrail. Persuadés que le bien de l'Etat est la souveraine loi et qu'il l'aliail que cet homme-là pérît s'il était cou- pable de ce qu'on lui imputait, on s'en tint à la première réponse qui avait été faite à Monsieur de Lesdig-uières. Et pour ne pas don- ner lieu à de nouvelles sollicitations, peut-être d'un plus grand poids encore que celle de ce seigneur, on travailla sans interrup- tion au procès de du Terrail el à celui de La Bastide, qui furent finis dans trois jours'. Celui-ci, mis à la question le premier, avoua tout le projet. Après sa- confession, on le confronta à du Terrail, qui d'abord le nia fortement, mais voyant (pie La Bastide le lui sou- tenait, et étant nienaci'' lui-même de la torture, la larme à l'œil, il confessa tout. 11 demanda (pi'on le mît entre quatre murailles, espé- rant que ses parens viendraient intercéder pour lui^ comme en effet, ayant su qu'il était pris, ils se mirent bientôt en chemin; mais le Conseil, par les raisons que l'on a dites, expédia le procès et con- damna du Terrail à avoir la tête tranchée. Il fut exécuté au Molard le i() avril '. La Bastide fut condamné à être pendu. Son exécution se fit deux jours a[)rès celle de son maitre. Celui-ci fut regretté, étant un homme de bonne mine et fort civil. Allant au supplice, il demandait pardon au peuple, et le peuple, en échange, fondait en larmes pour lui.

Spon rapporte' quelques vers en manière d'épilaphe, qui furent faits sur son sujet, entre autres ce quatrain :

Tel fut de du Terrail l'injuste et triste sort. Toujours victorieux, mais vaincu par l'envie. Sa vie lui devoit une plus belle mort; Mais sa mort lui promet une plus belle vie.

11 ajoute celui-ci qui était, dit cet auteur, écrit dans la cha- pelle, le jour de sa pompe funèbre.

Cavaliers,, accourez aux tristes funérailles De ce grand du Terrail, de qui l'injuste sort, Après l'avoir sauvé de cent et cent batailles, Dans une pleine paix l'a conduit à la mort.

» Voir Procès criminel, 1963. ^ Histoire de Genève, t. I. p. 47t.

" It.C, vol. 10(i, fo 74 (19 avril).

ifjOl) CONFESSIONS DE LA BASTIDE. l5

Par la manière dont cet auteur rapporte ces vers, il semble d'abord qu'ils étaient en (juelque façon les expressions des senti- mens du peuple de Genève sur du Terrail. Mais il est certain, et on le voit par le second quatrain écrit dans la chapelle, qu'ils furent faits hors de Genève, par des parensoudes amis du défunt. Cepen- dant du Terrail ne fut pas enterré chez lui. Ses parens vinrent bien à Genève, après sa mort, demander son corps, mais comme il avait déjà été mis en terre, on le leur refusa. La chapelle dont Spon parle, et l'on fit un service pour lui, était apparemment en France ou en Savoie. Après qu'il fut condamné à la mort, on lui avait permis de faire son testament, lequel fut ensuite délivré à un exprès que Monsieur de Lesdiguières envoya à Genève à ce sujet, il paraît par les registres publics ' que du Terrail fit par ce testa- ment un legs à l'hôpital de cette ville.

On ne doit pas oublier ici les particularités suivantes qui résultent des confessions volontaires que La Bastide fit le jour de son exécution, aux pasteurs qui le préparaient à la mort'. Il leur dit que le projet regardait non seulement Genève, mais aussi le pays de Vaud, et que du Terrail fut d'avis que la prise de Genève devait précéder l'autre entreprise; que des bateaux destinés pour celle de Genève, le premier devait aborder vers Longemalle et se saisir du bastion de Rive et de la porte qui est auprès, à laquelle expédition on destinait cent cinquante hommes; que deux autres bateaux seraient allés au Molard et le quatrième au port de la Fusterie; qu'au premier coup d'arquebuse, tous les soldats qui auraient été sur ces bâtimens, au nombre de six cents, seraient sortis au même instant; que les uns, savoir deux cent cinquante, se seraient rendus du port du Molard au temple de Saint-Pierre, les autres auraient pris la route du pont du Rhône, pour garder le passage et rompre le pont, afin d'empêcher le secours de France, de Suisse et de ceux de Saint-Gervais ; que la porte de Rive étant g-agnée, les troupes de Savoie, cavalerie et infanterie, seraient entrées, la cavalerie portant en croupe l'infanterie.

On regarda la découverte de cette entreprise comme un coup

' R. C. vol. 106, fo 81 (2 mai). 2 Thid., f-B 70, 7(5 vo, 9.t (21 avril).

l6 JUGEMENS DES CONTEMPORAINS. ' ^OIJ

bien particulier de la Providence en faveur delà République. Aussi le dimanche suivant', les ministres, par ordre du magistrat, en remercièrent Dieu dans tous les temples, le peuple avait été appelé au son des plus grosses cloches.

Spon ' dit que les mag-istrats de Genève furent blâmés d'avoir exercé une trop g'rande sévérité à l'égard de du Terrail et de La Bastide, mais que, pour justifier leur jug-ement, ils disaient qu'ils ne les avaient point tant considérés comme ennemis que comme auteurs d'une conspiration en pleine paix. Il ajoute que Monsieur de Lesdig-uières et les parens de du Terrail en furent extrêmement indignés, que lo premier n'entra jamais depuis dans Genève, comme il avait accoutumé, et que les parens croyaient qu'on avait obligé du Terrail d'abjurer sa religion, mais qu'étant informés du con- traire, ils se consolèrent.

Le même auteur ' dit encore sur cette entreprise, après le manuscrit qu'il a suivi, qu'elle paraissait très aisée, du Terrail ayant résolu de l'exécuter dans le temps que l'on fait dans Genève le roi de l'arquebuse, parce qu'alors le peuple est presque tout en Plainpalais, et que les soldats qui seraient entrés pouvaient être pris pour des enfans de la ville qui portent alors les armes, de sorte qu'il n'aurait pas été difficile aux gens de du Terrail de fermer les portes au peuple qui était dehors.

11 paraît bien, par ce qu'on a dit ci-dessus, que Monsieur de Lesdiguières avait fort à cœur de sauver cet homme-là ; mais on verra par la suite de cette Histoire qu'il ne laissa pas de continuer d'être ami de la République. S'il est vrai, comme le dit Spon, que Messieurs de Genève furent blâmés par quelques- uns de celte exécution, il est cerlain, d'un autre côté, que leur conduite fut approuvée par le roi de France; c'est ce (jui paraît par les registres publics ', qui portent que ce prince, ayant appris la détention de du Terrail, avait témoigné au sieur de Ghapeau- rouge, qui était alors député auprès de sa Majesté, qu'il était bien

R. G., vol. 1U6, f" 77 (22 avril I. ' Ibid.

Voir le registre de la compagnie des pas- * R. C, vol. 106. 91, rapport de

leurs, vol. D, p. 311 (28 avril). Ghapeaurouge, du 19 mars.

- Histoire de Genève, t. I, p. 472.

lÔOg TENTATIVE DES CATHOLIQUES A LANCY. I7

aise de la dt^couverte de son entreprise, et qu'il trouva que Messieurs de Genève avaient, bien fait de le condamner à la mort.

Au surplus, il est difficile d'accorder ce que dit le même auteur, que du Terrail se proposait d'exécuter son entreprise le jour du roi de l'arquebuse, avec l'article du projet rapporté ci-dessus, que son dessein était de profiler de quelque forte bise pour faire arriver brusquement ses bateaux chargés de soldats dans Genève. Le duc de Savoie ne voulant point passer pour auteur de cette entreprise, la fit désavouer ' par son ambassadeur à la diète de Baden en Suisse.

La seig-neurie de Genève possédait dans ce temps-ci un temple à Lancy, situé sur terre de Chapitre, et qui est une des quatorze cures qui lui sont cédées par le départ de Bâle. Cet édifice, pour le dire en passant, étant depuis tombé en mine, on a nég-lig'é de le rebâtir, et comme il y a dans ce village des endroits qui sont sous la souveraineté de Savoie, les catholiques y ont fait élever de nos jours une chapelle l'on dit la messe. Le zèle de relig-ion avait déjà porté en 1609 deux capucins à entreprendre de la rétablir dans le temple qui subsistait alors, mais sur l'avis que Messieurs de Genève eurent de leur dessein', et qu'ils étaient dans une maison de Lancy, du fief de Chapitre, ils attendaient pour aller bénir l'église, ils y envoyèrent Pierre Fabri, ancien syndic, et Gallatin, conseiller, pour les saisir et les faire répondre sur ce fait. Ils les trouvèrent qu'ils rentraient dans cette maison, après en être sortis, voulant s'y maintenir et y dog-matiser. Ce qui donna lieu au Conseil', sur le rapport que lui en firent ses commissaires, de les renvo^'er à Lancy pour faire demander pardon à ces capucins, de la faute qu'ils avaient faite d'être rentrés sur le fief qu'ils savaient appar- tenir à la Seigneurie et d'y avoir dogmatisé, ce qui était contre le traité de Saint-Julien, qui porte que toutes choses doivent demeurer en l'état qu'elles étaient avant la guerre de iSSg. Ce qui fut exé- cuté. Les commissaires du Conseil exigèrent même de ces deux

' R. C. vol. 106, fo 130 (19 juillet). = Ibid., fos 86 vo, 87 (12 mai).

Voir aussi Eidg. Abschiede, t. V, part. 1, ' [bid., fo 87 (même jour après dîner).

p. 933, diète de Baden. du 28 juin 1609. {Note des éditeurs. )

T. vu 2

l8 ESSAI DE SIMPLIFIER LA FRONTIERE AU PAYS DE GEX. 1 6o()

religieux un acte par écrit qui contenait la reconnaissance de leurs fautes.

C'est ainsi que, dans des temps tels que ceux-ci, l'on était fort aigris les uns contre les autres, et les Savoyards formaient de fréquentes entreprises contre la ville de Genève, on en usait à leur égard, quand ils y donnaient lieu, selon la rigueur de la loi et sans les ménager beaucoup.

La République possédait au pays de Gex, en souveraineté, diverses terres en différens villages, entremêlées avec celles dont le roi de France est souverain, ce qui donnait lieu à bien des diffi- cultés et à des contestations fort vives avec les officiers de ce bail- liage. Les deux tiers, par exemple, du villag-e de Ghallex apparte- naient à Messieurs de Genève; le baron de Lux, gouverneur de Bourgogne, étant venu ' au mois de septembre de cette année dans ce pays, pour établir des cures dans quelques villages il n'y en avait pas encore, et en particulier dans celui de Ghallex, on lui envoya Savion et Anjorrant, anciens syndics, à Gex, pour le com- plimenter et le prier de ne le pas faire, parce que la plus grande partie du village appartenait à la Seigneurie. Il promit qu'il sus- pendrait l'exécution de la commission qu'il avait à cet égard. Il ajouta de plus que, comme le mélange des terres donnait lieu à bien des difficultés, il croyait que, pour les prévenir, il conviendrait de faire un échange avec sa Majesté de ces terres avec d'autres qui seraient plus près de la ville, et contiguës à celles que la Seigneurie possédait actuellement.

Gette ouverture ayant été rapportée au Conseil, elle lui fit beaucoup de plaisir. On renvoya les mêmes commissaires ' au baron de Lux pour le remercier et le prier de contribuer à la faire réus- sir. 11 accorda une lettre à cachet volant pour sa Majesté', par laquelle il disait que dans la visite que Messieurs de Genève lui avaient fait faire, il avait dit à leurs députés que les officiers du roi se plaignaient des difficultés qui arrivaient tous les jours entre les seigneurs de cette ville et eux, et qu'ils croyaient que les Gene-

' R. C, vol. lOf), f" 164 (6 septembre). s Lettre dn 19 septenilire 1609, copiée

' IbUl., fo 167 vo (H septeml)re). an P. H. 2396.

iGiO LE ROI DE FRANCE s'y OPPOSE. I ()

vois entreprenaient sur les droits et autorités de sa Majesté; que là-dessus Messieurs avaient offert de lui faire voir qu'eux-mêmes étaient vexés par les officiers de France, connaissance dans laquelle il n'avait pas voulu entrer, s'étant réservé de prendre la hardiesse de dire au roi qu'il importait à son service de donner pouvoir à ceux qu'il trouverait à propos, afin de terminer toutes ces diffi- cultés, de faire des échanges de ce qui accommoderait sa Majesté et qui appartient à Messieurs de Genève, contre des terres de France qui leur pourraient convenir, échanges qui contribueraient au repos des sujets et ferait plaisir à la République.

Messieurs de Genève envoyèrent cette lettre à la cour ' et firent solliciter la commission dont il s'agissait par un agent qu'ils y avaient. Mais cette affaire ne put pas réussir, le roi n'ayant pas voulu entendre parler pour lors d'aucune proposition d'échange'.

Je trouve que cette année i6og, on condamna deux polygames à la mort'. Un nommé IVIatthieu Barges fut condamné à être pendu, pour avoir épousé deux femmes dont il avait abandonné et chassé la première, avec une fille conçue en leur mariage; el une nommée Marie Mauclan fut condamnée à être noyée pour avoir épousé deux maris et commis divers adultères.

Au commencement de l'année 1610, l'on eut divers avis de quelques entreprises qui se méditaient contre Genève. Le 6 jan- vier, le sieur de Rochebrune, gentilhomme français, passant par celte ville en revenant de Turin, dit' que le duc de Savoie n'avait pas abandonné celle qui avait été projetée par du Terrail, et que ce prince lui avait dit à lui-même qu'il voulait y venir en personne; qu'on se proposait de faire glisser dans la ville, un jour de foire, des gens qui mettraient le feu dans les écuries des hôtelleries ils logeraient, pour amuser le peuple, et qu'en même temps six bateaux chargés de cent hommes chacun, se trouveraient au devant des chaînes et les forceraient, après quoi, ces soldats étant entrés dans la ville, iraient d'abord à la porte, au devant de laquelle serait

' R.C.,vol. 106, fo 172 v (13 sept.). » R. C, vol. 106, 97 vo (24 mai).

3 Ibid., fo 195 (31 octobre). Cet agent > Ibid., 239 (6 janvier 1610).

était le sieur Crotte. Lettre du 31 octobre, P. H. no 2386. (Note des éditeurs.)

20 NOUVELLES ENTREPRISES DU DUC CONTRE GENEVE. iGiO

son Altesse avec ses troupes, la forceraient et, étant ouverte, ce prince, à la tête de son armée, entrerait.

Peu de jours après, on reçut une lettre de Messieurs de Zurich' par laquelle ils marquaient qu'ils avaient dans leurs prisons un de leurs sujets, nommé Rutling-er, ([ui était de retour de Turin, il avait conféré avec son Altesse de Savoie d'un dessein qui était sur le tapis, de surprendre Genève par le lac, par le moyen de quelques bateaux, sur lesquels il y aurait certaines machines propres à enlever les pieux qui ferment la ville de ce côté-là, dont ils envoyaient le modèle.

Sur cet avis Michel Barillet, ancien syndic, eut ordre d'aller à Zurich ' pour apprendre les particularités de cette entreprise de la bouche même du prisonnier qui lui dit qu'ayant été dans la nécessité de sortir du canton pour se mettre à l'abri des poursuites de ses créanciers, on l'engagea à Milan, sur la réputation il était d'avoir quelque habileté dans les mécaniques, d'aller à Turin, étant, il fut présenté au marquis de Lullin et ensuite au duc lui- même, qui lui dit que s'il voulait lui rendre service, il le récom- penserait largement; qu'il [le duc] méditait une entreprise contre Genève, pour l'exécution de laquelle il lui fallait une machine pour arracher les pieux, laquelle il lui fit voir (et dont la structure approchait de celle d'une grue) pour savoir son sentiment comme expert et qu'il indiquât les moyens de la perfectionner; sur quoi, voyant l'usage qu'on en voulait faire, il fit mine de n'y rien enten- dre; que cependant, y ayant fait attention, il avait si bien compris la manière dont elle était composée qu'il en avait fait le modèle qui avait été envoyé à Genève. Il ajouta que l'irritation de la cour de Turin était grande contre cette ville, qu'on n'y parlait pas moins que de tout exterminer, lors de l'exécution de l'entreprise qui se devait faire dans peu, tant par eau que par terre, et à laquelle le duc se trouverait en personne, et que ce prince lui avait dit qu'il avait un bon ami dans Genève; qu'au surplus, s'il avait promis au duc de le servir, il l'avait fait, crainte d'être emprisonné s'il

' Lettre du 14 janvier 1610, P. H. ' Rapport de Barillet, B.C., vol. 107,

no 2404. R. C, vol. 107, f" 17 (20 jan- Ta v (7 février), vier).

lOlO TRAHISON DU SAUTIER PIERRE CANAL. 2 1

eût refusé, mais qu'ayant horreur d'une telle entreprise, il était venu déclarer ce qu'il en savait à ses gracieux seigneurs, protes- tant au reste que ce qu'il disait était la pure vérité.

Il est aisé de s'imaginer dans quelles agitations les avis si fréquens d'entreprises contre Genève mettaient le magistrat, et comliien ils lui donnaient lieu de craindre qu'il ne s'en tramât à la fin quelqu'une, dont on ne fût pas averti, qui réussît. Ces appré- hensions augmentèrent quand on apprit que tout ce qui se Faisait ou disait au Conseil était d'abord su en Savoie, et qu'il y assistait tous les jours un homme qui était traître à sa patrie. Cet homme était Pierre Canal, qui exerçait la charge de sautier; Spon' dit qu'il rapportait tout à une dame de Savoie, sous des noms feints d'achat et de vente, ou d'un procès (ju'il avait à Chainbéry, écrivant par ce moyen jour par jour, sans qu'on pût découvrir le mystère, lors- que ses lettres furent interceptées ; que ne pouvant pas bien se dé- mêler des interrogations qu'on lui fit, il fut emprisonné, son procès instruit, tant pour ce crime que pour celui de sodomie, dont il fut convaincu, et pour avoir voulu enlever le Conseil par une mine.

Ce récit est un peu abrégé et n'est pas exact. On le redressera par ce qui suit, qui est tiré des registres publics ' et des procédures criminelles ' qui furent faites contre cet homme-là. Canal était fils de Jean Canal, ancien syndic, lequel avait bien mérité de la Répu- blique, et qui fut tué à l'Escalade. Il était médecin de sa profession et avait étudié dans l'université de Padoue *. Un procès qu'il avait au sénat de Chainbéry contre un particulier de Genève l'avait porté à s'y ménager des amis. De Lescheraine, juge mage de Saint- Julien, lui avait promis de l'y servir, et avait exigé en même temps qu'il l'informerait de son côté de ce qui se passerait en Conseil concernant les matières d'Etat, à quoi Canal s'engagea et lui tint en effet parole, l'ayant averti depuis plus de deux ans, tant de

' Histoire de Genève, t. I, p. i66. t. XXVIII. p. 343, à la suite du mémoire

- H. C, vol. 107, l'os 8. 17, 19, -2o, de Emile Chatelan, Le syndic Philibert

27, 30 v», 31 v», 32 (du 6 janvier au Blondel {1555-1606). {Xote des éditeurs.)

3 février). * Voir Senebier. Histoire littéraire de

3 Procès criminel 2013, dont i]uel- Genèee, t. Il, p. 118. (Note des éditeurs.)

ques fragments sont publiés dans M. D. G.,

22 CONDAMNATION DU TRAITRE. 161O

bouche que par écrit, de toutes les affaires de cette nature, et en particulier des avis que le Conseil avait des entreprises qui se tra- maient contre la République. On découvrit aussi qu'ayant été lui- même dans le secret d'une de ces entreprises, il avait promis de s'y employer et d'exécuter une commission particulière qui lui serait donnée pour la faire réussir, qu'il avait eu des liaisons très particu- lières avec Philibert Blondel', que dans le temps que celui-ci em- pêchait Boymont de venir dans Genève, craignant qu'il ne déposât contre lui, Canal, de concert avec Blondel, fit ce qui fut en son pouvoir pour le tenir éloigné, et qu'une année et demie après, lorsque Blondel résolut de faire amener Boymont, Canal, qui savait le secret de cette affaire, ne le révéla point au magistrat. Il fut convaincu par ses propres confessions de tout ce qu'on lui imputait.

Le crime de sodomie fut bien un article de son procès', mais indépendamment des aveux qu'il fit à cet égard, il y en avait plus (ju'il ne fallait pour le punir de la peine capitale, pour crime de trahison. 11 fut condanmé à être rompu vif et puis brûlé à petit feu. Il ne paraît point, par la procédure criminelle qu'on tint contre lui, qu'il eût voulu enlever le Conseil par une mine. Ce fut le II janvier iGio que le magistrat eut les premiers avis des intrigues criminelles de Pierre Canal. Il fut emprisonné le 19 du même mois et exécuté à mort le 2 février suivant. Ses biens furent confisqués au profit de la Seigneurie. Il y a quelque apparence qu'il était le bon ami que le duc de Savoie avait dans Genève, dont on parla à Turin à Rutlinger. Les aveux que Canal fit sur la sodo- mie dont il était accusé donnèrent lieu à rechercher ses complices et à divers jugemens ' qui furent rendus contre eux.

On résolut d'informer le roi de France de la découverte des entreprises qui avaient été projetées depuis peu contre la ville, et de ce qui résultait des confessions de Rutlinger et de Canal. Jacob Anjorrant, lieutenant de la justice inférieure, qui fut envoyé à la

' Voir Emile Cliatelan, M. D. G., ' R. C, vol. 107, 27 (29 janvier).

t. XXVIII, mémoire cité, pp. 318 et sui- Procès criminels nos 2016, 2017,

vantes. (Note des éditeurs.) 2018, 2019. 2022 et 2031.

iOk» assassinat du roi HENRI IV. 20

cour de France pour solliciter le paiement de la subvention annuelle de soixante et douze mille livres, en fut charg-é '.

Il avait aussi ordre de faire des instances pour obtenir la sup- pression du bureau de la douane de Versoix et de voir s'il n'y avait plus lieu de rien espérer sur l'affaire de rechange proposé l'année précédente. Il obtint la subvention, fut refusé sur la demande de la suppression du bureau de Versoix, de même que sur l'échang-e; les ministres à qui il en parla lui ayant dit que les terres que le duc de Savoie avait remises au roi en échange du manjuisat de Saluées, ayant été déclarées inaliénables de la couronne, sa Majesté ne pouvait point faire d'échange avec la république de Genève des terres qu'elle demandait, dépendantes du pays de Gex, contre d'au- tres qu'elle possédait enclavées dans ce bailliage.

Anjorrant n'ayant plus rien à faire à la cour de France, était prêt à partir. Il avait pris congé du roi le i4 mai. Ce prince l'avait reçu avec beaucoup de bonté. « Asseurés Messieurs de Genève, lui dit-il, que je ne quitteray jamais mes anciens serviteurs pour de nouveaux amys, lesquels je ne cognois encor bien. Et encor que vous ne soyés mes subjects, je vous maintiendray comme si j'estois vostre père. » Ce jour même, le roi Henri IV ayant été assassiné par Ravaillac, et la face de la cour se trouvant par changée, Anjorrant renvoya son départ, pour avoir le temps de rendre ses respects au nouveau roi et à la reine régente, et écrivit à ses supé- rieurs la nouvelle de ce triste événement '.

L'on en fut extrêmement consterné dans Genève, et comme ce prince affectionnait véritablement la République, on craignit beaucoup les suites de cette mort, et qu'elle n'enflât le courage de ceux qui formaient tous les jours de nouvelles entreprises contre l'État.

Goulard et Jaquemot, deux des plus anciens pasteurs, se présentèrent en Conseil ' pour lui faire compliment de condoléance

I Instructions à Anjorrant, R. C, t. XXV, Francis De Crue, mémoire cité, vol. 107, fo 33 (0 février). Ses let- p. 663. (Note des éditeurs.) très, P. H., no 2407. Son rapport, ' Lettre du 1.5 mai, nouveau style,

R. C, vol. 107, fo9 129 vo-135. Voir aussi P. H. no 2407. R. C, vol. 107, 105 vo le récit de cette ambassade dans M. D. G., (15 mai),

= Ibid., fo 104 vo (14 mai).

2^ DEUIL PUBLIC A GENEVE. lOlO

à ce sujet de la part de leur Compagnie, et proposer la célébration d'un jeune pour marcjuer le deuil public, ce qui fui approuvé et le jour fixé au jeudi 17 mai. Il fut arrêté en même temps qu'on ferait le service divin dans tous les temples, soit de la Ville, soit du territoire, même dans ceux de Saint-Victor et Chapitre. L'on écrivit au roi et à la reine régente des lettres de condoléance et de félici- tation '. Jean Sarasin % ancien syndic, fut aussitôt envoyé à Zurich et à Berne, pour verser dans le sein de ces deux cantons alliés l'affliction dont la République était pénétrée de la perte d'un aussi grand prince, et dans l'honneur de la bienveillance ducjuel elle avait autant de part, et les prier de redoubler en celte occasion leur vigilance confédérale pour la conservation de Genève. Le même alla après cela à Soleure complimenter l'ambassadeur de France sur la mort du roi son maître. Les cantons alliés renvoyè- rent le député de Genève à une diète des cantons évangéliques, qui se devait tenir incessamment à Aarau, dans laquelle ayant eu audience, il en rapporta des assurances fort obligeantes de la part qu'ils prenaient à la situation se trouvait la République, et des dispositions ils étaient de la secourir d'une manière efficace. L'ambassadeur lui promit aussi qu'il ferait tout ce qui dépendait de lui pour la conservation de Genève, même avant que d'avoir des ordres de la cour si la nécessité était pressante.

Cependant Anjorrant ayant sollicité d'avoir l'audience de la reine pour lui faire compliment de condoléance sur la mort du roi, et de félicitation sur l'avènement du roi son fils à la couronne, et sur la régence de cette princesse, il l'obtint et l'eut fort favo- rable. Sa Majesté lui répondit qu'elle savait combien le roi son époux avait affectionné la ville de Genève, et qu'elle en userait de la même manière.

Quelques seigneurs de la cour avaient voulu engager ce député à mettre un genou en terre, en abordant la reine, qui le ferait aus- sitôt relever, lui alléguant qu'eux en usaient ainsi, à laquelle pro- position il résista comme il devait, s'étanl contenté de faire à sa

' R. C, vol. 107, fo 103 (12 mai). P. H. Son rapport, R. C, vol. 107,

^ instructions remises à Sarasin, /6ù/., fo 121 n" 2415. (4 juin), f" 100 vo (10 mai). Sa lettre du 16 mai,

l6lO LKTTHES DU ROI ET DE LA REINE REGENTE. 25

Majesté une profonde révérence. 11 partit après cela de Paris et rapporta des réponses fort gracieuses du roi et de la reine ' aux lettres que Messieurs de Genève avaient écrites à leurs Majestés sur la mort du feu roi. Elles étaient conçues en ces ternies :

Très chers et bons amys,

Nous avons pris en bonne part l'office que vous avez faict avec nous par vostre lettre du xxvi' may sur la mort du feu Roy nostre très honoré seigneur et père que Dieu absolve, avec le renouvellement de vostre affec- tion au bien et prospérité de ceste couronne. De quoy ayant receu tout contentement, nous vous asseurerons par ceste-cy que comme nous sommes bien informez de la bonne volonté que vous portoit ledict feu sieur Roy, nous vous continuerons la nostre à son imitation, et vous départirons tous- jours les effectz d'icelle aux occasions qui se présenteront de vous graliffier et protéger le bien et repoz de vostre ville, ainsy que nous avons faict dire à vostre deputté. Priant Dieu, très chers et bons amys, qu'il vous ayt en sa sainte et digne garde.

Escript à Paris le vi" jour de juin 1610.

Louis.

De Neufville. Très chers et bons amys,

Nous avons entendu par vostre lettre du xxn" may, et par ce que nous a représenté le sieur Anjoriant vostre deputté le juste ressentiment que vous avez eu de l'accident survenu en la personne du feu roy nostre très honoré seigneur que Dieu ayt en sa gloire, et la continuation de vostre affection envers le roy nostre très cher sieur et filz, dont nous avons receu conten- tement, car comme nous avons eu cognoissance de la bonne volonté qu'il a souvent faict paroistre au bien et conservation de vostre ville, nous atten- dons aussi, durant l'administration qui nous a esté commise de la personne et affaires du roy nostre dicl sieur et filz, les mesmes tesmoignages de la vostre. au bien et advantage de ceste couronne, que vous en avez renduz par le passé. Vous asseurans que nous le ferons nourrir et eslever en celle dudict feu sieur roy. ainsy que vous cognoistrez en toutes occasions et que nous avons déclaré à vostredict député, à tant nous prions Dieu, très chers et bons amys, qu'il vous ayt en sa très sainte et digne garde.

Escript à Paris, le vi'= jour de juin 1610.

Marie. De Neufville.

' P. H., no 2417.

2(î BONNES DISPOSITIONS DE LESDIGUIERES. 161O

Nous avons vu ci-dessus combien M. de Lesdig-uières avait pris à cœur l'affaire de du Terrail, et que ce seigneur, depuis l'exé- cution à mort de ce gentilhomme, passait pour être moins attaché aux intérêts de la république de Genève qu'il ne l'avait été aupa- ravant; c'est aussi ce qu'on craignait dans celte ville. Pour s'assu- rer de ses dispositions et pour le ramener à des idées plus favora- bles, s'il était nécessaire, le Conseil crut (ju'il était à propos de profiter d'une occasion qui se présentait de lui faire honnêteté. 11 venait d'arriver à Grenoble, de retour de la cour, le roi Henri IV l'avait honoré de la dignité de maréchal de France. On lui envoya au mois de mars de cette année le conseiller de Ghâteauneuf pour l'en féliciter'. M. de Lesdiguières reçut parfaitement bien cette civilité. 11 en remercia très particulièrement celui qui lui avait été envoyé, et lui offrit ses services pour la Seigneurie'.

Cette députation fut suivie de quelques autres. Sur une prière que M. de Lesdiguières avait faite à Messieurs de Genève^ d'empê- cher le passage des Espagnols qui, des diverses garnisons ils étaient en Savoie^ devaient se rendre par le Valais dans le Milanais, en joignant les soldats de la République aux troupes du duc de Savoie pour s'y opposer, en quoi ils feraient le service du roi, qui était sur ce point d'accord avec son Altesse, on envoya ' à ce sei- gneur, Jean Savion, ancien syndic et secrétaire d'Etat, pour lui faire comprendre que le meilleur service que la ville de Genève pût rendre à sa Majesté, dans les circonstances de bruit de guerre l'on se rencontrait, était de se bien garder pour éviter une sur- prise. M. de Lesdiguières trouva ces raisons bonnes, et il dit au député que, dans des affaires qui avaient été traitées depuis peu entre la P^rance et la Savoie, l'article sur lequel le duc avait le plus insisté était que le roi abandonnât la protection de Genève, voulant parler du traité de Soleure, mais qu'il ne se trouverait jamais aucun bon serviteur du roi qui voulût s'employer à une telle affaire,

' R. C, vol. 107, fo o7 yo (9 mars). P. H. no 2272. R. C, vol. 107, SS ' Rapport (le Ghâteauneuf, ibid., (28 avril). fo 60 vo (19 mars). * Inslniclioiis remises à Savion.R. C,

' Lettre du 1er mai, nouveau style, vol. 107, 83 |28 avril). Son rapport,

ibid., fo 95 (6 mai).

iGiO NÉGOCIATIONS DE MARIAGE PRINCIER. 27

VU l'importance de la ville de Genève pour le service de sa Majesté; qu'au surplus les grandes instances du duc de Savoie sur cet article faisaient voir combien les Genevois pesaient à ce prince, et qu'ils ne sauraient mieux faire que de se tenir plus que jamais sur leurs gardes et de se défier de tout.

Les affaires qui avaient été traitées entre la France et la Savoie étaient le mariage du prince de Piémont avec Elisabeth de France, fille de Henri IV. Guiclienon' dit que Jacob, que le duc de Savoie envoya au roi pour le lui proposer, demanda pour la dot la Bresse, le Bug-ey, le Valromey et Gex, et que sa Majesté renonçât à la protection de Genève, ce que le roi refusa, ne voulant constituer que la même dot qui avait été donnée à Marguerite de France, épouse d'Emmanuel-Philibert, et que, sur quelques difficultés, il renvoya l'ambassadeur en Piémont.

Les deux députations à M. de Lesdiguières dont nous venons de parler lui furent faites pendant la vie de Henri IV. Après la mort de ce prince, de Ghâteauneuf fut envoyé ' au même et à M. d'Alincourt, gouverneur de Lyon, pour leur faire compliment de condoléance sur ce sujet et savoir d'eux ce qu'ils pensaient du duc de Savoie, s'ils croyaient qu'il se voulût servir de la conjonc- ture présente pour attaquer Genève, et au cas qu'il s'y portât, ce que cette ville pourrait espérer d'eux. M. de Lesdiguières fut sen- sible à cette honnêteté et répondit au sieur de Ghâteauneuf ' que Messieurs de Genève ne devaient pas craindre que le duc les atta- quât par la force ouverte, que le roi et la reine lui avaient ordonné, savoir à lui, de Lesdiguières, de les assister en toute occasion, à quoi son inclination le portait, par [la raison de] la religion qu'il avait commune avec eux, et par celle de l'importance dont la ville de Genève était à la couronne de France.

Le sieur de Ghâteauneuf étant allé de Grenoble à Lyon, vers M. d'Alincourt, ce seigneur lui témoigna prendre fort à gré sa

' Histoire généalogique de la Royale Instructions remises à Ghâteauneuf, Maison de Savoye, édition de Lyon^ 1660, P. H. 2414. t. I, p. 793. ' Rapport de Ghâteauneuf, R. G.,

« R. G., vol. 107, 1113 (12 mai). vol. 107, fo 108 vo (22 mai). P. H.

no 2414, lettre du 14 mai.

28 GENÈVE s'alarme DES MENEES DU DUC. 161O

dépùtalion, et lui dit qu'il avait reçu des ordres très exprès de leurs Majestés de veiller à la conservation de la ville de Genève.

On envoya' encore au mois de juillet le même de Giiâteauneuf à M. de Lesdig-uières, sur un avis venu de sa part', qu'il était à craindre que des troupes qui étaient dans le Milanais ne vinssent fondre sur Genève et sur le pays de Vaud, et pressentir de lui ce que cette ville pourrait attendre de son secours en cas de nécessité. Ce seig-neur lui répondit ' «ju'il ne doutait pas que le duc ne fut d'ac- cord avec le roi d'Espagne, et qu'il n'eût l'armée à sa disposition, que cependant la saison étant avancée et le comte de Fuentès étant mort, il était difficile qu'on assiégeât Genève cette année, que pour prévenir ce malheur. Messieurs de Berne feraient bien de mettre une armée sur pied, et Messieurs de Genève d'avoir aussi des troupes, mais qu'il leur convenait surtout de sonder les intentions de la reine, puisque, sans son ordre, il ne pouvait point leur envoyer de secours, ettjue le pape devait faire prier cette princesse de ne se point mêler de cette affaire, mais de laisser agir l'Espa- gnol et le Savoyard contre Genève.

De Chàteauneuf, de retour de Grenoble, ayant fait le rapport de sa commission à ses supérieurs, fut aussitôt envoyé en Suisse ' pour en informer les deux cantons alliés et les prier de se joindre à Messieurs de Genève pour demander par une députation, dans une conjoncture si dangereuse, l'assistance de la France. La pro- position de députer n'ayant pas été de leur goût % ils parlèrent de pourvoir à la sûreté de Genève à forme de ce que prescrit le traité de Soleure. Ce qui détermina ce député à aller dans cette ville auprès de l'ambassadeur de France % pour lui faire part de l'intention des seigneurs de Zurich et de Berne, et savoir sa pensée là-dessus.

Ce ministre lui répondit que l'argent que le roi était oblig'é de fournir par ce traité était prêt, et qu'aussitôt que Messieurs de Zurich, de Berne, de Soleure et de Genève seraient d'accord entre

R.C.vol. 107, fo 15.5 vo (18 juillet). * Ibid.. 160 (30 juillet).

^ Apporté au Conseil par le ministre P. H. 2421.

de Lesdiguières, Botterou. Ibid., 1.S5 s Rapport de Ctiâteauneuf , ibid.,

(18 juillet). (Note des éditeurs.) fo 170 (14 août).

^ Rapport de Chàteauneuf, ibid., " Eustache de Refuge, ambassadeur

f" 159 (30 juillet). en Suisse de juin 1607 à septembre 1611.

■(^'O SECOURS DE SUISSE ET DE FRANCE. 2Q

eux, il dépêcherait en cour, pour recevoir des ordres sur la déli- vrance des deniers. Mais il lui ajouta en même temps que les sei- gneurs de Soleure étaient mal satisfaits de ce qu'on ne s'adressait point à eux et qu'ils parlaient de se dég-ag-er du traité.

De Ghâteauneuf étant revenu à Genève rapporter l'état des choses et recevoir sur cet état de nouvelles instructions, eut ordre de retourner à Soleure ' pour se présenter devant les seigneurs de ce canton, afin de savoir d'eux leur intention sur les engagemens du traité de Soleure, et après avoir passé par Aarau % il y avait une diète des cantons évangéliques, il devait pressentir des députés de Zurich et de Berne s'ils trouveraient bon qu'il eût audience de Messieurs de Soleure, ce qu'ayant fait et ces députés y ayant donné les mains % au cas que l'ambassadeur de France y con- sentît, il se rendit à Soleure, et du consentement de ce ministre ' il eut audience du conseil. Dans cette audience, après avoir rappelé letraité de i57y, les engag-emens des parties qui l'avaient contracté, enfin l'entrée du canton de Zurich dans ce traité en i6o5, il pria Messieurs de Soleure, de la part de ses supérieurs comme il avait ordre de faire la même prière à Messieurs de Zurich et de Berne, de s'employer auprès du roi de France, ou envers son ambassadeur en Suisse, à ce qu'il plût à sa Majesté, dans une circonstance aussi périlleuse que celle la ville de Genève se rencontrait, faire con- signer les sommes promises par ce même traité, sans attendre que le danger devînt plus pressant.

On lui répondit que les seig-neurs de Soleure se détermine- raient sur sa demande,- aussitôt qu'ils auraient réponse des sei- gneurs de Berne sur certaines conditions qu'ils souhaitaient qui fussent ajoutées à leur égard dans le traité. Gette réponse déter- mina de Ghâteauneuf à passer à Berne, il apprit que Messieurs de Soleure prétendaient : que, comme par le traité ils étaient obligés de fournir la moitié des compagnies de secours, et Berne l'autre moitié, eux de Soleure devraient toujours fournir leur

' R. C, vol. 107, fo 171 (14 août). » r c.. vol. 107, fo 174 (24 août).

' Eidg. Abschiede, t. V, part. 1, rapport de Château neuf, p. 1018, diète du 26 août, nouveau style. •• P. H. n" 2423. lettres de Refuge.

(Note des éditeurs.)

3o SOLEURE REFUSE SON AIDE. 161O

moitié, soit qu'il entrât dans le traité d'autres cantons, soit qu'il n'y en entrât pas; que c'était aux trois états, France, Berne et Soleiire, qui sont les premiers engagés par le traité, à examiner si la guerre était nécessaire ou si elle ne l'était pas, ce qui devait être déterminé par la plus g-rande voix ; 3" que, comme il était du droit de toutes les nations qui envoient de leurs troupes dans les pays étrangers d'y avoir le libre exercice de leur religion, ils entendaient qu'au cas qu'il leur fallût envoyer une g-arnison dans Genève, il leur fiU permis d'y mener des prêtres, pour faire le service divin et avoir soin des malades et des blessés; qu'à ces conditions Messieurs de Soleure étaient dans la disposition d'exécuter le traité et de se joindre à Messieurs de Berne pour solliciter la consignation des treize mille écus.

De Châteauneuf revint de Berne à Genève. Le Conseil, après qu'il lui eut fait le récit de sa gestion, ayant réfléchi sur les nou- velles conditions cpie Messieurs de Soleure voulaient ajouter au traité, ne les goûta point', ce qu'ils écrivirent aussitôt aux sei- gneurs de lîerne'. Et de celle manière toute cette négociation fut rompue. Nous avons déjà vu ci-dessus qu'en 15^2 % une condition semblable à la troisième de celles dont on vient de parler avait empêché qu'il ne se conclût une alliance avantageuse à la Répu- blique avec les cantons de Fribourg et de Soleure.

Spou ' rapportant sur cette année avec peu d'exactitude, après l'auteur qui lui a servi à bien des endroits de mauvais guide, un fait (jui regarde un des magistrats de Genève ° de ce temps-là, auquel la République avait déjà alors de grandes obligations et qui la servit depuis très utilement, nous ne pouvons pas nous empêcher de le reprendre ici. «Un Italien, dit cet auteur, nommé Giovani venant de Rome, maintint qu'un certain du Conseil étoit traitre, et qu'il avoit vu son portrait dans le cabinet du duc, ce qu'il pouvoit très-bien vérifier. Comme on lui eut représenté ce

1 R. C, vol. 107, fo 182 vo (3 sept.). 3 Tome V, pp. 87 et 88.

2 Voir au Copie de lettres, vol. 18, * Histoire de Genève, 1. 1, p. 474. une feuille sans date ni adresse, suivant s Jean Sarasin, ancien syndie, auteur une lettre à Sarasin, du 22 août IfilO. du Cilnâin. {Note, de V auteur.)

(Note des éditeurs.)

l6lO JEAN SARASIN ACCUSÉ DE TRAHISON. 3l

seigneur dont on croyoit qu'il [)arloit, il dit que ce n'étoit pas celui-là, ce qui le fit condamner à être pendu comme calomniateur et faux témoin. On reconnut depuis, ajoute-t-il, qu'on avoit donné un jugement trop précipité, puisqu'il y en avoit deux dans Genève du même nom et surnom, dont l'un frequenloit fort en Savoye. Le procureur général requit que la faute fût reparée, et le procès poursuivi à la forme des instructions ; mais parce que celui-ci étoit mort, on ne voulut pas passer outre. »

Celui que Spon appelle Giovani n'était pas Italien. Il s'appe- lait Jean Mollier et était dans Genève, il eut le fouet public pour larcin en i6o5'. Depuis, il alla en Italie, il embrassa la religion romaine, pour laquelle il faisait fort le zélé. Après quoi il entra dans divers complots qui avaient été faits contre sa patrie, désirant ensuite de revenir, il fit mine de s'intéresser pour sa conservation et d'avoir à révéler des entreprises qui avaient été faites contre Genève. Etant par venu à bout de rentrer dans cette ville, il ne tarda pas, par sa mauvaise conduite, à s'en faire bannir En haine de ce bannissement, et pour se venger d'un magistrat qu'il estimait y avoir le plus contribué, il revint à Genève dans l'intention de l'accuser, comme il fit, d'infidélité envers l'État, et après cela de se retirer de la ville. Ensuite, ayant été saisi', il avoua que ce qu'il avait avancé contre ce magistrat était une calomnie, pour laquelle, et pour avoir trempé comme il confessa de l'avoir fait dans des entreprises contre sa patrie, il fut con- damné à être pendu et ensuite écartelé. Ce qui fut exécuté le 20 août iGio'. Au surplus, il ne paraît point, par les registres publics, qu'on se repentit du jugement rendu contre Mollier et que le procureur général fit aucune démarche pour le faire réparer.

Les craintes de diverses entreprises l'on fut pendant le cours de cette année engagèrent le Conseil ' à faire travailler avec vigueur aux fortifications sous la conduite du sieur de la Noue,

' Nous n'avons retrouvé qu'un procès ÎVons n'avons pas retrouvé son procès de

qui lui fut fait en 1606 pour larcin et par 1610 aux Archives. (Note des éditeurs).

lequel il fut à la fois condamné au fouet ^ R. C, vol. 107, 171 (20 août),

et banni. Procès criminel 1867. (Note * Séance du Conseil des Deux-(^ents,

des éditeurs.) R. C , vol. 107, f" 1.54 V (18 juillet).

-■ R. (',., vol. 107, fo Wt (17 juillet).

32 GENÈVE MENACÉE d'uN SIEGE. iGiO

qu'on avait appelé dans Genève ' pour cet effet, et qui en partit sur la fin de l'été '.

Il paraît aussi, par les registres publics et les procédures criminelles, qu'on fit cette même année le procès à diverses sorcières \

Les craintes l'on avait été pendant l'année 1610 des des- seins du duc de Savoie augmentèrent beaucoup vers la fin de cette année. La mort du roi Henri IV enfla le courage de ce prince et lui fit concevoir de grandes espérances et beaucoup plus de facilité qu'auparavant de se rendre maître de Genève. Aussi avait-on des avis de toutes parts ' que le duc de Savoie taisait passer tous les jours de nouvelles troupes deçà les monts, que Genève devait être dans très peu de temps assiégée et que, cette ville conquise, le pays de Vaud serait attaqué °. Ces bruits étaient d'autant plus plausibles que le duc qui, peu de temps auparavant, avait eu quelque crainte du côté des Espagnols, s'était accommodé avec eux et que pour- tant, nonobstant cela, les armées restèrent sur pied dans le Mila- nais, en Piémont et en Savoie, que ce prince augmentait ses troupes par de nouvelles levées, et que l'on apprit dans le même temps" par le sieur de la Baume, gouverneur de Lyon, que l'am- bassadeur de France à Turin lui avait écrit qu'il savait certaine- ment que le duc avait dit à des personnes de considération qu'en- core qu'il eût fait son traité avec l'Espagne, il n'avait pas voulu congédier ses troupes, mais qu'il les gardait pour les employer ailleurs, en une bonne affaire qui ne pouvait être, selon le senti- ment de cet ambassadeur, qu'un dessein contre Genève et les Suisses.

Les bruits de guerre devinrent tous les jours et plus fréquens et plus précis au commencement de l'année suivante', ce qui porta les seigneurs de Genève à prendre, et au dedans et au dehors.

1 R. G., vol. 107, fo 99 (8 mai). ' Ibid.. 23.5 (23 décembre).

- Ibid., fo 182 (31 août). « Ibid. (même jour).

» Proi'ès criminels nos 2028^8, 2032, R, C, vol. 108, f 0 9 vo, 19 vo,

2033, 2037, 2039, 2040, 20i2, 20.52. 32 vo, 39 v», 42 vo, 48 (du 7 janvier au

» R. C, vol. 107. H iriS, 18.T (18 12 février 1611). juillet et 8 septembre).

lOlI JEAN SARASIN DÉPUTK A IJEKNK. 33

toutes les mesures nécessaires pour se garantir contre les desseins de leur ennemi. Anjorrant avait été envoyé en France dès le mois d'octobre, avec ordre de prier sa Majesté de faire sentir à la Ré- publique, en cas de guerre, les elFets du traité de Soleure, de prier le sieur de la Noue de venir dans Genève, enfin de pressentir les députés des églises réformées de France sur le secouis que pourraient fournir ces églises en cas de guerre '.

D'un autre côté Jean Sarasinfut envoyé à Berne', pour verser dans le sein des seigneurs de cette ville les justes craintes de ses supérieurs, et les prier, dans cette circonstance, de pourvoir, selon leur zèle pour la République, leur alliée, et l'intérêt qu'ils avaient à sa conservation, à ce qui serait nécessaire pour sa défense. Comme, pour parvenir à ce but, la Ville avait besoin de troupes de secours et qu'elle était hors d'état d'en faire la dépense, il leur demanda qu'il leur plût y pourvoir soit par leur libéralité, soit en vertu du traité de Soleure dont leurs Excellences sauraient bien poursuivre l'exécution.

Il avait ordre aussi de leur demander une provision de poudre et enfin de les prier d'établir dans Genève un magasin de blé, lequel, en cas de siège, fournirait une provision assurée pour l'entretien des troupes de secours qu'ils enverraient. Pour porter les seigneurs de Berne à accorder ces articles, Sarasin leur représenta diverses considérations importantes. 11 leur dit que si ses supérieurs vou- laient prier le Conseil du roi de France de leur donner une garnison de mille hommes soudoyés par sa Majesté, et d'établir dans leur ville lin arsenal et un magasin de blés et de farines, ils n'auraient pas de peine à l'obtenir, puisque, à l'égard d'un arsenal, le feu roi en avait déjà offert un, mais que les conséquences de tels élablisse- mens étaient trop dangereuses et qu'ils aimaient mieux recevoir moins des seigneurs de Berne par leur libéralité que beaucoup plus d'ailleurs ; qu'encore que ce qu'il demandait regardât direc- tement et principalement l'intérêt de Genève, cependant celui des

< R. C, vol. 107, fos 189, 191, 194 = R. C, vol. 107, i" "233 vo (25 dé-

(17, 25 septembre et 2 octobre 1610). cambre). Instructions remises à Anjorrant et ses lettres, P. 11., 2424.

T. VII 3

34 RÉPONSES DKS BEHNOIS. 161I

seigneurs de Berne s'y rencontrait, puisqu'en faisant, par une sage prévoyance, de la dépense pour cette ville, ils épargneraient pour eux-mêmes; que, tandis qu'elle serait conservée dans l'état qu'elle était, l'ennemi ne se jetterait jamais sur le pays de Vaud, parce qu'en le faisant, il laisserait, contre toutes les maximes de la guerre, un rempart derrière lui, ce qui ne lui conviendrait nullement; qu'au surplus, il ne fallait pas attendre l'extrémité et que le dan- ger fût arrivé, comme lors de l'Escalade, et qu'il valait mieux pécher par un excès de prévoyance que par une sécurité condam- nable et qui entraînerait après elle un malheur à jamais irrépa- rable ; enfin que si leurs Excellences lui accordaient ce qu'il leur demandait très humblement, elles useraient du pouvoir que Dieu leur a donné suivant les vues qu'il s'est proposées, qui sont qu'entre les Etats comme entre les particuliers, ceux qu'il a élevés sur les autres par leur pouvoir et leurs richesses leur en fassent parf cha- ritablement pour le bien de la société et pour entretenir la corres- pondance qui doit être entre les grands et les petits.

Sarasin ' fut refusé sur l'article d'un grenier à blé dans Genève. A l'égard de la provision des poudres, on lui dit que les cantons évangéliques y avaient pourvu à la dernière diète tenue à Aarau ' ; ceux de Zurich et de Berne s'étant engagés à en fournir gratuitement chacun vingt-cinq quintaux et Messieurs de Bâie et de Schaffhouse chacun quinze ; qu'à l'égard du secours, leurs Excellences étaient prêtes à envoyer six cents hommes dans Genève, d'abord que cette ville les voudrait avoir, en leur avançant douze cents écus pour leur solde, et qu'ils avaient envoyé à Zurich, pour prier les seigneurs de ce canton de faire tenir au plus tôt la journée qu'ils voulaient assigner à Soleure, pour porter l'ambas- sadeur de France à déposer l'argent par le traité de liJyg; qu'enfin leurs Excellences croyaient que leurs alliés de Genève n'étaient pas en aussi grand danger qu'ils le voulaient faire croire, et qu'en cas d'attaque, ils ne manqueraient pas de défendre leur liberté de toutes leurs forces.

' Rapport de Sarasin, R. (;., vol. 108, * Le 21 décembre 1610, nouveau style,

fo 1 vo-8 vo (6 janvier 1611). voir Eidq. Abschiede. t. V, part. 1. p. 1039.

lui JEAN SARASIîV A SOLEIJRE.

Sarasiii iil le rapport de sa gestion à ses supérieurs le 6 jan- vier; ce même jour-là, Messieurs de Genève ayant eu avis des seigneurs de Zurich ' (ju'ils avaient assigné la journée à Soleure pour le i5, Sarasin fut nommé pour s'y rencontrer de leur part. Y étant arrivé', il rendit aussitôt visite à l'ambassadeur de France, lei[uel lui parla de cette manière sur le traité de Soleure.

Nous faisons pour vous, lui dit-il, tous les ans mesmes en temps de paix plus que ledit traitté ne porte par le moyen des 24 mille escus, on ne peut pas faire l'un et l'autre, et faut que ces Messieurs de Berne se résolvent à mettre la main à la bourse pour vous, je le leur veux bien faire entendre, et comprendre que nous ne sommes intéressez envostre conservation qu'en conséquence d'eux, et qu'ils y ont plus d'interest cent fois que la France.

Les députés de Zurich et de Berne étant arrivés^ ils allèrent à M. l'ambassadeur et Sarasin les y accompagna. Ils prièrent ce ministre, de la part de leurs supérieurs, de consigner les treize mille écus portés par le traité de Soleure, vu les conjonctures dan- gereuses où la ville de Genève se rencontrait, et nonobstant les difficultés que les seigneurs de Soleure avaient élevées depuis quelque temps, d'autant plus que les seigneurs de Zurich étaient entrés dans ce traité en l'année i6o5, à la sollicitation de M. de Caumartin, qui était alors ambassadeur.

M. de Refuge répondit que puisque Messieurs de Soleure étaient compris au traité, et ceux-là même entre les mains desquels les deniers devaient être consignés, il ne pouvait passer à l'exécu- tion de ce traité à leur insu et sans qu'ils y intervinssent, de sorte qu'il était d'avis que les envoyés de Zurich et de Berne s'adres- sassent à Messieurs de Soleure, et les priassent d'entrer en confé- rence sur cette affaire. Ce qu'ils firent. Mais ils n'eurent d'autre réponse que celle-ci, que ce canton ne voulait entendre parler d'aucune conférence et se tenait à la déclaration qu'il avait envoyée il n'y avait pas longtemps à Berne. Cette réponse ayant beaucoup déplu aux envoyés des deux cantons alliés de Genève, ils insis-

' R. G., vol. 108, 9 (6 janvier). janvier). P. H., n" 2432, ses lettres au

' Rapport lie Sar.isin. ihid., {<• 26 (23 Conseil.

36 NOUVEL APPEL AUX BERNOIS. I (i I I

tèrenl à en avoir une plus favorable, mais les seigneurs de Soleure s'affermirent à celle qu'ils avaient faite.

Dans cet état des choses, n'étant pas possible de pourvoir à la défense de Genève par le traité de Soleure, Sarasin pria instamment les députés de Zurich et de Berne d'obtenir de leurs supérieurs que les six cents hommes qui étaient destinés pour le secours de celte ville fussent entièrement soudoyés par eux au cas que Messieurs de Genève fussent obligés de s'en servir avant que le roi eût pourvu à l'exécution du traité de Soleure. Ils lui répon- dirent qu'ils avaient ordre de leurs supérieurs de lui dire qu'ils ne pouvaient fournir que les deux tiers de la solde des six cents hom- mes, en quoi ils faisaient plus que ce à quoi ils étaient obligés par le traité de Soleure, et que Messieurs de Genève se devaient disposer à payer l'autre tiers de cette dépense.

Cependant les avis des entreprises du duc de Savoie contre Genève et des préparatifs que ce prince faisait pour cela et pour se rendre maître ensuite du pays de Vaud, et de l'approche des trou- pes pour l'exécution, devenaient tous les jours plus fréquens. Mes- sieurs de Genève indiquèrent à ce sujet un jour de jeûne et d'humi- liation extraordinaire pour le 7 février ' . Us envoyèrent aussi à Berne Jean Sarasin', pour émouvoir les seigneurs de ce canton et les solliciter vivement de décharger entièrement la République de la solde des six cents hommes de secours. Le discours' pathétique et pressant qu'il leur fit mérite d'avoir place dans cette Histoire :

Magnifiques, puissants et très honorez Seigneurs, très chers alliez et confederez, bons voysins, singuliers amis, .Messeigneurs et supérieurs saluent très affectueusement vos Seigneuries par moy et par leurs lettres en gênerai et en particulier, avec offres de leur humble et volontaire service, et ont jugé nécessaire de me renvoyer en diligence vers vos Seigneuries sur les urgenlz et véritables ad vis qui ont esté donnez depuis peu de jours et à vous et à eux, de très bons et asseurez lieux, touchant les approches et desseins de nostre commun ennemy. Il n'est plus question de mettre en doute sy le duc de Savoye osera entreprendre, s'il en aura les moyens, s'il s'adressera contre les alliez de la France, s'il usurpera les passages, s'il est d'accord avec le

' K. C, vol. 108, 38 (4 février). (12 février). Voir ci-dessous, p. 38, n. 1, ' Ibid., fo 33 (liîi" février). une remarque coacernant les deux parties

' Rapport lie Sarasin, ibid.. 49 v" de ce discours. {Note des éditeurx.)

l6ll IJISCOUKS DE SAKASIiN A BER3JE. 37

roy d'Espagne pour à son aide et ombre attenter contre les estais voysins. Le tout n'est que trop clairement m;inifeste. Il n'y a plus de feintise, le mas- que est levé, nous sommes à la guerre : In ligue contractée nouvellement entre le pape, l'empereur, le roy d'Espagne, les princes d'Austriche et celuy de Savoye nous donne assez de subject pour y penser et pour le croire. La mort d'Henry le grand, de très haute et très heureuse mémoire, leur pro- met je ne sçay quelle facilité à laquelle pendant sa vie et pour la terreur de ses prouesses ils n'osoient seulement penser. Et toutesfois Dieu nous fait ceste grâce que l'alarme nous est donnée de bonne heure, à celle fin de n'estre point surpris. Les advis et les rapports derniers de ceux qui ont recogneu les troupes ennemies portent qu'elles repassent desja deçà les monts et qu'encores que l'Espagnol ayt desarmé à Milan, surtout quant aux Suisses et Allemans, néantmoins le duc, lequel on esperoit devoir aussy par après désarmer, augmente journellement ses troupes de toutes sortes de nations qui luy sont maintenant bonnes et qu'il enrolle indilïeremment. Mesmes il a receu les trois mille Espagnols naturels (jui estoyent au Milanois, a retenu et asseuré tout à fait quebiues régiments françois et iceux payé par avance. Le Gaucher avec une partie des siens est près de luy, payé et recompensé : Quelques petardiers expérimentez luy sont arrivez de la part de l'Archiduc et ont esté veus par gentz dignes de foy. Bref ils se promettent telle facilité et succez en leur aggression bien prochaine contre Genève et vostre pays de Vaux, qu'ils ne s'en cachent point, et vos amis et les nostres prez et loin en sont en très grande peine et anxiété et nous exhortent par messages exprez de pourvoir promptement à nostre seurté et de prier vos Seigneuries de faire de leur costé tout ce que le devoir des armes et la commune conser- vation requièrent. Plusieurs s'esmerveillent que desja la frontière de vostre pays prez de Nion et Morges ne soit garnie de quelques milliers d'hommes (|ui doubleront et tripleront par le bruit, et qui tiendront en cervelle l'en- nemi et par avanture luy feront changer d'entreprise. Il ne sera pas temps d'y accourir quand ils voudront entrer, dix hommes qui attendent vaudront contre cinquante et le grand nombre surpris est surmonté par le moindre. Par la prévoyance vous préviendrez de grands maux, et par une despence avantcourierequi profitera cent fois plus qu'une contrainte et forcée. Parainsy combien que Messeigneurs ne doutent point de vostre courage, bonne reso- lution, prudence et constance, néantmoins pour ce que nous sommes tes- moins du danger, plus prochains et oculaires, ils ont jugé estre de leur devoir de joindre aux prières qu'ils font à Dieu pour la cause commune ceste amiable proposition ; car en la perte de vostre pays se présente bientost celle de Genève, et en celle de Genève celle de vostre pays ; nous sommes en mesme bateau, en mesrae danger, avons à combattre un mesme ennemy et à luy résister jusqu'à la dernière goutte de nostre sang par mesme foy, mesme constance et religion, pour soustenir le service d'un mesrae Dieu,

38 DISCOURS DE SARASIN A BERNE. 1 (5 1 I

guarantir nos libériez, nos vies et celles de nos femmes et enfants : bref il s'agist (le vostre tout et du nostre. Il ne nous pourra jamais être reproché (jue nous n'ayons dit et fait tout nostre possible pour destourner tous événements sinistres et conserver ceste liberté qui est plus pretieuse que ny or, ny argent. Les temps sont changez; les révolutions ordinaires en ce monde, les diverses causes des jugements de Dieu nous doivent faire appré- hender les mutations et renversements de ce que l'on cuide estre le plus asseuré.

Et pour ce qui concerne le renfort particulier de la garnison de nostre ville, nous avons dilferé jusqu'icy d'y appeller les 600 hommes ordonnez par vos Seigneuries pour ce que nous n'avons aucunement les moyens de sol- doyer la tierce partie à laquelle cy-devant vos Seigneuries avoyent désiré nous réduire. Nous le déclarons sans feintise, vostre interest si prochain et si exprez nous guarantist du blasme d'importunilé ou d'incivilité; je laisse à part les liens estroitz d'alliance et de religion. Plusieurs estrangers seroyent très contents et pressent d'y venir et d'y demeurer à leurs despens, mais nous y trouvons du danger pour les raisons que vos Seigneuries peuvent assez présumer, par' leur prudence. Je n'en dis point d'avantage. Messei- gneurs donc vous supplient au nom de Dieu vouloir, à l'exemple des plus grands qui subviennent aux moindres, contribuer plus oulre de vos moyens à nostre ayde et assistance : le tiers seul que vous offrez seroit mesme moindre que ce que vous supporteriez par les alliances si nous avions moyen d'y satisfaire de nostre costé. II n'est point question de l'entretien d'une armée, il s'agist tant seulement du soldoyement de quatre centz hommes, puis que les magnifiques seigneurs de la ville et canton de Zurich, les moins intéressez, vos et nos très chers alliés, sont contents de soldoyer les autres deux centz. Vous ratïermirez. Messeigneurs, par ceste resolution les courages d'un peuple de Genève, lequel autrement pourroit estre con- traint recercher ailleurs tels moyens de sa conservation qu'ils vous pour- royent tourner avec le temps à conséquence préjudiciable. Nostre garde, c'est la garde de vostre pays, nos veilles sont vos veilles. En la moindre de vos places vous ne voudriez pas loger et entretenir moindre garnison si la nécessité vous y portoit : à plus forte raison esperons-nous que ne voudrez refuser à ceste place, qui fait espaule aux vostres et les tient à couvert, pour le moins la mesme gratuite assistance quand l'urgente nécessité vous y convie présentement, pour la guarantir de perte, et en sa conservation pro- curer la paix et tranquillité à vos pays et à toute vostre postérité, soubz l'aide et bénédiction du Tout Puissant qui favorisera tousjours nos armes en si juste défense quand vous userez, et pour vous et pour ceux qui vous sont si estroitement conjoints, des moyens qu'il vous a abondamment despartis, dont luy soit honneur et gloire, et à nous qui en ressentirons le fruit un perpétuel désir de vous rendre service très afifectionné à jamais.

lOlI DISCOURS UE SAUASLN A BERNE. Sg

[Sarasin ajouta] ' :

Magnifiques et très honorez Seigneurs, avec la permission de Vos Sei- gneuries j'adjousteray quelques points à ma proposite. c'est que Messei- gnpurs et supérieurs m'ont donné charge, comme vos Seigneuries auront peu recognoistre par leurs lettres, de représenter à vos Seigneuries que sy elles jugent et recognoissent qu'elles ne puissent se dispenser d'elles mesmes de nous accorder ce que nous requérons sans estre assistez de l'authorité de plus grande compagnie, de vostre magnifique Grand Conseil, il vous plaise en tel cas m'y donner entrée et audiance. Que si au contraire vos Seigneu- ries jugent que sans difficulté elles puissent seules résoudre l'affaire à vostre contentement, veu mesmes qu'après l'Escalade il auroit pieu à la mesme compagnie agréer une semblable, voire plus grand' assistance, il vous plaise me donner sans autre circuit un tesmognage certain de vostre bonne volonté en cest endroit. Quand il pleust dernièrement aux nobles et honorez Sei- gneurs déléguez des deux villes nos très chers alliez et confederez, me déclarer à Soleurre que les deux villes supporteroyent chacune un tiers de ladite garnison et qu'ils laissoient à nous de soldoyer aussy un tiers, je leur fis reponce telle que messeigneurs vous ont fait par leurs dernières, c'est qu'espérant encore pour lors que cest orage deust aller en fumée je ne voulois les presser d'avantage, mais que nous espérions que si nous estions con- traints par la nécessité faire cy-après autre instance et recerche, vos Sei- gneuries ne feroient aussy difficulté de s'eslargir plus outre envers nous. Vous en avez les moyens par la grâce de Dieu, car après la republique de Venize il n'y en a aucune en la chrestienté qui soit à préférer à la vostre en puissance et qui soit moins chargée. Vous n'entretenez en temps de paix aucune armée, ny sur terre ny sur mer, non pas mesmes une seule garnison, car la garnison de Genève suffist pour la seurté de vostre pays, et n'y a point d'apparence qu'en temps de guerre l'ennemy puisse rien garder et tenir en vostre pays pendant que Genève tiendra bon derrière eux, estant garnie de suffisant nombre d'hommes qui à tous moments leur courront sus à la faveur d'une si bonne retraitte. Quel regret vous seroit-ce Messeigneurs, quel trouble et mescontentemenl entre vos peuples et subjectz si, à faute du soldoyement de 200 hommes et de fournir un quart de plus seulement que l'alliance ne porte, il arrivoit, que Dieu ne veuille, quelque perte et malheur à Genève; vous voudriez allors pour mille et mille fois plus d'argent racheter une telle perle, mais il n'en seroit plus temps. C'est l'ordre du monde et le devoir mutuel de la société humaine que les plus grands estais subviennent aux

' Les lignes qui précèdeat ne sont pas, à proprement parler, un discours, mais une « proposite » en allemand que Sarasin < bailla par escrit au Conseil de Berne, après quoi il leur adressa le discours qu'on va lire. (Note des éditeurs.)

4o ARRIVKK DU SECOURS BERNOIS. 161I

moindres, non seulement (|uand ils y ont quelque droit mais aussy pour le seul interesl de la conséquence. Messieurs des estats des Provinces Unies sont bien puissants, et neantmoins la couronne de France leur entretient deux régiments en temps de paix, non pour autre raison que pource qu'elle a interest en leur conservation. Parainsy s'il plaist à vos .Seigneuries peser cest atïaire dans les balances de Testât, vous trouverez que sera tousjours ainsy recogneu par toutes gentz d'estat que, par manière de dire, ceste assis- tance nous devroit estre volontairement offerte et devrions estre pressez de l'accepter quand nous ne la demanderions pas, tant s'en faut qu'elle doive estre remise en longueur de délibérations, ny au hasard d'un refus quand nous la recerchons avec si grand'instance depuis quelques mois. Je me déporte d'avancer icy plusieurs parlicularitez desquelles je me suis ouvert envers Monsieur l'Avoyer et aucuns autres honorez Seigneurs de ce Conseil, (jui ne seiont par eux comme j'espère, omises. Enfin je laisse et recom- mande le tout à la providence de Dieu et à la prudence et bonne volonté de vos Seigneuries, ausquelles je demeure très humble serviteur.

Sarasin n'obtint autre chose des seigneurs de Berne, par ses remontrances, si ce n'est qu'ils s'entendraient incessamment avec Messieurs de Zurich et les autres états évang-éhques de la Suisse sur celte affaire, qu'ils étaient résolus de défendre leur pays de Vaud jusqu'à la dernière extrémité, et qu'ils feraient approcher au premier jour, des frontières de Genève, douze compagnies.

Le secours des six cents hommes arriva dans cette ville le 20 février, sans qu'il y eût rien de déterminé encore sur les ins- tances que les seigneurs de cette ville avaient faites pour qu'il ne fût point à leur charge. Enfin, après de nouvelles sollicitations, fondées sur les dépenses extraordinaires qu'ils étaient obligés de faire aux fortifications, et quelques allées et venues en Suisse à ce sujet, ils obtinrent ce qu'ils avaient demandé, les deux cantons alliés s'étant entièrement chargés de la solde de ces six cents hom- mes'. Messieurs de Berne mirent aussi sur pied quelques compa- gnies pour garder le pays de Vaud.

La Suisse ne fut pas le seul endroit la ville de Genève chercha du secours. Elle se tourna de divers autres côtés'. Le même Jean Sarasin, qui avait déjà été si souvent envoyé de cecôté-

' R. C, vol. 108, fo 1.55 (29 avril). ' Ibid., 42 (6 février).

iGlI I.A KRA.NCK ENVOIK LE CAIMIAIMC Uli LA .NOUE. 4l

là, t'iil chargé d'aller dans presque toutes les cours des princes protestaiis d'Allemagne, pour représenter la situalion dangereuse de sa patrie et demander quelque subvention en sa faveur. Du Cest d'Airehaudouze, conseiller d'Etat, lut envoyé pour le même sujet aux églises réformées du Languedoc, et Jean Uiodali, professeur déjà fameux dans ce temps-là, aux autres églises de France. Et la République, aimée et considérée du parti protestant, trouva en ces endroits-là des ressources, comme on le verra dans la suite.

Anjorrant, de son côté, qui était à k cour de PVaiice depuis le mois d'octobre, ne négligeait rien de tout ce qui pouvait porter la reine régente à faire ce qui dépendait d'elle pour garantir Genève des malheurs dont cette ville était menacée. Comme on avait besoin d'un chef de réputation et (pii fût en état de diriger les ouvrages qu'il était nécessaire de faire aux fortifications, il sollicita auprès de cette princesse l'envoi du sieur de la Noue dans Genève, et il l'obtint'. Ce capitaine arriva dans cette ville à la mi-février. 11 apporta des lettres très gracieuses du roi et de la reine à la Répu- blique ', qui étaient conçues de cette manière :

Très chers et bons amys.

Sur l'advis qui nous a esté donné ([ue vostre ville est menassée d'un siège ou quelqu'autre entreprise qui pourroit alteier la tranipiillité d'iceile, par le bon et prudent conseil de la royne régente nostretrès honorée dame et mère, nous avons advisé le sieur de la Noue pour vous assister en toute occasion et ayder en tout ce qui luy sera possible a vostre conservation désirant vous tesmoigner en ceste occasion les eiïecls de notre protection à l'exemple des roys nos prédécesseurs qui ont embrassé et favorizé vostre bien, repoz et liberté. Le dit sieur de la Noue vous dira aussi le prompt secours de deniers que nous avons ordonné estre fourni à vostre depulté, ayans d'ailleurs depesché en Savoye un de noz principaux serviteurs pour essayer de destourner la résolution qui pourroit avoir esté prise d'entre- prendre sur vostre ville. De (luoy, comme des assurances de la continuation de nostre bonne volonté vous le croirez eiitièrement, priant Dieu très chers et bons amys qu'il vous ayt en sa sainte et digne garde.

Escript à Paris le ix'^jour de febvrier 1611. Louis.

Brulart.

' I^ettre d' Anjorrant, du 5 février, ' P. H., 243.S.

P. H., no 2424.

4^ KORMATIO.N d'uN CONSKIL DK (iUEKRE. 161I

Très chers et bons amys.

Le roy nostre très clier sieur et lils. désirant à l'imitation des roys ses prédécesseurs qui ont embrassé la protection de vostre ville vous tesmoi- gner aux occasions qui se présentent les elîects de sa bonne volonté, envoyé vers vous le sieur de la Xoue qui vous assistera en tout ce ijui s'olTrira pour vostre consolation à laquelle le roy nostre dit sieur et fils ayant résolu de contribuer ce ([ui dépendra de son auctorité nous vous prions d'en faire estât et croire que nous l'y employerons très vollonliers ainsi que vous dira le dit sieur de la Noue que nous avons desjà commencé tant par l'envoy du sieur de Barrault en Savoye pour essayer de rompre et destourner les entre- prises dont vostre dite ville semble estre menassée i]ue par la fourniture d'une bonne somme de deniers à vostre depulté. De quoi nous remettant au dit sieur de la Noue, nous prions Dieu très cbers et bons amys qu'il vous ayt en sa sainte et digne garde.

Escript à Paris le x^ jour de febvrier 1611 . Marie, régente

Brulart.

On ne pouvait rien faire de plus obligeant pour la ville de Genève que ce que la France faisait en cette occasion. Le secours extraordinaire d'argent que le roi fournit, fut une somme de dix- huit mille livres, qu'il fit compter à Anjorranl, pour être employée à l'entretien des gens de guerre qui étaient dans cette ville, outre celle de soixante et douze mille livres de subvention pour l'année courante'. Pour ce qui est de l'envoi du sieur de Barrault au duc de Savoie, nous verrons ci-après quelles en furent les suites.

Le sieur de la Noue eut audience en Conseil le lendemain de son arrivée', il représenta la nécessité qu'il y avait de remédier aux endroits défectueux de la fortification, et de faire pour cet effet quelques ouvrages extérieurs, pour tenir l'ennemi éloigné du corps de la place. On établit un conseil de guerre', pour conférer à prendre des mesures avec lui sur ce qui regardait les fortifications et la garde de la ville.

Plusieurs personnes de la Religion, de la noblesse la plus dis- tinguée de France, offrirent leurs services alors à la République', entre autres MM. de Sully, de Gouvernet et de Chamberet. Le sieur

' R. C, vol. Um, fo SS (14 février). ■• Ibid., fos 71, 72, 75 vo, 76, 79

' Ibid., fo 34 (14 février). (25 février au 2 mars).

' Ibid., fo 56 (14 février).

lOlI SECOUnS KT Oll-KES Uli SERVICES. 4^

général Arnaud vint à Genève avec des lettres de recommandation du duc de Sully, et jjour servir avec ([uelques soldats qu'il amena et qu'il entretint à ses dépens. MM. de Soubise, de la maison de Rohan, de Bélliune, neveu du duc de Sully, et de Hautefonlaine, y arrivèrent quelijue temps après pour servir de même à leurs dépens. Le duc de Sully ollrit en même temps à Messieurs de Genève de leur prêter quarante mille livres et de leur envoyer cent hommes d'armes, qu'il mettrait sous les ordres de Monsieur de la Boulaye ou de Monsieur de Guitry, g'entilshommes de distinction. On le remercia et on accepta ses offres. Monsieur le duc de Bouillon envoya à Genève le sieur de Vendame, son ingénieur, pour don- ner ses avis sur les l'oilitications. Les sieurs du Caudal et de Lau- nay, g'entilshommes français, fournirent de l'argent entre eux deux pour entretenir quarante soldats pendant trois mois.

Il arriva aussi de divers endroits de France des soldais pour la défense de Genève. L'église protestante de Montpellier y envoya une compagnie de gens de pied, dont elle paya la dépense par toute la route. Celle de Nîmes en envoya une de cinquante hommes défrayée de même jusqu'à Genève.

Le baron de Lux, lieutenant général en Bourgogne et en Bresse, avait ordre du roi de fournir à tout ce qui serait nécessaire ponr le service de la Républi(|ue. H était à la tête de quelques troupes dans le Bugey. On lui dé])uta de Chàteauneuf, syndic, et de Cliapeaurouge, lieutenant, pour lui faire civilité de la part de l'Etat'. Il dit qu'il avait ordre de la reine d'assembler quinze cents chevaux et six ou sept mille hommes de pied, qu'il logerait aussi près ou aussi loin de Genève que les seigneurs de cette ville sou- haiteraient, et leur apprit qu'il avait fait rompre le pont de Grésiu, ce qui ôlait toute comnmnication entre la Savoie et la Franche- Comté, expédition qui avait été faite fort à propos, deux heures avant que Gaucher se présentât pour y passer à la tête de quatre cents chevaux et autant de fantassins'.

La reine faisait assurer tous les jours Messieurs de Genève de ses bonnes intentions à leur égard. On en rapportera quelques traits

I H. C .. vol. 108, fo 7)5 (i" mars). - Bapport Je Cliàteauneuf, ibid.,

fo 78 yo (2 mars).

44 LA corn DIC IKA.NCI': s'oi'l'OSK AUX l'KO.lETS UV DlC I () I I

(jui feront connaître en même temps de quelle manière on pensait à la cour sur les entreprises du duc de Savoie. M. de Lesdiyuières envoya à Genève, au mois de mars, le sieur de Frelon', yentil- liommc, |)Our savoir des seigneurs de celte ville de quel nombre de gens de guerre ils avaient besoin, pour les leur envoyer selon les ordres qu'il avait de la reine. Il leur fil voir en même temps ceux (|ue M. de Lesdiguières avait de celte princesse, et une lettre de M. de Villeroy à ce seigneur, par lacpielle il marquait que leurs Majestés ne pouvaienl digérer rentre|)rise du duc de Savoie sur le pays de Vaud et sur Genève, que celait attaquer d'une manière ouverte et avec mépris la France, et s'en prendre à la gloire de leurs Majestés que d'assaillir leurs alliés et confédérés comme il prétendait faire, ayant pris la résolution de les opprimer sans en avoir rien mandé à leurs Majestés; que ce procédé était indigne d'eux et de lui, de leur bonne volonté envers ee prince et de ce (ju'il devait au roi el à la reine; qu'il cioyail de travaillera sa gloire en recueillant le fruit des grandes espérances qu'il avait conçues en mettant des troupes sur pied au mépris des armes de la France, mépris fondé sur la minorité du roi, sur le gouvernement de la reine et les partialités el divisions qu'il s'imaginait (ju'il y avait à la cour, mais qu'il serait trompé dans son injuste attente; ([ue la reine commencerait par envoyer d'abord M. le grand écuyer accom- |)agné de cinq à six cent chevaux, avec des ordres pour lever quatre à cinq mille hommes; qu'après cela, elle comptait s'approcher des frontières avec le roi, suivie d'une armée de vingt mille hommes; et qu'elle avait été conseillée de ne se pas mettre en marche avec moins de forces, sur les avis qu'elle avait eus que le duc avait aussi une forte armée.

Ce qu'on vient de dire ne furent que des projets, qui n'eurent pas d'exécution, parce que le duc de Savoie comprit, par les dis- positions de la reine et les mouvemens des cantons protestans, qu'il ne lui convenait pas d'entrer en guerre, comme on le verra dans la suite. Messieurs de Genève remercièrent convenablement M. de Lesdiguières.

' Louis Frelon, sieur de Servas. R. C, vol. 108, f" 85 (7 mars.)

l6l I ET JISTIFIE SA CONDUITE AUPRES DU PAPE. 45

Peu de jours après le Conseil reçut des lettres de M. de Refuge', ambassadeur de France en Suisse, portant (ju'ii avait ordre de leurs Majestés de mettre à part trente et neuf mille livres pour être consignées et employées ensuite pour la défense de Genève, de la manière prescrite par le traité de Soleure.

La manière avec laquelle la reine de France prenait le parti de Genève, ville hérétique, et qui était l'objet de la haine des catho- liques-romains, exigeait de la part de cette princesse quelque démarche auprès du pape pour justifier sa conduite. C'est ce qui la porta à charger très expressément le cardinal de Joyeuse', qui allait alors à Home, en qualité de protecteur des aft'aires de France, de représenter au pape Paul V l'intérêt que la France prenait à la conservation de Genève et du pays de Vaud, et d'interposer son autorité envers le duc pour le faire désarmer : que cette ville et ce pays étant par les traités de Henri III et de Henri IV sous la pro- tection de la France, elle était obligée, par honneur et par justice, d'empêcher que le duc ne s'en rendit maître ; que les villes de Berne et de Genève avaient donné si bon ordre à leurs affaires que le duc échouerait dans ses desseins; que les sujets du roi de la relig-ion prétendue réformée accouraient à l'envi au secours de Genève, et qu'ainsi, selon toutes les apparences, ce prince aurait de la confusion dans son entreprise, il paraissait plus de préci- pitation que de mure délibération.

Cependant, on disposait tout dans Genève pour mettre la ville en bon état de défense. MM. de Béthune et de la Noue et les autres seigneurs français, qui étaient entendus en matière de fortifica- tions, s'assemblaient tous les jours avec des commissaires du Conseil, pour examiner ce qu'il y avait à faire pour les perfec- tionner. Ils y tracèrent de nouveaux ouvrages de terre, vers Saint- Victor, près des bastions de Saint-Antoine et du Pin, auxquels on travailla avec une diligence extraordinaire, six cents hommes y étant employés tous les jours, sans en excepter le dimanche.

On taxa tous les particuliers de la ville % à commencer par les

' R. C, vol. 108, fo 103 vo. fjettre du '- Voir Spoii, Histoire de Genève, 1. 1,

21 mars, nouveau style. pp. 475 et 476.

' R. C vol. 108, fo 81 (4 mars).

4() DÉCLARATIONS Dl' DI'C A LA DIETE DE LUCERNE. I (') I I

seigiieur's du (lonseil, à une certaine somme par semaine, à pro- portion du bien de chacun, qui était employée à payer les ouvriers. On fil une publication à son de trompe, par laquelle il était ordonné à tous les clieFs de famille de se trouver aux jours f[ui leur seraient mar(]ués, avec leurs domestiques, sous les enseignes de leurs com- pagnies, avec des pelles et des pics, pour aller travailler aux forti- fications. Pour se mettre tant plus à couvert d'une surprise, on fit miner la porte de Rive '. La ville était gardée par deux mille hom- mes, tant Suisses que Français, avec la garnison. Ces précautions durèrent aussi long-temps que l'on se crut en dang-er.

Le duc de Savoie, de son côté, prenait des mesures pour justifier la levée de boucliers qu'il était sur le point de faire. Son envoyé à la diète des cantons catholiques à Lucerne avait déclaré ouvertement qu'il en voulait à Genève, et pour faire voir que ce n'était pas sans fondement, il y avait présenté un mémoire dans lequel il étalait ses prétendus droits sur cette ville'. Messieurs de Genève y répondirent, aussitôt qu'ils en eurent connaissance, par un mémoire composé par le fameux Jaques Lect, par lequel on faisait voir la vanité des prétentions chimériques de ce prince \ On les rapportera l'un et l'autre à la fin de ce volume'. Et comme les troubles qu'il allait exciter ne convenaient point à la Suisse, et que les petits cantons étaient oblig-és de maintenir le traité de Lausanne fait en i5()4, par lequel le duc Emmanuel-Philibert, son père, abandonnait à perpétuité le pays de Vaud aux seigneurs de Berne, le Corps helvétique résolut, sur la fin de mars, de lui envoyer des ambassadeurs, pour lui représenter que leurs supérieurs, ayant appris qu'il avait fait avancer quelques troupes vers les frontières

' R. C, vol. 108, fo S9 (8 mars). se trouve à la bibliothèque des manuscrits

Ibid., fo 90 (9 mars), lettre de Re- de la Société d'Histoire, vol. 1,^2, p. 385,

fuge du 14 mars, nouveau style: Ibid., sans nom d'auteur, précédé d'une épître

103 (16 mars), lettre de Jean Sarasin, dédicatoire et .suivi d'un appendice. (Note

de Soleure le H mars. P. H., 2447, des éditeurs.)

le texte du mémoire présenté à la dièle. * Notre auteur n'a pas pu exécuter

Voir aussi JSid^. Abschiede, t. V, part. 1, cette intention, n'ayant pas trouvé ces

p. 1044. deux pièces (Mss. historiques, 134,

' R. G., vol. 108, fo 106 vo, 112 vo t. IX, p. 490). {Note des éditeurs.) (19 et 21 mars). Une copie de ce mémoire

l()ll L\ REINK UE FRANGE POUSSE LE DUC A DESARMER. ^7

des Etats appartenant aux seigneurs des Lignes, pour les attaquer et les troubler, cela avait donné occasion à quelques cantons de mettre sur pied des troupes pour se défendre contre une siu'prise, ce qui causant de l'inquiétude à tout le pays, ils avaient ordre de prier son Altesse de rappeler incessamment colles (ju'elle avait fait avancer, à quoi elle verrait bien qu'elle était obligée, si elle faisait attention aux engagemens la mettait et le traité de Lausanne et celui de Saint-Julien.

Ces ambassadeurs passèrent par Genève sur la fin du mois de mars. Ils firent part au Conseil' des instructions dont ils étaient chargés auprès du duc de Savoie.

La reine de France avait envoyé, à peu près dans le même temps, à ce prince, le sieur Jaubert, comte de Barrault, pour le porter à abandonner ses entreprises et à désarmer. Spon^ dit après Guichenon', liisloriographe de Savoie, que quand le sieur de Bar- rault lui eut demandé la cause de son armement, le duc répondit qu'il s'étonnail de ce que la reine s'informait de ses desseins, que pour lui il ne se mettait jamais en peine de ceux de ses voisins, puisqu'il est libre à chacun de faire chez lui ce qui lui plaît, que néanmoins, pour lui témoigner la déférence qu'il avait pour elle, il déclarait que son intention était de rétablir les évêques de Genève et de Lausanne dans leurs sièges. Il paraît par les registres publics' que le duc de Savoie résista pendant quelque temps aux proposi- tions de la France. Il se plaignait beaucoup de ce que les Français avaient rompu le pont de Grésin, qui lui appartenait et qui était sur ses terres, et demandait qu'avant toutes choses il fût rétabli. A quoi la reine lui fit répondre qu'elle n'y consentirait qu'autant que Messieurs de Genève le voudraient bien. Lesquels ayant eu avis de cette négociation par M. le duc de Bellegarde' et M. de Lux, priè- rent instamment les seigneurs (jui commandaient les troupes de France dans le Bugey, et de qui il dépendait de relever le pont de

' R. C, vol. 108, fo 117 (28 mars). ' Roger de Saint-Lary et de Termes,

' Histoire de Genève, t. I, p. 477. duc de Bellegarde et marquis de Versoy,

' Histoire généalogique de la Roijnle grand éciiyer de France, était vers l,"j6;j

Maison de Savoye, t. I, p. 797. et devint gouverneur de Bourgogne et de

R, C, vol. 108, 115 (il mars). liresse sous le règne de Henri IV.

48 LE DUC SOMMK DE DESARMER. I (Il I

Grésiii, do ne lo pas faire', à quoi ils condescendirent d'autant plus volontiers que les Savoyards auraient facilement pu, à la faveur de ce passage, pénétrer dans le pays deGex, et que les Bernois avaient discontinué de faire travailler à une chaussée qu'ils avaient fait commencer près de Nyon, pour mettre le pays de Vaud à couvert d'insulte, parce (|ue M. de Lux leur avait donné parole qu'il garde- rail les passages du Rhône et de la Cluse. Au surplus, le duc de Savoie ne voulut s'engager à autre chose auprès du sieur de Bar- rault, et si ce n'est qu'il désarmerait un peu, c'est-à-dire qu'il réfor- merait deux cents hommes de chaque régiment composé de douze cents hommes. Il fit ensuite' cette autre proposition, que le roi lui laissât le pont de Grésin et les passages du Rhône libres, après (|uoi il licencierait la moitié de son armée deçà et delà les monts, |)ourvu que les villes de Berne et de (ienève congédiassent leurs troupes en même temps, et que les Bernois lui donnassent satisfac- tion siu- son pays de Vaud. Ce (jui fut rejeté avec hauteur, la reine ayant ordonné de plus fort au sieur de Barrault d'exiger du duc de Savoie qu'il désarmât le premier, avant qu'on parlât d'aucune autre chose.

Cependant l'on avait des avis dans Genève que ce prince n'avait pas des forces suffisantes pour assiéger cette ville", qu'il avait été trompé quand il avait cru que les Espagnols et l'archiduc l'aideraient à se rendre maître du pays de Vaud et de Genève, qu'ainsi il fallait nécessairement qu'il désarmât, ce qu'il avait com- mencé de faire en Piémont, et qu'il avait même rappelé une partie des troupes qui étaient en Savoie, il n'y avait plus (jue quatre mille hommes de pied et deux compagnies de cavalerie.

Le sieur de Barrault n'ayant pu amener le duc de Savoie à ce que la reine souhaitait, elle lui envoya le sieur de la Varenne', lequel passa par Genève^ et apporta aux seigneurs de cette ville une lettre de sa Majesté' qui portait que la réponse que ce prince avait

' R. C, vol. 108, fo 116(28 mars). et fut créé marquis de la Varenne. (Note

î Ibid., fo 135 (8 avril). des éditeurs.)

3 Ibid., 131 vo (8 avril). ' R. C, vol. 108, fo 146 (19 avril).

Il s'afçit ici vraisemblablement de « L'original, daté du 21 avril, se

Guillaume Fonquet (l.'i60-1616), cuisinier trouve au P. H., n'^ 2435. à la cour, qui jouit de la faveur de Henri IV

l6ll TRAITÉ DIC DÉSARMEMENT. 4'.)

faite au sieur de Bai raull étant aiiihigiie, et lenfermant des condi- tions qui la laissaient dans l'incertitude et en dépense pour ses voi- sins, elle lui envoyait le sieur de la Varenne pour l'obliger à désar- mer entièrement. Ce seigneur fit espérer à Messieurs de Genève un bon succès de son voyage, et les assura derechef de la bienveil- lance de la reine. On écrivit à sa Majesté ' pour la remercier et aux seigneurs de Zurich et de Berne pour leur donner avis du passage du sieur de la ^ arenne, et de son envoi à la cour de Turin.

Peu de jours après, les envoyés du Corps helvétique passè- rent par Genève', revenant de cette même cour, et M. le duc de Bellegarde, qui était à Gex, ayant reçu des lettres de M. de la Va- renne par lesquelles il lui donnait avis de la conclusion du traité de désarmement avec le duc de Savoie, et lui en envoyait une copie, ce seigneur la fit aussitôt parvenir à Messieurs de Genève \ Ce traité était conçu en ces termes :

Responces faites à Monsieur de la Varenne ambassadeur de France par S. A. sur ce qu'il luy a rapporté des volonlez et bonnes intentions de Leurs Majestez lesquelles cybas il a spécifiées.

Son Altesse, se confiant entièrement de l'observation d'icelles, promet de proraptement licenlier toutes sortes de soldats estrangers et autres siens levez pour ces dernières esmotions, se reservant toutesfois ce qui pourra estre nécessaire pour la garde des lieux de frontière et places, comme aussy sa cavallerie des ordonnances et gardes ordinaires, ausquelles se trouveront compris mille cinq cenlz Suisses lesquels il prétend mettre en la place des Espagnols qui se sont retirez de Savoye ou autre part de deçà les montz il jugera convenable.

A quoy s'est accordé le sieur de la Varenne ambassadeur susdit, et à ce faisant promis à S. A. au nom de leurs Majestez de faire aussy lever de toutes parts les armes des voysins et les réduire en Testai qu'elles estoyent par le passé, et mesmes de remettre au mesme instant du desarmement susdit, du soir au lendemain le pont de Gresin et toutes autres innovations faites contre le traitté de paix en leur premier estât, laissant à un chacun les passages ouverts et libres, conformes audit traitté, sans qu'il se puisse rien innover d'une part ny d'autre.

' Le 21 avril. Voir Copie de lettres. par Bellegarde et nous reproduisons le

11" 18. traité d'après la copie insérée au R. C. Ce

' R. C, vol. 108, fo 149 (22 avril). document a été publié dans les Traités

^ Ibid., 160 v" (0 mai). Xous publics de la royale Maison de Savoie.

n'avons pas retrouvé la pièce envoyée Turin, 18.30. 1. 1, p. 228. (iVotedes éditeurs)

T. VII 4

5o PRÉTENTIONS DE LA SAVOIE SUR LE PAYS DE VAUD. I (il I

Promet de plus que leurs Majestez protégeront envers tous et contre tous S. A. et ses Estais, maintiendront icelle en sa grandeur et authorité, la relèveront anssy de toutes prétentions qu'on luy pourroit demander pour le dernier armement et favoriseront par voye amiable ses justes prétentions et notamment celles du pays de Vaux : Le tout de bonne foy, ainsy que leurs Majestez l'ont prorais de faire.

Et quant aux entreprises que S. A. prétend faire sur mer contre les infidelles, pour ne contrevenir aux volontez de leurs Majestez, S. A. n'y envoyera aucunes troupes françoyses.

Et que deux escritz seront faits de ceste re.soIution, l'un signé par S. A. et l'autre par le sieur de la Varenne. qu'il fera raltifier à leurs Majestez.

Fait à Turin, le ix* de may 1611.

M. de Bellog'arde envoya à M. l'anibassadeiir do France en Suisse une copie de ce même traité, pour la faire tenir à Messieurs de Berne. L'article qui regardait les |)iétenlions du duc de Savoie sur le pays de Vaud, lesquelles la France s'engag-eait de favoriser par voie amiable, leur fit d'abord de la peine; cependant ils se déter- minèrent à l'accepter sous cette déclaration, qu'ils ne voulaient point céder les frais qu'ils avaient faits pour leur armement et (pi'ils ne prétendaient pas d'être astreints par les réserves qu'avait faites le duc de Savoie, qui n'avait aucun droit sur le pays de Vaud, comme en faisait foi le traité de Lausanne fait en i564, ratifié par les rois de France et d'Espag'ne.

La réserve des prétentions du duc, quoique g-énérale, fut aussi un article qui attira l'attention de Messieurs de Genève. Quand ils eurent reçu avis des seigneurs de Berne sur la manière dont ils acceptaient le traité, ils résolurent de l'accepter aussi. Le Conseil des Deu.v-Gents ayant été assemblé à ce sujet, le lo mai', il y fut arrêté de congédier la garnison extraordinaire qui était dans la ville, aussitôt que son Altesse de Savoie aurait désarmé, et de réserver seulement cinq cents hommes pour composer les neuf compagnies de la garnison ordinaire, et sous cette déclaration expresse que Messieurs de Genève ne prétendaient point céder les frais auxquels l'armement du duc les avait engagés, ni que les prétendues réserves générales ou spéciales qu'il avait faites pussent porter aucun préjudice au traité de Saint-Julien.

' R.C., vol. 108, fo 163.

I

l6ll LES SOLDATS FRANÇAIS OUITTENT GENÈVE. 5l

Ce traité accepté par toutes les parties, on travailla à son exé- cution. M. de Bellegarile envoya un gentilliomine à Chambéry, pour être témoin du licenciement des troupes de Savoie. 11 fit de son côté rétablir le pont de Grésin, et après en avoir donné avis à Messieurs de Genève, il se retira. Le marquis de Lans' leur avait écrit auparavant, par un g-entilhomme, qui eut audience du Con- seil', qu'il avait ordre de son Altesse de Savoie de cong-édier les troupes qui étaient deçà les monts. Messieurs de Genève, de leur côté, exécutèrent le traité en ce qui les concernait. Quoiqu'ils fussent aidés de divers endroits, cependant le grand nombre de soldats étrangers qui était dans la ville ne laissait pas de leur être à charge. Il y avait déjà quelque temps, depuis qu'on était en pour- parler d'accommodement, qu'ils refusaient ceux qui venaient offrir leurs services.

La quantité de Français qu'il y avait dans Genève causait même de l'ombrage, de sorte qu'on vit avec beaucoup de plaisir le danger passé et ceux qui étaient venus au secours reprendre le chemin de leurs maisons. Mais pour leur témoigner la reconnais- sance que la République conservait de leurs services, on avança une montre à tous les soldats français, et à l'égard des seigneurs de cette nation qui étaient venus dans Genève offrir généreusement les leurs, ils refusèrent les présens qu'on voulait leur faire, M. de Béthune n'ayant voulu garder que deux pistolets de tout ce qu'on lui présenta, et M. de la Noue ayant voulu de même servir gra- tuitement, on les régala avant leur départ' dans la grande salle du Collège, la Bibliothèque publique a été placée de nos jours, et un cortège composé de nombre de gens de considération les accompagna jusqu'assez loin de la ville.

Le sieur de Vendame, avant que de partir, présenta au Conseil le plan qu'il avait fait contenant la vieille fortification de la ville,

' Sigismond (i'Este,marquisde Lanzo, Altesse deçà les monts ». Nous conservons

fils cadet de Philippe d'Esté, marquis de la forme française de son titre, qu'il parait

Saint-Martin, etc., et de Marie, fille légi- avoir adoptée et qui figure dans les pièces

timée du duc de Savoie Emmanuel-Phili- qui le concernent. (Note des éditeurs )

bert. Charles-Emmanuel ter nomma son - R. C, vol. 108, fo 147 v" (19 avril),

neveu « gouverneur des états de Son ^ Ibid., Kil (6 maii.

02 MORT DE IIE.NUI TUROUET DE MAYERNE. l () I I

les nouveaux ouvrages qui s'exécutaient actuellement et ceux qu'il croyait nécessaires pour rendre la fortification parfaite ' . Un fit aussi quelques présens aux officiers des six cents hommes de Berne qui avaient servi aux dépens des deux villes alliées, proportionnés aux petites facultés de l'Etat. Toutes les troupes qui étaient dans Genève en furent dehors avant le commencement du mois de juin.

Pendant qu'elles y étaient encore, il arriva un accident (|ui fit beaucoup de bruit. Le sieur Henri Turquet de Mayerne, ajant pris querelle le i4 avril, à neuf heures du soir, dans une maison de la ville, avec le sieur Samuel de la Chapelle, baron de la Rochc-Gif- fart, ils mirent l'épée à la main, et le sieur de Mayerne, ayant été blessé, mourut sur-le-champ'. Celui qui avait fait le coup se sauva d'abord chez M. de Soubise, lequel fil difficulté de remettre le cou- pable au magistrat, le priant de dissimuler et de le laisser évader. Plusieurs autres seigneurs français firent la même prière, parlant même avec assez de hauteur et faisant connaître qu'on les désobli- gerait si on les refusait. D'un autre côté, M. de Bélhune, ami du défunt, insistait auprès du Conseil à ce qu'il fît justice. On engagea M. de Soubise à remettre le sieur de la Roche-GifFart entre les mains du magistrat.

Le Conseil ordinaire, regardant cette affaire d'un œil favo- rable, et faisant réflexion que le coup que la Roche-GifFart avait donné au sieur de Mayerne, avait été porté en se défendant, comme il paraissait par les informations, ne voulut point porter de jugement. Et, comme l'intérêt que la noblesse française, qui était dans Genève, prenait à ce qui était arrivé, de même que M. le duc de Bellegarde et M. le baron de Lux, qui écrivirent en faveur du prévenu, changeait en quelque façon la nature de cette affaire, en la faisant devenir affaire d'Etat, elle fut portée au Con- seil des Deux-Cents. On insinua au sieur de la Roche-GifFart d'y présenter une requête, par la(|uelle il demandât grâce de l'homicide qu'il avait commis, ce qu'il fit. Ce Conseil fui assemblé à ce sujet

' R. C, vol. 108, fo216vo(23 juillet). ' R. C, vol. 108, f" 140 v (14 avril,

Nous n'avons pas retrouvé cette pièce. à 11 heures du soir). Procès criminel. {Note des éditeurs.) 207,3.

l'ill LE MEIKTKIEII (JliTIE.NT SA (iUACE. 53

le K) avril '. Après qu'il eut été informé du fait et des démarches que la noblesse française avait faites en faveur du sieur delà Roche- GitFart, ou y lut sa requête, par laquelle, après avoir excusé le mallieur qui lui était arrivé par les circonstances qui l'avaient accouq)agné, et en avoir marqué un vif repentir, il recourait à la clémence du Conseil, laquelle il implorait, en considération de sa naissance, de sa profession qui rend ces sortes de cas plus excusa- bles dans les gens de guerre, et de ce qu'il était venu dans Genève pour sacrifier sa vie au service de la République. Et Messieurs de Soubise, de la Noue et de Chambret, qui s'intéressaient pour lui, ayant souhaité d'avoir audience du Conseil des Deux-Cents, ils y furent admis.

Après qu'on les eut fait asseoir auprès de la place du premier syndic, le sieur de la Noue, qui portait la parole, dit qu'ayant a|)pris que le Conseil devait parler de l'affaire de la Roche-GilFart, ils l'avaient voulu supplier de ne pas user à son égard de la sévérité des lois, que le cas dont il s'agissait n'élait point un guet-apens, mais une querelle subite ; que le prévenu était d'une maison consi- dérable, aimé de tous les seigneurs qui étaient venus au secours de la ville, que ce fait ne touchait point l'État ; que si le peu de temps (pii s'était passé l'eut permis, la reine aurait écrit en sa faveur; (ju'ils espéraient que le Conseil ferait quelque considération de la démarche qu'ils avaient faite, en ne faisant point évader le prisonnier, mais le remettant au magistrat dans la pensée qu'on aurait de la douceur pour lui. Ces seigneurs s'étant retirés et le Conseil des Deux-Cents ayant ensuite opiné, accorda au sieur de la Roche-Gitlarl pleine et entière grâce de l'homicide qu'il avait coumiis. Et comme il aurait pu être recherché en France par les parens du sieur de Mayerne à ce sujet, il se pourvut au roi, qui lui accorda des lettres par lesquelles sa Majesté déclarait que cette grâce, octroyée par ses bons amis les syndics. Petit et Grand Con- seil de Genève, aurait son plein et entier effet par tout le royaume'. Quelque temps après, un autre gentilhomme français, nommé

' R. C, vol. 108, 146 vo (19 avril). ' Voir la copie de cette lettre an

Procàs crimiuel, 2073.

5/| DU CEST ET DIODATI CHERCHENT DES SECOURS I (i I 1

de Segaillières, ayant tué en duel un autre gentilhomme, nommé le sieur du Mont de la Haye, dans le territoire de Chancy, ils s'étaient donné rendez-vous, suivis chacun de son valet, s'étant pourvu par requête au Conseil des Deux-Cents pour obtenir grâce, elle lui fut aussi accordée '.

Pendant que les troubles dont on a parlé ci-dessus durèrent, ceux que la République avait envoyés de divers côtés aux amis de l'Etat, travaillaient en exécution des ordres qui leur avaient été donnés. Du Cest d'Airebeaudouze avait parcouru les églises du Dau- phiné, de Provence et de Languedoc. Il se trouva dans une assem- blée du Bas-Languedoc', de laquelle ayant eu audience, il obtint que les députés en l'assemblée de Saumur seraient chargés de représenter à leurs Majestés l'intérêt que la France avait à la con- servation de Genève, et les supplier de continuer à cette ville, non seulement l'assistance ordinaire que le feu roi lui avait accordée, mais de l'augmenter même.

D'Uzès, se tenait cette assemblée, il alla à Millau, il y en avait une du Haut-Languedoc, dans laquelle il fut résolu d'im- poser, sur les églises de cette province, une somme de douze mille livres qui serait levée par forme de collecte. II alla dans les différentes Eglises particulières, desquelles il tira de plus ou moins grandes sommes, à proportion de leurs facultés, et fut de retour à Genève au mois de mai.

Le professeur Diodati, qui fut envoyé à Saumur et aux autres églises de France', ne fut de retour de son voyage qu'au mois de septembre'. Il fut vers celles de Poitou, d'Aunis, de Sain- tonge et de Guyenne. Il les trouva dans de très bonnes dispositions en faveur de Genève, et un si grand zèle parmi la noblesse pour la conservation de cette ville, qu'il eut peine à en modérer l'ardeur, quatre à cinq cents gentilshommes lui ayant parus résolus de se venir jeter dedans.

Il remarqua aussi que plusieurs de la Religion craignaient

> R. C, vol. 108, fo 170 (17 mai). « R. C. vol. 108. 83 (i mars).

Procès criminel, 2069. Ibid., 246 (16 septembre).

» Voir son rapport, Ibid., 165 vo (11 mai), et ses lettres, P. H., 2448.

l(ill AUlMlks UKS l'KOTKSTAXS UE KKANt^E. 55

que les desseins de la cour ne tussent [)as tout à fait sincères el que la reine ne laissai entrer les Genevois dans l'embarras que pour les supplanter ensuite, parce que cette princesse et son conseil estimaient (|uo la [)épinière et l'appui de la Religion étaient La Rochelle et Genève. 11 rapporta encore qu'il avait su qu'avant (jue la reine eut manifesté ses intentions par le secours qu'elle avait donné et le désarmement qu'elle avait procuré, on parlait beaucoup, parmi les gens de la Religion, de former une union entre les églises de Sedan, d'Orange et de Béarn, avec celles de France, pour secourir Genève, mais que le sieur du Plessis- Mornay avait été d'avis de ne plus parler de cette affaire, et que le même avait dissuadé lui, Uiodati, de se présenter dans l'assemblée de Saumur pour ne donner aucun ombrage à la cour.

Les églises que ce professeur parcourut ne s'en tinrent pas à de simples paroles. Elles fournirent des secours effectifs d'argent, ce qui fut fait par voie de collectes, par approbation de la cour, les députés généraux des églises s'élant pour cet effet adressés à M. le chancelier et au président Janin. Ce que la ville de Genève tira par ce moyen des églises de France monta à la somme dépassé vingt mille écus ' .

Le roi, outre la subvention ordinaire de soixante et douze mille livres, qui fut touchée tout entière au commencement de juin, comme on l'a déjà dit, et les autres secours qu'il avait fournis à la République, lui fît encore présent de vingt milliers de livres de poudre à canon.

Nous avons vu ci-dessus' de quels ordres Anjorrant avait été chargé pour la cour de France, au mois d'octobre de l'année 1610. Il y resta pendant une année, et contribua par ses soins à inté- resser cette cour à la conservation de Genève \ Quand il fut arrivé à Paris, après avoir fait la révérence au roi, il fut présenté par M. de Villeroy à la reine, à laquelle il eut l'honneur de parler des justes appréhensions que la ville de Genève concevait de l'accord dont on parlait alors de l'Espagne avec la Savoie. Il lui représenta

R. C, vol. 108, fo 28o (18 no- » Rapport d'Anjorrant.R.C, vol. 108,

vembre). foB 259. 342. Ses lettres, P. H.,

'Pp. 22-25. 110 2424 (7 octobre).

56 UKPHTATION d'aNJORRANT A LA COIK UK FRAN(;E. iGii

ensuite que la conservation de cette ville dans l'état elle était importait extrêmement au service de la France, que par sa perte le roi perdrait les avanlai^es qu'il pouvait tirer de ses alliances avec les Suisses, qui avaient été jusqu'alors si chèrement conser- vées, que les rois Henri 111 et Henri IV s'étaient engagés j)ar un traité exprès à la défense de Genève, que ce traité, qui était celui de Soleure, était le fondement des demandes des seigneurs de cette ville, qu'ils suppliaient sa Majesté de vouloir, dans un cas extraordinaire tel ([ue celui dont il s'agissait, les secourir extraor- dinairement et promptement, et qu'aucune considération ne la pût détourner de conserver les anciens amis de la couronne.

La reine lui répondit d'une manière générale, mais fort obli- geante. « Assurez vous, lui dit sa Majesté, que la mesme bienveil- lance que le Roy mon seigneur vous a portée, que je la vous por- teray, mais quand à vos demandes j'en parleray au Conseil. »

Il pressa ensuite auprès de cette princesse l'assistance de deniers, et la pria d'ordonner aux gouverneurs des provinces voi- sines de Genève de secourir cette ville d'une manière efficace et avec toutes les forces qui dépendaient d'eux à la première néces- sité, et que pour cela il s'avançât des troupes vers les frontières du Rhône et du pays de Gex, et qu'il lui plût d'ordonner à M. l'am- bassadeur en Suisse de fournir la somme prescrite par le traité de Soleure. Il ajouta, pour porter la reine à cela, qu'en accordant ce secours à Genève, elle augmenterait de beaucoup par l'attache- ment et le zèle d'une bonne partie de ses sujets et des étrangers pour le service de leurs Majestés. Il dit que Genève était, par sa situa- lion, une place des plus importantes, que le roi d'Espagne pouvait avoir des vues dessus à cause du passage au comté de Bourgogne; que dans le traité de Soleure, celle ville est appelée la clé de la Suisse, qu'on pouvait dire aussi qu'elle était la clé de la France, qu'il ne s'agissait point de religion à la conserver, mais (|ue la raison d'Etal l'exigeait, et qu'il ne fallait pas attendre pour la secourir que les forces du duc de Savoie eussent passé les monts.

Le système de la cour à l'égard de Genève était le même que du temps du feu roi. Nous avons vu ci-dessus, en diverses occa- sions, combien ce prince s'intéressait à la conservation de cette

iCni SES NÉCOCIATIO.NS. 5']

ville. Anjorraiit eut occasion deii voir des preuves bien paiiicii- lières, el (|iii m«>rilent d'avoir place dans celte Histoire. M. de Bouillon, (pii avait été ambassadeur de Henri IV à Turin, lui fil voir les instructions qui lui Furent données eu partant pour cette cour, qui portaient que le roi ne consentirait jamais, tlircctemenl ni indirectement, par connivence, dissimulation ni autrement, moins encore en y contribuant directement, (pie le duc de Savoie attentat sur Genève, qu'il avait trouvé cette ville liée avec la France par un traité fort exprès, (pi'il l'avait promis et qu'il ne fausserait jamais sa foi.

Sur les instances d'Anjorrant, la reine donna les ordres con- venables à l'ambassadeur en Suisse et aux gouverneurs les plus proches de Genève, de veiller à la sûreté de cette ville. 11 fut beau- coup aidé dans ses démarches à la cour par MM. de Villarnoul et de Mirande, députés généraux des églises, desquels il apprenait la certitude des choses, et (pii lui furent de grand usage, par leur crédit, à avancer les affaires qu'il sollicitait. 11 fut traversé par les jésuites et les ambassadeurs de Savoie et des archiducs, et par le nonce du pape, lesquels, sur le départ de ^IM. de Soubise et de Béthune, el d'autres seigneurs de la Religion, se mirent eu mouvement, et pour ralentir la bonne volonté de la cour, répan- dirent le bruit que le duc de Savoie n'avait aucun dessein sur Genève, ce qui ne leur servit de rien, parce que dans ce même temps-là, l'ambassadeur de ce prince en Suisse fit aux sept cantons catholiques le discours dont on a parlé ci-dessus, qui ne manifes- tait que trop clairement les desseins de son maître. Ce qu'Anjor- rant ayant su, il s'en plaignit à la reine, (|ui en fit faire des repro- ches au duc, lequel prit alors le parti de désavouer son ambassadeur et de prolester depuis à tous les minisires de France el autres, qu'il n'avait nul dessein sur Genève, mais oui bien sur le pays de Vaud, qu'il appelait son ancien pays.

Sarasin avait été. pendant les troubles, dans presque toutes les cours des princes prolestans d'Allemagne et chez les villes libres de la même religion'. Il y avait produit la demande par écrit,

' Rapport de Sarasin, K. C, vol. 108, 193 vo (22 juin). .

58' S.VHASIN AlfKKS DES l'KliNCKS ALI.K.M A.NDS. I () I r

par laciiiolle il les priait : i" de vouloir fournir à la ville de Genève ([uelque secours d'argent pour lui aider à supporter les frais dans lescpiels elle était eni^agée, en la circonstance elle se rencon- Irail; 2" de vouloir résoudre, pour l'avenir, ce (\m serait à propos de faire en faveur de cette ville, pour la secourir proinptement en cas de semblable danger.

Il fut rei;u partout avec beaucoup de cordialité et en rapporta des ténioig-nages d'estime et de considération pour la République. L'administrateur du Palatinal lui promit de faire lire sa demande dans la première assemblée des princes et Etals prolestans, mais il ne put obtenir aucun secours effectif pour lors(juede Sigismond, électeur de Brandebourg,qui fit présent à la ville de Genève d'une somme de cin(j mille écus que le roi de France lui devait, dont elle fut payée dans la suite.

Quelque temps après le retour de Sarasin, Messieurs de Genève reçurent une lettre' de l'assemblée de ces princes à Rothen- bourg', par laquelle ils leur marquaient que le danger leur ville avait été étant passé, ils n'avaient pas pris des mesures pour leur envoyer promptement du secours, mais que si elle se rencontrait dans la suite en de semblables peines, ils ne manqueraient pas de prendre à cœur sa défense et de lui envoyer un secours convenable. Les princes (jui avaient signé celte lettre étaient l'administrateur du Palatinat, le margrave d'Anspach, le duc de Wurtemberg, le marg-rave de Baden, le prince d'Anhalt, [un député du] margrave de Culmbach, un député de la ville de Strasbourg-, un de Nurem- berg' et un d'Ulm.

Si le duc de Savoie n'eût pas désarmé, Sarasin serait allé d'Allemag'ne en Hollande, et peut-être ensuite en Angleterre. Mais ce qui avait causé aux seigneurs de Genève l'iufjuiélude qui les avait agités, ayant cessé, il eut ordre de n'aller pas plus loin'. Cependant, aussitôt qu'ils se virent en péril de guerre, ils écri- virent au roi Jacques I"', de la faveur duquel ils avaient eu occasion auparavant de faire l'expérience. Ce prince répondit ' qu'il était

' Gettft lettre, datée du 12 août 1611, » R. C, vol. 108, 172 (20 mai),

se trouve en traduction au R. G., vol. 108. ' Ibid., fo 41 (S février),

f" 253 vo (24 septembre). * Ibid., fo 154 vo (29 avril).

l'ill MOIIT DK .lAiil ES LECT. 5q

prêt à se déclarer protecteur de la cause de Messieurs de Genève, (|u'il reconnaissait que cette ville ('-lail iia sriniimire de piété et de Itellcs-leltres; que, quoi(|ue l'ainbassadein- de Savoie eût voulu lui insinuer à son préjudice, il lui avait répondu qu'il trouvait fort mauvais que son maître formât des entreprises contre Genève, dont le repos et la sûreté lui seraient toujours extrêmement chers.

La peste étant cette année à Soleure, M. de Refuge, ambassa- deur de France en Suisse, se retira avec l'ambassadrice son épouse au château de Co|)pet, qui appartenait alors à M. de Lesdiguières, et il attendait les ordres de la cour pour son retour. Quand il fut arrivé, le Conseil lui envoya faire compliment, le 9 août', par de Clîâteauneuf, syndic, et Jaques Lect, ancien syndic. Quelques jours après, Madame de Refuge mourut dans ce lieu-là, ce qui eng-ag-ea le Conseil à députer de nouveau à cet ambassadeur, |)our lui faire compliment de condoléance'. Jean Favre, premier syndic, et Michel Roset, ancien syndic, furent chargés de cette commis- sion. Ils furent reçus, comme les précédens députés l'avaient été, avec beaucoup d'accueil.

Jaques Lect', fameux jurisconsulte et l'un des magistrats qui faisait depuis longtemps le plus d'honneur à sa patrie, mourut dans ce même temps', dans l'intervalle des deux députations dont on vient de parler à. ^L de Refuge. Spon' dit qu'il était orateur et poète et qu'il entretenait de grandes correspondances avec plusieurs savans de l'Europe, qu'il fut fait conseiller et syndic à diverses fois, et une seule fois lieutenant, parce qu'ayant été fort exact et fort sévère dans cette charge, le peuple ne l'y voulut plus nommer. Il est à propos d'ajouter quelque chose à ce court éloge, et qui donne une idée un peu plus juste, quoique abrégée, du mérite de ce digne mag-istrat et de l'estime qu'on avait de lui dans sa patrie.

Il était fds de Barthélemi Lect, qui avait été conseiller d'État et syndic. Il commença à se faire connaître dans la profession en

' R. G., vol. 1118, 108 228, 229 (9 et Borgeaud. Histoire de fUnicersité de Ge-

*0 août). nève. t. I, pp. 296:il0. (Note des éditeurs.)

» Ibid., fo 238 vo (30 août). •> Le 2.5 août 16H, Livre des morts,

' Voir Jean .Séiiebier, Histoire litté- xxiv. 94. raire de Genève, t. II, pp. oi 61, et Charles * Histoire de Genève, I. I, p. 477.

6o i':lo(;h: iji-; .iaoies lect. i6

itji

droit à laquollt' il fut appeli- au mois d'octobre en l'an i583, sur le témoignag-e (|ue Théodore de Bèzc rendit au Conseil du grand savoir qu'il avait dans la jurisprudence. Il (ut établi professeur en droit pour taire des leçons alternativement avec Jules Pacius, antre jurisconsulte très habile. Au mois de janvier de l'année suivante, il fut élu conseiller du Petit (conseil. 11 ne laissa pas, (|uoi(|ue magistrat, d'exercer sa profession et d'en tirer les appointemens. Il fut depuis collègue de Denis Godefroy, qui succéda à Pacius en i585. Il brilla beaucoup dans la magistrature, ayant été employé dans toutes les allaires d'Etat de ([ueKpie conséquence. Il avait une éloquence majestueuse, ce (jui paraît par divers discours qu'il a prononcés en des occasions importantes dans les Conseils, comme on peut l'avoir remarqué par le discours (|u'il fit en l'année i586 pour porter le Conseil à la guerre, et qui nous a paru si beau que nous l'avons rapporté tout au long- dans le treizième livre de cette Histoire'. H faisait aussi des harangues académiques, dans des cir- constances sing-ulières, qui furent trouvées très belles, telle (jue fut celle qu'il fit en latin aux promotions de l'année i6o3, au sujet de la délivrance de l'Escalade, et celle qu'il prononça dans la même langue au mois de février i6i i, par la permission du Conseil, sur la mort du roi Henri IV. Il fut quatre fois syndic, savoir dans les années 1097, 1601, i0o5, lOoy. On voit par ses poésies latines imprimées', qui sont très élégantes, qu'il était lié d'une amitié des plus étroites avec Théodore de Bèze.

Cette année, il vint au pays de Gex des commissaires du roi pour y établir les affaires de la Religion sur le pied de l'Edit de Nantes. Us vinrent à Genève ils furent complimentés de la part de la Seigneurie'. Us firent connaître à ceux qui lui furent envoyés que la République possédant la dîme de Pérou au pays de Gex, elle devait se résoudre à la restituer, ou à contribuer à la portion congrue du curé qui y avait été établi. Le Conseil, informé de cette demande, leur fit répondre avec fermeté, et nonobstant les obli-

' Tome V, pp. 575-987. cedia, Ecclesiastes, Jonah, etc., Genève,

' lac. Lectii V. C. Poemata Varia in-8, 1609. nempe sylvx . elegix, epigrammala, epi- ^ l\. C, vol. 1(18, fo 286 vo (20 no-

vembre).

l()I2 CONTESTATIONS A PROPOS Ol TKMPI.F. UK (iY. 6l

g-ations toutes récentes ([u'oii avait à la France, que les biens ecclésiasti(jues que la ville de Genève tenait, elle les possédait d'ancienneté, et par divers traités avec le duc de Savoie, (ju'ils lui appartenaient comme le clocher de Saint-Pierre, (pi'elle ne les abandonnerait jamais, et que si on voulait les lui enlever, elle serait bien mal récompensée des services qu'elle avait rendus à la couronne. On se tira d'afFaire par cette réponse, les commissaires n'ayant plus insisté à cela.

Un nommé Claude Collomb, dil (iifFre, Savoyard, ayant com- mis depuis lonj^temps diverses concussions en arrêtant le blé appartenant aux Genevois, lorsqu'ils l'amenaient en ville, et ne le leur relâchant ensuite qu'à prix d'argent, ran(;onnant aussi les bouchers pour les bestiaux qu'ils amenaient de Savoie dans Genève, et ayant fait plusieurs autres extorsions et larcins, l'ut saisi et condamné à être pendii comme coupable d'infracteur de la paix et de perturbateur du repos public'.

Il y eut, au commencement de l'année 1612, quelques diffi- cultés avec les Savo3'ards, au sujet des armes de la Seigneurie qu'on avait fait mettre depuis peu sur la porte du temple de Gy', village de Saint- Victor, cpii n'avait été bâti que depuis quelques mois, et d'une cloche que ceux de ce village avaient fait mettre au clocher de ce temple, laquelle était auparavant dans celui de Fon- cenex, village de Savoie, après en avoir acheté le tiers, qui appar- tenait aux habitans de Foncenex, les deux autres tiers appartenant déjà il y avait longtemps, à ceux de Gy \ Bavo, président de Gham- béry, vint par ordre du Sénat sur les lieux, il voulut obliger les paysans à ôter cette cloche. Il leur demanda de plus s'ils avaient eu permission de son Altesse de Savoie de bâtir le temple, à quoi ayant répondu que non, mais qu'il avait été construit sous l'auto- rité de Messieurs de Genève, le président Bavo leur ordonna d'ôler la cloche, de la rendre à ceux de Foncenex, et de démolir le temple dans huit jours, à peine de cinq cents livres et des galères.

' Procès cri mi liai, ii» 210't. R. C. trouvent encore, au millésime de 1609. vol. 108, fo 258 {4 octohrp). (Nute des éditeurs.)

s Les armes de la Sei!,'neurie s'y ^ R. G., \ol. 108, fos 3:!6, .^88

(2 et 4 janvier 1612).

62 PLAINTES DES GEiNEVOIS GOiNTRE LES SAVOYARDS. l6l2

Le Conseil, informé de ce qu'on vient de rapporter, écrivit au marquis de Lans, gouverneur de Savoie, et au Sénat', pour se jjlaindre de cette procédure, qu'on regardait comme une infraction au traité de paix, par lequel la possession des terres de Saint-Victor et Chapitre était confirmée aux seigneurs de Genève telle qu'elle était avant l'année iGSç), dans lesquelles terres ils avaient la con- naissance non seulement des affaires civiles et criminelles, mais en particulier celle de tout ce qui regarde la Religion.

Le marquis de Lans répondit ' que son Altesse, qu'il avait informée, ne voulait pas qu'on fît aucune nouveauté au préjudice de la ville de Genève, mais qu'elle ne prétendait pas aussi que cette ville en fît au sien, et qu'on pouvait nonmier des commissaires de part et d'autre pour informer sur les lieux des faits et conférer ensendile. 11 ne paraît pas, par les reg-istres publics, que cette pro- position d'informer par commissaires et de conférer eut de suite. L'on voit au contraire que le duc de Savoie, lorsqu'il apprit ce qui s'était passé, n'approuva pas les procédures du président Bavo, et que ce magistral eùl voulu faire abattre le temple de Gy, et que même il avait dit qu'il était indifférent en quel lieu des terres de Saint-Victor la ville de Genève fît prêcher '.

Cette affaire n'était pas la seule (jue l'on eut avec les officiers de Savoie. Diverses autres difficultés, sur différens cas qui s'étaient présentés depuis le traité de Saint-Julien, avaient donné lieu à les ramasser toutes et à |>résenter au président de La Roche quarante- trois articles de plaintes contre eux, entre lesquels ce qui s'était passé à Gy formait un des principaux *.

Les Savoyards répondirent ° sur celui-ci que le temple de Gy n'avait pas pu être bâti sans la permission de leur prince, qui est le souverain de Saint-Victor et Chapitre, parce qu'au lieu d'un tel édifice, on aurait pu élever un fort, et qu'on n'avait pas non plus été en droit de faire graver, sans son aveu, les armes de Genève au haul du frontispice de ce temple, ce qui n'appartenait qu'au soiive-

' Lettre du 4 janvier. Copie de let- » R. G., vol. 109, fo 72 (3 avril).

1res, iio 19. i Ibid., fos 101-102 vo (2 mai).

2 Lettre du 13 février, nouveau .style, ^ [bid., foa 122 vû-127 v" (26 mai). copiée au R. C, vol. 109, l" 28 (."i février).

l(n2 RÉPONSES ET PLAINTES DES SAVOYARDS. 63

rain. On leur répondit qu'en matière de religion, les seigneurs de Genève ne reconnaissaient dans ces terres personne au-dessus d'eux. Ils se plaignirent en même temps de ce que celte ville refu- sait de reconnaître la fidélité qu'elle devait à son Altesse à cause de Saint- Victor et Chapitre, (juoiqu'elle eût été sommée auparavant de le faire. A quoi on répondit qu'elle ne devait ni carnet ni recon- naissance, que cela n'avait jamais été fait et qu'on ne le ferait jamais ' .

Les Savoyards prétendaient encore que le sénat de Savoie et le juge mage avaient droit de faire exécuter leurs mandemens sur les terres de Saint-Victor et Chapitre par les sergens ducaux, de la même manière que dans tous les autres lieux de la souverai- neté de son Altesse, que c'était aussi par l'ordre du Sénat que les jours fériés devaient être établis sur ces mêmes terres, que la création des notaires étant un droit de souveraineté, il n'y avait que ceux qui avaient été établis par l'autorité du Sénat qui eussent droit de stipuler dans les terres de Saint- Victor et Chapitre, et que par conséquent il ne devait point être permis aux notaires de Genève d'y exercer le notariat. A quoi l'on répondit de la part des seigneurs de cette ville, que l'article septième du traité de Saint- Julien portant que tout ce qui regardait ces terres devait rester dans le même état qu'il était avant l'année lôScj, les sergens ducaux n'y devaient point exécuter, ni les notaires de Savoie y stipuler, ni les fériés y être établis par le Sénat, parce que l'usage n'était pas tel en ce temps-là.

Si les Genevois se plaignaient d'un côté des Savoyards, ceux- ci prétendaient aussi avoir des sujets de plainte. 11 arriva au mois d'avril une affaire dont ils firent beaucoup de bruit'. Jaques de la Maisonneuve, citoyen de Genève, amodiataire de la dîme de Mes- sery, en Savoie, en l'année iGii, ayant voulu emmener dans Genève le blé de cette ville, le sieur de Brotty ' le fit saisir entre les mains du curé de Nernier il était, pour certaine quantité de blé qu'il prétendait que la seigneurie de Genève lui devait sur la dîme

' R. G., vol. 109, fo 13! (H) mai). ' Urbain de Brolty ou Brottier.

/6»rf., fo 73 (ti avril 161:2).

64 MORT DU FILS DU SEIGNEUR DE NERNIER. 1^12

du même village des années 1G08 et 1609. Ouoiqu'on eût fait voir qu'il n'était rien dû, et que la parole eût été donnée ensuite qu'on làclierail cette dîme, cependant de la Maisonneuve, pour être plus sur de l'avoir, s'en alla par eau à Ncrnier, cjui est au bord du lac, suivi de six soldais qui ne portaient que l'épée pour se détendre si on voulait les empêcher d'emmener le blé, ce qu'il fit après en avoir obtenu la permission du Conseil". Il s'adressa au curé pour cet effet, qui consentit à lui donner le blé. Mais comme on commen- çait à le charg-er, le fils du seigneur de Nernier, qui savait qu'on le devait venir prendre, accourut' suivi de plusieurs personnes armées de mousquets qu'ils tirèrent sur de la Maisonneuve et ses gens, lesquels, se voyant attaqués de cette manière, et le tocsin sonnant, se mirent en état de défense pour sauver leur vie, et en se défendant tuèrent deux ou trois des agresseurs, du nombre des- quels fut le fils du seigneur de Nernier, en blessèrent d'autres et mirent le reste en fuite, après quoi ils continuèrent à charger leur blé sur le bateau et s'en revinrent à Genève. Les Savoyards se plaignirent en Suisse et en France de cette affaire, comme d'un attentat. Le sieur de la Tournette, ambassadeur de Savoie auprès des cantons, en fit beaucoup de bruit à la diète des cinq petits can- tons à Lucerne, et ensuite à la diète de Badeu \ Le sieur de Jacob, ambassadeur en France, s'en plaignit hautement à la reine, qui en écrivit à Messieurs de Genève', lesquels elle exhortait à se dis- poser, au cas que le fait fût tel qu'il lui avait été raconté, à faire une réparation convenable, pour prévenir que la tranquillité publique ne fût troublée. On répondit à la reine de quelle manière la chose s'était passée. On en informa aussi l'ambassadeur de France en Suisse ', les cantons protestants et tout le Corps helvé- tique" par des lettres qu'on leur écrivit à ce sujet. Ce qui fil tout

R. C, vol. 109, (0 78 vo (8 avril). = Lettre du 21 juillet. Copie de lettres, - Ibid., (o 80 (10 avril). 11» t9. Pierre Jeannin de Castille, sieur ■' Eidg.Abschiede, i.'V,pa.rt.l,pi^. t081 de Blancbuisson, ambassadeur ordinaire en

(Ijucerne. le 18 juin) el 1089 (Baden, le Suisse du 10 novembre 1611 au M avril

ler juillet). 1616, et ambassadeur extraordinaire en

* Lettre du 23 mai 1612, P. H., septembre et octobre 1616. {Note des èdi- n')2467. R. C. vol. 109, 175 (10 leurs.)

juillet). ■■ Lettre du 21 juillet. Ibid.

lGl2 AVIS d'entreprises contre (JE.NÈVE. 65

l'etFet que Messieurs de Genève pouvaieut souliaiter, puisque, dès lors, ou n'entendit plus parler de cette affaire.

On eut pendant le cours de cette année divers avis d'entre- prises qui se méditaient contre Genève de la part de la Savoie. La Rivière, sergent dans une des compagnies de la g-arnison, s'offrit au mar(|uis de Lans, g-ouverneur de Savoie, [jour aider à en faire réussir une qui avait été projetée. Spon' dit qu'un gentilhomme du Daupliiné qui se trouva à l'antichambre du marquis ouït quelque chose de son entretien avec lui et en avertit le Conseil. La Rivière était un brave soldat qui s'était disting'ué dans les guerres précé- dentes, mais qui, pour terminer un procès qu'il avait à Cham- bérj avec son père, offrit ses services au marquis de Lans, et avait fait dessein d'introduire ses troupes au boulevard Saint-Antoine.

Il s'appelait Guillaume Revilliet, et était de Soral, en Savoie. La Rivière était son nom de guerre. Il s'était retiré dans Genève au sujet d'un meurtre il avait été présent. Il ne paraît pas, par les procédures faites contre lui \ qu'il eût un procès contre son père, mais seulement qu'il travaillait à n'être plus poursuivi en Savoie pour ce meurtre, et à être exempté de la taille. Le marquis de Lans, l'ayant attiré à Ghambéry, lui fit voir un plan en relief qu'il avait de la ville de Genève. La Rivière lui en marqua les défauts et l'in- forma (lu détail des fortifications telles qu'elles étaient alors, de même que de celui de la garde. Il reçut de l'argent de ce seigneur, lequel lui promit de lui faire dans la suite de plus amples récom- penses. La Rivière eut la tête tranchée au Molard, le 5 août, et fut ensuite écartelé'.

Peu de temps après. Bernardin Monneret, de Neyroles, près de Nantua, soldat aux AUinges, dit le capitaine La Rudesse, fut pendu' pour être venu, par ordre des officiers de Savoie, au mépris du traité de paix et en le violant, visiter et reconnaître à diverses fois, tant de jour que de nuit, les fortifications et la garde de la ville. Il avoua aussi s'être rendu avec Brunaulieu dans le fossé de la

' Histoire de Genève, t. I, p. 478. » R. C, vol. 109, fo ail (iaortl).

- Procès criminel 2145. ' Ibid., 246 (2 septembre). Pro-

cès criminel 2148.

T. VII 5

60 BIENS ECCLÉSIASTIQUES DU PAYS DE GEX. l6l2

Corraterie, quelques jours avant l'Escalade, pour mesurer la hau- teur des murailles.

Cette même année le duc de Savoie inquiétait les Bernois au sujet du pays de Vaud. Sur les sollicitations que l'ambassadeur de ce prince fit en Suisse auprès des cantons, pour porter les sei- gneurs de Berne à lui restituer ce pays, il fut résolu à la diète de Baden ' qu'ils produiraient les droits en vertu desquels ils le possé- daient, ce qu'ils firent, ayant requis en même temps d'y être main- tenus, sans entrer là-dessus en aucune contestation avec le duc de Savoie. La diète' trouva ces droits authentiques et incontestables. C'est ce que Messieurs de Berne écrivirent à leurs alliés de Genève ', leur marquant en même temps que, sur la réponse de la diète, l'ambassadeur avait laissé échapper quelques paroles de menaces, et en particulier que son maître serait contraint de se faire justice d'une autre manière ; que d'ailleurs ils apprenaient de bonne part que le duc faisait divers préparatifs, ce qui devait porter les deux villes alliées à se tenir sur leurs gardes ; sur quoi ils exhor- taient Messieurs de Genève à redoubler leurs soins pour être infor- més au vrai des menées de ce prince. On remercia Messieurs de Berne de l'avis qu'ils avaient donné, et de l'intérêt qu'ils prenaient à la conservation de Genève, leur marquant en même temps qu'on serait fort attentif à découvrir les desseins du duc de Savoie, et qu'on leur ferait aussitôt savoir ce qu'on apprendrait à cet égard. Nous avons vu ci-dessus ' les démarches que fit auprès du roi Henri IV, François de Sales, évêque titulaire de Genève, en l'année 1601 [1602], au sujet des biens ecclésiastiques que cette ville possé- dait au pays de Gex. Le même prélat revint à la charge au mois de novembre 1612. Il présenta une requête au roi Louis XIIP, par laquelle il demandait d'être mis en possession, ainsi que son cha- pitre et celui de Saint- Victor, de tous les biens et revenus ecclésias- tiques situés dans les états de sa Majesté, et retenus par ceux de Genève. Anjorrant, qui était alors député de la République auprès

^ Eidg. Abschiede, t. V, part. 1, « T. VI. p. 420.

p. 1089 (!«'• juillet). ' Voir la copie de cette requête au

= lUd., p. nos (21 octobre). P. H., no 2483. 5 R. C, vol. 110, fo 52 (7 novembre).

l6l2 CKLÉBRATION de la FÈtE de NOËL. 67

du roi, ne voulut recevoir aucune connnuiiication de celle requête', et les seigneurs de Genève, à qui il donna avis de ce qui se pas- sait', ayant écrit à la reine régente pour lui exposer les raisons qui faisaient voir l'injustice d'une telle demande', les poursuites de François de Sales furent aussitôt arrêtées.

Sur la fin de cette année, les ministres furent consultés sur une proposition qui avait été faite au Conseil ', de célébrer d'une manière solennelle la fête de Noël comme on le pratiquait presque partout, et en particulier en Suisse. Mais comme ils furent tous d'un sentiment opposé, le magistrat n'insista pas là-dessus. Ils se présentèrent en corps en Conseil, le 21 décembre', ils alléguè- rent contre l'introduction de la fête les raisons suivantes : que l'église de Genève n'avait pas empiré pour n'avoir pas observé la fête dont U s'agissait, dans un jour particulier, non plus que celle de Pâques et de Pentecôte, lesquelles elle ne célèbre que les dimanches. Que si l'on se portait au changement proposé, les ennemis de la Religion en tireraient de l'avantage et diraient que la ville de Genève se rapproche de l'église romaine ; que si la rai- son de conformité avec les autres églises, et en particulier avec celles de Suisse, devait engager à établir la fête de Noël, il faudrait, par une conséquence nécessaire, célébrer toutes celles qu'elles célè- brent, et que les changemens dans la discipline de l'Eglise n'étaient pas moins dangereux que les changemens dans l'ordre de l'Etat; que plus les cérémonies avaient multiplié dans l'Eglise, plus la vérité en avait souffert; que saint Paul défendait l'observation des fêtes et des jours; que le vrai jour de la naissance du Sauveur était inconnu; que les églises de France n'observaient pas cette fête, enfin qu'encore qu'une telle célébration ne fût mauvaise ni illicite, il valait cependant mieux ne rien changer en une pratique indifférente en elle-même.

Cette même année fut la dernière de la proëstasie, c'est-à-dire delà présidence annuelle parmi les ministres. Simon Goulard, entre

Anjorrant composa inènie un nié- » R. C., vol. 110. 68 (24 nov.).

moire protestant contre les prétentions de ' [bid., f" 88 (16 décembre),

l'évêque, qui figure également au P. H., ■• Ibid., 87 V (1.5 décembre),

no 2483. 5 Ibid., fo« 91 v-92.

68 BONNES DISPOSITIONS DU ROI d'aNGLETERRE. i(]\?)

les mains de qui cette charge était alors, n'ayant pas voulu la con- tinuer pendant l'année suivante i6i3, la Compagnie insista si fort auprès du Conseil pour que la présidence hebdomadaire fût réta- blie, que le Magistrat y donna les mains' pour être cette présidence par semaine continuée ou y être autrement pourvu, selon qu'on s'en trouverait bien ou mal, et sous la réserve que Goulard serait chargé d'écrire les lettres et de faire les exhortations dans les Con- seils au sujet des élections, et le discours qui fait la conclusion des promotions.

11 paraît, par la suite de cette Histoire, que la République était parfaitement bien auprès du roi d'Angleterre. Aussi on ne manquait aucune occasion de s'entretenir dans la bienveillance de ce prince. Sa Majesté britannique ayant perdu le prince de Galles ', on lui écrivit sur ce sujet une lettre de condoléance', par laquelle on le remerciait en même temps de ses favorables dispositions envers la ville de Genève. On reçut au mois de février i0i3 une réponse fort obligeante du roi d'Angleterre'. Après avoir remercié la République de la part qu'elle prenait à la perte qu'il avait faite, il marquait que le duc de Savoie lui ayant fait faire des proposi- tions de mariage, premièrement pour la princesse fille de sa Majesté % ensuite pour le défunt prince de Galles, il lui avait répondu à l'une et à l'autre fois qu'il était résolu de n'entrer en aucune conférence là-dessus que premièrement il ne fût assuré du repos et de la conservation de Genève, et que le duc ne lui eût donné sa parole à cet égard. Sur quoi le prince lui répondit qu'il aimait mieux s'en rapporter à l'arbitrage du roi qu'à celui de tout autre monarque, ce qui aurait eu lieu, si les négociations de mariage eussent été continuées, le roi offrant à Messieurs de

R. G., vol. HO, (°9ô (23 décembre). s Éiisabetli, qui épousa l'électeur Pa- ' Henry Frédéric, fils aîné de Jac- latin Frédéric V. Le duc avait proposé en

ques 1er, le 19 février 1S94, mort le avril 16H au roi de célébrer le mariage de

6 novembre 1612, nouveau style. {Note cette princesse avec le prince de Piémont,

des éditeurs.) son fils aîné, à la condition qu'un second

' Lettre du 2 décembre 1612, Copie mariage aurait lieu entre le prince de Galles

de lettres, vol. 19. et la fille aînée du duc. Diclionary of Na-

Lettre du 13 janvier 1613. H. C, tional Biography, t. XXVI. p. 107. (Note vol. 111, f»8 36 V-S? (9 février). des éditems.)

l6l3 MISSION d'a.NJOKKA.NT EN KRANGE. ()()

Genève son cnlremise auprès du duc de Savoie quand ils trouve- raient à propos de l'en prier.

Il y a apparence que l'arbitrage dont le roi parle dans cette lettre regardait les prétentions du duc de Savoie, lcs(|uelles Mes- sieurs de Genève n'avaient jamais voulu sounicUre au jugement de personne, aussi ne firent-ils aucune attention à ce que ce prince leur marquait là-dessus. Ils se contentèrent de le remercier', dans une lettre qu'ils lui écrivirent quelque temps après, de la continua- tion de sa bienveillance.

Anjorrant, ancien syndic, qui avait été envoyé en France en l'année 1612, avait obtenu de la cour la subvention de soixante et douze mille livres ' pour cette année, pour l'entretien de la garnison, de laquelle il toucha les deniers. Il eut un peu plus de peine à obtenir une semblable somme [)Our l'année suivante iGi3, ayant éprouvé des difficultés auprès des ministres, qui parlaient de la réduire à la moitié. Mais la reine ordonna qu'on lui délivrât des assignations pour la somme entière, ce qui fut exécuté. Il revint dans Genève au mois de juin, après avoir remercié cette princesse, de qui il eut son audience de congé, de même que du roi, (jui lui dit qu'il continuerait d'honorer Messieurs de Genève de sa bien- veillance, comme avait fait le feu roi sou père. II avait négocié sur un autre article assez délicat. Les officiers de France avaient établi depuis quelijues années une nouvelle douane à Versoix, dont ils exigeaient des Genevois avec assez de rigueur. Après diverses remontrances qu'il fit à ce sujet pour qu'ils en fussent dispensés, il obtint enfin un arrêt du Conseil d'Etat qui portait qu'on conserve- rait aux Genevois leurs privilèges, et qu'ils ne consigneraient pas à Versoix. Après quoi, sur des plaintes faites par ceux du pays de Gex qu'on les avait chargés de nouveaux impôts dans Genève, par l'augmentation que l'on avait faite du droit des halles sur les cuirs et sur la gabelle de la chair, depuis l'année i58g, le Conseil d'Etat rendit un arrêt au mois de mai lOiS, portant qu'on enverrait un maître des requêtes, qui entendrait les plaintes de ceux de Lyon, et

' Lettre du 21 avril. Copie de lettres. * Rapport d'Anjorrant.R.C, vol. I il,

vol. 20, fo 24. fos 152 vo-lo9 (1er juin).

•JO QUESTION DE l'Éc;LISE DE LANCY. l6l3

que cependant les marchands de Genève consig-neraient par bul- leltes, qui porteraient le lieu d'où les marchandises viendraient, et elles iraient. Gomme cet arrêt renfermait des restrictions aux- quelles les Genevois ne voulaient pas se soumettre, et que d'ailleurs il fallait qu'ils cessassent d'exiger de ceux du pays de Gex les impositions établies depuis l'année 1589, Anjorrant, selon les ordres qu'il en avait, ne le voulut point recevoir'.

Le seig'neur de la Bàtie-Meslier intenta un procès à la Sei- gneurie' par lequel il demandait qu'elle reconnût de son fief l'ég-lise et la cure de Lancy. Gette difficulté étant une affaire d'Etat et n'ap- partenant point par conséquent à la connaissance d'aucun tribunal de justice, on se contenta de répondre aux juges de Savoie qu'elle n'était pas de leur compétence, et de leur dire en passant que l'église et la cure de Lancy appartenaient à la Répub]i(]ue de toute ancienneté, et en particulier qu'elle était du nombre de celles (|ui lui étaient attribuées par le départ de Baie. Le seigneur de la Bâtie Meslier obtint gain de cause, mais, sur la plainte qui en fut faite au marquis de Lans', gouverneur de Savoie, cette affaire n'eut aucune suite, et le jugement fut regardé comme non avenu.

François de Gonzague, duc de Mantoue, étant mort, et n'ayant laissé qu'une princesse en bas âge, le duc de Savoie eut des diffi- cultés avec Ferdinand de Gonzague, frère du défunt, au sujet de la tutelle de cette princesse, qui était sa petite-fille par sa mère Mar- guerite de Savoie, et prit cette occasion pour faire valoir ses pré- tentions sur le Montferrat.

11 mit pour cet effet une armée sur pied. Et comme il sentait qu'après tant d'entreprises tjui avaient été faites contre Genève, et la levée des boucliers de l'année lOii, on en prendrait de l'om- brage, il fit écrire aux seigneurs de cette ville, au mois d'avril i6i3, par le marquis de Lans*, gouverneur de Savoie, qu'ils ne devaient point être inquiels sur les mouvemens de ses troupes, qui n'avaient pour objet que le duc de Mantoue ; que l'intention de son

' R. C, vol. 111, fo 155 (1er juin). copiée au R. C, vol. IH, 99 \o, et sui-

1 Ihid,, fo 89 {7 avril). vie de la réponse du Conseil du 20 avril,

^ Ihid., 95 (14 avril). style ancien. Ibid., fo 100. Lettre du 26 avril, nouveau style,

|(il3 l/.VGliMT ANGLAIS l'AllKlUltST A GliMliVK. 7I

Altesse n'était jtas de rien innover contre ses voisins, et en parti- culier contre la ville de Genève. On répondit au marquis de Lans qu'on le remerciait de l'avis, et qu'on comptait sur celle parole. Peu de temps après M. de Lesdiguières écrivit' que cette prise d'armes du duc de Savoie ne regardait que le Montferrat, ce (jui rassura entièrement ceux qui avaient encore de l'inquiétude sur cette affaire.

Ce prince s'étant ensuite accommodé au mois de juin de la même année, avec le duc de Mantoue, le marquis de Lans en donna avis par ordre de son maître'. On le remercia, le priant en même temps de congédier au plus tôt (pielques troupes, qui étaient dans le voisinage de Genève, ce qui fut fait peu de temps après.

Pendant cette affaire de Mantoue, le sieur Parkhurst', agent d'Ang-leterre à Turin, vint à Genève, et s'étant adressé aux magis- trats', il remit un écrit' qui portait qu'étant chargé par le roi son maître de négocier le mariage du duc d'York* avec une des prin- cesses de Savoie, le premier ' n'ayant pas eu lieu par la mort du prince de Galles, il en avait parlé de son mouvement au duc, pour luiYeprésenter qu'il craignait que la guerre de Mantoue n'en attirât une autre du côté de Savoie, et que Messieurs de Berne et de Genève pourraient à cette occasion être sollicités par divers princes à prendre les armes, ce qui serait un grand obstacle au sujet du mariage, parce que le roi d'Angleterre avait toujours fait [)araîlre beaucoup d'affection pour la ville de Genève, dont il avait voulu réserver expressément la sûreté, dans les traités avec son Altesse de Savoie; que là-dessus le prince le remercia de l'avis et trouva bon que lui Parkhurst vînt dans Genève pour faire entendre aux seigneurs de cette ville, et par leur moyen aux seigneurs de Berne,

' Lettre du 7 mai, P. H., 2491; sadeur de Jacques h' auprès de la répu-

R. C, vol. m, fo 113 (30 avril), pro- blique de Venise. {Note des éditeurs.)

voquée par une demande derenseigneniens R. C.,vol. Hl,fosl23v''-125(9mai).

de Messieurs. Ibid., fo^ MO vo et 111, ^ p. H., 2503.

et Copie de lettres, vol. 20. 26 v», « Charles, second fils de Jacques l",

^ Lettre du 27 juin, nouveau style, duc d'Albany, en 1600, créé duc d'York

copiée au R. C, vol. 111, f" 173 (21 juin). en 1603, en 1623 roi d'Angleterre sous le

' John Parkhurst, (1364-16.39), secré- nom de Charles I". (Note des éditeurs.)

lairede Sir Henry Wolton, ancien ambas- ' Voir plus haut, p. 68.

■^2 SUITE DE CETTE AFFAIRE. l6l3

que les préparatifs de guerre qui se faisaient ne regardaient en aucune manière ni les uns ni les autres; mais qu'aussi il souhaitait d'avoir une déclaration de Messieurs de Berne et de Messieurs de Genève qu'ils n'entreprendraient rien contre ses Etats; que le comte de Gartignan, qui était resté à Saint-Julien, était venu avec lui, par ordre du duc de Savoie, pour donner de sa part toutes les assurances qu'on pourrait souhaiter, que le sieur Parkhurst se fai- sait fort de tirer promesse de ce prince et de l'engager ,de parole envers le roi d'Angleterre que, quelque événement qu'il arrivât, il ne remuerait point, au cas qu'il eût incessamment la déclaration qu'il demandait de l'intention de Messieurs de Berne et de Genève. Il ajouta que le duc de Savoie étant pressé par le roi d'Angleterre de laisser cette dernière ville en repos, il avait toujours répondu que c'était son intention, et cpi'il le ferait d'ailleurs par égard pour sa Majesté britannique, à laquelle il remettait volontiers la recon- naissance des affaires qu'il avait avec Messieurs de Genève.

Le parti que le Conseil ' prit sur cette proposition fut de n'y faire aucune réponse sans avoir auparavant consulté l'ambassadeur de France en Suisse et les seigneurs de Berne. Sarasin, lieutenant, leur fut envoyé à ce sujet'. Il passa d'abord à Soleure où, après qu'il eut informé l'ambassadeur du sujet de son voyage, ce ministre lui dit (pi'il croyait que le mariage prétendu de la princesse de Savoie avec le duc d'York était faux', que l'Angleterre était de bonne intelligence avec la France, qu'il ne fallait pas croire que le duc de Savoie eut de plus grands égards pour le roi d'Angleterre que pour le feu roi de France, que le premier ne pouvait pas être d'un grand secours à Genève, puisqu'il était fort éloigné de cette ville, que la proposition du sieur Parkhurst avait l'air d'être une fourbe; qu'il n'y avait nulle apparence qu'il fût avoué de son maître; que quand le duc aurait promis quelque chose au roi d'Angleterre, il n'en tiendrait rien; que ce prince ne cherchait qu'à brouiller, qu'il faisait du mal tjuand il pouvait, et que quand il ne pouvait pas, il payait de bonnes paroles; que si le sieur Parkhurst

' 1^. C, vol. 111, fo 126 (10 mai). » Ctiarles 1er épousa, en 1625, Hen-

' Ibid.. f" 126 (10 mai) et fos 133 v- riette-Marie, la seconde fille de Henri IV de 136 (17 mai), rapport de Sarasin. France. (Note des éditeurs.)

l(jl3 SUITE UE CETTE AFFAIRE. 78

pressait pour avoir une réponse, il fallait lui dire que Messieurs de Genève se tenaient au traité de Saint-Julien, (|ui réservait les allies, et que s'ils donnaient la déclaration que le duc leur demandait, ce serait dire qu'on le craig-nait, sans qu'il y eût apparence de crainte.

Sarasin apprit ensuite de l'ambassadeur que Messieurs de Berne lui avaient envoyé un seigneur de leur corps pour lui dire que le duc de Savoie les sollicitait d'abandonner Genève, auquel cas il abandonnerait ses prétentions sur le pays de Vaud. Sur quoi l'ambassadeur dit à l'envoyé de Berne que si Genève était perdue, le pays de Vaud suivrait le même sort, et celui-ci ayant répondu qu'on pourrait garantir le pays de \'aud en fortifiant quelque place qui tiendrait lieu de Genève, l'ambassadeur réplicpia qu'il faudrait bien du temps pour cela.

De Soleure, Sarasin alla à Berne. L'avoyer ', à qui il s'adressa, lui parut être dans les mêmes sentimens que l'ambassadeur de France. Il lui dit que l'envoyé de Savoie avait voulu faire quelque proposition aux seigneurs de Berne, mais qu'ils n'avaient pas trouvé à propos de lui donner audience. Sarasin fit ensuite sa pré- sentation au Conseil, duquel il eut pour réponse que leurs Excel- lences trouvaient l'affaire dont il s'agissait fort extraordinaire et très suspecte, et qu'elles avaient résolu d'en donner avis avant toutes choses à leurs Excellences de Zurich.

Sarasin, étant de retour à Genève, ne tarda pas à recevoir des lettres de Messieurs de Berne', par lesquelles ils marquaient les sentimens de Messieurs de Zurich sur l'affaire en question, lesquels estimaient qu'il fallait très peu se fier aux propositions du duc de Savoie, qu'il y avait du danger d'entrer en traité avec ce prince, surtout sans la participation du roi de F'rance, (jui pourrait y avoir intérêt, et que Messieurs de Genève devaient témoigner au sieur Parkluirst qu'ils étaient dans le dessein de vivre en paix en consé- quence du traité de Saint-Julien, dont ils demandaient l'observa- tion de la part des Savoyards.

Le parti que le Conseil prit ', sur le rapport de Sarasin, fut de

' L'avoyerSager. VoirR.C, vol. m, - Lettre du 18 mai. R. C, vol. 111,

fo 134 vo. fos 143 vo-144 (21 mai).

' R.C.,vol.lH,fosi:î6vo 137(17mai).

7^ REQUÊTE UU UAKON UE COUDRÉE. 1 6 lii

dire au sieur Parkhurst qu'on souhaitait avant toutes choses de voir ses instructions, de même que celles du sieur de Cartig-nan. Cette proposition le surprit. Le comte de Cartignan, auquel il l'alla communicpier à Saint-Julien, il était encore', répondit qu'il ne pouvait pas montrer ses instructions, à moins que Messieurs de Genève ne lui fissent voir le pouvoir qu'ils avaient de traiter au nom de Messieurs de Berne, et qu'il suffisait (|u'il en eût fait voir le contenu au sieur Parkhurst, qui rapporta qu'elles lui donnaient le pouvoir d'obliger le duc de Savoie, son maître, à remettre la connaissance de ses difficultés avec Messieurs de Berne et de Genève au roi d'Angleterre, au cas qu'ils y consentissent, et qu'ils s'engag-eassenl à se tenir à ce que sa Majesté britanni(|ue réglerait à cet égard.

Cette réponse n'étant point satisfaisante, on insista encore à voir les instructions et de Parkhurst et de Cartig'nan, et on dit au sieur Parkhurst que Messieurs de Genève n'avaient aucun pouvoir de traiter pour Messieurs de Berne', ce que celui-ci étant allé rap- porter au comte de Cartignan, à Saint-Julien, on n'entendit plus parler de cette attaire, l'un et l'autre étant aussitôt repartis pour Turin \

Un des privilèg-es attachés à la qualité d'habitant, de bour- geois ou de citoyen de Genève était de devenir libres, après avoir habité dans cette ville un an et un jour, comme nous l'avons vu dans le premier livre de cette Histoire. C'est un article qui se trouve dans le traité fait entre Humbert de Grammont, évêque, et le comte de Genevois', en l'année 1 124, et qui est rapporté et confirmé dans tous les actes suivants qui regardent les droits de l'évêque et de la ville de Genève. C'est aussi suivant cette jurisprudence qu'on décida un cas qui se présenta cette année i6i3. Le baron de Cou- drée, bourgeois de Berne, ayant présenté requête au Conseil', par laquelle il demandait que les biens de Jean Lacliis, de Genève', son taillable à miséricorde, qui avait été tué en Savoie l'année précé-

R. C, vol. m. fo 139(18 mai). » R. C, vol. 111, fos 80-82 (31 mars).

» Ibid., !" 142 yo (19 mai). ^ Voir Galiffe, Notices généalogiques,

' Ibid., fo 143 (20 mai). t. V, p. 457.

* P. H., 5.

l()l3 MOKT UK MICIIKI, KOSET. ^5

dénie, lui fussent déclarés écluis, la lante du di'^fiiiil, (|iii <Hail son héritière, et le procureur g-énéral s'y opposèrent et alléguèrent pour leurs raisons ([u'encore que quelques-uns des prédécesseurs de Lacliis se fussent reconnus laillables des prédécesseurs du baron de (^^oudrée, celui-ci était entièrement dégainé d'une telle obligation, parce que, son père étant venu habiter dans Genève dej)uis plus de (juaranle ans et s'y étant marié, il avait acquis la liberté de sa per- sonne, et à plus forte raison celle de son fils, qui était dans la ville et y avait toujours résidé, que c'était une coutume constante dans les villes libres de l'empire que ceux qui y résident devien- nent francs et libres. Ut non sohim ecc civibas, sed etiam liberis honiinibiis repleantiir civitates. Que la ville de Genève en parti- culier avait ce droit, lequel était fondé sur les anciens actes dont nous avons parlé, et qui paraissait aussi par l'article '.M\'™ des franchises conçu en ces termes : Item si aliquis cfericiis aiit civis juratiis vel habitator gebenn. intestatus decesserit, sive sit usitra- rius piibliciis vel non, bastardus sive spiirius aiit qiiicunqiie a lins ex dampnato cohitii, vel cuiusciinqiie alterius condicionis , liberi, si habet, et, si non habet, proooimiores infra et extra banna succédant, et niilhis Dominas eoriim bona capere possit aut aliquid petere in eisdem.

Par toutes ces raisons, le baron de Coudrée fut débouté des fins de sa requête '.

La République perdit au mois d'août' de cette année Michel Roset, l'un de ses plus illustres magistrats, et auquel elle avait les obligations les plus essentielles. Toute la suite de cette Histoire, depuis quelques années après la Réformation, en étant une preuve convaincante, l'on ne s'arrêtera pas ici à en faire un éloge autant étendu que le sujet mériterait. On se contentera de rappeler quelques-unes des principales circonstances de la vie de ce dig'ne magistrat, qui est l'un de ceux qui ont servi le plus longtemps et le plus utilement la patrie. Il était fds de Glaude Roset, qui avait exercé avec honneur les charges de syndic et de secrétaire d'Etat, ayant repris celle-ci les dernières années de sa vie, et son âg-e

' R. C, vol. m, lo 82 vo (lU mars). ^ Le 25 aoiit. Livre des morts, n" 24,

1S9.

^G BIOGRAPHIE DE MICHEL KOSET. l6l3

avancé ne lui permellant plus d'en faire les fonctions, Michel Roset son fils, qui venait d'être fait membre du Conseil des Deux Cents, lui fut subrogé au mois d'avril i555, quoiqu'il n'eût pas encore atteint l'âge de 22 ans. Et son père étant mort dans le cours de celte année, on le continua dans cette charge jusqu'au commence- ment de l'année i56o, qu'il fut élu syndic, emploi auquel il fut appelé dans la suite de quatre ans en quatre ans, jusqu'à l'année qui précéda sa mort, l'ayant exercée quatorze fois et tenu douze fois le premier rang dans le syndicat. Pendant ce long espace de temps, il n'y a presque aucune affaire d'Etat ou négociation impor- tante dans laquelle il n'ait été mêlé. Quoifju'il fût très jeune et depuis peu de temps dans le Conseil, il fut employé dans celle de l'alliance perpétuelle avec les seigneurs de Berne, conclue au com- mencement de l'année i558. Il se trouva pour soutenir les intérêts de ses supérieurs dans diverses diètes tenues en Suisse avant la con- clusion du traité de Lausanne en i5G/j- H fut en lû^o le principal négociateur du mode de vivre que les Bernois conclurent avec les envoyés du duc de Savoie, et en i'»7y du traité de Soleure qui fut fait pour la conservation de Genève. 11 négocia à Zurich et à Berne l'alliance avec ces deux cantons en i584. H fut un des commissaires députés aux conférences d'Hermance en 1598, et de ceux qui négocièrent le traité de Saint-Julien en i0o3. Ouoique les affaires d'Etat au dedans et au dehors roulassent pour la plus grande par- tie sur lui, il se ménagea pourtant suffisamment de temps, les pre- mières années qu'il fut dans la magistrature, pour travailler à l'histoire de sa patrie, qu'il lira des anciens monumens, qui lui étaient très connus, et des Registres. 11 la poussa jusqu'au mois de mai de l'année 1662 et la présenta la même année au Conseil'.

Michel Roset mourut à l'âge de passé quatre-vingts ans, après avoir été le doyen du Conseil pendant trente ans. 11 fut enterré au cloître de Saint-Pierre; l'on voit son portrait dans la Bibliothèque

' Les Chroniques de Genève de Michel Roset publiées par Henri Fazy, Genève, 1894, d'après le manuscrit (n» 136) conservé aux Archives de Genève. Les Chroniques furent présentées au Conseil le 2 juin 1362. R. C. vol. 37, fos 64 vo et 63. Voir aussi l'avanl- propos de M. Fazy, p. iv. {Note des éditeurs.)

l(n/| lUU'ITS d'entreprises contre GENÈVE. 77

publi(|iie de Genève; Daniel Ilosel, son fils aîné, Fut choisi poiu' remplir la place ([u'il laissa vacante dans le Petit Conseil'.

L'on eut au commencement de l'année i()i4 des avis, de divers endroits, que le duc de Savoie méditait de nouveau (piel(]ue entre- prise contre Genève '. On les fondait sur ce que ce prince, irrité du refus qui lui avait été fait d'une des princesses de France pour le prince de Piémont, son fds, l'avait envoyé en Espagne pour se procurer la bienveillance du roi, auquel il avait fait proposer l'exé- cution de deux desseins, dont l'un était l'invasion du Montferral et l'autre le sièg-e de Genève, que le pape favoriserait en contribuant à une bonne partie de la dépense. Il se faisait en efTot (pielques levées de troupes en Savoie; mais ces ombrages furent dissipés par des lettres du marquis de Lans% par lesquelles il assurait Messieurs de Genève que les préparatifs que faisait le duc de Savoie ne les reg-ardaient pas ; Henri de Savoie, duc de Nemours, leur écrivit aussi d'Annecy', au mois de juillet, qu'ils ne devaient être en aucune peine au sujet des troupes qu'il amassait dans ses terres, pour les faire passer en Piémont, et que son Altesse était dans le dessein de vivre en bonne intelligence avec eux.

On répondit à ce prince ' qu'on se reposait sur sa parole, outre que le traité de Saint-Julien, à l'abri duquel on vivait, ôlait absolu- ment toute crainte, que ces mouvemens auraient pu d'ailleurs don- ner avec justice.

L'on n'avait rien à craindre dans ce temps-là de la part des Savoyards, par la voie de la force. Ils en usaient même bien avec les Genevois ; ce qu'ils faisaient peut-être pour les porter par de bonnes manières à prêter l'oreille à certaines propositions qu'on voulait leur faire, et que ceux-ci avaient auparavant rejetées à diverses fois avec hauteur.

Quoi qu'il en soit, le sieur Gavet, sénateur de Cliambérj', étant

' Séance du Dl'ux Cents. R. C, * Lettre du 22 juillet, nouveau style.

vol. 1 12, fo 4 (4 janvier 16I4|. P. H., no 2324.

'- R. G., vol. 112, fo8 7.Ï-78 (21 mars) * Lettre du 16 juillet. Copiede lettres,

et 12o vo (12 mai). no 20. - R, C, vol. 112, fo 189 vo (16

' Lettre du 8 juillet. P. H., no 2.^2:î. juillet). R. C, vol. 112. fo 169 {["'■ juillet).

78 PROPOSITIONS DES SAVOYARDS. l6l4

venu dans le voisinage de Genève, au mois de juillet de cette année, et ayant souhaité de parler à quelques magistrats, il dit à Chàteau- neuf e( à Larcliev('''que', qui furent envoyés, que réfléchissant sur le traité de Saint-Julien, il avait trouvé qu'il n'était pas suffisant pour entretenir un aussi bon voisinage et une correspondance autant avantageuse qu'était celle qu'on avait les uns avec les autres du temps du mode de vivre; qu'il croyait donc qu'il faudrait augmen- ter ce traité et faire rétablir le commerce el les avantages des anciennes foires de Genève ; que les citoyens de celte ville pussent posséder des charges en Savoie et qu'il régnât une si bonne intelli- gence que toute la grandeur de l'illustre maison de Savoie vînt fondre dans Genève ; qu'ayant fait part de cette pensée au marquis de Lans, il l'avait approuvée et lui avait permis de la proposer aux seigneurs de cette ville.

Ghàteauneuf et Larchevêque ne lui répondirent autre chose, si ce n'est que leurs supérieurs étaient contens de vivre sur le pied du traité de Saint-Julien, duquel ils ne demandaient de la part des officiers de Savoie qu'une exacte observation et que leur intention était de ne jamais s'en départir. Au surplus, le sieur Gavet n'avait aucun pouvoir ni aucune instruction par écrit.

Quehjue temps après l'on fit parvenir par un autre émissaire de nouvelles propositions. Le sieur de Bellerive, qui se disait avoir charge du marquis de Lans, s'étant adressé aux mêmes magistrats ', leur dit que si Messieurs de Genève voulaient faire un nouveau traité avec le duc de Savoie, ce prince offrait de payer pour eux ce qu'ils devaient à Messieurs de Berne, de déposer de l'argent en suffisance pour entretenir leur garnison el de mettre dans leur ville dix mille sacs de blé et de l'artillerie. Mais (ju'il faudrait aussi qu'en échange Messieurs de Genève se déterminassent à accorder à ce prince quelque chose de ce qui fut proposé à Turin, en l'année 1601, à Messieurs Lect, Savyon et Anjorranl, comme de donner une paire de gants tous les ans à son Altesse, ou de lui promettre trois

< R. C, vol. H2. fo 176 vo (7 juillet), (3 août), propositionsdu sieur de Bellerive,

lettre du sénateur Cavet. Ibid.. 177 211 (.1 août), rapport des délégués ge-

(8 juillet), rapport des délégués genevois. nevois.

2 R. C, vol. H2. fo» 209 vo-210

'''•A noiji.eli.es propositions dks savoyards. nn

cents hommes pour la servir à la guerre (juand elle en aurait besoin. A (|u()i Cliàteauneuf et Larclievêque ne répondirent autre chose, si ce n'est que de telles proposilions ne seraient jamais écoutées, et ipie Messieurs de Genève se liendraienl toujours invio- lablement attachés au traité de Saint-.Julieu.

Cette réponse tranchée n'empêcha pas les Savoyards de faire encore une troisième tentative. Le capitaine llochette, neveu de celui qui était venu dans Genève quelques jours avant l'Escalade, ayant obtenu une entrevue avec les mêmes magistrats ', dans un jardin hors la ville, leur dit qu'il était muni de pouvoirs très amples, que si leurs supérieurs voulaient entrer en traité, ils feraient une très heureuse journée, et que le duc lui avait dit que ceux de Genève ne savaient pas prendre leur temps, qu'ils pour- raient, s'ils voulaient, se mettre bien pour toujours avec lui. Pas- sant ensuite aux propositions, il dit que, pour avoir une paix stable avec ce prince, il faudrait que Messieurs de Genève s'engageassent à lui fournir dans le besoin trois cents hommes pour trois mois et qu'en échange le duc leur en fournirait autant dans leur nécessité; à donner passage à son armée; qu'il pût établir dans Genève un magasin d'armes et des munitions de g-uerre ; (|u'on avait ajouté autrefois à ces propositions une quatrième, savoir que les armes de Savoie fussent mises d'un côté de la monnaie de cette ville, mais que le président Rochelle son oncle ne l'avait pas approuvée.

Il y avait de l'adresse à glisser de cette manière cette dernière proposition, qui portait avec elle un caractère de réprobation aussi marqué. Chàteauneuf et Larchevéque se contentèrent de répondre qu'on n'en pouvait plus faire de cette nature, après le traité perpé- tuel que leurs supérieurs avaient fait avec son Altesse de Savoie. Sur quoi Rochette réj)liqua que les articles de ce traité étaient sujets à interprétation, qu'on y avait fait de part et d'autre diverses contraventions, et que le prince qui l'avait fait le pouvait aussi défaire; qu'enfin Messieurs de Genève ne pouvaient ignorer que son Altesse avait des prétentions.

' R. C, vol. 112, fo 227, propositions de Rochette. Ihid., foa 227-228 (17 aortt). rap- port des délégués genevois.

8o PROPOSITIONS DUCALES CONCERNANT I.E PAYS DE VAUD. lOl^

Ghâteauneuf et Larchevêque finirent celle conférence en assu- rant Rochelle que leurs supérieurs, qui avaient toujours observé relig'ieusemenl le traité de Saint-Julien, n'en reviendraient jamais, et que comme, sur le rapport qu'ils leur feraient de ce (|ui venait de se passer, ils se tiendraient à cette réponse, il était inutile qu'il en attendît aucune autre ; après quoi ils se séparèrent. Le Conseil, informé de ce que nous venons de rapporter, approuva entière- ment leur conduite ' .

Le marquis de Lans, gouverneur des états de son Altesse deçà les monts, fut un des ministres de ce prince qui a le mieux vécu avec Messieurs de Genève, comme il paraît par divers traits dont nous avons déjà parlé, et comme on le verra encore par la suite. Quelques compagnies des troupes de Savoie ayant été logées, au mois d'octobre de celte année, plus près de Genève que les quatre lieues prescrites par le traité de Saint-Julien, on lui en écrivit pour s'en plaindre'. Là-dessus il envoya à Messieurs de Genève le sieur Veillet ', pour leur dire que cela s'était passé à son insu, qu'il en était fâché et qu'il voulait, suivant l'intention de son Altesse, faire observer religieusement le traité de Saint-Julien.

Ce prince avait toujours sur le cœur que le pays de Vaud con- tinuât d'être entre les mains des seig'neurs de Berne, et il leur avait fait proposer d'entrer en quelque nouveau traité à ce sujet, à quoi ils avaient d'abord répondu que leur intention était de se tenir au traité fait à Lausanne l'an i564.

Ils étaient aussi sollicités de la même chose par Messieurs de Valais, qui avaient ménagé entre le duc de Savoie et eux une con- férence à ce sujet; ce qui donna lieu à Messieurs de Berne d'écrire à leurs alliés de Genève, au mois de novembre', ce qui se passait, et qu'ils n'avaient pas voulu s'engager plus avant sans savoir leur sentiment, comme étant leurs meilleurs et leurs plus assurés amis, sur cette aftaire, à laquelle la République avait d'ailleurs un intérêt considérable.

' R. C, vol. 112, ft> 228 v (17 août). ' P. H., no 2510. Lettre du 17 no-

2 Lettre du 4 octobre. Copie de let- vembre. R. C, vol. M3, 29 vo

très, vol. 20. (20 novembre).

' R. C, vol. 112. fo 309 vo-310 (21

octobre).

l6l4 SUITE DE CES PROPOSITIONS. 8l

Messieurs de Genève les reniercit'i'ent de cet avis ' et leuf niar- quèrenl qu'ils estimaient que la conférence pouvait être acceptée, pourvu qu'on les assurât qu'il n'y serait rien proposé contre leur ancienne possession du pays de Vaud ; qu'au surplus, comme il y avait dans le traité de i564 des articles préjudiciables à l'état pré- sent de la ville de Genève, celte ville n'en souhaitait aucune con- firmation pour ce qui la regardait, parce qu'elle avait un traiti' de paix avec le duc de Savoie, auquel elle se tenait, et que si les seigneurs de Berne trouvaient bon de faire quelque mention de Genève dans la conférence, ils étaient priés de faire en sorte seule- ment que cette ville fut comprise au traité qui se ferait, et que celui de Saint-Julien y fût de plus fort confirmé. Cette conférence au reste n'eut aucun lieu alors, parce que Messieurs de Berne vou- lurent avoir parole du duc de Savoie qu'on ne parlerait point de lui rendre aucune partie du pays de Vaud, à quoi ce prince apparem- ment ne voulut point consentir.

Je trouve qu'au mois de février de l'année suivante i6i5, le duc de Savoie ayant recherché Messieurs de Berne' pour faire avec lui une alliance perpétuelle, offensive et défensive, ils y avaient donné les mains, mais qu'ils avaient demandé qu'avant toutes choses leurs lettres et sceaux du traité de Nyon leur fussent ren- dus, que le duc y avait consenti et qu'il avait renoncé à ses pré- tentions sur le pays de Vaud, ce qui n'eut pourtant pas alors de suite. Nous verrons en l'année 1617 comment cette affaire fut reprise.

L'on eut cette année [i6i4] quelques difficultés avec les offi- ciers de Gex. Le sieur de Brosses % lieutenant civil et criminel au bailliage, ayant fait faire des défenses aux habitans des villages de Russin et de Malval, de reconnaître d'autre souverain que le roi, et d'user d'autre sel que de celui du grenier établi à Gex, l'on s'op- posa à ces attentats en faisant faire incessamment des défenses contraires à Malval, dépendant de Peney, par le châtelain de ce mandement, et à Russin, par celui de Saint- Victor. Le parlement

' R.C., vol. 113, fo 30 vo (21 nov.). » R. C, vol. 112, fos 136 vo-lo7 (13

= R. C, vol. il4, fo 62 vo (14 mars juin 1614). 1615).

T. Vil 6

82 MISSION DE SARASIN EN FRAN(;E. 1 (j I /{

de Uijon ayant ensuite fait publier de nouveau les mêmes défenses', on s'en plaignit vivement à la cour e( à l'ambassadeur de F'rance en Suisse, auquel Sarasin, syndic, fui envoyé à ce sujet', comme d'une usurpation contre l'ancienne possession de la Hépubli(|ue, dans laquelle elle devait être maintenue en vertu du traité de Soleure et des déclarations du feu roi. Sarasin insista si fort sur ces raisons et fit voir d'une manière si claire à l'ambassadeur les droits de souveraineté de ses supérieurs, sur tout le village de Malval, sur une grande partie de celui de Russin, de même que sur quelques maisons de Thoiry, que les officiers de Gex contestaient aussi à Messieurs de Genève, que ce ministre lui promit qu'il ferait cesser ces difficultés. Ce qui arriva en efFet.

Le même Sarasin avait été envoyé auparavant en France', pour solliciter la continuation de la subvention ordinaire de soixante el douze mille livres pour l'entretien de la garnison pendant l'année i6i4- Il était parti au commencement de mars. Il trouva la cour dans les meilleures dispositions du monde pour soutenir la Répu- blique contre les entreprises que le duc de Savoie aurait pu former contre elle, comme le bruit était alors fort répandu que ce prince en voulait à Genève. Il apprit que Rambouillet ', qui était parti depuis peu pour Turin, avait eu ordre exprès du roi el de la reine de faire entendre au duc que, s'il avait la moindre vue contre Genève, leurs Majestés regarderaient les mouvemens qu'il ferait comme s'il s'en prenait à elles. La reine l'ayant admis à son audience, l'écouta avec bonté et lui répondit qu'elle remerciait Messieurs de Genève de leur bonne volonté, et qu'elle leur conti- nuerait son affection comme elle avait fait depuis la mort du feu roi. Il sollicita ensuite auprès des ministres l'affaire de la subven- tion, à l'égard de laquelle il rencontra quelques difficultés. Il y avait alors quelques brouilleries à la cour, qui servirent de prétextes aux

' R. C, vol. 113, fos 18 vo-19 (iD no- 285-289, 292 vo-29a (27, 28 septembre et

venibre). 3 octobre).

5 Ibi.d.. (o 20 (même jour). Son rap- Charles d'Angennes, marquis de

port, ibid., {<>' 66 vû-70 (31 décembre). Rambouillet et de Pisani, ambassadeur en

3 R. C, vol. 112, fo SI vo (IS fé- Piémont. {Note des éditeurs.) vrier). Son rapport, ibid., 283 v-âSS;

l6l4 SUITE DE CETTE AFFAIRE. 83

ministres à renvoyer à lui pourvoir et même de lui parler du retranchement d'une partie de cette subvention, ce qui porta Sarasin à faire de fortes représentations à ce sujet. Il dit que Genève, couvrant la France jusqu'à Lyon, surtout depuis que la citadelle de Bourg- avait été rasée, le roi avait un grand intérêt à y entretenir une forte garnison, que cette ville s'élant toujours employée avec allection au service de la Couronne, elle n'avait donné aucun sujet à la reine de se refroidir à son égard; que le retranchement dont on la mena(;ait était si peu de chose pour la France, et cependant donnerait un grand ombrage aux amis de la ville de Genève, et surtout à ceux de la Religion ; que le duc de Savoie en conclurait que cette ville était dans la disgrâce de sa Majesté, ce qui le porterait à former plus hardiment quelque entre- prise contre elle, d'autant plus que Genève étant dans la nécessité, par un tel retranchement, de congédier une partie de sa garnison, l'entreprise paraîtrait tant plus facile à ce prince ; enfin que la reine avait toujours déclaré qu'elle ne voulait rien changer à ce que le feu roi avait fait. Ces raisons, qui parvinrent jusqu'à sa Majesté, furent trouvées bonnes par cette princesse, qui ordonna que les vingt-quatre mille écus de subvention annuelle fussent payés en entier à Sarasin.

Pendant qu'il fut à la cour de France, on lui insinua que Mes- sieurs de Genève feraient plaisir au roi s'ils engageaient leurs ministres à représenter dans les occasions aux ministres des églises de France qu'ils devaient être portés à la paix et s'opposer aux démarches violentes de ceux qui cherchaient à exciter des troubles et des factions. De quoi ayant donné avis à ses supérieurs ',1e Con- seil fit savoir aux ministres qu'ils devaient être attentifs à insinuer aux églises de France ces sentimens pacifiques et de soumission au roi. Le fameux du Plessis Mornay leur écrivit aussi' pour les prier de la même chose. Ils s'y portèrent volontiers. Ils écrivirent une lettre en ce sens au synode national assemblé à Tonneins', en Gas-

' Lettre de Sarasin, du 10 avril, iiou- ^ Il est fait mention de la lettre des

veau style. R. C, vol. 112, 96 (11 avril). ministres genevois au R.C., vol. 112, 98 ^ [bid., fo 189 (16 juillet). (13 avril).

Hf[ INSTITUTION DU GRABEAU DES ELECTIONS. lGl5

cog-ne, ce ([iii fil tout l'etlet (|ue la cour souhaitait, (|ui témoigna aussi que cette démarche lui avait fort agréé.

Sarasin reçut beaucoup d'honnêtetés des seigneurs de la Reli- gion pendant le séjour qu'il fit en France', et en particulier du duc et de la duchesse de Rohan, des duchesses de Bouillon et de la Tré- moïlle, des députés g-énéraux des églises réformées et de du Plessis Mornay, avec qui il était en relation très particulière. Et l'Etat reçut des marques distinguées de la bénéficence de la duchesse de Sully'. Cette dame, qui avait prêté à la République vingt mille écus en l'année 1611, lui ayant fait présent de la moitié de cette somme, elle rendit à Sarasin l'obligation (ju'elle avait contre Messieurs de Genève et Sarasin lui remit un billet de dix mille livres sur le trésorier de l'épargne, qui devait payer les vingt-quatre mille écus.

Le roi de France étant parvenu cette année à sa majorité, on écrivit' au mois d'octobre à sa Majesté pour l'en féliciter, et comme les troubles qui s'étaient élevés cette année dans son royaume avaient été heureusement pacifiés, on lui marquait en même temps la part sincère que la République y prenait.

Il ne parait pas, par les registres publics, que jus(|u'à ce temps-ci l'on eût fait des élections aux charges de l'Etat avec les précautions et les formalités qui ont été observées depuis, et qui étaient nécessaires pour faire un bon choix. Je trouve que cette année 161 4, au mois de novembre, le Conseil des Deux Cents étant assemblé pour l'élection du lieutenant et des auditeurs*, il y fut arrêté que l'on procéderait à l'avenir à l'examen de la capacité de ceux qui se présentaient pour remplir quelque charge, en faisant deux tours sur chaque prétendant en l'absence de ses parens, le premier à haute voix, pour savoir s'il y avait quelqu'un qui eût à dire ([uelque chose sur sa personne, et le second à l'oreille du secrétaire, pour donner par chaque électeur sa voix d'approbation ou d'omission. C'est ce qu'on appelle depuis le grabeau des élec- tions.

' Rapport de Sarasin. R. C, vol. 112, aussi au Copie de lettres, vol. 20, lettre du

fo 29i {-i octobre). 23 octobre à l'ambassadeur du roi à So-

* Ibid., fo» 288 vo-289. leure. ■■I Ibid., 308 vo (19 octobre). Voir « R. C, vol. 113, fo 12 (4 novembre).

l(")l4 ÉTRANGERS Uli iMAKUUli A GENÈVK. 85

L'aiïoclion que les seigneurs français de la Religion avaient pour Genève engageait le Conseil à leur en témoigner dans les occasions sa reconnaissance. Le duc de la Trémoïlle, l'un de ceux (jui en avaient donné des nianjues bien particulières, devant passer par Genève, venant de Berne^ au commencement de l'année i6i5, le syndic de Gliàteauneuf lui alla au devant jusqu'aux limites du territoire, suivi de quelques cavaliers'. L'on mit sous les armes des compagnies de la garnison que l'on fit ranger en haie hors delà porte de Gornavin, et lorsqu'il entra, l'on tira le canon des rem- parts voisins. Aujorrant, troisième syndic, avec cinq ou six des principaux du Gonseil, alla le recevoir dans le logis il devait descendre, il le complimenta de la part de la Seigneurie, qui lui fit présenter quelques truites. Il fut conduit le dimanche au prêche à Saint-Pierre', par deux magistrats, et placé dans le siège de l'ancien premier syndic. On le régala ce même jour à la maison de ville' avec les comtes d'Isembourg et de Solms et le baron de Sackville, qui étaient alors dans Genève. Il y eut dans ce festin trois tables de douze couverts chacune.

Deux princes, fils du landgrave de Hesse-Gassel, passant au mois de juillet suivant par cette ville ', on leur fit à leur entrée, outre les honneurs dont on vient de parler rendus au duc de la Trémoïlle, celui de mettre sous les armes, avec six compagnies de la garni- son, une compagnie de volontaires, et de les faire complimenter dans leur logis par trois syndics et plusieurs conseillers.

Peu de temps après, le sieur de Haute-Fontaine, qui avait été à Genève en iGi i, étant arrivé dans cette ville allant à Grenoble, remit au Conseil, il eut audience', une lettre du duc de Rohan, par laquelle ce seigneur assurait la République de son attachement à son service, et qu'il se souvenait avec plaisir des honneurs qui avaient été faits cette même année 1611 à M. de Soubise, son frère.

11 y eut guerre, cette année, entre le roi d'Espagne et le duc de Savoie, qui fut arrêtée par un traité conclu à Asti entre ces deux

' R.C., vol. 114, fo 27(27 janv. 1613). * Ibid., 165 (l.i juillet).

' Ihid. (28 janvier). » Ibid., fo 19.S (21 août).

' Ibid., fo 29 vo (30 janvier).

86 CONCLUSION DE LA l'ALX d'aSTI. i6i5

princes, au mois de juin'. Comme le marquis de Lans avait envoyé un manifeste à Messieurs de Genève ', (jui justifiait la prise d'armes de son maître, il leur donna aussi avis de la conclusion de la paix'. Ce seigneur les fit assurer de la continuation de ses bonnes dispo- sitions, et que pendant qu'il serait g-ouverneur de la Savoie, ils n'auraient ni guerre, ni trouble.

Avant que la paix fût faite, le (Conseil avait été dans (|uelque inquiétude qu'elle ne se conclût aux dépens de Genève, et que le duc n'employât l'armée qu'il avait sur pied à faire le siège de celte ville. Savyon, ancien syndic de celte ville, fut envoyé à Grenoble à Monsieur de Lesdiguières, pour lui faire part de ces scrupules*. Ce seig'neur lui répondit que Messieurs de Genève, ni Messieurs de Berne ne devaient point craindre que ce prince les attaquât à force ouverte, parce que dans les troupes de Savoie il y avait six mille Français qui ne prendraient jamais parti contre ces deux villes, ([ue la France avait trop d'intérêt à la conservation de Genève pour souffrir qu'elle fut la proie des Espagnols et des Savoyards, et que quand le roi ne voudrait pas soutenir ouverte- ment celte ville, les églises de France ne l'abandonneraient jamais, de quoi elles avaient donné des preuves bien sensibles en l'année i6i I . Et qu'enfin si Genève était abandonnée de tout le monde, lui et ses amis ne lui manqueraient pas, étant dans la ferme résolution d'employer toutes leurs forces pour sa conservation. Que si, par ces raisons. Messieurs de Genève n'avaient pas à craindre la force ouverte, il n'en était pas de même d'une surprise, qui était le seul moyen que ses ennemis pussent pratiquer et qu'ils ne devaient rien négliger pour s'en g-arantir.

Le syndic de Châteauneuf fut envoyé cette année en France',

' Le texte du traité d'Asti, du 21 juin avril et 24 juin, style nouveau, P. H.,

1615, a été publié dans les Traités publics 2539.

de la royale Maison de Savoie, 1. 1, pp. 293- * Voir sa nomination au R. C, vol.

'Si99. {Note des éditeurs.) 114, fo 60 (10 mars), les instructions

' R. C, vol. 114, fo 122 vo (20 mai). qui lui sont données, 64 (14 mars). Son

' Lettre du 29 juin 1613, nouveau rapport, 162 (14 juillet). Voir égale- style. P. H., no 2532, ment les lettres écrites parce délégué à la

* Rapport de Savyou. R. C-, vol. 114, Seigneurie pendant sa mission en France,

fo8 94 vo-100 (25 avril). Voir aussi les au P, H., no 2541. lettres de Lesdiguières au Conseil, des 29

i6i5 kpidémie de peste. 87

pour solliciU'i" la subvention ordinaire, laquelle il obtint et fut de retour à Genève au mois de juillet. Le roi et la reine lui parlèrent d'une manière fort gracieuse dans l'audience de congé qu'il eut de leurs ^lajeslés. « Assurez .Messieurs de Genève n, lui dit cette prin- cesse, « que le roi et moi leur porterons toujours l'amitié qu'il faut, et ferons ce qu'il faudra faire. »

Cette année, la ville de Genève eut le malheur d'être affligée de la peste. Le premier soupçon que l'on eut qu'elle s'y était glis- sée fut le 22 juillet ', qu'on apprit qu'il était mort un étranger dans un logis public, sur le corps duquel on avait trouvé quel(|ues char- bons. Peu de jours après', il passa par la ville plusieurs soldats ([ui venaient du Piémont, il y avait de la peste, dont quelques-uns y moururent, et l'on sut qu'ils y avaient été avec d'autres qui étaient morts dans la route. Le 9 août', la peste se manifesta tout à fait par la mort de diverses personnes, ce qui détermina le Conseil à prendre les mesures nécessaires pour arrêter les progrès de ce fléau. On établit un conseil de santé, on se pourvut de médecins et de chirurgiens pour servir les malades atteints de peste. Simon TufFé, chirurgien-visiteur des corps morts, lequel avait autrefois eu soin des pestiférés, fut établi pour avoir une inspection plus parti- culière sur les malades qui étaient à l'hôpital de Plainpalais, avec des appointemens de quarante-cinq écus par mois'.

On les pourvut aussi d'un ministre pour les consoler '. La peste ayant beaucoup augmenté, les tribunau.x de justice furent fermés vers la fin du mois d'août. On fit une publication par toute la ville % portant défenses à tous chefs de familles d'en sortir pour demeurer dehors plus d'une nuit et d'emporter leurs biens, avec ordre à ceux (jui s'étaient retirés de revenir dans vingt-quatre heures; on retran- cha tous les prêches de quatre heures du matin. Les voisins, sur la prière qu'on leur fit, établirent des marchés hors de la ville, au.v Pàquis pour le poisson', à Châtelaine, au-delà du pont d'Arve, et à

' R. C, vol. 114, fo 169 vo. Genève, dans M. D. G., t. 30, p. 486. (Note

' Idid., fo 174 (29 juillet). des éditeurs.)

' Ibid., fo 182 V". " R. C, vol. 114. fo 196 vo (23 août).

Ibid., fo» 188, 189 et 191 vo (16, 18 « Ibid., 197 (23 août),

et 20 août). Voir la biographie de Simon ' Ibid., fo 201 vo (26 août).

Tuffé dans Léon Gautier, La Médecine à

88 ÉPIDÉMIE IJE PESTE. l6l5

Chêne pour les autres denrées, des personnes préposées par la Seig-neurie allaient acheter en gros ce qu'on y apportait'. Ce fléau commença à diminuer au mois d'octobre dans la ville, mais il se répandit à la campagne dans presque tous les villages.

Les Savoyards eurent soin des vendanges ' des particuliers qui avaient des fonds en Savoie et leur en rendirent bon compte. Ils ne se prévalurent pas du malheur de Genève pour vendre trop cher leurs denrées. Je trouve dans une Histoire manuscrite' que les Savoyards en usèrent de cette manière par un principe de recon- naissance des services que les Genevois leur avaient rendus en l'année i6i3, que la ville de Thonon ayant été affligée de peste, les ayant priés de lui fournir divers remèdes et autres choses dont elle avait besoin, ils le firent volontiers et avec abondance. La peste, qui diminua tous les jours à mesure qu'on avançait dans l'hiver, ne cessa pourtant entièrement qu'au mois de mai 1G16.

Quelque temps auparavant, comme ce mal était sur sa fin, le juge mage de Ternier et Gaillard était venu dans Genève, à la prière des seigneurs de la ville, visiter tous les quartiers pour voir par lui-même l'état de la santé et le disposer au rétablissement du commerce. On lui fit et à sa suite beaucoup d'honnêtetés*.

Plusieurs s'étant retirés de la ville pendant la contagion, contre les défenses, on fit un rôle exact de ceux qui étaient dans le cas, qui se trouvèrent au nombre de deux cent cinquante-quatre % qu'on condamna à des amendes plus ou moins fortes, à proportion du bien de chacun, lesquelles firent ensemble la somme de trois mille neuf cents écus. Cette somme, jointe à celle que produisirent les biens vacants de ceux qui étaient morts de peste, servit à dédommager la Seigneurie des frais extraordinaires dans lesquels ce fléau l'avait engagée. Cette maladie enleva près de quatre mille personnes, entre lesquelles il y eut fort peu de gens de distinction.

' R. C, vol. M4, fos2Û2 vo et 206 '• Le H. C, vol. 114, renferme ;i la

(27 et 29 août). date du 9 décembre 1615, f<» 339-345, un

' Ibid., 221 (8 septembre). « Rolle de ceux qui ont esté cottisez pour

' Nous ne savons à quelle « Histoire s'estre absentés de la ville au temps de la

manuscrite » Gautier fait allusion. (Note contagion, » et ce « Rolle » contient les noms

des éditeurs) de ces fugitifs, ainsi que le taux des amen-

* R. (;., vol. 115, 73(20 mars 1616). des imposées à chacun d'eux.

iGlT) HK.VIONTRANCES UE l.A VÉnÉRABLE COMRUiNIE. 8(J

Le Conseil n'y jjerdit que deux de ses niembros', el les ministres aussi deux, entre lesquels fut Antoine de la Faye. Le ministre Ger- vaix, qui s'acquitta dignement de sa charge de consolateur des pestiférés.', fut assez heureux ([ue d'être préservé de tout accident, et eut le plaisir de rejoindre ensuite ses collègues, parmi les([uels il vécut encore (juelques années.

Pendant le plus fort de la peste, on emprisonna plusieurs sor- ciers et sorcières auxquels on fit le procès'. La triste situation était la ville n'empêclia pas qu'on ne suivît à leur égard toutes les procédures et qu'ils ne fussent condamnés à être brûlés vifs selon l'usag'e de ces temps-là, et leurs biens confisqués.

La contagion n'était pas encore finie que la Gonqiag-nie des ministres crut la circonstance propre pour faire une remontrance au Conseil sur certains abus qu'elle croyait qu'il y avait dans le gouvernement