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HISTOIRE

D E

L'ASTRONOMIE ANCIENNE,

DEPUIS SON ORIGINE JUSQU'A L' É T A B L I S S E M E N T

DE L'ECOLE D'ALEXANDRIE,

Par ai. B a i l l y , Garde des Tableaux du Roi , de t Académie Royale des Sciences , êC de riiifdtut de Bologne.

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Ma^ni animi res fait rerum Naturx latebras dimovere , nec ccritenruni exteriori ejus confpeclu , introfpicere , & in Deorum fecrera defcendere. Seneca , Qu£ji. nat. lib. f^I y c. .r.

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A PARIS.

Chez les Frères D E B U R E , Quai des Auguftins , près la rue Pavée.

M. D C C. L X X V. ArEC APPROBATION ET PRIVILÈGE DU ROI,

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H I s T O I

D E

L'ASTRONOMIE ANCIENNE,

JkXL^^Jti^jL.

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DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

D E l'objet de l'Ajlronomie , de la nature de fes pro erres & de fort utilité.

i-i'HISTOIRE de rAftronomie efl: une partie encntielle de l'hiftoire de refpric humain. Cette fcience née dans les champs &: parmi les Bergers ,. a paffe des hommes les plus iîmples aux efprits les plus fublimes. Impofante par la grandeur de fon objet, curieufe par fes moyens de recherche, étonnante par le nombre & l'efpece^e fes ciécouvertes , elle eft peut-être la mefure de rintelligénce de l'homme, & la preuve de ce qu'il peut faire avec du tems &; du génie. Ce n'eft point qu'il ait trouvé ici la perfection qui lui eft par-tout refufée ; mais dans aucun genre l'efprit humain n'a déployé plus de rejGTources , ni

II DISCOURS

montré plus de fagacité. Il cft intéreflant de fe tranfporter aux tems cette fcience a commencé, de voir comment les décou- vertes fe font enchaînées , commentles erreurs fc font mêlées aux vérités , en ont retardé la connoiflancc &; les progrès ; &: après avoir fuivi tous les tems , parcouru tous les climats , de con- templer enfin l'édifice fondé fur les travaux de tous les fiécles &; de tous les peuples.

L'Aftronomie dans le fcns le plus général du mot , cft la fcience des aftrcs. Ce mot eft formé de deux mots grecs, dont l'un fignifie Aftre, & l'autre Loi, Règle ou Mcfure. Cette éry- mologie pourroit faire croire que l'Aftronomie n'a pour objet que la mefure du mouvement des aftres , & la connoilTance des loix , des règles que fuit ce mouvement ; mais cette fcience embrafTe réellement tout ce qui tient à la nature des corps. céleftes. Ohjet del'Af- L'objet de cette fcience eft donc de faire le dénombrement des aftres , de diftinguer ceux qui font fixes de ceux qui font errans ; de marquer dans le ciel la place dont les uns ne s'écar- tent point, 6c de tracer la route des autres, en marquant les limites &; les moindres irrégularités de leur cours; de connoître les phénomènes qui réfultcnt de la combinaifon de ces difFé- rens mouvemens ; quant aux aftres mêmes , d'obferver leurs apparences, leur figure, leur grandeur relative ou réelle, & jufqu'à leur denfité , c'eft-à-dire , la quantité de matière qu'ils contiennent fous un volume donné. Ces connoiflances font le fruit d'une obfervation afTidue &: conftante. Il faut que les hommes veillent fans relâche pour faifir les circonftances de ces mouvemens inaltérables, 6c pour connoître la nature qui ne fe repofe jamais. C'eft ainfi que fe forment ces dépôts précieux pour l'efprit humain, les fiécles, qui ne laiflcnt aucune trace après eux , femblent fixés par les obfervations aftronomiques.

tronomie

PRÉLIMINAIRE. ni

Le tems s'écoule &: fa perte eft à l'avantage de la fcience qui croît avec l'âge du monde.

Mais quand rAftronomie a ainfi obfervé les phénomènes céleftcs , elle n'a rempli que fon premier objet; le fécond, 6c le plus philofophique, eft de chercher l'explication de ces phé- nomènes , de réunir les diiîerentes caufes qui dépendent d'une cauie plus générale. Se de parvenir ainfi à la loi fimplc qui elt la caufe univerfelle : la fcience n'aura atteint fon but que lorf- qu'elle aura tout connu 6c tout expliqué. Elle a fait, ôc elle fait encore des progrès rapides ; mais fa deftinée eft de s'approcher fans cefle de ce terme , & de n'y jamais atteindre.

Cette recherche des caufes eft réfervée à l'Aftronome phi- lofophe. Les Obfervateurs recueillent , les faits s'accumulent comme les matériaux d'un édifice , Se attendent l'homme de génie, qui feul peut être l'Architecte du monde. C'eft lui qui combine , qui lie les faits ; il en faifit les rapports. Une expli- cation généralifée dans fa tête , devient la clef d'un grand nombre de phénomènes ; il fuit la nature dans la chaîne qui unit fes myfteres ; il marche en dévoilant fes fecrets , & il atteint le mécanilme de l'univers. C'eft ainfi qu'ont marché Kypparoue, Pcolemée , Copernic, Ticho , Kepler , Dominique Calïïni & le grand Nevtcti , de qui les noms , à jamais mémo- rables , mériteront le refpect 5c la reconnolfl'ance de tous les

Il refte encore un grand nombre de queftions importantes à décider; ce fera l'œuvre du tems &. la moifton de la poftérité. Mais dans cet ouvrage , qui doit être le dépôt, en même tems que l'hiftoire des connoiCTances, on ne verra point fans admira- tion l'efpace qu'a parcouru l'efprit humain. Le premier Berger , qui élevant fes regards vers la voûte célefte,défira de connoître le nombre 6c le mouvement des aftres, fut le premier inventeur

ai;

IV DISCOURS

de l'Aftronomie. Mais quelle diftance de ce coup d'oeil , qui effleura, pour ainfi dire, la furface du Ciel, à celui dontNevton pénétra la nature ! Quelle diftance de ces hommes grofHers qui, voyant le folcil dilparoître àrhorifon,penfoicnt qu'il s'éteignoic le foir pour le rallumer le matin , à l'homme immortel qui déduifit tous les phénomènes d'une feule loi , d'un principe unique ; qui montra qu'une force répandue dans chaque par- ticule de matière , jointe à la première irapulfîon donnée par l'Etre fuprême , régloit &; confervoit le mouvement dans l'u- nivers j qui fit balancer les globes les uns vers les autres , en. accompliflant la route qui leur eft prefcrite; qui les fuivit dans leurs irrégularités, & qui retrouva toujours la loi 6c le principe qu'il avoit annoncés! Cette diftance eft immenfe, les intervalles qui la partagent ne font pas également remplis. La barbarie ,. qui de tems en tcms reprend Terapire de la terre, a fait petdre plufieurs fois les traces de l'induftrie humaine ; ces traces n'ont été reconnues qu'avec peine par des générations éloignées. Tantôt une obfervation pénible & conftante a rempli l'intervalle de plufieurs fiecles : elle jetoit les fondemens fur lefquels nous batiflons aujourd'hui ; tantôt quelques hommes célèbres ,. réu- nilTiant les travaux de leurs prédéceireurs , combinant les faits pour en tirer les réfulrats , ont propofé des fyftêmes , nés pour périr un jour, fuivant la deftinée des fyftêmes; tantôt des efprits plus folides &: plus heureux ont apperçu quelques-unes de ces vérités primitives , qui répandent la lumière fur le refte des fiecles , &: dont les conféquences fervent de guides pour de nouvelles recherches. L'état adluel de l'Aftronomie eft le fpec- tacle le plus fatisfaifant pour le Philofophe curieux des effets ôc des caufes , & prouve ce que peuvent les efforts joints aux, efforts, & l'application conftante d'un grand nombre d'hommes à fuivre le même objet, à travers les générations qui le renaît-

PRÉLIMINAIRE. v

vellent , les fléaux qui affligent rcfpece humaine ; enfin , à travers l'ignorance même qui renaît au bouc de certaines pé- riodes, & vient tout cnlcvelir.

On peut diftinguer dans l'Aflironomie trois parties , qui fc réunifTant à l'objet commun de la connoiflance des aftrcs , ont cependant un objet particulier , une marche & des progrès ditFërens. L'obfervation, ou le dénombrement des phénomènes; les réliiltats fondés fur les obicrvations , ou la découverte de la chaîne qui lie les phénomènes ; la théorie ou l'cxolication des phénomènes par les loix connues du mouvement.

L'obfervation confiltc dans la détermination de la place Dd'Obfervaiion. qu'occupe un aftre dans le ciel , au moment qu'on l'obferve. Dans le cas cet aftre eft fixe , la détermination eft faite pour toujours , 5c n'a befoin d'être renouvelée que lorfquc les moyens d'obferver fe perfectionnent , ou bien fi l'on découvre qu'un aftre qu'on avoitcru fixe ne l'eft pas. Dans le cas l'aitre a du mouvement, l'obfervation apprend feulement que dans un certain inftant , cet aftre occupoit une telle place dans le ciel ; mais elle n'enfeigne rien de la place qu'il doit occuper le len- demain ; d'où naît la nécelfité de répéter les obfervations, La conftance & le travail fufîîfent pour que les obfervations s'ac- cumulent , ÔL pour former ces dépôts , qui font le fondement Aqs travaux de la poftérité , quand ils lui font tranfmis. La guerre a tant de fois ravagé la terre que les anciens dépôts n'exiftent plus. Ces richefles littéraires n'ont point tenté des conquérans grolTiers, ôc les bibliothèques anciennes ont péri ,. anéanties quelquefois par la fuperftition , plus fouvent diilipées par l'ignorance dont le caractère eft de tout laiftcr perdre, parce qu'elle eft fans intérêt, comme fans lumières. Aufll ces dépôts, d'obfervations ont - ils été plus d'une fois anéantis & recom- inencés. Les annales des peuples font mention d'obfervations

VI

DISCOURS

fuivies pendant de longues années , donc il ne refle qu'un très- petit nombre. Nous en regrettons plus que nous n'en pofTédons. Des Réfuitats. Les réfultats font les connoilTances , ou les vérités qu'on peut tirer d'une ou de plufîeurs obfervations. C'eft, par exemple , à l'éo-ard dqs aftres qui ont du mouvement , la connoiffance de la forme , de la grandeur , de la pofition de leur orbite dans le ciel , la connoiflance de leur révolution , de leur vîtefle , des variations Ac cette vîceflc qui n'cft jamais uniforme , &; des irrégularités de ces variations qui (ont fouvent très-compli- quées. Ces changemens, que l'on appelle généralement phéno- mènes reviennent les mêmes au bout d'une certaine période : tous dépendent les uns des autres, puifqu'ils arrivent fucceffivement, & en vertu d'une même caufe ; ils font liés par une efpece de chaîne , qui n'eft autre chofe que la fuite complette des effets de cette caufe. La fuite & la liaifon de ces effets eft difficile à découvrir. Ici le travail ne fuffit plus. Le fuccès dépend de Tefprit d'invention 8c de la connoilfance exa£te de tous les faits. Selon que les hommes livrés à cette recherche ont été plus ou moins doués de cette faculté , plus ou moins inftruits des faits, leurs fuccès ont été plus ou moins heureux; ils ont inventé des fictions ou découvert des vérités. Ainfi Ptolemée ou (es pré- décefleurs ont compliqué l'explication du mouvement des pla- nètes, de cercles multipliés roulans les uns dans les autres; ainfî Kepler fubftitua une ellipfc à ces cercles , Se cet homme vraiment doué de l'efprit d'invention , ramena par une idée lumineufe l'Aftronomie à la vraie forme des orbites céleftes.

Cette branche de l'Aflronomie n'a donc quelquefois qu'une marche incertaine ; car tantôt les lumières manquent aux faits , & tantôt les faits aux lumières. Les uns & les autres ont fouvenc manqué à la fois. Quand l'efprit humain a embraffé une mau- vaife hypothefc , c'eft uniquement parce qu'il iVavoit pas alors

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PRÉLIMINAIRE. vu

affcz d'étendue pour en apperccvoir plufieurs , parce qu'il n'avoit pas aflcz de juftcfle pour en voir les défauts , ou parce qu'il manquoit de connoiflanccs pour en bien juger. De nouveaux faits font venus, qui ne cadrant pas avec la première hypothcfe, en ont fait imasiiner une féconde : 6c l'homme en tout eenre a toujours ainfi parcouru le cercle des fuppofitions , & le cercle encore plus grand des erreurs , avant de parvenir à la vérité , dont le caractère , en Aftronomie comme en Phylique , eft de confirmer , d'expliquer les phénomènes pafTés , 2c d'être con- firmée à fon tour par les phénomènes futurs.

Ce n'cft pas tout. Les faits mêmes , ou les obfervations fur lefquelles tout eft fondé, ne font pas fufceptibles d'une exactitude rigoureufe , qui ne fe trouve que dans la Géométrie. Mais la Géométrie, confidérée comme fcience de l'étendue 8c du mou- vement , eft dépouillée de toutes les autres circonftances phy- liques;elle eft purement intellectuelle, & l'ouvrage de l'efpric qui a établi cette exactitude fur les abftra£tions : exaiftitude qui n'a plus lieu , rigoureufement parlant , dès qu'en appliquant la Géométrie à la Phyfique , on la fait fortir de l'imagination de l'homme, pour la rapprocher de la nature.

En Phyfique, toute connoilfance abfolument exat£te eft re- fufée à l'homme. Il ne peut atteindre qu'à une certaine pré- cifion , relative au développement de fon induftrie , &: aux moyens mécaniques qui font en fa puilTance.

Il eft donc des erreurs ou plutôt des incertitudes inévitables êc dans les obfervations & dans les réfultats. Dans les obfer- ^varions , parce que l'homme a d'abord obfervé avec fes yeux leuls , qui font fes premiers inftrumens ; enfuite il s'eft aidé de quelques inftrumens grolîiers ; inftrumens qui fe font perfec- tionnés , &: fe perfectionneront jufqu'à un certain terme que l'induftrie humaine ne peut palFer. Ainfi les obfervations font

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VI DISCOURS

fuivies pendant de longues années , dont il ne relie qu'un très- petit nombre. Nous en regrettons plus que nous n'en pofledons. Des Réfultats. Les réfultats font les connoiflances, ou les vérités qu'on peut tirer d'une ou de plufieurs obfervations. C'cft, par exemple , à l'éf^ard des aftrcs qui ont du mouvement , la connoiflance de la forme , de la grandeur , de la pofition de leur orbite dans le ciel , la connoilTance de leur révolution , de leur vîtefle , des variations ^de cette vîtefTc qui n'cft jamais uniforme , &; des irrégularités de ces variations qui font fouvent très-compli- quées. Ces changemens, que l'on appelle généralement phéno- mènes reviennent les mêmes au bout d'une certaine période : tous dépendent les uns des autres, puifqu'ils arrivent fucceffivement, &; en vertu d'une même caufe ; ils font liés par une efpece de chaîne , qui n'eft autre chofe que la fuite complettc des effets de cette caufe. La fuite 6c la liaifon de ces effets eft difficile à découvrir. Ici le travail ne fuffit plus. Le fuccès dépend de l'cfprit d'invention &. de la connoilTance exa£te de tous les faits. Selon que les hommes livrés à cette recherche ont été plus ou moins doués de cette faculté , plus ou moins inftruits àcs faits, leurs fuccès ont été plus ou moins heureux; ils ont inventé des fictions ou découvert des vérités. Ainfi Ptolemée ou fes pré- décefTeurs ont compliqué l'explication du mouvement des pla- nètes, de cercles multipliés roulans les uns dans les autres; ainlî Kepler fubftitua une cllipfe à ces cercles , ôc cet homme vra.iment doué de l'efprit d'invention , ramena par une idée lumineufe l'Aftronomie à la vraie forme des orbites céleftes.

Cette branche de l'Aftronomie n'a donc quelquefois qu'une marche incertaine ; car tantôt les lumières manquent aux faits , & tantôt les faits aux lumières. Les uns bc les autres ont fouvent manqué à la fois. Quand l'efprit humain a embrafTé une mau- vaife hypothcfe , c'eft uniquement parce qu'il n' avoit pas alors

PRÉLIMINAIRE. vu

aCTcz d'étendue pour en apperccvoir plufieurs, parce qu'il n'avoic pas allez de juftelle pour en voir les défauts , ou parce qu'il manquoic de connoiflanccs pour en bien juger. De nouveaux faits font venus, qui ne cadrant pas avec la première hypothcfe, en ont fait imaginer une féconde ; & l'homme en tout genre a toujours ainfi parcouru le cercle des fuppofitions , & le cercle encore plus grand des erreurs , avant de parvenir à la vérité , dont le caraclcre , en Aftronomic comme en Phyfique , eft de confirmer , d'expliquer les phénomènes pafl'és , 2c d'être con- firmée à fon tour par les phénomènes futurs.

Ce n'cft pas tout. Les faits mêmes , ou les obfervations fur lefquelles tout eft fondé, ne font pas fufceptibles d'une exactitude rigoureufe , qui ne fe trouve que dans la Géométrie. Alais la Géométrie, confidérée comme fciencede l'étendue Se du mou- vement , eft dépouillée de toutes les autres circonftances phy- liques;elle eft purement intellectuelle, & l'ouvrage de l'efprit qui a établi cette exaclitude fur les abftraclions : exa6litude qui n'a plus lieu , rigoureufemcnt parlant , dès qu'en appliquant la Géométrie à la Phvfique , on la fait iortir de l'imagination de l'homme, pour la rapprocher de la nature.

En Phyfique, toute connollfance abfolument exacte eft re- fufée à l'homme. Il ne peut atteindre qu'à une certaine pré- cifion , relative au développement de fon induftrie , &; aux moyens mécaniques qui font en fa puillance.

Il eft donc des erreurs ou plutôt des incertitudes inévitables êc dans les obfervations &; dans les réfultats. Dans les obfer- -^ations , parce que l'homme a d'abord obfervé avec fes yeux leuls , qui font fes premiers inftrumens ; enfuite il s'eft aidé de quelques inftrumens groiliers ; inftrumens qui fe font perfec- tionnés , & fe perfectionneront jufqu'à un certain terme que l'induftrie humaine ne peut pafTer. Aiiifi les obfervations font

vni DISCOURS

devenues , & deviendront plus précifes. Maïs en même tems chaque réfultat fondé fur ces obfcrvaticns ell: aftcdlé de leur inexadbitude , les déterminations principales Se fondamentales de l'Aftronomie ont donc befoin d'être renouvelées , ôc la nature des progrès de ce genre de connoiflanccs a cela de fîngulier que la fciencc ne chemine qu'en détruifant. Les mefures actuelles font fondées furies débris des mcfurcs plus anciennes, 6c celles-là en devenant anciennes à leur tour, auront la deftinée de celles-ci. Mais qu'on n'en infère rien contre la Icicnce , car c'cft une con- noiffancc réelle, ôc peut-être la feule que nous pofledions, que celle des limites entre lefquelles l'exadtitude ou la vérité eft ren- fermée. Le travail des générations fucceiîives efl: de reflcrrer ces limites. D'ailleurs l'incertitude attachée néccffairement à quelque obfervarion que ce foit, n'influe pas toute entière fur les déter- minations , elle peut fe partager. Quand on veut déterminer , par exemple , la durée d'une période quelconque , la détermi- nation eft atTujettie à l'erreur de l'obfervation faite au commen- cement, & à l'erreur de l'obfervation faire à la fin de la période. Mais fi entre ces deux obfervations il s'cft écoulé cent ou mille de ces périodes , l'erreur partagée infiura peu fur la connoif- fance de la durée de la période. On verra dans la fuite de cet ouvraee les Aftronômes des différens fiecles fc fuccéder les uns aux autres dans les mêmes travaux , pour y ajouter fans cefle de nouveaux degrés de perfection. Notre induftrie a trouvé le moyen de diminuer les erreurs qu'elle ne peut éviter, & d'ap- procher de cette exactitude rigourcufe dont nous avons l'idée > mais à laquelle nous ne pouvons atteindre. De la Théorie. L^ Théorie cft l'explication des phénomènes céleftes par les loix du mouvement. Quelques Philofophes anciens ont eu des opinions fur la formation du monde , fur les élémens dont il eft compofé ; ils ajoutoient au nombre de ces élémens , ou en

retranchoienr

PRÉLIMINAIRE.

trânchoient prefqu'à volonté ; en cela ils n'étoïent que Phy- ficiens &: mauvais Phyfîciens. Les élëmens du monde font bien plus impénétrables que les caufes des mouvemens célcftes ; ce font les derniers retranchemens de la nature , & peut être eft la caufe univerfelle. Ils avançoient d'autant plus aifëmcnt leurs affertions , que quand la vérité eft inaccefliblc , l'erreur eft plus difficile à démontrer. L'explication du monde fe bornoit donc à quelques idées phyfiqucs fur fa formation. Un filence profond a régné dans l'antiquité fur les caufes qui lancent ou retiennent les corps céleftcs dans leurs orbites.

L'obfervation en Aftronomie , les réfultats même ne nous montrent que des effets dont il eft naturel que les hommes ayent été tentés de pénétrer la caufe. C'eft une idée fublime d'avoir tenté de ramener les loix du mouvement général de l'univers , aux loix du mouvement des corps tcrreftres. Cette entreprife appartient exclufivement à nos fvecles modernes ; elle eft due à Defcartes. Ses tourbillons font une mauvaife expli- cation de la pefanteur ôc du fyftême du monde , mais fes tour- billons font mécaniques. Il a découvert que le même mëcanifme devoit faire mouvoir les corps dans les efpaces céleftes , & àla furface de la terre ; s'il n'a pas faifi ce mécanifme , on ne doit pas oublier que cette penfee neuve 6c grande , eft le fruit de fon génie. Ce que Defcartes s'étoit propofé , Nevton l'exécuta. Nous ne dérobons rien à la gloire de ce grand homme , en rendant juftice à Defcartes.

Tel eft l'objet Se la nature des progrès de l'Aftronomie. On verra dans cet ouvrage combien il a fallu de tems 6c de travaux pour reconnoître que les mouvemens des aftres , fi compliqués en apparence, font très-fimples en effet , ôc dépendent d'une caufe plus fimple encore.

Si les fondateurs de l'Aftronomie , fi les hommes de génie ,

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X . Discouns

•qui en ont -d'abord ëteridu les connoiffances , qui ont fenti le dérefpoir de ne pouvoir expliquer, ni même connoîcre tous les phénomènes ;' fi , difons-nous, ces hommes à qui nous avons tant d'obligations , revenoicnt au monde , quelle feroit leur furprife de voir comment leur poftérité a débrouillé ce chaos , & s'eft , pour ainfi dire , affujetti le fyftême de l'univers ! Que d'hommes rares ont contribué à ces progrès , 6c font inconnus aujourd'hui. Mais les premiers inventeurs ne font pas les plus célèbres ; l'ignorance jouit , &: n'apprécie point. Les inventions utiles, ainfi que les femencesdes végétaux, croifTent bi. mûriilcnt fans bruit ; les fruits en font cueillis lans peine , Se le vulgaire jouit des unes &: des autres fans s'informer comment , ni d'où elles viennent , ôc fans imaginer ce qu elles ont coûté.

Nous avons placé les inventions de l'Aftronomie au rang des inventions utiles , 6:. les Philofophes ne demanderont pas fi en effet cette Icience eil utile. Mais trop de gens font peut - être encore perfuadés que les fciences, &; celle-ci particulièrement, ne font qu'un objet de curiofité , pour ne pas détailler les avantages que retire la fociété de la pratique 6c de l'étude de l'Aftronomie. Elle a d'abord la même utilité que les fciences en général; elle éclaire le fiecle, & perfectionne l'efprit humain. La maffe des lumières nationales eft compofée de toutes les connoifTances particulières. Chaque découverte , chaque idée nouvelle èc vraie fe place naturellement à ce dépôt ; toutes enfemble excitent un mouvement infenfible , auquel tous les efprits participent ; en peu de tems les lumières fe diftribuent 6c fe partagent à la nation. Ainfî les principes que l'évaporation enlevé à chaque terrein particulier, tranfportés èc mêlés par les vents , donnent à l'air d'une Province , ou d'un Royaume , un cara£tere &:des propriétés générales qu'il tient dclacombinaifon de ces principes.

PRÈ LIMINAIRE. XI

Le ffoût des fciences & des lettres , en adouciflant les mqpurs , rend les hommes meilleurs & plus heureux. Elles écartent , en général , l'intrigue &c l'ambition ; elles portent à la vertu par l'amour de la vérité. L'homme vrai eft le feul honnête homme qui exifte fur la terre. Peut - on fonder les profondeurs de la nature , travailler à dévoiler fcs fecrets , difcuter les faits , les phénomènes , n'admettre pour vrai que ce qui l'cft réellement , & ne pas fuivre èc profefler la vérité dans la conduite de fa vie. L'amour du vrai qui conduit à ces recherches , doit s'étendre a la morale, & devenir principe, comme le travail devient ha- bitude. Voilà ce qu'on pourroit développer, fi la pratique de la Philofophie èc l'étude des fciences avoient befoin d'apologie. Mais il s'agit ici de l'étude particulière de l'Aftronomie.

Cette fcience en fe pcrfe(£tionnant a ^ueri des préjugés , & Utilité de VAf~

irr A r^i n_ tronomu contrcld

dilîipédes craintes, nés peut - être de Ion cntance même. \^ elt fuperfiiùon, un fervice elTentiel qu'elle a rendu à l'humanité. L'homme naît timide, il craint fur - tout les dangers qu'il ne connoît pas , les dangers contre lefquels il n'a pas mefuré fa prudence 6c fes forces. Avant de s'être familiarifé avec la nature, il a commencé par la craindre, & tout devoit lui caufer de l'effroi. Il fut bientôt accoutumé à l'ordre invariable du ciel, à la fucceifion confiante de fes phénomènes; mais les phénomènes plus rares lui parurent un bouleverfemcnt de l'ordre naturel. La première éclipfe totale de foleil donna l'idée de l'anéantiffcment de l'univers. L'éclipfe de Lune fit craindre la perte de cet aftre ; on imagina qu'un dragon vouloir la dévorer. Les come^tes remarquables , effrayantes par leur queue &; par leur chevelure , annonçoient la mort des Princes ^ la deftrudion des Empires , la pefte , la famine , Uc L'Aftronomie en dévoilant les caufes de ces phéiiomèuçs , a raffuré les efprits. Le Peuple même aujourd'hui n'eft pas effraie iles éclipfes. La terreur de l'apparition des comètes a fubfflé

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XII DISCOURS

plus longtems. Les penfies diverfes du célèbre Bayle , font un monument de la fuperftition. Elles font foi qu'en i <Î8 o , dans le tcms Newton calculoit l'orbite des comètes , oii Halley étoit prêt d'annoncer leur retour, l'Europe prcfqu'entiere étoit encore dans une ignorance profonde fur la nature de ces aftres. On les regardoit comme les avant - coureurs des vengeances divines, & les allarmcs étoient afTez fortes, afTez générales pour que Bayle les combattît avec toutes les reflburces de l'érudition, & toutes les armes de la dialedlique. Mais l'Aftronomie , quï enfeigne que les comètes ont un retour certain , & une marche invariable , a plus fait contre le préjugé, que le favant ouvrage de Bayle. Contre l'Ajiro- L'Aftroîogie judiciaire eft une maladie non moins déplorable de l'cfprit humain. Elle efl: née fans doute de l'abus de l'Aftro- nomie. Tous les hommes , impatiens de toucher à l'avenir , voudroient au moins connoître celui qui ks attend; le fage feul fait que cette connoifTance feroit funefte. Malheureux du paffé, mécontent du préfent, l'homme ne vit que par l'efpérance. L'in- certitude de fa deftinée le foutient dans une courfe qu'il s'efforce de précipiter. Si l'avenir s'ouvroit devant lui , tourmenté par les maux futurs , rendus préfens , peu fenfible à des biens ufés avant la jouiffance , fon exiftence ne feroit plus qu'un fardeau^. La fageffe divine nous a épargné ces maux que l'Aftrologie a voulu répandre fur la terre. Ils régnent encore dans certaines contrées la lumière des fcienccs n'a point pénétré. En Europe même , il n'y a pas longtems que les Peuples avoient leurs Devins, & les Princes leurs Aftrologues. Catherine de Medicis livrée à cette erreur , avoir fait bâtir la colonne de l'Hôtel de SoifTons , pour y confulter les aftres ; car les méchans fur -tout défirent de connoître l'avenir ,6c les reproches de leur confcience ibnt une certaine Aftrologie contre laquelle ils ont befoin d'êtrç

PRÉLIMINAIRE. xiii

raflurés. La mort de Henri IV fut prédite de toutes parts , foit avant , foit après ce malheureux événement. Dirons - nous que le célèbre Jean-Dominique Calîini {a) fut donné à rAfcronomie par le goût même de l'Aftrologie. Il fut bientôt détrompé , ^ Tes travaux , en répandant la lumière , ont détrompé fon {îecle. ^

La connoiffance approfondie du mouvement des corps célcftes , a ouvert tous les yeux. La diftance connue des aftres a montré qu'ils étoient trop éloignés pour vcrfer leurs influences fur notre globe. De plus , ces corps , qui , par le mouvement diurne de la terre, femblent tourner tous les jours autour de nous, doivent agir tous les jours de la même manière. Ils feroient donc in- fuffifans pour expliquer ou pour annoncer la diverfité des ca- ractères, des pafîions & des dcftinées. On a vu que leurs afpcéls, leurs rencontres, déterminés de toute éternité par des mouvcmens invariables , n'annonçoient rien à l'homme ; que leurs fphercs féparées de la nôtre par des intervalles immcnfes , interdifoicnt toute communication , toute émanation ; fi ce n cft celle de la lumière, qui eft fans doute la même pour tous les aftres , ôc qui d'ailleurs tombe également pour tous les hommes.

Un des premiers lèrvices que l'Aftronomie ait rendus à la Utilité de tAf- fociété , c'cft de régler les travaux de l'agriculture. Les labours , '^■'"°'^"^p°^''^ ^-

' & o ' gnc'uunre 6' pour

les moiflons , tous les travaux de la campagne doivent fe faire ''« Calendrier, dans certaines faifons , & dépendent par conféquent du mou- vement du Soleil. Il y a dans chaque climat des intervalles né- ceflaires entre ces difFérentes opérations de la culture ; ces in- tervalles une fois connus par expérience, ont indiqué les faifons propres ces opérations. Mais comment connoître exactement, & même d'avance, comme cela eft fouvent néceftaire, le retour des faifons. Il a fallu chercher dans le ciel , toujours invariable,

{a) Fb^ff Son ÉJoge par M. de Fontenclle , année lyn*

XIV DISCOURS

des fi^^nes qui étant liés à certaines faifons, en annonçaient le retour. Ces fignes furent, par exemple, une étoile aifée à dif- tino-uer des autres par Ton éclat , qui , dégagée des rayons du Soleil , commençoit à fe faire voir le matin ; c'eft ce qu'on appelle le lever héliaque d'une étoile. Ainfi chez les Egyptiens, le lever héliaque de Sirius annonçoit le prochain débordement du Nil , 5c les labours fuivoient immédiatement la retraite de ce fleuve. Voilà comment l'Aftronomie fut néceflfaire à l'agriculture. Ces connoiflances n'étoient que de funples remarques , mais elles fuffifoient aux befoins de la fociété naiflfante. Bien des Peuples puillans &: poUccs , n'ont eu longtems d'autre calendrier que la fuite de ces remarques.

L'ufage ordinaire de la vie civile exigeoit la mefure du tems. Nous n'avons l'idée de la fuccellion des inilans que par le mou- vement. Les divifions du tems ne peuvent ccre marquées que par les efpaces parcourus. Mais pour que la mefure ioit exacte , il faut que le mouvement foit confiant & uniforme. Il n'en eft point de tel fur la terre; le cours des fleuves ne l'eftpas. L'homme a bien dans lui-même un principe de niouvementjfesfenfations 6c fes idées fe fuccedent , mais avec tant d'inégaUté , qu'il ne pour- roit mefurcr avec juftefl"c le plus petit intervalle de tems. L'ame qui foufFre, &: l'ame qui youit, ne comptent pas de même; &; le tems qui fe traîne en vieillard dans les jours de la douleur, a la courfe rapide d'un jeune homme pendant les courts inftans d'une jouifl^ance agréable & vive. Le feul mouvement confiant &: uniforme efl: celui des corps céleftes. Ces corps marchent d'un pas égal &; tranquille dans l'efpace de l'univers , avec unecont- tance qui a été refufée à l'homme, avec une durée peut-être fans limites , qui n'eft pas dans fa nature. Si les aflres n'avoient point de mouvement , fi ce mouvement n avoit pas été obfervé dans l'état de fociété , nous n'aurions donc aucune idée ni de

PRÉLIMINAIRE. xv

l'âge , ni de la durée. AulTi ces connoiirances feroient-elles peu néceflaires à l'homme dans récacfolitaire &rauvagc. C'cftle fruit de fon induftric , mais la preuve de fa dépendance. L'homme focial a befoin de la nature entière. Il emprunta de rAftronomie 1.1 mefure du tems. L'intervalle d'un lever du Soleil à l'autre, eft une mefure qui fut appelée jour , bc que la nature indiquoic elle-même. Mais la fociété a befoin de mefurer de plus longs efpaces ; on fît donc ufagc des mouvemens du Soleil èc de la Lune. En efî-et , le retour des mêmes phafcs de la Lune, ou des mêmes faifons, donnoient des intervalles fenliblcmcnt éeaux. Tous les Peuples s'y réunirent : les uns comptèrent par Lunes , ou par mois , les autres par les révolutions du Soleil , ou par années ; d'autres comptèrent par mois £c par années. Mais tout cela exigeoit la connoifTance exa(5be de ces mouvemens; & pour ceux qui employoient les deux révolutions enfemble , il falloir encore l'art de les concilier. C'eil alors que naquit le calendrier , longtems imparfait , fouvent réformé , notamment par Jules Céfar , & par Grégoire XIII , mais toujours difficile qu'il fut le chef d'œuvre des mains les plus habiles &: des plus célèbres Aftronômes.

Quand les années bi les fiecles fe font accumulés, l'art de les UtL'ué de l'jf-

A ,1 I o i> 1 ' ' tronomie dans la

connoitre , de les nombrer , ce cl y rapporter les evenemens que Chronologie, l'hiftoire a confervés, s'appelle Chronologie. Mais c'eft feulement depuis certaines époques que cet arc a des fondemens folides. Au delà, dans des tems plus reculés, tout eft ohfcurité & nuit profonde. La tradition , qui avant l'invention de l'écriture étoit dépofitaire de l'hiftoire des Peuples , a tout confondu ôc tout défiguré. On ne trouve dans les annales anciennes que peu de faits fixés par des dates précifes , &: encore ces dates font-elles quelquefois différentes dans les auteurs qui fe contreJifent. Si l'on ajoute à ces incertitudes celle de la longueur des années >

XVI DISCOURS

dont chaque Peuple s'eft fervi , tantôt d'un jour, tantôt d'un ou de plufieurs mois, on retrouvera dans la Chronologie le chaos décrit par Ovide, r«d^à indigejlaque moles. M. de Fontenelle , ( a ) compare l'hiftoire des premiers tems à un palais ruiné , dont les débris font confufément femés dans un vaftc terrain. «* Si >3 l'on étoit fur qu'il n'en manquât aucun , ce feroit un pro- " digieux travail de les raflcmblcr tous. ; mais fi quelques-uns M de ces débris étoient perdus , le travail de fe faire une idée « jufte de la ftrufture de ce Palais , feroit plus grand , & il » feroit poifible que l'on fît de cet édifice difFérens plans qui » n'auroient rien de commun entr'eux. Il ajoute , en parlant des faits connus qui nous relient : » ce qu'il y a de pis , & ce '> qui n'arriveroit pas à des débris matériels , ceux de l'hiftoire ancienne fe contredifent fouvent , 6c il faut , ou trouver le » fecret de les concilier, ou fe réfoudre à faire un choix qu'on 5> peut toujours foupçonner d'être un peu arbitraire, m

Il n'eft dans cette nuit obfcure d'autre flambeau que l'Af- tronomic. La certitude renaît fe rencontrent les obfervations aftronomiques. Les faits qui y font liés font des points fixes , ou comme des afiles fc rcpofe le voyageur égaré dans les té- nèbres de l'antiquité. Mais les obfervations font rares. C'cft ici que la fuperfbition vient au fecours de la raifon qui cherche à établir des calculs. Il eft aifez fmgulier que cette nuit de l'i- gnorance ne foit éclairée que par quelques traits de lumière que l'ignorance y a femés fans s'en douter. Ces traits font les phé- nomènes des éclipfes que les terreurs des Peuples ont confacrés. Si les écrits d'un hiftorien font perdus, & qu'il ne nous en foit parvenu que quelques lambeaux , avec des faits fans date, mais accompagnés du récit d'une éclipfe , l'Aftronomie auffi - tôt

{a) Éloge de M. Biajicliini.

calcule i

P LI M TNAIR £. kvii

calcule ; appuyée fur la connoifTance des mouvemens du Soleil 5c de la Lune , elle remonte dans l'antiquité , en parcourant , d'année en année, toutes les éclipfes, jufqu à ce qu'elle en trouve une qui, dans le lieu déligné , tombe au jour marqué. Alors la date de l'événement eft fixée. C'eft pour épargner les calculs & les recherches aux hiftoricns que deux jfavans Bénédiclins (a) ont compofé le livre de l'art de vérifier les dates, c'eft- à -dire, de les vérifier par l'AftronomiejOuparl'obrervation des éclipfes, que les anciens n'ont gueres négligé de rapporter. Souvent la vérité l'exigcoit ; les prodiges entroient dans le récit des évé- nemens , ou comme circonllance , ou comme caufc. Mais de quelque façon que ce fat, ils excitoient de l'intérêt dans l'efprir des lecteurs. Chez les Chinois, la fuperftition fut liée à l'ad- miniftration , toute la Chronologie eft ainfi fondée fur des ob- fervations d'éclipfes. C'eft ce qui dépofe de l'cxiftence de cet Empire pendant plus de quatre mille fept cens ans.

Un avantage plus grand , plus intérefTant pour nous , eft Celui qui réfulte de l'Aftronomie pour la Géographie, &L pour la navigation.

Ce n'eft pas un objet de pure curiofité que la connoiflance Vùnu de/'Jf de la pofition des différens pays fur la furfacede la terre. Cette ';:°r'"'\rf (" connoilTance eft devenue indilpenfable , depuis que des commu- Navigation. nications ont été ouvertes entre les Peuples , par la politique qui réunit les uns pour les oppofer aux autres ; par le commerce qui lie entr'elles les contrées les plus éloignées :" enfin par la Philofophie dont le but eft d'unir tous les hommes. Il faut con- noître le pays l'on voyage ; ce pays aujourd'hui eft la terre entière. Jadis on ne négocioit, on n'étoit en guerre qu'avec les voifins, La Géographie de fon pays &C de {es frontières eft

( a ) Dom Ckmeacet , Dom Dorand.

xvni DISCOURS

toujours facile à approfondir. Si l'on raconte des expéditions très - anciennes , telles que celles de Bacclius , de Séfoftris èc d'Alexandre, 6cc. la plupart, & certainement les deux premières étoient moins des guerres , que des efpeces de chafTcs , l'on- poufîoit Se l'on écartoit les hommes devant foi , comme des animaux fauvages à travers les deferts. Il ne falloit pas beaucoup de Géographie pour aller ainfi , de peuplade en peuplade , re- connoître &; afFujcttir l'humanité julqu'aux bornes du continent. C'cft ainfi que Cortez, Pifarrc , ont dompté une partie de l'A- mérique , fans connoître la carte du pays. Aujourd'hui que la politique eft devenue une fcience , 6c le réfultat des intérêts de toutes les nations; deux puiflances féparées par l'Europe entière,, s'allient ou fe liguent , la guerre s'allume d'une extrémité à l'autre , des flottes font le tour de cette partie du monde. La Géographie de l'Europe eft devenue néceflaire à tous les Peu- ples qui l'habitent. Le commerce a rendu également néceilaire la Géographie des trois autres parties du monde.

Cette fcience n'avoit été d'abord fondée que fur le récit toujours incertain & fouventinfîdclle des voyageurs. D'un autre eôté , la navigation écoic bornée à fuivre les côtes : quand elle fe hafardoit en pleine mer , c'étoit à l'aide de l'Aftronomie 6C des étoiles circonpolaires,dontla connoillance eft très-ancienne. La bouflble fournit le moyeii de ie livrer tout -fait à l'inf- conftance des flots.

Lorfqu'on çut retrouvé le chemin des Indes par le Cap de Bonne-Efpérance,6c que le nouveau monde fut découvert, l'ac- croiflement de puifîance qui en réfulta pour certains Peuples , éveilla de toutes parts l'ambition. La découverte des climats nouveaux étoit. titre de la propriété. On fut jaloux même du chemin qui y conduifoit , on l'interdit aux autres nations. De l'émulation de découvrir ou de nouvelles terres , ou de nou-

PRÉLIMINAIRE. xrx

Telles routes à ces contrées commerçantes , d'où l'on rapportok tant de fuperfluités devenues néceiïaires. On fencit la néceflké de connoître le globe entier. L'Aftronomie enfeignoit que l'on compte au même inftant différentes heures dans les différens pays ; que les heures que l'on compte dans chaque pays font relatives aux degrés de l'équateur, auxquels ces pays répondent ; de manière qu'en y faiflint des obfervations d'un même phé- nomène , CCS obfervations indiqueront la pofition relative de ces pays. Il n'y a qu'à multiplier les obfervations , fie le globe fera connu. Chaque phénomène eft un fignal;s'il étoit poffible que tous les hommes y fuffent attentifs , s'ils étoient pourvus des inftrumens néceflaires , deux ou trois phénomènes fuffiroienc pour décrire la terre , & drefler la carre de fa furface. Mais comme cette attention univerfelle eft impolTible, il faut que les Peuples s'inftruifent fucccllivement;que les arts 6c l'Aftronomie s'y établiffent , ou plutôt que le tcms & le hafard y conduifent des obfervateurs , qui apprennent à ces Peuples le point qu'ils occupent dans l'univers. La fondation des obfervatoircs , ôc les voyages des Aftronomcs perfectionnent la connoiffince du globe : c'eft fur le dépôt de leurs obfervations que fera dreffee un jour la véritable mappe - monde.

A l'égard de la navigation , fes plus grands dangers font à l'approche des terres, le plus fouvent environnées de bas-fonds ou d'écueils. La navigation a donc befoin que la Géographie foit perfectionnée , puifqu'il faut que le gifement des cotes, ^ la fituation des Ides au milieu de la mer , foient exactement connus ; ôc en cela la navigation dépend de l'Aftronomie , puifque la Géographie en dépend elle-même.

Mais quand les Marins auroient les cartes les plus fùres, il ne fuffit pas de trouver la pofition du port ou ils font voile, il faut encore qu'ils fâchent à chaque inftant , à quelle diftance ils en

XX DISCOURS

font , fans quoi ils ne peuvent diriger avec fureté leur route, ni la fuivre la nuit fans rifquer de fe brifer contre les écueils, près des côtes dont ils fe croiroient éloignés. Cet art de connoîrre la route, d'aflîgner à chaque inftant le point du globe on fe trouve , cft aux obfervations aftronomiques. Elles donnent l'heure vraie , la latitude ou la diftance l'on eft de l'équateur. Par la connoifflince du mouvement de la Lune , &: par les obfer- vations de cette planète , on apprend le degré du parallèle l'on fe trouve. Tout ceci fera expliqué plus au long, quand nous en ferons au détail de ces méthodes. Elles exigent quelques calculs pénibles ; mais les Officiers de la Marine , quelquefois même les Pilotes y font exercés. Il y a dans chaque port â.cs ProfelFcurs d'Hydrographie, c'eft-à-dire , de la fcience de toutes les méthodes dont on fait ufage fur mer , & fpécialement des méthodes aftronomiques. Cet art eft difficile, mais important; la vie des hommes, le fuccès des entreprifes en dépend. Combien de vaiffeaux fe font brifés ! Combien de citoyens ont péri par l'incapacité de ceux qui les conduiioicnt ! Comment la pré- vention peut -elle aveugler au point de ne pas voir les dangers qu'entraîne l'ignorance, quand on a ofé choifir ce genre de vie , auquel la nature ne nous avoir point deftinéslElle nous a munis, défendus contre les dangers dont elle nous a entourés; elle n'a rien fait contre ceux que nous allons chercher. Il a fallu que l'homme tirât tout de fon induftrie.

Auffi le gouvernement chez la plupart des nations , a - t - il porté la plus grande attention à la fcience du pilotage & de la navigation. La Marine étant devenue aujourd'hui la force pré- pondérante, l'Aftronomie eft de la plus grande utilité aux puif- fance livrées à la navigation 6c au commerce. De les foins de Louis XIV &: de Louis XV pour faire fleurir cette fcience; les prix fameux de la longitude que l'Angleterre a propofés ; les

PRÉLIMINAIRE. xxt

voyages entrepris avec tant de dépenfe pour l'obfervation du palTage de Venus, fie pour l'épreuve des montres marines.

Tels font les avantages que la fociété retire de l'Artronomio. Il en efl: un autre moins fcnfiblc à tous les hommes , mais inef- timable aux yeux du Philofophe : c'cft la connoilKince de la nature , du vrai fyftême du monde, 6c des loix confiantes par lefquelles le mouvement fc confervc Se fe perpétue. L'Aftro- nomie a montré à l'homme des efpaces fi énormes , qu'ils f emblent approcher de cet infini, les penfées aiment à fe plonger & à fe perdre. En aggrandillant l'univers , elle a aggrandi l'idée de l'intelligence fuprémc; elle a donné de l'étendue à l'elprit humain, qui , comme Alexandre , fe trouvant trop ferré dans le globe qu'il habite , aime à s'égarer de fphere en fphere, & à mcfurer du moins par l'imagination cette étendue immenfe , dans laquelle l'homme occupe un fi petit efpace ! Quelle idée avoit-il du monde avant les connoiflancesde l'Aftronomie perfectionnée? Il croioit que la terre en ctoit le centre, fie la partie la plus confidcrable : les étoiles n'étoient que des points brillons , attachés à la voûte célefte , pour éclairer fcs pas dans la nuit ; le Soleil fie la Lune des flambeaux. Mais quelle idée avoit-il de ces globes mcfarés par fes yeux feuls ? Il en jugeoit par leur grandeur apparente, fie il les plaçoit à la diftance de quelques lieues. L'Aftronomie a fucceffivement reculé ces bornes. Elle a fait voir que le Soleil cft douze cens mille fois plus gros que la terre : elle a placé cet aftre à trente -quatre millions de lieues; Saturne, la plus éloignée des planètes , à trois cens vingr millions. Elle a dit: la didance des étoiles fe refufe à mes mefurcs , fie tout ce que je puis ré- pondre à la curiofité humaine , c'cft que l'orbite de la terre , dont le circuit a deux cens dix millions de lieues , cet efpace fi grand , vu des étoiles les plus proches , ne peut paroître que comme un point! Que l'imagination juge de la diftance de ces

xxii DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

étoiles, ê<; de celles qui étant plus petites femblcnt plus éloignées. Que la raifon penfe , comme il eft naturel de le penfer , que ces étoiles font autant de Soleils, qui, ainfî que le nôtre, ont des planètes qui circulent autour d'eux, une infinité de comètes qui nagent dans l'efpace , & qui rempliflant ce vide , établifTent une efpece de communication & de chaîne entre ces fyftêmcs fi éloignés. Qu'elle ajoute à ce fpectacle magnifique la connoif- fancc de la fimplicité des loix prefcrites à cet univers fi im- pofant Se fi vafte; ôc elle aura l'idée de l'étendue, de la puifiTance de la nature. Se de la grandeur de l'Etre fuprême. {a)

( «2 ) AufTi Derham , dans fon Ouvrage intitulé : Théologie Àftronomique , établit-il les découvertes l'Aftcouoniis comme autant de preuves de l'esiltcnce de Dieu.

HISTOIRE

DE L'ASTRONOMIE ANCIENNE.

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LIVRE PREMIER.

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Des Inventeurs de l'Ajironomie & de /on Antiquité.

§. PREMIER.

Xu A plupart des fciences font nées des befoins de l'homme , l'Afti-onomie n'eft duc qu'à fa curiofité. Le partage des terres a produit la géométrie ; les richefTes & le commerce ont rendu l'arithmétique néceflaire; le tranfport des fardeaux, l'archi- reclure ont demandé la mécanique; les bleffures & les maladies ont exigé la connoillance des fimples , celle de la ftruélure du corps humain , &, l'on a vu naître la. botanique , l'anatomie ôc la médecine. Partout l'homme a appelé fan induftrie au fecours de fa foiblefTe ; partout le befoin l'a tiçé de fa parefle naturelle. Ici le fpectacle fcul du ciel a frappé fes regards , il n'a point été prefle par l'aiguillon de la nécelfité. Saili d'admiration , il eft tombé dans une profonde rêverie , il a fuivi^, tranquillement 6c fans effort, le cours des idées qui fe font préfentées à fon efprit. Tandis qu'autour de lui toutfe meut avec bruit fur la terre , le mouvement accompagné du illencc lui a imprimé du refpedl: j

k

1 HISTOIRE

l'uniformité des mouvemens qui fans ceffe renailTcnt les mêmes» lui a donné l'idée d'un ordre immuable &; écerncl ; les mou- vemens particuliers des corps célcftes qui s'accompliiTent en même tems fans fe nuire , & qui ne font point détruits , quoi- qu'oppofés au mouvement général, lui annonçoient une fàgeiïe profonde, qui a tout réglé par des loix toujours exécutées; il a fenri la préfence de l'être fuprême , £c il a voulu connoître pour admirer davantage. Auiii quand les autres fciences ont pris naiffance au milieu du tumulte des villes , celle-ci eft née au fein des ca-mpagnes. C'eft la Icience du repos, de la folitude 6c de la jouiilance de ioi-même. Des hommes troublés, agités par les pallions, ne i'auroient pas devinée , ou l'auroient dédaignée comme inutile. Il lui falloit des hommes fimples , dont l'ame libre , fans defirs , fans deflcin pour l'avenir , n'ayant point befoin de fe concentrer en elle-même, pût fe répandre au dehors ; & ces hommes fimples, en veillant fur leurs troupeaux , ont fondé celle de toutes les fciences que l'efprit humain devoir un jour étendre davantage,

§. I I.

On peur dire que dès que le ciel a eu des témoins, il a eu des adrriiràtéiirs. Si Ton "accordoit le titre d'inventeurs à ceux des hommes qui les premiers ont été frappés de ce fpectacle, ils au- roient tous le même droit , èc l'Aftronomieferoit aufli ancienne que l'homme lui-même. Le véritable inventeur de la fcienceeft celui qui, en découvrant la première vérité , a pofé la bafe de nos connoiiFances aftronomiques. Cet inventeur eft; - il unique? La fcience, également antique chez différens peuples , à-t-elle plufîeurs, inventeurs ? La queftioji fèroît décidée fi l'on pouvoir s'en rapporter aux traditions; chaque nation riommefcs premiers guides : Uranus &C Atlas chez les Atlantes ; Fohi à la Chine 5

DE L' ASTRONOMIE. 3

Thaur ou Mercure ca Egypte; Zoroaftre 6c Belus dans la Perfe 5c dans la Babylonie. Ceci peut fuffire à ceux qui ne cherchent que des noms , èc qui, dans ces récits de la tradition nationale , veulent bien en croire la vanité fur fa parole.

Mais la fcicnce cultivée chez les Indiens , les Chinois , les Chaldéens 6c les Egvpticns , peut n'être pas primitivement leur ouvrage. Les connoilTances ont été fouvent communiquées, le Iccptre des fciences a dii palTer d'un peuple à un autre. Sans avoir approfondi l'hiftoire des fciences , on voit que leur lumière née dans l'Orient, comme celle du foleil, s'avance ainfi que cetaftre vers l'Occident, &C dans une révolution très -lente, femble, comme lui, devoir faire le tour du monde. Il eft fans doute des connoiflances premières 6c fimpks , qui ont pu s'offrir d'elles- mêmes, 6c qu'on doit s'attendre à retrouver partout. Mais celles qui font le fruit de la méditation, d'une obfervation longue, & des moyens combinés des arts appliqués à la fcience , ne peuvent être établies que chez des nations anciennement po- licées , lefquelles ayant exifté longtems fur la terre , ont eu le tems néceffaire au développement de l'induftrie humaine. Parmi les peuples anciens. Chinois, Chaldéens, Indiens 6c Egyptiens, l'examen de ceux qui ne doivent rien qu'à eux-mêmes , ou de la nation unique qui feroit la fource de la lumière , appartient à une critique délicate. Il faut rafTembler des traditions obfcures, les éclairer l'une par l'autre , S<. pefer les probabilités ; en re- montant aux premières traces de l'Aftronomie, il faut fixer la date des faits , 6c comparer ces faits avec le degré de la civi- lifation , avec le génie du peuple , avant de prononcer qu'il a pu s'élever au mérite de l'invention.

C'eft ainiî qu'on détruit les prétentions fauffes &C les droits ufurpés. Différentes caufes ont contribué à les introduire. L'or- gueil des peuples, l'ignorance même des premiers commencti-

A y

t^ HISTOIRE

mens, a placé dans ces tcms toujours obfcurs, l'origine inconnue des connoilTanccs acquiles. D'ailleurs dès qu'un honnnc aura voyagé, il fe fera donné pour l'inventeur des connoiflances qu'il avoit recueillies ; l'étranger devenu l'inflituteur d'un peuple , fe fera fait palier pour l'auteur des vérités qu'il enfeignoit ; &C quand ces menfonges de la vanité ne feroient pas fi communs , le peuple lui-même s'y fcroit trompé. Il ne remonte point à la fource de la lumière: il n'examine point fi celle qu'on lui préfente eft empruntée ; celui qui parlç en eft la fource, voilà l'inventeur. C'eft ainfi que les philofophcs grecs ont été célèbres par les connoiflances qu'ils avoient puifécs dans l'Egypte, dans l'Inde, èc que quelques-uns d'cntr'eux paflToient dans certains cantons de la Grèce , pour les autçuis de vérités déjà établies Se fami- lières dans un autre.- . /

Mais les Grecs iont , pour alnlî dire , des enfans dans la carrière de l'Aftronomie. Nous avons nommé les peuples qui peuvent prétendre à la rivalité, &: fe difpurer l'honneur de foa origine. Nous ne décidons point qu'Uranus , Atlas, Fohi, Thaut, Zoroaftre,Belus , foient les premiers aftronomes, mais nous pouvons dire que ce font les plus anciens , dont les noms nous foient parvenus, Se à notre égard les véritables inftituteurs de la fcience.

§. III.

Nous ne favons que peu de chofe fur ces hommes célèbres, leurs allions & leurs ouvrages font enveloppés de l'obfcurité des premiers tems. La rcconnoiflance a confacré leurs noms dans le fouvenir des hommes. Mais comme tout eft mêlé de fables dans la tradition, des critiques habiles ont attaqué l'exif- tencemêmede quelques-uns de ces inventeurs. Uranus 6c Atlas, par exemple, n'ont, dit-on , jamais exifté : ces perfonnages ,

DE L' ASTRONOMIE. 5

trind que le plus grand nombre de ceux donc il cft ciueftion dans la mythologie grecque , ne iont que des emblèmes.

Les Grecs qui les premiers dans l'occident ont écrit l'hiftoire, n'ont commencé que tort tard à écrire en profe. On doit donc s'attendre à trouver l'ancienne hiftoire chargée de figures. Les embcllilîemens dont elle ell ornée , lui ont fait donner le nom de fable; mais s'enfuit-il que les récits des premiers poètes ne contiennent que des fictions? Le poëme d'Homerc en cil: rempli: doute -t- on de la réalité de la guerre de Troye ? La vérité de l'hiftoire n'y eft-t-elle pas difcinguée des fictions poétiques ? Peut - on croire que dans des tems encore grollîcrs , les hommes ne connoiiroient que les chofes fenfiblcs , on ait eu l'idée d'entretenir le peuple de la Grèce d'êtres imaginaires 5c de perfonnages métaphyfiques ? Telle eft la conféquencc des divers fyftêmes de Pluche , de \J'arburton , & de quelques mo- dernes, dont les ouvrages font remplis d'ailleurs de recherches profondes 5c de vues ingénieufes. IVLais devons -nous au bouc de trois à quatre mille ans contredire les peuples les plus anciens, vouloir être plus éclairés qu'eux fur ce qu'ils dévoient connoître; & quand on n'a que leurs propres écrits à citer, elîaycr de dé- montrer qu'ils ne s'entendoient pas eux-mêmes? L'origine des peuples , le tems l'hiftoire n'étoit que la tradition, font une efpece de nuit. L'imagination y voit tout, l'efpric rend tout vraifemblable , mais la raifon fe défie des produits de l'un &: de l'autre. Les explications de M"^ Pluche font même fi générales, que par cette leule raifon elles en deviendroient fufpcctes. On eft étonné de le voir marcher fi librement dans les ténèbres des antiquités égyptiennes. Un ancien prêtre d'Héliopolis, revenu exprès fur la terre , ne nous guideroit pas plus facilement dans ce labyrinthe. On croit voir un homme qui du haut d'une montagne dçiline pendant la nuit le payfage dont il eft environné^

C HISTOIRE

&; qui y pLicc au hiifard des plaines , des champs cultivés, des ruifleaux , des arbres & des maifons , parce qu'il fait que ces difFérens objets fe rencontrent dans un payfage.

Les noms propres font en partie la fource de l'équivoque : ils ont tous été primitivement fignificatits , d'où eft née l'idée de les croire allégoriques. Les contes de vieilles mêlés aux récits des perfonnages les plus graves , paflant de bouche en bouche , de générations en générations, exagérés encore par le goût du merveilleux , ont achevé de défigurer les fiiits : s'enfuit- il que tout foit menfonge dans ces récits ? On doit refpe£ter la tra- dition fans l'adopter toute entière : elle grolîît en roulant à travers les fiecles , elle fe charge & s'enveloppe de fables , mais toute enveloppe a un noyau qui lui fcrt d'attache , & ce noyau c'eft la vérité hiftorique.

§. I V.

Nous croirons donc qu'Uranus, Atlas &; Saturne fes enfans, font des perfonnages réels, parce que leur exifbence n'a rien que de vraifemblable, &: qu'elle eft attellée par une foule d'écrivains. L'âge de ces princes, ou de ces chefs de famille, qui furent en même tems les premiers aftroncimes connus, pourra nous donner quelque notion de l'antiquité de l'Aftronomie. Si l'on s'en rap- portoit à Suidas , on pourroit établir qu'Atlas a vécu vers 1600 ans avant J. Q.{a) Mais il eft clair que Suidas s'eft trompé. La chronologie fuivie des rois d'Egypte , oîi il n'eft nullement queftion d'Atlas , ni d'Uranus , certaines connoiflances aftro- nomiques , qui doivent être bien poftérieures à l'invention de la fcience , remontent au-delà de cette époque, & doivent placer ces deux hommes dans des tems plus reculés.

(<j) Infra. Éclaire. Liv. I, §. 9.

DE L' ASTRONOMIE. 7

En examinant les difFërcntcs fouchcs du genre humain , on voit que les Atlantes font la principale 6c la plus ancienne; on voit du moins clairement cjue ces peuples font antérieurs aux Egyptiens. La théogonie des Atlantes, rapportée par Diodore de Sicile, cft la même que celle des Egyptiens, des Phéniciens &; des Grecs; les mêmes noms , les mêmes faits s'y retrouvent, £c il y a apparence que ces dilîerens pays ont été habités ou civilifés par un peuple qui a étendu très -loin fcs conquêtes & fcs lumières. Cette théogonie le fera peut-être introduite en Egypte, en Ethiopie, en Phénicic, dans le tems de cette grande irruption, dont il eft parlé dans le Timée de Platon, d'un peuple innombrable qui fortit de l'itle Atlantide, fe jeta fur une grande partie de l'Europe, de l'Afic, de l'Afrique, & envahit la terre entière , fuivant la manière dont on s'exprimoit alors. Remar- quons que Diodore {a) de Sicile dit cxprefTément que les dcf- ccndans d'Atlas furent les chefs de bien des peuples , 6c que plufieurs Grecs iont defccndre leurs anciens héros des Atlantides.

§. V.

Personne n'ignore que les Grecs ont tiré letu-s arts, leurs fciences, leurs dieux mêmes de l'Egypte &: de la Phénicic. Mais la mémoire de cette irruption que Platon a confervée , cette méthode de confacrer l'origine des héros , en la faifant remonter aux Atlantides , les mêmes générations , les mêmes noms dans les familles des dieux & des héros , chez les Atlantes &z chez les Egyptiens , l'abfencc de ces noms d(^nt la chronologie des rois d'Egypte , fournirent des inductions très - fortes , que quellequefoit l'antiquité des Egyptiens, les Atlantes font encore d'une date plus reculée.

{a) Hift. Univ, T. I. Liv. UI, pag. 454 de la Tr-iduclion de M. TcrrafToa.

s HISTOIRE.

C'cft donc dans les tems obfcurs qui ont précédé les tems hiftoriqucs de l'Egypte , dans les tems régnèrent les dieux , ou plutôt les Atlantes , que nous devons chercher l'époque d'Atlas. Si on n'a pu parvenir julqu'ici à fixer cette époque , c'cft qu'on a été efl-rayé des fables & des contradictions que préfente d'abord l'ancienne chronologie égyptienne. Manethon, par exemple , comptoit i i 3 règnes fucceffifs qui avoient duré 3555 ans, depuis le commencement du règne des hommes en Egypte, jufqu'à la i 5^ année avant l'empire d'Alexandre (û). Ce calcul remonte donc à l'an 35)01. Dicearque comptoit 2936^ ans depuis le règne de Selonchofis qui fuccéda à Orus , fils d'Ofirisjôc arrière petit-fils d'Uranus, jufqu'à l'établiflement des jeux olympiques en 77 6 , ce qui remonte à l'an 3 7 i 1. Le témoignage de ces deux hiftoriens placcroit le règne d'Atlas , fils d'Uranus , & frère de Saturne , aïeul d'Orus, plus de 3 S 00 ans avant l'Ere chrétienne. Mais on voit en même tems que d'autres auteurs, tels que Diogene-Laerce, Hérodote, Diodore de Sicile, Pomponius-Mela, l'auteur de l'ancienne chronique égyptienne, parlant à -peu -près des mêmes intervalles, leur donnent les uns 48 8 6^3 ans, les autres 23000 ans, Sec. Il étoit naturel d'en conclure d'abord que toute cette chronologie étoit un tiflu de fauflcté. Mais l'Aftronomie nous fournit un fil pour nous guider dans ce labyrinthe , Se des fuppofitions vrailcm- blables pour concilier les contradictions apparentes. Notre ex- plication eft fondée fur un principe fort hmple , &C fourni par l'hiftoire même, c'eft'la diverfité des révolutions par lelquelles les hommes , les mêmes peuples , ont a différentes époques tnefuré le tems : employant tantôt la révolution diurne du foleil en vingt-quatre heures, tantôt celle de la lune en un mois.

(a) 5 ji ans avant J. C.

tantôt

DE L' A S T R O N O M I E. 5

tantôt la durée d'une faifon,ou l'intervalle d'un folfticeà l'autre & donnant à ces différentes révolutions le même nom d'année, parce que ce mot fignitioit primitivement révolution. ( * ) Les hiftoriens , ou mal inllruits, ou peu foigneux de nous inftruire, adoptant différentes manières de compter fans les fpécifier, ont jeté la confulion dans la chronologie , & les modernes ont accufé tous les anciens peuples de vanité & de menlonge. Le principe que nous avons établi, réduit les chronologies desfept hiftoriens cités ci-defîus, à ne différer que de 6 5 ans, oc à donner par un milieu pour l'âge d'Uranus , environ l'an 3890 iivant l'ère chrétienne, {a)

§. VI.

Pendant que nous fommes arrêtés à établir ce point da chronologie, il nous fera peut-être permis de faire remarquer des fynchronifmesaffez finguliers. Chez tous les anciens peuples, du moins chez tous ceux qui ont été jaloux de confcrver les traditions , on retrouve l'intervalle de la création au déluge exprimé d'une manière affez exacte 6c affez uniforme, la durée du monde jufqu'à notre ère s'y trouve également à -peu -près la même. Nous avons cru devoir en préfcnter ici le tableau , en réfervant les détails juftificatifs pour les éclairciffemens qui fuivront cette hiftoire. Nous fuppofons que les tems dont les peuples n'ont confervé qu'une mémoire confufe , les tcms ap' pelés fabuleux , font ceux qui ont précédé le déluge. La durée du monde , au moment du déluge, étoit de 1656 ans, félon le texte hébreu de l'écriture, &: de 2142 ou 125^ ans,fuivant

( *) Annus (îgnifîefi évidemment cycle, ont le même rapport entre eux que Circus révolution , cercle , c^n Annulus , fon dimi- & CimUus. nutif, vi;ut dire fetit cercle. Ces deux mots i^) Infrk , Éclaire. Liv. I. $. i8, 15.

B

to HISTOIRE

celui des feptaiite. Ce dernier calcul cft confirmé , au moyeir de fuppofitions fort fimplcs , i °. par les antiquités babylonienes qui donnent ù cet intervalle une durée de 2232 années lu- naires (a); 2°. par le règne du loleil de 30000 ans en Egypte, qui fc réduit à 2 24 j ans ; 3°. enfin, par les tems fabuleux de l'hiftoire de la Chine, &c parle premier des quatre âges Indiens qui peuvent peut - être fe réduire les uns à 2306, 6c l'autre à a 3 <3 5 ans {è).

Quant à la durée du monde jufqu'à notre ère, on trouve, par les mêmes fuppofitions, que l'ancienne chronique égyptienne donne 1 2 8 ans; Diogenes Laerce ^138, Diodore de Sicile, 6081 : la chronologie babyloniene , i 5 8 ; la chronologie indienne, 6 2 04, fuivant un calcul établi fur les nombres d'années donnés par M"" le Gentil , & 6174, fuivant d'autres nombres d'années tirés des livres arabes , les traditions chinoifes pour- roient donner également i 00 , ou même <j i 5 7 ans (c}.

Ce tableau eft fmgulier & frappant: on y voit le fouvenir des deux époques mémorables de la création &c du déluge, exprimé finon clairement, du moins d'une manière qui annonce d'abord une époque univcrfelle , un commencement commun ; enfuite une féconde époque qui forme une efpece de lacune dans la tradition, &: qui indique des tems très- anciens, féparés de ceux qui les ont fuivis par quelque grande révolution. Les antiquités de tous ces peuples. Egyptiens , Chaldéens , Indiens & Chinois ne femblent donc que la mémoire des tems écoulés dans cet intervalle; mémoire que chaque peuplade tranfplantéc a con- fcrvéc par la tradition , !k. qu'elle a toujours placée à la tête de fon hiftoire.

( a ) En fuppofant des années lunaires <3e (i) Éclaire. Liv. 1. i. 11,11,13,

3J4 jours en nombre rond. ( c } liid. §. 14,16, 17.

DE L ASTRONOMIE- i i

§. VII.

L'âge d'Uranus, d'Atlas remontant au moins à l'an 3890 avant l'ère chrétienne , donne par conféquent cette antiquité à l'Aftronomic & à l'invention de la fphcre attribuée à Atlas. Mais les preuves que nous en avons données ne font que con- jeclurales. Nous cillons rapporter d'autres preuves, qui ne portent pas iur des tems fi reculés , mais qui lont plus démonftratives. Ces preuves font les obfcrvations &: les faits pofitifs confignés dans l'hiftoire. Nous en trouverons peu chez les Egyptiens, leurs obfcrvations font perdues. On en trouve feulement une dans le calendrier de Ptolcméc, {a) qui doit avoir été taite^ en Egypte : c'eft celle du lever héliaque de Sirius. Ptolemée le marque à fept jours difFérens, favoir,le 4^ , 6*", 2 2^, 15'', ^.y*^, 3i°& 3 z" jour après le folfticc d'été. Il eft évident que ces différens levers appartiennent à difl-erens fiecles. Le lever de Sirius étoit très -important pour l'Egypte, parce qu'il annonçoit le débor- dement de Nil. Il eft donc naturel de fuppofer que ces obfcr- vations appartiennent aux Egyptiens; & la plus ancienne, celle qui détermine ce lever le 4^ jour après le folfticc, fera une dats de leur Aftronomie. On trouve par le calcul que pour le climat de la haute Egypte , ce lever répond environ à l'an 1550 avant J. C. Mancthon {è) donne lieu de croire que leur période fo- thique, leur grande année de 14^0 ans, remontoit jufqu'à l'an 2781. Nous expliquerons ailleurs qu'elle étpit cette période. Il fuffira de dire ici qu'elle fuppofe la connoiflance de la révo- lution du foleil de 3 6 5 jours un quart, maison ne mefure point exactement cette révolution en commençant l'Aftronomie , il faut néceflaircment fuppofer qu'elle étoit cultivée depuis plu-

( <J ) Petau , Uranologion , pag. 58. (i) Infra , Éclair. X-iv. V. %. lo,

Bij

IX HISTOIRE

iieurs iîcclcs, Se établie en Egypte plus de 3000 ans avant J. C,

§. VIII.

Les obfervations des Chaldéens, confervécs par" Ptoleméc dans fon Almagcfte , (a) ne remontent c^u'à l'an 711 avant J. C. Mais Callifthenes envoya à Ariftote des obfervations fuivies à Babylone pendant i 903 années avant l'arrivée d'A- lexandre , Icrquelles par conféqucnt remontent jufqu'à Tatl 1234. Cette longue fuite d'obfervations, qui n'a pour garant que Porphyre, cité par Simplicius , a paru fufpetle à quelques iavans par des raifons qui feront rapportées Se combattues ailleurs. (6) Mais nous ajouterons tant de probabilités au té- moignage de Simplicius, qu'il ne reliera plus de doute lur ce fait , qui par lui-même n'a rien contre la vraifemblance. De plus on conclut des extraits qui nous reftent de Berofe, que les Chaldéens ont commencé à compter par àes années folaires vers Tan 247 3. (c) Nous ne parlons point des 473000 années dont ils fe vantoient , nous montrerons à quoi elles doivent fe réduire. Il y a eu fans doute de l'injuftice de les taxer d'orgueil à cet égard; tout dépend de la manière de compter le tems qui a changé bien des fois fur la terre ; il a plu même à certains peuples d'appeller année les plus petits intervalles qui fervent à le mefurer. Ainfi le même mot a lignifié des chofes très-diiFé- rentes. On ne blâme le plus fouvent les anciens ou les étrangers, ^ue parce qu'on ne les entend pas.

Les Chaldéens paroilTent donc plus nouveaux dans la carriers agronomique que les Egyptiens. Mais puifqu'ils connoifToient le mouvement du foleil 2-473 ans avant notre ère, l'Aftro-

( a ) Lib. IV, c. 6. ( c J jn/rà , Éclaircillemens , Livre YI >.

(^) /«//-àj Éçlakt, Liv. lY. $. j». J. /.

DE L' ASTRONOMIE. 13

nomie y doit avoir une date pins ancienne. On trouve même chez les Phrygiens, leurs voilîns, un temple dédié à Hercule, qui paroît avoir été fondé vers l'an 1700 (a). Or Hercule a été dans l'antiquité l'emblème dufolcil. Les circonftances fabuleufes dont on a chanj;é la vie de ce héros, renferment d'une manière allégorique la connoilT^Tncc du mouvement du ioleil. Ainfl dans cette partie de l'Aile , l'Ailronomie peut bien y dater de 3000 ans.

§. IX,

Les anciens Perfes , qui, félon nous, font les ancêtres des Chaldéens , avoient une forme d'intercalation qui fuppofe une période de 1 440 ans. Nous démontrons que cette période doit avoir été établie 6c avoir commencé vers l'an 3109 (é). On lit dans leurs livres qu'il y avoit anciennement quatre étoiles qui indiquoient les quatre points cardinaux , èc l'on trouve efFc6livement que 3000 ans avant J. C. les étoiles nommées l'œil du Taureau, ôc le cœur du Scorpion , étoient précifément dans les deux équinoxes , tandis que le cœur du Lion & le Poiflon auftral étoient très -près des deux folfticesfc). Le hafard ne produit point de pareils rapports. Nous fommes fondés k croire que la remarque appartient réellement au tems que nous avons marqué , &C confirme ce que nous apprend la période de l'intercalation , que l'Aftronomie étoit établie dans la Perfe l'an 3109.

Les Indiens ont la même antiquité. Ils difent que le monde a eu quatre âges. Le premier a duré i 7 z 8 o o o années, le fécond 119(^000, le troifîeme 8(^4000, Se le quatrième, qui eft

. ^ Ç Hérodote , Liv. II. {b) Ir.fra , Éclaiicif. Liv. IV. §. t,

^ ^ i. Éclaire, Liy. I. §. i>^ {c) Éclaire, liv, IX. J, la.

j^ HISTOIRE

lié eu aiemc tcnis li leur époque aPa-ouoiïiiqnCjdm-ok en i 7 (< i , depuis 48 <j3 ans. Le petit nombre d'années de ce dernier âge» en comparaifon de la durée prodigieufe des trois premiers, prouve évidemment que ceux-ci font fabuleux, ou plutôt ren- ferment des années d'une efpece très - différente des nôtres. Mais en même tems on voit clairement que les années du dernier ^<Te font des années folaires, &: qu'il eft fondé fur une véritable époque hiftorique qui remonte à l'an 3 i o i . Comme c'eft de cette époque qu'ils partent pour calculer les mouvemens du foleil , de la lune & des étoiles en longitude , il s'enfuit que ç eft aufli la. date de leur Aftronomie.

Nous trouvons encore dans Ptolemée une obfervation des Pléiades , qui nous paroît devoir appartenir aux Indiens. On fait par le livre de Job qae cette couftcUation a été très - an- ciennement connue dans l'Alie , (<î) ,& qu'il y avoit des peuples qui fe fcrvoicnt de fon lever héliaque pour régler le commence- ment de leur année (/^). Ptolemée marque le lever des Pléiades le foir , fcpt jours avant i'équinoxe d'automne, (c) Il falloir que cette conftellation précédât I'équinoxe du printems d'environ 10 degrés , èc l'obfervation de ce lever n'a pu être faite que vers 3000 ans avant J. C.

§. X.

Les Chinois ont confervé la mémoire d'une éclipfe de foleil arrivée fous l'empereur Tchoug-kang, dans le tems de I'é- quinoxe d'automne , l'an 2155 avant J. C. Le père Gaubil , favant millionnaire à la Cliine, a compofé une diflertation pour, en prouver la réalité, (i^) Ils rapportent encore dans leurs annales.

( fl) ÉclaircilTemcns , Livre IX. §. 7 (c) Uranol. pag. 99.

& 8. ( <f) Soucict, Recueil d'obferv. faites au?

(i) CenCoiin. dédie natali , c. 11, Indes &; à la Chine, T. II, pag. 140,

DE L' A S T R O N O M I E. t ^

que vers 1500 ans avant J. C. on vit à la Chine cinq planètes réunies dans une même conftcllation , & le même jour qu'on obfcrva la nouvelle lune. On a douté li cette conjonclion étoit réellement arrivée. Dominique Cafîini l'a cru fauflc [a] ^ mais on a reconnu que Dominique Calîini s'étoit trompé. Les calculs de M' Kirch , célèbre aftronôme de Berlin , ont mis la chofe hors de doute, 8c ont placé cette conjonction l'an 2449.

On trouve que fous le règne d'Hoang-ti, c'eft-à-dirc, l'an 2^97 avant notre ère, un miniftre de ce prince, nommé Yu-chi, découvrit l'étoile polaire, £c compofa une certaine machine en forme de fphere , qui reprélentoit les orbes cé- leftes(/5}. On trouve encore que Fohi, qui eft le premier em- pereur , 6c dont le règne commence une tradition certaine & non interrompue, étoit un prince confommé dans l'Aflironomie. L'hiftoire dit qu'il donna la figure des corps célefles , qu'il eue la connoiffance de leur mouvement , & qu'il en drefla des tables (c). Fohi vivoit, félon cette hiftoire , 2952 ans avant J. C. Nous ne croyons point que ces faits puifTent être faux. Le peuple chinois a toujours été très- jaloux de fes annales , les événemens de l'hiffcoire lont liés à un cycle de 60 ans ^ dont l'époque remonte au tems d'Hoang-ti, c'eft-à-dire, affez près du règne de Fohi. La certitude de cette chronologie eft atteftée, dans un grand nombre de points, par l'Aftronomie qui a reconnu vraies £c exactes les obfervations qui y font rapportées ; & les faits vérifiés dépofentpour ceux qui n'ont pu l'être. Nous croyons bien que ces tables aflronomiques étoient plus qu'imparfaites , que la repréfentation de la fphere étoit très-groifierc , mais cela prouve au moins que 3000 ans avant notre ère, les Chinois

( a) Mémoires de l'Académie des Scien- {b ) Martin. Hift. delà Chinc^T. I. p. 3 !

ces, TomeVIil, page 54°. (c) Ibid. pag. 28.

i(S HISTOIRE

avoient quelqu'idée des mouvemens céleftes, que la fphere étoit inventée chez eux, 6c que par conféquenc l'Aftronomie y étoit déjà cultivée.

Les Tartarcs confirment l'antiquité du tcms de Fohi, ou du moins remontent jufqu'à cette époque. Ils comptent par des cycles de ^o,de i8o &:de loooo ans , dont le nombre em- braffe une fuite pvodigieufe d'années. Ce nombre, réduit par nos fuppofitions ordinaires, ne remonte qu'à l'an 1914 avant J. C. à z 8 ans près de l'époque (a) de Fohi. Il eft naturel que voifins des Chinois, ils aient à -peu -près la même époque; mais ils n'avoient poinc des cycles de 6 o ans , fans avoir quelqu'Aftro-. iiomie.

§. XI.

ï L y a donc , pour ainfi dire , une efpece de niveau entre CCS peuples, Egyptiens, Chaldéens ou Perfcs, Indiens, Chinois, Scythes ou Tartares, ils ne s'élèvent? pas plus les uns que les autres dans l'antiquité, & cette époque remarquable de 3000 ans eft à-peu-près la même pour tous. Elle eft la date des connoiftanccs qui font parvenues jufqu'à nous. Mais il faut bien obferver que c'eft l'époque de la renaiftance de l'Aftronomie , èc non pas de fon origine.

Lorfque Fohi chez les Chinois encore barbares, 3000 ans avant notre ère, avoit la connoiffance de la fij^ure àc du mou- vement des corps céleftes : lorfque Uranus , plus ancien que Fohi, civilifa les Atlantes : leur enfeigna à mefurer l'année par le cours du foleil, &C les mois par celui de la lune: leur montra le partage des faifons: lorfque Atlas conftruifit une fphere {6); Fohi , Uranus , Atlas , n'étoicnt point les inventeurs de ces

{ a ) Éclaitciircmeas , Liv. III , §. 14, C ^ ) W'"'^ ' tclairc. Liv. I , §. î & 4- ,

connoiftancci

DE L' ASTRONOMIE. 17

connoiflanccs. Si parmi des peuples errans ôc fauvages , un homme s'élève par le génie, s'il conçoit les avantages de la fo- ciétë, il rafTcmblcra ces peuples dans des villes; mais cet homme ne peut atteindre toutes les inventions utiles qui ne le déve- loppent que fucceflîvemcnt. Cet homme lur-tout n'inventera point rAftronomierou, Ci la première idée de cette fcicnce naît dans fa tête , il ne mel'urera point l'année par le cours du ioleil, les mois par les révolutions de la lune. Ce ne peut être que l'ou- vrage de plufieurs ficelés. Et avant que l'on fonge à ces inftiru- tions, combien de liccles ne faut-il pas pour que dans l'état de lociété de nouveaux befoins fe faflent Icntir, pour que le beloin commande à l'induftrie, pour quel'induftries'étende, queles arts de première néceflité s'établiflentj&l qu'après avoir fatistait tous les befoins , cette induftrie , libre de prendre un nouvel elTor, puilTe s'appliquer à des chofes de pure curiofité! Si l'état de fo- ciéré a toujours exigé quelque mefurc du tems , la première chronologie ne fut que le calcul des jours , &C enfuite des nou- velles lunes accumulées. Ces calculs des jours &C des lunes , l'attention même ad rerour des phafcs , pour acquérir quelque notion des tems écoulés , ne font point encore l'Aftronomie, Mais la connoiflance du mouvement du foleil, qui n'a pu être acquife que par une étude réfléchie & de longues obfervations , l'invention de la fphere , qui eft le réfultat de plufieurs inven- tions, appartiennent à une fcicnce déjà fondée, 6c depuis long- tems cultivée. Nous avons vu que chez tous les peuples , les tems anciens , marqués par des fables èc par des nombres pro- digieux d'années, peuvent fe réduire à l'intervalle qui fépare deux époques mémorables, celle de la création & celle du déluge (a). On eft endroit d'en conclure que des hommes, ifTus de la même

(a) Suprà §. 6.

,8 HISTOIRE

fouche, partis d'un centre commun placé dansTAfic, ont em- porté avec eux la mémoire de ces premiers tems , celle du nombre des différentes révolutions par lefquclles une Aftro- iiomie perfe£lionnée régloit la chronologie, 6c qu'cnfuite établis dans différentes contrées de la terre , ils ont tous commencé leur hiftoire par celle de leurs ancêtres communs.

§. X I I.

Les inftituteurs des connoiffances aftronomiqucs , chez les différcns peuples , ont donc des ancêtres communs qui pa- roiffent être les vrais auteurs de ces connoiflances. Si vers 3000 ans avant notre ère on trouve par - tout des veftiges de l'Aftronomie , c'eft l'époque du tems oii fon règne a re- commencé. Nous avons les plus fortes raifons de croire qu'elle a été cultivée très - longtems auparavant , enfuite oubliée &C perdue fur la terre.

Quand on confidere avec attention l'état de l'Aftronomie dans la Chaldée, dans l'Inde & à la Chine, on y trouve plutôt LES DÉBRIS QUE LES ÉlÉmens d'une SCIENCE ; ccfontdcs métho- des afféz exactes pour le calcul des éclipfes qui ne font que des pratiques aveugles , fans nulle idée des principes de ces mé- thodes , ni des caufes des phénomènes ; certains élémens affea bien connus , tandis que d'autres aulîi effentiels , aulTi fimples , font , ou inconnus , ou groffiereme'nt déterminés ; une foule d'ob- fervations qui reftent, pendant des fiecles, fans ufage & fans réfultats. Comment concevoir que des peuples, inventeurs de l'Aftronomie , n'ayent pas iu la perfectionner dans la durée d'une longue exiftence. S'il eft des peuples auffi incapables de marcher que d'entrer dans la carrière des fciences , celui qui y cfl entré une fois par le mouvement qu'il s'eft imprimé à lui- même , perdra - 1 - il ce mouvement , &: peut - il s'arrêter à j amais ?

DE L' A S T R O N O M I E. 19

L'invention & les progrès des fciences font de la même nature. Ces progrès ne font que l'invention renouvelée , une fuite de vues femblables , & peut - être d'efforts à - peu - près égaux. Pourquoi donc les Indiens, mais fur- tout les Chinois 6c les Chaldéens ont-ils fait faire fi peu de pasàl'Aftronomie, pendant un fl grand nombre de fiecles ? C'efl: que ces peuples ont été fans génie , c'eft qu'ils ont eu la même indolence pour les dé- couvertes que pour les conquêtes, c'eft qu'ils n'ont point inventé la fcience. Elle eft l'ouvrage d'un peuple antérieur , qui avoir fait fans doute en ce genre des progrès, dont nous ignorons la plus grande partie. Ce peuple a été détruit par une grande ré- volution. Quelques-unes de fes découvertes, de fes méthodes, des périodes qu'il avoit inventées , fe font confervées dans la mémoire des individus dilpcrfés. Mais elles fe lont conlervées par des notions vagues 6c confufes , par une connoiflance des ufages , plutôt que des principes. On a porté ces reftes d'une fcience démembrée à la Cliine , aux Indes , dans la Chal- dée ; on les a livrés à l'ignorance qui n'en a pas fu profiter. On a dit qu'il falloit obferver les aftres , & des Chinois & des Chaldéens les ont obfervés pendant des milliers d'années! Leur confbince , leur affiduité a été encouragée par l'aftrologie qui leur fut en même tems communiquée , & qui convient bien mieux à l'ignorance. Mais ils ont pratiqué des méthodes qu'ils n'entendoient pas. Ils ont fuivi les obfervations fans prefquç chercher l'ufage qu'on en pouvoit faire.

%. X l l L

Cette conjecture fe changera en certitude , fi l'on confidere qu'il nous rcfte des connoiffances aftronomiques très -exactes , qui ne peuvent avoir appartenu qu'aux tems les plus anciens, Sc qui fuppofent une Aftronomie perfectionnée. La première de

20 HISTOIRE

ces connoiflances eft le Sare chaldéeii de 2 1 5 mois lunaires , qui ramené les conjondions dvi foleil èc de la lune , à la même diftance du nœud & de l'apogée (*) de cette planète, 6c prcfque au même point du ciel. La féconde eft.la période de 600 ans, période luni-folaire, que Dominique Caflini a trouvé li cxacle, &: dont Jofeph attribue la découverte aux Patriarches. On peut y ajouter la divifion du zodiaque, qui eft fi ancienne qu'elle doit avoir précédé le déluge.

Si l'on nous demande comment ces connoiflances fe Ibnc eonfervées &: ont été tranfmifes à la poftérité, nous répondrons que les colonnes chargées de caractères hiérogliphiqucs , font les dépots qui ont furvécu au déluge. Ces monumens des antiques habitans de la terre , étoient fans doute très-nombreux dans l'Alie. C'cft dans cette partie du monde , la plus ancien- nement peuplée , que durent fe trouver les originaux. Les co- lonnes d'Egypte, Thoth grava les principes des fciences, ne font que des copies qui font devenues des originaux, quand les véritables ont été oubliés.

Abydene , Alexandre Polyhiftor racontent d'après Berofe , que leXifutkrus des orientaux, qui eft évidemment le même que Noé, duquel ils ont altéré l'hiftoire, enterra dans la ville du So- leil , appelée aufll Si/paris , tout ce qui étoit écrit : c'eft-à- dire , les faits de l'hiftoire &; les principes desYciences. Ces mé- moires furent enfuite retrouvés lorfque le déluge eut cefTé. Les premiers hommes n'écrivoient que fur la pierre, &i cette cfpece de manufcrits a réfifter aux eaux du déluge.

(*) Les nœuJç de l'orbire d'une planète elle eft le plus éloignée de Fa terre: font les points cette orbite ccupe l'éclip- le périgée eft le point d'elle en eft b plus tiijue 5 l'apogée eft le point de cette orbite, près.

DE L' A S T R O N O AI I E. 21

Ç. X I V.

C E n'crt: pas trop de fuppofcr 1500 ans pour rétablincmcne des deux périodes, dont nous venons de parler. Il a fallu voir s'écouler au moins deux périodes de 600 ans. Avant les obfcr- vacions allîdues,il faut des connoiiTances aftronomiques établies & cultivées. Il eft nécefl'aire d'avoir réfléchi fur le fpeclacle du ciel , longtems fuivi les phénomèncsdu mouvement diurne , diftingué les planetres , 6c: reconnu le mouvement qui leur eft propre. Quoique ces remarques femblent fe fuivre allez natu- rellement dans l'ordre des idées , la nature des progrès de l'efprit humain féparc ces remarques par de longs intervalles. Nos laboureurs , nos bergers font aujourd'hui ce qu'ont été les premiers hommes ; que de rems ne faudroir - il pas pour qu'il fe formât parmi eux un aftronôme qui tentât des obfervations, &c des afbronomes qui fuccédaffent à celui-ci. Il eft vrai qu'il leur manque un aiguillon , celui de la néceiïîté. Le calendrier les difpenfe de l'Aftronomie; ils favcnt les travaux propres à chaque faifon , & prefqu'à chaque jour de l'année. Quand il n'y avoit pas d'autre almanach, d'autre règle que l'ob- fervation du cours du foleil, il falloir reconnoître les étoiles qui fe dégagent de fes rayons, ou qui veut s'y plonger; phénomènes qui dépendent du mouvement du foleil. Mais combien n'a-t-il pas fallu de f ecles pour foupçonncr feulement que cet aftre fe mouvoit d'occident en orient ? Quand ce mouvement a été dé- couvert, combien de fiecles pour le mefurer? Que de difficultés, quand on penfe que cespremiers hommes n'étoient aidés d'aucua inftrumenc ; ou bien ce font de nouveaux fieclcs qu'il faut ad- mettre pour l'invention de ces inftrumens , èc pour leur appli- cation à l'ufage de la fcience! Quand on penfe que ces peuples étoient nomades . les familles ifolées, qu'il y avoit peu de com-

Il HISTOIRE DE L'ASTRONOMIE.

mercc pour les befoins , Se par conféquenc pour les idées ; que les dépôts, les regiftres étoient des pierres , livres aiïez durables fans doute , mais qui ne fe tranfportoient pas dans les courfes d'une vie errante £c paftorale ! Il falloir que chaque homme fe fulfît à lui - même , que de longues années fuppléaflent au retardement des progrès fufpendus à chaque génération , 5c que le génie luttant contre toutes ces difficultés , fît à chaque pas autant d'efl'orts qu'il en fait de nos jours pour les plus fublimcs découvertes. Nous fommes donc bien fondés à penlerque l'Aftro- nomie a été cultivée plus de i 500 ans avant le déluge , &, qu'elle a aujourd'hui plus de 7000 ans d'exiftence. Nous nous fommes attachés à difcuter cette antiquité , parce que la queftion en eft intércflante. C'cft le premier objet de curiofité de celui qui lit l'hiftoire de l'Aftronomie , & cette difcuffion fait partie de l'hiftoire même. La fcicnce femble devenir plus refpecStable , quand on la voit cultivée 3000 ans avant notre ère, chez les cinq plus anciens peuples de la terre; quand on en fuit les traces au-delà du déluge, Se qu'on la trouve prefque dans le berceau du monde.

Voilà le long efpace que nous avons à parcourir pour def^ cendre au tems nous vivons , pour atteindre au degré de perfection nous avons porté l'Aftronomie. Mais avant d'entrer dans cette carrière , nous croyons utile de chercher le fil des idées des inventeurs , quels qu'ils foient , de montrer comment elles ont pu s'enchaîner , & de mettre fous les yeux du le(fleur le tableau de la marche & du développement de l'efprit humain «dans les premières découvertes aftronomiques.

HISTOIRE

DE r ASTRONOMIE ANCIENNE.

LIVRE SECOND.

Du développement des premières découvertes Ajironomiques.

§. PREMIER.

•a"

il L n'y a perfonne qui n'ait été frappé de la beauté du fpec-

tacle de la nuit. La vue, encore fatiguée delà lumière du jour, erre fur la voûte célefte , 6c s'y repofe avec complaifance ; un azur fombre fert à faire briller davantage les diamans qui y font attachés ; ces étoiles différentes par leur éclat : les unes étince- lantes , les autres femblables à des points brillans , mais com- penfant par leur multitude ce qu'elles fcmblent perdre en o-ran- deur ; cette zone un peu lumineufe qui embrafTe le ciel 6c le partage; cet aftre de la nuit qui , variant (es apparences , oiFre tantôt un croiffant, tantôt un globe radieux & plein, dont la lu- mière douce & argentée éclaire les yeux fans les fatiguer; globe qui, pour la grandeur 6c pour l'éclat, peut feul être comparé au folcil , qui s'avance comme lui avec majcfté , 6c fait difparoître la multitude des aftres,en permettant, feulement aux plus confidé-

24 HISTOIRE

rablcs. Je briller à coté de lui. Tel cfb le fpe(£laclc qne préfcntc la iiuic , jufqu'à ce que rorlcnt venant à le colorer , le folcil , déjà annoncé par l'éclat du jour , fe montre à l'horifon. Tout les aftres difparoiflent à fon afpecl:, il emplit feul le ciel entier; il le traverfe en éclairant, en échauffant la terre, &c il defccnd vers l'horiibn oli il termine fa courfe , en rendant à l'homme le fpecftaclc de la nuit. Tant de régularité , tant de maç^nificcncc unie à tant de fimplicité, excite l'admiration des cfprits les plus froids ôc les moins leniîbles.

§. I I.

E phénomène du mouvement duloleil d'oricnten occident, fut le premier connu. On ne tarda pas à y joindre la connoiffancc du mouvement général des aftres dans le même fcns. Tous fe montrent à l'orient , aux points de l'horilon oii la nuit fe levé. Ils s'accompagnent, marchent d'un mouvement égal , s'élèvent comme le foleil en traverfant le ciel , Se vont comme lui fe plonger ious l'horilon. La première idée tut de regarder le ciel comme un vafte pavillon tendu fur une Tuperticie plate; (*) enfuite comme une calotte hémifphérique , roulant fur elle - même , emportant avec foi tous les aftres qui y font femés, Se le foleil lui-même aflujetti à ce mouvement. Mais une grande queftion fut de deviner ce que le foleil devenoit pendant la nuit , Se les étoiles pendant le jour. Il fallut certainement beaucoup de tems pour la réfoudre; ôc comme tout eft proportionné aux circonf- tances Se aux moyens , ce fut un eiFort de génie. La chofe ne

(*) Selon M. Pluclie , les Orientaux tome IV , féconde j>an'ie , entr. 5. Cette donnoient à la terre le nom de Tebcl , d'où ctymologie eft vraifemblabie & curieufc ; nous eft venu celui de Table , parce que en mais M. Pluche n'a point dit dans quelles effet c'ctoit jadis un préju2;é univetfel , que langues ce mot fe trouve ; il fcroit à fou- la terre étoit une furface plane, terminée haitcr qu'il citât moins vaguement , & qu'il par un abimc d'eau. SpcilccU de la Nature j fît connoître mieux fcs autorités.

fut

DE L' A S T R O N O M I E. tj

fut même pleinement éclaircie que quand on eut reconnu la rondeur de la terre, de toutes parts enveloppée par le ciel. On fait que de grands philofophes penferent &: débitèrent féricufement que le foleil pafToit la nuit dans la mer, &; que les étoiles s'étei- gnoient le matin pour fe rallumer le foir. On difoit même qu'au moment du foleil couchant on cntendoit un certain bruit j comme la mer pécilloit, pendans que le foleil s'éceignoit en defccndant fous les eaux, {a) C'eft aux Grecs célèbres, c'cft à leurs aca- démies que font dues toutes ces inepties , dont nous ne nous occuperons point ici, iSc qui feront rapportées ailleurs.

§. III.

On s'apperçut bientôt que la lune avoir un mouvement particulier. Une nuit elle avoit paru près d'une étoile , la nuit fuivante elle s'en écoit éloignée. Il n'avoit pas été difficile de s'aflurer que les étoiles confcrvoient entre elles toujours la même diftance, & il fallut attribuer ce mouvement à la lune même. Ainfi la connoiflance d'un mouvement particulier d'occident en orient , fut ajoutée à celle du mouvement général d'orient en occident, & ce fut la première découverte en Agronomie.

Les phafes de la lune font un phénomène qui attira en même tems l'attention des premiers aftronômes; mais qui exerça bien davantage leur fagacité. On s'attacha d'abord à fuivre &: à étudier fes apparences, voilà les premières obfervations. Quand la lune commence à fe montrer , c'eft le foir , au coucher du foleil. Elle préfente la forme d'un croiflant, ou filet de lumière aflez délié &c courbé en cercle , dont la convexité regarde le foleil, tandis que les cornes font tournées vers l'orient. Bientôt ce croillant s'élargit , Se la lune plus éloignée du foleil , rcfte

(û) Strabon, Géogr. Lib. III. pag. 138.

i^ HISTOIRE

plus tard fur l'horifon. La partie éclairée s'augmentant infenfi- blement , elle préfente l'apparence d'un demi-difque. Alors elle occupe le milieu du ciel quand la nuit vient. Au bout de quatorze jours environ de fa première apparition , on la voit, à roppofite du foleil, fe lever lorfqu'il fe couche; mais pleine, comme un difque entièrement éclairé, qui ne peut plus ajouter à fon éclat; aufli va-t-il bientôt le perdre. Sa lumière s'efface du côté ou elle s'étoit d'abord montrée, èc diminue graduellement comme elle s'é- toit augmentée. La lune redevient fuccefrivcmcnt fembhible à un demi-difque, puis à un croiffant, toujours de plus en plus étroit, mais dont les cornes font tournées vers l'occident. La convexité de ce croiffant regarde encore le foleil que la lune précède alors, ne fe levant plus que peu de tems avant lui. Bientôt elle ne fe levé plus ; elle eft deux ou trois jours invifible, 6c elle ne reparoîç que pour reprendre les mêmes apparences.

On combina ces différens phénomènes, èc Ton remarqua que quand la lune avoit fa plus grande lumière, elle étoit oppofée au foleil; quand elle étoit près du foleil, fa partie éclairée étoit toujours tournée du côté de cet aftre. Il étoit naturel d'en con- clure que fon illumination dépcndoit du foleil, èc que fa lumière en étoit empruntée. Quant au corps même de la lune , fa rondeur n'étoit pas équivoque. Il falloit que ce corps fût un difque plat, ou un corps fphérique qui, vu de loin , a la même apparence. Mais un difque plat ne s'éclaireroit pas comme fait la lune; il s'éclaireroit d'abord tout entier, &: feulement d'une lumière plus foible par des rayons obliques , que par des rayons perpendiculaires. Tous les corps fphériques ont une de leurs moi- tiés éclairée, 6c en les regardant de face de de côté, on vit qu'on rendoit raifon de toutes les phafes de la lune. Il fut donc prouvé c[ue la lune étoit un corps rond & fphérique.

DE r ASTRONOMIE. ^7

§. I V. *"

Dss obfcrvateurs attentifs Se aflidus ne furent pas longtems à s'apperccvoir que le fpe^^acle du ciel n'étoit pas toujours le même. Au bout de fîx mois il eft prefque abfolument changé ; les étoiles qui fe levoient à une certaine heure , font alors près de le coucher , èc de nouvelles étoiles paroiiïcnt à l'orient. En y faifant journellement attention , on vit que toutes les étoiles fe levoient chaque jour plutôt que la veille, & qu'au bout d'un mois il y avoir deux heures de différence. Cette anticipation du lever des étoiles étoit l'efFet de quelque mouvement inconnu. On imagina d'abord fans doute que le firmament, le ciel étoile , outre le mouvement journalier autour de la terre d'orient en occident, avoit encore un mouvement plus lent 6c dans le même fens , par lequel les étoiles accéléroient leurs levers & leurs couchers. Mais que dcvenoient les étoiles invifibles pendant plufieurs mois , & d'où venoicnt les étoiles qui commençoient à fe montrer fur l'horifon. Quelques remarques accumulées par le tems applanirent ces difficultés. On voyoit que parmi les étoiles , il y en avoit quelques-unes , telles , par exemple , que celles de la grande ourfe , qui paroifToient tantôt à l'orient ôc à l'occident , tantôt au nord ôc au midi : d'autres étoiles ne pa- roifToient jamais au nord. On en inféra que les premières fai- foient une révolution entière. Mais pourquoi celles-ci auroicnt- elles eu une marche difFérente, &, pour ainfi dire, un privilège particulier? On s'appcrçutmême qu'il y avoit une certaine étoile qui ne changeoit pas fenilblement de place pendant tout le cours de la nuit. Elle étoit comme le centre du mouvement, &C les autres fembloient tourner autour d'elle; en conféquencc oa appela pôle le point qu'elle occupoit dans le ciel , & cette étoile prit le nom d'étoile polaire. Voilà donc une étoile immobile ,

Dij

f^at HISTOIRE

quelqiî^ unes qui font autour d'elle une révolution entière , tandis que la plupart n'en achèvent qu'une partie. Des Ipécu- lateurs plus profonds ofcrent fuivre ces étoiles au-delà même de leur apparition , Se fuppléer par l'imagination à la portion de leurs cours que la vue ne pouvoir atteindre. Le ciel devint une fphere entière, & comme pour le mouvoir, il falloir deux points fixes, on fuppofa , à l'exemple du pôle qu'on voyoit dans le ciel , un autre point fixe diamétralement oppofé , qui étoic fous la terre dans l'autre partie du ciel; &; la ligne qu'on imagina joindre ces deux points , autour de laquelle fe faifoit tout le mouvement diurne , fut appelée l'axe du monde.

On avoit encore remarqué que lorfqu'une nouvelle étoile Ce montroit, c'étoit toujours le matin:elle précédoit le jour, & il fembloit qu'elle quittât le foleil pour le devancer. Au contraire , quand elle cefloit de fe montrer , quand on la perdoit de vue , c'étoit toujours au coucher du foleil, ôc on pouvoir penfer qu'elle alloit le rejoindre. C'étoit donc la compagnie du foleil qui la faifoit difparoître , ôi c'étoit leur féparation qui lui permettoit de fe remontrer. Alors tout fut expliqué. Le foleil 6c les étoiles en difparoiirant à l'occident, paffbicnt par deflousla terre pour aller fe remontrer à l'orient. En outre, les étoiles &C le foleil avoient un mouvement par lequel ils lembloient d'abord fe fuir & s'é- loigner, enfuite le chercher &: fe rapprocher. On fe demanda Ci c'étoit au foleil ou aux étoiles qu'il devoit appartenir ? Il étoic plus fimple de faire mouvoir le foleil qu'une multitude d'étoiles, auxquelles il falloit fuppofer un mouvement égal. L'analogie vint encore éclairer fur ce point, &; le mouvement de la lune fit connoîti-e que celui-ci , qui lui étoit en tout femblable , ap- partenoit au foleil.

DE U A S T R O N O M I E. 29

§• V.

Celui qui découvrit la fphéricicé du ciel, èc le mou- vement du foleil , fît faire deux grands pas à l'Aftro- nomie. Ces connoiflanccs font la bafe de la fphere ; elles dc- barrafTerent l'Aftronomie d'une infinité d'erreurs 6c d'idées abfurdes. Relativement aux tems &: aux c^conftances , Copernic èc Kepler , en changeant le lyllêmc du monde 6c la forme des orbites planétaires, n'ont pas rendu un plus grand fervice à la fcience.

Toutes CCS confidérations fur les étoiles fervirent à conflatcr que le plus grand nombre étoit fixe dans le ciel, c'eft-à-dire , que malgré le mouvement général qui les entraînoit, elles con- lervoicnt les mêmes diftanccs & les mêmes configurations. Ce- pendant parmi celles qui , parleur éclat , attirent particulièrement les regards , 6c qu'on nomme de la première grandeur , on en diftingua trois qui changeoicnt de diftance à l'égard des autres. Elles avoient donc un mouvement propre ainfi que la lune ; chacune avoit fon mouvement dans la même direclion d'oc- cident en orient; mais toutes trois des vîtefles difii^érentes. Alors on établit une diftinclion de deux fortes d'étoiles; on nomma les unes étoiles fixes, parce qu'on les voyoit immobiles , 5c comme attachées au firmament; le^ autres étoiles errantes, ce lont celles que nous nommons planètes. Les trois premières connues font fans doute Mars , Jupiter & Saturne. Une étoile très- brillante qui paroiiToit quelquefois le foir , fut rangée aulii au nombre des planètes , parce qu'elle avoit un mouvement à l'égard des fixes. Mais l'étoile qui paroifloit le matin avant le lever du foleil , qui lui étoit femblable par l'éclat , 6c qui avoit comme elle un mouvement propre , dut être regardée d'abord comme une planète différente. On diftingua l'étoile du foir de l'étoile

30 HISTOIRE

du matin , Hefper de Lucifer; cependant elles étoient fem- blables par l'éclat, il étoit fi vifibleque l'étoile du matin achevoit la route qu'avoit commencée l'étoile du foir , que le tems & l'attention qu'on y apporta, firent rcconnoîtrc ces deux étoiles pour la même planète que nous nommons aujourd'hui Vénus. Une autre étoile, beaucoup plus petite, qui paroifToit également le matin 6c le foir, fut encore rangée au nombre des planètes. Ainfi les anciens furent en poflcffion de la connoifiance de fept planètes ; le Soleil , Mars , la Lune , Jupiter , Saturne , Venus & Mercure. Elles n'ont été reconnues que lucceffivement, peut- être après des ficelés : fur-tout Mercure qui eft prefque toujours plongé dans les rayons du foleil. Nous en réunifions ici les dé- couvertes, parce que les unes ont été la fource des autres, quoi- qu'elles aient été léparées par de grands intervalles de tems.

§. V I.

La fphéricité de la voûte célcfi:e étant connue , il fut afiez naturel de penfer que la terre étoit ronde bc Iphérique. Il étoit clair qu'elle étoit fufpendue au milieu de l'efpacc , puifque les aflres pafioient par dcilous. Le ciel que l'on croyoit folide , fembloit une enveloppe faite pour elle , & par conféqucnt ils dévoient avoir l'un cC l'autre la même forme. D'ailleurs les anciens toujours préoccupés de la prééminence des formes cir- culaires &: Iphériqucs (ur toutes les autres, durent les appliquer aux afl:res qu'ils croyoient formés d'une fubfi:ance divine, ou au moins deftinés au léjour des dieux & des génies. Ils y furent encore conduits par l'analogie. La lune en étoit un exemple , & devenoit une autorité pour ceux qui enfeignoient la fphéricité de la terre.

On croit communément que cette connoiflancc a pu naître dans les pays maritimes ou l'on voit diiparoître luccelfivemenc

DE L'ASTRONOMIE. yi

ïes difFérentes parties d'un vaiiîcau qui s'éloigne fur la mer. Mais la découverte de la rondeur de la terre cft fans doute bien an- térieure à l'invention des navires , du moins des navires aflez grands pour être apperçus de trèsdoin. D'ailleurs pour un pareil effet , & pour des tems groiliers, la conclufion nous paroît bien fubtile. L'oblervation, dont il s'agit , peut fervir aujourd'hui de preuve à la rondeur de la terre, fans avoir fervi à la faire con- noître. Au refte, la marche de l'cfprit humain cft fouvent tor- tueufc; il laiflc longtems une idée limplc qui eft fur fon chemin, pour en aller lailir d'autres plus lubtilcs & plus éloignées.

Une autre remarque démontra la rondeur de la terre; ce fut celle des nouvelles étoiles qui devenoient vifiblcs à ceux qui changeoient de latitude en allant du nord au midi, ou du rnidi au nord. Nous foupçonnons que les voyages n'ont fait que confirmer cette opinion, parce que les hommes attachés à leurs foyers , à leurs troupeaux , à la culture de leurs champs , ont exifté longtems avant de s'en écarter. On ne fortoit eueres de chez foi que pour fc battre ; encore ne fe battoit - on qu'avec ' fcs voilins. Il a fallu que le commerce ouvrît quelques commu- nications , que la guerre fe portât plus loin , & fur-tout que les philofophes 6c les obfervateurs voyageaflent, car les marchands & les gens de guerre s'arrêtent peu à confidérer les étoiles. Les philofophes remarquèrent qu'en allant vers le midi, des étoiles qu'ils ne connoiiroient pas s'élevoient fur l'horifon ; retournés chez eux, ils ne les voyoient plus. La vue de ces étoiles tenoic donc à une certaine pofition fur le globe. Il n'y avoir que la convexité & la rondeur de la terre qui pût produire cet effet.

§. VIL

L' Astronomie commençoit à devenir une fcience , elle pofTcdoit quelques notions juftes du fyftêrae du monde. On y

3 1 HISTOIRE

voie une idée des mouvemens des corps céleftes. Elle n'avoic été jufques-là qu'un fujct de curiofité ; clic parut bientôt applicable à des objets utiles , &: Tes progrès devinrent plus rapides , en raifon de ce que l'intérêt cft plus adlif que la curiofité. Un des premiers befoins de la fociété naiflante eft la mcfure du tems. Les hommes ont d'abord compté par des jours, quelques peuples fauvages de l'Amérique comptent encore par des loleils. Nous avons des preuves que les Chaldéens ont compté ainfi , &c qu'ils ont confervé cet ufage même après la conquête d'Alexandre , c'eft-à-dire, bien après l'établifTement des années de trois cens foixante-cinq jours. Les obfervations qu'ils faifoicnt , étoicnt gravées fur des briques. On peut croire qu'il y en avoit une pour chaque jour , èc que l'on calculoit le tems écoulé par le nombre de ces briques. Cette manière de compter ne parut pas commode dans l'ufage civil, parce que les jours en peu de tems devenoient trop nombreux. On voulut une révolution plus longue , Se le mouvement de la lune, à l'égard des étoiles, en offrit. une d'environ vingt-huit jours, (a) Les phîifes de cette plaiiéte indiquèrent une fubdivifion en quatre parties qui furent les fdmaines de fept jours. ("*^) M. Goguet (è) penfe qu'elles furent la première mefure du tems. Mais il eft évident qu'elles ne font que des iubdivifions , & d'une invention poftérieure à l'ufage des révolutions de la lune. Cependant comme le mou- vement de la lune, à l'égard des étoiles, demandoit des obfer- -vatîons, on préféra bientôt dans l'ufage civil le retour des phafes; on fe régla fur le mouvement de cette planète à l'égard du foleil, ôc l'on eut des mois de trente jours.

( * ) C'cft parce qu'on n'a pas fait attijii- maiucs de fcpt jours ne divilent pas exac- tion que 1.1 révolution de la lune à l'cgai'd renient un mois de vin^r neuf ou de rren:e des éroilcs, a été jadis en ufage pour la jours. Mais la divifion eft exacte à l'égard de mefure du tems, qu'on a liéflté fi l'on de-, la révolution lîdérale de lalune de 18 jours. voit regarder les femaines comme une fub- (a) Éclaire. Liv. I, §. 11. divifion du mois lunaire. En cftec. d;s fe- (A) Goguet, T. I, page 117.

u

DE L' ASTRONOMIE. 55

La iicoménic , ou la fête qui fc célébroic chez prefque tous les peuples au tcms de la nouvelle lune , cft une preuve qu'ils étoienc atcencits à fliifir fon retour. Ils y ont ajouté des fêtes pat différens motifs. Ces fêtes n'ont peut-être été établies que pour que l'obfervation n'en fût pas négligée. Mais quand le mou- vement du foleil fut connu , on vit qu'il s'écouloit un intervalle bien plus long entre le moment une étoile fe dégageoit le matin des rayons du lolcil , jufqu'au moment après s'y être replongée, elle s'en dégageoit de nouveau. (*) On appela cet intervalle la révolution folaire, &C Ton compta par des années.

Plufîeurs peuples ont confervé longtems l'ufage de com- mencer leur année au lever ou au coucher de quelqu'étoilc brillance , comme Sirius ou les Pléiades, (a) Cependant comme le mouvement du foleil ne fut pas mefuré aulli-rot qu'apperçu , on chercha feulement à en approcher. C'eft ce qu'on fie en réu- nilTanc douze lunaifons qui s'écouloient dans une révolution du foleil, pour en compolcr une année lunaire. Quoique les mois eulTent été primitivement de trente jours , cette annéenefutquc de trois cens cinquante-quatre jours , parce qu'on ne tarda pas à rectifier, par l'obfervation de la néoménie, ce que la longueur des mois avoit de trop , ( ** ) ôc on les établit alternativement de vingt-neuf & de trente jours , pour fatisfaire à la révolution de la lune qui eft de vingt -neuf jours 6c demi environ. Cette année fubfifta longtems chez les peuples dont le genre de vie ne per- mettoit pas d'acquérir des connoiffances plus exactes. Elle fuffit

( * ) Lorlqu'uneétoileparoîtle matin vers nomcncs t)ue nous aurons en vue , lorfcjuc

rorient, un mitant avant le lever du foleil, dans la fuite nous parlerons des levers Se

ou le foir vers l'occident, un inftant après des couchers des évoiles.

fon coucher, on dit qu'elle fe levé ou fe (**) Dans les premiers tems on ne comp-

couche héliacjucment. Ces levers & ces cou- toit le commencement du mois que du jour

chers héliaqucs régloient les travaux de la cii la lune paroilî^it. Cicer. in Verrem,

campagne. Les anciens étoient attentifs à L;/'. II. Quinte-Cur.ce. Lié. yill ,%. g,

ks obfcrver 5 & c'eft cette cfrecc de phé- {a) Ccnforin. i^c die r.atali , en.

E

34 HISTOIRE.

avix befoins de ceux qui , comme les anciens Arabes Se les Tar tares , ne vivent que de la chair & du lait des animaux. Les Arabes nomades &C les Tartares s'en fervent encore aujourd'hui. En eflet, cette forme d'année eft très-commode pour les peuples qui vivent ainfi. L'obfervation de la pleine lune, qui eft un figne vifîble &C facile à iiiifir , les difpenfe de tout foin du calendrier.

§. VIII.

Dans les premiers commencemens de la fociété , tous les hommes n'avoient été que chaflcurs ou pafteurs. Quand leur nombre fut augmenté , ils furent forcés d'avoir recours à l'agri- culture. Les animaux n'auroient pas fuffi à les nourrir. Alors il fallut connoître & prévoir le retour des faifons. L'agriculture exigea des obfervations. On avoit remarqué que la végétation des plantes & des arbres , la maturité des fruits 6c des grains déoendoient de l'aclion ou de la préfence plus ou moins longue du foleil fur l'horifon. Vers le tems oii les jours deviennent égaux aux nuits , la verdure rcparoît; par conféquentla culture de la terre doit précéder cette époque. Quand les jours font les plus longs, c'eft le tems des récoltes; elles fefont fucceflivement jufqu'à ce que les nuits redeviennent égales aux jours. Cette iaifon eft celle des labours èc des iemailles , jufqu'aux nuits les plus longues qui amènent le tems de l'inailion Se du repos pour l'homme Se pour la nature.

Ces intervalles furent diftingués Se nommés faifons. Ce fut alors fans doute que l'année de trois cens foixante jours s'éta- blit; & comme on avoit remarqué que, pendant le cours de l'année Se des faifons , tous les jours de nouvelles étoiles fe dé- gageoient le matin des rayons du foleil ; on choifit les plus brillantes comme celles qui feroicnt vues le plus facilement dans le crépufcule , Se on les regarda comme des fignaux qui aver-

DE L'ASTRONOMIE. 35

tlfloicnt des tems & de la faifon propre à chacun des travawtx de la campagne. Il ne s'agiffbit plus que de lier les obfcrvations agronomiques aux obfcrvations du ciel : c'cft ainfi que les pre- miers agriculteurs furent nëceflairement aftronômes. Quand on eut déterminé les étoiles propres aux différentes indications , chacun veilla de fon coté pour faifir le moment de leur appa- rition. Ce ne fut que longtems après, lorfque les hommes dans une fociété plus nombreufe, fc furent partagés les travaux, qu'il y eut des hommes chargés particulièrement de ce foin , Icfquels du haut d'une tour, comme en Chaldée, obfervoient les étoiles qui paroilîoient à l'horifon, èc comme en Egypte, les annon- çoient au peuple par des fignes hiérogliphiques.

§. I X.

L'année de trois cens foixante jours ne fut fans doute pas longtems en ufage ; en moins de trente-cinq ans l'ordre des fiiilons eût été abfolument renverfé, &; l'hiver feroit tombé dans les mois oia tomboit l'été auparavant. On y aura remédié d'abord par des mois intercalaires. On aura enfuite cherché à connoître plus exactement la révolution du foleil. On y fera parvenu par différens moyens, ou par le retour du lever héliaque de la même étoile, ou par le tems la hauteur méridienne du foleil revient la même ; ce qui eft marqué par le gnomon: ou plutôt, comme M. Goguet le conjecture avec beaucoup de vrailemblance , par les points de l'horifon le foleil fe levé & fe couche. « Il me »' paroît aifez probable, dit-il, que la longueur de l'année aura » pu être déterminée originairement par l'obfervation du lever « èc du coucher du folei! , à certains points de l'horifon fenfible. » Les premiers hommes pafloient une grande partie de leur » vie dans les champs. Vers le tems des équinoxcs ils auront » pu remarquer un arbre , un rocher , un monticule , derrière

'3^ HISTOIRE

»3 lequel ils voyoient pointer le foleil , un tel jour d'un tel moiV » Le lendemain ils auront vu cet aftre fe coucher ou ic lever » afTez loin de cet endroit, attendu qu'au tems des équinoxes « la déclinaifon du foleil change fenfîblement d'un jour à 3> l'autre. Six mois après , ils auront vu le foleil revenir à ce » même point , &l au bout de douze mois il y fera encore re- » venu. Cette manière de fixer l'année eft aflez cxacfle, 6c en « même tems eft fort (impie. . . . Chacun eft en état de faire une M pareille obfervation; mais j'avoue qu'on n'en trouve aucune " trace dans l'hiftoire [a). Olaus Rudbcck nous apprend que les anciens Suédois régloient par ces obfervations la longueur de leur année (é). D'ailleurs M'' Goguet ne connoifloit pas fans doute un paflage de Simplicius {c) qui dit exprefTément que ce font les différens points de l'horifon le foleil fe couche l'été & l'hiver , qui ont fait appercevoir fon mouvement. Mais M. Goguet n'a pas fenti toute la fécondité de cette idée. Elle ex- plique comment les hommes ont pu partager l'année en auatre parties égales , fans avoir recours à l'obfervation des folftices & des équinoxes, par les hauteurs méridiennes du foleil; m.éthode qui a pafler longrems la portée de leurs connoiflanccs. Elle explique encore très-bien comment quelques Peuples ont eu des années de trois & de fix mois(^) , dont il auroit été difficile de fixer autrement le terme &; la durée. On voit même par ce que dit Cenforin , que les Cariens &c les Acarnanicns comptoient leur année d'un équinoxe à l'autre; caralternativcmentles jours croifToient pendant une année, & décroifloient pendant la fui- vantc.

(a) Goguet , Tom. I , p ni. (t) Simplicius , de calo, Lib. Il, Com. 46.

{i>) Atlandca, Tom. I , c. j. (d) Cenforin. c. i^.

DE L'ASTRONOMIE. ^7

§. X.

En adoptant la révolution du io\cï\ pour la mcfure du tcms , lanéceiritë des iubdiviiîons fît confei-vcr les dcnx autres mefurcs, favoir, les mois Ôc les jours; mais ces fubdivifions n'étoient point exactes. La véritable longueur de l'année iolaireeft environ de trois cens foixante-cinq jours un quart. Elle renferme plus de douze âc moins de treize révolutions de la lune. Quelqu'un ima- gina de trouver un intervalle de tems qui renfermât un nombre de révolutions complètes de l'un &C de l'autre de ces aftres. Cet intervalle de tems écoulé, il arrivoit nécelliiirement que les ré- volutions recommençoient enfemble , les afpe£ts revenoient les mêmes, & fuccellivemcnt dans le même ordre. On s'y prit ou par l'obfervation , &: la voie en étoit fort longue ; ou par la connoiflTance du mouvement de ces aftres; mais cette manière étoit Tufceptible d'erreurs. De naquirent différentes périodes tantôt défe(£lueufes , tantôt meilleures, fuivant la connoiiïance plus ou moins exacte de ces mouvemens. Nous parlerons des tentatives qui furent faites à cet égard , en rendant compte de l'hiftoire de l'Aftronomie chez les difFérens peuples: mais chez tous , ce fut l'ouvrage de la patience èc des fiecles.

§. X I.

Des qu'il y eut dans une nation des hommes qui fe dévouèrent à l'Aftronomie, foit par le motif d'être utiles à leurs concitoyens, en annonçant l'apparition des étoiles, foitpar une curiofité digne d'éloges ; alors l'Aftronomie la pratique s'introduilît , com- mença à devenir un art , ôc les méditations purent produire quelques fruits , parce qu'elles furent fondées fur des faits. En examinant avec plus d'attention le mouvement journalier de tous Içs aftres , on remarqua q^ue le point de leur plus grande élé~

38 H I S T O I RE

vation partageoic en deux parties égales l'intervalle du lever au coucher. On découvrit que les points de la plus grande élévation de chacun de ces aftres , fe trouvoicntdans un cercle perpendicu- laire à l'horifon, paflant par le zenit & par le pblc du monde. Le foleil lui-même s'y.trouvoit également au tems de fa plus grande hauteur ; c'étoit le milieu de fa courfe ôc du jour. On nomma ce cercle , qui étoit purement fictif, le méridien.

§. XII.

L A plus grande hauteur des étoiles fur l'horilon cft toujours la même, mais il n'en eil: pas ainfi des planètes , &: lur-tout du foleil , dont l'élévation plus grande en été , fie plus petite en hiver , dut être bientôt remarquée. Il s'agillbit d'étudier les va- riations de CCS hauteurs du ioleil , & d'en connoitre les difFé- renccs , mais le moyen d'y parvenir manquoit à i'Aftronomie. Un homme de génie le trouva par la remarque fimple de l'ombre que le "foleil projette derrière les corps qu'il éclaire. Il obferva que cette ombre, s'acourciflant à melure que le foleil s'élevoit, étoit propre à montrer les progrès de la hauteur, & il produifit une révolution dans la fcience par l'invention du plus fimple. 6C du premier de tous les infi:rumens , le gnomon. Cet homme inconnu, qui n'en a pas moins de droit iur notre reconnoilîance, rendit deux grands fcrvices à I'Aftronomie; le premier par l'in- vention d'un inftrument qui donna lieu à des obfervations plus exactes ; le fécond par une méthode qui exigea des obfervations fuivies 6c qui- en établit l'ufage. Il fit conftruire fans doute une colonne , un pilier aflcz élevé, pour que l'ombre pût être grande Se les variations plus fenfibles. Il enfeigna qu'il falloit chaque jour marquer & mefurer la plus courte des ombres , & que la fuite de ces obfervations feroit connoître le mouvement du foleil de l'horifon vers le pôle. Ce mouvement de bas en haut ,

DE L' ASTRONOMIE. 39

& de haut en bas , s'arrêtoic éc cliangcoit deux fois l'année. On appela CCS changemcns converfwns , tropiques , &: les points ou le Iblcil s'arrêtoit avant de rebrouîTcr chemin , foljiices. Ils de- vinrent l'ctadc de bien des iiecles.

§. X I I I.

La première idée qui fc préfenta pour expliquer cette di- verllté des hauteurs du Iblcil , fut que cet aftre , outre le mou- vement particulier d'occident en orient , en avoit un qui le portoit de bas en haut. Se de haut en bas , tantôt l'approchant , tantôt l'éloignant du pôle. On avoit reconnu une variation pa- reille & encore plus fenfible dans les hauteurs de la lune. Ce- pendant l'admiliion de ces deux mouvemens faifoit quelque peine aux anciens philofophesqui avoient leurs préjugés, comme nous avons les nôtres, 6c qui, par hafard, comme cela nous eft arrivé plus d'une fois, tiroient des conclulions aflez juftcs d'une fuppoiiricn faullc. Le mouvement journalier d'orient en occident eft uniforme, & a lieu viflblcmcn^dans des cercles; ils en avoient conclu que le mouvement dans une ligne circulaire , &c l'uni- formité étoient les loix fondamentales de la nature. Ce n'eit pas qu'ils n'eufTent fous les yeux une infinité de mouvemens qui s'accomplillent en ligne droite, mais ils étoient bien loin de l'idée fublime de ramener les uns & les autres aux mêmes prin- cipes.. Les mouvemens céleftcs faifoient une clafle à part. Ils avoient quelque chofe de d;vin dont la marche circulaire 6c uniforme étoit un attribut. Cette marche paroiiToit aux anciens dip^ne de la limplicité de la caule première. Car cous les peuples ftudieux,& par conféquent éclairés, quelles que fuilent d'ailleurs leurs idées religieufes & méihaphyliqaes , leurs opinions fur la caufe productrice, intelligente ouieulcmenc active, ont coujouxs

4i HISTOIRE

été portes a croire que cette caiiie infiniment lage,ouinfinimertt puifTImte, n'agilToit que par les voies les plus uniformes £c les moins compliquées , joignant à la magnificence de l'ouvrage la {Implicite de l'exécution.

Or le mouvement à l'égard des pôles dérangeoit toutes ces idées. Premièrement, la fuppofition d'un corps qui obéit à deux mouvemens à la fois, n'étoit pas fimple; èc comment concevoir que ces deux mouvemens ne fe nuifilîent pas ? Secondement, le mouvement à l'égard des pôles n'étoit pas circulaire , ou du moins le foleil s'arrêtoit à une certaine diftance du pôle pour revenir fur Ces pas. Cette marche n'eft point uniforme. Les an- ciens , fans connoître les loix du mouvement , entrevoyoient bien que le mouvement ne pouvoit s'arrêter Se fe changer en un mouvement contraire fans quelque caule qui l'y forçât. Aulli les philofophcs grecs, fyftématiques à l'excès, gens toujours avides de raifonner, & d'expliquer ce qu'ils ne connoiflbient pas exac- tement , imagincrent-ils que l'air étoit plus épais èc plus con- denfé autour des pôles, &c que le foleil n'y pouvant pénétrer , étoit obligé de rebroufler chemin ? Dans la Chaldée & dans l'E- gypte on n'étoit pas fi prefl'é de découvrir les caufes , &; il y a apparence que l'on y étudioit mieux les effets. Enfin , le génie ou le halard , & peut-être tous les deux enfcmble amenèrent l'explication qui avoir été longtems defirée. On vit qu'en incli- nant la route du foleil à l'égard des pôles, on expîiqueroit toutes les apparences , 6c que le foleil n'auroit qu'un mouvement cir- culaire &: uniforme. On nomma depuis écliptique le cercle qu'il décrit ainfi dans fa courfe oblique. Cette fimplification fatisfit les anciens que genoient les deux mouvemens, à la fois imprimés au foleil &; à la lune. La découverte en fut célébrée comme elle dcvoit l'être. En parlant d'Anaximandre à qui les Grecs nouveaux dans cette fcicnce,ofoient attribuer cette découverte,

Pline

DE L'ASTRONOMIE. 41

Pline (a) dit qu'il avoit ouveic la carrière de l'AftrOnomic. En effet cette connoiffance eft le fondement de toutes les autres , & le pr<*iier pas néceflaire dans l'Aftronomie.

Alors plufieurs objets de recherches fe préfenterent^ l'efprit. On remarqua le cercle diurne que le foleil décrit, dans les deux failons de l'année, les jours lont égaux aux nuits. Ce cercle fut nommé Véquateur , loit par cette égalité des jours 6c des nuits , Toit par la connoilïance que tous les aftres , étoiles ou planètes qui s'y trouvent placés, demeurent fur l'horifon pré- cilément la moitié d'une révolution diurne, c'cft-à-dire , douze heures ; les points oi.i Téquateur coupe la route du foleil , re- tinrent le nom à'équinoxes.

L'équateur fut donc le fécond cercle de la Iphere. Les anciens fc tamiliariloient ainiî à imaginer des cercles ficbif-s dans le ciel , mais il éroit difficile que les yeux fuivUrent l'imagination pour en fixer la trace. On y parvint par une invention heureufe, ce fut celle des grands cercles de cuivre exactement dirigés dans le plan des cercles céleftes. On Icntit que , lorfque ces cercles feroient ainfi exactement dirigés & fixement placés , il feroit aifé de reconnoître les aftres qui fe trouvoient dans l'équateur , ou au-deffus, ou au-dcflous, 6c à chaque inftant ceux qui pafloient par le méridien. Il ne s'agifloit que de diriger le rayon vifuel dans le fens de la lurface d'un de ces cercles , & de le prolonger jufqu'à voûte du ciel. On drella donc perpendicu- lairement à l'horifon, du midi au nord, un cercle qu'on appela le méridien , parce qu'il étoit dans le plan du méridien céleftc. On y appliqua , Se à angles droits, un autre cercle qui tar nommé l'équateur. Le plus difficile fut d'orienter ce nouvel inftrument, c'eft-à-dire , de bien placer le cercle de cuivre vertical , dans le

(d> Pline, Lib. IL c. ï.

44 HISTOIRE

clan du méridien célefte. Mais puifque les anciens avoient re- connu que ce plan étoic celui les aftres parvcnoicnt à leur plus grande hauteur , il leur étoic aifé de bornoyer à quelt]ue belle étoile , fe de fixer l'inftrument au lieu & au moment elle cefTeroit de l'élever. Cette méthode n'cft pas bien exa£te ; ce- pendant telle qu'elle eft , nous croyons qu'elle auroit pu fuffirc à i'Aftronomie nailTante, 6c produire encore bien des découvertes. ' Mais nous avons lieu de penfer qu'ils ont pu faire ufage d'une méthode meilleure èc plus sûre , c'cft celle des hauteurs égales ayant &; après midi. Les anciens ont certainement connu qu'à diftances égales de part & d'autre du méridien , les hauteurs d'un même aftrc font égales. Ayant fixé quelque tems avanc midi la longueur cC la direiflion de l'ombre ; on attend que le Soleil ait paffe le méridien , & que l'ombre foit revenue à la même longueur ; alors on tire la ligne de direction de cette ombre qui forme un angle avec la direction de la première , èc la ligne qui partage cet angle en deux parties égales, eft dans le plan du méridien. Il eft d'autant plus vraifemblable que les anciens ont pu ufer de cette méthode, que fuivant le témoignage de M. le Gentil (a), de l'Académie des Icienccs, qui a fait un long féjour dans l'Inde , les Indiens l'ont confervée , &C s'en fervent encore pour orienter leurs temples &L leurs pyramides.

§. X I V.

Cet inftrumcnt mit dans le cas de faire une infinité d'ob-^ fervations. On marqua fur le méridien le point le Soleil s'é- Icve au folftice d'été ; on marqua également celui il def- cend au folftice d'hiver ; l'intervalle de ces deux points me- furoit le mouvement du Soleil à l'égard des pôles. Cet intervalle

(a) Mémoires de l'Académie des Sciences pour 177J,

DE r ASTRONOMIE. 43

ù trouva de huit parties du cercle , divifé en foixante parties fuivaiit l'ulage de ce tems ; & comme l'ëquateur partage ëgalemenc cet intervalle , l'obliquité de la route du i'oleil à l'égard de ce cercle, étoit de quatre parties, ou d'un quinzième de cercle, ou enfin de vingt-quatre de nos degrés. Cetinftrument par Ion équatcur divifoit le ciel en deux hëmirphcrcs, 6c il fervit à reconnoître les étoiles qui étoient boréales ou auftrales, à l'égard de ce cercle fixe auquel on pouvoir les rapporter. On avoir déjà donné des noms aux plus belles étoiles. Mais quand on voulue déterminer les lieux du ciel, 6c les étoiles par lelquelles -pafloitla route du folcil, on y fut auili embarrafle que pour le méridien ôc l'équateur. On eut recours au même expédient, ce fut d'ajouter à l'inftrument un nouveau cercle placé dans le plan de l'écliptiquc. Mais ce cercle ne pouvoir pas être fixe , parce que le mouvement diurne fe faifant autour des pôles de l'é- quateur , l'écliptiquc change à chaque inftant de pofition à l'égard de l'horifon & du méridien. Il fallut donc faire quelque changement à l'inftrument. On laiffa toujours le méridien fixe , mais on ajouta à l'équateur un nouveau cercle qui faifoit avec lui le même angle que l'écliptique; par les pôles &: par les points des équinoxes &. des folftices , on fit pafler deux autres grands cercles qu'on appela les colurcs des équinoxes & des folftices. Ces quatre cercles réunis &. enclavés dans le méridien furent rendus mobiles autour d'un axe dirigé aux deux pôles du monde, &. voilà le modèle de la fphere armillaire, & des armilles d'A- lexandrie. Soit que cette fphere , exécutée en grand , ait été faite à l'imitation d'une fphere plus petite Se portative , telle que celle d'Atlas &; de Chiron ; foit qu'au contraire cette fphere portative ait été conftruite d'après celle-ci qui ne fortoit point des obfervatoires,il cft certain que l'une ou l'autre de ces fpheres eft de la plus haute antiquité.

Fij

44 HISTOIRE

Voilà, fi l'on en croit l'hiftoire de la Chine, le point ou VAC- tronomie étoit parvenue zyoo ans avant l'ère chrétienne; & en Egypte , bien plus de -^ o o o ans avant la même époque , fi l'on en croit les conjectures & les calculs que nous avons pro- pofés dans le livre précédent.

§. X V.

A mefure que les inftrumens fe perfectionnent , leurs ufages s'étendent. Cette nouvelle fphere en ofFroit un grand nombre ; mais il falloit établir une correfpondance entre la fphere d'airain, & la fphere célefte, & alligner à quels points de celle-ci répon- doicnt les différens points de celle-là.

On chercha à fixer d'abord les points équinoxiaux & folfl:i- ciaux. Voici comment nous imaginons que l'on s'y prit. Dans le tems des nuits les plus longues, le jour du folfticc d'hiver, & au moment du coucher du foleil, on conduifit le point du folftice d'hiver de l'inftrument au point de l'horifon le foleil fe couchoit; & l'on reconnut les étoiles qui étoient à cent quatre -vingt degrés de diftance , èc qui par conféquent répon- doient au folftice d'été. De plus , comme les étoiles ne font vifibles à la vue fniiple que quelque tems après le coucher du foleil , &; qu'il n'étoit pas poOîblc de diriger alors l'infirumcnt à cet aftre qu'on ne voit plus, on s'aviia d'un autre expédient; on employa fins doute la lune pour faire une obfcrvation in- termédiaire. Ayant dirigé .ce point du folftice d'hiver , au lieu de l'horifon le foleil fe couchoit , on aura marqué a quel point de l'écliptique répondoit alors la lune : au!îi-tôt après le foleil couché , dès que les étoiles auront commencé à paroître , ce point ainfi marqué aura été dirigé de nouveau la lune; &c dans le même inftant on aura obfervé à quelles étoiles répon- doicnt 6c le folftice d'été , èc l'équinoxe du printems qui étoit

DE L'ASTRONOMIE. 45

alors fur l'horifon. On détermina en même tems à quels points de l'équatcur répondoient les plus belles étoiles , pour iervir de renlei2;nemens-, quand on voudroit connoître la pofition des autres étoiles. Se des deux points du folftice d'hiver ôc del'équinoxe d'automne. Ces points donnèrent un partage naturel de l'année , en quatre parties ou laifons. On y joignit les différens termes de l'année, indiques par le lever ou le coucher des étoiles; ou , pour mieux dire , on lia ces différens termes aux points des équinoxes ou des folftices que l'on regardoit comme fixes. On difoit ; Sirius le levé quatre jours après' le lolftice d'été , les Pléiades fe lèvent le jour même de l'équinoxe , 6cc. On mul- tiplia les obfervations du lever Se du coucher des étoiles , èc on compoia des calendriers qui fervoient de règle aux travaux de la campagne,

§. X V L

Quand l'écliprique ou la route du foleil tut connue, on s'apperçut que la lune 6c les autres planètes fuivoient à-pcu- près cette route , & ne s'en écartoicnt que de quelques degrés au delTus ou au dcflous. En coniéquence on forma une zone de icize degrés , dont l'écliptique occupoit le milieu , & qui fut nommée le ■{odiaqut. Le mouvement de la lune offrit un moyen facile de le diviler. Cette divifion a être la première, fuivant M. le Gentil (û), & cela paroît hors de doute, parce qu'on luit facilem.ent la marche de la lune, &: qu'en marquant chaque nuit les étoiles auxquelles cette planète répond, le zo- diaque fe trouve divifé en vingt-iept parties &; un tiers , d'où les uns ont fait vingt-fept conffellations , les autres vingt-huit. On ne peut pas luivre de même le iolcil dans fa route à travers

( a ) Mcmoites de l'Académie des Sciences , 1773*

4-tf. HISTOIRE

les ccoilcs. On ne s'apperçoit qu'il a changé de place, que par les étoiles qui fc dégagent le matin de Tes rayons , ou par celles qui le foir vont s'y plonger. Ces phénomènes dont on a déduit les circonftanccs du cours du foleil , ont exigé des combinai- fons Se des méditations ; l'oeil nu , lans le fecours d'aucun inftrumcnt , fuffii'oit à l'obrcrvation du mouvement de la lune 6c à la divilion du zodiaque qui nait de ce mouvement. Quand la révolution du foleil ôc la longueur de l'année furent connues , les douze mois offrirent une nouvelle divifion du zodiaque en douze parties.

Il étoit déjà partagé en quatre par les folftices ^ les équi-

noxcs. Il ne s'agilfoit plus que de divifer, au moyen de l'inftru-

ment, les intervalles en trois parties qui furent appelées yT^/z^j-.

Cette méthode de divifer le zodiaque nous paroît bien. plus

naturelle, & elle eft (iirement plus précife que celle que Sextus

Empiricus 6c Macrobe ont décrite ( a ). Mais au rcftc il eft pof-

fible que leur méthode, par la chute de l'eau , appartienne à une

Aftronomie plus ancienne, qui n'avoit pas des moyens fi exacls.

On delTma une figure qui renfermoit toutes les étoiles com-

prifes dans chacun de ces fignes. Cette figure &, les étoiles ainli

réunies s'appelèrent une conjicllation. Ces figures ne furent

d'abord que des lignes tirées d'une étoile à l'autre {b). Quand on

voulut leur impofcr des noms , ce furent des noms d'animaux ,

d'oîi la zone qui les renferme a tiré fon nom de zodiaque (c). On

peut conclure de cette étymologie que les fignes , qui font dé-

fignés aujourd'hui par des figures d'hommes , ou d'une autre

efpece,font des changemens ou des inventions poftérieures. Les

douze fignes ont être tous marqués par des animaux ( d). Ce

(<j) Macrobe, Comment. Somn. Scip. c. 1 1 . (i) Eclaire. Liv. IX. ^ 5.

Sexe. Empir. adv. Math. Lib. V. n. j. (c) Dc l-siii- y petit animal.

Éclairciilemcns , Liv. IX, §. 14. \d) Éclaire. Liv. IX. § 34.

DE L' A S T R O N O M I E. 47

font fans doute les mêmes qui défignent encore dans l'Afie les années de la période de douze ans ; période qui cic dans toute cette partie du monde de la plus haute antiquité.

L'idée de dediner des figures pour clalTer les étoiles , fut étendue au rcfke du ciel. On le peupla d'animaux & de diffé- rentes figures; Mais nous croyons que l'on n'y a placé des hommes que lorfque l'aftrologie a prétendu que leur dcllinée étoit écrite dans le ciel. Il parut naturel de placer l'homme dans la plupart des régions céleftes qui avoienr tant d'empire fur lui. D'ailleurs l'aftrologie voulut déligner parles attributs, par l'at- titude des hommes qu'elle y deilinoit , les inHuenccs que telle ou telle conftellationpouvoit répandre, &c les inclinations qu'elle devoit inlpirer aux individus naiffans. Ces figures d'hommes furent d'abord fans nom (a); c'cfl dans des tems plus modernes que la vanité des Grecs a fongé à faire dans le ciel l'apothéofe de fes héros , £c à conlacrer dans ce livre éternel leurs noms 1 ■la poftérité.

§. XVII.

La méthode de défigner le tems des équinoxes ôc des folC- tices, par le lever ou le coucher de quelque belle étoile, conduifîc à une découverte importante. Les tem.s des folftices 6c des équinoxes étoient encore obfervés , foit par certains points connus de l'horifon le foleil devoit alors fc lever & fe cou- cher , foit par la longueur de l'ombre à midi. Les anciens avoient lié ces différentes remarques ; ils avoienr reconnu , par exemple , que le lever de quelque belle étoile annonçant le folflice d'été, le foleil devoit le lever à tel point de l'horifon, £c. que l'ombre à midi devoit avoir une certaine longueur dé-

(û) ÉciaiiçiJrçmçus , Livre IX. §. i£,i

4S HISTOIRE

terminée. En répétant avec aiïîduité chaque année ces diverfes obfervations , on s'apperçut après des fieclcs qu'elles ne coin- cidoicnt plus. Lorfque l'étoile parolfloit, le foleil ne fe levoit plus au même point , èc l'ombre plus longue n'avoit plus la mefure prefcrite. Ce dernier caractère appartient (1 vifiblemenc au folftice que l'on fut forcé d'en conclure que l'étoile avoit changé de place dans le ciel. Le cercle écliptique de cuivre di- vifé, &C la fphere que nous avons décrite, fournirent les moyens de conftater cette découverte. On s'en étoit fcrvi pour fixer dans le ciel étoile le lieu des points équinoxiaux ôc folfticiaux. On s'apperçut que les étoiles ne répoiidoient plus aux mêmes points de ce cercle, ôc qu'elles fembloient s'avancer lentement le long de l'écliptique. Les. étoiles, que l'on avoit cru fixes, avoienc donc un mouvement. Mais comme ce mouvement étoit gé- néral , qu'il étoit le même pour toutes les étoiles, & qu'elles gar-doient le même ordre 6c les mêmes configurations entre elles , tant d'uniformité ne pouvoir être l'effet de mouVemens particuliers ; & ce mouvement général 6c uniforme parut appartenir à la voûte même les étoilesi étoicnt attachées. Les anciens en firent une fphere fous le nom de premier moéi/e ^ laquelle , outre le mouvement journalier qui entraîne tous les aftres de l'orient vers l'occident , en avoit un autre contraire 6c très-lent de l'occident vers l'orient, &r les étoiles conferverent le privilège d'être les feuls aftres fixes (*) fous la voûte du ciel.

§. X V I I L

La connoiiïance des quatre points des équinoxes &c des

(*) Il eft encore d'ufage d'appeler mo^- foleil, cjuoicju'on fâche très-bien aujour-

vement des étoiles en longitude , progrejfion d'hiii c|ue c'eft la tcne qui fc meut. Ces

des fixes, le niouv.;mcnt par lequel les cxprelTions qui n'induifcnt point en enei^r ,

étoiles femblent s'éloigner des points équi- quand on eft prévenu , font plus abrégées

noxiaux, comme ou dit le mouvement du. & plus commode?,

folftices ,

DE L' ASTRONOMIE. 4^

folftices, donna lieu de remarquer que le foleil n'en parcouroit.

pas également les quatre intervalles. L'aftrc qui règle les fai- fons , le père de la nature de le feigneur du ciel , avoit donc une marche inégale ! Cette circonftance ne le fit point déchoir de fa divinité , il n'en garda pas moins l'intelligence qui pré- fîdoit à fa courfe. Les anciens , plus curieux des faits que des explications, ne femblcnt pas avoir cherché la caufe de cette inégalité , ni la manière de la concilier avec l'uniformité des mouvcmens circulaires , qu'ils regardoient comme un principe général & conll:ant. Soumis à l'évidence autant qu'attachés aux idées de leurs ancêtres , ils conferverent le préjugé parce qu'il étoit antique , & ils admirent la vérité parce qu'elle étoit démontrée. Cette découverte fut confirmée par une iné- galité pareille dans le retour des phafes de la lune. On avoit été de tout tcms attentif à ces phafes , tant pour la mcfure du tems &: la célébration des fêtes , qu'on y avoit attachées , que dans la crainte fuperftiticufc des éclipfes , qui avoient depuis long- tems fixé l'attention des hommes. Nous fommes ici forcés de remonter pour reprendre le fil des idées.

Les éclipfes , lur - tout les éclipfes de foleil ont d'abord répandu la terreur. La perte de la lumière fembloit annoncer l'extinction de la nature, & fi nous fommes en droit de taxer d'ignorance Se de ftupidité les peuples de la terre que ces frayeurs tourmentent encore, il y auroit de l'injufticsà ne pas convenir que les premières éclipfes ont faire cette impref- fion terrible. Il a fallu qu'elles fe foient affez répétées pour convaincre par le fait qu'elles n'avoient aucunes fuites fu- neftes , &c pour taire remarquer dans leurs retours un ordre , une fucceffion qui les rangeât au nombre des phénomènes na- turels. Les Chaldéens , qui veilloicnt fans relâche à l'étude du «iel , ôl dont les aftronômes fe relevoient fucceflîvement comme

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yo HISTOIRE

des fentinelles , durent laifTer cchaper bien peu d'ècWipCçs. Oti en chercha d'abord la caufc. Celle des ëclipfcs de folcil fut lans doute trouvée la première. Dès que ce phénomène avoit une caufe naturelle , il étoit aifé de comprendre qu'il n'y avoit qu'un corps opaque qui pt't intercepter ainfi les rayons du foleil. Comme on avoit reconnu que la lune étoit un corps opaque , n'ayant d'autre lumière que celle qu'il reçoit du folcil; comme on avoit vu la lune s'approcher de cet aftre,fe perdre dans fes rayons peu de tems avant l'éclipfe , &: s'en dégager peu de tems après, on dut en conclure naturellement que la lune étoit l'obftacle qui nous déroboit la lumière du folcil, en tout ou en partie. Maisquel étoit le corps qui ôtoit à la lune même fa lumière , qui l'écliploit , lorfqu'oppofée au foleil elle étoit dans fon plus grand éclat ? On reconnoifloit bien l'effet d'une même cauic , le paflage d'un corps opaque qui lui enlevoit par degrés fa lumière , & qui la lui rendoit après un intervalle de tems plus ou moins long. Il y a des peuples qui ont créé des globes exprès pour leur donner la fonction d'éclipfcr le foleil Se la lune (a). Une réFiCxion fur un effet qu'on a tous les jours fous les yeux , en fit trouver la caufc. Tout corps éclairé jette une ombre derrière lui ; l'ombre de la terre devoit en confé- quencc être dirigée à l'oppofîte du foleil, &; la lune, qui tourne autour de la terre, devoit s'éclipfer en fe plongeant dans cette ombre, qui la privoit de la lumière du folcil. On fut donc en pofTefîion de la caufe des éclipfes de foleil £c de lune. L'obfer- vation des éclipfes de lune Se la connoiffance de leurs caufes confirmèrent une découverte déjà faite. On remarqua que l'ombre de la terre, vifible fur le difque éclairé de la lune, étoit ronde; cette obfervation affura qu'on ne s'étoit point trompé, en pcnfant que la terre étoit fphérique. Mais pourquoi la lune,

( û) Infrà, Livie IV ,§. 17.

DE L'ASTRONOMIE.

qui tous les mois paffe encre le folcil & la terre , qui tous les mois fe trouve éga IcmcriC à roppofite dufolcil. Se dans le voi- fmage de l'ombre de la terre , ne fait-elle pas chaque mois une éclipfe de foleil , èc ne loufFre-t-clle pas elle-même une éclipfe? Cette queftion étoit naturelle , elle dut fe préfenter d'abord , èc ce fut une difficulté qui fit peut-être balancer fur l'expli- cation que l'on venoit d'imaginer. On n'en obtint la lolution que lorlqu'on eut reconnu la latitude de la lune , ou la dif- tance à l'ëcliptique.

§. XIX.

Cette planète décrit un cercle incliné à l'ëcliptique. Se elle s'écarte quelquefois un peu plus de 5 degrés foit au nord , foit au midi de ce cercle. Puifque fa route eft inclinée , il s'enfuit qu'elle coupe l'écliptique en deux points. Ces deux points de l'orbite de la lune furent appelés les nœuds ; & l'on reconnut que les éclipfes n'avoicnt lieu que lorfque la lune fe trouvoic dans ces interfections , ou du moins lorfqu'elle n'en étoit pas éloignée. La route du foleil reçut en conféquence le nom d'é- cliptrque. C'eft ici que paroit démontrée la néceilité de là- fphere fixe &i armillaire que nous avons fuppofée plus haut. Car nous le demandons , comment les anciens auroient - ils connu que la lune s'écartoit de l'écliptique , s'ils n'avoient pas eu un cercle de cuivre toujours placé dans le plan de ce cercle célefte , &; auquel ils pulTent comparer la pofition de la lune dans le ciel? Comment auroicnt-ils découvert que les éclipies n'arrivoicnc jamais que près des interfecl;ions de l'orbite de la lune de de l'écliptique , ou dans ces interfeclions mêmes?

§. X X.

QuAN.D on eut reconnu que les éclipfes étoient des phé'

Gij

HISTOIRE

nomènes naturels qui revenoicnt plufieurs fois dans une année,' on fut cuiieuK de les obferver , & d'en conferver la mémoire , pour parvenir à connoître la règle de leurs retours. On apporta mêrne qi elqu' ittention dans cette efpece d'obfervations. On marqua k tems de la nuit ou du jour elles arrivoienr, la partie, foit boriale ou auftrale, de la lune éclipfée. On cftima quelquefois le rapport de cette partie éclipfée au difque de la lune , quand l'éclipfe n'étoit pas totale.

On s'attacha à obferver affidiiment la lune toutes les fois qu'elle étoit nouvelle ou pleine, afin de ne laifler échapper aucune éclipfe. C'eft par l'obfervation de ces phafcs qu'on avoit eu la première connoilTance de la révolution de la lune à l'égard du foleil.

§. XXL

Les anciens parvinrent à connoître plus exactement cette ré- volution, en mefurant chaque jour fur leur écliptique la diftance du foleil à la lune. Ces premières déterminations furent afFedlées fans doute de grandes erreurs; mais à mcfure que les révolutions s'accumuloient , les erreurs fe partageoient fur un plus grand nombre , & la détermination devenoit plus exa(iïe. En conti- nuant ces obfervations , avec une conftance qui n'a jamais ap- partenu qu'aux orientaux, ils s'apperçurent que les révolutions de la lune étoient tantôt plus longues èc tantôt plus courtes ; que l'intervalle même de la conjonClion à l'oppofition , n'étoit prefque jamais égal à une demi - révolution.

Ils déterminèrent la période de cette inégalité. Quelle que fut leur méthode , elle leur donnoit fins doute plus facilement le tems cette inégalité étoit la plus grande. Ainfi le tems cette inégalité revenoit une féconde fois la pins grande, leur indiqua la durée de cette période Ilç remarquèrent encore que

DE L'ASTRONOMIE. 53

les éclipfcs n'arrivoicnt pas aux mêmes points de l'écliptique; il s'cnfuivoit néccOairemcnc que ces points ou les nœuds avoient changé de place. Ces nœuds avoient donc un mou- vement , & par conféquent la période du retour de la lune •à un de ces nœuds n'ëtoit pas la même que celle du retour de la lune à un même point du zodiaque. Les anciens connu- rent cette période, qu'ils appelèrent la révolution de la lati- tude, comme ils avoient connu celle de l'inégalité , par leur conftance dans l'étude du ciel. Une longue iuite d'oblcrvations ieur fit trouver de grandes périodes dans {a) lerquclles la lune faifoit un nombre de révolutions entières, relativement à ioa inégalité , à Ton nœud & au foleil. Ils allèrent même julqu'à ramener la lune au même point du zodiaque , ou du moins jufqu'à déterminer le nombre de fes révolutions complettes -, &: combien il s'en talloit de degrés qu'elle n'atteignît à la fin de la période le point du zodiaque d'où elle étoit partie au com- mencement de la période : ce que ces anciens aftronômes n'auroient pu faire, s'ils n'avoient eu le cercle écliptique divifé que nous leur avons fuppolé, & auquel ils pouvoient rapporter chaque jour le mouvement de la lune. Le grand intervalle de ces obfervations, &; la longueur de ces périodes, leur donnoienc avec beaucoup d'exa£litude la durée de chacune de ces révolu- tions. Il en réfulte que la lune étoit de toutes les planètes celle dont ils connoifloient mieux le mouvement. Elle a été long- tems dans nos fiecles modernes cellei dont le mouvement étoic le moins connu. Sa théorie étoit plus aifée à ébaucher , parce que fes mouvemens font plus rapides; elle eft plus difficile à approfondir , parce que les variations &: les inégalités font plus confidérables ôc plus multipliées.

(d) Ir.frh, Liv. m. £claiiciirera;ns , Llv, IV. §. ^i.

54 HISTOIRE

§. XXI ï.

Entre ces périodes, on en trouva qui ramenoicnt les éclipfes de lune , de la même grandeur, aux mêmes points du ciel , 6c aux mêmes jours de l'année. On fc fervit de ces périodes pour prédire ces éclipfes. Quant aux éclipfes de foleil , on y re- marqua des bifarrerics qui firent déiclpérer de les alTujettir à aucune règle conftante. On ne trouva point de période qui les ramenât aux mêmes jours. C'étoit l'effet de la parallaxe qui ne fut connue que longtems après. Il y a apparence qu'on aban- donna l'obfervation de cette efpece d'éclipfes , car dans les éclipfes obfervées par les Chaldéens , que Ptolemée nous a tranfmifes , il n'y en a pas une feule de foleil. C'eft une perte que nous regretterions davantage, fi un plus grand nombre des unes & des autres nous étoit parvenu. La caulc de cette perte eft le préjugé que ces phénomènes ne fuivoient aucune rçglc conftante ; on conclut que l'obfervation en étoit inutile. Ce qui prouve que dans l'étude du ciel , & de la nature en général , nous ne devons rejeter aucune obfervation , ni aucune expé- rience. Le tems viendra elles feront utiles , 6c nous aurons femé pour la poftérité.

§. X X I I L

Quant aux autres planètes , leur apparence moins re- marquable , leur mouvement moins fenfible , durent y porter plus tard l'attention des oblervateurs. Les plus brillantes, Ju- piter , mars , fuPtnt fans doute obfervées les premières. On fuivit leur cours , èc l'on s'apperçut bientôt qu'il y avoit un tems de l'année leur mouvement fe rallentifloit, s'arrêroic entièrement, èc devenoit enfin rétrograde, jufqu'à ce que fc rallen'ciUant & s'arrêtant une féconde fois , il redevînt dircd.

DE L' A S T R O N O M I E. 55

On appelle ici direct le mouvement qui le fait crcccidcnt en orient, dans le même fens que celui du folcil £c de la lune. Le mouvement rétrograde cft celui qui a lieu en fcns con- traire. Les anciens voyant que ces apparences hilares ëtoicnc pé- riodiques &: annuelles, s'occupèrent à les obferver, en attendant qu'on eut allez de lumières pour les expliquer. Ils marquèrent donc avec foin l'inftant chaque année elles étoient ftatio- naires , 6c les tems leur mouvement étoit direct &: rétro- grade. Ces obiervarions, quoique mal circonftanciécs , ont été utiles par la luite. Les apparitions des planètes parurent aux anciens également dignes de remarque. Ils entendoient par le tems des apparitions , celui ces planètes le dégagent des rayons du foleil , & font vifibles le matin un peu avant le jour. C'eft ce qu'on appelle pour les étoiles le lever héliaque. L'oblervation alîidue du lever des étoiles devoit conduire naturellement à celle de l'apparition des planètes. Ils remar- quèrent que ces apparitions n'arrivoient point , ainfî que les levers des étoiles , aux mêmes tems de l'année , de que le phé- nomène des ftations Se des rétrogradations n'avoit pas toujours lieu dans le même ligne ; mais qu'il arrivoit fucceirivcmcnt dans les difterens lignes du zodiaque. Il ne falloit en eflet que quelques mois pour s'appercevoir que mars changeoit de place dans le ciel , &: ne répondoit plus au même ligne du zodiaque. Jupiter également eft chaque année dans un nouveau figne. faturne , dont le mouvement eft le plus lent, parcourt le même cfpace en deux ou trois ans. On reconnut donc deux mouve- mens , ou deux révolutions dans chacune des planètes , l'une à l'égard du foleil , l'autre à l'égard du zodiaque. La planète de Jupiter , par exemple, fait fa révolution, à l'égard du folcil , en treize mois environ ; c'elt - à - dire , qu'il s'écoule treize mois d'une apparition à l'autre. La révolution de Jupiter, à l'égard

HISTOIRE

du zodiaque , ne s'achève qu'en onze ans ôc dix mois. Ils re- connurent de même que mars employoic un peu moins de deux ans , & faturne un peu plus de vingt-neuf ans à par- cowrir le zodiaque entier.

§. XXIV.

Satukne eft la moins brillante de toutes les planètes. Elle fe meut le plus lentement , èc paroît par conféquent avoir le plus grand cercle à parcourir. On la jugea plus éloignée que toutes les autres. On plaça enfuite Jupiter, mars, le folcil fie la lune , chacun fuivant le degré de leurs vîtefTcs : toutes ces pla- nètes décrivant des cercles autour de la terre. Voilà ce qu'on appelé le fyftême des anciens , plus connu fous le nom de Pto- lemée. Mais les deux autres planètes , venus èc mercure , vin- rent jeter de l'embarras & de l'incertitude dans cet arrange- ment. On les voyoit tantôt précéder le foleil , fie fe montrer le matin avant qu'il fe levât , ou le fuivre fie briller le foir après fon coucher. On les voyoit cependant répondre fucceffivemenc à ditFérens fîgnes , à différens degrés du zodiaque , fic ne re- venir aux mêmes points qu'au bout d'une année environ. Ces planètes étoient donc femblables aux trois autres , 6c avoient comme elles deux mouvcmens , l'un , à l'égard du zodiaque , qui s'accomplilîoit précifément dans le tems d'une révolution du foleil , ou d'une année , l'autre à l'égard du foleil même, Elles avoient leurs ftations , leurs rétrogradations. Mais il s'a- giffoit d'affigner à ces -planètes une place dans le fyftême du monde , &c de favoir fi elles étoient plus près ou plus loin de nous que le foleil. La règle qu'on avoit luivie pour les trois autres manquoit ici , parce que ces deux planètes fembioicnt avoir dans le zodiaque la même vîtcfte que le foleil. La règle décidoit feulement qu'elles étoient plus éloignées que la lune.

Cette

DE L' A S.T R O N O M I E. -7

Cette queftion fut fi difficile à réfoudre que l'on fe partagea. Les uns les placèrent au defllis du folcil , les autres au defTous. Cependant on remarqua que l'éclat de venus , vue tantôt à droite, tantôt à gauche du foleil , ëcoit lujet à quelques va- riations. Il y avoir des tems , quoique vifible , quoiqu'éga- lement éloignée de cet aftre , Se égalemenr dégagée de Ces rayons , elle étoit beaucoup moins brillante. L'exemple de iaturne , dont la lumière eft plus foible &; plus terne , parce que fa dillancc eil plus grande , fit penler que venus n'étoit peut-être pas toujours à la même dift:ance de la terre.

On imagina qu'elle pouvoir être tantôt plus loin, tantôt plus près que le fi^leil. De ces quatre circonftances réunies , on voyoit venus 5c mercure à gauche, à droite, au deiî'us ou au delTous du foleil, dont les deux premières étoient des faits , 6c les deux autres des conjectures très-vraifcmblables, on ofa conclure que l'orbite de ces deux planètes enveloppoit le foleil, & qu'elles tournoient autour de lui. Nous difons qu'on ofa conclure ainfi , parce que cette allertion étoit très-nouvelle , très-hardie alors. Il n'y eut qu'un homme de génie qui put la concevoir, 6c qui, après l'avoir profondément méditée , fe crut affez fondé pour la propofer. Mais cette idée ne fut point générale j elle fut particulière à un certain peuple , les anciens Egyptiens. Cette idée vraie dut ce pendant paroître au moins heureufe ; car elle expliquoit très- fimplement les ft:ations 6c les rétrogradations. Quand le rayon vifuel eft tangent au cercle que ces planètes décrivent autour du foleil, leur mouvement n'eft plus fenfible, 6c elles doivent paroître ftationaires : cela arrive deux fois dans chaque révo- lation. Dans la partie fupérieure de leur orbite , elles vont du même fens que le foleil, 6c paroificnt directes; au lieu que dans la partie inférieure , elles vont en fens contraire , 6c doivent paroître rétrogrades.

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f, HISTOIRE

§. XXV.

Quelques philofophes allèrent plus loin; en rcconnoiilanr nue CCS deux planètes tournoient raitour du foleil , ils pcnfcrcnc qu'il dcvoit être aulli le centre du monde. Ils mirent donc en mouvement autour de lui toutes les planètes , ôc la terre elle- même. D'autres imaginèrent encore que le mouvement diurne des étoiles de des planètes n'étoit qu'une apparence, caufëe par une rotation de la terre autour de fon axe. Mais ces penfëes -hardies, & purement philofophiques , ne furent point appuyées par les faits chez les anciens peuples qui nous font connus. Peut-être iiiontrerons-nous qu'elles font les veftiges d'une anti- quité plus haute , & d'une fcience perfectionnée. Mais dans les fiecles poftérieurs , fi quelques traits d'analogie les firent adopter un moment , fi quelques philofophes les faifirent par une efpcce d'inftincb pour la vérité, elles étoient trop contraires aux apparences pour n'être pas bientôt rejetées.

§. XXVI.

Il eft donc naturel de penfer que les mêmes découvertes ont été faites plufieurs fois , 6c qu'il eft difficile d'en fuivre la chaîne interrompue èc recommencée. Nous n'aurions pris l'iiif- toire de l'Aftronomie qu'à l'époque des monumens con- fcrvés , une chronologie fuivie établifient d'une manière cer- taine la marche de l'cfprit humain , Ci nous n'avions penfé que les premiers pas de la fcience j renfermés dans l'obfcurité des tems les plus anciens , font une partie intérefTante de cette hiftoire , de qu'on peut fouvent retrouver le fil des idées phi- lofophiques , en liant les faits par des probabilités & par des vraifemblances.

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DE L'ASTRONOMIE. ,.^

On conçoit que la plupart des premières découvertes ont été faites chez difFércns peuples , parce que dans la haute antiquité , les peuples vivoient ifolés , & ne fe communiquant rien , ont été dans le cas d'inventer tout. Les connoiflanccs /impies , &C qui naiffent du fpe<fiacle du ciel , appartiennent à tous les hommes. Tout ce qui réfulte de la combinaifon de ces connoiflanccs premières &c fimples , n'a pu être le partage que des peuples qui ont cultivé l'Aftronomie. En réfléchiflant fur le tableau que nous venons de préfenter,on peut juger qu'un très-petit nombre de peuples, un fcul peut-être, a eu aflez de fuite dans les idées &c dans les travaux pour atteindre à l'en- iemble des connoiflances qu'il renferme. Ce peuple n'exiftc point parmi les peuples conntîs de l'antiquité. Il n'eft aucun pays du monde ancien , l'on rexrouvc cet enfemblc de con- noiflanccs , qui toutes fe fuppofenç néceflairement. L'ignorance la plus groiîiere eft toujours mêlée aux idées les plus philofo- phiques , aux découvertes les plus ingénieufe^ . faudroit fup- pofer qu'une partie de ces cojonoiflaiîccs a péri , tandis que l'autre a été confervée : c'eft ce- qitî" n'eft nullement vraifem- blable. Certaines opinions peut-être, telles que celles du mou- vement de la terre autour du foleil, èc de la terre autour de fon axe, peuvent tomber dans l'oubli, parce qu'elles s'élèvent hors de la portée des vues ordinaires, parce qu'elles paroiflent ifolées &C fans appui ; mais ce qui conftituc le corps de la fcience , les idées qui font fuite s'enchaînent ôc fe confervent mutuellement.

Elles ne peuvent fe perdre que par quelque grande ré- volution qui détruit les hommes , les villes , les connoif- lanccs , Se ne laifle que des débris. Tout concourt à prouver que cette révolution a eu lieu fur la terre. Il a exifté une Af tronomie perfeclionnée à un degré que l'on ne peut pas fixer , mais dont quelques traditions font concevoir une grande idée 1

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e HISTOIRE DE L'ASTRONOMIE.

Depuis les Chaldéens on peut fuivre le fil des progrès de l'Af- tronomie; au-delà on ne trouve, pour ainfi dire, que des défères, des fieeles de ténèbres & de barbarie. Mais les traditions que ces fiecles ont laifTé fubfifter dans la mémoire des hommes , font les reftes précieux de cette ancienne Aftronomie détruite que nous allons recueillir dans le livre fuivant.

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LIVRE TROISIEME.

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De l'Afironomie Antédiluvienne.

§. premier/

I^Ous entendons par l'Afti-onomic antédiluvienne, la plus ancienne dont nous ayons connoiflancc. Ce n'eft pas que les faits l'hiftoire en établiffent l'époque précife , ôc puiflcnt faire juger d'une manière inconteftable , fi elle doit être placée au tems des premiers hommes , c'eft-à-dire , des patriarches qui vivoient fur la terre avant la deftru£tion terrible du genre humain ; mais inftruits de la date de cet événement mémo- rable , renfermée par les chronologiftes facrés dans des bornes dont nous avons choifi la plus reculée , nous devons regarder les faits d'une antiquité plus haute , les connoiffances qui n'ont pu être acquifes depuis, & dans la durée d'un monde en quelque façon fi jeune encore , cofiuiie des faits qui ont précédé le déluge.

<îi HISTOIRE

§. I I.

Nous avons die que rAftronomie ancienne &C orientale n'offroit que les débris des découvertes d'un peuple antérieur aux peuples connus les plus anciens. On pourroit revendiquer en fa faveur les méthodes fans principes que pratiquent à l'aveugle aujourd'hui les Indiens, les inventions aftronomiques des Chaldéens & des Chinois , & prefque généralement toutes les idées philofophiqucs qui ont illuftré les nations favantes de l'Afic. Si nous voulions rendre à ce peuple tout ce qui peut lui appartenir , il faudroit peut - être dépouiller tous les anciens peuples , &; les réduire prefqu'abfolument au mérite de l'adop- tion. Le détail des preuves & des probabilités, qui nous portent à le penfer, feroit d'une trop longue difcuilion. Nous nous contenterons de les indiquer dans la fuite de cet ouvrage , en faifant l'hiftoire des nations, à qui l'on a fait honneur de ces inventions ; & nous nous bornerons ici à rapporter les prin- cipaux faits qui peuvent donner une idée de cette Aftronomie fi ancienne Se fi pcrfe£lionnéc.

§. III.

Cette Aftronomie avoir la connoifi^ance des fept planètes , puifqu'clle a impofé leurs noms aux jours de la femaine. C'eft peut-être la preuve la plus fingulierc & de l'antiquité de l'Af- tronomie , & de l'exiftence de ce peuple antérieur à tous les autres. Ces planètes, qui préfidoient aux jours de la femaine, étoient rangées fuivant un ordre qui fubfifte encore parijii nous. C'efi:. d'abord le folcil , enfuite la lune, mars, mercure, Ju- piter, venus ôc faturne (*). Il fe retrouve le même chez les

(*) La femaine comnienijoit chvZ les ce premier jour cft arbitr.iirc : mai? ce

Égyptiejis le jour de fatarne , le famedi , c]ui doit étonner, c'eft que l'ordre des pla-

cne?, les Indiens le vendredi, chez nous iictes ijui piclîdent à cesjouts foit invariable

elle commence le dimanche , le choix de 6: par-tout le même.

DE L'ASTRONOMIE, (^3

anciens Egyptiens , chez les Indiens &c chez les Chinois {a). Cet ordre n'cft point celui de la dift.incc , de la grandeur , ni de l'éclat des plancres. C'cft un ordre qui paroit arbitraire , ou du moins qui cil fondé fur des raifons que nous ignorons. On peut dire qu'il cft impollîblc que le hafard ait conduit féparé- nent ces trois nations, d'abord à la même idée de donner aux jours de la femaine le nom des planètes , enfuite à donner ces 'Oms fuivant un certain arrangement, unique entre une infinité d'autres. Le hafard ne produit point de pareilles rcflcmblances. Quelques favans voudront trouver ici une preuve de la pré rendue communication entre les Egyptiens 6>. les Chinois: pour rious qui lommes pcrfuadés que cette communication n'a point cxifté , nous n'y verrons qu'une démonftration de l'cxiftence de cet ancien peunlc détruit , dont quelques infbitutions ont pafîe à Tes lucccfreurs. Ces inftitutions fe retrouvent chez des peuples placés à de grandes diftances fur le globe , on en doit conclure qu'ils ont la même origine. Alais cette origine ils ont éga- lement puifé l'idée de donner les noms des planètes aux jours de la femaine; l'Aftronomie, qui a fourni cette idée, font d'une grande antiquité, puilque ces peuples eux-mêmes font très- anciens fur la terre.

§. I V.

Les traces de l'Aftronomie Ce retrouvent principalement dans la melure du tems. Ce fut le premier befoin de la fociété civile. Se le premier ufage de l'Aftronomie. On compta d'a- bord par des jours ou par des foleils , enfuite par des mois ou des lunes, lorfquc la révolution de cette planète fut découverte.

(a) Hérodote, Lia. II. M. le Gentil, Mcrnoiies de l'Acadénuc

Martini. Hift. de la Chine , tome I , p. 54. des Sciences pour 1775,

,'-4 HISTOIRE

Aialî Ton peut iitrc lur que ces deux mcfures du tems ont été connues avant le déluge , puifqu'elles font d'ufage nécef- laire , les fondcmcns Se les fubdiviGons de toutes les autres. On voit même par un pafKige de Suidas qu'il y avoit alors uy\c année lunaire de trois cens cinquante-quatre jours , huit heures (a) , & Moïle nous apprend dans la genèfe que l'année étoit partagée en douze mois de trente jours. En parcourant l'hiftoire des différentes nations , nous en trouverons plufieurs qui ont eu ainlî à la fois deux années de forme différente. L'année lunaire a été en ufage chez prefque tous les peuples ; il efi: naturel qu'elle ait fon origine chez les premiers hommes qui ont cultivé l'Aftronomie. Elle étoit fins doute civile 6c chronologique ; l'année folairc étoit rurale.

§. V.

De l'obfcrvation des mouvemens de la lune, 2c peut-être de celle des éclipfes , ces anciens aftronomes déduilirent la période qui a été nommée chaldaïque , parce qu'on en aitri- buoit l'invention aux Chaldéens : cette période de deux cens vingt-trois mois lunaires , qui ramené les conjonclions du foleil & de la lune , à la même diflance de l'apogée , èc du nœud de cette dernière planète, &: prefqu'au même point du ciel (/5). Si, comme nous n'en doutons point , cette période a fervi de me- fure pour le tems , avant le déluge , on n'en ignoroit pas les avantages. Ceux qui l'ont inventée connoiffoient donc allez bien alors le mouvement de la lune , même fon mouvement à l'égard de l'apogée &. du nœud , &. dans cette fuppofition on ue peut leur refufer toutes les connoillances détaillées dans le livre précédent : connoifîanccs qui forment une Aftronomie

(a) Infrà, Éclaire. Liv. I. i. li. (i) Infra , Éclaire. Liv. I. §. ij.

déjà

DE L'ASTRONOMIE. (fy

déjà fort avancée pour ces premiers tems. Cependant pour ne rien ôcer injuftemenc aux Chaldéens , à qui cette période efl: atn-ibuéc par plufieurs auteurs , nous penfons que les anciens, dont il eft queftion ici , ne connurent point l'inégalité du mou- vement de la lune , ni par conféquent ion apogée , de que , conduits à la découverte de cette période par robicrvation des écliples de lune, ils ne lui connurent que la propriété de ra- mener les mêmes éclipfes , c'eft-à-dire, des éclipfes de la même grandeur , &L à-peu-près aux mêmes points du ciel.

Il manque à cette période un avantage, c'eft celui d'accorder les mouvemcns du foleil èc de la lune , & de ramener les nou- velles 6c les pleines lunes au même jour de l'année folairc de 365 jours. Si la nouvelle lune eft arrivée le premier du mois , après 213 mois lunaires , elle arrivera l'onzième jour du même mois. Dans ces tems anciens oli les néoménies étoient l'époque des fêtes &: des facrifîces , une période, qui les ramenoit à un jour fixe de l'année folairc , étoit utile. Il ne fut pas difficile de s'appercevoir que puifquc les nouvelles lunes rctardoicnt d'en- viron î I jours, en ajoutant i 2 mois ou une année lunaire de 3 5 4 jours , elles retarderoient d'une année folaire entière, &. qu'au bout de i 9 de ces années les nouvelles lunes revien- droient à très-peu près aux mêmes jours. Ils eurent donc deux périodes, l'une de 18 ans Se i i jours, qui fervoit pour les éclipfes , l'autre de i 9 ans pour indiquer les fêtes &c les facri- fices. Cette dernière période eft celle qui rendit Meton fi célèbre dans la Grèce. Nous reculons ici fon origine , nous l'attribuons aux premiers hommes , parce qu'elle ie trouve chez une infinité dépeuples, Coptes, Chaldéens, Arabes, Indiens, Chinois & Tartares. L'idée de cette période n'eft point au nombre de ces idées fimples &. premières qui appartiennent à tous les hommes ; & un ufage fi général annonce une fourçe

I

66 HISTOIRE

commune, qui ne' peut être que l'Aftronomie antédiluvienne.

§. V I.

i -Ces connoiflances accordées ici aux premiers hommes n'ont rien*^d'étonnant , quand On confidere celles qui réfultcnt de la grande année ou de la période aftronomique de fix cens ans , que Jofeph attribue aux patriarches , &c qui eft indubitablement leur ouvraî^e (a). Une période aftronomique, quand il s'agit d'un aftre feul , eft le tems qu'il employé à parcourir le cercle qu'il décrit. Quand il s'agit de plufieurs aftres , la période de leurs mouvemcns combinés eft le tems, qui s'écoule depuis qu'ils font tous partis du même point, ou de certains afpecfts, jufqu'à ce qu'ils reviennent au même point, ou aux mêmes arpe£ls. On voit que cette efpece de période doit comprendre exacte- ment un nombre de révolutions complettes de chacun de ces aftres. La grande année de fix cens ans doit être une période de ce genre. Car les anciens appeloient année une révolution quelconque, foit d'une ou de plufieurs plg^netes {S). Ils appe- loient grande année celle qui embraftbit un plus long inter- valle. Le célèbre Dominique Caifini eft le premier qui , ayant fait attention au récit de Jofeph , fut frappé de la juftefte de cette période, & des conclufions qu'on en pouvoir tirer fur la longueur de l'année au tems des patriarches. Il trouva que 7411 révolutions lunaires de 29M 1'' 44' 3 (c), faifoient 2 I 9 I 4<j jours èc demi , &: ce même nombre de a i 9 i 46 & demi donnent 600 années folaires de 365^ 5 51' 3 6'' ; durée qui ne diffère pas de trois minutes de celle qu'on obferve

(<j)/n/rà, Éclaire. Liv. II , §. 5 & Aiiv. les fécondes par " , les tierces par '" , 6v.

(.i) Infra , Liv. IX. §. ly. Édaircifle- ainfi 19' ii'' 44' 3'' iîgnificnt vins^c-neuf

mens , Lib. VIII. jours douze heures cjuavantc-cjuatre niinuies

(c) On marque les minutes par un ', trois fécondes.

DE L' A S T R O N O M I E. è'i

aujourd'hui. C'ccoic beaucoup pour ces cems anciens. On verra qu'Hipparque ôc Ptolcmée, aftronômes bien poftérieurs , ont commis des erreurs plus grandes. Alais ce n'eft pas tout ; il cft plus qu'incertain fi cette différence de moins de trois minutes efl: l'effet de l'erreur des obfcrvations. On foupconne que l'année étoit alors plus longue qu'elle ne l'eft aujour- d'hui (a), ôc fi cette différence eft due à quelque dimi- nution dans la durée de la révolution folaire ; il faut avouer que cette détermination , exacle & précife de la durée qu'elle avoit alors , fait intiniment d'honneur à l'Aftronomie antédiluvienne.

§. VII.

O N deiTianiera comment cette période a été découverte ; on ne peut y parvenir que de dcu:< manières. Par des obfcrva- tions iuivies, ou par les connoillances d'une Aftronomie long- tems cultivée 6c fuffifamment perfectionnée. Les hommes de ces tems anciens ont commencé certainement par le premiet de ces moyens. Nous ne pouvons douter que l'on n'eût alors des divifions du jour quelles qu'elles fuffent. Comme on étoit fort attentif à l'obfervation des nouvelles 8c des pleines lunes , on marquoit le jour & le moment du jour elles arrivoicnt. En luppoiant de la fuite dans ces oblervations , on remarqua que ces phénomènes ne rcvenoient au même jour de l'année qu'au bout d'un certain intervalle de tems , qui étoit de i 9 ans ; enfin , lorfque 600 ans ou deux fois 600 ans furent écoulés , on put reconnoîtrc que les nouvelles ou les pleines lunes après fix fiecles revenoient non-feulement au même jour, mais à la même heure. C'eft-à-dire, que fi la nouvelle lune

( a ) Infra , ÉdairciiTcmcns , Livre II , §, 1 e.

é% HISTOIRE

ëtoit arrivée le premier Janvier à midi , elle ne fe retrouvoit le premier Janvier à midi , qu'au bout de 600 ans. Cette voie femble la première qui a fe préfenter , & la plus conforme a la fimplicité de ces premiers tems. Les hommes ont mené longtcms une vie errante &; paftoralc. C'eft dans leurs courfes , dans leurs veilles fouvcnt néceflaircs , que l'Aftronomie a été fondée par des obfervations peut-être grolTiercs , mais qui furent la bafe des premières déterminations. Avant l'écriture alpha- bétique , ils avoient des figncs hiérogliphiques , de quelqu'ef- pece qu'ils fuflent , pour défigner les faits dont ils vouloient confcrver la mémoire. Ils s'en fervoient pour écrire leurs ob- fervations. Leurs regiftres étoient des pierres fur Icfquelles ces obfervations étoient gravées , & qu'ils laiflbient dans le lieu même ils avoient obfervé. Enfuite, après de longues années, lorfque le hafard , ou le befoin les ramenoit , eux ou leurs def- cendans, au même lieu, les nouvelles obfervations étoient com- parées aux anciennes. C'eft ainfi que des peuples nomades purent arriver à des conclufions aftronomiques , indépendantes de la connoiflance des méridiens , &; telles qu'elles auroient eu lieu dans un obfervatoire fixe. Cependant la civilifation s'é- tablit , on fonda des villes, l'art de fabriquer le fer bL le cuivre fut découvert, on inventa quelques inftrumens de mufique {a). La même induftrie fut appliquée aux fciences , & on peut fuppofer que l'Aftronomie eut auffi des inftrumens, tels que le gnomon, 6c la fphere compofée de cercles de cuivre, que nous avons décrite dans le livre précédent. Alors de meilleures obfervations pu- rent donner des réfultats plus exacts. L'enfemble des faits que nous avons fous les yeux , &: les plus grandes probabilités nous forcent d'attribuer au peuple , qui nous occupe maintenant ,

|^«) Ccnefc, «. 4j V. J7, il, n.

DE L'ASTRONOMIE. 6j

une infinité d'idées philofophiques & de découvertes fingu- liercs. En conféquence nous jugeons qu'il a pu parvenir à con- noître aflcz bien les révolutions du folcil &: de la lune pour dé- couvrir même par le calcul la belle période de 600 ans. On peut donc expliquer la découverte de cette période attribuée aux plus anciens habitans de la terre , ou par la confiance de leurs obfervations , ou par une Aftronomie perfectionnée qu'on ne peut guère leur refufcr.

§. V I I I.

Cette période , cette longueur exacle de l'année de 3 <j 5-' , 5 , 51 , 36'', exigeoit des intcrcalations. L'année étoit fans doute de douze mois de trente jours, avec cinq jours ajourés à la fin du dernier moisjfuivant l'ufage de plufieurs nations , ufage qui paroît avoir été général dans l'orient. Mais 600 ans de 365 jours ne font que 219000 jours, la période en con- tient 219146 , il y en a voit donc 146 intercalés d'une manière quelconque. L'intercalation la plus naturelle , & celle qui fut certainement pratiquée , eft l'intercalation d'un jour tous les quatre ans , celle qui fublille encore dans notre année biiTextile. Elle eft de la plus haute antiquité à la Chine , elle cft connue des Indiens, on en trouve des traces jufqu'cn Egypte. Nous ne nous laûTons point de répéter que les mêmes méthodes pratiquées chez difFérens peuples , doivent avoir une fource commune ; & comme nous avons ici befoin d'une intercala- tion , il eft naturel de fuppofer celle que l'on retrouve chez ces difFérens peuples. En lifant la fuite de cet ouvrage , on fe con- vaincra que l'Aftronomie de ces premiers tems eft la fource commune oii les anciens peuples ont puifé , ou plutôt d'oii étoient forties la plupart de leurs connoifTances. L'intercalation d'un jour tous les quatre ans, au bout de 600 années auroit

7.0, H I S T O IRE

fait, 4 5 o jouis jccijî me il i\çn iVJioit ijUtj.^ 40,' ily a appaa ace qu.e fous les i 50 ans on fupprlmojc un jour iaccrcalaire, ou s'il eil; permis d'ulcr de ce mot une année bilîcxtile , comme nous faKons aujourd'hui tous les 100 ans. Ces i 50 ans deve- noienc une elpece de période .dont nous pourrons retrouver quelques tracer ailleurs.

§. I X.

Nous foupçonnons que la propriété connue du nombre fexagélîmal, qui a beaucoup xle divileurs, & qui par conféquenc cft très -commode pour le calcul , fut la fourcc d'une infinité d'ufages & de périodes. L'univerlalité de ces ufages porte à croire qu'ils ont une fourcc unique. Les anciens étendirent cette diviûon à tout , au rayon du cercle, au cercle même qui eut d'abord 60, eniuitc 360 degrés. On partagea le jour, &C fucceilivcment toutes les lubdivilions en 60 parties. On établit en montant la même progreiïion qu'on avoit fuivie en delcendant ; &: de même qu'un jour pouvoit être conlidéré comme une période de 60 heures, une heure comme une pé- riode de 60 minutes, on compofa la période de 60 jours dont fe font fervis les Tartares 6c les Chinois, &c la période de 60 ans dont l'ufacrc fut p-énéral dans l'Afie. Le luftre des Romains pourroit bien avoir la même origine. Ccnforin (a) le range au nombre des périodes ^.ri^clécs gran(Jes années. Ce feroit une période de 60 mois, intermédiaire entre celle de 60 jours de celle de 60 ans. Quand on rétléchit fur l'ufage prefqu'uni- vçriel du nombre fexagéfimal ; quand on voit la période de 60 ans connue à Babylone , employée de tout tems dans la chro- nologie , aux Lides , à la Chine ; la période de 3 (j 00 ans éga-

. (a) De die natali , c. 18. Mémoires de l'Académie des Infc. T. XXIII, pag. Si.

DE L'ASTRONOMIE. 71

lement connue à Babylonc , de Ion ulagc aftronomiquc établi chez les Indiens, la période de fix cens ans célébrée par Jofeph , dont nous montrons que l'établiflement a précédé le déluge , '&C dont un fouvcnir fans uGge s'étoit également confcrvé dans la Chaldée ; quand on confidere que ces peuples, &: fur- tout les Indiens , n'ont rien ou prelque rien inventé , on ne peut s'empêcher de penfer que toutes ces connoiflances , la pro- priété du nombre fexàgéfirnal irriprime un caractère d'unifor- mité , font l'ouvrage d'un feul& même peuple ; connoiflances dépofées dans diïFérens monumens durables, & que les hommes fe font depuis partagées. Ici l'ignorance n'en a gardé que la mémoire; une intelligence acllve a fu en retrouver l'utilité. Mais de ces uiages commims à tous les peuples de l'Afie, faudroit-il conclure qu'il y a eu dans les tem's les plus recules, entre tous ces peuples , une communication libre êc facile ; communication qui feroit contraire aux idées que Ton puife dans les anciens hiftoriens , aux myfteres dont ces peuples en- veloppoient leurs connoiflances ,& fùr-tout à la mnniere dont ils vivoicnt ifolés ; ignorant toute hiftoire.,qviî"n'''éfô;,t pas la leur, & ne connoiiFant leurs voifnis que par la' guerre. Les Grecs font peut-être les premiers dont l'avide curiofité ûit par- couru l'univers pour s'enrichir des idées étrangères. Nous pen- fons que cette communication libre très -ancien ne cïl plus difficile à admettre que le peuple antérieur & éclairé que nous fuppolons ici. Mais il l'on n'admet pas cette communication, il faut néceflairement conclure que les périodes femblablcs que nous retrouvons dans difl^érens pavs', & fur-tout Tufatre uni- verfel du nombre fexagéfimal , dépofe de l'exiflence de ce peuple éclairé , antérieur au déluge , & l'inflrituteur de tous les peuples de l'orient; peuples qui n'ont été que dépofitaires, jufqu'à ce que le génie de l'Europe vînt reprendre le fil des idées aftronomiques.

71 HISTOIRE

§. X.

On juge bien qu'une Aftronomie qui étoic en pofTefîlon de la connoillance cxadle du mouvcmcnc du foleil & de la lune, a faire quelque diftnbution des étoiles. Ainfi les premières coaftellacions ont cette antiquité. On comparoic la lune à ces points fixes , &: fa révolution fidérale bien connue de 1 7^ 8*^ environ, a été même une des mefures du tems(a). On ne peut douter que la divilion du zodiaque en vingt - fept ou vingt-huit conftellations n'ait été connue alors ; d'abord parce qu'elle fe retrouve chez tous les peuples , enfuite parce que la divifion du zodiaque en douze fignes , qui ne peut être que poflérieure (^) , nous paroît devoir remonter au delà du déluge.. Qu'on nous permette ici quelques réflexions fur ces deux différentes divilions du zodiaque , l'une relative au mou- vement de la lune , l'autre au mouvement du loleil. On ne peut pas dire que l'idée de partager le zodiaque, comme l'année en douze parties, foit une de ces idées fimples &C naturelles, qui , dans tous les tems 6c dans tous les lieux , ont du fe pré- fenter d'abord à l'efprit humain- La divifîon du zodiaque en vingt-fept ou vingt-huit parties cil du même genre , & ce feroic déjà une conformité très- finguliere que celle de deux peuples placés à de grandes diftances fur le globe qui auroient égale- ment l'une de ces diviiions. Combien n'eft-il donc pas plus extraordinaire de retrouver ces deux divifions enfemble , chez les Arabes , les Indiens, les Siamois , & fur-tout chez les Egyp- tiens & les Chinois qui ont exifté longtems fans fe connojtre aux deux extrémités d'un grand continent, èc qui ne peuvent avoir rien de commun que leur origine. En plaidant l'invention

- ( û ) Infrà , ÉdairL-ilTcmcns , Liv. I. §. i J. ( i ) Suprà , Liv. II. §. i6.

de

DE L'ASTRONOMIE. 73

de ces deux divillons à cette origine , en la donnant à un feul peuple antérieur aux plus anciens de ces peuples , ce qu'il y a de merveilleux , de furnaturel même dans cette conformité , difparoît ; l'identité des idées èc des iî\ftitutions s'explique na- turellement par une fource unique , &: ces peuples , fans s'être connus ni communiqués , fe reiremblent par ce qu'ils ont em- prunté à cette fource.

L'ancienneté même de ces deux divifions les donne au peuple antique qui a précédé tous les autres , & nous conduit à penfer que ce peuple fut en eflet la première fource de la lumière. On attribue à Hermès que Manethon place avant le déluge (a) le partage du zodiaque en deux, quatre, douze Se trente-fix parties. De ces divifions la première eft celle d'un équinoxe ou d'un folftice à l'autre : la féconde eft celle qui a lieu par ces quatre points: la troifieme celle des douze lignes: enfin , la quatrième oifre des fubdivifions de ces fignes en trois parties. Mais comme l'âge d'Hermès & le témoignage même de Manethon peuvent lailTer quelqu'incertitudè , voici fur quoi nous nous fondons pour donner cette antiquité aux fignes du zodiaque.

Eudoxe , aftronôme grec , rapporte que les folftices & les équinoxes étoient fixés au quinzième degré , c'eft-à-dire, au milieu du bélier , de l'écrevilTe , de la balance Se du capricorne. On verra que cette détermination , rapportée par Eudoxe , eft antérieure à Ion tems, & qu'elle remonte au fiecle de Chiron , vers 1353 ans avant J. C (è) Mais il n'eft nullement vrai- femblable que ceux qui ont établi cette divifion , ne l'ayeilt pas fait commencer aux points des équinoxes & des folftices qui en font l'origine naturelle. Ces quatre points ont fait

(a) Synccle, page 40. ( 4) Jn/ri, Éclaire. Liv. IX, j. 3é&faiv.

K

74 HISTOIRE

certainement la première divifion du zodiaque à l'égard du foleil ( a ). Celle des douze fignes ne font que les quatre pre- mières , divifées chacune en trois. Il eft évident que chacun des équinoxes & des folftices a fe trouver au commencement d'une conftellacion £i non au milieu. Ainfi cette diviiïon doit être antérieure au tems, les équinoxes &: les folftices fe font trouvés au milieu des conftellations , au moins de 1080 ans que ces points ont employés pour rétrograder de i 5 degrés. On pourroit donc croire , en conféquence de cette confidé- ration , que l'équinoxe du printems concouroit alors avec le premier degré de la conftellation du taureau , & cela vers 2400 ans avant J. C. Mais fl d'un côté une foule de témoi- gnages & quelques obfervations prouvent que 3000 ans avant J. C, les conftellations des pléiades &; du taureau étoient obfervées, les fignes du zodiaque connus { b ) ^ èc que de l'autre des traditions donnent lieu de penfer que le foleil dans le taureau commençoit l'année , il en faudra conclure néceflai- rement que l'équinoxe avoit été placé plus avant dans l'éclip- tique, ôc cela de l'efpace d'un figne entier, enforte qu'il répon- doit primitivement au premier degré des gémeaux, ou du moins étoit placé dans les dernières étoiles remarquables du taureau, telles que celles qui font aux extrémités des cornes. Cette fuppofition eft appuyée par un vers de Virgile qui femble le dire expreflement.

Candidus auratis aper'u cum cornibus annum T auras ( c ).

L'équinoxe n'a pu répondre au dernier degré du taureau que vers 4600 ans avant J. C. , d'où il réfulte que la divifion

{ a) Jn/rà , Éclaire. Liv. II, §. ii. ( c) Virgil, Géorgie, libro primo, -verf.

ib) Jnfrà , Ecl, Li\.IX,§, 7, 8 , 5 & jc, 117.

DE L'ASTRONOMIE. 75

du zodiaque a précéder le déluge de plufieursfiecles. Quoique nous ne donnions tout ceci que comme une conjecture , elle paroîcra tout-à-faic vraifemblable & admiffible, fi l'on fait at- tention que les hommes d'avant le déluge n'ont pu connoître fi exactement les révolutions du foleil ôc de la lune , & la pé- riode des éclipfes , fans avoir fait bien d'autres travaux aftro- nomiqucs qui font tout-à-fait perdus pour nous. La divifion du zodiaque a être un de ces travaux , èc la tradition que le taureau ouvroit l'année, s'étant confervée julqu'à Virgile, ce poète l'a confacrée dans les vers , fans doute fans fonger que ces apparences n'avoient plus lieu au tems il écrivoit.

§. X L

D'ailleurs cette conjecture reçoit un nouveau degré de probabilité de deux traditions que nous devons indiquer ici. L'une eft une tradition obfcure des Scithes par laquelle il paroît que lorfque le ioleil s'avançoit vers la Scithie , lorlqu'il arrivoit au folftice , il écoit dans le figne du lion (a). L'autre claire &: décifive fe trouve chez les Chinois qui commencent leur année au folftice d'hiver. Elle porte que Chueni , un des pre- miers empereurs de la Chine , fixa le commencement de l'an- née , lorlque le ioleil fe trouvoit dans un point du zodiaque qui répond au quinzième degré du verfcau {6). Or, confor- mément à notre principe inconteftable que les équinoxes Sc les lolftices ont être primitivement placés au commence- ment des conftellations , il s'enfuit que , lors de la première divifion du zodiaque , le folftice d'été répondoit au premier degré du hgne de la vierge , & le folftice d'hiver au premier

(a) Infrày ÉcIaircilTemens , Livre II, ( i) Martini. Kift. de la Chine, tom. I^

§. II. pageji.

Ki;

7^ HISTOIRE

degré des poifTons. Conclufion abfolument analogue à celle que nous venons de propofer. Quand nous difons que les ëquinoxes & les folftices ont été placés ainfi, lors de la première divifion du zodiaque, c'eft pour ne nous pas trop étendre dans l'antiquité; car les faits précédens établifTent feulement que l'équinoxe du printems ne pouvoit pas être moins avancé dans l'écliptique que le dernier degré du taureau , mais ils ne décident point que cet équinoxe n'ait pu être placé & obfervé plus loin.

§. X I I.

Il n'eft pas poffible que, dans cette application à l'étude du ciel , les anciens ayent partagé le zodiaque , fans recon- noître le mouvement par lequel les étoiles s'avancent le long de l'écliptique. Indépendamment de ce que cette connoiflance eft répandue dans toute l'Afie t, fe retrouve chez les Chinois , les Indiens , les Chaldéens 6l les Perfes , & que cet ufage général, fuivant notre principe , doit remonter à une fource commune ; nous fommcs fondés à le penfer par une tradition des Indiens que nous avons recueillie. Ils difent que l'on voit au ciel deux étoiles diamétralement oppofées , qui parcourent le zodiaque en 144 ans (a). Ces étoiles oppofées paroifTent être celles que l'on nomme l'œil du taureau &z le cœur du fcorpion , & montrent quelqu'analogie entre cette tradition & celle des Perfes de quatre étoiles placées primitivement aux quatre points cardinaux (â). Mais que fignifient ces 144 ans attri- bués à la durée de leur révolution ? La vie d'un homme fuffit pour démontrer la faulFeté de cette tradition. Les Indiens con- noiflent la révolution de ce mouvement des fixes èc l'établiflent

(a) Abraham Zachut dans Riccius, tr^iciatus de motu oci.fphera ,c, IX , p. jx, (i) Supra ^ Livre 1 , §. j.

DE L' A S T R O N O M ï E. 77

de 2 4c 00 ans. La véritable révolution, déduite de nos obfer- vations les plus exactes, cft de 25920 ans. Il faut donc croire que CCS 144 années n'étoient point folaires, & que par ce mot il faut entendre quelque période plus longue. Or, on trouve chez les Tartares une période de 1 S o ans qu'ils appellent Van{a)^ 144 fois 180 ans font précifémcnt 25920 ans. Nous répéterons toujours que le hafard ne produit point de pareilles reflemblances. Les Lidiens ont conlcrvc cette tradi- tion fans doute fort ancienne à leur égard , & fans connoître l'efpece de période désignée par ces années. Ils ont mêine de- puis renouvelé , mais avec moins d'exactitude, la connoifiance du mouvement des fixes ; & la tradition, qui nous a été tranf- mife par eux, nous indique qu'ils avoicnt fuccédé à un peuple , aulîi avancé que nous fur ce point important de l'Aftronomie.

§. X I I L

Nous allons plus loin, & nous penfons qu'il n'efl: pas im- poffiblc que l'une des opérations les plus célèbres de nos fiecles modernes , celle de la mefure de la terre , ait été exécutée dans ces fiecles reculés. Une probabilité très-forte nous conduit à cette opinion. Ariftote [b] rapporte que de fon tcms les ma- thématiciens eftimoient le degré de i i i i ftadcs , &; la circon- férence de la terre de 400000. \^zs favans conviennent au- jourd'hui que par ces ftades on ne peut entendre ni le ftade grec, ni le ftade alexandrin. Le moindre de ces ftades donneroic une mefure prefque double de la véritable ; les mefures \cs plus grolîieres ne comportent point de pareilles erreurs.

Par une évalution du ftade , qui nous eft particulière , & que nous croyons exacte, nous trouvons que cette mefure donne

{^a) Infra j Éclaire, Liv, III, j. 14. i^b) Dt cxlo, Lib. II.

jZ HISTOIRE

le degré de ^7066 toifcs ; à 6 toifes près de celui qui eft déccrminé par nos mcfurcs modernes {^). Précifion bien finguliere fiins doute , fi elle appartient à ces premiers tems. Savons-nous jurqu'oii on y avoit porté la perfection de l'Af- tronomie ? Nous n'en pouvons prendre une idée , que par des connoiflances détachées ; mais l'enfemble nous échappe, & c'eft cet enfemble qui conftitue l'état de la fcience. L'avantage que nous avons , en écrivant l'hiftoire de l'Af- tronomie , eft de rapprocher tous les faits que nous avons préfens devant nous , &c de pouvoir mieux pefer les vraifem- blanccs , lorfque les preuves nous manquent. Cette mefure , précifement parce qu'elle eft très-exacte , n'eft point l'ouvrage des Grecs qui ont précédé Ariftotc. Nous ne voyons dans r Afie aucune des anciennes nations à qui elle puiiïe appartenir. Ce qu'ont fait les Chinois & les Chaldéens dans ce genre n'eft auprès de cette mefure qu'une approximation grolhere. Cette dé- termination, les progrès des fciences àc des arts qu'elle fuppofe, ne peuvent être attribués qu'à un peuple inconnu dans l'anti- quité. Mais comment ce peuple feroit-il refté inconnu , s'il avoit été contemporain des Indiens & des Chaldéens , lorfque leur réputation dans la philofophie & les fciences nous eft par- venue ? H faut donc croire que ce peuple eft antérieur: on peut même foupconner que cette mefure de la terre fut envoyée de

( * ) Nous établiffcns ce ftade de j i toi- de 5 1 toifcs ( xMef. itin. pag. 84 ). Ces deux

fes I pied 1 pouce -^. Nous croyons cette évaluations donneroient au degré jyijStoi-

évâluation exaa. & Vraie ; mais quand on f«. Çu y^66i toifes; ce qu. diffère tout au

ne I'adm=nro^t pas , notre opinion n'en plus de 400 toi es de notre mefure du degré,

fcroit point ébranlée. Ce Ibde étoit déjà Cette cxaduude eft trcs-graude & fuffirou

connu avant nous : M. de Tlfle l'a foup- po^r fonder toutes les conclufions que nous

çonné { Mêw. AcaJ.desSc. 17^ , P- éo). e" "tons ici ; "la-s nous elp.rons fa.re voit

M. Freret l'âahut de n toifes 2. pieds t dans 1 H.fto.re de 1 Aftronom.e moderne ,

pouces II iioncs ( Mém Ac^d des Inf. que notte valeut du ftade, qui donne une

tome XXlv;pae. 504 ). M. DaravlUe le exactitude encore plus «onnantc , eft pte-

déduit de quelques mefures géographiques terabk à toute autre evaluauou.

DE L' A S T R O N O M 1 E. 79

l'orient à Ariftote par Callifthenes , avec les obfervations de Babylone , elle avoit été confervée par la tradition chal- déenne , 6c que cette nation qui n'en connoilToit pas elle-même la préci{ion,la tenoit de ce peuple antéiicur qui a éclairé tous les autres.

§. X I V.

C'est alors, c'cll chez ce peuple que vivoit le fameux Mercure Trilmegjfte des Grecs, le Thaut ou Thoth des Egyp- tiens , le Butta des Indiens qui n'efl qu'un feul èc même per- fonnage placé à la fource commune de ces peuples , & que ces peuples (e font également approprié. Manethon, qui con- noifToit parfaitement les antiquités égyptiennes, le place avant le déluge. Il n'y a point de doute que Mercure & Thoth ne loient les noms d'un ieul homme. Un uiage des Indiens nous fait croire qu'il eft le même que Butta. Le quatrième jour de leurfemainc eft dédié à ce fondateur de leur philofophie, comme il l'eft chez les Egyptiens à Thoth , fondateur des arts les plu: anciens : & ce jour eft également marqué, chez l'un & chc; l'autre peuple, par la planète que nous nommons aujourd'luu Alercure (a).

L'inventeur du zodiaque 5c de l'année folairc , dont le non- fut peut-être Hercule , comme nous le dirons dans la fuite d( cet ouvrage , nous fournit quelques fynchronifmes qui méritent d'être remarqués. Nous avons dit que la première divifion du zodiaque , qui place l'équinoxc au premier degré des gémeaux, a être taite vers l'an 4.600 ; quelques conjeclures que nous avons établies fur la diminution apparente de l'année folaire , femblent placer la détermination de cette année de

(û) Mémoires de l'Académie d«s Infctip. tom, XXXI, page 117.

8o HISTOIRE

3 (35', 5'% 51', 3 <J » déduice de la période de 600 ans, vers l'an 4300 ou 4400 (a). D'autres conjecliircs fur le lieu de l'apo'J-ée du foleil dans cçrtains calculs indiens nous condui- roient également à l'an 4200 (^}.

Diodore de Sicile nous apprend que l'Hercule oriental , qui fut le modèle de l'Hercule Grec , précéda ce héros de i o o o o ans(<:). Ces loooo ans ne peuvent être folaires ; nous ne connoillons point de traditions confervées pendant un û long intervalle de tcms ; nous foupconnons que ces années font de quatre mois. Elles font d'une cfpece finguliere , il eft vrai; mais elles font atteftées par toute l'antiquité , & notre fuppo- fition eft légitime. En conféquence les i o o o o ans Ce réduifent à 3333 ans, qui , étant ajoutés à l'année i 3 8 3 (i/) l'on place la naiftance d'Alcée, fils d'Alcmene, furnommé Hercule, don- nent pour époque de l'Hercule oriental l'an 47 i 6 avant notre ère. On fent que ces époques de la détermination de l'année folaire, de la première divifion du zodiaque, 6c du tems vivoit l'Her- cule oriental, ne peuvent être eftimées qu'à quelques fîecles près ; &; la différence de deux ou trois fieclcs n'empêche pas qu'il n'y ait une forte de coïncidence dans ces époques. De forte qu'on pourroit regarder celle de l'an 4700 &: les fiecles voifins comme le tems l'Aftronomie étoit floriffante , ces différentes inventions ont été faites ^ & les arts fublidiaires cultivés,

§. X V.

On ne peut douter que le peuple qui avoit porté l'Aftro- nomie à ce déféré de perfection , n'eut inventé bien des arts

(a) Bailly , Mém. Acad. Scien. 1773. { c ) Hift. U.niv. Liv. I , feft. l , § . 13.

{t) Infra , Éclaire. Liv. III. J. 16, (i) M freret , Def. de la Chron. 'i- (■].

qui

DE L'ASTRONOMIE. Si

qui ont été perdus pour longtems , Se cnfuite renouvelés fur la terne; tel eft l'ufage de la bouflble qui cft très-ancien dans l'Alic (cz), ainfi que celui des clcpfidrcs , & peut-être celui du pendule dont les Arabes ont eu connoiflancc [b). Ce peuple avoit certainement des inftrumens aftronomiques qui , comme nous l'avons démontré dans le livre précédent , étoient nécef- faires pour certaines découvertes. L'ufage du gnomon, égale- ment néceflaire, paroît devoir remonter à cette antiquité- Les anciens obélifques ont été des gnomons. Pline [c) dit que le premier qui lit confbruire des obélifques s'appelloit Miftrès ou Mitres , qu'il regnoit dans la ville du foleil , 6c que les obé- lifques furent appelés ainfi parce qu'ils imitoient la forme des rayons folaires. Ne pourroit-on pas en conclure que les pre- miers obélifques ont été élevés en Ade , oii ces monumcns font très-anciens (^), il y avoit des villes du foleil comme en Egypte {e) y èc oii étoit établi le culte de Mitra ou du foleil ? l^cs Lidiens appellent également Mitraha le génie qu'ils font préfider à cet aftre (/"). Ces conformités, ainfi que l'ufige d'o- rienter les bâtimens , commun à tous les anciens peuples, &z qui n'a pu être fondé que fur la connoiirancc du gnomon , rappelle ces peuples & cet ufage , à une fource commune qui ne peut être placée qu'au tems dont nous parlons. Dans la tra- duction du Shaftah par M. Holwel , Se dans une traduction manufcrite trouvée dans les papiers àc M. Commerfon , que poflede AL de Buffon , on voit que les Indiens reconnoiflbicnt

( a ) Infrà , Livre IV , §. u. Li; P. Pezton place le règne de cette Reine

(i) Voye^ l'Hiftoirc de rAftronomie vers l'an 1139 avant J. C. Ant. rétabl. p.

moderne. 147.

(c) Lib. XXXVI, c. 8. (e) Palmyre étoit appelée Balbeck , ou

X "i ) Diodore parle d'une aiguille pyrami- ville du Soleil , Herbelot , Bib. or. y, 181.

dale drelTée par les ordres de Scmiramis, fur (/") Mémoires de l'Académie des Inf-

le chemin de Babylone , Lib, II, $. 11. cripùons, tom, XXXI, p. 1^8 , 411 , 4}S,

8t HISTOIRE

quinze mondes ou quinze planètes. M. de Buffbn a été frappe de cette fingularité , comme nous l'avons été nous-mêmes. L'antiquité n'a jamais connu que fept planètes. Depuis la dé- couverte du télefcope , notre Aftronomie moderne en compte feize , une de plus que les Indiens. On n'en peut donc conclure aucune conformité entre leurs opinions & les nôtres. Quelle feroit la planète qu'ils auroient rejetée de ce nombre ? D'ail- leurs la connoiflfance des fatellitcs de Jupiter de de faturne fup- poferoit celle du télefcope ; &: quelqu'avancée qu'eût été l'Af- tronomie à cette époque , nous n'olons pas lui attribuer une découverte qui auroit dilparu de defTus la terre ians laifler au- cune trace; à moins que l'on ne fuppofe que ces longs tubes, dont Hipparque a faire ufage , 6c que l'on retrouve à la Chine (û), ne foit un refte de cette ancienne invention; de que, l'arc de tailler les verres & de les polir s'étant perdu , la tradition n'ait confcrvé que l'ufage des longs tubes , qui fer- voient alors dans les obfervations à écarter les rayons la- téraux (*).

§. X V L

Il eft peut-être encore quelques opinions des anciens qui bien pefées pourroient faire foupçonner l'ufage ansérieur du télef- cope. La première eft celle de quelques philofophes qui re-

( * ) M. le Comte de Cailus , dans les Si les télefcopes avoicnt été connus du tems

Mémoires de l'Académie des lafcriptions , de Strabon , comment les autres Ecrivains

foupçonne que l'ufage des lunettes ou des n'en auroient-ils rien dit ; Il faudroic un

télclcopesa pu être connu des anciens. C'eft partage bien clair Se bien pofitif pour éta-

un partage de Stiabon , qui lui a fait naître blir ce fait, malgré le filence abfolu &

ce foupçon. I! s'agit d'expliquer la grandeur général des anciens ; ou bien il faudroit

des aftres à l'horifon. Voici le palfage tel luppofer que Strabon rapportoit une an-

qu'il l'a traduit. Les vapeurs font le même cicnne explication qu'il n'entendoit pas lai-

«ffet que les tubes ; elles augmentent les même apparences des objets. Strabon. Lib. III , ( a ) Voye^ l'Hiftoire de l'Altronomit

Hift. Acad. Infcrip. tom. XXVII , p. €i. moderne.

DE L" ASTRONOMIE. Sj

gardoient la lune comme un monde femblablc au notre. Cer- tains peuples alloient même jufqu'à dire qu'on y voyoic dif- tinclcment des montagnes. Comment a-t-on vu ces montagnes ? Comment ces peuples ont-ils pu adopter cette idée, fans qu'elle fût démontrée par le télefcope ? La féconde opinion eft celle de la lumière blancheatre de la voie la6tée, que les anciens ont expliquée par la lumière réunie de plufieurs petites étoiles in- fenliblcs à la vue. La philolophie pour s'élever à cette expli- cation a du s'appuyer fur quelques faits; l'analogie n'eft d'aucun fecours, fi le télefcope n'a pas fait appercevoir ces petites étoiles dans quelques-uns de ces nuages lumineux, femés fur l'azur du ciel , &: lemblables à la voie lacléc.

Une autre opinion bien plus étonnante eft celle du retour des comètes. Une comète en reparoiffant à nos yeux, après de longs intervalles , n'a pas toujours les mêmes cara£tercs. Elle ne prend fa longue queue qu'en paflant près du foleil. Avant Se après ce paffage une feule peut paroître comme deux co- mètes différentes. Suivant fa diftance à la terre , luivant la po- fition de nôtre globe , elle peut briller dans une première ap- parition , 6c dans une féconde n'être prefque pas vifiblc à la vue limple. Combien de comètes ont reparoître fans être reconnues , remarquées , ni même apperçues. L'alternative eft néceflaire ; ou il a fallu des lîecles infinis d'obfcrvations pour fonder cette opinion liiiguliere fans le fecours du télefcope, ou bien , tl l'on veut refferrer ces obfervations dans la durée limitée des peuples èc des empires , il faut admettre l'ulage de cet inf- trumentqui, multipliant la lumière, amplifiant les objets , étend lafpherc de l'organe, 2c donne à l'œil attentif la faculté de tout voir ôc de ne rien laiffer échapper. Cet uf âge ne pourroit avoir appartenu qu'aux tems qui nous occupent maintenant , puifquc la tradition écrite, ou l'hiftoire, n'en conferve aucun fouvenir.

84 HISTOIRE

Mais cette conje£lure , fans appui dans l'antiquité , fcioit trop hardie : nous nous contentons d'avoir expofé les faits qui peu- vent la faire naître & non l'autorifer.

Nous devons remarquer que les conjectures, fur lefquelles nous fondons les connoifTances attribuées ici à la plus ancienne Aftronomie , ne font point de la même nature. Elles ont cha- cune un grand degré de probabilité , & comme ces différentes connoiflanccs rentrent les unes dans les autres , fe luppolcnt même mutuellement , tous ces degrés de probabilité s'accu- mulent, fe prêtent de l'évidence & deviennent par leur réunion la preuve completcc de l'cxiftcnce d'un grand peuple, poflcflcur de cette fcience approfondie , dont nous recueiilons l'hiftoire dans les faits épars de l'antiquité fie dans l'obfcurité des tra- ditions.

§. X V I I.

Une foule d'ufages anciens réclament également un peuple antérieur & une lource commune. Les fêtes de l'efFufion des eaux , ou les hydrophories, celle des faturnales , la célébration des néoménies , le culte des hommes & leurs pèlerinages fur les montagnes , les terreurs qu'infpiroient les grandes conjonc- tions des planètes ; ces idées de périodes qui afTujettiflbient la terre au mouvement des aftres , & qui annonçoient la fin ou le renouvellement de toutes chofes; les fêtes &c les ufages des Chinois femblables à ceux des Egyptiens ; ces prétendus géans que les Indiens 6c les peuples du nord font ainfi que les Grecs com- battre contre les dieux ; les myfteres dont les prêtres envelop- poient les principes des fciences èi. la vraie philofophie ; toutes ces idées , que l'on retrouve depuis le nord de l'Afie , jufqu'au midi de l'Inde, &c depuis les bords du Gange, jufqu'aux bords du Nil , femblent démontrer que les peuples effrayés par les

DE L' A S T R O N O M I E. 85

mêmes craintes , imbus des mêmes piéjiigés i^ des mêmes er- reurs , rortoient de la même tige, &: defcendoient d'un peuple auteur de ces préjugés &: de ces erreurs. Car l'homme tou-. jours femblablc à lui-même par ies goûts èc l'es fenfations, diffère par Tes conceptions &C Tes idées ; il n'a de point commun que la vérité. Les chemins de l'erreur font infinis ; ils font infini- ment divcrgcns. Les hommes ne peuvent s'y rencontrer que quand ils font partis enfemble du même point ; & ce même point , naquirent tant de préjugés 6c d'erreurs, eft le peuple antérieur qui les a répandus lur la terre. La réputation qu'il s'étoit acquife par la philolophie de par les fciences , conferva ics erreurs comme les connoiffances, &i les débris des unes £c des autres furent l'héritage des peuples qui lui fuccédcrcnr.

D'autres inftitutions , d'autres ufages portent encore l'em- preinte ineffable de ce peuple inventeur. Les mefures longues que l'on retrouve chez les Grecs &c chez les Romains ont la plupart la même origine. Elles tiennent à un fyftéme de mefures combinées , liées à un rapport exaâ; qui dérive d'une me- fure unique & univerfclle. Ces meiures, qui fe retrouvent en tout ou en partie chez tous les peuples orientaux , forment une preuve évidente que le fyftême général eft Touvrao-e d'un peuple antérieur , enfeveli dans l'oblcurité des premiers tems duquel tous les autres ont partagé la fucccllion {a). La mufique nous fournit une nouvelle preuve. « Le fyftême mufical des « Chinois, pris dans fes termes originaux, commence préci- " fément oii finit celui des Grecs. Si le fyftême des Grecs &c « celui des Chinois ne font enfemble qu'un feul èc même 3> fyftême , un tout parfaitement complet ; il eft évident que

( a ) Ce qui concerne les mefures Ion- jointe à notre Hiftoire de l'AIbonomic mo- gues fera ciaité à part dans une dilTercation dernc.

t6 HISTOIRE

jj ce touc a été le ryftême de quelque peuple plus ancien que n les Grecs 6c les Chinois , ôc que ce font les démembremens « de ce fyftême primitif, qui ont formé difFérens fyftêmes M chez diverfes nations {a) ". Nous avons rencontré avec fa- tisfadlion ce pafTage, fi conforme à l'idée que nous développons ici. M. l'Abbé Rouiller y a été conduit par la mufique des anciens , comme nous par leur Aftronomie. Il fcmblc que la vérité feule puiffe faire rencontrer ainfî deux hommes qui ne fe font point communiqués , & qui font arrivés à la même conclufion par des recherches particulières fur des fciences différentes.

§. XVIII.

Nous appuirons cette opinion par une dernière conjecture de la même force. Nous la tirons du véritable fyftême du monde, qui place le foleil au centre des mouvemens céleftes ; fyftême renouvelé par Copernic, &c dont ont fait honneur à Pliilolaiis & à l'école pltliagoricienne. Jamais un pareil fyftême n'a pu être conçu dans la Grèce, ni dans l'Italie. Croira-t-on qu'il étoit appuyé par des faits chez les Grecs qui n'ont fait aucunes obfervations ? Oferoit-on dire que l'efprit humain puiffe s'élever feul à ce fyftême fans des faits qui l'y condui- fent, 6c qui donnent de la vraifemblance à une vérité con- traire au témoignage des fens ? L'homme voit le foleil , chaque jour &c chaque année, embraffer la terre par fes deux mouvemens ; il voit les étoiles, entraînées en apparence parle ciel , paffer fur (a tête , èc parcourir l'efpace qui fépare l'orient de l'occident ; il ne tranfportcra point ces mouvemens à la terre , dont il croit fentir l'immobilité , qu'il n'ait approfondi

(a) M, l'Abbc Rouffier , Mim.Jur lu Muf que des Anciens , pag. i8, 31.

DE L' A S T R O N O M I E. 87

tous les faits , épuité toutes les hypothefes pour expliquer ces faits, & que, prefTé par la nëcellité de concilier les uns avec les autres , fatigué des abfurdités qui naiflent du mouvement du foleil 6c des étoiles , il ne fe fente forcé à les condamner au repos , à contredire tout ce qu'il voit , & à fe fier davantage à fa raifon de à fes calculs qu'au témoignage de les yeux. Mais ce parti eft extrême , c'effc le dernier auquel on a du avoir re- cours. Si en phyliquc la vérité , conlidérée d'abord comme hvporhefe , eft fouvcnt la dernière qui fe préfente à l'efpric humain , c'eft fur-tout dans le cas préfent. Les Egyptiens & les Chaldécns s'étant contentés d'obfervcr les aftres, fans tenter d'expliquer les apparences de leurs mouvemens , n'ayant fait aucune hypothefe , n'ont pas feulement foupçonner que le mouvement de la terre fût poiTible. Les Grecs , à l'époque de Pithagore, ne faifoient qu'entrer dans la carrière aftronomiquc; ils ont été encore moins dans le cas de le foupçonner. Ce fyftême fi philolophique s'eft conlcrvé dans rLide,oi.x nos mif- fionnaires l'ont trouvé. Il n'cft pas douteux que Pythagore ne l'eût puifé à cette fource. Mais fi les Indiens l'ont tranfmis à Pythagore , ce fyftême n'étoit point leur ouvrage , il venoit de l'héritage du peuple qui a tenu le fceptre des fciences dans i'Afîe. Ce fyftême , ainfi que les périodes inventées , les mé- thodes qu'elles exigent ne font point les feuls reftcs de fon génie., On lui doit peut-être toutes les idées philofophiques qui ont éclairé le monde. Ces méthodes favantes , pratiquées par des ignoranSjCes fyftêmes, ces idées philolophiques, dans des têtes qui ne font point philofophes , tout indique un peuple anté- rieur aux Indiens & aux Chaldéens: peuple qui eut des fciences perfectionnées , une philofophie fublime &; fage , & qui , en difparoiffant de deflus la terre a laiiïe, aux peuples qui lui ont fuccédé , quelques vérités ifolées , échappées à la deftruûion ,

88 HISTOIRE DE L'ASTRONOMIE.

5c que le hafard nous a confervées. Ainfî l'antiquité , Ci célèbre par plufieurs nations favantes , n'offre depuis les Chaldéens Se les Indiens , jufqu'à Hipparque , que les débris des connoif- fances de ce peuple dont le nom même eft inconnu aujourd'hui.

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HISTOIRE

HISTOIRE

DE L' ASTRONOMIE ANCIENNE.

LIVRE QUATRIEME.

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Des premiers tems après le déluge j ù de V Aflronomic des Indiens ù des Chinois.

PREMIER.

ji"3LU s s i-T oT après le déluge le genre humain, renouvelé, fc difperfa , 2c la terre s'écant repeuplée, quatre grandes nations s'élevèrent, favoir, les Indiens, les Chinois 6c les AiTyriens dans l'Alie , les Atlantes dans l'Afrique , ou plutôt les Ethiopiens & les Egyptiens qui leur fuccéderent. Chacune des colonies , qui furent l'origine de ces nations , emporta quelque notion des connoilTances échappées au déluge. Mais les nations les plus richement partagées dans cette Tucceffion , furent celles de i'Ade qui refterent dans le pays même avaient habité les premiers hommes. Les unes n'avoient que la tradition , les autres avoient de plus les monumens. Car nous penfons que les obfervations , les réfulrats , les préceptes aftronomiques , tout écoit gravé fur des pierres ^ 6i la tradition qui fublifta après

M

HISTOIRE

le déluge , fut tirée des inftruftions écrites fur ceux de ces mo- numens qui réfifterent à l'inondation générale. Ces faits , ces préceptes tracés en caraéleres hiérogliphiques , fort abrégés fans doute , n'étoient accompagnés d'aucune explication ; la mémoire s'en conferva , mais l'utilité & l'ufage s'en perdirent. Voilà pourquoi l'on retrouve chez les Indiens tant de préceptes fans explication , chez les Chaldéens tant de périodes dont on ignoroit les avantages ; en un mot , comme nous l'avons dit , les débris plutôt que les élémcns d'une fciencc.

§. I I.

Il y a apparence que les hommes qui ont précédé le déluge, à mefurc qu'ils découvroient de nouvelles périodes ou de nou- yelles révolutions , tenoicnt compte du nombre de ces révo- lutions écoulées depuis l'époque de leur exiftence ; enforte qu'a- près un tems quelconque ils pouvoient toujours dire : il s'eft écoulé tant de jours , tant de lunes , tant de révolutions du foleJl,tant de périodes des éclipfes , &:c. Ces dilFérens nombres étoient peut-être écrits fur différens monumens. Chaque peu- plade, qui s'eil: éloignée de la fource après le déluge , a compté les anciens tems qui l'ont précédé par différentes révolutions, fuivant les monumens qu'elle avoit confultés. De cft née la diverflté des nombres d'années , quelquefois prodigieux , qui forment les antiquités de chaque peuple ; &. en même tems l'accord de ces nombres fi différens , lorlqu'on les ramené à ces diverfes manières de compter le tems. Ces réducl:ions ont fondé le tableau que nous avons préfenté dans le premier livre; tableau d'où il réfulte que tous les peuples anciens femblcnt s'accorder à donner à ces tems reculés, dont la tradition a furvécu aux malheurs de la terre , l'intervalle de 22 à 24. fiecles. Les différences d'un ou de deux iîecles ne font ici aucun effet , parce

DE L'ASTRONOMIE. 9^

qu'il eft plus que vraifcmbliiblc que la numération fuppoféc de CCS différentes révolutions ne pouvoic commencer , ni finir précifément à la même époque.

§. I I I.

C E s T à la difperfion des hommes qu'il faut rapporter la naiflfiince des flibles. Les hiérogliphes mal entendus, les récits exagérés, &c le goût naturel de l'homme pour le mervedlcux en font les fources naturelles. On peut rappeler à l'Aftronomie, comme a fait M. Court de Gebelain , l'origine de pîufieurs de ces fables. Mais fuivant notre principe , que toute fable eft l'en- veloppe de la vérité , nous diftinguerons ce qui eft fimple 6c naturel, de ce qui eft contre la vraifemblance èc l'ordre de la nature. L'un eft la vérité hiftorique , le refte eft allégorique & fabuleux ; ce font les ornemens dont l'exagération te le ftile figuré des orientaux embelliiïbient les récits. Telle eft la fable d'Hercule , l'on reconnoît vifiblement l'allégorie. Il eft le f/mbole du foleil en général , & en particulier du foleil du printems ; Heb^, qu'on lui donne pour femme , eft le fymbole de la jeunefle de la nature qu'il ramené tous les ans. Ses i i travaux font les i i fignes du zodiaque. Il n'y a pas jufqu'au combat des Amazones , qui , félon M. de Gebelain , ne falTe allufion au cours du foleil. Son explication eft vraifcm- blable Se ingénieufe {a). Jufqu'au mois de mars les nuits ont difputé au foleil , c'eft à-dire , à Hercule , la ceinture célcfte ou le zodiaque. Le mot ama:^ones eft formé de deux mots , dont l'un fignifie réunion , & l'autre zones. Ce font les nuits qui toutes cnfemble i-egnent fur la même zone. Jufqu' alors , plus

( a ) En général rien n'eft plus ingénieux par M. Court de Gebelain. Elles font dc- que les éthymologies & les fources des firct de poiléder le diûionnaire qu'il pro- mocs Je nos langues modernes , indiquées inec.

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92 HISTOIRE

longues que les jours, elles ont eu l'empire du ciel : enfin. Hercule devient le maître, il leur arrache la ceinture. La reine qui livre cette ceinture s'appelle Ménalippe , c'eft-à-dire, reine aux che- vaux noirs , emblème de la nuit. La vicloire d'Hercule , ou du foleil de l'équinoxe du printems, arrive, félon la fable , fur les bords du Thermodon, dans un lieu appelé Thémifcire; mais le Thermodon lignifie fleuve de chaleur , parce que la chaleur commence au mois de mars dans les contrées orientales : & le mot Thémifcire , qui littéralement fignifie égalité des nuits , équinoxe , donne en effet le plus heureufement du monde la clef de l'énigme. De même les neuf mufes font les neut mois de l'année , pendant lefquels l'homme travaille à la terre ; les trois grâces font les trois autres mois , les mois du repos, de l'amour & du plaifir. Les cinq dacLiles qui accompagnent Hercule, l'ont les cinq planètes qui accompagnent le foleil. Les 5 o fils de ce héros font les 5 o femaines de l'année , dans le tems qu'elle n'avoit que 350 jours, avec cinq jours épagomenes pour com- pletter l'année lunaire. On peut y ramener encore les 5 o da- naïdes ; Hercule feul leur fufiit à toutes , parce qu'en effet une révolution du foleil embrafTe 5 o femaines &; plus. Aux enfers elles rempliiTent des tonneaux percés, parce que les 50 fe- maines s'écoulent fans cefîe , Se ne finiffent que pour recom- mencer. Les fept fils que Saturne a de Rhéa font, dit-on encore, les fept jours de la lemaine , les fept filles qu'il a d'Aftarté iontles fept nuits (a). On ne peut fe refufer à quelques-unes de ces ex- plications, 6c fur-tout à celle de la vie fabuleufe d'Hercule; mais nous ne penfons pas que les anciens ayent jamais pu porter le goût des figures jufqu'à rcpréfenter , par l'hiftoire d'un homme ima- o;inaire , la courfe du foleil Sc les effets de fon influence fur

( <j ) Jablonski , Panthcpn Egyptionim. Foyei aufli M, de Gcbelain,

DE L" A S T R O N O M I E. 93

Ta nature. Nous croyons y reconnoître ce qui doit caracléiifer l'inventeur de l'année folaire &C des i 2 lignes du zodiaque , nommé fans doute Hercule. On ne pouvoit le mieux défigner que par Tes ouvrages, par les inventions. On ajoutoit à fon nom 6c à Ton éloge les divcrfes influences du foleil qu'il a voit fait connoître, les circonftanccs qui accompagnent fon cours, les animaux placés dans le zodiaque. Il n'efl: pas difficile d'ima- giner comment toutes ces chofes, exprimées d'une manière mé- taphorique, ont donné lieu aux fables. Les figures ont été prifes pour des faits ; èc l'Aftronome , devenu dans l'orient le fym- bole du foleil dont il avoit décrit la couriè,afubi une nouvelle métamorphofe dans la Grèce, qui appliqua à fes anciens héros toutes les fables orientales , &: celle-ci en particulier à Hercule l'argonaute [a). Alors ce ne fut plus ni un aftronome , ni un fymbole , mais un héros dcftructeur des jnonftres qui défoloient fa patrie.

§. I V.

Le premier culte, quand les hommes eurent abandonné le vrai dieu , fut le culte des affcrcs. Il eft de la plus haute anti- quité chez les Arabes. Les hommes , pcrfuadés que le mou- vement n'appartient qu'aux êtres vivans , penferent que les aftres qui fe meuvent eux-mêmes dans l'efpace éthéré, étoient animés par des intelligences lupérieures. C'eft du nombre des fept planètes, qui furent les fept premiers dieux , que naquirent