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INSCRIPTIONS DE uORRHON
DECHIFFREES
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YILH. THOMSEN,
FC0PES6EUK DE PHILOLOGIE COMPAREE A LUKIVERSITE DE COP' AOUE.
Suomalais-ugrilaisen seuran toimituksia. V. — Mémoires de la Société Finno-Ougrienne. V.
~TP?-> ^"»
HELSINGFORS.
IMPRIMERIE DE lA SOCIÉTÉ DE LITTÉRATURE FINNOISE.
1896.
Table des matières.
Pages.
I. L'alphabet 5.
Voyelles 10.
Consonnes 16.
H. <1,4' 18.
=1, R 19-
Y, $ 20.
^, h 22.
B, X 23.
1 -
à.Sdi) 24.
D, ^, B 26.
H, ). rf, >^ 28.
H, T 31.
nI, Y 33.
A, Y 34.
S. |. ¥, fi' 36.
n, ^, ^ 40.
Double point 43.
Remarques sur l'origine de l'alphabet 44.
II. Transcription et traduction des textes (monuments I et II) 55.
Introduction 57.
Monument I. Côté de l'Est, avec II, Côté de l'Est,
2—24 97.
— Côté du Nord 111.
4Ô5144
Pages.
Monument I. Côté du Sud, avec II, Côté du Nord 1—8 114.
— Côté du Nord-Est 119.
— Côté du Sud-Est 120.
— Côté du Sud-Ouest —
— Côté de l'Ouest 121.
Monument II. Côté de l'Est 122.
— Côté du Sud-Est 128.
— Côté du Sud 129.
— Côté du Nord 131.
— Côté de l'Ouest, Fronton 133.
— Côté du Sud-Ouest 134.
Notes 135.
Additions et rectifications 188.
I. Index analytique des matières 199.
II. Index turc. a. Lexique 201.
b. Grammaire 209.
Appendice. L'inscription chinoise du monument I. Nouvelle
traduction anglaise par M. E.-H. Parker 212.
Remarques finales 217.
Dans la Notice préliminaire intitulée Déchiffrement des inscrip- tions de VOrkhon et de Vlénisséi et que j'ai publiée dans le Bulletin^ (le r Académie Royale des Sciences et des Lettres de Danemark pour Tannée 1893 (p. 285—299), j'ai communiqué l'alphabet des remar- quables inscriptions mentionnées, surtout de celles de l'Orkhon, tel que j'ai réussi à le déchiffrer, et j'ai brièvement indiqué la voie suivie par moi pour atteindre à ce résultat, voie qui m'a conduit à commencer par déterminer les signes des voyelles par opposition aux consonnes, puis à apprécier séparément tous les autres signes, les mots h T H h tàngri, rV $ h h Y f^ ^ kûHigin et R T P K ^f^rk me servant de point de départ. Finalement j'ai montré que la langue de ces inscriptions qui proviennent essentiellement du peuple appelé Tou-kioue par les historiens chinois, est un idiome turc pur, plus ancien qu'aucune des langues turques que nous connaissons jusqu'ici.
Je terminai cette courte notice en disant que je me réservais de communiquer ailleurs et en détail les résultats de mon déchiffre- ment C'est là ce que je vais soumettre au monde savant. Je ferai d'abord quelques remarques sur l'alphabet, soit pour montrer ou — comme il serait prolixe, sinon impossible de répéter en détail toutes les considérations qui ont précédé les résultats définitifs, — au moins indiquer par une série d'exemples pourquoi j'ai assigné à chaque signe la valeur que je lui ai donnée, soit pour faire ressortir ce qu'il pourrait d'ailleurs y avoir à remarquer à l'égard de la ma- nière dont l'alphabet sert dans les inscriptions à représenter les divers sons. Ceci me fournira aussi l'occasion de parler de divers phénomènes en fait de grammaire, tandis qu'il est en dehors du plan de cet ouvrage, de donner sous forme cohérente une grammaire ou un vocabulaire. J'y ajouterai quelques mots sur l'origine présu- mable de l'alphabet. Dans la seconde partie de mon ouvrage, j'es- sayemi de donner une transcription et une traduction des deux grandes inscriptions de l'Orkhon.
— 4 —
Je dois tout d'abord faire remarquer que, si les langues tur- ques ne me sont point étrangères, il s'en faut pourtant bien que je puisse me vanter d'en faire une spécialité. Si donc on veut consi- dérer la difficulté particulière du sujet, Ton s'étonnera d'autant moins d'y voir que j'ai dû renoncer à expliquer divers détails ou qu'il y en a qui ne me font que trop bien sentir l'insuccès de ma tentative pour aller jusqu'au fond. En général je ne doute point que le langage et le texte des inscriptions ne renferment un grand nombre de choses susceptibles d'être modifiées dans l'avenir par les recherches de savants plus versés que moi dans les langues turques et dans Thistoire de l'Asie orientale. Néanmoins j'ai l'espoir que mon travail pourra en tout cas servir de base à des études ulté- rieures sur les remarquables monuments devenus aujourd'hui abor- dables à la science ^).
^) A regard du premier monument de TOrkhon, l'éminent turcologue M. Kadloff, a déjà pris les devants sur moi en publiant une nouvelle reproduction typographiée de Tinscription de ce monument, suivie d'une transcription et d'une traduction allemande et en se servant de la clef trouvée et communiquée par moi (Die àlttûrkischen Inschriften der Mongolei, L Dos Denkmal bu Ehren des Ptineen Kûl Tegin. Von W. Eadîoff. St. Petersburg, 1894, 35 pages. Dans ce qui suit, je désigne cet ouvrage par Denkm, Kûl T.). Mon travail était déjà à peu près terminé, quand je reçus ce mémoire de M. Radioff ; mais après l'avoir reçu j'ai pensé devoir faire subir une revision à mon travail avant qu'on l'impri- m&t. C'est pour moi une grande satisfaction que non seulement M. Radioff ait accepté mon déchiffrement de l'alphabet — quant à un très petit nombre d'ad- ditions qu'il a cru devoir faire, j'en parlerai dans la suite — mais encore qu'à l'égard du déchiffrement des inscriptions, la grande majorité de ses résultats concordent parfaitement avec ceux auxquels j'étais déjà arrivé, tandis qu'il y a également des points dont l'intelligence lui a aussi peu réussi qu'à moi. Si, d'autre part, pour être juste, je dois reconnaître l'appui que m'a procuré le travail de M. Radioff en ce qui concerne l'intelligence de divers détails difficiles ou dou- teux, il y a aussi, soit pour fixer les leçons du texte, soit relativement aux prin- cipes de la transcription et à la manière de concevoir les formes de la langue en question, soit enfin concernant l'interprétation, un assez grand nombre de détails oit je suis arrivé à des résultats différents et, j'ose le croire, plus exacts que les siens. Il y a même certains points où son travail — je ne puis pas me dispenser de le dire, — me parait dénoter une exécution trop précipitée. Pour cette raison je n'ai pas non plus pensé que le travail de M. Radioff devrait me détourner de publier celui que j'avais annoncé dans ma Notice préliminaire. J'ai l'espoir qu'au moins dans une partie des points où je m'écarte de M. Radioff, j'ai réussi à approcher plus que lui de la vérité.
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— 8 —
que les fragments peu nombreux nous permettent d'en juger, le dia- lecte de cette inscription n'est pas „turc" proprement dit, mais ouigour.
D'autre part j'ajoute les variantes les plus importantes et les moins douteuses qu'offrent les inscriptions de l'Iénisséi ^). Du reste, quant à ces dernières inscriptions, je n'y toucherai que rarement: elles présentent tant de particularités qu'on doit en faire l'objet d'un travail à part. Ces particularités se révèlent, non seulement par les formes des lettres, mais encore pas la négligence qui y règne souvent, soit dans Tépellation des mots^ soit dans la manière dont les inscriptions ont été taillées. On ne peut donc pas s'étonner qu'évidemment l'édition imprimée n'ait pas réussi à surmonter tou- tes les difficultés que présentent l'identification des signes et la reproduction typographique de ces inscriptions, et qu'il y ait beau- coup de détails qui suscitent de grands doutes (nous en verrons des exemples plus loin): je suis convaincu que sans pouvoir consulter les originaux ou des estampages exacts, ce serait peine perdue que de vouloir en tenter le déchiffrement ou l'intei'prétation en totalité. Même le dialecte paraît différer un peu de celui des inscriptions de l'Orkhon: on peut supposer que c'est une forme ancienne du kirghiz 2). (Parmi les variantes, j'exclus les formes à rebours employées dans les cas où exceptionnellement on a écrit de gauche à droite. Je désigne par " qu'on emploie aussi la forme des inscriptions de l'Or- khon, et par — que telle lettre fait défaut, excepté les inscriptions dont le numéro est ajouté entre parenthèses.)
Dans le tableau j'exprime par un ^ les signes de consonnes qui ne s'emploient qu'en combinaison avec les voyelles vélaires {a, 0, u et, en général, y), et par 2 les consonnes dont l'emploi est restreint aux voyelles palatales.
*) Inscriptions de Vlénisséi recueillies et publiées par la société finlandaise d^ archéologie. Helsingfors 1889. — 0. Donner, Wôrterverzeichniss zu den Inscriptions de VUnissé'i, Ibid. 1892.
') Gomp. Klaproth, Journal asiatique II, 1823, p. 5 et suiv. = Mémoires relatifs à VAsie I, 1824, p. 160 et suiv. — Inscr, de Vlénisséi p. 7.
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Ajoutez encore le double point : qu'on emploie pour séparer les mots.
Eu allant faire plus ample mention des divers signes, je ferai encore reraarciuer une fois pour toutes que dans la transcription j'exprime des voyelles qui, dans le texte original, ne sont pas écri- tes, mais (lu'il faut sous-entendre, à Taide de petits caractères, par exemple "t^p i >J , et que j'emploie ^ entre deux mots qui dans l'original ne sont pas écrits séparément. Dans les exemples que je cite en cette partie de mon ouvrage, avec renvoi aux inscriptions I
— 10 —
ou II, je suis la (fausse) iudicatiou des lignes ^) donnée par les Ins- criptions de rOrkfiofi. Mais en général je n'ajoute point de renvois aux exemples, ces derniers étant aisés à retrouver à l'aide du voca- bulaire joint à l'édition mentionnée. De même, je regarde en géné- ral comme supei*flu que les exemples cités par moi soient addition- nés de parallèles avec les autres langues turques: je crois pouvoir supposer que, grâce au conservatisme phénoménal de cette famille de langues, la plupart de ces exemples seront d'emblée intelligibles poui* quiconque a de simples connaissances d'une langue turque.
Voyelles.
Pour désigner les voyelles, on a les quatre signes que voici: ^ Qy à h y, * y Oj u ^ ô, û.
Le premier de ces signes, J" , s'emploie presque exclusivement à la fin des mots, et y revient aussi avec une fréquence extraordinaire ; d'autre part, je ne saurais citer aucun exemple sûr dans lequel un a, à final des inscriptions de l'Orkhon eût été laissé sans indice 2). Au contraire, tant au commencement des mots qu'à l'intérieur, les voyelles a, à restent presque toujours sans indice. S'il faut lire a ou a, soit que la voyelle figure dans l'écriture, soit qu'on l'y omette, cela dépend des consonnes du mot. Il est ti^ès rare de rencontrer un mot où aucune consonne ne fournisse de renseignement décisif sur la nature des voyelles. Je cite comme exemples: ^^ ^ > ^ tuta^ tenant (gérundium), J' ^ Y Z i'^Y^cij sur la montagne, ^^ X f^ X S h i^nridd, au ciel, ^^ H ) Y H Q"Y"^gcij au khan, ^^ ^ T h ^ jfrkà, au pays, |^ ) "wy, ace, ^ >| "/iV, dat., J^ viv "nrfa, là (locatif, de n| > ol, il), rt* h ^ H "QJ'^î/^h son cheval blanc, ^^ S >> , à moi, sans doute comme dans la plupait des autres langues turques mana, non mVm*, en dépit du nominatif ^ >^ nvht. Comme exemples de remploi exceptionnel de J^ dans d'autres positions, Ton peut citer r^ h ^ J^ 1,34 = rt* h ^ n,35 atyn, son nom; J^ H >> J' ^ > ô Ij«
>) Voir ma Notice préliminaire p. 5—6 = 289—290.
*) M. Kadloflf l'admet assez souvent A mon sens, il a tort.
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bujiamqay ces signes; | >^ ^^ si Y > D ' I >^ ^^ ^ Y h S I»»' sffYtam^s ju^lam^s, ils se lamentaient et pleuraient (comp. la traduc- tion).
Parmi les autres signes de voyelles, le signe f^ est, à propre- ment parler, la voyelle t; mais, employé en combinaison avec les signes de consonnes qui caractérisent les voyelles vélaires, ce même f^ représente certainement un autre son, savoir la variation mixte qui se retrouve encore dans la plupart des langues turques, et res- semble à Vy polonais. Dans ce sens, par conséquent avec les con- sonnes du premier groupe (celles qui se combinent avec les voyelles vélaires), nous transcrivons f^ par y, et n'employons i qu'avec les consonnes du second groupe (avec les voyelles palatales). La pos- sibilité d'une troisième signification de f^ n'est peut-être pas exclue: j'y reviens tout de suite. — > est à la fois u (ou français) et o, \f sert et d'tï {u français) et d'd* {eu français). Quant à décider la- quelle des deux valeurs assumables pour chacun de ces signes on doit choisir pour les divers cas. Tunique règle pour nous est de suivre les dialectes turcs encore en usage. Il faut certainement admettre que la place des sons o, o a été, comme dans la grande majorité de ces dialectes, limitée à la première syllabe du mot. C'est donc seulement pour la part de cette syllabe qu'il peut quelquefois y avoir doute sur ce point, et cela dans les seuls cas où les dialec- tes actuels sont incertains, ou daas les mots qu'on ne retrouve dans aucun de ces dialectes.
Ces trois signes de voyelles s'écrivent toujours, ainsi que J", à la fin des mots, par exemple f^ ^ n| "^/y, six, h h h ^ ï^^h sept, r* T f' h ^^^'j "oï \ 1^8 ^sez nombreux dérivés adverbiaux en > 4 Y 'Y'^ru^ V T ^ •//*'*" comme > 4 V h 4 > vU Qtiryy'^ru^ en arrière, f' T (^ Y h %^''w, en avant; les géniudiums à terminaison vocali- que (égaux au thème du présent, moins r ?) comme | >^ T h ^ h 'J "iyjbirm's, littéralement: en prenant il donna, ^ h h *^*> faisant, r* Y r* olil mourant, > D s] ¥ ô ^'^^>, commençant, f^ ^ Y f^ I sul^jtl, entrant eu campagne, faisant une expédition, etc.
Au contraire, dans les affixes, eu dehors de la fin du mot, ces trois voyelles s'omettent plus souvent qu'elles ne s'écrivent, par exemple rP H ) s] V > o^/^/M^^, vos garçons (soldats P), rV >$> $ J
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"H^m^^j nous prîmes, Y ^ H T >^ h i^>nW^(i''pfY, porte de fer, ^ h h ^ hii^g^ écrit, Y (^ X h I ^sidi/l, écoute, >> X = ^ h À ^^^^^ ^^^ oncle; rP^>(=^>^> lén. XX,64) o/**^, trente, ) ^ > ô (= ) > ^ > ô 1,27 lén. XX,73, XXV,4ii) hud-n, peuple; ¥ >> f^ ^ kum^^ê, argent, rt^Àt* = rt'f^Àf^ ^^^^«, à cause de. Dans les cas tels que vU ^ 4 artuq^ plus, surplus, < >J ^ ^"'^^'j ville, la voyelle de la seconde syllabe est indiquée par la consonne finale.
En raison de la relation réglementée qui, dans tous les idiomes turcs, existe entre les voyelles d'un mot, il est, la plupart du temps, facile de suppléer la voyelle sous-entendue, et en tout cas c'est à peine si, pour les lecteurs du temps, ce point a pu susciter aucune difficulté. Autre chose est le fait qu'il n'en reste pas moins diverses séries de cas où nous sommes fondés à douter de la nuance de la voyelle ou, en d'autres termes, de la portée que peut avoir eue riufiuence de l'harmonie des voyelles. En cela ma pensée porte sur- tout sur les cas où, à proprement parler, un affixe a les voyelles grêles y, i et où le thème contient une voyelle labiale: o, m, o, î7. Dans les langues turques connues, ces cas admettent, en plus ou moins forte proportion, une afi'ection labiale de la voyelle de Taffixe 0* La question est celle-ci: Quelle attitude la langue de nos inscrip- tions a-t-elle piîse à cet égard ou, en tout cas, quels principes doit- on suivre dans la transcription? En somme, à mon sens, on doit soutenir qu'au moins dans la langue des deux grands monuments I et II, l'influence labiale de ce genre a été moins prononcée que dans la plupart des idiomes turcs plus récents, principalement dans les mots ayant plus de deux syllabes; mais en tout cas il n'y en a pas moins eu un commencement. Le phénomène de la labialisation se manifeste plus fortement dans la langue du monument m, qui ressemble à cet égard à Fouigour tel que nous le rencontrons dans le Koudatkou Bilik (comp. p. 7 — 8).
Parmi les affixes commençant par une consonne, nous trouvons toujoui's, par exemple, la terminaison de la 3® personne du prétérit sous les formes rfy, rf/, ty, ti finissant par f^ , par exemple h fi ^ ô
*) Voir Eadloff, Vergleich, Grammatik der nôrdlichen Tûrksprachen, L Phonetik (Leipzig 1882) §§ 35—40, 50—53. Comp. le même auteur dans V Inter- nationale Zeitschr. fur allgem, Sprachwiss. II, p. 18—20.
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bohjy, il devint, h ^ rl^ > ô ^w^^'y? îl détruisit, h h Y f' ^'^^ ^^ mourut. D'après quoi, Ton a bien aussi ^ ^ ^ y (^ luzd^m^ je détruisis (c'est indubitablement ainsi qu'on doit lire 11,5, au lieu de
y ^ ^ y b)i ^ ^ ^ ^ y b bu^d^^ l*^® personne du pluriel, etc. — La terminaison -myë^ -mië du (participe du) prétérit garde également partout y, /, comme le montre Tépellation fréquente par I , car ce signe, en tant qu'il remplace ¥ §, ne peut s'employer qu'après y, i (voir plus bas), par exemple | >^ s] > ô boim% 'fn^ë. — Quand à côté de Y s| -i^^y^ ^ Y '^*9 ^^ trouve des formes sans y, y, comme h Y ^ t* ^ bôkli, fort, puissant, cela montre que la voyelle de l'affixe n'a pas été labialisée. D'autre part, la transcription chi- noise de Kout'tho-louk (nom du père de Kûl-téghin) suppose une forme telle que qutiuy, heureux (formé du thème monosyllabique qut + iyy\ qui concorde avec h ^ /v P ^ ^^ (* Ure de gauche à droite) lén. X,i; nous trouvons également, Orkh. HI, 4, s, $ p Y À H ? hiicKlg^ fort (comp. aussi Y > >J > HI, 2, lo uiuy^ grand = Y >J > ailleurs).
Eu fait d'afflxes commençant par une voyelle (ou ajoutés à l'aide d'une voyelle insérée), l'influence labiale a manifestement été un peu plus forte, surtout quand l'affixe se termine par une con- sonne; mais c'est à peine si cette influence s'est exercée dans toute sa portée. Dans TafSxe pronominal de la 3® personne, nous trouvons toujours f^ y, ?, même après les voyelles labiales, par exemple h 'J Y > oyiy, ace. rt* h vl Y > ^'yw, son fils; 1^ ) ^ > c) budrny, ace. ^\^y •nyttj son peuple; h | f' | susi^ ace rt* h I t* I susin, son armée {sti). Il est donc vraisemblable qu'on a également eu, avec y, ?, >^ si Y > oyf^m, mon fils, >^ ) ^^ > ^ bud**n»m, mon peuple, >^ (V [^ ôz^fiiy moi-même. C'est seulement dans I,i7 qu'apparaît H f' R S f' | sÔHffkiln, tes ossements (rt' f^ T f^ h tôrun? 11,68), et HI, 5, ♦, ^ H 4i H oziim, qui dénote au moins un certain degré d'influence labiale. — Devant la marque d'accusatif Y Y (après les voyelles palatales, ^ g ; comp. plus bas) nous trouvons > w en Y > vU >J H H (c'est ainsi qu'il faut lire 1,68) q^'rhiquy, le(s) Karlouk(s) (nom de peuple), Y > D ^ > vU qotià**jt4y I,2i = Y D® H»*», sens douteux, vraisemblablement épouse^). Mais est-ce qu'alors^ par exemple
M Non pas qunÔaj- avec a, comme le transcrit Kadloit', Denkm. Kûl 71,
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Y ) ^ y à désigne budunyy, ou forcément rien que budunuy? Je n'ose en décider, mais en transcrivant je préfère employer les formes non labialisées «'y, % — Devant le suffixe du gérundium ^ -p, on n'écrit jamais la voyelle (excepté dans ^ f^ V| > [)I,6 = ^4>P 1^1 joryp, du thème dissyllabique jory-, aller); ou ne peut donc pas démontrer rigoureusement quelle a été la voyelle de la dernière syl- labe dans des mots tels que i ^ > ô , étant, devenant, boi^p ou — comme dans presque toutes les langues turques modernes — boi**p? i 4 >| >, étant assis, oi^'r^p ou oi**r'*p?
A l'égard de ce point tout entier, il faut donc renoncer à ac- quérir certitude parfaite ou conséquence dans la transcription.
Dans la première syllabe d'un mot, et plus encore au commen- cement des mots, il est assez rare qu'on omette > et \^, et on les omet presque uniquement lorsque la présence d'une de ces voyelles est appelée par d'autres conditions, surtout quand elle est indiquée par Tune des consonnes vl^ ou R, par exemple vU I> = vU > \)joq, non, tV > >lt pa^im, fV vU ^ n,8 (rP H > ^ n 41, 49, lén. XXV,6, 324) toquz^ neuf (nom de nombre) (>| J ^ H, 39, abusivement pour H si > Ô îWd. bui**n, coin [du monde]); | >> T ^ R ^ I>39 (23) =
0 vi>r ^ P ^ juhlncPmi% il fit se baisser, il courba ; h ^ 4 > ) > vU 1,5, 8, ce qu'à mon avis il faut lire ogun^uriy (oqun, cas instrumen- tal de oq, flèche), il frappa de flèches, tua de coups de flèches; ¥ V R!I>« = Y ^ ^ 11,71 et ailleurs, ôkûë, nombreux. Bien qu'on pût être porté à le soupçonner, la combinaison h | t* ^ h ^, par exemple, dont le sens doit être „son nom et sa renommée", ne peut donc pas représenter Hyjkusij (racine ok, louer), mais il faut suppo- ser un mot Icû (ou ^kû P). (Est-ce que nous avons ce même mot dans
1 X I f^ ^ 1,29, peut-être kûj^s^dfp^ en entendant le bruit?)
Dans la première syllabe il en est autrement de f^ . On doit ici, à ce qu'il semble, faire une distinction de deux séries difiéren- tes de mots, à l'égard desquelles on constate une concordance re- marquable avec les relations phonétiques des langues apparentées.
K20, Kb9, comp. P > { > H lén. 1,9, D > O H XX,i2. XV,. il faut sans doute lire >> D > O H ou >> D ^® au lieu de :^ D ( 5 ^ H> leçon de l'édition imprimée. (Comp. turc orient., osm. qonèu, voisin?)
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D'un côté se trouvent les mots qui, dans tous les idiomes turcs, ont Vi pur. Dans ces mots-là, nos inscriptions ne comportent jamais l'omission de f^; en tout cas c'est tellement exceptionnel, qu'il faut y voir une erreur, par exemple h rt* h ^^^"> fr^^"® cadet; r* T (^ Y h %*'*", en avant (très souvent; une seule fois \^T ^ Y I)2o); h I h ^) h ¥ h ^ ^^h homme; T h 5^» ^'^ ^^\ toutes les formes de la racine Y h 5^ ^^"j savoir, par exemple, très souvent J^ ^ Y h ^ W/^a, sage (seulement ^^ Ç^ Y ^ Y h II»32 = J^ (^ Y h 5^ Y h 1,30 <^6%^, etc.).
H y a, au contraire, d'autres mots où f^ tantôt s'écrit, tantôt s'omet: dans le sens d'y, le cas est pourtant assez rare, par exemple H¥^^ = H¥^h^ Jy^^^Qj roou, tendre (turc orient, etc. jum§aq)y tandis que, pour Yi palatal, la fréquence est d'autant plus grande, par exemple '^ ^ = '^ f^ ^ jir, terre, pays ; >^ h f 5^ = ^ T h 5^ 6/r/'w, je donnai, et autres formes de la même racine; I h % iis, cinq, mais < s] J | 5^ iï,u h^sl^it/q, Bichbalik („Cinq- ville"), nom propre ;|^h^ = hhh^ i^'^'j sept ; |^ >^ '^p ^ ^ = ®Ç^ h ^ jV^wî, vingt; formes du thème Y = Y h ^h peuplade, empire; f^ ^ toujours dans les inscriptions de l'Orkhon = f^ ^ f^ iki lén. XXI V,74, deux ; de même, sans doute rP >^ X h Ij^^^j ^ côté de rP ^ X h h iiâf'ni^z^ nous fîmes; rt* (^ h Y f' ^ Ij«2) autrement c'est toujours rt* 6^ h h®> kul^iig^n, etc. Dans ces cas, les langues apparentées ont en majeure partie à (e), parfois /, par exemple, al, el, il, peuplade. Sans doute il est tout à fait invraisemblable que dans le dialecte même de nos inscriptions l'on ait fait indistinctement usage des deux formes, en sorte que, par exemple, X ^ indique la prononciation jâr, et X h ^ "^ prononciation jir. Je suis plutôt porté à admettre qu'ici — comme aussi dans certains autres mots, qui ne figurent accidentellement que, soit avec f^ , comme ®f^ h ti, dire, soit sans f^ , comme la première syllabe de x M ^^id, écoute, — - le dialecte n'a eu ni a ni /, mais un troisième son intermédiaire à ii (qui doit avoir été à peu près l'a dans l'anglais fat) et i, de même que (d'après l'échelle phonétique des idiomes turcs) o inter- médiaire à a et ti, les rapports avec i devenant par conséquent ceux de o à u, iVo à ii: ce serait donc telle ou telle espèce <le e (é) (et de même un c mixte correspondant à yP). Faute de
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signe propre, on pourrait très bien concevoir ce son comme ayant été exprimé tantôt par a, tantôt part i). En attendant je n'ose point, quand je transcris, tenir compte de cette hypothèse, d'autant moins que Ye présumé ne pourrait guère être appliqué d'une manière con- séquente; mais, comme je n'en regarde pas moins comme irréalisable la restitution phonétique exacte en dehors de ce que fournissent les inscriptions, je maintiens i lorsque, d'un mot donné, on trouve des formes ayant f^ ou ne l'ayant pas, telles que jir^ jV. Si, au con- traire, il ne se trouve pas de formes latérales avec f^, j'emploie a, par exemple ^sid^).
Quant à la figuration des diphtongues, comparez ce qui vient plus loin sous les titres i (I>, ^, B) et 6 (^, ^).
Consonnes.
Relativement aux consonnes, il faut d'abord rappeler de nouveau que, pour la plupart d'entre elles, il y a deux signes diflférents, dont
>) En somme, les idiomes turcs auraient-ils eu dès Toriginc un pareil son, capable de se fusionner plus tard soit avec â, soit avec iV Quant à la possibi- lité de retrouver, dans la langue comane, un e différent de à et de i, voir Codex Cumanicus, ed. Cornes Géza Kuun (Budapestini ISSO), p. XC et suiv. Comp. d'autre part Radloff dans V Internationale Zeitschr, II, p. 23 et suiv.; là, cepen- dant, la possibilité d'un e n'est pas mentionnée directement.
*) Dans son ouvrage plusieurs fois cité, Benkm. Kûl 71, p. 1 et suiv., M. RadlofiF a aussi mentionné le même phénomène et avancé l'opinion que voici: le signe ^ ne représente pas seulement y, i, mais au commencement d'un mot et dans la V*^ syllabe il peut aussi être tout simplement l'expression du son a. M. Radloff transcrit donc partout jdr, àl^ etc. (mais hiîgày etc.). Toutefois je doute fort que ce soit fondé. On doit entre autres faire ressortir que cet alter- nat entre ^ et un d non figuré ne peut généralement se présenter que dans une certaine série de mots, tandis qu'il y a beaucoup de mots qui de fait ont â à la première syllabe et dans lesquels la figuration de ce son pourrait paraître aussi nécessaire, sinon plus nécessaire que dans beaucoup de ces mots-là, mais où l'on ne trouvera jamais tracé le ^. Et, en somme, pourquoi écrire, par exemple, '^ ^ ^ , si la prononciation était jàr tout simplement? C'est bien X ^ qui en serait l'expression adéquate, ne pouvant signifier autre chose que jàr, tandis que le ^ rendrait seulement équivoque la lecture.
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Tun ne sert qu'en combinaison avec les vo3^elles vélaires (a, o, u et en général y), l'autre ne servant que combinée avec les voyelles pa- latales a, ô, il, i). Le son propre de la consonne a été sans doute dans la plupart des cas tout à fait le même; ^ l'% par exemple, n'a pas été différent de h ^"; ô ^" »'*^ P^^ différé de ^ h^, etc. Toute- fois il est indubitable (lue, tout comme aujourd'hui encore dans la plupart des idiomes turcs, il a existé une différence déterminée entre les sons vélaires ^ (avec les formes latérales ^ et 4^), Y ^^ les sons palataux ^ (et R), ^. C'est pourquoi en transcrivant j'emploie différents signes: pour les premiers sons, (? et y, pour les derniers, h et g. Eux aussi, les deux signes de l, savoir >] et Y > ^^^ PU dé- signer deux sons différents, i et /, que nous trouvons aujourd'hui encore dans la plupart des langues turques; j'ai cru utile de les distinguer dans la transcription ^). Il est fort rare de voir confon- dues les deux séries de consonnes dans les inscriptions de l'Orklion, surtout dans celles du monument I, où la taille est très soignée (on doit ici faire abstraction de certaines particularités qui marquent cons- tamment l'emploi de | s^ et de ^ tv^', à ce sujet, voir plus bas). En voici des exemples: ^^ X rp jt^ H I>«3 au lieu de J' )) r|^ ^ ri n,ii, h X Y ^ H I>59 au lieu de |^ ^ Y $ ^ 1,53, tandis que, dans la reproduction typographique des Inscr. de TOrkhon, les formes h À ^ Y ^ I 1^59, fV h ^ si I»68, h Y D > ^ 1,70, par exemple, sont dues à une faute de lecture : il faudrait lire ®Y h I > rP ^ ^ n| ^
) Y» .
Il est beaucoup plus fréquent de rencontrer de pareilles confu- sions dans les iiftcriptions de l'Iéuisséi, dans des formes telles que
^ /v T P^w^ ^ h T ^'''*''* e^ ^^^ fo^l® d'autres semblables.
On peut encore remarquer que les consonnes qui peuvent se présenter au commencement des mots sont g. A*, /, t, j, s, c, plus ra- rement, w, m, S et, seulement dans des mots empruntés au chinois, /, jamais y, //, rf, //, r, ^ et, paraît-il, p. Quand, au commencement d'un mot écrit, on trouve un signe représentant un de ces sons (ou les groupes m/, wc, W), on doit toujoure considérer ce signe comme précédé d'une voyelle sous-entendue (comp. plus haut), tandis
*j Coucernaut ces sons-là, comp. Kadloff, Phonetik, p. XVI— XVll et § 14d et suiv.
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que le reste des consonnes est équivoque à cet égard. On doit au contraire, faire ressortir que toutes les consonnes simples, entre autres aussi y, (/, d, peuvent figurer aussi bien à la fin de mots ou de thèmes que dans le corps.
Plusieurs difficultés se rattachent à la question de la réparti- tion de t et de d au commencement d'affixes, cas où dans certaines occurrences (comp. plus bas) il paraît y avoir quelque chose de con- ventionnel, sans que cependant j'ose nier qu'en tout ce qu'il y a d'essentiel, l'écriture n'ait tout de même reproduit les formes de la langue parlée^).
Comme exemple de redoublement de consonnes pourrait servir ^ Y Y h ^^^*9 (^^ ^^ peuplade, empire + -lig). Toutefois on omet souvent de redoubler les consonnes en de pareils cas.
Nous allons maintenant examiner de plus près les divers signes de consonnes.
H» <1j 4--
rj est le signe ordinaire de la vélaire explosive soufflée q (voir plus haut, p. 17), qui peut figurer en combinaison avec chacune des voyelles vélaires a, o, u et y, par exemple, ) Y H 9^y"w, khan 2), n| ^ H 9^^j esclave, | >^ s] h H Qy^^^ A^î nT H "?^> terminaison du datif (= ouig.) comme ^^ H ) Y H Qy"M^, au khan, ^^ H h rP D fzyqa^ à la plaine; H H n| > vU Q^^Q^Qi oreille (ouig. id.), H n| ô D j^bi^qj lâche, méchant (= ouig.).
A côté de rj et alternant avec ce signe ^gurent cependant deux autres signes, plus limités dans leur emploi et qui ont mani- festement tout à fait la même valeur phonétique, savoir ^ , dont
*) Dans Denkm, Kûî T., M. Radloff suppose une vaste confusion de con- sonnes soufflées (sourdes) et de consonnes vocaliques (sonores), surtout t et d, partiellement aussi q et yj k et g ; par conséquent il introduit, dans la transcrip- tion, de nombreux changements motivés par la théorie ou réglés sur les formes des idiomes turcs modernes. Je considère un pareil procédé comme mal fondé et, sous ce rapport aussi, je m'en tiens ponctuellement à la désignation telle que la donne Poriginal.
*) Le signe qui figure, par exemple, sur le fronton du mon. I, côté de l'Est, «marque du khan", est évidemment dû à un entrelacement des lettres de ce mot.
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l'emploi n'a lieu que devant ou après la voyelle y ([^), et 4^ (lén. '^\ celui-ci ne s'employant que devant ou après les voyelles o, u (» ^)j par exemple, h M h ^ Hj^s = |^ [^ [^ ^ ibd. qyidy, il fit, H H h < !»'« = H 4 h H Ijfis ^Fî» quarante; rV H H h <1 ^^^s et ailleurs = fV H H h H Ij*^ <iy^^^^ Kirghiz; rp ^ ^ qyz, fille, ^^ ^ < nJ Ô h^'iyqda^ dans la ville; — >|>vU = n|>H (Zî<^, un es- clave ; i > vU n,39 et ailleurs = ^ > ^ 1,39 go/?, beaucoup 2) ; fV > vU ^ souvent = rV H > ^ ^,41, 49, 4i H > -^ I^^. XXV,8, 324, ioqxiz^ neuf (nom de nombre); >> ^) ^ h vU ^ I," = T H > ^ I?" to- qyt(Pm, j'ai fait tailler; h vU 4 D > ô ^^frtiqy^ son commandement.
^ est l'explosive palatale Zr, et peut figurer combinée avec cha- cune des voyelles palatales â^ i, 0, il, par exemple, h h Y ^ ^^^^h il vint, h ¥ h ^ kiëi, h I h ^ kisi, homme, a^ ^ h h Y M ktlL tiffn, n. pr., ^ f' ^ kôh, bleu, H f' ^ ^'^^'h une esclave, ^^ ^ T h ^ jirkd, au pays, ^ Y (^ 5^ h^gVk, principauté, noblesse.
*) Lorsque, devant ou après ces deux signes, la voyeHe, soit ^, soit ^, est omise dans l'écriture, j'emploie pour ^ dans la transcription qy^ vg et pour v^, uq, etc., au lieu d'écrire la voyelle avec un petit caractère.
*) Il est possible que ce mot qui revient si fréquemment, n'ait pas partout la môme signification. Toutefois, dans la grande majorité des passages, il signifie évidemment beaucoup et correspond au kôp à voyelle palatale des autres dialec- tes. L'alternat des vocalisations palatale et vélaire n'est, bien que rare, pourtant pas impossible à rencontrer dans les idiomes turcs (comp. p. ex. |^ '^ ^ |^ ^ jôg^hru I,jo, 50 = turc or., osm. joqary, la partie supérieure, en haut). En com- binaison avec un substantif, qop prend le plus souvent place après lui (de même que, par exemple, jitnà, qamyy^ tous) et fréquemment il semble presque rem- placer le pluriel formé par la terminaison -iar^ -lâr, dont l'emploi dans nos inscriptions est très restreint. M. RadlofiF, dans Denkm. Kûl 71, traduit ordi- nairement qop par „sich erhebend" (en s'élevant), qu'il considère par conséquent comme gérundium au lieu de *qopupj et fait allusion (loc. cit., p. 8, note) à la possibilité d'une autre explication comme répondant au persan lû^ i>gut gewirkt'' (bien travaillé). Je ne puis adhérer à aucune de ces explications: même abstrac- tion faite des difficultés de forme, la première n'est applicable au contexte que dans le plus petit nombre des passages, et il en est également ainsi de l'autre: en outre, à ce qu'il parait, on ne trouve pas, dans nos textes, des mots empruntés au persan.
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A côté de ^, et tout à fait avec la même valeur phonétique; figure R (lén. ^; comp. Donner, Wôrterverzeiclmiss, p. 24), mais seulement avant ou après o, u (f'), par conséquent parallèle à la consonne vélaii-e v|^ ^), par exemple ^ f' R 1,38 (^ ]^ *^. lén. V,8i ; comp. Donner, 1. c. p. 18) = ^ t* ^ Uk, bleu; r^ ^ |^ h Y 1^ R 1,15, 56 = «Y r^ ^ hiUji9% n. pr.; rV r R 1,33, 37 = ,V 1^ ^ n,34, 37 kiin, soleil, jour; ¥ t* R 1,45 qkiië = ¥ ^ f' II,7i ôk^ê, nombreux; ^ R h p 1,47 = ^ ^ 1^ h r ibd., ôtûk% épithète ou nom propre de la „foret natale" des Turcs (voir la traduction); | >^ X ^ R ^ 1,39 = I >> 4 vi:^ ^ [r* ^] 11,39 j'ù¥fid^rm% il fit se baisser; R T t* h mrk\ turc; R X >^ Y h 5^ bilm^duk^ ignorance.
Y, e.
Parallèlement aux sons soufflés ^ et A; dont on vient déparier, nous avons pour les sons en g correspondants les deux signes Y, que je transcris y et qui ne s'emploie qu'avec les voyelles vélaires, et ^, (7, en combinaison avec des voyelles palatales. Aucun de ces sons ne peut figurer au commencement des mots, tandis que, dans d'autres positions, ces sons reparaissent très fréquemment et corres- pondent souvent aux q, k des langues apparentées; mais, d'autre part, à un seul phénomène près, ils se sont conservés là où les lan- gues modernes les ont modifiés ou rejetés *); par exemple, ) Y /^ îT'w, khan, [^ Y "Yl/i richesse, f^ Y D fYI/y ennemi; rV (^ h h ^^[f*^h prince, ^^ ^ Y h 5^ bilgà, sage, f^ ^ h ^^9^ (après un datif) jusque; Y Z ^y* montagne, Y 1 H Q^P^i Porte (ouig. qapuq, osm. qapu)\ ^ S( ^% prince, chef, $ h h 5^ ^'^'//» écrit (ouig. bitik), ^ Y h ^ biUgj savoir, sagesse (ouig. bilik); de même ^ h '^^9j ^^u* comme, particule affixe qui n'est pas soumise à l'harmonie des voyelles, par exemple, ^ h h T f' 5^ buritsg, comme un loup, des loups, (^ h B > vU Qoiiy, comme un mouton, des moutons.
*) En transcrivant j'emploie pour R, sans [^ f i^k^ kû, etc.; comp. p. 19, note 1.
•) Le r intermédiaire n'empêche donc point que dans ce seul mot û influe sur la figuration de A:. Il serait certainement inadmissible de songer ici à une prononciation dissyllabique: *tûrûk,
>) Comp. Radlofif, Phonetik §§ 269, 3G3— 364.
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Eutre d'autres terminaisons qui contiennent ces sons, on peut signaler Taflixe adjectif extrêmement fréquent Y >] -/yy, ^ Y "'^//j comme Y J ) Y H ^"ï^^^'^ï^ ayant un khan, Y 'J ¥ ô i"^^^^? ayant une tcte, chef, ^ Y ^ T "Vâ:/'</, mâle. Parfois il se peut que dans cet affixe, comme cela arrive plus ou moins dans les idiomes turcs modeiTies, ^, g fasse défaut, cas auquel on doit naturellement écrire
la voyelle f^, par exemple, h Y ^ T ^^^*''? h Y ^ f 5^ hôkli, fort, puissant. — Une particularité du dialecte de nos inscriptions c'est la terminaison y, // à l'accusatif, comme ^ ^ \ siùj, ace. de sii, armée, Y ) Y H (ff*nyr, ^ ^ ^ V \\ tîg^n'g, ^ f Vg, homme (de môme, par ex., lén. XXV,28), etc. Sans oser faire l'historique de cette ter- minaison, j'incline à y voir une ancienne forme latérale de la ter- minaison -/ en turc-osman, dans le dialecte de l'Aderbeidjan et en yakout ') ; la tenninaison -w/, au contraire, qui est répandue dans les autres idiomes turcs, ne figure ici que dans les pronoms tels que h ) > ô buny, ace. de tw, celui-ci, (proprement hun'y\ et l'on peut très bien penser que cette terminaison a pu, dès le commencement, être limitée aux pronoms et qu'elle a pu plus tard être étendue aux substantifs par voie d'analogie (obs. encore, dans les affixes prono- minaux, les formes d'accusatif en n extraordinairement nombreuses telles que rV h J Y > ^ï^U^^ ^cc. de f^ s| Y > ^ï^y^ son fils). — Une autre particularité de la langue des inscriptions, est Tusage de y, g dans les affixes de la 2"" personne du sing. et du plur. du pré- térit des verbes, au lieu de n que nous rencontrons dans toutes les langues apparentées, par exemple, Y ^^ H ô ^''riPï, tu allas, Y N h H qyM^ty tu fis, ^ h Y r olVo^ tu mourus; ^ Y ^ ^ b h^'rd^r^z.l.ix, vous allâtes (mais 4i H )M ô h^^rcpH^Zy Atlas Radl. pi. XXVI, 4, tombeau à Askhete), rP ^ h T ^*'i'<y^^ vous fûtes (mais 4i S h T "rihVz, lén. XXI,34o). Mais, adapté aux substantifs, Taffixe de la 2*» personne a en général n (comp. plus bas >|), et c'est pure excep- tion, à peine même dans le mon. I, si y, ^ a pénétré jusqu'ici, comme Ç^ R S [ t* | ] [sH]ùilk'g, 11,22 = >| f^ R n| |^ | sunfgun, I,i7,
tes ossements; rV (^ T t* h tôr^!/% 11,23 = rV H ^ T t* h torunhi, 1,19, tes lois (ace.).
*) Est-ce que y^ g a pu d'abord se développer comme remplaçant de y, i après les thèmes en voyelle, (comp. le mongol, où en ce cas on a -gi au lieu de -i)?
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Eu somme, à cet égard aussi, Tesprit de conséqueuce est telle- ment dominant qu'il n'y a pas lieu de douter que récriture ne re- produise en essence les formes de la langue parlée même^).
Pour t l'on a les deux signes ^ (mon. III q, Ongin ô» Kn. ^) et h, le premier pour les voyelles vélaires, l'autre pour les voyelles palatales, mais évidemment sans différence de prononciation, par exemple, Y ^ i^f, montagne, rV > \1^ ^ toquz^ neuf (9), ^ > S ^ i^'iiut, Tangout (n. pr.), ^ Y h | syr^t, lamentation, ^ > ot^ feu, f^ ^ Hy 1® son nom, 2® son cheval, h ^ s] ""tly^ six, ) > ^ s| «//mm, or; - h T H h i'nri, ciel, rV ^ h h ti(j% prince, R T f h t^K turc, T >^ h i^'ni^r^ fer, h T t* h ^^^^ quatre, h h h ^ P^ù sept.
En fait d'affixes commençant par /, nous trouvons au locatif (et à l'ablatif?) -ta, -ià au lieu de l'ordinaire -da, -dà, après /, /, (r, w), comme ^^ ^ ^ > I) joita, sur le chemin, ^^ h Y S t* ^ kônHtâj dans le cœur, J^ h T ^ />^<^\ !>«, à, un lieu, nT h rt* 1 T ^ ôrp^nta, à Eurpen (P). — De même, au prétérit, -ty, -ti au lieu de -dy, -di, en général après /, Z et r ainsi que d, qui alors s'efface, comme h ^ ^J ^ty, il prit, h h Y f olti, il mourut; ^ h T ""rti, il fut, ^ h T M kôrti, il vit, voyait, >^ h T h 5^ biri*m, je donnai, >^ h T Y t* ôl^ri^m, je tuai; ^ ^ f^ yty, il envoya (yd+ dy), ^ h 6^ h ^^'^*^> je relevai, rétablis {iyid + di). En outre le nom verbal en -tuq, -ttik
') Je suis étonné de voir que, dans Denktn. Kûl T.j p. 3, M. RadlofiF dit que nY ^t ^ comme marques flexionneUes à la fin des mots semblent avoir une valeur un peu différente", et je m'étonne que plus tard, dans sa transcription, il reproduise ces signes (je substitue ici mes signes aux siens) tantôt y, g, tantôt n (2® personne des verbes), tantôt n ou ny, ni (à l'accusatif), tantôt ya^ gà (dans des formes d'accusatif où il voit un datif). On ne comprend pas pourquoi l'on s'aviserait d'écrire y, g dans certains cas déterminés et sans aucune inconséquence, si la langue avait ici des sons tout autres, sons que, bien entendu, l'écriture est en état de représenter, et représente, dans d'autres cas, d'une manière tout aussi conséquente. Je ne puis donc pas non plus comprendre qu'on soit fondé à faire des changements aussi arbitraires, si ce n'est naturellement dans les très rares cas où il serait permis de supposer une faute réelle commise par celui qui a gravé l'inscription.
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à côté de -duq, -dilk, comme ^^viy[^v^^^^>^ hoîtuqyiida^ lors- qu41 était devenu; R h T h ^ 6/WwA;, donné, don.
Les signes de d sont ^ avec les voyelles vélaires, x avec les palatales. Le son même ne figure point au commencement des mots, mais souvent dans le corps, plus rarement à la fin, par exemple, H ^ "^^'^Qi PÎ^d (ouig. adaq, t. or., osm., etc. ajaq), [^ ^ X ^dgii, bon (ouig. àtkii ou adgu)\ Y ^ [) j"rf"y, qui marche à pied, fantassin (ouig. jadaq^ t. or. jajaq, osm. jaja)y ) )^ > ^ hud^n^ peuple (ouig. hudun ou pudun), h X f^ idi, maître; ^ Y §% 1,27, 24, u, etc., un titre (voir la traduction), x f^ | ^sid^ écoute, x f^ od, V temps, 2® bile.
Le sens de ces joignes ressort le plus manifestement de certains affixes (comp. plus haut, t) comme locatif (et ablatif) 4^ ^ -da, ^ x -(/a, par exemple, ^f" ^ Y ^ tyda^ sur la montagne, ^^ ^) ¥ ô ^"^^a, à la tête (sur le sommet, etc.), >r ^^ ^ 4 > I) jurtda, à la yourte, ^^ ]t^ < >| Ô h^'iyqda, dans la ville, ^^ X h T H H tHridà, au ciel, ^^ X T h ^ j^rfa, dans le pays (= J^ h T ^frta, p. 22); ou le pré- térit (l'imparfait) f^ ^ -dy, f^ X -rf/, par exemple, h ^^ ^ > ^ tutdijy il tint, h X h h ^^^'> î" fi^ h ^^ A > w^rfy» U s'envola, ^ ^^ S Ô ^"^^d^m, je comprimai, attaquai, >^ ^^ rV > ô ^"-^^^^"^ je dévastai, h X ^ h ^^fJ^^^^ U atteignit, attaqua, ^ ^^ 4 c) h'*rdy^ il alla (après r autrement en général i), ^ ^ ^ \^ ^ y udym"d^m, je ne dormais pas, >^ X f^ h h 5^ hitidUn^ j'ai écrit; en outre le nom verbal en -duq^ -duk, par exemple, >r ^^ vl^ ]t^ A ]> ucduqda, quand il s'envola, R X ^ h ^^9^^^ assaut, R X >> Y h ^ hilm^duk, igno- rance.
Comp. avec t et d plus bas M » ^ •
Il ne peut y avoir aucun doute que ce signe ne signifie p , sans distinction aucune suivant la sorte de voyelles que contiennent les mots en question. ^ figure le plus souvent comme finale, surtout dans les gérundiums en -p (et aussi -paw, -pan) si extraordinaire-
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ment fréquents ici comme dans tous les idiomes turcs 0, par exemple, 'l ^ > ^ tui^P, ) 1 ^ > ^ tuii^P"ih tenant, ayant tenu, ^ .J «/^p, prenant (aiy dans la locution | >^ T h ^ h ^ ''hjj)irmfs est une autre formation du gérundium, voir p. 11), "1 s] > ô ^oi^p ou -"j; (voir p. 14), étant devenu, 'l Y ^ ^^^hh rV 1 Y ^ Wp^n, venant, étant venu, 'l ^ h ^^P» disant, etc. De même ^ ^ */p, vaillant, 1 > vU ^op^ beaucoup (voir p. 19).
Dans le corps des mots aussi, ^ figure assez souvent, par exemple, ^^ H Y 1 H T ^ h i^ni'r^(fp^r^aj à la porte de fer, ^ ^Z i^'pa, contre, h t^ 1 t* h ^^2>u<, le Thibet.
Au contraire, le son p, ici comme dans la plupart des idiomes turcs et mongols, semble ne pas figurer au commencement des mots, où il est remplacé pai* h (si surtout certaines langues turques du Nord ont aujourd'hui le p dans cette position, c'est que très certai- nement il n'y faut pas voir un trait primitif, mais au contraire une évolution postérieure). Les seuls exemples qu'on ait de ^ écrit au commencement des mots, sont les noms de peuple >^ 4 > i I 4 i 1,37, 11,37, noms inconnus, et ^ >^ J" ^ 1,22 (comp. >^ >r 1 >^ f' A 1,28, 40, 11,30, 39), ainsi que [)] H 4 ^ nT 1 11»*^, qui doit être apparenté avec le mot précédent. Il est indubitable que pailout ici l'on a une voyelle a précédant p : "p^'rj'pur^m, ''p'^m^z \ ""pa^
à. % (5).
Pour h l'on a deux signes: avec les voyelles vélaires, ^ (avec diverses variantes dans les inscriptions de l'Iénisséi, voir p. 9) ; avec les voyelles palatales, % (I,7o 5 , mon. m ^ , Ongin 5 , 5 ; de même lén. ^ et 5, sans qu'il me soit clair s'il y a quelque difierence dans la signification spéciale des deux signes; quelquefois même ils
*) Voir par ex. Mirza Kasem-Beg, Gramm. d. tûrk.-tatar. Sprache, Leipzig 1848, p. 140 et suiv., § 312—317.
*) Ce thème ^pa- figure seulement combiné avec le thème |^ X ^*^^" ou plutôt ^cù'y dans les formes ^cumj^pam et ^<biXnCz "parn^Zy où -m et -m*r, -m^2 doivent être les affixes pronominaux de la P personne, sing. et plur. Le sens exact de chacun de ces mots m'est inconnu, mais le tout signifie évidemment quelque chose comme mes, nos ancêtres, aïeux. (M. Radlofif, dans Denkm. Kûl T., ne traduit pas ces mots.)
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paraissent combinés, comme /\ 5 '5^ XVIII,73, b's ou 6'^if, cinq; corap. Donner, Worterverz. p. 7 et suiv.). Par opposition aux sons men- tionnés dans ce qui précède, h a sa place spéciale au commencement des mots, tandis que p semble y faire défaut, par exemple, > ^ bit, celui-ci, ) ^ y d '^w^'"''j peuple, | >^ >] > ô ^oim^s, fut, et autres formes de la même racine, h ^) H ô ^"'''^y» î' alla, ¥ ^ h^s, tête; e S( h% prince, T h 5^ ^ir, un, J^ Y T h 5^ ^irla, avec, >> h T h 5^ hiri^m, je donnai, $ h h 5^ ^'^^^» écrit, h T 1^ 5^ ^"^'> '^"P-
On doit remarquer spécialement qu'ici nous trouvons h dans les cas où la syllabe thématique se termine par une nasale et où autre- ment tous les idiomes turcs (même Touigour), à la seule exception des langues méridionales telles que Tosmanli, ont permuté h en m. Ce point est donc un témoignage remarquable de l'ancienneté de notre langue, mais ne saurait servir de preuve péremptoire d'une plus proche parenté avec les idiomes turcs méridionaux ^). Ainsi nous trouvons h ) > ^ huny^ accusatif, et J^ viv > ^ huiida^ locatif et adverbe, ici, de > ^ iw, celui-ci (ouig., djag., etc. mwn/, munda, osm. bunijf hunda)\ i iV h 5^ hin'p^ en montant (à cheval) (ouig., djag., etc. mil}', osm. hin-y, >| h 5^ (p h '5^ ^^^' III,i87, H h '^ XIX,io) hin, mille (ouig., djag., etc. min, osm. hin)\ de même t^ ^ H 5^ ¥ngil^ éternel, ¥ ^ t^ $ H 5^ h^nyil^V^è, „pierre éternelle", monument, et dans les inscriptions de Tlénisséi ( i' >^ K (^ H '5^ XXI,i66?, > $ H -5^ XXIX,29, avec > au lieu de t^P)4'0HH^H'^ ¥nkii^q-ja, XXXII,i, Totteiman, Fiinf Suljckinschriften, Helsingfors 1891, pi. IX en haut, = >r(lHt^^H>> fn^nhl^q"ja, XXXII,37, Tôtterman, 1. c, pi. V, Vin,3, rocher étemel, commémoratif, monumental (ce mot ne figure d'ailleui-s que dans les langues ayant wi, telles que ouig., djag. màm/i^ altaï moAku, comp. mongol môngkc)\ de plus H > ^ huit^ peine, chagrin, 1,52, fP H H > ù huns^z, I,5o, II,i3, 64, ee, jjf M H > 0 biitïsyz, lén. XIX,2i3, sans peine (ouig. mutuj, munqsuz, djag., yakout muiuj, comp. osm. hunal- être asphyxié, anxieux) 2). Le seul mot
*) Comp., par exemple, J. Schmidt: Die VericandtschaftsverhàUnisse der indogerm, Sprachen, Weimar 1872, p. 19 et suiv.
*) M. Radloff, Denkm. Kûl 7'., p. 8, note 3, explique huh et huhsaz (c'est là sa leçon) par „eine aus China zuerhaltende kostbare Waare" (marchandise précieuse qu'on peut tenir de la Chine). L'impossibilité de cette explication
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qui paraisse faire exception à cette règle, est ^ >^ m^Uy je, J^ >| >^ m"/ia, à moi, mais léu. ^ ^ h\ voir les citations dans Donner, Worierver:^. p. 12 (comp. osm. bàtij bana). Comp. ) ô H ^ t* H ^ k^huVrh^n, 11,24 = ) >^ 4 ^o 'i^rm^'n I,2o, nom de lieu.
Comme exemples de h dans le corps des mots ou à la fin je cite A Y ô ^ ^""^î^^ (ouig. tapqac), auguste, chinois^ H >j ô P j^^^â'» lâche (ouig. jabiaq, javiaq)j (V d ^ J"^^^^ faible, vilain (ouig. jaiw^, javu.s, turc or. ) ^ ^ b j^^^^) osm. \ • b j^^^)j h ô S *"%> son message, son édit (pas sa renommée) (ouig. sab, sav, saii), 0 > H ^^^j eau (ouig. sub, suv)^ >r X 5^ bdà, à la maison, iV h 5^ ^bin^ sa mai- son (ace.) (donc àb maison = ouig. àp^ àb, av, osm. àv)y i iV 5^ I s'"*bùi% se réjouissant (ouig. sàbin-, savin-, osm. sdvin-). Concer- nant quelques-uns de ces mots on pourrait peut-être demander si b après une voyelle eût pu servir à exprimer v {iv)\ mais il est plus probable que partout le vrai sens est t, ancienne forme qui repré. sente le v des dialectes plus récents *).
t>, ^, B-
Parmi ces trois signes [) représente j (i consonne) avec les voyelles vélaires, ^ (lén. XXXVII p?) avec les palatales; toutefois, au moins au commencement des mots, ^ s'emploie aussi toujoui^ devant la voyelle mixte y. Au commencement des mots ou des syl- labes, ces deux caractères sont très communs, pai* exemple, h V I), jyy, ennemi, fp Y [) jy^ brun, sombre, h fp I) j^^y, plaine, ¥ I) 1®
ressort clairement de II,i3, ei et de lén. XIX,2i3, ce dernier passage montrant de plus qu'on doit lire buhsyzy par conséquent avec Taffixe ordinaire -syz, sans, privé de.
>) Quant aux formes ouigoures, comp. Radioff, Das Kudatku Bilik, I, St.-Pétersb. 1891, p. LXXXEX. Se pourrait-il que ^ ^ ) Ci lén. XXXII,49, Tôtterman, loc. cit., pi. I, 6—9, VII, doive se lire ^bi^j^pj en chassant? En ce cas, notre ah signifierait nécessairement ati, car originairement, parait-il, ce thème ne contient pas 6, mais n ou y. Les cinq lettres précédentes ^1 h I T ^ devraient donc, à mon avis, se lire "nc"y^*st p, „en persécutant comme cela (et chassant)". Le reste de cette inscription est gravé d'une manière si désordon- née qu'il est impossible de le déchiflfrer avec certitude.
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âge, au, 2® larme, | >^ ^ H P fr*Hm^s^ ((lui) a organisé 0, sU > I) , ^ I) (lén. ^I^ I)) jo(2^, uon, 4^ ^) ^ H > ^jurlda, à la yourte; T h ^j T ^ jir, terre, pays, h>>T$h^»^^^ jigirmi viugt, h h h ^ , h h ^ (h h P léu. XXXVn,43p) jiti, sept, ^p ^ ^ (:|. p ibd. uo?) juz, ceut; (4^ H)nI h ^ Mî«), (dans r)auuée, hHNlh^(h>YP ibd. 172?) jylqy, (troupeau de) chevaux, (4^ H) ¥ h ^ JvKd^Oi (à la) forêt, ri ¥ ^ h ^> ^ ^ jyn^^"Q, mou, tendre. Il est très rare que j soit tombé au commencement des mots devant y, i, ce qui est souvent le cas dans les dialectes modernes 2), par exemple, H H h yr^q, lointain, pas jtjraq. Comme exemples des deux signes à l'inté- rieur des mots, je cite: sU H P > ô buj**ruq, commandement, officier, > I) >] ¥ 0 ^"^^"iw, commençant, iV h I) ^ ^) h t/^ni^jf^n, je n'enverrai pas, iV ^ h h ^0*^> ®^ disant (afin que).
A la fin d'une syllabe, [) figure comme formant le dernier élé- ment d'une diphtongue en i, par exemple, [) aj (ai), mois (accolé toujours, dans l'écriture, à d'autres mots, comme h sU ^ H P Ij^?, ''jj'rtuqy, un mois plus (quatre jours), I) M h 5^ H»*» bis*ncj'j, le cinquième mois, [) ^ baj, riche, H Y P > 11,5, H > Y P > m? 1» h tijyur, ouigour. (En fait de diphtongues palatales, il n'y a pas d'exemples; ^ semble donc ne jamais servir de cette manière à la fin d'une syllabe.)
Toutefois, en ce même sens, on emploie aussi, dans les inscrip- tions de rOrkhon, 5, j^ue je transcris / et qui ne figure qu'à la fin d'une syllabe, le plus souvent dans le sens de 0(; Y ^ ''/yy, vertueux, civilisé (P), civilisation (P), >^ ^) B P fk^^^^ 11,9, j'étendis, je disper- sai, B Y h A ^yfh pauvre, B ^ h ^ qy^^'h ^'^^ propre de peuple ^),
') C'est sans doute ainsi qu'il faut lire aussi II,4i, dans le titre du khan: t^riH j^r"im^éj à sens passif, ^institué par le ciel" (non pas j^r^tm^è^ „qui a illuminé le ciel", comme je l'avais interprété dans ma Notice préîim, p. 13 = 297).
*) Comp. Radloff, Fhonetik §§ 244, 247.
•) Radloflf, Denkm, Kûl T., lit aiduq pour le mot nJ^ ^ h ? qui reparait plusieurs fois, et le traduit par „ nommé". Ceci étant correct, nous aurions donc ici ai exprimé par f^. Mais il est très étonnant que dans ce seul mot on ait été conséquent en faisant usage de cette désignation-là, qui autrement ne figure jamais, et de plus, l'ordre des mots dans certains passages me parait susciter des difficultés contre cette interprétation. Il m'est impossible de lire ce mot
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De la même manière on trouve aussi ^ après o dans (^ h B > si' qoiff/, comme un mouton, et après y dans 4^ B ^ fp "'^qi/f^ci, 1,7, très peu, à moins que ce ne soit une faut« pour J^ Y "^qyna, — az, peu, + Taffixe diminutif -qi/na {-fyna) ^). Les inscriptions de Tlénis- séi, au contraire, n'emploient pas ce signe. Seulement dans celle de Kemtchik, Djirgak (XXXVII), qui présente beaucoup de particulari- tés, on trouve ^, par ex., >^ ^ >] ^ ^ 31 V'ii'^r^m, mes poulains (P).
Ces caractères représentent les diverses nasales. Je considère aussi comme appartenant à cette catégorie le son figuré par >|, la nasale vêlai re-palatale n (ou ly), bien que ceux qui ont inventé l'alphabet et ceux qui l'ont employé, aient pu y pressentir plutôt un symbole de la combinaison ng^ parallèle à viv m/, ^ i/c*. Ce même signe est commun à toutes les voyelles.
Le son n ne peut jamais figurer au commencement d'un mot. Quand nous trouvons >| écrit en pareil lieu, il y a toujours de sous- entendu une voyelle qui précède >|, par exemple 4 n| ";iv (égal à l'ouig.), à lui, lui (datif), h ^ Y H ''^*^*', ^ h Y H ""''^'l^K le premier, premièrement (an, particule devant le superlatif et semblables). Voici d'autres exemples: h T H h ^*'*'^'j ^^^1, t^ $ H 5^ Vngû^ éternel (voir plus haut p. 25), H f^ ^ hun, (unej esclave (à côté de >| > nJ^ qui^ (un) esclave), Y H t^ ^ hdn% cœur, esprit, ^ > H ^ i'^Mt, Tangout, nom propre, H >] > 0 ftw/»*//, coin, point cardinal (ouig., koïbal, kara- gasse, mongol, bouriate id.), iV t^ H I 6*/'ww, titre d'un haut fonction- naire, emprunté, selon moi, au chinois siany- ou tsiangkiuv, général ou un titre analogue. En fait d'affixes ou peut remarquer n comme désinence du génitif, par exemple H iV >^ m^n*n, mon, à moi, H fp h 5^ bizh), notre, à nous, n| ) ^ y d ^^d'^n^n, II,4o, du peuple,
autrement que yduq, envoyé, donné par le destin, bienheureux, béni (venant de yd, envoyer; conipT Radloff, Worterhuch d. Tûrk- Dialecte, I, p. 1383 et 1381). En tant que ce mot est joint à des noms de montagnes ou de sources, cela pourrait bien avoir rapport à la foi des Turcs païens, dont comp. Radlofif, Aus Sibiriefi, Leipzig 1884, U, p. 7.
») Comp. azyyna, Radloflf, Wôrterb. I, p. 575; Phonetik p. 239 § 399; p. 33.
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HiVÇ^hKYt^^ 1iî*l^i^9*nh\ (cette formation est assez rare dans les substantifs, car le génitif s'exprime presque toujours sans dési- nence particulière, et par Taffixe possessif ajouté au mot régissant, par ex. f^ ^ : ) ^) > ^ hud**n Hy, le nom [ai] du peuple) ; n| -n sei-t également d'affixe possessif pour la 2® personne du singulier; pluriel ^ >| '11% 'ièz (comp. sous Y, $, p. 21), par exemple H >] V > ofi^h, 1,17, ton fils, ) H nJ y > o^i^n^n^ acc, 11,22, etc.; en outre >| 'U constitue la désinence du pluriel pour la 2® personne de l'impé- ratif, par exemple H Y h 5^ Vil% 1,42, 43, n,9, sachez, >| x | VdV<, 1,19, écoutez. 4^ n| 'ha forme le datif des pronoms et de Taffixe pronominal de la 3® personne, par exemple 4^ H >^ mV^a, à moi, 4^ H h ¥ P j^^yna, dans sa (n®) année, 4^ H T h ^ jirUïà, à son pays.
Le son n a les deux signes ) pour les voyelles vélaires et ^ (qu'il faut bien distinguer de fp z) pour les voyelles palatales. Après y, f^, cependant, l'emploi de j^^ est plus fréquent que celui de ). n n'y a que très peu de mots commençant par le son «, à peine d'autres que J^ j^^ m, quoi, quel, et ses dérivés 4^ ^ r^^ ncincàj com- bien, et >| j^^ nàûf quelque chose, chose, bien ^). Au contraire nous avons w, par exemple dans f^ ) «ny, le (acc), h ) H î^^y» où, ) > on, dix, ) Y H îV^ khan; ^ \ s^n 1,47, tu, j^^ $ f^ h tig% grince, >^ f\^ \^ inUn, mon frère cadet {ini), iV t^ ^ ^u^h jour; ) ¥ h ^ qyè^n, en hiver, ) fp [) j^^^w, au printemps (11,56; cas instrumental; ici, après y, on écrit toujours ) ), | >^ ) >] h H qyi^nm^s, fut fait
*) 1,44 = 11,70 je trouve ce mot redoublé en ^ ^ ^ r|^, avec le sens de „quicquid", dans la phrase n^nn^h 8%^m ^rs'^r que j'interprète, mot à mot, „quoi que soit mon message, mon édit" (comp. turc or. nàtnà, nitnà, quoi, nàmàrsâ, nimàrsà, quoi que ce soit, dont Vm [pour n?] semble ôtre due à l'influence de kinty kimàrsà). D'après les photographies, les deux j/\^ sont très nets dans les deux inscriptions et ne peuvent être confondus avec ff ; la quatrième lettre seu- lement est douteuse: on ne voit distinctement que | , mais il y a des traces d'une barre transversale dans l'intervalle assez grand entre | et le double point. M. Radloff lit nnzs, ce qu'il corrige en nàiisiz („sans richesse"), et il traduit: yjWie mein Kuhm sich nicht auf Reichthum grtindet" (que ma renommée n'est pas fondée sur la richesse). A mon avis, non seulement la leçon nàhsiz, mais encore cette interprétation sont, à plusieurs titres, inadmissibles. En tout cas on aurait dû dire sabym nànsiz àrsàr.
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{qyi + t/w, signe du passif), ) h ) Y H I>34 = ,|^ f^ )o 11,35 et ailleurs, qynyn, son, leur khan (ace.), ri^ h >] Y > oyfyn, son, leur fils, etc.; ) 1 ^ > ^ /«/y/)"n, ayant tenu, ri^ 1 Y ^ k^iyn, étant venu (comp. p. 23—24).
>^ est w, sans égard à la nature des voyelles. Au commen- cement du mot, on trouve m dans ^ >^ m^n^ je (comp. p. 20 sous % et p. 28 sous >|); en outre, par exemple, ^ ^ >^ ^mg% peine, fatigue, 4^ >> h ^, 4" >> ^ jima, tous (ouig. id.), h >> T 6^ h ^ jiifrmi^ vingt. >^ est très fréquent comme affixe de la l*"® personne du singulier, par exemple >^ iV h «w'tw, mon frère cadet (m?), ^ >l Y > ofi^m^ mon fils, au datif 4^ >^ iV h m'ma, à mon frère cadet, 4^ >> ¥ I) i^^é^ma (4^ H ^® fè^mqa 11,27), dans ma (n®) an- née; au plur. f\f ^ -m^z^ -wfz^ comme rP >^ t* T t* h tôrilm'z, notre loi. Également dans les verbes, tels que >^ ^ >| "H^m^ je pris, >> h T h 5^ biri*m, je donnai, au pluriel fp >> ^ n| ""it^m^^j fP >^ h T h 5^ birt*m% et bien d'autres (remarquer cette dernière forme de la 1*^® personne du pluriel, différente de la forme ordinaire des langues turques: -rfyg, etc.). — Concernant Taffixe du participe (et de l'indicatif) du prétérit ¥ >^, | >^ -w^i, -m^ë, voir plus bas, sous ¥• A peu près dans le même sens, mais seulement comme une sorte de participe pur, se présente un affixe 4^ >^ Y» 4^ >^ 6^? ^^^^ la vocalisation est douteuse devant le m, -ywo, -Y^ma ou -y«maP etc., et auquel je ne connais pas de parallèle exact dans les langues ap- parentées, par exemple 4^ >^ $ T h ^ ^ kôi^g'mà? n,2i = ¥ >> T h M kôi^rm'é 1,16, qui a élevé, 4^ >> $ T h ^» ^ui a donné, I,i6, 4^>^^hh5^?Qïûa écrit, I,4i, 42, 4^ >^ Y H 0» Q^î est allé, 1,17, n,22. — Avec >^ -ma-, -mà'^ on obtient, comme dans les autres langues turques, la forme négative des verbes, par exemple, ^ ^ ^ \^ ^ y uâym^di^m^ je ne dormais pas, >^ ^ >^ >] h H qyhn"d^mj je n'ai pas fait, ff >^ Y h 5^ bilm^z (qui) ne sait pas, ) > fP ^ >j > 0 boim^zuti, qu'il ne soit pas. (Je dois mentionner ici que dans les deux inscriptions I et H, en turc proprement dit, il n'y a aucun exemple de cet affixe de l'infinitif, qui dans les lan- gues turques est d'ailleurs général -maq, -màk [r^^ h | h A H >^ H 1,35] P, tandis que nous trouvons dans m, 4,9:rJ>^Y^)>H • H >^ Y 6 H O qonu§m'*q V^Vfèm''q,)
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H,T
représentent r, 4 avec les voyelles vélaires, '\ auprès des pa- latales. La confusion des deux signes, dont les inscriptions de Tlé- nisséi présentent beaucoup d'exemples, est rare dans celles de TOr- khon, comme | >^ H ^ ^ [f^ ^] [j^J^'^w^^^^wV 11,39, au lieu de I ^ T® I>39 et ailleurs. Le son r ne figure jamais au commence- ment des mots; là où il paraît avoir cette position, il y a toujours une voyelle sous-entendue. En voici des exemples: 4^ H (ri^ h ^) (fkin^Yra, I,4o, entre (les deux), 4. ^ H "^^wg, plus, surplus; h^H> urty, il frappa, battit, h ^^ H ô ft**^^?/, il alla, J^ H H 2"^^^, noir; 6^ T ( ) » ionJ)^r% (dix) hommes (ace), h h T "^^^ il fut, T h 5^ bir, un, 4^ Y T h ^ ^«>^«? avec, h T H h ^"^^H ciel, R T f' h tûrh^ turc.
Exemples de r en affixes : pluriel en -iar, -lâr comme T Y $ 5^ ¥gl^r^ plur. de ^ 5^, ¥g, prince, chef, dignitaire, >^ H n| P ^ > sU qonë**ji^r^m, mes femmes (P comp. p. 13) (le plus souvent le pluriel n'a pas d'expression spéciale; surtout cette désinence ne figure jamais dans aucune forme verbale, ou la 3® personne du pluriel est toujours la même qu'au singulier); > H Y h H ^ 4^ quryy^ru, en arrière, t^ T 6^ Y h i^g^ril, en avant; le présent des verbes en r (participe et indicatif) comme H h H ô ^"^2/^ ^t H > H ô b'^rur, allant, il va, T Y h ^ 6i/V, sachant, il sait, H > D ¥ D j^'^i^r, étant âgé, X I T ^rs^r, étant (osm. isàr) ^ ; des dérivations transitives telles que >^ ^ H > ^ H > uriuri^m^ j'ai fait frapper, graver (ur + -tur), >> h T Y \^ oVrt^m, je tuai {ôl mourir + -[^]wr), h h T t^ Y ^ ¥lurUy il fit venir, apporta (kàl venir) 2).
Je mentionne encore ici le singulier affixe verbal H H > T I ®t^ avec le t transitif, ^ H H> h T L Qi^î sans doute doit se vocaliser 'S^r^'t'^ 'S*r^'t' et se rapprocher du kirghiz qati-syra-, perdre son sang („sich verbluten")^); par exemple | >> H H ) V H • I >^ T I Y
*) Les formes en -sar, -sàr, à ce qu'il paraît, ne sont pas seulement des participes, mais aussi des subjonctifs, correspondant à -sa, -sa (3® personne) dans tous les autres dialectes turcs; voir par exemple I,i9, 59, 44, etc.
*) Comp. par exemple Mirza Kasem-Beg, Gramm. §§ 218, 363.
') Cité dans Kadloff, PhonetiJcj p. 258 et 428. Dans les assez grandes portions de Radloff, Prohen der VolksUtteratur der tûrk, Stàtntne SM-Sibiriens, que j'ai lues, je n'ai accidentellement noté aucun exemple de cette formation.
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Hsh-^mKs qY'nsyr^mKs^ 1,28, | >> h T I Y *ls*'f'^trn% | >> ^ H H ) Y H qyns^r'Hrn^s 1,26, 11,29. Cet affixe, j'en suis convaincu, a ici, tout comme dans le mot kirghiz, un sens privatif, en sorte que, par exemple, qayan'syra' signifie perdre le khan (déposer le khan, par opposition à qayan-la' 1,34, créer un khan?) et la forme transitive, faire perdre à qn son khan, piiver de son khan („dékhaniser" pour ainsi dire {sit venia verbo!))^). Je suis porté à relier cette forma- tion à Tafflxe 'Sy:s, -siz, privé de, sans, soit que -syra- représente 'syz-ra-, ou que r puisse être un simple changement de z^).
>) Voici les exemples des susdites formations qui se présentent dans nos inscriptions: 1,28 (I E 13) HsW^m^s q^y^s^r^m^s hud^n^y kûh^dnCs qui^dm^s, ils dépossédèrent des peuples (indépendants), ils déposèrent des khans et réduisi- rent en servitude les peuples (hommes et femmes), ou peut-être: ils réduisirent en servitude les peuples qui avaient perdu leur indépendance et leur khan (Radloff, qui vocalise également cet affixe comme -syra-, -sirà-, traduit, mais à tort selon moi: „sie hildeten einen Stamm und er nahm die Chanswûrde an, das Yolk diente ihm als Enechte und Mâgde^). D'après le contexte, ce passage et les deux passages cités plus bas, parlent seulement des relations des Turcs aux autres peuples sur lesquels ils étendent leur domination, et non point de leur évolution intérieure propre. I, 2« (I E 15) = 11,2» (II E 13) ill^g*g *l8^r^tm% q'^y^nPy^Y q^y%s^r"tm^8, f*f^y y*z^q%flmè^8^ etc., à ceux qui formaient un peuple (indépendant), il enleva leur peuple (c.-à-d. leur indépendance); ceux qui avaient un khan, il les priva de leur khan; il pacifia les ennemis, etc. (Radlofi*: „er fngte die iu Stammeu lebenden wieder stanunweise zusanmien, brachte die Chans- wiirde [ici qayaniyy est absolument adjectif, comp. plus haut p. 21; *qayaniyq serait le substantif] wieder zu ihrer Geltung" [?], etc.) ; de même 1,23 [I E is] ilVg'g ih'r^tdWz, qYni^y^y q^m^r^'id^m^z; I,3i (I E 10) iark hud^'n ôfr^fn ur**ys^r"t^j^n^ je veux tuer le peuple turc et le rendrai sans postérité (ici Rad- loff lit uruy asratajyn, et traduit: „wir wollen das [Fûrsten-, lire:] TUrkenvolk tôdton und die Kachkommen cmâhren^, interprétation qui, d'après le contexte, est tout à fait invraisemblable).
*) Comp. Radloff, Phonetik^ § 286, où sont cités quelques exemples de cette permutation, fort rare à la vérité, de z en r. (Au moment d'envoyer mon manuscrit tout prêt, je tombe par hasard, dans Radloff, Wôrterbtich der Tàrk- Dialectej I, p. 829 et suiv., sur le mot àlsirà, dialecte de Kasan, „kraftlos wer- den, schwach werden, ermûden" (devenir sans force, s'affaiblir, se fatiguer) et alsiràt, „schwàchen, schwach machen**, (affaiblir, rendre faible) [en kirghiz eUirà „zerfallen, aus einander gehen" (se disloquer, se disjoindre)], avec l'explication que voici: de àl [(kas., kirgh., = arab. hâî) „Kraft, Macht" (force, pouvoir)] -(-«»-? + rày — ce qui forme un important et intéressant parallèle à l'interpré- tation de cet affixe telle que je l'ai avancée plus haut.)
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nI, Y
sont les sigues de i: le premier, >|, avec les voyelles vélaires, /, (comp. plus haut, p. 17); Tautre, Y? ' ^vec las palatales. Au coni- raencemeut des mots turcs purs, /, l se comporte tout à fait comme r. Voici quelques exemples: 'l >| P "fp, vaillant, 2® ''f'^p, en prenant, h ^ nI "ffy 1^ six, 2» il prit, ) > ^ n| "^fun, or, >> ^ n| H q"ftf*ii^, je restai, n| > sl^ quf, un esclave, i H >j > oi"ryp, étant assis ^), nI h ^ iy^i an, I >> si f^ H Q!/f^^% i' fit, >> n| Y > offi^m, mon fils; — ^ Y ^''^ (proprement àllig?), cinquante, Y h? ^*'» peuplade, empire.
*) Le thème o^ur- remplace une forme primitive *ohur-j de même que les formes transitives ôîûr-y tuer, kàîur-^ apporter, remplacent *ôUûr-, *kàltûr'; voir p. 31 sous le titre 4, ^. Du reste, M. Radloff transcrit partout ce thème verbal H ^ ^ j ^"^ figure avec différents affixes, non par oiur-, mais par iilar-, et en général il le traduit par „sich erheben" ou «erstarken** (s'élever, devenir fort). Toutefois je doute fort de la justesse de ce procédé, quoique, na- turellement, en face d'une autorité comme M. Radloif, je n'ose nier la possibilité d'une telle formation par r, si surprenante qu'elle puisse paraître: moi-même je ne connais que le turc oriental ulal-j yakout ulat- (f pour /), grandir (ouigour w^^^rfl-, uHa- id., Vàmbéry, Uigurische Sprachmonumente, p. 201, 202, turc orT -yaw-, -yrt/-, grandir, vieillir; comp. uiuq, ufuy, utu^ grand). Il y a tout« une suite de passages où le sens de s'asseoir, être assis, rester, demeurer, semble être la seule acception convenable et où, par conséquent, je n'ai point hésita à trans- crire ol^^r-; voir, par exemple, I,4i, i4, m, 47 (employé ici avec le régime direct au lieu du cas local, comme, par exemple, qon- 1,49). Ce qui est plus particulier, c'est l'emploi du thème H "J ^ ^ propos du khan (ou du chad)^ dans le sens de régner, monter sur le trône (et de la même manière la forme transitive ^ H "J ^ P<^"r signifier proclamer, créer khan qn, 1,15). Ici surgit donc la question de la possibilité de deux verbes diiférents, de telle manière qu'ici l'on doit peut-être lire M^ar-, ulari-. C'est ce que néanmoins je ne peux pas croire. Non seulement ladite hypothèse a priori serait invraisemblable, mais encore, à mon sens, il serait étonnant qu'on eût exprimé l'idée de régner par un verbe ne signifiant que grandir (on ne pourrait pas comparer remploi de kàHkr-, élever, 1,30, 16; 11,32, îi, ce thème ayant un sens tout différent, comp. Vàmbéry, Etymoî. Wôrterh. der turJcO'tatar, Sprachen, 1878, n° 114, I). On peut alors tout aussi bien admettre que nos Turcs ont employé le thème ofur- dans le sens de régner (être assis sur le trône ou monter sur le trône), figure dont nous trouvons le parallèle dans beaucoup de langues, bien que peut-être pas précisément dans les langues turques. Ce que considérant, j'emploie partout la transcription ohtr-. mais ce n'est pas sans hésiter.
3
— :u —
^ $ Y h 5^ bilffà, sage, -lY^ J^l% en venant, h h Y h^ oUi, il mourut, iV $ h h Y t^ ^ kuljig^n \ ^ V \ t" X 11,47 lisun = Li-tsoan (Schlegel) ou Li-tlisiouen (Stan. Julien; d'après la prononciation du temps, peut-être Li-tsûn?), nom propre chinois (voir la traduction).
Des affixes contenant /, l sont, par exemple, 4 >j -f'r, X Y 'I^^j voir p. 31; Y J -i^r, $ Y '1% voir p. 21; h ^ Y, ^yyiy, h Y ^ -V/H, qui forme une espèce d^adjectifs verbaux, voir par exemple II,u, 10 (comp. des formes ouigoures en -yqiy, -ikli^)); [>j Y "/*''] Y $ -g% impératif, comme Y (^ X h I ^^cl9% IjS*, écoute; l est le signe caractéristique du passif, comme i Y T h h tir*l% 1,29, se rassemblant (tir + -lY-), etc.
A, Y-
La signification de ^ ®st manifestement c (c.-à-d. tch). La seule question possible est de savoir si, à côté de ^, la langue a pu avoir le son ^ (c.-à-d. dj), qui a dû alors être représenté par ce même signe. Dans la transcription j'emploie toujoui's c. Exemples:
B Y h A ^yY% pauvre; X V ^^> ^^^^1 ï\^ V kV ^^***» P^^") ^ ^^^se de, $ A h ^ ^^^% peu, A Y 0 ^ i"bY"c, auguste, chinois (ouig. iapqai), A Y h Vf^'^^ ^^is. En outre, les affixes J^ X "^^j "^^^ *els que >r A ô > H 5M6ia, comme de Teau, >r A Y ^ i^r^a^ comme une montagne, >r A ^ > ^^^^» comme du feu, >r A H > ô ^^àa^ comme une tempête? (djag. huran), 4^ A fP (^ t^ ûifzàâ^ comme un fleuve; et f^ ^ "^Z/, "^) affixe bien connu qui revient dans toutes les langues turques et s'attache aux thèmes soit nominaux, soit verbaux pour former des noms d'agent, par exemple, h A ^l^ ^ ^ i^tnfcy, garde des sceaux, h A ^ Y h I • h A Y > P J^Y^y ^^^ày^ qui pleure
*) Voir Vàmbér}', Uigurische Sprachmonumente, p. 39. (Si l'on ne considère que la forme de cet affixe, on pourrait bien le lire -y"^y, -g^H et le rattacher i\ des gérundiums en -yfl/y, -a/y, etc. dans certains des autres idiomes turcs, comp. Mirza Kasem-Beg, Gramm., p. 145 § 328; Ilminsky, Bull, de VAc. itnp. de St.-Péth. I, 1860 p. 566 = Mélanges asiatiques IV, p. 68. Vâmbéry, Ca- gataische Sprachsttidieft, Leipz. 1867, p. 26. Le sens général de ces gérun- diums. „depuis que — ". ne convient pas dans nos textes et défend de maintenir un tel rapprochement.)
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et se lamente (des substantifs juy, pleurs, deuil, syyyi, lamentation), h A r* (^ h h itgùci^ faiseur (du thème verbal «7, faire, plus Taffixe nominal yw, gû; comp. ouig. -qu-cy, à présent -ufy, -y^y)* Attaché aux thèmes verbaux et ayant la signification d'un participe (présent ou futur), nous trouvons qu'après r et i, ?, cet affixe est généralement précédé d'un t, ou que i, l est remplacé par f^ , que je transcris Id. Je ne sais pas au juste si en pareils cas on a une syllabe entière où a, ci serait sous-entendu, par conséquent -taàyy -tdôi (on ne saurait guère comparer, par exemple, ouig. tut tacij qui tient, Vâmbéry, Uigtir. Sprachmonumente, p. 63, ch. IV, v. 26; p. 67, ch. V, v. 15, Radloff, Das Kudatku Bilik, p. 9 [11, 20], p. 10 [12,21] P), ou si, pré- cisément parce que tous les exemples ont l'élément en question, /, après r et i, l, ce t ne se rattache pas plutôt, sans voyelle inter- médiaire, à ô pour signifier telle ou telle particularité de la pronon- ciation, une certaine intensité ou quelque chose d'analogue, par exemple, h A ^ H nI > oi^rt'éy, 1,47, qui est assis (comp. p. 33, note), h A h T r* ^ 11,64 kort'ci, qui voit, h A h Y t^ olt'ci, mourant, mort, h A M H D fn^i^'cy, qui s'égare, h A M > ô f^ofd'cy I,6i, 59, 11,64 = h A ^ nI > ô ^of^'Sy 11,11, devenant, h A M H > ^ D j^tu^q^id'cy, I,6i, qui reste couché. Je ne sais guère comment h A >j ¥ 1 >l > ^^^ propre de cheval, doit se lire et s'expliquer. La forme la plus approchée est sans doute "fp^ë'^ôy; mais une forme comme, par exemple, ''Ipj'èi^cy n'impliquerait aucune impossi- bilité formelle. — Il y a quelque chose de singulier dans l'emploi de X d*^ 1* forme ) > A >l ^ 0 !>»«> IIj32, hoicun, dont le con- texte semble devoir faire une 3** personne de l'impératif au lieu de hoisun, qu'il existe, qu'il subsiste.
Le caractère Y ^^ figure qu'un petit nombre de fois, mais re- présente évidemment le même son que X. Le seul document à l'aide duquel nous puissions déterminer la valeur de Jl^, est le dou- blet ¥ >> ^ Y n,83 = I >> ^ X h I»»ij «^'*^'^ (ow iSkWë?) dont le sens semble être quelque chose comme entra, ou rentra, retourna (formé, paraît-il, de iâ, intérieur, comme | >^ H ¥ ^ I»30j I >^ ^ ¥ ^ 1,29, ¥ >>® 11,10, i^Sifqm^S [ou C'Sq^m^ë?], sortit, de taë, extérieur). On a donc ici Y = A h '<^> ce avec quoi concorde 11,5, où nous trou- vons cote à cùt« les deux mots ayant clairement la même racine.
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f^ X ^j Y • 4^ ^ 6^ ^ A h ^à*k(fùna i^'kdl?, et dont le dernier est encore identique à f^ x ^ X f^ 1,3. Je transcris donc ce signe je.
\, l,¥, fi'.
La parenté de ces caractères, au moins des trois premiers, se révèle tout de suite, sans qu'on ait à considérer leur valeur, quand on voit comment | alterne, dans certains cas, avec \ , dans d'autres avec ¥ (j'en citerai tout à l'heure des exemples); et si Ton consi- dère de plus près les cas où nous trouvons employés ces caractères, on ne tardera pas à voir qu'ils ne peuvent représenter que las sif- flantes.
Des trois premiers caractères, les deux dont l'emploi est le plus nettement limité, sont \ , qui est le s soufflé, avec les voyelles vélaires, et Y, qui représente § (ch français) et est adaptable à toutes les voyelles, bien qu'il figure moins souvent avec les voyelles palatales qu'avec les voyelles vélaires. | , au contraire, est d'une application plus compliquée. A proprement parler, 1® c'est le signe de s avec les voyelles palatales; mais 2® souvent aussi un emploi collatéral le fait figurer avant ou après la voyelle y ^) au lieu de \ , et 3® enfin, il est commun, surtout dans l'inscription du mon. I, comme remplaçant de ¥ ^ avec (après) les voyelles palatales, en certains cas (la terminaison -m?/5), mais presque seulement dans le mou. I (et III), avec y. Le fait qu'en emi)loyant | dans ce dernier sens, ou est loin d'être conséquent, montre que ce ne peut être essen- tiellement qu'une particularité graphique de représenter le son .^ par le signe du s et qu'en règle générale du moins, on ne doit pas y voir de véritable changement phonétique de ë en s^)^ pas même une particularité de dialecte personnelle à celui qui a rédigé ou taillé l'inscription. Conformément aux principes que je suis généra- lement dans ma transcription, je n'en maintiens pas moins ici s par- tout où il est écrit | (et \), et j'emploie S là seulement où l'original
') Jamais avec les autres voyelles appartenant au groupe vélaire, a, o, u. Le signe | en combinaison avec les consonnes caractéristiques de ce groupe accuse toujours le voisinage de la voyelle y.
*) Comp. Radloff Phonetik §§ 208, 278 et suiv., 344 et suiv.
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porte Y . Je le fais d'autant plus qu'il y a des cas où Ton ne peut pas en toute certitude décider si c'est le son s ou le son § qu'on a voulu représenter; d'autant plus aussi qu'il y a des cas où, avec plus ou moins de probabilité, l'on peut présumer des traces du change- ment de § en s dans la langue même 0- Citons quelques exemples où figurent ces trois caractères:
H î ô > S ^"^? eau, > I) X s'^ju, par (au sens distributif, ouig. id., yakout ajy, Bôhtlingk, JaJcut. Wôrterb., p. 7), fp ^ ) H ^"ns^^^, innombrable, fp S ) > ^ tons^^, sans vêtement, 4^ H S ''^^«^ ^^ bas (comp. coman astry, ouig. astyn), ^ ^) S 0 ^"*'^!/> il (pressa, foula aux pieds) attaqua. — Dans les mots ri S V > ^ toy^s^q-, lever du soleil (J" ^) H S Y > ^ iort^yq-da, dans l'orient, 4" H S ¥ > ^ datif, proprement toy^^s^q-qa), et rl H ^ ô f^^t^a^q-j coucher du soleil (h H ^) H H ^ ô h^'iyàyq'iV'qy^ qui sont dans l'occident), et en face du toYuê, haiys de la plupart des autres langues, ^ û'a certainement pas le sens de è\ mais ici l'on doit voir des formations avec un
*) Au début j'avais pensé employer un caractère spécial, par exemple é, au lieu de | , dans les cas où il remplace 8\ mais la raison susmentionnée m'y a également t'ait renoncer. — 11 est singulier que, dans les inscriptions de l'Iénis- séi, non seulement le signe même manque, mais il ne semble pas exister de signe particulier pour 5 près des voyelles vélaires. Autant que je puisse voir, on em- ploie dans ce cas simplement la même désignation que pour s. Pour le son s on a deux ou trois signes différents: /\ (et plus rarement H) qui ne parait figurer — et avec les voyelles vélaires et avec les palatales — que dans ledit sens (voir quelques exemples dans ce qui suit), et f » signe équivalant au ¥ (III Y) ^^^ inscriptions de l'Orkhon, mais dont la valeur est peut-être s dans quelques cas, tels que XXV,96, où la désinence f^ Y représente peut-être -*i/, affixe pronomi- nal de la 3« personne, ou XXV,378 H Y /^ > /^ = XXI,33 H Y /^ > h tuts'W? (comp. des formes en 4 ^ [P* 31] dans les inscriptions de l'Orkhon, telles que H H ^) ^ ^ lj*7> 11:72?). Parmi ces signes, Y est indubitablement, au début, ê (comp. plus bas les remarques sur l'origine de l'alphabet), taudis que pour le moment je n'ose pas décider si /\ (ainsi que H?) n'a été originairement qu'une variante de Y ou s'il a pu avoir une autre valeur (par exemple, celle de &* ?). Dans ce dernier cas il a dû s'introduire une confusion dont il faut réserver à l'avenir, et par voie de recherches plus approfondies, une solution (telle que, par exemple, la possibilité d'un commencement de fusion entre les sons è et s?).
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autre affixe, -syq et non -ê ^). (Sur le mouum. III, 3 on constate au contraire un écart d^avec le dialecte des autres monuments, savoir des formes qui concordent avec Touigour, telles que [>r H] > Y Y ^ o toréu[hal f>r SI h Y 6 Ô bHHy[fial)
I : 1® 5 avec les voyelles palatales: ^ ^ | 8^k% huit, ^ Y h | sil% pur, [^ I 627, armée (= ouig.), h | M susi^ son armée, h | h ri^ h inisi^ son frère cadet, rP | $ Y h 5^ bîVgs% sans sagesse.
2® s avec la voyelle y : ^ Y M ^Vf^'» lamentation, ¥ >^ 4^ ^ Y M sijYiam^ë, 11,37 = | >^ 4^ ^ Y h H ^37, ils se lamentaient, 4^ H h ^ | ^ 0 bn^s^qyna, 1,53 = ®^ S ^ ô IIi'«) ^^ coucher (du soleil), à l'occi- dent (comp. plus haut), h | h Y P J^Yy^Vi son ennemi, fp | Y P ^^8% sans ennemis.
3® au lieu de Y ^: | f^ 5^ iw, cinq (plusieurs fois) = Y h 5^ bi$j 1,23; h I h ^ kisi = f^ Y h ^ ^'*^^ Ij*^> (II^u), homme; extra- ordinairement souvent | >^ -m^s, -m^s = Y >^ -^*'^> "^'^> affixe du prétérit (du participe), la première de ces formes surabondant en I, la dernière en II, (comp. | >^ >] ^ J buim^s, ayant trouvé, III, 1, 3, lén. I >> T ""rm's, était, XXII,i5, | >> ^ )h T ? XXXVn,2i5, comp. Donner, Inscr. de VOrkhon, p. XL Vil, autrement s, par exemple, .^ h >> T '''♦Wiô', XX,97, /\ >> T XVIII,i29); I >> h ^ fi^^% I>29 = Y >^ h ^ /^^»'^ II»3i» soixante-dix (comp. : /*v >^ : ^ n| ""U-m^s, soixante, lén. 1,35); | ^ R ôkûs, 1,49 = Y t* R, Y ^ t* ^**'*^» »o"ï- breux; | >> M ^'wm% 11,47, = Y >> M *^*^m"J I,5o, 58, 11,6?, argent; M t^ I sôn^s^ combat, 1,26, fp >^ X MM son^sdWz, nous combattîmes, 1,69, 63 = <>Y H t^ I ^oï*''^- partout ailleurs.
Si Ton trouve seulement des formes en | , sans formes latérales en Yï i^^^s répondant aux formes en s des autres langues, il doit être vraisemblable que l'écart d'avec ces dernières formes est pure- ment graphique. Pourtant Ton ne peut pas nier a priori la possi- bilité d'un véritable changement phonétique de ê en s. Ainsi x f^ | ^sid, 1,53, Y (^ X h I "Mf/Hj I,.^, (11,77), écoute, H X M ^sid% 1,45, (II,7o), etc., écoutez (= dèit-^cHt', iëit- dans les autres langues); de même I f^ isy affaire, occupation, travail, dans la locution que présentent
*) Comp. peut-être ^ | Y 1^» ^'*' <1^^*' J*' ^'^ "^" V^^ oh^k, mort (Radl.). mais iiV^ii^k, part, portion, division, comp. iïlâS et iilus dans les autres dialect<»s. La forme ^ | ^ O <^'*''' P^"'^ *'^s) indique que ralHxe a la voyelle y, î.
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assez fréquemment soit I, soit II ®Th5^-$Ar*^Ç^Ih is^gjciic^g bir-, «donner (vouer) à qn (son) travail et (ses) forces", servir qn avec zèle, s'employer pour qn, comp., par exemple, osm. iè gii^j atfaires importantes, occupations sérieuses, ièlû gii^tii, sé- rieusement occupé 1).
¥ : ¥ ô f>''^'y tête, ¥ t ^% Pien*e, ¥ D (lén. /\ D, n D, D D) j^è âge, au ; larme, ff S ¥ ""^^^^j sans nourriture, ¥ h ^ Jv^^ '* forêt noire, H ¥ ^ h ^ jy^^^^Qj mou; comme affixe dans la forme réciproque des verbes, par exemple: fp >^ X ¥ Y fP M sôzl^èdfmfz, nous nous parlâmes. Pour plus d'exemples, voir plus haut sous 1 , 3^.
Reste à parler d'un signe sur la nature duquel, en tant que sifflante, on ne peut avoir de doute, savoir ^ (en III et souvent dans les inscriptions de Tlénisséi, à l'envers : % [peut-être pour mieux le distinguer de ^ w^P]; pour d'autres formes de Tlén. voir p. 9). La valeur qui se présente immédiatement pour ce caractère et qui s'adapte partout, est z^ commun à toutes les voyelles. Ceci concorde avec le fait que rarement on le trouve écrit au commencement des mots et, en ce cas, manifestement de façon qu'on doit toujours le lire comme précédé d'une voyelle (a, a). Dans neuf cas sur dix nous avons ici le mot ^ (qui s'écrit toujours accolé au mot suivant) "^, peu, peu nombreux; autre exemple: h H > ft^ ''-^'Mgy, 1,2, ses (leurs) provisions (turc orient, azuq). Au contraire, ^ est fréquent dans d'autres positions, par exemple, rP > sU ^ toquz^ neuf, fp ^ > o/**^, trente, 4^ fi^ t* ozà^ en haut, dessus, h fp f^ ozi, lui-même, >^ rt^ r' o^'m, moi-même, h fp I) j^-sy, une plaine, ) Y fP H ff^îf^n- (avec différents affixes), gagner (djag. qazqan-), fp h 5^ biz^ nous; fp >^- 1® -myz, 'tniz, affixe de la V^ personne du pluriel, comme fp >> ^ T t^ h ioriim% notre loi; fp >> ^ s| ""Hym^z, nous prîmes, fP >^ h T 'V^m'^, nous fûmes, fP >> X h h itdhn% nous fîmes; 2» -mazj -màzj affixe de la forme négative du présent des verbes, comme
») Radlotf, Denkm. Kiil T., lit et transcrit «*•, intelligence, sens, le mot eu question. La locution osmanli citée plus haut me parait décidément parler contre cette manière de voir, (h T ^ ¥ h? comme on le lit dans les Inscr, de VOrkhon^ 11,67, n'a pas ici sa place, mais y figure par erreur au lieu de
r T e Y r »</rû:)
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fF ^ Y h 5^ &//m*-2^, (qui) ne sait pas, ) > rF >^ >| > ô hoim''zun, qu'il De soit pas, ue devienne pas.
Ces trois caractères occupent une position particulière, car il est manifeste qu'ils ne représentent pas des sons isolés, mais des combinaisons phoniques. Chacun d'eux est applicable à toutes les voyelles.
[^ ne figure pas très souvent; mais sa signification ressort du doublet >^ ri h H IIjis^ ^^ ailleurs = >^ ^ >) [^ f^ 1,12, qyil^m, je fis. On a donc ici [^ = ^ >) //. Avec ceci concordent les formes h M > ô» ¥ M H D (2*" personne), prétérit des thèmes >) > ^ hoi-, devenir, >) H D /''*'^^-> se tromper, commettre une faute. De ce dernier thème additionné de Taffixe du nom verbal -duq, -tuq, nous trouvons ri^ h si/ M H D H^^e, et finalement nous trouvons [^ au lieu de >) devant Taffixe f^ X "^' (comp. plus haut p. 35) dans
1^ M h À nS D I.« et h A n > ô I," (comp. h A ^ vl > ô 11,11) des deux mêmes thèmes, j"/*^/- et loi-, ainsi que dans ^ A N H 1,61, de ->) i\ q"l'j rester. Ces formes fournissent donc toutes des indications dans le même sens, relativement à la signification de ce caractère.
Néanmoins on doit faire ressortir qu'en général, dans les ins- criptions de rOrkhon, [^ s'emploie seulement dans le petit nombre de thèmes que je viens de désigner, et seulement dans les cas où les langues apparentées ont hi, Id (/, l appartenant au thème, d à Taffixe); [^ au contraire ne remplace jamais un H^ /^commun aux langues tunjues (par exemple, c'est toujours exclusivement h ^ >) alff/, six, ou analoguas) ^). On doit donc laisser indécise la question
*) Le texte typographie des Inscr. de VOrkhon 1,21 porte ^ Y I N » mais, p. 48, cette leyou est rectifiée eu >^ Y H i ' î » ^^^^ pourtant r| uc saurait être correct. [Radloff. Denkm. Kiil T., p. 13, lit >^ Y h Ni qu'il transcrit aiti/ (ilim^ et il traduit ce passage entier par „dem hatten wir uusere seclis Stamme dcr Kuntschajug verliehen**.] A n'en pas douter, on doit lire ^ Y I r I &tw7'i», ma sœur cadette (turc orient, singil) et ce passage si- gnifie: „nous lui donnâmes ma sœur cadette pour épouse" (quant au mot (/on c'MJ- comp. plus haut, p. 13).
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de savoir si [^ est à proprement parler ^/, H ou si ce ne serait pas plutôt /cZ, /(/ (de telle sorte qu'une forme comme h t1 > ô serait parallèle à f^ ^) L| ^, voir plus haut, p. 23), ou en tout cas signe commun de it, H et de id, Id. Telles que sont les inscriptions de rOrkhon à cet égard, je préfère en tout cas transcrire ici le carac- tère en question id, Id, et ne saurais voir un obstacle qui s'y oppose, dans le fait qu'il n'alterne qu'avec it, It, non pas avec W, W, parce que, après /, l, on écrit toujours f, pas d (là où Ton écrit ^ >), X Y» les sons /, / et d sont, k ce qu'il semble, toujours séparés dans la prononciation par l'interposition d'une voyelle, comme )^ X Y M ^f"d'hl*nt, j'entrai en campagne, je fis une expédition, comp. J^ Y N ^"^^'là'i impératif, 11,2; h ^) n| A nI h <1 WJ^^ci^Hly 1,65, il sabra, de f* | sii, armée, *qyii/c (ouig., djag., etc.), sabre, épée, additionnés de l'affixe ia, là, qui forme des verbes dénomi- natifs).
Parmi les inscriptions sibériennes, les n^« XXXIII (Tachebâ) et XXXVII (Kemtchik) sont seuls à fournir des exemples de [^ (Donner, WôrUrvcrz., p. 53, 65 et suiv). Mais ici la valeur parait être simplement //, //, par exemple, ) > M J'i/"''-^» XXXin,i6, or; l P h M "UuJ"-^^^ XXXVIL108, six cents?; ^ >^ >^ N "^pnys^at?, ibid. 234, soixante chevaux?
viv (III o , Ongin id. à trois points) représente une combinaison semblable, dont le premier élément est n; c'est donc ni ou iid. En ce (lui concerne les inscriptions de l'Orkhon, je préfère transcrire partout m/, et cela pour les mêmes raisons qui m'ont fait transcrire Y\ fd. Voici les preuves de cette valeur du caractère en question: 1« les doubletis rF viv f^ ^ II,2o = rf^ h ri^ t^ ^ I,i*^ foVm/'V, ktmi% de jour (djag., osm. kiindiiz)\ f^ viv ^ I,i8, 11,23 = f* ^ ri^ ^ ^^^^ Jjhulfi, L'hiiii, lui-même (ouig. kandii, etc.); h viv (^ fp II,ii = h h ri^ (^ fP 1,63, ''^^(ftidi, -nti, n. pr.; '2® le fait qu'un n à la fin d'un thème est toujoui-s tombé devant kùj , tandis que les formes qui se produisent de cette manière sont parallèles à celles formées à laide d'affixes commentant par t ou d, par exemple, ^ ^ ^ y ç) hudiutda, dans le peuple () ^) > â), vT viv Y H î/T*(if/û> d« I^ part du khan 0 Y H )» t ^ h nI Y > oriyd(h dans, de son (ses) fils ( ^ M V > ), >^ ^ V fP H ff^^tiJ^in, je gagnai (= >^ <^ ) )/ ^ H lén. XX,3i;
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thème ) Y rP H )» ^ ^ H S s^'q^tul^m, je pensai, je me désolai () H S ); 3® cette valeur donne, partout où on la substitue, des formes intel- ligibles et exactes, par exemple, ^^ viv > ^ bunda, ici, ^f" v^y (^ o III, 2,13) «m/a, là, Y ^ "'i^^y, ainsi ^), ) viv H g^^^n ou -d"/i, d'où, I >^ H viv > vl^ qond**rm^s^ il fit s'établir; de même H > viv Y è'^njuù (ou ë^'ntun), nom d'une localité à Test des Turcs, en chinois Chan- toung; A Y r • ) ^ h À II»*' cyti^'^n (ou àynV'n) yfc, espèce de bois précieux, (ouig. „tschintanj Aloeholz [bois d'aloèsj, chin. tschîn- thân^^ Klaproth, Abh. iib. die Sprache und Schrift der Uiguren, 1822, in-foL, p. 15).
Reste encore le caractère ^. Ici, il est vrai, nous manquons de doublets graphiques pour indiquer la route; mais diverses raisons rendent évident que ledit caractère ne saurait représenter un son isolé et convient seulement à une combinaison de consonnes commen- çant par Uj et l'unique valeur applicable, qui convient d'ailleurs à tous les cas, est ne (y compris également n^, si toutefois la langue a comporté ce son, voir plus haut p. 34). De cette manière nous trouvons diveraes formes pronominales: ^^ ^ > ^ buti^a^ tant, cette quantité (turc orient, mun^à), ^ ^ ""nëa, tant, à ce degré (t. or. ancà), ^ ^ ^ H^ncdy combien (ouig. nànca)\ les nombres ordinaux se terminent par ^ nc^ fait qui a son pendant le plus approximatif en ouigour, par exemple, ^ A t^ uc^nc, 1,8,64, troisième, ^ h T T h tôriUiôj 1,64, U,ii, quatrième, M h 5^ hishiô, cin([uième, ^ h h ^ jU*nc, septième, ^ ) > on^nc^ dixième ; en outre ^^ ^ h | T T t* h tôrtmrwà, conformément à ses lois ( $m- + -èa). 1,44 ^) et 11,64 nous avons, deux fois même, le mot Y h ^ ^) ? Q^i® j® lis '"d^i^yy et rattache à l'ouigour adynzyq, -saq^ autrement (adyn, autre, en outre, au con- traire). Si j'ai raison, ne serait ici pour ns^ comme te pour is en bolcun, p. 35. — En dehors des affixes, nous avons ^, par exemple eu h ^) ^ S ^"a^ffyi il perça, vainquit (t. or., osm. b-an^-), ^ ^ h ^ jinèiij perle (t. or., osm. in^û).
*) Oomp. Y ^ )> I^û. XXII.io, le seul exemple que j'aie noté de la com- l>inaison ^ ) . Dans les inscriptions de TOrkhon on ne trouve jamais ni ^ ) ni X jt* seulement [^ )?], h rt* ou ViV.
') Ou verra que dans la manière dont, après examen scrupuleux des pho- tographies, je lis et comprends tout ce passage, je m'écarte beaucoup de M. Radloff.
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Do^ible point.
Nous venons de parcourir en détail tous les 38 signes qui re- présentent les lettres de l'alphabet. L'écriture turque ajoute cepen- dant à ces caractères un signe de plus^ le double point (:), qui sert à la ponctuation^ car il est destiné à séparer les mots ou plutôt à marquer la fin d'un mot. Ce signe se met donc^ non seulement entre deux mots dans une même ligne, mais encore en général à la fin d'une ligne et jamais au commencement. (Je ferai remarquer entre parenthèses que jamais un mot ne se scinde d'une ligne à l'autre, mais que les lignes finissent toujours par un mot entier et peuvent en conséquence être d'inégale longueur. II ne faut en ex- cepter que les cas très rares où, pour des motifs spéciaux, on a visé à ordonner symétriquement les lettres, comme on Ta fait dans le fronton du monument III, où cet arrangement combiné avec les for- mes un peu raffinées des lettres mêmes, constitue un élément de Tomementation ; aussi dans ce fronton le double point ne figure-t-il nulle part.)
Toutefois il s'en faut de beaucoup (lue ce signe soit constam- ment employé après chaque mot: très souvent nous trouvons deux et même trois mots écrits de suite sans être séparés par le double point, et paraissant alors ne former qu'un mot. Dans la plupart das cas, cela n'est dû qu'à des considérations d'art graphique, et la règle principale est la longueur de chaque mot: tel mot qui ne se compose (\\\e d'une lettre, comme ^ «/, cheval, [) "j, mois, f 'V, homme, ne s'écrit jamais seul, mais s'accole toujours au mot suivant ou au mot précédent; les mots de deux lettres se trouvent en général plus fréquemment fusionnés avec d'autres qu'écrits isolément; dans les mots de trois lettres, l'ordre est déjà renversé. En somme, moins les mots sont courts, plus la règle de les isoler par le double point fait loi, et plus les exceptions à cette règle se limiteront tout au plus aux cas où il y a une combinaison logique spéciale, par exemple, celle d'un substantif avec son adjectif, son nom de nombre ou ana- logue, les appositions ou les mots coordonnés, qui constituent comme un seul concept, une postposition avec le mot qu'elle régit, et autres
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semblables. Voici quelques exemples épars : ri^ h $ H "flJ^ty^, 1,1, sou cheval blanc; : ^ Y H > $ toryj't, 1,8, cheval alezan, bai; • hhYr'vT^^Nl^ oij'tj'tuja ôlti, 1,8, ce cheval mourut là;
:hTHh:^r^>rfFr i,*o = «h ^ M : >r rP r n,4o, ôzà
kok i^nri, le ciel bleu en haut; : vT H ri^ h ^ ^kinj'ra, I,4o, entre les deux; : (^ T h ^ 'l^ijf% I,» (62), deux hommes (ace); : T rP T ^ h h ^ ytijUzJr, 1,28, 11,31, sept cents hommes; : ) Y h ^ h À *^"'*w. (/«y"/?, mon oncle le khan; : | >^ T ) Y H 1 nI Ij38 = «f • )® 11,38, "^^^^^''y"/* 'hm's, c'était un vaillant khan; : (^ A T ^ (^ I h is'gjiuvuj, travail et force (ace; voir p. 39); : ^ A |^ 4, ^) H nI H D 11,29 = : ri^ r À r* • 4^" I>26 fHi*(fduq ^) uciut, par le décret, par la grâce; .' | ^ >l 1 > H qopj^imys, 1,39, il(s) pri(ren)t beaucoup.
liemarques sur l'origine de Talphabet.
Reste encore la question de Torigine de cet alphabet si sin- gulier et de ses rapi)orts avec les autres alphabets. Je vais essayer de formuler brièvement ma manière de concevoir cette question, en- trant aussi peu que possible dans des détails inconnus sinon par hypothèse.
S'en tenant exclusivement à la forme des lettres, sans pouvoir tenir compte de leur signification, il semble que jusqu'ici Ton ait été fortement enclin à chercher en Europe le point de départ de Talpha- bet, et Ton ne peut nier que plus d^iu signe présente effectivement par sa forme une ressemblance plus ou moins frappante avec telles lettres de divers anciens alphabets européens. Ainsi M. Donner ^) a cru pouvoir signaler „la conformité générale existant entre les ca- ractères de riénisséi et ceux qui dérivent des alphabets du système d'écriture grecque en Asie Mineure, notiimment ceux des Lyciens et des Cariens". Mais, outre que l'intervalle chronologique considérable
*) Ou j"r'i(i*du(i? Les langues apparentées fluctuent entre l'une ou l'autre (le CCS formes, mais la première semble être la plus primitive. *) Inscriptions de VOrkhon, p. XLIII et suiv.
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— environ raille ans — qui sépare les inscriptions turques des ins- criptions d'Asie Mineure dont il s'agit, doit éveiller de forts doutes sur la rectitude de l'assertion, la différence complète qui se révèle entre les significations respectives de tons les signes de forme ana- logue, s'oppose le plus carrément possible à ce qu'on cherche par la susdite voie la filiation de l'ancien alphabet turc.
D'autres ont comparé notre alphabet aux anciennes runes du Nord et pensé qu'il a pu trouver son origine dans ces runes et venir d'Europe par le Nord de la Sibérie. Beaucoup d'autres aussi ont simplement appliqué à ces caractères turcs le nom de runes („runes de Sibérie", „runes de l'Iénisséi"); mais l'on ne saurait trop prému- nir contre cet usage. Il n'y a pas le moindre motif d'emploj^er le nom de runes pour désigner plutôt ces caractères que tant d'autres alphabets, et cette dénomination n'est propre qu'à éveiller de fausses idées. Car il appert aujourd'hui qu'à l'instar des rapports avec l'alphabet grec et ceux de l'Asie Mineure, il n'y a pas trace de ressemblance, quant aux détails, entre les deux alphabets en ques- tion, et qu'entre eux on ne peut pas non plus imaginer de solida- rité génétique. La ressemblance se réduit à certaines concordances de forme communes devant se présenter facilement d'elles-mêmes. Il y a surtout un point qu'on peut mettre en relief, c'est que l'alphabet turc, comme les runes, ne se compose essentiellement que de lignes verticales ou obliques et évite les traits horizontaux ^) (le turc pour- tant, contrairement aux runes, emploie parfois les lignes courbes; comp. ô? ^> D» ^)- Si mon ingénieux compatriote J.-H. Breds- dorff a eu raison de présumer, comme il Ta déjà dit en 1822, que pour la part des runes cette apparence est due surtout au fait que ces runes devaient être taillées dans le bois, ce qui rendait impra-
*) La seule exception qui contienne d'une manière conséquente le trait horizontal, est le caractère Y des monuments de l'Orkhon I et II; mais c'est h peine aussi la forme originelle de ce signe, qui doit bien plutôt se présenter sous l'aspect de fî Y* Au surplus, la forme des signes de ces deux monu- ments est quelquefois sans doute moins primitive que dans certains autres monu- ments, surtout ceux de l'Iénisséi, par exemple, vU vis-à-vis de 't^, ^ [III o ] vis-à-vis de ^ .
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ticables les traits suivant le fil ^), il ne serait pas invraisemblable que le même motif ait pu accidentellement être pris en considération pour la forme des caractères turcs '^).
Ni dans le Sud ni dans le Nord de l'Europe, on ne trouve donc de point de ralliement pour l'alphabet turc, et toute idée de lui trouver une origine européenne doit par conséquent s'évanouir.
Or, en examinant d'un peu plus près cet étrange alphabet et surtout l'originalité qui le détache de tous les alphabets que pourrait rappeler d'ailleurs la forme extérieure des caractères, savoir ses ditFérentes séries de signes pour les mêmes consonnes d'après les différentes voyelles, on ne saurait douter que, considéré dans son ensemble, il n'a pu surgir que pour s'adapter précisément à une de ces langues turques si distinctement caractérisées par la nature de leur vocalisme. S'il en est ainsi, on trouvera sans doute aussi tout de suite vraisemblable qu'un assez grand nombre de ces signes af- fectés aux mêmes sons doivent être l'invention libre de celui ou de ceux qui, appréciant le caractère phonétique de la langue turque, ont su composer si ingénieusement cet alphabet.
D'autre part il n'est pas moins clair que, non seulement l'im- pulsion qui a fait naître cet alphabet, mais encore le fonds propre d'où furent tirés ses caractères, doit provenir du dehors, et, pour trouver dans quelle direction remonter au point de départ, il n'ast pas nécessaire de chercher longtemps. Comme je crois possible de le démontrer avec certitude, et comme je l'ai déjà brièvement donné à entendre dans ma Notice préliminaire, c'est dans le Sud-Ouest, dans la région iranienne.
La source d'où est tirée l'origine de l'alphabet turc, sinon im- médiatement, du moins par intermédiaire, c'est la forme de l'alpha-
*) Comp. Wimmcr, Die Bunenschrift, Berlin, 1887, p. 97 et suiv.
*) Comp. ce que rapportent les écrivains chinois sur les Turcs (Tou-kioue) . „Ils n'ont point d'écriture [c.-à-d. d'écriture comme la chinoise], et pratiquent des entailles sur des plaques de bois pour faire des contrats", Stan. Julien, Documents historiques sur les Tou-kioue, dans le Journ. asiatique, 6^ série, III, 1864, p. 351. Autre part nous lisons: „Les caractères de leur écriture ressem- blent à ceux des barbares", ibid., p. 335. Comp. Abel Rémusat, Recherches sur les langues tartares, Paris 1820, p. 65 et suiv.
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bet sémitique qu'on appelle araméenne ^). C'est ce que prouvent quantité de ressemblances spéciales dans la forme et la signification des lettres, outre que la direction de l'écriture de droite à gauche concorde aussi particulièrement bien avec cela 2).
On sait quelle extension prit, à dater des Achéraénides, l'al- phabet araméen dans l'empire perse, et quel rôle important il y a joué. Non seulement il s'y est maintenu longtemps, même sous les
*) De même que je dois considérer comme arbitraires et mal réussies les interprétations publiées par M. le professeur A. Tôtterman dans divers petits mémoires et portant sur certaines des inscriptions de l'Iénisséi (Souliek), je ne puis pas non plus approuver les rapprochements qu'il établit entre les signes de l'écriture de Souliek et ceux des alphabets sémitiques (Studien uber die SnljeJc- felsen-Inschri/ten dans l'Ôfversigt af Finska Vetensk. Societetens Fôrhandlingar, XXXI, Helsingfors 1889, pi. III; comp. Fûnf Suljekinschriften nach ihren Tex- ten festgestelît, ibid. 1891, in 4", pi. X). Le signe h * est le seul où par hasard nos opinions se rencontrent. — Dans le Babylonian and Oriental Recardy VIT, no 4, déc. 1893, p. 94, M. le professeur Terrien de Lacouperie a formulé l'hypothèse que notre alphabet est une adaptation des caractères indo-bactriens et himyarites. J'avoue que je ne peux aucunement me ranger à cette hypothèse du savant orientaliste. Il est vrai qu'en apparence cet alphabet indo-bactrien présente une certaine ressemblance d'habitus général avec l'alphabet turc; mais cette ressemblance s'efface entièrement, aussitôt qu'on passe aux détails, excepté peut-être un très petit nombre de points (tels que s, f, ï?), ce dont l'explication doit, à mon sens, être cherchée dans une souche commune: l'alphabet sémitique (araméen). En ce qui concerne l'alphabet himyarite, il m'est au contraire im- possible d'y trouver un point de ralliement quelconque pour notre alphabet, et je ne vois pas non plus que les faits historiques invoqués par ce savant auteur, suffisent i\ écarter les difficultés historiques et chronologiques qui s'opposent à l'admission de ladite hjrpothèse.
') Quand on écrit de haut en bas et, de plus, de telle manière que les lignes se suivent de droite à gauche (voir ma Notice préliminaire, p. 4 = 288 et suiv.), j'ai la plus grande tendance à y voir une imitation secondaire du chi- nois, laquelle, surtout dans les inscriptions I et II de l'Orkhon, a dû être très naturelle d'après les circonstances dans lesquelles elles ont été tracées (comp. la traduction). Le fait que dans ce cas les signes sont couchés, montre toutefois qu'antérieurement on a dû avoir l'habitude d'écrire par lignes horizontales, de droite à gauche. Je doute donc qu'on puisse d'emblée mettre ceci en parallèle avec ce que Hiouen-Thsang raconte des habitants de Souli (Kachgar), savoir qu'ils ont une écriture de 32 lettres et qu'ils lisent de haut en bas (Hiouen- Thsang, Mémoires trad. par Stan. Julien, Paris 1857, I, p. 13).
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Sassanides, pour servii* à la langue araméenne, que parlait un grand nombre das sujets de Tempire perse, mais il est redevenu à son tour le prototype de divers autres alphabets qui plus tard se sont développés dans la région iranienne et chez les peuples voisins ^). Celui de ces alphabets que nous connaissons le mieux, est l'alphabet pehlvi t-el que nous Pavons dans ses différentes phases d'évolution, en mon- naies, inscriptions et manuscrits (ainsi que dans Talphabet zend, fort proche parent du pehlvi) ^). Mais à côté de l'alphabet pehlvi, l'épo- que s'étendant à peu près jusqu'au Vil*' siècle de notre ère, en a vu encore plusieurs autres, chez les peuples iraniens et leurs voisins. Ainsi on a signalé, dans des monnaies de Boukhara daUmt des VP et Vn* siècles, des traces d'un alphabet „sogdien", évidemment d'origine araméenne et ayant un cachet un peu moins cui'sif que Talphabet pehlvi^). Il y a encore une série de monnaies dont les légendes présentent un autre alphabet („khovarezmien"P) qui semble appartenir au même type principal que le sogdien, mais qu'on n'a même pas encore déchiffré *). A ceux-ci viennent s'ajouter divei-s autres alphabets qui ont été en usage chez différents peuples „toura- niens", devenus successivement voisins ou maîtres de peuples iraniens ^).
*) Voir, par ex., Ph. Berger, Ilistoire de l'écriture dans Vantiquité, Paris 1891, p. 213 et siiiv., et le tableau vis-à-vis de la p. 300. Taylor, The Alphabet y London 1883, I, p. 250, II, 219 et siiiv.
-) Comp. la Zeitschrift fttr vergleicli. Sprachforsch. XXIV, pi. I (Hilbsch- mann-Euting); Berger, loc. cit., p. 249 et suiv.; Taylor, loc. cit. II, p. 236 et suiv.; Drouin, Observations sur les monnaies à légendes en pehlvi et pehivi-arabe, Ucvuc archéologique, 3* série, IV— VI, 1884—85 (pi. V (XVII), XXIII); le môme, La numismatique araméenne sous les Arsacides, Journ. Asiat., 8^ série, XIII, 18vS9, p. 376 et suiv.
^) Lerch, Sur les monnaies des Boukhar-Khoudahs, Travaux de la 3« session du Congrès internat, des Orientalistes, St.-Pétersbourg 1876, II, p. 417 et suiv. Comp. Drouin, Revue archéol. VI, 1885, p. 146 et pi. XXIII,io; le môme. Journal numism. 1891, p. 222; Catalogue des monnaies arsacides, etc. décrites par A. de Markof (Collections scientifiques de l'Inst. des langues orientales, partie V, St.- Pétersbourg 1889), p. 133, n«« 1—9.
*) Markof, 1. c, n<>« 734—771, p. 49—54: M. Drouin (Journ. num. 1891 p. 222, comp. p. 466) comprend ces deux alphabets sous le nom d'„araméo-kourhan**.
•) Comp. Drouin, Journ. num. 1891, p. 215 et suiv. (Les monnaies toura- niennes), et ibid. p. 454 et suiv. (Sur quelques monnaies turco-chinoises des VI«, vue et Vm» siècles).
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Toutefois ce que nous savons des détails de tous ces alphabets, présente de si grandes lacunes que, pour le moment, je ne vois pas la possibilité d'établir avec certitude à laquelle de ces sources on doit plutôt rapporter la base de Talphabet turc. Serait-ce directe- ment à l'alphabet araméen même ou indirectement, par l'intermé- diaire de l'un des alphabets iraniens qui en dérivent?
Je dresse ici un tableau des caractères de Talphabet turc, tels qu'à mon sens ils proviennent, dii-ectement ou indirectement, de l'al- phabet araméen. Des raisons de typographie me forcent, en ce qui concerne la forme exacte des lettres de l'alphabet araméen et de ses dérivés, à me contenter de renvoyer le lecteur aux passages cités plus haut, où l'on trouvera des renseignements sur ces alpha- bets, et je ne fais qu'indiquer, à l'aide des lettres hébraïques corres- pondantes, les parallèles qui me paraissent évidents ou, en tout cas, plus où moins plausibles. Par l'addition de a, p, s, je désigne que le caractère turc en question me paraît plutôt ressembler à la lettre con-espondante de l'alphabet araméen, du pehlvi ou du sogdien. (Quant à ce dernier, l'on doit se rappeler que c'est seulement un très petit nombre de ses lettres qui, somme toute, figurent dans les légendes peu nombreuses et peu variées des monnaies: si nous en savions davantage sur cet alphabet, ses points de ressemblance avec l'alphabet turc seraient peut-être plus considérables qu'il ne le paraît.)
n a, p {s retourné) = ^
n a, p = (^ P
■ («)• P (comp. zend), .9 = >
'^ (a) p = 4) rP (additionné du trait vertical)
{.a = |P)
n = H?
(^ P = h?)
b a (l'angle à droite), ;>:=>) ^ P = >>
: (a), p, s = )
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|
(c p |
= A , n p. 37 noteP S P) |
|||
|
s a, (p) |
= 1 |
|||
|
(» P |
= 5^, 5P) |
|||
|
:i a |
- s? |
|||
|
i„ P [au '■ |
sens |
de |
c] |
= Y?) |
|
P a |
= ta) |
|||
|
"1 a, (p), |
* |
= H |
||
|
ïï a, (p) |
= Y Y (¥) |
|||
|
n (-J) a, |
;» |
= h |
Comme signes caractérisant spécialement l'alphabet araméen et ses dérivés, je mets surtout en relief les trois derniers, H? Y> h» tandis que, tout en concordant exactement avec le type araméen, ^ , par exemple, ne fait que reproduire en même temps le cachet sémi- tique commun. Si mes rapprochements sont justes, on pouiTa en outre noter que nous trouvons la lettre p adoptée en turc (^) et, peut-être, :: dans le sens de 5 {\), Ceci pourrait dénoter que Tal- phabet père a servi à une langue sémitique et, par conséciuent, a pu être une forme de l'alphabet araméen même; mais, d'autre part, cette forme a dû être tellement récente (lu'elle a côtoyé les alpha- bets dérivés (pehlvi, khovarezmien-sogdien). puisque d'autres parmi ses caractères semblent plutôt avoir leui's parallèles dans ces deux alphabets, — à moins que l'alphabet turc n'ait achevé son évolu- tion seulement durant le cours d'une assez longue période et sous l'influence de l'alphabet primitif en ses diverses phases; à moins aussi que, dès Tabord, cet alphabet turc n'ait surgi d'un procédé éclecti(iue (comp. plus haut t , c P , r , :: ?).
Quant aux autres caractères turcs inexplicables de la manière (ju'on vient d'indiquer, il est bien possible que (juehiues-uns provien- nent de l'emploi arbitraire de lettres supei'flues (telles <iue v?) ou de doublets autres que ceux auxquels on a déjà fait allusion (il y a, par exemple, des formes de " où à la rigueur on pourrait voir l'ori- gine soit de ^, soit de ^P); peut-être aussi y a-t-il eu d'autres im- pulsions du dehoi-s, surtout de l'alphabet grec, (lue les auteurs de l'alphabet turc auraient bien pu voir, par exemple sur des monnaies.
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sans en comprendre rien, et auquel ils auraient pu emprunter la forme extérieure de tel ou tel caractère, sans égard à sa valeur (comme B ? 0,|,ri»^»Y>X,Y)- Cependant tout cela resterait à l'état d'hypo- thèses dénuées de toute espèce de preuves. Après tout, on doit bien considérer tous ces caractères comme des formations nouvelles n'ayant pas de modèle direct. Ainsi il est hors de doute que les trois caractères voj^elles, [^, J", f*, sont composés d'après un plan commun, soit qu'ils résultent tous d'une invention libre, soit que [^ égale ■■ . En ce dernier cas, les deux autres ont dû être formés par analogie à f^, par l'addition arbitraire de traits accessoires dia- criticiues. Les caractères consonnes de ce genre ne désignent essen- tiellement pas d'autres sons que ceux qui sont représentés dans la série précédente de caractères, et pour la plupart leur formation s'est faite seulement en vertu du principe propre de l'écriture, savoir les séries doubles de signes consonnes, tandis qu'un très petit nombre (trois) est destiné à désigner des combinaisons de consonnes. Ni dans l'un ni dans l'autre cas nous ne trouvons, dans les alphabets avoisinants que nous connaissons et datant d'une époque générale- ment mentionnable ici, quoi que ce soit de cori'espoudant. Ajoutez à cela, sous le rapport des formes, que si d'une part les signes d origine araméenne sont, à très peu d'exceptions près, asymétriques, la relation des signes en question est telle que le nombre des carac- tères asymétriques est inférieur à celui des caractères symétriques
«1, R [n D, ^P, BP, H, ^, - V, >^[$],x, T,Y, h À, Y?,
O [viv], t1). Elles aussi, ces considérations donnent à croire que tous ces caractères sont au fond des formations nouvelles indépen- dantes.
Si, en outre, on demande à quelle époque l'alphabet a pris naissance ou, en tout cas, est parvenu aux Turcs orientaux, nous pou- vons avec assurance répondre que ce dernier fait n'a guère été possible avant l'époque où ce peuple a commencé à jouer un rôle dans l'Asie Centrale, par conséquent vei's le milieu du VI* siècle de notre ère. C'est aussi à cette époque ou peu après qu'ils commencèrent à étendre à l'Ouest leur domination, entre autres sur la Sogdiane, après avoir vaincu les Ephthalites et s'être ainsi mis en contact avec les peuples iraniens et la civilisation iranienne. En tout cas,
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c'est seulement peu de temps après ces événements que nous trou- vons les Turcs en possession d'une écriture, l'ambassade turque qui alla à Constantinople en 568 apportant des lettres (cfvXXapal, isttfïroXai, yçcififia (ïxv&ixov) que Tempereur lit avec Taide dlnter- prètes 0» Rien n'empêche de supposer que ces lettres ont été écrites avec cet alphabet; mais si les choses se sont passées ainsi, ou si leur alphabet a été un de ces autres alphabets dont on a laissé en- trevoir l'existence dans ce qui précède, c'est ce dont naturellement on ne saurait rien savoir ni rien prouver 2).
En considérant les formes raides des lettres et l'affinité appa- rente de certaines d'entre elles avec les formes spécialement ara- méennes même d'ancien type, on aurait sans doute plutôt l'impres- sion que notre alphabet doit être un peu plus ancien qu'on ne le croirait d'après ces faits. Toutefois, si Thypothèse énoncée p. 45 et suiv., et concernant la cause des formes angulaires des lettres, à l'instar des runes, est bien établie, cette difficulté, il est vrai, disparaît ou peu s'en faut: alors on pourrait expliquer la chose en disant que les lettres auraient reçu pour ce motif un plus fort cachet de raideur et, en apparence, d'antiquité qu'on n'aurait dû s'y atten- dre d'après l'époque à laquelle elles appartiennent. Mais d'autre part il est naturellement possible aussi — comme des allusions faites par des auteurs chinois peuvent même sembler le confirmer -— que dès l'abord l'alphabet n'ait pas pris naissance chez les l'urcs propre- ment dits (Tou-kioue), mais chez une autre tribu turque, spéciale- ment celle des Ouigours, d'où il aurait été transporté chez les Turcs 3). En ce cas, la conclusion serait que l'origine de cet alphabet aurait pu devancer un peu l'époque indiquée. On doit bien sûrement espé- rer et compter que l'avenir amènera de nouvelles trouvailles qui
*) Mcnandre Protector, ch. 18 (Fragm. histor. Graîc. coll. C. Miiller, IV, Paris 1851, p. 226).
') M. Drouin (Revue anliéol. VI, IHK'), p. 146; Krvue numism. 1891. p. 466) songe en ceci à l'alphabet „arainéo-kouchan** (khovare/mien et sogdien) en sup- posant que «cette écriture resta celle des Turcs occidentaux jusqu'à la conquête ouigoure '745), pendant (iu<' les caractères ^runiques" étaient employés par les Turcs orientaux de l'Altaï et de Karakorom*.
•) Comp. Al). Kérausat, Recherches sur les langues tartares. p. 45; Drouin. Revue archéol. VI. 1885, p. 145; Radioff, Das Kudatku Hilik, p. LXXXIV et suiv.
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éclaireront mieux toutes ces questions. Les expressions des annales ou des auteurs chinois concernant les écritures des peuples étrangère sont en général trop flottantes et trop vagues pour qu'on puisse rien tirer de solide d'elles seules.
Des Turcs l'alphabet a continué sa route vers le Nord, surtout dans les régions de 1 lénisséi supérieur, c'est-à-dire, sans aucun doute, chez les Kirghiz, par conséquent encore chez une peuplade turque. Comme un certain nombre des formes de lettres que nous trouvons employées ici, sont indubitablement plus primitives que celles que nous rencontrons dans les deux grands monuments de l'Orkhon, nous pouvons supposer avec certitude que l'extension de l'alphabet aux ré- gions de riénisséi est de beaucoup antérieure à ces deux monuments, et a dû avoir lieu au moins dans le Vil® siècle, sinon déjà au VP. On peut présumer que, dans ces régions lointaines, cet alphabet s'est aussi maintenu un peu plus longtemps que chez les Turcs et les Ouigours; mais là-dessus on ne peut rien préciser, car, autant que je puisse voir, les inscriptions de l'Iénisséi ne contiennent aucune indication chronologique directe.
Après le renversement de l'empire turc, en 745, par les Oui- goui*s, l'ancien alphabet turc se présente encore à nous, sous des tonnes évidemment plus jeunes et plus raffinées, dans le monument III de rOj'khon, qui provient de la dynastie ouigoure et paraît dater de 784. Mais ce serait bien aussi là le dernier document relatif à cette écriture, et en outre nous trouvons déjà sur le même monument l'écriture qui prend alors la haute main jusqu'au moment où, à son tour, elle est supplantée par l'alphabet arabe: l'écriture dite oui- f/oure, émanée de TEstranghélo syriaque. On doit supposer que si l'écriture ouigoure triomphe de l'ancien alphabet turc malgré la su- périorité de ce dernier pour les moyens de représenter les différents sons, c'est d'une part, en général, la puissance avec laquelle une ci- vilisation étrangère exerce son influence, d'autre part, le fait qu'é- tant cursifs à un haut degré, ces caractères sont plus commodes à tracer, tandis que la portée de l'ancienne écriture n'était calculée que pour Tentaille sur bois ou pierre. Il serait en outre intéressant de découvrir, dans l'écriture ouigoure, des réminiscences, non pas de forme naturellement, mais de principe datant de cette antique écri-
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ture. Mais je ne crois pas qu'il y eu ait, de ces rémiuisceuces ^). Le seul point de ce genre dont il puisse être question, serait peut-être Tusage du caractère représentant i pour correspondre non seulement à i, mais fréquemment aussi à Va de la plupart des langues moder- nes, usage (iui se répète aussi dans l'emploi de l'alphabet arabe. Toutefois je doute que la supposition d'une telle filiation dans ce phénomène soit admissible, et je suis plutôt porté à voir partout des manifestations parallèles d'un seul et même motif, celui que j'ai in- diqué plus haut, p. 15 et suiv.
Ainsi donc l'ancien alphabet turc disparait sans vestiges après une existence de quelques centaines d'années.
*) J'ajoute que les ressemblances spécieuses de Talphabet turc et l'alpha- bet dit hunttO'Scythique (voir P. Kirâly de Dada. Babyl. and Oriental Kecord VI, n*> 10, 1893, p. 227 et suiv., 233) sont trop peu nombreuses et trop impercep- tibles pour justifier une parente des deux alphabets.
II.
TRANSCRIPTION ET TRADUCTION
DES TEXTES
(MONUMENTS I ET II).
Introduction.
Comme le peuple dont proviennent ces inscriptions, savoir les Turcs ou, comme les Chinois les appelaient, les Tou-kioue (Tou- kuc), avaient, pendant les deux siècles que dura leur empire, beaucoup de relations, soit de paix, soit de guerre, avec les Chinois, il est tout naturel que, dans les annales contemporaines de la dynastie des Thang, qui régna en Chine de 618 à 907, et dans d'autres ouvrages de la riche littérature chinoise, ouvrages qui ont puisé dans ces annales, nous trouvions bon nombre de détails sur ces relations et sur le peuple Tou-kioue lui-même.
Divers auteurs ont communiqué des traductions ou des ex- traits de ces récits chinois, et par là les ont rendus accessibles à la science européenne. Les travaux les plus importants de ce genre dont j'aie pu disposer, sont les suivants: Deguignes, His- toire générale des Huns, des Turcs, des Mogols, etc., t. I, 2^ partie (Paris 1756), p. 367 et suiv. ; Visdelou, Supplément à la Bibliothèque Orientale d'Herbelot (Maëstricht 1776), p. 40 et suiv.; Stanislas Julien, Documents historiques sur les Tou- kioue (Turcs). Extraits de Pi en -i -tien et traduits du chinois (Journal asiatique, 6*^ série, t. III et IV, Paris 1864^)).
*) Comp. en outre (Gaubil,) Abrogé de l'histmre chinoise de la grande dtjnnsiie Tang, dans les Mémoires concernant l'histoire, etc, des Chinois, XV (Paris 1791) et XVI (ibid. 1814; malheureusement je n'en ai pu consulter
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Los Turcs entrèrent aussi en relations avec l'empire byzantin: en 508, ils envoyèrent une ambassade à Constantinople. En revanche. Tannée suivante, on envoya, sous la conduite de Ze- markh, une ambassade grecque au «khagan» turc cDizaboul». C'est surtout à ce propos que divers auteurs byzantins, notamment Ménandre Protector et Théophylacte Simocatta, donnent des ren- seignements sur les Turcs, renseignements qui sont pourtant assez iijsignifiants en comparaison de ceux dont nous sommes redevables aux Chinois.
Pour servir de donnée à l'intelligence de la teneur des ins- criptions et contrôler ce qu'elles nous racontent, je jugerais con- venable de présenter ici quelques points principaux de l'histoire des Turcs en suivant, mais seulement en seconde main, la version chinoise. Cet exposé consiste en des extraits empruntés aux ouvrages précités, surtout au mémoire de Stan. Julien. (Les passages re- produits littéralement, sont mis en t >.) Quant à la reproduction des mots et noms chinois, je regrette de n'avoir pu être conséquent; toutefois je m'en tiens en général à ce même auteur, à moins d'indication contraire.
Voici d'abord quelques notices sur les mœurs des Tou-kioue ') :
«Les Tou-kioue laissent flotter leurs cheveux, jettent à gauche le pan de leur vêtement-), et habitent sous des tentes de feutre. Ils se transportent d'un lieu à un autre, suivant qu'ils y trouvent de l'eau et des herbes. Leur principale occupation est Télève des troupeaux et la chasse. Ils font peu de cas des vieillards, et montrent une grande estime pour les hommes qui sont dans la force de ITigo. Ils ont peu d'intégrité et de honte du mal, et ne
que le tome XVI : Klai*roth, Tnhhunix hfsfnrif/ut\< de /'.l.SfV (Paris 1826\ surtout p. 113 et suiv ; A. Heikkl dans Insrri/ttinns dt* rOrkhon, p. XVII et suiv. Je regrette vivement que les ouvrages russes du Père Hyacinthe (Bit- chourin) relatifs à l'histoire de l'Asie Centrale, ne se trouvent pas dans nos bibliothèques, de sorte que je n'ai pu les utiliser.
*) Journ. asiat , fi** s., III, p. H31 et suiv. (sous l'année 558), p. 351 et suiv. (sous l'année 581 ; Visdelou, 1. c. p. 56 et suiv Les notices regardent donc un temps plus ancien que celui d«* nos inscriptions; mais, à coup sûr, les détails rapportés n'ont subi que très peu de changements pendant cet intervalle.
*"! «Les Chinois 1p jetteîil à droite, et consi<lèrent l'usage contraire comme le signe auquel on reconnaît qu'une nation nVst pas civili.séc ■
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connaissent ni les rites ni la justice; ils ressemblent en cela aux anciens Hiong-nou.»
€Les grands officiers sont: 1 ^ le Ye-poUj 2® le Bouiy 3® le Tikk'in (Teh-kUn), 4® le Sou-li-pat, 5® le To-toun-pat^), enfin d'autres petits magistrats. Ces fonctionnaires publics forment en tout vingt-huit classes distinctes. Toutes ces charges sont héré- ditaires. — Pour armes ils ont l'arc, la flèche, la flèche sifflante, la cuirasse, la lance, le sabre et l'épée. [Ils sont habiles à monter à cheval et à tirer de l'arc] Leurs ceintures ont des ornements en creux et en relief. Au sommet de la hampe de leurs drapeaux, ils placent une tète de louve en or. Les satellites du roi s'appel- lent fou-li, mot qui signifie loup*). [Ils attendent que la lune soit dans son plein pour commencer leurs déprédations.]»
«Quand un homme est mort, on dépose son corps dans sa tente. Ses fils, ses neveux, ses parents des deux sexes, tuent chacun un mouton et un cheval [ou: tuent une multitude de bœufs et de chevaux), et les étendent devant la tente comme pour les lui oflrir en sacrifice. Ils en font sept fois le tour à cheval, en poussant des cris lugubres, et dès qu'ils sont arrivés devant la porte de la tente, ils se tailladent le visage avec un couteau, de sorte qu'on voit le sang couler avec leurs larmes. Après avoir fait sept tours, ils s'arrêtent. Ils choisissent alors un jour fa-
*) J'ai substitué ici aux transcriptions de Stan. Julien celles de M. (i. Schle- GEL, La stùlc ftinârriire du Tryhin GioyK Helsingfors 1892, p. 6. Ce savant suppose que le caractère €Hout> est fautif pour €Ch^>. Je serais plutôt porté à supposer qu'il faut lire tCha(t)^ (comp. p. 74 , ce caractère ressemblant à tBouh autant que «C/ir» (voir par ex. Schlegel 1. c, p. 2i note, dernier carac- tère de la I. 3\ Sous les Thang, «le chef de la maison militaire était nommé Chris:;, et son second Tik-k'in, tandis que les grands officiers portaient res- pectivement les titres de Yepou, K' out-louttsoat , A/t'o, Souh'pat , Totoun, Sfiukin, Yen-houriy-iat, KiehUpnt et Tatkan"» (Schlegel, 1 c, p. 7; comp. Visdelou, 1. c, p. 42 a; Journ. asiat. IV, p. 201; Devéria dans Inscr. de f'Or'khon p. XXXVII [24]). Quant au mot tik-k'in^ voir plus loin, p. 7.S; totortn et taCt)kan sont évidemment les titres turcs ttidtin (inscription II E 40 ?) et tarqan (voir I N 12, 1 W 2, Il S 13;; yepou (= chehou, dans les auteurs antérieurs?), à mon avis, pourrait bien rendre la forme turque jabyu (voir I E 14 = H E 12, note 21). Pour le reste de ces titres, l'identification avec des formes turques est trop douteuse.
-) En turc, bnri ou buri, loup.
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vorable, et brûlent le cheval que montait le défunt ainsi que tous les objets qui étaient à son usage. On en recueille les cendres, et on enterre le mort à des époques particulières. Lorsqu'un homme est décédé au printemps ou en été, on attend pour l'en- terrer que les feuilles des arbres aient jauni et soient tombées. S'il est décédé en automne ou en hiver, on attend que les feuilles soient poussées et que les plantes soient en fleur. Alors on creuse une fosse et on l'enterre. Le jour des funérailles, les parents et les proches offrent un sacrifice, courent à cheval et se tailladent la figure comme le premier jour où la personne est morte. Après l'enterrement, auprès de la sépulture, on place des pierres et Ton dresse un écriteau^). Le nombre des pierres est proportionné à celui des ennemis que le défunt a tués pendant sa vie. [S'il a tuè un homme, on dresse une pierre; il y en a pour qui l'on a dressé jusqu'à cent et mille de ces pierres.] Après la mort d'un père, d'un frère aîné ou d'un oncle, le fils, le frère cadet et les neveux épousent leurs veuves et leurs sœurs.»
«Quoique les Tou-kioue émigrent ou changent de domicile, chacun d'eux a toujours une portion de terre. I-.e khan habite constamment sur le mont Tou-kin^). Sa tente s'ouvre du côté de l'orient, par respect pour le côté du ciel où se lève le soleil.» —
«Ils révèrent les démons et les esprits, et croient aux magi- ciens. Us se font gloire de mourir dans un combat, et rougiraient de finir de maladie. En général, ils ont les mêmes mœurs que les Hiong-nou.» —
D'après les auteurs chinois, les Tou-kioue étaient une race particulière des Hiong-nou (Huns) et demeuraient dans les monts
*) «Ils dressent une haute porche, pour signaler le tombeau, et construisent au-dessus une maison, dans l'intérieur de laquelle ils peignent la personne du mort, et représentent les combats auxquels il a pris part pendant sa vie», Journ. as. 111, p. 352. Cette remarque doit avoir égard à des cas spéciaux et rares; comp. plus loin, p. 7H.
*) Je ne sais pas la situation exacte de celte localité, mais je suppose qu'elle a appartenu aux ramifications orientales du système des monts Altaï. Deguignes, I, 2, p. 375, «ivers les sources de la rivière Irtisch»^^?); p. 395. «une des branches des monts Altaï. Inf^rr. rie l'Orkhon, p. XVII. où l'on s'appuie sur le Père Hyacinthe, v<au nord d'Ordos». Comp. I K 23, note 32.
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Altaï (en chinois Kinchan, les monts d'or). C'est peut-être là aussi, dans les monts Ektag (€mont d'or»), que Zemarkh rencontra le «khagan» des Turcs*). Vers le milieu du VI® siècle, leur cher était Tou-mm, qui se donna le premier le titre de Kho-han (ka- gan, khan'^)) ou I-li-khan et à sa femme (non pas ta sa fille») celui de KhO'ho'toan^). Dans ce temps-là, les Turcs étaient déjà de- venus nombreux et puissants et commencèrent cà se rendre aux frontières de la Chine pour vendre de la soie et entrer en relation avec le royaume du Milieu*)». Tou-men attaqua entre autres les Thie-le, peuple nombreux de race turque^), les battit et soumit environ cinquante mille familles. Tou-men mourut en 552. Son fils Kho lo ou Isi-(ki-)khan, qui lui succéda, ne régna qu'un an. Apros sa mort, son frère cadet Ssckin ou Sse-teou (ou Yen-tou) lui succéda et reçut le nom de (Mo-han ou) Mokan-khan^). «Il était d'un naturel dur et cruel, et ne s'occupait que de combats.» «Il se dirigea vers l'ouest et défit les Yeta (Yep-t'at, Schlegel; c.-à d. les Ephthalites des auteurs byzantins); à l'est, il poursuivit les Khi-tari'^)\ au nord, il s'empara du royaume de Ki-ko (des K'it-kout, Schlegel). Par la puissance de ses armes, il soumit tous les royaumes situés en dehors des frontières (de la Chine). A l'est, depuis l'ouest de la mer de Liao (le golfe de Corée); à
*) ^Ejreiza hïOQSvovxo ^vv xoTç èç ro totévôe TSTay/iivoiç, îva 6 Xayâvoç av- Toç fjv, h 6qsi uvi Isyofievcp 'Exxày^ taç ày eJjtoi /pvootiv oqoç "EXXîjv àn^Q^ Ménandre Protector, ch. 18. Le nom d'Ektag est d'ailleurs inconnu et n'existe pas à présent. II n'est donc point certain que cette localité appartienne aux monts Altaï m^^mes; comp. Bretschneidbr, Mediœoal Researches from Eastern Asiatic Sources (London 1888), I, p. 13, note 5.
*) Je ferai remarquer une fois pour toutes que dans cette Introduction j'emploie en général, à l'instar de la plupart de mes sources, la forme plus ré- .cente de ce titre, khan, tandis que dans la traduction des inscriptions mêmes je garde la forme ancienne, kayan^ en turc, qayan.
^) En turc, qatun; comp. l'inscription I E 11, 25, 31, I N 9.
*) Journ. as 111. p .S26-329; IV, p. 201. Deguignes, 1. c, p. 373 et suiv.
*) En turc, à mon avis, Tôlis ou Tôlàs Voir 1 E 13 -- II E 12, note 21.
^) Ibd. p. 331 et suiv.; p. 350 et suiv. Deguignes, 1 c, p. 377.
') Peuple de race tongouse ou mongole (?), qui demeurait dans la partie méridionale de la Mandchourie de nos jours En turc, Qytai (I E 2 et 4, et ailleurs). Comp. Klaproth, Tdbleaux historiques de l'Asie, p. 87, 159; G. H. Fi. M H. Hfe Volker der Mandschurey, I (Gôttingen 1830> p 8*2 ot suiv ; Bret- schneider, 1. c. p. 208.
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l'ouest, jusqu'à la mer Occidentale (la Caspienne ou le lac Bal- kach?), sur une étendue de dix mille //; au sud, depuis le nord du grand désert de sables (Cha-mo ou Gobi); au nord, jusqu'à la mer du Nord (le lac Baïkal?), sur un espace de cinq à six mille //. tout lui était soumis^).»
«Mo-kan mourut après vingt ans de règne; il délaissa son fils Ta-lo-pien et se donna pour successeur son propre frère cadet. Celui-ci s'appela Tho-po-khan. Il donna à Che-thou, fils d'I-si-khan, le titre de Eul-fo-khan, et le chargea du commandement général de la partie orientale de ses États. Il donna au fils de son frère cadet Jo-tan-khan le titre de Pou-li-khan, et l'établit dans la partie occidentale. A cette époque, Tho-po-khan avait cent mille ar- chers, et il inspirait de sérieuses craintes au royaume du Milieu*).» «Il régna pendant dix ans, et mourut de maladie. Après sa mort, les grands de la nation voulurent placer Ta-lo-pien sur le trône; mais, comme sa mère était d'une famille obscure, le peuple ne voulait point se soumettre à lui. D'un autre côté, la mère de 'An-lo (fils de Tho-po-khan) étant d'une famille noble, les Turcs avaient pour lui la plus grande estime. Che-thou, étant arrivé le dernier, s'adressa aux grands et leur dit: 'Si vous placez sur le trône 'An-lo, je veux me mettre à son service avec mes frères; mais si vous lui préférez Ta-lo-pien, je suis décidé à garder les frontières et à l'attendre l'épée au côté et la lance au poing.' Comme Che-thou était d'une haute stature et plein de bravoure, les grands du royaume furent saisis de crainte, et nul n'osa lui faire opposition. En conséquence, ils prirent aussitôt 'An-lo pour succéder à Tho-po-khan. Ta-lo-pien, n'ayant pu monter sur le trône, ne se soumit pas du fond du cœur à 'An-lo. Chaque jour il envoyait des hommes pour l'injurier et Taccabler d'affronts. 'An-lo, ne pouvant réprimer ces outrages, céda le trône à Che-
*) J. as. III, p. 331, 351; G. Schlegel, Stôfe funirnire, p. 32 et suiv.; Inscr. (le l'Orkhon, p. XVII. — Dix mille //* serait environ 5700 kilom., et cintj à six mille H, environ 3000 kilom., — pourvu que le // ait eu alors la môme lonjçueur qu'aujourd'hui, ce qui n'est point certain (comp. Bretschneider, 1. c, p. 15, note 10) C.'ost par inadv«îrtance que Stan. Julien traduit «jusqu'à dix mille li de la mer Occidentale» et «jusqu'à cinq à six mille li de la mer du Nord».
•) Journ. as. III, p. 353.
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Ihou. Les grands du royaume délibérèrent ensemble, et dirent: *Des fils des quatre khans, Che-thou est le plus sage.' En con- séquence, ils allèrent au-devant de lui, et le nommèrent roi sous le nom de Mi-kiu-liu-che-mo-hochi-po-lokhan; on l'appelait aussi Cha-po-lio; il fixa sa résidence sur le mont Tou-kin (voir p. 60, note 2). 'An-lo, s'étant soumis à lui, alla demeurer sur les bords de la rivière To-lo^), et reçut le titre de second khan. Ta-lo-pien adressa alors une demande à Cha-po-lio: 'Moi et vous, dit-il, nous sommes tous deux fils do khans, et chacun de nous a le droit de succéder à son père; mais, aiyourd'hui, vous êtes au sommet des honneurs, et moi seul je ne suis revêtu d'aucune dignité. Pourquoi cela?' Cha-po-lio*) en fut affligé et lui donna le titre d'A-po-khan. 11 s'en retourna et se mit à la tête de ses sujets').»
Il y eut encore d'autres membres de la dynastie qui reçurent le titre de khan, sous la suzeraineté de Cha-po-lio. Tel fut en particulier Tien-kioue, frère (ou oncle?) de Cha-po-lio, et qui fut mis à la tête des Turcs occidentaux avec le titre de Ta-teou-khan (= Tardou, TàQÔ(yv des écrivains byzantins*)). De cette époque — vers l'an 600 — date la séparation des Turcs en deux empires, les Turcs orientaux et les Turcs occidentaux, ayant chacun leur khan, et ces derniers ne nous regardant pas (comp. p. 70, note 3).
Les Tou-kioue furent toujours des voisins très gênants pour les Chinois: ils faisaient constamment des irruptions sur les fron- tières de la Chine et ravageaient le pays, ou bien ils s'immisçaient dans les troubles des Chinois si bien qu'ils savaient toujours en tirer parti. Tout en désirant se tenir bien avec ces voisins guer-
*) Tola, affluent de l'Orkhon, en turc, Toyia, voir II E 30.
') C'est par inadvertance que Stan. Julien écrit Ta-lo-pien.
*) Journ. as. III, p. 354 — 356. J'ai cité in extenso ce passage et un autre plus bas, parce qu'ils mettent en bonne lumière ce que disent les inscriptions I E 4—5 = 11 E 5—6. Comp. aussi ce que dit plus tard un prince turc, fils de Che-thou khan: «Depuis Mo-kan khan, un grand nombre de nos princes des Tou-kioue ont remplacé leurs frères aînés par leurs frères cadets, leurs fils légitimes par des bâtards. Ils ont manqué de respect à nos ancêtres et ont violé leurs lois.» Ibid p. 504.
*) Peut-être = turc Tarduëf Voir I E 13, note 21; I N 13.
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ricrs et puissants, les Chinois avaient toute la peine du monde à les tenir à l'écart, par force ou par ruse. Ainsi nous lisons, à la date de l'an 580, qu'un diplomate chinois, Tchang-sun-tching, qui avait été envoyé en ambassade chez les Tou-kioue, et qui avait eu l'occasion de bien les étudier sous tous les rapports, représenta à l'empereur cque Che-thou, Tien-kioue, A po, etc., qui étaient oncles et neveux, frères aînés et frères cadets, avaient chacun sous ses ordres des troupes nombreuses; qu'ils avaient tous hi titre de khan; qu'ils étaient établis séparément à l'est et à l'ouest, au midi et au nord; qu'intérieurement ils se -soupçonnaient et se détestaient, quoique au dehors ils parussent unis; qu'il était diffi- cile de les vaincre par la force, mais qu'il était aisé de mettre entre eux la division.» Ce plan fut suivi avec beaucoup d'astuce, et de cette manière les Chinois réussirent, en attendant, à affaiblir considérablement les Turcs en excitant les uns contre les autres les différents khans ^).
Il serait inutile de s'arrêter davantage aux destinées de ces anciens khans et de leurs successeurs. Il suffit de rappeler que les choses continuent de se passer chez les Turcs comme aupa- ravant: plusieurs khans qui rivalisent entre eux; incursions con- tinuelles sur/ les frontières chinoises et guerres entre les deux nations (il va sans dire que, la plupart du temps, c'est là ce que nous apprennent les textes chinois, qui ne savent pour ainsi dire rien sur les rapports des Turcs aux peuples de l'Ouest).
Cependant l'on voit que, grâce non seulement à leurs armes, mais encore à la supériorité de leur civilisation en général, les Chinois gagnent successivement et de plus en plus des avantages sur les Tou-kioue. Kn 630, les Chinois réussissent enfin à dé- faire complètement ces derniers et à faire prisonnier leur khan même, Kie-li^). Dès lors les Tou-kioue sont vassaux des Chinois. La plupart des hordes qui avaient fait partie de l'empire des Tou- kioue, s'étaient déjà partiellement soumises auparavant; en partie, elles se soumettent maintenant peu à peu à la Chine, tandis que
') .lourn. as. III, p. 358 et suiv.
*) Ou Ki'et-li, comme récrit M. G. Schlegcl, conformément à l'ancienne prononciation. Journ. as. IV. p. 228 et suiv.; Dejruijînes. p. 4.SI et auiv.: Vis- (ielou, p. 13 et suiv.
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certains autres des peuples asservis profitèrent de l'occasion pour s'émanciper. Le nouvel État tributaire, qui conserva toujours une certaine indépendance intérieure, se divise en une série de pro- vinces administrées par des gouverneurs ou commandants indi- gènes, pourvus de titres chinois; à leur tête est préposé un chef portant l'ancien titre de Chen-yu ou bien Khan. Beaucoup des Turcs avec leu^s chefs acceptent loyalement, ce semble, ce nou- veau régime, et un assez grand nombre vont successivement s'établir paisiblement en dedans des frontières de la Chine — où, à proprement parler, ils ne semblent pas avoir été vus d'un bon œil, — attirés par la civilisation supérieure et la vie plus aisée. Mais au fond la grande majorité des Turcs restent irréconciliables: ils ne peuvent oublier l'ancienne liberté. Les soulèvements vont en croissant; mais, même s'ils sont suivis d'un succès passager, les Chinois parviennent toujours à les étouffer provisoirement.
Il se produit un changement complet à l'apparition d'un nou- veau chef ou khan des Turcs, qui descendait de Kie-li-khan'). C'est Ko-tO'lo (Stan. Julien) ou Kou-tou-lou ou, conformément à l'ancienne prononciation des signes en question, Kout-toutlouk ou bien Kout-tho-louk (G. SchlegeP)), c'est-à-dire le turc qutïuy, l'heureux, évidemment non pas son nom personnel, mais son sur- nom de khan, et, comme tel, fort approprié, si l'on considère les résultats de son activité. Après avoir d'abord commandé une bande de brigands de plus de 5000 hommes, il se proclama khan des Turcs en 681^). Il battit les Chinois en presque toutes les ren- contres et vint faire le ravage jusqu'en Chine*). Il paraît que les Turcs avaient fait également de grandes incursions dans l'intérieur
*) D'après Deguignes, 1. c, p. 447; Visdelou, p. 46 b.
') Schlegel, Stètv Junrratrr, p. 23. C'est aussi sous ce nom qu'il est mentionné dans l'inscription chinoise du mon. I, tandis que ce nom ne se trouve pas dans la partie turque, qui ne lui donne qu'une seule fois le nom de II tard s (I E 11 = II E 10) et ne le mentionne d'ailleurs que comme «mon père le kagan>.
') Schlegel. I. c. D'après la date fournie en chinois, ibid., note 4 (la 2<* année de la période Yong-chun\ ce serait toutefois plutôt 683; de même dans Deguignes 1, 1, p. 227; 1, 2, p. 447.
*) Joum. as. IV, p. 410 et suiv. ; Deguignes, I. c., p. 447—48; Visde- lou, I. c.
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du Turkestan et dans les pays possédés par les Turcs occidentaux, qui s'en trouvèrent si incommodés qu'ils demandèrent aux Chinois d'être placés dans quelqu'une de leurs provinces*).
Dans les ouvrages qui sont à ma disposition, l'on ne voit pas quelle est, dans les annales chinoises, la désignation de l'an de sa mort. Tandis que Stan. Julien (I. c p. 414) n'indique aucune année, on lit 693 dans Deguignes et SchlegeP), mais 690 dans Visdelou (p. 46 b). D'après ce qu'on peut déduire à cet égard de nos inscriptions, indiquant l'âge qu'avaient ses fils à la mort de leur père (voir plus loin), il semble plutôt qu'on doive en fixer la date à 691, peut-être, toutefois, à 690, mais non pas à 693.
A la mort de Kou-tou-lou, ses fils étaient mineurs (nos inscriptions nous apprennent que l'aîné avait huit ans, le cadet, sept; voir II E 14 et I E 30); dans ces circonstances, le frère cadet du défunt, celui que les annales chinoises appellent Me-tch'oue (Stan. Julien) ou, d'après la transcription de Schlegel, Mik'tsoat% prit sa place et se proclama khan (il faut bien se rappeler que les Turcs restent, de nom du moins, vassaux de la Chine). Je vais présenter, sur ce khan, quelques détails qui me paraissent on*rir de Tintérêt, soit en général comme caractérisant ce type d'un khan turc, soit pour servir de comparaison à la teneur de nos inscriptions.
En 694, dit-on "*), «il attaqua l'arrondissement de Ling-tcheou (sur le Hoang-ho), tua et enleva de force un grand nombre de magistrats et d'hommes du peuple.» Il fit de même pendant les années suivantes, et cela d'autant plus que les Chinois étaient affairés d'un soulèvement des Khi-tan et que, par conséquent, il pouvait penser qu'on ne pourrait lui opposer des forces con- sidérables. Mais ensuite il adopte un autre procédé, probable-
*) Deguignes, p. 4i8
*) Deguignes I, 1, p. 227; 1. 2, p. 448; Schlegel, 1. c peutôtre seulement d'après Deguignes.
^) Ce nom ne paraît guère turc, et l'on ne sait pas trop quel était en turc le nom propre de ce khan. Les inscriptions ne l'appellent jamais par son nom, mais seulement «mon oncle le kagan».
*) Joum. as. IV, p. 414 et suiv.
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ment mieux adapte^, selon lui, ù la réalisation de ses divers plans: il sollicite la permission de marcher contre les Khi-tan rebelles afin de faire preuve de son dévouement. Dans ce temps-là, la Chine était gouvernée par l'impératrice Wou-heou, qui, après avoir déposé son fils, l'empereur Tchoung-tsoung, et l'avoir exilé, avait usurpé le pouvoir. Elle fit même tuer tous les membres de la dynastie régnante des Thang, à l'exception de deux princes, vou- lant que la couronne échût à un prince de sa propre famille, et à cet effet elle aurait bien accepté le secours des Turcs ^). Aussi donna-t-elle à Me-tch'oue la permission sollicitée avec le grade de général de la garde de la gauche. «Il amena alors ses soldats, attaqua les Khi-tan et battit leurs principaux chefs'). L'impéra- trice rendit un décret par lequel elle lui donna le nom de Kie- thie-li-chi-ta-chen-yu et lui conféra le titre de Kong-pao-koue-kho-han (c.'à-d. le khan qui, par ses services, a témoigné sa reconnais- sance au royaume).» Mais Me-tch'oue ne pensait nullement se contenter de si peu, et, «avant d'avoir reçu l'investiture, il attaqua tout à coup les arrondissements de Ling-tcheou et de Ching-tcheou et tua et enleva de force un grand nombre d'habitants.» Après avoir subi une défaite, il envoya des ambassadeurs pour présenter ses excuses et ses demandes: il désirait devenir le fils de l'im- pératrice et épouser une princesse chinoise^), et il ajoutait: 'J'ai des filles que je désire marier aux deux princes' (ceux qui res- taient de la dynastie des Thang). De plus, il demandait qu'on lui livrât les Turcs qui s'étaient soumis à la Chine et qui étaient disséminés dans six arrondissements situés près du coude du fleuve Jaune. Enfin il exigeait «un million de boisseaux de millet pour ensemencer ses terres, trois mille instruments d'agriculture et une énorme quantité de fer». Parmi les conseillers de l'impé-
*) Deguignes, 1. c, p. i50.
*) Plus lard il subjugua lui-même une partie au moins des Khitan et d'un peuple qui leur était très apparenté et que les Chinois appellent Hi (Deguignes, 1. c; Journ. as. IV, p 4"55— 57; Visdelou, 1. c, p. 47 aj.
^) II ne cesse de répéter jusqu'à ses dernières années cette prière; mais toutes les fois qu'il semble Ctre sur le point de voir s'accomplir son désir, il détruit luiniême le résultat par son manque d'égards. Les détails de cette affaire sont insignifiants pour notre sujet, bien que pour lui-même elle jouât toiyours un rôle très important.
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ratrice, les opinions étaient fort partagées; mais on finit par ré- soudre td'accéder à ses demandes. En conséquence, on lui accorda du millet, des instruments d'agriculture et plusieurs mil- liers de tentes des Turcs soumis. Par suite de ces circonstances, les Tou-kioue devinrent très puissants.»
Ensuite l'impératrice ordonna à son propre neveu, qui, on se le rappelle (comp. plus haut), n'appartenait pas aux Thang, et qu'elle destinait à lui succéder, d'aller demander au khan une de ses filles. Mais le khan le fit jeter en prison et déclara dans les termes les plus injurieux qu'il ne voulait donner sa fille qu'à un prince de la dynastie des Thang, dont les Turcs avaient reçu tant de bienfaits, et qu'avec toutes ses troupes il voulait courir au secours des deux princes survivants de la dynastie pour empêcher qu'on ne leur enlevât l'empire. Cette réponse, accompagnée d'une lettre d'une teneur pareille, fut cause coopérante que l'impératrice fit revenir l'empereur son fils à la cour').
Ce changement en faveur de l'empereur, n'empêcha point que le khan n'exécutât les menaces qu'il avait proférées. Il se mit à la tête de 100000 cavaliers, se dirigea vers le sud et pénétra en Chine. Toutes les villes situées au nord du Hoang-ho en furent en alarmes; il les prit et les saccagea l'une après l'autre, et semble même être entré dans la province de Chan-toung*); «il brûla les chaumières et les maisons, et convertit en désert les bourgs et les villages. L'impératrice fut transportée de colère. Elle rendit un décret par lequel elle mettait à prix la tête de Me-tch^oue, et promettait à celui qui le tuerait le titre de roi et le surnom de Trhantrh''oue (c.-â-d. celui qui a décapité Me-tch'oue).» Kn outre on envoya de nouvelles armées contre lui. Mais il se retira sans avoir été rejoint par elles. Auparavant cil prit les hommes et les femmes qu'il avait enlevés de force et les fit périr, au nombre de quatre-vingt-dix mille^).»
Ceci eut lieu en 698, à ce qu'il semble. De la même ma- nière, il entrait tous les ans dans les frontières pour les ravager.
') Dejruignt's. p. iôO; Journ. a.s. IV, p. ilK.
*) Ce ne serait pas là la seule fois qu'il envahit cette province; comp. le Journ. as. IV, p. 425 et l'inscription 1 E 17 -- H E 15. *) Journ. as. IV, p. 418 et suiv.; p. ilô.
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«Les soldats chargés de les défendre, n'avaient pas un instant de repos.» La force des Turcs résidait surtout dans leur grande célérité: ils paraissaient subitement, se livrant au vol et au bri- gandage; mais, avant que les troupes chinoises se fussent mises en marche, ils avaient disparu. Ce n'est qu'assez rarement qu'on livrait bataille'). Ainsi Ton mentionne, à la date de 706, que le général chinois Cha-tcha-tchong-i «livra bataille aux Tou-kioue, près de Ming-cha, et fut vaincu*).»
«Me-tch'oue, lit-on*), fier de ses victoires, méprisait le royaume du Milieu et se montrait plein d'orgueil. En général, son armée était presque égale à celle que possédait autrefois Kie-li- khan. Ses États avaient, en long et en large, une étendue de dix mille li; tous les barbares lui étaient soumis. Il donna le gouvernement d'orient à son frère To-si-fou*), et celui d'occident
^) Gomp. ce qu'avait dit autrefois un empereur chinois (Journ. as. III, p. 547, an 617): «Ce qui fait la supériorité des Turcs, ce sont les cavaliers et les archers. Quand ils se voient dans une position avantageuse, ils s'avancent avec ardeur; mais s'ils aperçoivent du danger, ils s'enfuient avec la rapidité du vent et disparaissent aussi vite que l'éclair, sans pouvoir se maintenir dans leurs rangs. L'arc et la flèche leur servent d'ongles et de dents. La cuirasse et le casque sont leur vêtement ordinaire. Leurs troupes ne marchent pas en ordre, leur camp n'a pas de place fixe. Ils campent partout où ils trouvent des herbes et des eaux; les moutons et les chevaux forment la nourriture de leur armée. S'ils sont vainqueurs, ils s'arrêtent et cherchent les richesses de l'ennemi; s'ils sont vaincus, ils s'enfuient sans éprouver un sentiment de honte. Ils ne prennent pas la peine de veiller pendant la nuit ni de faire des rondes pendant le jour; ils ne font point de dépenses pour construire des retranche- ments, ni pour se procurer des vivres et des provisions. Mais quand les sol- dats de la Chine vont en campagne, ils agissent tout autrement. S'ils entrent en lutte avec les Turcs, il est rare qu'ils puissent remporter la victoire.» L'em- pereur en conclut que, pour les vaincre, il faut adopter leurs procédés. — C'est aussi cette manière de faire la guerre qui explique le fait que le nombre som- maire de batailles qu'indiquent les inscriptions, est toujours inférieur à celui des campagnes (comp. I E 15 et 18).
') Joum. as. IV, p. 424 Je suppose que c'est la même bataille à laquelle fait allusion la p. 426 du même endroit, et où ce même général perdit près de dix mille hommes. L'année suivante il fut de nouveau «battu par les Tou- kioue», ibid. p. 427. Comp. I E 32 et note 39; II E 26.
') Ibid. p. 424. Deguignes, p. 451.
*) Ou Tousik beg, Schlegel, 1. c, p. 23.
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à Me-kiu, fils de Kou-tou-lou^). Chacun d'eux possédait vingt mille soldats. Son fils, Fou-kiu, qui avait le titre de petit khan, commandait aux deux précédents. Il avait sous ses ordres qua- rante mille hommes, et était appelé Tho-si-khan.»
Il va de soi que Me-tch'oue a aussi fait une série d'expédi- tions contre d'autres peuples que les Chinois, surtout vers l'ouest; mais les textes chinois n'en disent que peu de chose. On rap- porte^) que vers 710 (en 708?) «il se porta à l'ouest avec toute son armée, et attaqua les Tou-ki'chi^).i> Alors les Chinois profi- tèrent de son absence pour élever quelques forteresses près de la frontière nord. En 714, il «ordonna à son fils 1-ni-khan de prendre sous ses ordres Thong-'o, du titre de Te-kin, Ho-pa, du titre de Kie-li-fa (Kieh-li-pat, Schlegel; p. 59, note 1), et Chi-chi-pi, et d'aller avec des cavaliers d'élite attaquer Pefij-thing^), Kouo-
^) Son titre exact n'est pas indiqué dans le passage cité; comp. Il E 14 — 15, note 21, et I E 17.
') Journ. aâ. IV, p. 428; Deguignes, p. 451; comp. Visdelou, p. 54.
•) Les ToU'kichi, en turc, selon moi, Turgâs (Tûrgàsf Tûrgis ou -ièt) — voir surtout I E 18—19, 36 et suiv. — étaient à proprement parler une grande horde des Turcs occidentaux (comp. p. 63). A peu près au même temps que les Turcs orientaux, ou un peu plus tard, les Turcs occidentaux tombèrent aussi sous la dépendance des Chinois, dont ils subirent constamment la profonde influence: les Chinois déposaient et proclamaient des khans ou les emmenaient prisonniers en Chine; en même temps l'empire des Turcs souffrait beaucoup de luttes perpétuelles, entre autres avec les Persans. En 704, le der- nier khan de la dynastie ancienne, prince faible, fut déposé à la suite d'une révolte de ses sujets, qui antérieurement déjà avaient proclamé khan Ou-tche-le, l'habile et brave chef des Tou-ki-chi. De toutes parts on venait se soumettre à lui. Il campait au nord-ouest de la rivière Soui-che (Tchou?), située à l'occident du lac Issi-kul, proche de la rivière Ili. Il établit sa grande cour dans la ville de Koung- yue et sa petite cour sur les bords de la rivière Ili. Après la mort de ce khan, survenue en 706, son fils So-ko (ou Sou-kha) lui succéda Voilà donc comment l'empire des Turcs occidentaux avait été renversé et remplacé par celui des Tou-ki-chi ou Turghès, qui dura jusqu'en 766, époque où il fut renversé par les Ouigours Comp. Deguignes, p 493 et suiv.; Visdelou, p. 54; Klaproth, T<ihU<iux historiques, p. 119 et suiv.
*) En turc, hisbidyq, «cCinq-villesv — l'Ourounjtsi de nos jours, .sur le revers septentrional des monts Célestes, Thien-chan. Au VII«* siècle, ce fut une des résidences des Tou-kioue. Après que ces derniers se furent soumis à la Chine, Pe-tliing fut le siège d'un gouverneur général chinois (louhouj. Plus
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kien-kouan, de titre du Touhou (c.à-d. gouverneur général chi- nois) les attaqua, et décapita Thong-*o sous les murs de la ville. Les ennemis se débandèrent et s'enfuirent. Ho-pa n'osa point s'en retourner; il ennmena sa femme et ses enfants et vint se sou- mettre à la Chine ^).»
A la même époque (714?) on mentionne encore une expédi- tion contre les Tou-ki chi. Le khan de ceux-ci. So-ko, fils d*Ou-tche-le (voir p. 70, note 3), avait partagé le gouvernement de son empire avec Tche-nou, son frère cadet. Celui ci, jaloux de n'être pas le plus puissant, ou abandonné des siens à cause de sa violence, alla se rendre ù Me-tch'oue, s'offrant à lui servir de guide pour aller faire la guerre à son frère aîné. Metch'oue fit arrêter Tche-nou et alla seul à la tête de vingt mille chevaux attaquer So-ko, et le fit prisonnier. Au retour de cette expé- dition, parlant à Tche-nou: «Vous deux, quoique frères, dit-il, vous ne pouvez vous accorder ensemble; puis-je attendre aucune fidélité de votre part?» et il les fit mourir sur-le-champ tous deux^).
On mentionne aussi qu'il «avait souvent attaqué les Ko-lo-lou^),*
tard. Pe-thing ou Bichbalik appartint aux Ouigours. Voir Klaproth, Mémoires relatifs à l'Asie, II, 1826, p. 355 et suiv.; Bretschneider, 1. c, p. 66, note 157. Comp. Inscr. II E 28.
*) Joum. as. IV, p. ^ôi- (453); comp. Deguignes, p. 452, Visdelou, p. 47.
•) Deguignes, I. c, p. 496 et suiv.; Visdelou, 1. c, p. 54 b. Comp. I E 19.
•) En turc, Qarluq (de qnr, neige?). Voici ce que racontent à leur égard les sources chinoises, dans une section à part de l'histoire des Thang (voir Vis- delou, p. 76): «C'était dans sa première origine un ramas de familles Tou-kioue. Ils étaient placés au nord-ouest de Pe-thing (voir plus haut) et à l'occident des monts d'Or. Ils étaient partagés en trois corps ou familles. En 650, ou peu après, les trois corps furent réduits en province par les Chinois. Les chefs de ces corps eurent le titre de Toutou Ces trois corps étaient serrés par les Tou-kioue du côté de l'orient et du côté de l'occident. Ils observaient la force ou la faiblesse des Tou-kioue, pour régler sur cela leur soumission ou leur ré- volte, sans avoir à cet égard aucune conduite arrêtée. Dans la suite, ils s'avancèrent peu à peu vers le midi, et leur chef prit le titre de Che hou [Ye-jtout comp. p. 59, note 1] des trois familles ou corps. Ils étaient courageux et aimaient la guerre. Un peu après 713, les Ko-lo-lou vinrent deux fois rendre hommage à la Chine. Après 742, ils se soumirent aux Ouigours et vinrent
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et que «l'empereur avait ordonné aux gouverneurs des lieux voisins de leur prêter secours^).»
Enfin, la puissance de Me-tch'oue commença à faiblir. Il était maintenant vieux, et «comme il tyrannisait ses sujets, et que la vieillesse avait augmenté sa faiblesse d'esprit et sa cru- auté, ses hordes l'avaient pris en haine et s'étaient révoltées.» Un nombre croissant des hordes qu'il avait assujetties, vinrent avec leurs chefs (entre autres son propre gendre avec Sse-thaï, chef des Hie-thie^), les trois familles des Ko-lo-lou, et bien d'autres) se rendre aux Chinois. De cette manière, plus de 10000 tentes des Turcs vinrent successivement à la frontière pour faire leur soumission (en 715). L'empereur ordonna par un décret de les interner au midi du fleuve Jaune, dans le pays d'Ordos, et conféra aux chefs des dignités de différents degrés. «Tous ces déserteurs tramaient avec les Chinois la perte de Me- tch'oue et étaient prêts à l'attaquer, en cas qu'il voulût entrer dans la Chine.»
En attendant, Me-tch'oue alla châtier une des hordes rebelles, les Pa-ye-kou^), au nord du grand désert; «il leur livra bataille près du fleuve To-lo (Tola, voir plus haut) et les tailla en pièces. Il s'en retourna à la légère et sans prendre de précautions. Comme il traversait une forêt, quelques restes des Pa-ye-kou l'attaquèrent impétueusement et le décapitèrent (22 -juillet 716). Ils remirent sa tête à l'ambassadeur chinois Ho-ling-thsiouen, qui l'envoya à la capitale*).»
s'établir dans les monts Oude-ghien {Ouiou-ghai ou, en chinois, Oulou-kiim ou bien Ou-te-kien [Outkin, Devéria]), où ils s'assujettirent aux Houi-ho (Oni- gours). Ceux qui demeuraient dans les monts d'Or et à Pething, rendaient tous les ans hommage à Tempereur.» Leur histoire ultérieure est insignifiante pour notre sujet. Comp. Devéria dans Insrr. de f'Orkhon, p. XXXV [15]; Bretschneider, 1. c, II, p. 39 et suiv., et l'inscr. I N 1, II E 29, 40.
*) Journ. as. IV, p. 456; Deguignes, p. 49i; Visdelou, p. 47, 54.
') Horde des Houi-ho (Ouigours) appelée aussi Athie (A-te) ou Hnthie. En turc, peut-être, AdCz; comp. I N 6.
*) Horde des Thie-le ou Houi-ho; d'après la transcription de M. Schlegel, l. c, p. 23, Poat'i kou; en turc, peut-être, bajyrqu, v. I E 34. Comp. Visdelou, p. 74 et suiv.
*; Journ. as. IV, p. 455—58; Deguignes, p. 453; Visdelou, p. 47; Mémoiro.s
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^ Après la mort de son oncle, Kiouc-te-kin (c'est-à-dire, en turc, Kûl tigin ou tegin, le prince KuP)), fils de Kou-tou-lou, ayant rassemblé son ancienne horde, attaqua et tua le fils de Me-tch*oue («le petit khan», voir p. 70) ainsi que tous ses frères, et mit sur le trône son frère aîné Me-kilion, qui prit le titre de Pi(t)-kia kho-han, c'est-à-dire, en turc, Bilgà qayan, le sage kagan^). Le nom que ce khan portait dans sa horde, était Siao-
sur les Chinois XVI, p. 6 et suiv. (Visdelou et [par une faute d'impression?] les Méin. sur les Chin., p. 11, indiquent comme année de la mort de Me-tch^ouc 715, ce qui n'est pas juste). Ce sont là tous ces détails auxquels font allusion nos inscriptions I E 22—24 = II E 18-20; comp. I S 5-9 = II N 4-7.
*) Le mot kûl figure aussi dans le nom de Kûhdur, qui se présente II S 11. Dans l'épopée nationale kirghize sur Semâtâi, un des personnages principaux porte le nom de Kùlâoro, qui y est relié au mot kûl, ileur (voir Radloff, Proben cler Volkslitteratur der iûrk Stâmmc Sûdsibiriens, V, p. 318, V. 22-1' — 225: tKûl uUap tûskôn bniany Kûlôoro kojiip aldy deit» = id., Uebei'setzuny V, p. 321: «Jenem Kinde mit der Blume gab den Namen Kiil Tschoro er»). Est-ce donc qu'aussi en ancien turc le nom de Kûl signifie Jteur tout simplement? Je n'ose le décider; mais tel n'est probablement pas le cas. Car le mol kûl, fleur, qui se retrouve dans diverses langues turques, paraît partout emprunté au persan yul, à proprement parler, rose. Mais alors, on peut difficilement se figurer que ce mot ait existé dans celte période de la langue qui autrement n'admet pas d'emprunts faits à la langue persane. Pour que ladite étymologie soit possible, on devrait forcément supposer que ce mol est du turc véritable et que la ressemblance avec le persan n'est due qu'au hasard. Il est donc plus vraisemblable qu'il faut rattacher le nom de Kûl au mot kûlùj, vaillant (c'est là aussi l'avis de M. Radloff, Die alitûrk. Inschrijten der Monyolei, p. 115). — Dans Voumj pao. Archives, etc, V, Leide 1893, p. 173, M. Schlegel a montré que l'ancienne prononciation du caractère chinois par lequel ce mot est rendu, a été selon toute probabihlé k'ût, et qu'en général, dans les anciennes transcriptions chinoises de mots étrangers, / final est re- présenté par un t (dans son mémoire intitulé La slèle Junrraire du Tèghin Gioyh, il avait suivi la prononciation giok, qui se trouve aussi, et l'avait rendu par Giogh répondant à une forme supposée turque kôk, littéralement «bleu»). — Le mot turc tigiriy tegin, tûyin, prince du sang, employé spécialement en parlant du fils ou du frère du khan, se rend en chinois par te(h)kin ou iik-kin (comp. p 59); autrefois on lisait incorrectement ce mol, là où il appa- raissait dans la littérature chinoise, comme tele, et tel on le trouvera dans la plupart des ouvrages antérieurs. Comp. Devéria, Toung pao II, p. 231; Schlegel, Stèle funéraire, p. 6
•"i Me kilicn ou, selon M. Schlegel, conformément à l'ancienne prononcia- tion, Mik-kik-lien (comp. aussi Mekiu plus haut, p. 70) pourrait bien êlro une
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cha(t), le petit ('had^)\ il était d'un caractère humain et plein (l'amitié fraternelle; et s'il avait lui-même obtenu le royaume, c'était par le mérite de Kioue-te-kin, auquel il voulut à tout prix céder son royaume, que celui-ci ne voulut cependant point ac- cepter. Le khan lui conféra alors le titre de «Prince sage de la gauche» (Tso-hieri'icangJ^) , et lui donna le commandement ex- clusif sur l'armée •'^).»
«Me-tch'oue aussitôt mort, Kioue-te-kin avait fait périr toutes les personnes attachées à son service. Mais Tun-yokou^), dont la fille, Po-fou, avait été mariée à Me-ki-lien, échappa seul à ce massacre. Quand il fut revenu vers sa horde, Sou-lo, général turc de la horde des Tou-ki-chi, après avoir ramassé les débris de la défaite des deux frères So-ko et Tche nou (p. 71), s'était lui- même nommé khan, et la plupart des Tou-kioue allaient se donner à lui; mais Me ki-lien avait appelé Tun-yo-kou pour le consulter sur les affaires du rovaume. C'était un homme de soixante-dix ans et qui inspirait à tout le monde une crainte respectueuse. Tout à coup, Sse-thaï. de la horde de Hie-thie, et autres, vinrent du coude du fleuve Jaune et se soumirent à lui. Dans le com- mencement, les familles soumises s'étaient transportées dans le midi. Tchang tchi-yun, qui avait le titre de Tou-hou en second du Chen-vu, excita la haine et la colère des barbares de l'Ouest. Quand Kiang-hoei fut nommé inspecteur des frontières, Tchang- tehi-yun leur défendit de faire usage d'arcs et de flèches, et leur ôta tout moyen de subsister du produit de la chasse. Kiang-hoei leur ayant rendu toutes leurs armes, ils attaquèrent ensemble Tchang-tchi-yun , le firent prisonnier et furent sur le point de l'envoyer aux Turcs. Mais ils furent contraints de le mettre en
corraptiou du nom turc personnel du khan; mais quel a été ce nom, c'est ce qui reste obscur. Dans les inscriptions, le khan n'a que le nom de Biff/(i t/(tyon vCe qui, d'ailleurs, semble avoir été la dénomination générale des khans) ou, quand son titre est complet, Tanritûy tûàrùlù boimys tiirk bibjù qayan, c -à-d., le sage kagaii des Turcs, qui ressemble au ciel et qui est venu du ciel. - Dans la forme chinoise Piikia, t représente, selon M. Schlegel, le / primitif.
'; Comp. 1 E 14 (note 21). 17; Il E 15; 11 S 15.
') Ou: lui donna le gouvernement d'orient, Deguignes, p. 458.
") Journ. as. IV, p. 458 et suiv.; Schlejîol, Stèle fnnrr., p. 23 et suiv.
*; Comp. Tonjiujittj, Il S 14.
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liberté et s'enfuirent vers le Nord, où ils vinrent se rendre à Me-ki-lien.»
«Dès qu'il fut maître des hordes soumises, il voulut attaquer la Chine; mais Tun-yo-kou l'en détourna en lui représentant que l'empereur de la Chine était un prince brave; que les Chinois jouissaient depuis longtemps d'une paix profonde, et que l'abon- dance régnait parmi eux; qu'au contraire les Turcs, fatigués par de longues guerres, avaient besoin de repos, et que d'ailleurs leurs armées n'étaient composées que de soldats nouvellement ra- massés. Me-ki lien voulait, en outre, entourer de murs sa rési- dence, et y élever des temples consacrés au Bouddha et à Lao-tseu. Tun-yo-kou lui dit: 'Tous les Tou-kioue ne peuvent tenir tête aux Thang; ceux qui sont en état de combattre, et dont le nom- bre est d'un sur cent, cherchent les eaux et les pâturages, se livrent à la chasse, n'ont pas de demeure fixe et s'exercent à la guerre. Quand ils se sentent forts, ils vont en avant; s'ils se croient faibles, ils s'enfuient et se cachent. De la sorte, des troupes nombreuses deviennent inutiles aux Chinois. Si vous vous établissez dans une ville murée, et que vous soyez une fois vaincu, vous ne pourrez manquer de • devenir leur prisonnier. Quant au Bouddha et à Lao-tseu, ils enseignent aux hommes la douceur et l'humilité; ce n'est pas la science des guerriers.'»
«Me-ki-lien approuva ce projet^) et envoya aussitôt un am-
*) DefTui^es, p. 454, et les Mém. sur les Chin XVI, p. 11, ajoutent qu'il «se contenta de faire bâtir près de la rivière Orkhon une ville que l'on appela dans la suite Ho lin.» Holin, ou Hala Holin, est le nom chinois de Kara- korom. Cette ville, plus tard si célèbre comme capitale des Mongols et située près de l'Orkhon, là où le monastère d'Erdentsô (Erdenitchao) se trouve aujour- d'hui, est d'ailleurs indiquée comme fondée vers 1235 par Ogotaï khan. Voilà pourquoi on peut probablement regarder comme très douteux que Me-ki-lien soit le fondateur de cette ville Supposée exacte, l'indication ci-dessus citée pourrait plutôt se rapporter à la ville qui fut la capitale des Ouigours après la ruine de l'empire des Tou kioue, et qui est identique aux ruines actuelles de Kara-Balgassoun, à l'ouest de l'Orkhon, à environ 35 ou iO kilomètres au N.-O. d'Erdentsô. Ces deux villes sont très souvent confondues. En tout cas, c'est dans ces mêmes contrées que les Tou-kioue avaient à cette époque leur centre. Relativement aux villes de Karakorom et de Kara-Balgassoun, voir, entre autres, \U^\M dans /n.<rr. dr f Orkhon, p. XXIII, et Devéria, ibid., p. XXXI V; Rret-
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bassadeur pour demander à faire la paix (en 718). I/enripereur rejota sa demande et ordonna de l'attaquer. Dans Tautomne de 720. le général chinois Wang-tsun rassembla les troupes sur les bords de la rivière Kilo; puis il ordonna aux Pa-si-mi, aux Hi et aux Khi-tan d'aller par des routes différentes pour surprendre le camp de Me-ki-lien et s'emparer de sa personne. Me-ki-lien fut fortement effrayé. Tun-yo-kou le rassura en lui disant entre autres: 'Les Pa-si-mi se trouvent à Pe-thing (voir p. 70), et sont fort éloignés des Hi et des Khi-tan; il leur sera impossible de se réunir.' Les choses arrivèrent comme Tun-yo-kou l'avait dit: les Pa-si-mi, n'apprenant aucune nouvelle des Khi-tan ni des autres alliés, s'en retournèrent sur leurs pas. Le khan des Tou-kioue voulut alors les attaquer, mais Tun-yo-kou l'en détourna. Quand il fut arrivé à deux cents li de Pe-thing, il divisa ses troupes et prit un chemin détourné pour s'emparer par surprise de cette ville. Il attaqua aussitôt les Pa si-mi avec vigueur, ceux-ci s'en- fuirent précipitamment à Pe-thing, et comme ils n'avaient plus aucun lieu de refuge, il les fit tous prisonniers. Il s'en retourna par la Chine, pilla Liang-tcheou et battit complètement l'armée chinoise. Les Tou-kioue devinrent aussitôt puissants et eurent tout le reste des sujets de Me-tch'oue^).»
En 721, «le khan sollicita vivement la paix et demanda la permission de servir l'empereur comme un père*); celui-ci le lui promit. Il continua chaque année à envoyer des ambassadeurs pour offrir des produits de son pays et demander une princesse chinoise ;x mais on se défiait des Turcs et on la lui refusait toujours*^).
En 725, l'empereur envoya Youen-tching en ambassade au khan pour inviter les principaux chefs à entrer dans les gardes du corps. «Me-ki-lien donna un festin dans sa tente, où il se
Schneider, I. c, p 122, note SO-t; Cordier, Touny pao, Arrhices, IV, p. H3 et suiv. Comp. plus loin, p. 80.
*) Journ. as. IV, p. 459— i67; Dog^uignes, p. 453—455; Visdelou, p. 47; Mém. sur les Chin XVI, p. 11, 12, 14; Inscr. de i'Orkh , p. XIX.
*) D'après les Méin. sur les Chin. XVI, p. 15, l'empereur reçut la lettre du khan le 11 mars 721.
*) J. as. IV, p. 467; Deguignes, p. 455 el suiv.
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trouvait avec la princesse sa femme. Kioiie-le-kin, et Tun yo-koii. 'Les Toufan (Thibétains), dit-il à Youen-tching, sont de la race des chiens, et cependant les Thang ont fait avec eux une alliance de mariage; les Hi et les Khi-tan, qui étaient nos esclaves et ser- vaient dans nos rangs, ont obtenu des princesses chinoises. Les Tou-kioue seuls, malgré des instances réitérées, ont vu rejeter leur demande. Pourquoi cela?' — 'Le khan, dit Youen-tchin, est regardé comme le fils de l'empereur; pourrait-il épouser une de ses filles?* Meki-lien lui répondit: 'Cela n'est pas exact. Les Hi et les Khi-tan ont été adoptés par la famille impériale et ont épousé des princesses chinoises; pourquoi cette faveur me serait- elle refusée? D'ailleurs, la princes.se demandée n'est point la fille de l'empereur. Si je n'obtiens point la personne dont j'ai fait choix, si mes demandes réitérées sont repoussées, je deviendrai un objet de risée pour tous les royaumes.'»
«Youen tchin ayant promis de présenter lui-même la demande du khan, celui-ci envoya un de ses ministres pour offrir des pré- sents. L'ambassadeur accompagna l'empereur et assista au sacri- fice qu'il offrit sur le mont Thaïchan, dans la province de Chan- toung. Après celte solennité, l'empereur le traita généreusement et le renvoya après Tavoir comblé de présents; mais il ne lui accorda point l'alliance de mariage qu'il sollicitait. Depuis cette époque, Me-ki-lien envoyait chaque année un de ses grands offi- ciers pour offrir ses hommages à l'empereur^).»
En 727, «les Toufan (Thibétains) ayant engagé Me-ki-lien par une lettre à s'associer avec eux pour ravager les frontières, il n'osa y consentir. H cacheta la lettre et l'envoya à l'empereur, qui le félicita de sa conduite. L'empereur rendit un décret par lequel il autorisait les Turcs à commercer dans la ville de Cheou-kiang-lch'ing, au nord du pays d'Ordos. Ce commerce procura à la Chine les chevaux dont elle avait besoin, et aux Turcs beaucoup d'argent et d'étoffes. En outre, l'empereur lui envoya chaque année un présent de dix mille pièces de soie^).>
^) J. as. IV, p. 468 et suiv.; Deguignes, p. 456 et suiv. ; Visdelou, p. 47; Mém. sur les Chin. XVI, p. 18; Inscr. de l'Orkh., p. XIX.
') J. as. IV, p. 470; Deguignes, p 457 et suiv.; Mém. sur les Chin. XVI, p. 21.
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F]n 732, il y eut de grands troubles dans le pays des Khi- tan. Leur roi venait d'être tué; un de ses ministres se sauva avec tous ceux de son parti auprès du khan, pendant que la reine des Khi-tan, qui était Chinoise, se retira en Chine, ce qui donna naissance à une guerre à laquelle les Turcs eurent quelque part, mais qui finit au désavantage des rebelles^).
«La dix-neuvième année de la période Khai youen, c.-à-d. en 731, Kioue-te-kin mourut. L'empereur ordonna à Tchang-kiai^), dont le titre était Kin-'ou-tsiang-kiun^), et à Lia-hiang*), qui avait le titre do Tou-kouan-lang-tchong'^), d'aller, avec un décret muni du sceau impérial, porter des compliments de condoléance au grand khan, et déposer des offrandes. Il ordonna de graver une inscription sur une stèle, d'ériger une statue du défunt et de cons- truire un temple (une salle des ancêtres). Sur les quatre murs on devait peindre des tableaux de batailles. Il chargea six ar- tistes supérieurs de les peindre exactement et ressemblants et tels qu'on n'en avait jamais vus dans ce pays, et afin que le khan en fût ému quand il le verrait.»
«Le khan demanda de nouveau la princesse, et l'empereur, voyant ses instances pressantes, la lui accorda. En conséquence, il députa un ambassadeur^) pour présenter ses remercîments à l'empereur et le prier de vouloir bien fixer l'époque du mariage. Mais inopinément il fut empoisonné par Meï-lou-tch'oue ') ; luttant
0 Deguignes, p. 458; Mém. sur les Chin. XVI, p. 24, 26. Comp. II S 7-8?
•) Tchang Khût/ih, Schlegel, 1. c , p. 47. J'ai mis kiti au lieu de kin dans Stan. Julien, ce qui n'est sans doute qu'une faute d'impressionr. Dans Inscr. de i'OrkhoTiy p. XX, on écrit kionï, d'après le Père Hyacinthe.
■) «C'était un fonctionnaire qui précédait l'empereur lorsqu'il sortait, pour prévenir les dangers imprévus. Il tenait à la main un bâton de cuivre doré aux deux bouts, et qu'on appelait kin-'ou^ (kin-tcou, Schlegel).
*) Corrigé par moi pour Linhianfj, St. Julien; Liihiang, Schlegel, 1. c, Lioal San, Insrr. de l'Orkhon, 1. c, d'après le Père Hyacinthe. Peut-être le même que Likâng, I N 12.
*) «Maître des cérémonies des officiers de la capitale», Schlegel, 1. c.
*) Stan. Julien, qui dit «son frère aîné, Kiaï-li-pi», a dû se tromper sur le sens du premier caractère du nom; car le khan ne peut pas avoir de frère aîné. M. Schlegel le nomme Kokailikpil (Inscr. de ï'Orkh. cGueguyeubi»).
^) Meïlouk toat, Schlegel, 1. c.
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contre la mort, il fit tuer Meï-lou-tch'ouo et exterminer toute sa famille.» Ceci eut lieu dans l'automne de 734^).
«L'empereur en témoigna une grande douleur, et ordonna à Li-thsiouen^)y dont le titre éfeit Tsong-tching-khing (surintendant de la famille impériale), d'aller porter ses compliments de con- doléance et ses offrandes. On profita de cette occasion pour élever un temple (une salle des ancêtres), et l'empereur ordonna à l'historiographe Li-hiong^) de rédiger l'inscription pour la stèle*).»
Tous ses sujets, d'un commun accord, donnèrent à son fils l'jen le titre de khan^). Il mourut après huit ans de règne. Après cela, de grands troubles éclatèrent dans le pays des Tou-kioue, et en 745 le chef des Ouigours (Houi-ho) s'empara de tout le pays que les Tou-kioue avaient possédé, et tua leur der- nier khan.
Après ce temps, les Tou-kioue ne sont mentionnés que très rarement dans l'histoire de la Chine; la dernière fois en 941, époque où, lisons-nous, ils envoyèrent une ambassade à l'empereur. Dans la suite, il n'y en eut plus aucune. A cette époque, les Tou-kioue étaient devenus extrêmement faibles*^). Sans doute ils ont succes- sivement dû perdre leurs particularités nationales et être absorbés par d'autres peuples de race turque.
Ce sont ces deux monuments, mentionnés dans les sources chinoises, érigés en l'honneur de Kul-téghin et de son frère Bilghè
*) «A la huitième lune» (septembre), Mém. sur les Chin. XVI, p. 26. Comp. pourtant II S 10.
') Li-tsoan, Schlegel. Comp. II S 9 et p. 34.
') Lijoung, Schlegel.
*) Quant aux détails sur la mort de Kioue-te-kin et de Pi-kia-khan, voir J. as. IV. p. 471—472; Schlegel, 1. c, p 47; Inscr. de rOrkhon, p. XX.
*; Son nom ne figure pas dans les parties de l'inscription II qui le re- gardent, non plus que ceux des autres khans. Son titre complet y est: (ààri- tây tùnri jaratmyè tûrk bihjà qaynn, c.-à-d. le sage kagan des Turcs, qui res- semble au ciel et est institué par le ciel; comp. p. 27, note 1
•) Journ. as., p. 476 — 477.
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kagan, et restés dans l'oubli durant des siècles, qu'on vient de retrouver.
Les deux monuments*), distants d'environ un kilomètre l'un de l'autre, se trouvent dans des entourages tout à fait déserts, près du lac Kocho Tsaïdam, à l'est de la rivière Orkhon. I^ localité est située à environ 60 kilomètres au nord du monas- tère d'Erdentsô (l'emplacement de l'ancienne ville de Karakorom) et à environ 30 kilomètres au nord-ouest de Kara-Balgassoun, restes de l'ancienne capitale des Ouigours, à l'ouest de l'Orkhon (comp. p. 75, note 1).
Ce sont deux grands monolithes carrés, arrondis en demi- cercle vers le haut et qui ont été dressés sur un socle. L'un et l'autre ces deux socles restent en place, tandis que les monuments eux-mêmes se trouvent renversés, ce qui a amené la fracture du mon. II en quatre morceaux, sans compter que d'ailleurs la sur- face se trouve fort endommagée. La hauteur du mon. 1 sans le socle est de 332 ^"\ et l'inscription en couvre 231. La pierre mesure en largeur 132''" à la base et 122^"^ vers le haut; l'épaisseur est de 46^"* à la base et de 44*^"^ au sommet. — Originairement le mon. Il a eu une forme et des dimensions ana- logues, mais l'état de la pierre semble rendre impossible d'en in- diquer les mesures exactes.
Près des deux monuments on trouve renversées un certain nombre de pierres hautes et étroites et plusieurs figures sculptées, dont aujourd'hui les tètes sont toutes abattues. Au mon. I, soit le nombre de ces pierres, qui ont dû primitivement être placées, d'une manière ou d'une autre, autour du monument même, soit l'espace occupé par elles, sont considérablement plus grands qu'au mon. IP). Ensuite on trouve au voisinage de chaque monument un amas de terre, indication évidente d'un édifice écroulé: on en a retiré des tuiles demi-rondes, telles qu'on les emploie encore généralement en Chine pour couvrir les toits des maisons. Il est hors de doute que ces édifices ont été ces temples ou salles des
^) Je m'en tiens à la description détaillée présentée dans Inscr. de r Orkhon, p. VII et suiv.
•) Ces pierres auraient-elles rapport aux ennemis tués? Comp. plus haut, p. 60.
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anrrtres mentionnés et dans les sources chinoises et dans les inscriptions turques^) comme se rattachant aux monuments.
Outre les inscriptions volumineuses en caractères turcs aux- quelles je reviendrai tout à l'heure, chacun des deux monuments porte sur l'un de ses côtés, celui de l'Ouest, une, inscription en chinois. Ces dernières sont extraordinairement bien taillées et, au moins dans le mon. I, encadrées d'une large bordure à entre- lacs déliés dont le dessin est d'une grande beauté. L'inscription chinoise du mon. I, en l'honneur de Kul-téghin, est presque com- plètement conservée. G. von der Gabelentz en a donné une traduction allemande dans Inscr. de VOrkhon. p. XXV et suiv. Une traduction française considérablement améliorée et accom- pagnée de renseignements détaillés, est due à M. G. Schlegel, professeur à Leide (La stèle, funéraire du Téghin Gioghy Mé- moires de la société finno-ougrienne, III, Helsingfors, 1892*)).
Cette inscription, rédigée au nom de l'empereur de Chine et qui est toute différente de l'inscription turque, commence, d'après la traduction de M. Schlegel. en ces termes: «0, Ciel si bleu! Il n'y çi rien qui ne soit abrité par Toi. Le ciel et les humains sont liés entre eux, et l'univers est homogène. Par son souffle il sépare le Yin et le Yang (les éléments positifs et négatifs), et par ce moyen ils deviennent séparément souverains-maîtres^).» Vient
*) I S 12, II N 14. Le mot tare correspondant est barq, que je traduis par édifice.
*) J'igouterai que M. W. P. Wassiliew vient d'en donner une traduction nouvelle, dans la 2e livraison, p. 167 et suiv , de Radloff, Die alttùrkischcn InschriJ'tvn der Mongolei (comp. plus loin), livraison qui me parvient seulement au moment où cette partie de mon travail est déjà chez l'imprimeur. Je me permets de reproduire quelques passages de cette traduction pour comparer avec celle de M. Schlegel.
') Selon M. Wassiliew: «(Da) dieser blaue Himmel das Ail bedeckt [wôrtl. Nichts nicht bedeckt], (so ist, wenn) Himmel und Menschen gegenseitig einlràchtig sind, das Weltall ganz einheitlich und (es besteht) kein Unterschied. Da (aber, wenn) ihr [des Himmels und der Menschen] Geist sich getrennt hat, die Anwcndung von Jin und Jang eintritt, so erscheinen (dann) verschiedenc Herrecher und Hauptlinge.y» — Dans ma Notice préliminaire, p. 8 (= 292), note 1, j'ai déjà fait remarquer que seul ce passage offre une ressemblance lointaine avec le commencement de l'inscription turque du côté de l'Est: «Quand
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ensuite une allusion à des rapports antérieurs établis entre les Chinois et les Turcs et aux relations d'amitié qui se sont succes- sivement développées entre les deux peuples: «Nous étions liés avec vous comme un père avec son fils. Nous avons fait que les calamités du brigandage n'ont plus surgi, et qu'on pouvait rentrer dans leurs étuis les arcs et les flèches^).» Puis on lit: «Le Prince défunt, le Téghin KUuefi (ou K'ût^)), était le second fils du Khakan Kout-tho-louk, et le frère cadet du Khakan actuel Pitkia, Sa piété filiale et ses sentiments amicaux ont retenti jusque dans les pays lointains, et sa valeur était redoutée par [ — ]. Provien- drait-ce seulement des sentiments de fidélité envers son souverain (c.-à-d. l'empereur de la Chine), que son bisaïeul Iti-Mito beg avait multipliés et qu'il avaif su mener lui-même à bonne fin? Son aïeul (le grand-père du Téghin), Kouttho-louk K'ieh-kin, trai- tait ses sujets avec une profonde humanité, et son fils [et son petit-fils l'imitaient]^).» Après avoir continué de faire ressortir les nobles qualités du défunt, sa loyauté et sa bravoure, l'empereur exprime ses regrets de sa mort inattendue: «Je le dis et le redis: la douleur et la compassion remplissent mon cœur de douleur; car le Téghin était le frère cadet du Khakan, et le Khakan est
le ciel bleu en haut et la sombre terre en bas furent créés, entre les deux furent créés les fils des hommes, etc.»
*) Selon M. Wassiliew: «Was mich betrifft, so habe ich [mit ihnen] die gegenseitige Vereinigung eines Vaters mit (seinem) Sohne abgeschlossen und es dahin gebracht, dass Einfâlle und Beunruhigungen nicht (ferner) stattfanden. Bogen und Pfeile wurden in die Kôcher gelegt.»
•) Je substitue cette forme à celle — Giogh — qu'emploie M. Schlegel lui-même; comp. p. 73, note 1.
■) Selon M. Wassiliew: «(Der hier begrabene) Herr (trug den) Namen Kiie [Kul]-Tegin, (er war) der zweite Sohn des Ku-tu-lu Kagan, der beriihmte jûngere Bruder des jctzigen Pi-kia [Bilgâ] Kagan. Seine Ëhrfurcht gegen die Eltern, und seine Freundestreue gegen Aile wurden gepriesen in femen Lan- dern, seine Hoheit und seine Tugend (veranlassten?) Furcht Q und Veranderung der Sitten. Wie war dies (môglich, wenn nicht) deshalb (, dass) sein Vorfahr Iti-mi-schi-fu, sammelnd [da er ausubtej Tugenden gegen den hohen (Himmel?), (seinen Kôrper bis zu Ende fûhren konnte [eines naliirlichen Todes starb], dass sein Grossvater Ku-tu-Iu hic-kin wahre Menschlichkeit gegen die Niedrigen aus- iibte und sein Sohn OOO [""d Ënkel fortfuhrenj.»
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comme Notre fils, elc ')». Suit encore une pièce de vers en l'honneur du défunt.
Enfin, vers la conclusion de l'inscription, l'on ajoute en ces termes la date exacte de l'érection du monument: c Érigé dans la 20® année de (la période) K'ai-youen (de la dynastie) des Grands T'ang, l'année cyclique étant Jin-chin, le ?*^ mois (appelé) Sin-tcheou, de la nouvelle lune le 7« jour (appelé) Tingw(e)i.» Le chiffre in- diquant le mois, est mutilé; selon moi, il faut lire 7, ce qui con- corderait avec ce qu'indique l'inscription turque de INE, savoir que notre monument fiit inauguré au 7® mois. En ce cas, la date complète correspondrait exactement au l®** août 732 d'après notre ère. Afin de ne pas interrompre ici l'exposition par une longue digression relative à la chronologie, je renvoie à la note con- cernant INE, à la fin de mon travail, l'argumentation de cette manière de voir personnelle.
L'inscription chinoise du mon. II, en l'honneur de Bilghè kagan, est fortement mutilée, en sorte que c'est seulement une partie très restreinte qu'on peut lire de suite^). Sa fin porte pour date la 23® année de la période K'ai-youen, c'est-à-dire 735 d'après notre ère, et dans le corps du texte on cite la 22® année de la même période, soit 734; évidemment c'est l'année de la mort du khan, ce qui concorde avec les indications puisées autre part (voir plus haut, p. 79). Il va sans dire qu'originairement il s'est trouvé une addition des mois et jour, mais il n'y en a plus au- cune trace.
Les autres côtés des deux monuments, tant le côté large de l'Est que les deux étroits du Nord et du Sud, sont couverts d'inscriptions serrées, exécutées avec les singuliers caractères turcs. Ces inscriptions sont au nombre des plus considérables qui existent d'ailleurs: celle du mon. I contient en tout près de 10000 caractères; celle du mon. Il, d'une écriture un peu plus
*) Selon M. Wassiliew: «Ewig werde ich mein Mitgefûhl aussprechen, (denn) (1er Kuinmer ist in meinem Herzen. Dazu (war) der Tegin der jiingere Bruder des Kagan, und der Kagan ist gleichsam mein Sohn.»
*) Voir Dbvéria dans Inscr. de VOrkhon^ p. XXVII et suiv., et à présent Wassiliew dans Radioff, 1. c, p. 170 et suiv.
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serrée que celle do la première, a été un peu plus vaste encore alors qu'elle était entière.
L'inscription du mon. I se compose de deux sections, rédigées l'une et l'autre au nom du khan. L'une de ces sections, la plus grande, couvre tout entier le côté de l'Est (je la désigne par I E), 40 lignes, et va se continuer sur le côté du Nord (I N), qui cons- titue 13 lignes. Après un court aperçu de l'histoire antérieure des Turcs et en s arrêtant surtout aux mérites du père et de l'oncle, comme à l'essor que prit l'empire des Turcs sous leur règne, le khan rapporte en détail ses exploits et ceux de son frère défunt *), ainsi que la mort de ce dernier, et enfin il dépeint les regrets qu'il éprouve à cette occasion et les compliments de condoléance qu'il a reçus de la part de différents peuples.
La seconde section, moins grande, occupant le côté étroit du Sud (1 S), soit 13 lignes, et qu'on doit considérer ou comme épi- logue ou comme prologue de la section principale désignée la pre- mière, contient, sous forme d'allocution aux Turcs, soit des remanjues générales des vicissitudes qui se sont successivement déclarées dans leurs destinées par suite de leurs relations avec les Chinois, tout en déplorant la désobéissance et les dissensions des Turcs, soit la glorification des mérites du khan lui-même, soit, en terminant, la communication concernant le monument même et sa genèse.
A ces inscriptions il s'en rattache d'autres encore, de peu d'étendue, chacune d'une seule ligne, aux trois angles de la pierre, savoir ceux du N.-E., 8.-E. et 8. 0., et dont l'une (I NE) nous renseigne sur ITige de Kul-téghin avec les dates de .sa mort et de ses funérailles, ainsi que de l'inauguration de la pierre. Dans les deux autres, ce n'est plus le khan qui parle: c'est un parent des deux frères, nommé Yolig- (ou Yollig-?)téghin^) et désigné comme
') Comme petit trait caractérisant ce pouplo de cavaliers, on doit faire ressortir que, dans le récit des diverses batailles auxquelles le défunt a pris part, on communique aussi les noms des chevaux qu'il y a montés, et leur sort respectif.
*) La môme parenté 1(» relie aux deux frères, puis(ju*il est leur nti/ fhùf^ tifj'n f'tysy I SE, [q^^jy^n "tysi/ Il SVV); mais la signification de ce mot, qui ne semble pas se trouver dans les langues apparentées, est douteuse. Le titre
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celui qui a écrit toute rinscription. Je partage l'opinion de M. Radloff, savoir que ceci veut dire sans doute que c'est Yolig-téghin qui a rédigé l'inscription et Ta tracée sur la pierre, tandis qu'à coup sûr ce sont les ouvriers chinois qui l'ont gravée.
Enfin nous avons à ajouter encore deux lignes placées sur le côte de l'Ouest, à côté de l'inscription chinoise (I W). Là c'est encore le khan qui parle à la !•* personne. Mais évidemment ces deux lignes n'ont été écrites que postérieurement à toutes les autres inscriptions et par une personne autre que celle qui a exécuté le reste: plusieurs des lettres sont façonnées autrement que celles du reste des inscriptions, par exemple 5 au lieu de S( 6-, et l'orthographe de certains mots diffère aussi légèrement. Cependant, que ces deux lignes émanent de Bilghè kagan lui-même, comme le pense M. Radloff, p. 3, c'est là une conclusion que, ce me semble, on n'est pas autorisé à faire.
L'ensemble de l'inscription .du mon. I est de 71 lignes.
L'inscription du mon. II qui, comme je l'ai déjà dit, est de beaucoup plus mutilée que celle du mon. I, est d'une composition tout à fait pareille à cette dernière. C'est encore ici le côté de l'Est (II E) qui porte la section principale historique, qui cepen- dant va se continuer sur le côté du Sud (II S) et non, comme dans I, sur le côté du Nord. Après une courte introduction ren- fermée dans les deux premières lignes de II K, où parle le fils et le successeur (l'I-jen khan des sources chinoises) du khan dé- funt, on passe immédiatement à répéter, presque mot à mot, l'inscription du côté oriental du mon. I. Ce mot-à-mot, qui pré- sente très peu d'écarts, la plupart d'un caractère graphique, va de la fin de II E 2 au milieu de H E 24, correspondant à 1 E 1, à
de téghin paraît dénoter que ce doit être un agnat. Il n'y a donc guère d'au- tres possibilités sinon que (itt/ soit ou neveu ou bien cousin (peut-être demi- frère ou frère naturel?). M. Hadloff le traduit par neveu, sans doute seulement d'après I E 5 = II K 5, où il trouve ce mot (oyiy^^*tyj, ce dont cependant je ne saurais convenir (voir la note 10). Comme celui qui a rédigé l'inscription, doit probablement être un homme d'un âge plus mûr qu'on ne devrait le supposer dans un neveu (c àd. le fils d'un frère cadet) du khan et du téghin, j'aime mieux le triduire par cousin. Mais ce n'est là qu'une hypothèse.
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partir du commencement, jusqu'au commencement de IE30. Aussi dans la suite, jusqu'à II E 32, qui traite, bien que d'une manière assez voilée, du môme combat où Kul téghin trouva la mort, on raconte jusqu'à un certain point les mêmes événements que dans I, quelquefois à peu près dans les mêmes termes. Cependant tout se rapporte ici exclusivement au khan, tandis que tout ce qui dans les récits du mon. 1 concerne Kul-téghin, est omis; bien plus, ce dernier n'est nommé nulle part dans toute l'inscription du mon. II, si ce n'est II E 21 et 22. La continuation de l'ins- cription n'a pas d'analogue dans le mon. I. Malheureusement ces parties sont trop mutilées pour donner autre chose qu'un tableau fort incomplet des événements qui y sont mentionnés; cela est d'autant plus à regretter que plusieurs de ces événements sont les mêmes qui sont mentionnés par les Chinois, et qu'il aurait été d'un intérêt spécial de pouvoir comparer plus en détail la version turque avec celle des Chinois. Cependant c'est toujours le khan défunt qui y parle à la \^ personne, jusqu'à ce que le récit, II S 8, atteigne à sa mort. Dès lors et sans aucune transition il est mentionné, dans le reste de cette section, à la 3*^ personne, tandis que c'est le nouveau khan qui parle.
Les trois dernières lignes du côté du Sud (II S 13 — 15) cons- tituent une petite section à part, où le jeune khan énumère les nobles qui sont venus dans le temps rendre hommage à son père à l'occasion de son avènement au trône (et maintenant en- core à l'occasion de son propre avènement?).
La seconde section principale, qui occupe tout le côté du Nord (II N, 15 lignes), contient essentiellement la répétition pres- que littérale de toute l'inscription du côté méridional du mon. I. Les lignes 1 — 8 se calquent pour ainsi dire sur I S 1 — 11. Mais ensuite on intercale un nouveau morceau, qui va de la fin de la I. 8 jusque vers le milieu de la 1. 14, malheureusement avec de grandes lacunes et, en tout cas, souvent difficile à lire. Autant que l'état mutilé permet d'en juger, la fin semble concorder avec les dernières lignes de I S. Comme dans la section nommée la première, II E et S, et dans I, c'est encore ici le khan défunt qui parle d'un bout à l'autre, à la i^ personne, et le titre du khan, au commencement de la I. 1, est celui qu'il emploie (p. 74, note). C'est seulement dans le dernier passage, qui traite du monument
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même et de sa genèse, qu'il faut voir dans celui qui parle le nouveau khan, quoique ce fait ne soit pas indiqué et que le texte concorde avec l'inscription de I S, où l'on met les mêmes mots dans la bouche de son père.
Outre ces inscriptions couvrant les trois faces latérales unies, il y a une ligne sur l'angle qui sépare les côtés de l'Est et du Sud (II SE), ligne qui, je le suppose, doit se lire comme elle est située, c'est-à-dire entre la dernière ligne du côté de l'Est et la première du côté du Sud. Ensuite on trouve sur l'angle sud-ouest une ligne à part (II SW), où le même Yolig-téghin à qui l'on doit l'inscription ayant trait à Kul-téghin, se nomme comme celui qui a aussi rédigé celle-ci.
Enfin il y a, s'écartant du mon. I, dans le fronton surmon- tant l'inscription chinoise du côté de l'Ouest, une petite inscription turque (II W) qui contient, ce semble, une expression lyrique du chagrin que le jeune khan éprouve à l'occasion de la mort de son père. Elle aussi, cette inscription est malheureusement assez mutilée. Elle ne me paraît guère avoir pu contenir plus de 9 lignes, 4 de chaque côté de la ligne qui se trouve à peu près sous le sommet du fronton. (Selon M. Radloff, cependant, il y aurait eu là 11 lignes.) De plus, chaque ligne de cette in.scriplion a été assez courte et n'a guère pu contenir plus de 13 à 16 lettres.
Les inscriptions turques du mon. II ont donc présenté l'en- semble d'au moins 82 (peut-être 84) lignes.
Reste à savoir quel est le mode de succession des deux sec- tions principales contenues dans chacune des inscriptions. Toute- fois c'est là une question d'importance secondaire. Si, dans ce qui suit, je me suis décidé à commencer par le côté de 'l'Est et à regarder par conséquent l'autre section des deux inscriptions, I S et II N, comme une sorte d'épilogue qui s'y rattache, c'est que, d'une part, la grande section historique est absolument la partie principale — et pour cette raison l'on pourrait aussi la supposer destinée à ouvrir l'inscription — ; d'autre part, j'y ai été amené par la raison pratiijue qu'en tout cas cette section est le meilleur moyen d'initier le lecteur au contenu des ins- criptions.
Cependant des réflexions renouvelées m'ont rendu vraisemblable
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que l'auteur même des inscriptions a pensé autrement. En ceci j'attache moins d'importance à ce qu'en soi il pourrait sans doute être probable que l'ensemble de l'inscription a commencé par la formule titulaire du khan qui l'a fait graver et qui par cette voie parle à son peuple et à la postérité. Mais il y a un autre détail qui mérite une attention spéciale. C'est le fait que, dans le mon. I, l'inscription du côté de l'Est, contrairement à ce qu'on devait attendre, ne se continue pas sur le côté du Sud, immé- diatement de l'autre côté de l'angle sud-est, où elle finit, mais bien sur le côté du Nord, ce qui fait faire un grand saut au lec- teur, jusqu'à l'angle diagonalement opposé, celui du Nord-Ouest. A coup sûr, la seule explication de cet étrange arrangement c'est le fait que le côté du Sud était déjà couvert de caractères lors- qu'on grava l'inscription du côté de l'Est. Il faut donc admettre que l'auteur a commencé par la section de moindre dimension I S, où il a visé à donner un prologue, une introduction à la grande section historique; mais par inadvertance on est venu à placer cette première section à droite de l'inscription chinoise, si celle-ci a été gravée la première, ou bien, si l'on y a travaillé en même temps qu'à l'inscription turque, il est arrivé qu'on a placé l'inscription chinoise sur le côté originairement destiné à recevoir la grande inscription turque. Dans le mon. II l'on a évité cette faute, et toutes les lignes de l'inscription s'y suivent dans l'ordre naturel, si l'on commence par le côté du Nord (la petite section = I S) et finit par le côté du Sud. C'est pourquoi sans doute, dans la reproduction suivante des inscriptions, j'aurais mieux fait de distribuer les diverses sections conformément à cette manière de voir; mais à présent il est trop tard pour changer le plan une fois tracé de l'arrangement, et, comme je viens do le dire, en elle-même toute cette question n'est pas d'une grande impor- tance.
Dans l'édition présentée dans Inscr. de COrkhon, l'on a préféré compter de suite l'ensemble des lignes sur chacun des deux monuments en en arrangeant les différents côtés dans l'ordre suivant: Est, Sud, Ouest, Nord*). Pour ma part, j'aime mieux
*) Dans ma Notire préliminaire, p. \ (— 288) et suiv., j'ai déjà dé- montré qu'il faut lire les lignes de droite à gauche, et non de gauche à
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compter simplement les lignes sans sortir du cadre de chaque côté, de la même manière que l'a fait M. RadlofT. Seulement j'emploie une autre désignation que la sienne, en donnant à chaque côté le nom du point cardinal qu'il regarde (ou qu'il a regardé) et en employant à cela les marques N, S, E, W internationale- ment acceptées. Dans ma transcription je mets en marge cette désignation, tandis que, dans le corps du texte et au commence- ment de chaque ligne, je place la désignation fautive des lignes, qui se trouve dans Inscr. de UOrkhon, Le tableau ci-dessous montre la corrélation des désignations différentes:
Inscr. (le
rOrkhon. «*'ï'»^')-
1 K 1— 40 =40-1 =- K (40— l) 1— 40
INI— IH -= 69-57 = Kb (13— 1)1-13
I S 1—13 = 54—42 = Ka (13-1) 1—13
I NE =70 = K m
I SK =41 = K II I SW =55 = K I
I W 1—2 =56 = Kcl-2
II E 1—41 = 41—1 = X (41—1) 1 -41 II SE =42 = X II
II S 1—15 = 57-43 =Xa (9-1) 1—13
UN 1-15 = 77—64 = Xb (15-1) 1—15
11 SW =58 = X !
n W 1-9(11?) = 63—59 = Xc 1-7
Quant au texte des inscriptions, l'on approuvera sans doute que j'en donne seulement la transcription. Les textes originaux ont déjà été publiés plusieurs fois de différentes manières: une copie nouvelle ne serait donc importante que si elle se fondait sur une collation critique nouvelle des monuments originaux
droite, comme cela se fait et dans Inscr. de VOrkhon et dans l'Atlas de M. RadIoiT.
') Je mets entre parenthèses les chiffres de lignes fautifs de l'Atlas, et en dehors des parenthèses ceux qu'emploie M. RadIoiT dans sa publication récente.
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mêmes, et doit être réservée à cette collation. La publication dont j'ai fait la principale base de mon texte, est la copie typo- graphiée qu'on trouve dans Inscr. de VOrkhon. Elle a été géné- ralement exécutée avec beaucoup de précision, surtout en ce qui concerne le mon. l, et se fonde sur une copie faite, d'après les originaux mêmes, par le chef de l'expédition finnoise envoyée dans ces parages, M. le Dr. A. Heikel, secondé par son frère. Avant d'être imprimée, cette copie a été ultérieurement collation- née avec ce qu'on avait pris de plaques photographiées et d'épreuves sur papier représentant le mon. P). Un nombre assez considérable de détails de ce texte typographie^) se laissent cor- riger immédiatement et avec une parfaite certitude, dès que l'on connaît l'alphabet et la langue (p. ex. dans des mots ou phrases reparaissant souvent, tels que kûl-tig^n, bin^p op\"ju t"gdi et bien d'autres, ou bien là où les deux inscriptions contiennent des textes parallèles). Mais en outre j'ai rapproché le tout, avec le plus grand scrupule possible, tant des planches des Inscr. de [Or- khon (dont toutefois quelques-unes sont malheureusement très peu lisibles) que des planches non retouchées de l Atlas der Alter- thûmer der Mongolei par M. le Dr. W. Radloff, qui reproduisent, par voie photographique, des estampages sur calicot exécutés par M. Radloff comme chef de l'expédition russe envoyée dans ces régions^). Je crois que, grâce à cette collation, je suis parvenu, dans un nombre assez considérable de passages, à obtenir des résultats plus précis et plus sûrs que les textes typographies. Enfin, sur ma prière, M. Heikel a bien voulu collationner avec les photo- graphies originales et ses estampages divers passages où il m'im- pCJrtait de savoir plus exactement que ne me permettaient de le voir les planches, quelles traces de lettres on pourrait constater. Malheureusement, dans nombre de cas, cette revision renouvelée
^) Inscr. de VOrkhon, p. X.
^) Quand je cite exceptionnellement ce texte dans les notes, je le désigne par 10. Ordinairement je regarde comme superflu d'indiquer les écarts de mon texte par rapport à ce dernier, quand ils tiennent à une correction sûre et qui s'entend logiquement de la levon erronée ou défectueuse d'un mot.
') Au contraire, les planches retouchées que renferme cet ouvrage, sont très sujettes à caulioii et fort en arrièro du texte imprimé des Inscr. dr l'Or khon.
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n'a point donné de résultats; mais en d'autres cas ce m'a été une satisfaction de voir confirmée une conjecture ou d'acquérir la certitude que telle ou telle leçon était ou possible ou impos- sible, et je me permets ici de remercier sincèrement M. Heikel d'avoir bien voulu se donner tant de peine pour moi à ce sujet ^).
Ensuite je dois mentionner que, l'impression du présent mé- moire ayant à peu près atteint la fin de sa première partie, le travail de M. Radloff assez souvent cité par moi dans cette pre- mière partie, Denkm. Kûl T. (voir p. 4), a été remplacé, à titre de canevas provisoire, par une publication nouvelle et plus élaborée du même auteur et qui, sous le titre de Die alttûr- kischen Inschriften der Mongolei. Die Denkmâler von Koscho- Zaidam (St. Petersburg 1894), comprend les deux grands monu- ments. Toutefois les modifications (soit du plan, soit du texte, soit de la traduction de l'inscription I et des parties qu'elle a de commun avec II) par lesquelles ce travail se distingue du canevas dont je viens de parler,