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JOURNAL ASIATIQUE

NEUVIÈME SÉRIE

TOME XIII

JOURNAL ASIATIQUE

RECUEIL DE MÉMOIRES

D'EXTRAITS ET DE NOTICES

RELATIFS À L'HISTOIRE. À LA PHILOSOPHIE. AUX LANGUES ET À LA LITTÉRATlinE DES PEUPLES OIIIENTAUX

ET PUBLIE PAH LA SOCIETE ASIATIQUE

NEUVIÈME SÉRIE TOME XIII

PARIS IMPRIMERIE NATIONALE

RHNEST LEROUX. ÉDITEUR

HUKnON«PA1lTR. ,6

M DCCC XCIK

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JOURNAL ASIATIQUE.

JANVIER-FÉVRTER 1899.

NÂBIGA DHOBYÂNÎ

INÉDIT,

é D'APRÈS

LE MS. ARABE 65 DE LA COLLECTION SGHEPER.

PAR

M. HARTWIG D£R£NfiOURG.

I

A Toccasion du onzième Congrès des Orientalistes , réuni à Paris en septembre 1897, ^^^ exposition temporaire de manuscrits et d'imprimés orientaux fut organisée à la Bibliothèque nationale et installée dans le vestibule de la Galerie Mazarine , sur le seuil de Texposition publique qu'elle contient en perma- nence. Chartes Schefer, président du Congrès , avait fait choix de neuf d entre ses manuscrits les plus précieux, arabes, persans et turcs, pour les offrir à la curiosité et à l'examen de ses confrères. Mon atten- tion se fixa sur le manuscrit 6^ (A. 65 delà coUec-

' Bibliothèque nationale. Choix de manuscrits > d'imptimét , ât cnric»

6 JANVIER-FEVRIER 1899.

tion), qui contient le diwân d'un poète arabe, cher entre tous à celui qui sTionore d'en avoir été le premier éditeur. Eln revenant à Nàbiga Dhobyânî, je reviens en 1898 à mes anciennes amours de 1868. Les hé- ritiers de Charies Schefer, s'inspirant de son exemple et continuant sa tradition , ont mis généreusement à ma disposition le volume dont on trouvera ici, comme hommage à sa mémoire, la description et de copieux extraits.

Voici, par ordre chronologique, la liste des publi- cations antérieures consacrées au diwân de Nâbiga Dhobyâni. Cette bibliographie ne comprend que les ouvrages relatifs au recueil plus ou moins complet ; les monographies sur la moallaka de Nâbiga ont été omises à dessein dans cette nomenclature, qui con- tient exclusivement les travaux d'ensemble :

1* D = Hartwig Derenbourg, Le Diwân de Nâbiga Dhobyâni; texte arabe, pabUé poar la première fois , suivi d^une traduction française et précédé ^une intro- duction, dans le Journal asiatique de 1868, t. I, p. 197-297, 301-439, 484-5 1 5 et 520. Nous cite- rons de préférence le tirage à part ,272 pages , Paris , Maisonneuve, 1869.

Q* A = W. Ahlwardt, The divcuis of the six ancient Arabie poets; London, Trùbner, 1870. A Nàbiga se rapportent les pages r-hr, mf-iv\, rx-rih*, 1-18, 86-91, 109, 111 et 112.

et de médaiUes exposés à C occasion du Congrès des Orientalistes; Paris . Leroux, 1897, p. Si.

nAbiga dhobyAni inédit. 7

3** B = Du même, Bemerkangen ûber die Aechiheit der alten Arabischen Gedichte . . . 71^65^ Beitràgen zam richtigen Verstàndnisse Ennâbigas und 'Alcfamas; Greifswald, Bamberg, 187Q. Pour Nâbiga, voir p. 3o, 36-5o et 91,-165.

4** C = Cinq dîwâns de poètes arabes, collection publiée à Timprimerie Wahbiyya au Caire en 1293 de Thégire (1876 de notre ère). Sur les 200 pages, les 79 premières contiennent le Dîwân de Nâbiga Dbobyânî , avec le Commentaire du vizir Aboû Bakr Asim ibn Ayyoûb Al-Batalyoûsî , qui, en dépit du titre , n'est pas mort en 1 9 4 de Thégire ( 809 , 8 1 o de noire ère), mais en radjab 5qi (juillet 1 127^).

5** J = Louis Cheikho, Les poètes arabes chrétiens; Beyrouth, 1889-1890. Le dîwân de Nâbiga Dbob- yânî y figure, allégé de plusieurs passages, accom- pagné d'im commentaire développé en arabe, aux pages ii«* - y^r.

G = Baron David de Gûnzburg, Extraits da Diwân de Nâbiga, p. 1 67-252 de la publication inti-

titulée i^T^imi, destinée par les élèves de Victor

(jimi) Rosen à célébrer les noces d'argent de son enseignement à l'Université de Saint-Pétersbourg;

* Sur cette édition faite d'après le manuscrit de Vienne 446 (Flùgel, Die arabischen, . . Handschrijten , I, p. 43o), voir Socin, dans la Zeitschrift d. d, morg, Gesellschaft , XXXI {1877), p. 669- 68a. J'ai essayé d'élucider les questions chronologiques relatives, à Al-Batfldyoûsî dans, la Revue des études juives , octobre-décembre i883, p. 274-279.

8 JANVIER-FÉVRIER 1899.

Saint-Pétersbourg, imprimerie de l'Académie impé- riale des sciences, 1897.

C'est une même rédaction du diwân qui a été re- produite dans les quatre éditions citées sous les numéros 1, 2, 4 et 5. Les vingt-quatre morceaux rapportés par Al-Asma*i en constituent Télément fondamental ^ Le commentaire du vizir Al-Batal- yoûsî, publié dans C, est muet sur les six autres poésies , qui y ont été insérées d'après D et A et qui proviennent d'une sélection faite par At-Toûsî, « au nom de ses maîtres » , c'est-à-dire par Aboû'l-Hasan ^\lî ibn 'Abd AHâh ibn Sinân At-Taimî At-Toûsî, qui mourut vers tx/io de l'hégire (854 de notre ère^). Ai-A*lam Asch-Schantamarî (de Santa-Maria) , qui mourut en 476 de l'hégire ( 1 o83 de notre ère), a étendu son commentaire aux trente morceaux admis dans D, A, C, »L Une poésie. supplémentaire de 61 vers y a été ajoutée dans D d'après la Djamhara, Les vers i - 4 1 de cette même poésie se trouvent dans A sous la cote n^, parmi les 58 fragments d'inégale longueur dont M. le profes-

* D, p. 63, 93 et 144.

* Fihrist, p. 71; Hammer, Literaturgesehickte der irabev, HI, p. 433; D, p. 64 1 10a et iGi; A, p. v; B, p. 4o.

^ Pour arriver aux 61 vers de D, il faut souder à la suite des vers 1-4 1 d'abord 7 vers publiés seulement dans D, puis le frag- ment de 1.4 vers, sans son vers 9, coté i dans D, if dans A, V dans G, publié dans C, p. Pr-I»!», et dans J, p. iv\-^a.. Voir aussi B, p* 43-48, Th. Nôldeke dans la ZeitsekriJÏ d, d, morg, GeteUichaft, XLIX (iSgS), p. 393, et plus loin, à propos de la poésie XLi du manuscrit Schefer.

nAbiga dhobyAni inédit. 9

seur Ahlwardt a formé son Appendice, en puisant dans ses vastes lectures. Nous leur devons aussi la richesse incomparable des variantes coUigées^ Au moment de clore son enquête sur Nâbiga , cet érudit a encore ajouté les fragments 59-63 qui ont passé inaperçus pour l'éditeur de J. Autrement; celui-ci a ac<5ueiHi tous les matériaux rassemblés dans A, à l'exception de ceux que d'honorables scrupules l'obli- geaient à élaguer.

II

Le manuscrit du Supplément Tantawy 28, t|ui est devenu le manuscrit arabe 80 1 de l'Université de Saint-Pétersbourg , nous introduit avec G sur un ter- rain renouvelé pour les parties que nous connaissions , élargi et étendu par des accroissements considé- rables. L'auteur de cette rédaction, qui comprend û(i morceaux, poésies ou fragments, n'est pas nommé : M. le baron David de Gùnzburg, dans un savant mémoire^, a essayé d'élucider et de trancher cette question d'origine. Sa solution du problème sera signalée et examinée ultérieurement. Voyons d'abord ce que l'anonyme nous apprend lui-même sur les matériaux qu'il a mis en œuvre. H les a

* A la liste d'ouvrages consultés et cités (A, p. io3>io4) vien- draient s'ajouter maintenant entre autres les 10 volumes du TAdj al-'aroûs, les 20 du Lisàn al-arab, les ^ de la Khizâiiat al-adab.

* Mes chers élèves Broydé et Seiigsohn ont déchiffré et traduit pour moi le mémoire rédigé en russe. Je tiens à les en reme;'cier publiquement.

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empruntés , d'après son témoignage formel , à qpaatre autorités en ces matières , qu'il énumère dans Tordre suivant : Al-Asma^, Aboû 'Obaida, Aboû *Amr et IbnAl-AVâbîi*

Pour ce qui est du premier (i asi/ySg-'iiô/SSi), il a été absorbé presque entier, puisque , des 2 Ix mor- ceaux dont se compose sa sélection , les i o vers de D = A i»*' et les 5 vers à^D\r = Kv\ ont seuls été éliminés. Encore ce dernier n est-il pas de Nâbiga , mais de Yazîd, lun de ses contradicteurs, répondant à ses attaques. Les 22 autres morceaux ne se distinguent du texte officiel (D, A, C et J) que par des remanie- ments , des insertions , de rares omissions et des va- riantes. La part d'Aboû ^Obaida ( 1 1 0/728-2 1 0/82 5 ) , qui semble avoir publié son édition de Nâbiga^, qui avait écrit une monographie sur les Banoû Gatafân*'^, ne saurait être précisée : sa réputation a survécu, son œuvre est presque entièrement perdue*. Aboû ^Amr n'est pas le vieux, presque légendaire Aboû *Amr ibn Al-^Alà, mais le linguiste de l'école de Koûfa Aboû ^Amr Isbâk ibn Mirâr Asch-Schaibânî , qui mourut très âgé en 206/821^. Il s'était beaucoup occupé de Nâbiga, parfois en opposition avec Aboû *Obaida^, et c'est d'après lui que sont rapportées

* G, p. 171 et i83.

' Yâkoût, Mon'djam, I, p. 211, 228; II, p. 4oi; IV, p. 44; D, p. 66; cf. G, p. i83; i85, n. 6; 190, n. 5; 192, n. 1 et 8; etc. ^ Fihrist, p. 5.i; Hammer, Literaturgeschichte , III, p. 4i3.

* Brockdmann, Geschichte der arabischen Literatur, p. io3-io4.

* Ibid,, p. 116.

* G, p. i83, 191 et 218.

NABIGA DHOBYANÎ inédit. 11

explicitement dans G les poésies vb et H, celle-ci son nom va de compagnie avec celui d'Aï- Asma^ ^. C'est du reste une indication précieuse : car, grâce aux épigraphes de certaines poésies, à des notes dispersées et , on peut constater que les poèmes adoptés par Al-Asma^ ne sont entrés dans G que sous le couvert d'Aboû 'Amr; celui-ci en a au préalable rectifié l'ordonnance; celui-ci a fait son choix entre les leçons qui circulaient sur les lèvres des rhapsodes et dans les notations des co- pistes ^. Je lui attribue cette rédaction de Koûfa que j'avais soupçonnée naguère^ comme indépendante de la collection telle qu'elle nous était parvenue par l'Espagne et par ses commentateurs de Radajoz et de Santa-Maria.

Al-Asma'î , .Aboû 'Obaida et Aboû 'Amr étaient à peu près contemporains. Ibn Al-*Arâbî les suit d'assez près puisque, à Koûfa en i 60/767, il mourut à Sâmarrâ en 2 3i/844^. Son nom était Aboû *Abd Allah Mohammad ibn Ziyâd. Dans G il est appelé tantôt Ibn Al-AVâbî , tantôt Aboû 'Abd Allah , une seule fois Aboû *Abd Allah Ibn Al-AVâbî \ Il avait été le maître principal d'At-Toûsî , qui , au lieu de le nommer, s'en réfère à ses maîtres pour les poèmes

* G, p. 171, n. j, 172, 236 et 25o.

* G, p. i83; 189, n, 1; 193, n. 1; 194 » n. 7; 218; etc. ' D, p. 66, n. 2; cf. G, p. 222.

* Fihrist, p. 69; Hammer, Literaturgeschichte , III, p. 329, Brockelmaim , Arabiscke Literatur,^. 116-117.

^ G, p. 193, n. 6.

12 JANVIER. FEVRIER 1899.

25-3 1 , ajoutés par lui aMDiwân^. Avec M. Ahiwardt-^, j'attribue à Ibn Al-AVâbî l'introduction de ces mor- ceaux, tous admis sans exception dans G. Ibn Al- AVâbî, qui tenait en médiocre estime la science de ses devanciers Al-Asma^î et Aboû ^Obaida, était un véritable initiateur : Tha'lab , le plus célèbre gram- mairien de l'école de Koûfa, suivit ses cours pendant plus de dix ans , souvent en cotnpagnie de cent audi- teurs^. G se réclame d'Ibn Al-AVâbî pour les frag- ments suivants, qui n'émanent ni d'Al-Asma^î, ni d'At-Toûsî :^^, Y^' et à)G^, Pour d'autres morceaux qui sont dans le même cas, il est spécialement re- marqué dans G qu'ils n'ont pas été rapportés par Ibn Al-A*râbî, ainsi pour K'f, f*'}*, f*^', K'a, jai, ô-, ô|5. On peut en induire que le contingent d'Ibn Al-AVâbî dans la mise à point du Diwân revu et augmenté a été tellement considérable qu'il fsdlait résister à la tentation de lui attribuer en bloc tous les enrichisse- ments.

M. le baron de Gûnzburg, en examinant les cita- tions de Nâbiga Dhobyânî dans quelques ouvrages arabes d'histoire littéraire, le Kâinil d'Al-Moubarrad (mort en 285/998) , le Kitâb al-agâni d'Aboû'l-Faradj Al-Tsfahânî (mort en 356/967 ) et la Mouwâzana d'Al- Amidî (mort en 371/987), s'est aperçu judicieuse-

- Voir plus haut , p. 8.

* B, p. 4o.

' Fihrist, p. 69; Hammer, Literaiurgesohichte , III, p. 33o.

^ G, p. 172, 234f a38, a49i soi.

^ G, p. 172 , 23i, 2 33, 2 35, 237, 245, a47v 3 49t aôi*

nAbiga dhobyAnî inédit. 13

ment que les passages allégués répondaient souvent mieux au texte du manuscrit Tantawy quà celui de nos éditions ^ Or, par un hasard singulier, elles dérivent toutes d*exemplaires magrébins importés d'Espagne. Les appendices d'Ahlwardt avaient seuls jusqu'ici ouvert une échappée sur Tinsuffisance et les lacunes de notre documentation. La voici renforcée et complétée par l'édition décrite dans G, qui s an- nonce négativement comme ^^..«.jo^I^^ ibtj^j « la ré- daction d'un autre qu'Al-Asma î »^, et que M. le baron de Giinzburg attribue à Aboû Sa*îd Al-Hasan ibii Al-Hosain ibn *Obaid Allah ibn ^Abd ar-Rahmàn Al-^Atkî As-Soukkarî, mort vers 275/888^, célèbre pour avoir édité les maîtres de l'ancienne poésie arabe , entre autres Nâbiga Dhobyânî*.

C'est une conjecture plausible, appuyée sur des raisonnements sages, sur des vraisemblances bien observées et que je serais heureux de voir confirmée par la comparaison d'un second manuscrit portant un titre authentique, avec désignation explicite du compilateur. En effet, le manuscrit Schefer (S), de même nature que G, d'un contenu analogue, mais non identique , d'écriture asiatique également , avec le nom de Nâbiga Dhobyâni seul sur le titre sans aucune indication d'éditeur, pourrait tout aussi légi- timement, mais tout aussi arbitrairement, être consi-

^ G, p. 17a, 176, i8a-i83.

* G, p. 170.

^ G, p. 175 et ai8; Brockelnianu , Arahische Literatur, p. 108.

* Fihrist, p. 74 et 78.

14 JANVIER-FEVRIER 1899.

déré comme nous apportant le texte tel qu'il a été fixé par Aboû Sa^îd As-Soukkarî. Mais ce n'est pas tout : sans étendre mon enquête à lensemble de la littérature arabe de TOrient musulman, j'ai eu la curiosité de vérifier les citations de Nâbiga Dhobyânî dans Al-Maidânî (Freytag, Araham Proverhid), dans la Khizânat al-adab , dans le Dictionnaire géographique de Yâkoût ^ et j'ai discerné dans ces trois ouvrages les traces bien visibles de trois recensions différentes , se rapprochant parfois des deux qui nous ont été révé- lées par G et par S, mais s'en éloignant aussi sur cer- tains points , chacune d'elles ayant admis des éléments originaux qui n'avaient pas pénétré dans les autres. Laquelle de ces cinq rédactions émane sans conteste d' As-Soukkarî P Peut-être aucime. Toute affirmation à cet égard serait prématurée. Avec notre outillage actuel, ce qui ressort de G et S, ainsi que des livres imprimés que je viens de citer, c'est que le Diwân de Nâbiga, comme celui des autres poètes antéisla- miques , immobilisé en Occident sous la forme il y était parvenu, soustrait sur ce terrain nouveau aux infiltrations du dehors , continuait en Orient sa vie , sa marche et son développement , se grossissant de nombreux affluents aux eaux plus ou moins pures, se répandant dans im public lettré , en quête d'anti- quités et d'archaïsmes poétiques, prenant son bien on le lui offrait, disposé à l'admiration, doué de plus de mémoire que de critique, ébloui, comme

^ Les passages de Meidâni (p) et de Yâkoût (j) ont été ras- semblés dans les Appendices de A.

nAbiga dhobyAnî inédit. 15

par le mirage , par le nom illustre de Nâbiga Dhob-

A Al

yani^

V

in

Le manuscrit S , haut de o m. 1 9 , large de o m. 1 3 , comprend iSg feuillets, avec 17 lignes à la page. En dehors des feuillets 1, 1 29 v**, i3o et i56- 1 59, qui contiennent du remplissage, il se compose de deux ouvrages très inégaux : i** (fol. 2 r**-! 29 r*), le vocabulaire arabe-persan des substantifs classés d'après leurs sens , par Al-Maidânî ^, comme il appert

du titre suivant : g^-^Jt vJuJb t^L^lt i t^LJI 4^bD

AxU; 2* (fol. i3o r^-i54 v«), le Diwân de Nâbiga Dhobyânî , introduit en ces termes : iûbUJt (^|^^ '<i^ âLuJJl. On lit au fol. 129 r*» : aJL» J...3? J^\ ;^

^ M. Ablwardt supposait que nous ne possédions qu*en partie l^œuvre de Nâbiga Dhobyânî; voir B, p. 5o.

* Al-Maidânî, Tauteur de la Collection des proverbes, est ordi- nairement appelé Aboû '1-Fadl, et non pas Aboû *n-Nasp. Sur son Traité des noms, voir surtout J. de Goeje et Th. Houtsma, Cata- logus,l, (2* éd.) , p. 66; Hartwig Derenbourg, Les manuscrits arabes de VEscurial, I, p. 4ii; Rieu, Supplément, p. 58 1. La date habituellement donnée du i4 ramadan ^97 pour Taché vement de «ce livre» se trouve dans S à la marge du fol. 128 v** comme variante, tandis que dans le texte [ibid,] on lit : «le dimanche, der- nier jour de rabî* i"' /197 » (1" janvier 1 io4 de notre ère). L'auteur avait sans doute, à quelques mois de distance, été amené par le succès à publier deux éditions successives de son manuel.

^ Une autre indication, placée au-dessous et coupée par la reliure, se rapporte non pas à S, mais à une copie faite, d'après lui , ultérieurement à une date qui n'est plus reconnaissable.

16 JANVIER-FÉVRIER 1899.

y<wxJI ^1 «^^' ^^ ^^^ aJÎJ Slf- aIu Jx i^Lai]^ xit^

aJJI L^lîT »^Lo ioUw^3 ^^^juum:>^ {^yii^^ ^^<ÂAM. Ce que complète la souscription du fol. i55 V* : cjU53I

'•) ^^t Ai» ^ i ^1^1 .U^;5II .^ ^t (:X^ *^5j^

LLa-»^. L'exemplaire, dans son entier, a donc été écrit à Sâwa en 698 de Thégire (1201 de notre ère) , pour l'usage personnel dun certain Aboûl-Kâsim ibn Mohammad, qui s est complu à le calligraphier en traits réguliers, correctement alignés sur un papier huilé faisant valoir Tencre bien teintée et le kalam finement taillé, à le vocaliser avec le plus grand soin et la plus remarquable compétence. Or, Sâwa était une jolie ville de la Perse , entre Rayy et Hamadhân , qui fut très florissante jusqu'à ce qu'en 621/1224^,

^ Lu par conjecture. Ms. v^^^ « peut-être pour v^;^^ * ^ Ihn Al-Athîr, Chronicon, XII, p. 27a. Yàkoût, MotCàjam, III, p. 34, donne la date de 617/1230; mais le témoignage d'un con- temporain aussi bien informé qu*Ibn Al-Athir mérite le j^ns de créance, ainsi que me le fait remarquer M. Th. Nœldeke en m^ retournant cette épreuve. Le «Nâbiga Dhobyànî inédit» loi doit beaucoup , ainsi qu'à M. Ignaz Goldziher. Mes deux éminents con- frères ont bien voulu lire mon travail en placards ; je leur adresse publiquement les remerciements de l'éditeur et de tous les arabi- sants.

NABIGA DHOBYANÎ inédit. 17

elle fut envahie par lesTartares. « U y avait à Sâwah» dit Yâkoût^ la bibliothèque la plus vaste peut-être du monde. On m'a rapporté que les Tartares Tont incendiée. » C'est dans cette bibliothèque qu'Aboû 1- Kâsim avait sans doute trouvé le précieux manuscrit de Nâbiga Dhobyânî, qu'il nous a conservé grâce à sa copie. Vingl -trois années plus tard et cen était fait de ce volume si important pour notre connais- sance du poète et de son œuvre.

58 poèmes ou fragments de poèmes sont donnés sans qu'on puisse s'expliquer la pensée d'après laquelle ils ont été classés. Les 1 1x poèmes d'Al-Asma*î ont été admis, y compris D et Kl*' qui manquent dans G, à l'exclusion de D i- = A i^ qui n'est pas de Nâbiga, mais de Badr ibn Djazzâz. Le poème D ô = A i- est dédoublé (morceaux xxxix et xli), comme dans G, malgré l'unité apparente de la cote i- dans celui-ci. Les •y poèmes ajoutés par At-Toûsî au nom de ses maîtres , surtout d'après Ibn Al-A^râbî , sont reproduits inté- gralement , ainsi que dans G. En dehors de ces 3 1 nu- méros , la disposition des vers n'est pas toujours celle de la rédaction espagnole , figurent des vers inédits , nombre de fragments signalés dans l'Ap- pendice de A sont insérés à leurs places respectives^, X^Dîwân de Nâbiga Dhobyânî comprend encore dans

^ Yâkoût, Moudjam, loc, cit.; cf. Barbier de Meynard, Dic- tionnaire de la Perse, p. 298-299.

* Une pièce remarquable à ce triple point de vue est notre poésie XI = D ^., A r, G 1. Elle n'a que 1 2 vers dans D et A , 20 dans G (p. 215-217), 29 dans S.

xiir. 2

18 JANVIER-FEVRIER 1899.

S , comme poésie vu , 1 4 vers inconnus de G , le i a* et le 1 1* intervertis constituant le fragment *i de A, les autres étant inédits; comme poésie xn, 3 vers qui ne sont pas dans G , dont les 2 premiers sont dans A le fragment ii«; comme poésie xin = G »*'»*', k vers identiques aux vers «2-5 du fragment F»*' dans A; comme poésie xiv « G V')F, les mêmes 3 vers que ceux de A, fragment li; comme poésie xv, 4 vers, dont 3 dans G ôjc; comme poésie xvi = G ik, 6 vers, dont 3-6 sont les vers 1 et 3-5 du fragment y)f dans A; comme poésie xxi = G K'^, l\ vers identiques au fragment Pi de A; comme poésie xxn, (x vers inconnus de G, dont le 2* correspond au vers 1 du fragment P»** dans A, les 3 autres étant inédits; comme poésie xxui = G !«*, 3 vers, dont le i** est A, fragment J**-; comme poésie xxiv, les mêmes a vers que G i**!; comme poésie xxv, les 6 vers de G »*i' ^ ; comme poésie xxvi , 5 vers inédits inconnus de G ; comme poésie xxvm = G H , 9 vers , dont le 3* et le A* forment dans A le fragment h; comme poésie XXIX, les k vers de G «•; comme poésie xxx, 5 vers inédits inconnus de G; comme poésie xxxi = G ôi, 5 vers dont le est le fragment »*'v de A; comme poésie xxxii , 6 vers inédits inconnus de G ; comme poésie xxxvi = G r*!, 4 vers, dont le i"* est A, fragment »*'F; comme poésie xxxvn, les 7 vers

^ Ces six vers se retrouvent dans le Diwân du poète antéisla- mique Djarwal ibn Aus Al-Houtai'a ; voir l'édition de J. Goldziher, n* XLvm, dans la Zeitsch. d, d, morg, Gesellschaft , XLVII (iSgS), p. 58.

NABIGA DHOBYÀNl INÉDIT. 10

de G K'A; comme poésie xxxviii, 2 vers inédits in- connus de G; comme poésie xliv = G i^, 9 vers dont Ix, le i** et -7-9 sont dans A, fragmeni fi; comme poésie xlvi = G m , 5 vers , dont le 3* est A, fragment l«d; comme poésie xlvii, les k vers de G fv; comme poésie li, 4 vers, tandis que G !«•, qui lui correspond , n en a peut-être que 3 ; comme poésie LU , les 2 vers de G fi ; comme poésie lui , les 1 o vers de G m ; comme poésie Lvn = G ro , 5 vers dont le i** et le 1^ sont A, fragment il, tandis que le 4* est A, fragment \f*\^\ enfin comme poésie Lvui, un morceau de 47 vers, dont les vers 39, 4 1 , 38, 43-46, sont les 7 vers de G i^'v, les vers 1, 4 , 129, !io, 23, t24f 39 et 4i répondent à A, frag- ment éi, vers 1-6, 8 et 9, dont D, p. 10 et 55, a donné les vers 4, 3 9 et 4 1, le reste demeurant inédit.

Quelle est la meilleure voie pour faire connaître le manuscrit Schefer ? Si l'intérêt scientifique avait pu sexd être pris en considération, j'aurais opté pour une publication intégrale, non seulement du texte, même dans ses parties les mieux connues, mais encore des notes marginales et interiinéaires , très édectiques et fort bien choisies , qui abondent et qui empiètent sans cesse sur les poèmes, dont elles forment im commentaire perpétuel. Je n'aurais pas hésité non plus à donner ime traduction française, dans l'espoir de rétracter quelques péchés de jeunesse et aussi avec la confiance qu'un nouvel effort, loyale- ment et vigoureusement tenté, apporterait quelque

20 JANVIER. FEVRIER 189d.

contribution à l'intelligence de la vieille poésie arabe. C'est l'espace , ce n'est pas le courage , qui m'a manqué pour cette tentative aventureuse, et j'ai dû, par né- cessité, chercher un biais pour faire entrer le plus de matériaux possible dans le cadre le plus étroit. Voici à quel procédé j'ai eu recours. L'édition cou- rante du Diwân de Nàbiga est sans contredit celle de M. .\hlwardt dans ses Six poètes; c'est elle aussi qui , grâce aux appendices , renferme la récolte la plus précieuse qui ait encore été faite parmi les morceaux de notre poète, épars dans la littérature arabe. Si j'ai glané après lui, je l'ai indiqué, mais en prenant mon point de départ dans l'état il avait laissé le terrain. On doit avoir sans cesse sous les yeux l'édi- tion de M. Ahlwardt (A), si l'on veut comprendre la comparaison suivie que j'ai instituée entre les ré- sultats obtenus par lui et ceux que l'étude de S m'avait réservés. Quant aux gloses du manuscrit, je me suis résigné à les sacrifier en sauvant à peine quelques épaves de ce riche appareil, bien digne d'être recueilli au double point de vue du lexique et des traditions. Par contre, les épigraphes des poésies ont toutes surnagé et aucime parcelle n'en aura été perdue pour les amateurs de documents sur l'Arabie antéislamique.

]

NABIGA DHOBYAnI inédit. 21

POÉSIE I.

(D Y; A fv et App. rd; C h; J, p, iaa et vr^; G P) Épigraphe (fol. 1 3o v*) : ç^ yU. ^ ib^Ui ^ :>li) a^^I^ «^Ldt JU

■^ ^ y

[^:^] y^^ (Jf (J^^ C^ 6"^ (:)^ ^j

35 vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : S '->*=» A i-i5 , h = 3o, iv = 25, |A = 20, '^=19, r'-rr= 16-18, rr et rp=26 et 27, r«ï-r'A = 21-24,

^Ui 5-^-Jl ï;^-!., i JLJîi-s^3 JU-M ooi JLILj ^^^ j^ m

r. et Tf = 28 et 29,

rr = 3i, rp = 33, rd = 32.

Variantes par rapport au texte de A : vers ' f^ Ua ; r j^ ^\y»'^\ ^^^ (ms. lix) l^y^^ ; p ju^ yj ^; ** f^ '^^ ^ »r^ J^ Ô4^^; ^ '^ ^::lt (var. marg. ^^

(var. marg. d'après Al-A§ma'î ^^); «^ *^^3 *?-^«> Ci^ o^; ^^ ^' *^«b, >-^3

ÔJlà'; Il ^U y* c^JJl ^^ AAa >Jj I^LS'^^JJI iJ^ Jyb Jbl ; Vf iy^y ; YY iyj^\

r'Ai^!^^^Ipîjl5'^ I^Tt^i^- ^^ ;»'^ var. marg. <jL;;-;rpjJLi3, l^USli.

POÉSIE II.

(D (P; A V et App. |V; C 1; J, p. iPl; G l)

Epigraphe (fol. 1 3 1 v°) : u.-»ài^ ^^X^^ iubljJt eo*X2w ^^ ^15^*31 ^^^^

22 JANVIER-FEVHIËR 1800.

*J coli, LLHi* UW il».; iU,ljJI yl^, 0«^f^ ^ _^ ovibl, 1^14

I4ÎL 0-^ ,i»j ^ x*;Uj^ ià;i!<m «oufi, yjLjt ju» i^ j.:Wi))i«|

[>l^] " iùbUl JU» J^ i «^ Ij

35 vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : S ' = A 1 , >* et r = 3 et 4, F = 2, *«6, i«App. »v^ V. 1, V et >^«7 et 8, ^-=28, >• et m«i5 et 16, ir et '^5=26 et 27,

>«>= i4, '"^et i^= 17 et 18, •'^ = 29, H= 19, >'- = 9, ►'' = a5, rr-r«>= 20-24» ^1=12,

rv= 11, M= i3, r. = 3o,

rr et rr = 3i et 32, rp=x:App. i\ v. 4, r«ï = 33.

Variantes par rapport au texte de A : vers y ^;ï>^' f^) , V^T*^^ v^Is Jfô^ ^^î; P JlL^Ij^^I (var. marg. >3l), W^^?; ^ *,»;U. ^1 i (var. marg. **^^) ,

,X^'; A jO* ooUJ oJU!,, ^f*â^'; 1 «Jl^^ , •^^îJ' ; »' -f^*^ *^/^, ^-f«-^I J^^ 4^»

«>^JÛU >J; '^ d^y^^ 7^; >*• e^>^ 4^^^^ JS^Xa*; rr var. marg. «xj »pU»3; rp premier hémistiche de 32 , deuxième de 23; r* ^^ Jiiy#; >^ ^ «-*i>i>J; •'■^ (^ ,^<aijl5 jUI^; M iU«Jl ^'; •"•" «^JU- i (var. interi, ^); rf fL ^ »SJLç. gjiî »lij^ ^1 JMT^tf''^l>i !.#*»! r* *;,! *)^ h l;*i JJ*-' 'AI >*.

^

NABIGA DHOBYAnÎ inédit. 23

POliSIE III. (D M; A r^ et App, <^r; C rv; J, p. i«ï. et vm; g r)

Epigraphe (fol. i3-2 v») : «J^H^» »*>^ s-^ u^ Jl^ ^^^--tH^ C:^»

.. Cl . „» » Il I. . . k ^ » I V I ». I . «M »

^^ LaJL«., (4** iùbUW JUj l^ JjjiA l4*ft Jjjs» J àjL, »^u

^jJi (j^ (^^ »U_* «x-jj (jj o^j»-w (^ (^ laAj (ms. **3l) »lsi /!i* ^JJLkJU ^ ^\j (jjull yl^*J JUi (ms.M) «Isl ^'» 1^ «fcS^^^ty»'

J^ (ms. ^1) ,^W yl^j ^ ylÛ pUl; yLi* Jl JJi «j^ (^ MjUJ! yLli ^OOii yLSCi ^^ OSM.1 i^ ^^\ i ^\ *^aki J^J jaï dJi

iLjLjUJI (ms. AA^Ii) abli Aju aJU jpUI ^^ A^Ltfl ^1^ ^^^ (^ JuJù' Ait

[jil^] *ly y!5 ]r»^ *** J^

^ Mohammad ibn Habib, élève de Koutroub, mort à Sâmarrâ en a 45/85 9; voir Brockelmann , Arabische Literatur, p. 106.

24 JANVIER-FÉVKIER 1899.

6 vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : S >-I^ = A i-4, <> = App. <>r, V. 2, i = f6ie?., V. 1.

Variantes par rapport au texte de A : vers ^ y^iHi ; i tj.Uç.

POlêsiE IV.

(D ri»; A n; G M; J, p. 11^; G àY)

Épigraphe (fol. i33 r«) : '^^\Z^\ j^ ^) (^ ei^ (^ ^\ à^, JU,

3o vers. Ordre des vers comparé avec celui de A: S'-'l*=3A i-i4,

M-rF=i5-23,ri> = 26,

t^ = a5,rA=:27, Met r.=:29et 3o.

Variantesjpar rapport au texte de A : vers Y *llU* ; r ^IjJI c»I^ J.^ L^jj.> ^;

1^ Hm^^ i^i J^.«9L».t3 c^^l Jum3; 0 D^i c^^) H^jJÛM #U3^I H^>'; i ià^J^ Jl^'

jj^j^ çj,^ 5^1; V vy^', ji^OsfToO»; A *3^1 oô; 1 yli il (yar. interlinéaire ^

\Y ^U U U|^ oJU, <^^I ^ iCîlx^y; ir il, ^3 ^y^; IF jJ oJliJ; (A (:,>Jl4^ç

i^i,JU.;^M «Soi, ci^ ^i^ i 6>^ à^ (var. marg. <>'o«i i); Y- ^^ ^^i; ri ,^^}5; rr jcûMM^i»! (var. marg. *x4àl); ^<î J^'>^3 J-^'^ •>>*- f^ <sP (var. marg. <^-^. JI) ^

J0J33 ^ J>-pi ^ ^^ j^L^3 ^Ji ^); rv 6li; rA 4^5 a-^3, M i,;UL JlS

*J; ^^Û^ ^^ (51c) tPfj^, t^^ *JU; r jJ !•>>?&, *^j^ (var. interlinéaire 9^.iS),

POÉSIE V.

(D M; A rv; G rA, J, p. vir; G h)

Epigraphe (fol. i 34 r°) : ColJ^^^i jt ^ kù>j Ul^ «^^ ^J jUj

NABIGA DHOBYÂNÎ inédit. 25

►^ers. Ordre des vers comparé avec cdui de A : S ' et >• = A i et 2 ,

3-12, iF=i4, '<î=i3, h-r.= 15-19, H-rd= 22-36, ri etrv = 20

tantes par rapport au texte de A : vers 1 var. marg. o«ju*3; P IplS^^

;-Jl ïljsc; i) var. marg. o«j^; 1 4^'^; ^ pL*iîl ^^ (var. marg. pLô-Jl ^^

-JI ^^); ir ïL2û a4£5 (var. marg. v>^ *4^); 'P **^; '*« var. marg. i

H J0L5 (var. inteiiinéaires c^UàjU et lo^i^JJl); r- c»lll(JtJ (var. marg.

n «jUk^J; rr c^JL;^, ^;ji^' (var. marg. c^^)^); rp ^>U1 i^o^jo^, Ijkxjl^ narg. cUis?*); r.3^iU;w.; n ^^JUI, -l^-Jl i (var. marg. ^J); rv ^^ ^13

POésiE VI.

(D r; A I; C J; J, p. iFF; G r)

igraphe (fol. i35 v°) : sù>yA ^,y^)S\ Kù>y ^ ^^\ ^ôsjç JU^ ] ^^1 ci,/ ^^ jr^l

vers. Ordre des vers comparé avec celui deA:S' = Ai, >' = 3,

i«-v=4.y^ '^-/• = 22-24, ii-ir==8-io, 'F=i3, f«5=:ii, 'i=i4,

5, iA et H = i5 et 16, r'-rr= 19-21, ^r et ^^=17 et 18, r«ï-M = 25-29.

antes par rapport au texte de A : vers ^ var. marg. ^1)1; r Jl-ili^ (var. JjLki-) ; e ^U^ ^2^ ^;^ il ii; i)3; 1 ^1 ^l^ ^3 (var. marg. ^lo^i.^) ;

Jl Ja^l ^-^4^ (var. marg. ^i^U); o-^' çj*; '• var. marg. ^^^ >-4-=^U2

aussi ^»4^-^; " ^ (var. marg. *J), ^^^Ui)! J^J ^^Lli y^-*^ ^7^ •^;

^ M

*i^ c^; '^ yJa 4oUxxt ^>> cyyAj! (var. marg. ^>* vifJ^ i:?'j«^ tJîîJl Util

JANVIER.PÉVRIER I8QQ.

rr

^*, W^^^j; ^1" j>4^; ►"** var. marg. ooV ^^ f4*^; >^ ^4«*J ^>i».

POESIE VII. (A, App. 1 et J, p. ^Y't vers tY et il, le reste inédit)

[\ax^] Épigraphe (fol. i 36 i^) : JU,

^4

<!/ySJ\ iiZS. (j,HH!5 vJii^' (:)HH L^X^^ J^^ *^S c^ 4^* ^

' *

tiyjLiJ àl^ ^1 145 4b JJI (j* euJj «jLLlàl ,:-.;>a.M bJ

$ $ ^ ^ ^

V^ .^4' <i '^-..^«'-'

j y -

aJ4J L^jw» ^h^I i ''^ »wO^J iLCy iUuJL^ itik^ ir

4,;i *jLUà ii^^^ Jis^ ^J^lJ x^^- j^t j^ ir

Variantes marginales : vers i :»Uj^ c/J^«^; «^ c^lia^^t J^ii» j<y<^ fi); v ^1. i Ms. x iJuiLjii .

NABîGA DHOBYANÎ inédit. 27

POESIE VIII. (D M; A H; Ch; J,p. Va; GPr)

[yt^] Épigraphe (fol. 1 36 v^) : ^^XjJlt ^^ ^^1 ^Ju; lh^\ JU, ao vers. Même ordre que dans A.

Variantes par rapport au texte de A : ' c^; ^ 5'>*'^; ^ ';'>4; '^ "T^^y»; V i^UÇ\ ; ir J\pD\ y^ J^ ô^^y; il" i^\ ^^ (S^^ y^ ^ (var. marg. c^JJ!

POÉSIE IX.

(Sacy, Chrestomathie arnhe, 2' éd., II, p. ipr-fM; D i; A <^ et App. H; G «3;

J,p. i<ïA et vrr; G «5)

Épigraphe (fol. 1 87 r°) : U x^^jb ^^^ JjJ^ j*x4I ^^ ^^^t ^*x-c JUj

5o vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : S 1 -H = A 1-26 , ^^ = 32 , rA = 34, M = 33, r. et n = 35 et 36, rr et rr = 2'j et 28, ri» et r«ï = 3o et3i, n = 29, rv.ri-.37^39, P- et l»i App. m, pr-l^^Aa^S, «•i^-Ai, «>'««49'.

j . '

Variantes par rapport au texte de A : ver» 1 »iiîJU{ y (î^^^^f^ W «»***3 (var. marg. ^fl^L*l i'i,-©^ L^-ii «***3 et '•flSL»! î'U^^-dl ^^ si^3; ** ^;'3^^ ^'i tfJjJb (var. marg. ^4^); ^^y, 0 cjJ%^I i; ^ J^U*.l l^^t ^3 ';^: «^i-^'; ^ J«A4! <^i^ (var. marg. J«AJLfI tfi<;) ; i- **1>S ^ Éyi jU.3 ^^; M A;-«, i^;U; 'P u't*-* v'^. vr^ (var. marg, ^) ; •'^ *<k.U uiU. ^ ^Ij; rr JU il^^^f^L-^il

1 Après le dernier vers , note marginde : ««x...^ j<-^,a lUL^UJ) T«.S tjU (^^juJi (ji J^

«diUi ^U^ *3i jk^y tâi!; (•^x^iM'i i. Les deux derniers mots, rognés par le relieur, ont été restitués diaprés le t^ahàh et le KAmoût.

28 JANVIER-FÉVRIER 1899. '

*j d^l, 0^1 ^^ (var. marg. *Ji)t); rv iC^)^ , o^) ^^^\^ ^^ \^ jj. r»* Jlê

0.-.^; rr ^\^\ (var. marg. »;^t3 t^), 5^^^^ 5SUI; rF (.44114; ra lis ^yis juil, '

(var. marg. ^y tP J^^); »"*< J>pl3; '"^ '^^ *^) »>^ <5«^'î '"^ U^*^; '"'« ^ Aiô^ ojl ^^^ c>-s5! y| (var. marg. v»^,»^ y^ U); n 1^ lô^, .x^; fï* i|o^; pr P3 (var. marg. ^iUlJa ^3) ; FF j^^JL? j^^I ^-ilj' tf"j5 i;|;I^ outU li! (var. marg. *yt>:l c^usU^ lil); P<> ^y.' (var. interl. ^7^'), •^^-^3; P^ ^^w-i y U *J15UJ (var. marg. o-*^ I4, .>i2iJU); M o^^'; «>. §^lxi ^ &i ^, ib L^^^^^U £,1* osJUJ i.

poésiE X.

(Dl-V; A 1; C V; J,p. iiAjÛ lie)

[ Jj^] Épigraphe (fol, i Sg r») : %L ^^ ^^juJl ^Jwç JU, 1 8 vers. Même ordre que dans A.

y m ^

Variantes par rapport au texte de A : vers y çj-t^*j; 1 i*i; \Y IfLLî; sr JJJl.

POÉSIE XI. (D A; A r et App. v et a; C r; J, p. laa et v^; G i)

[ Jj^] Épigraphe (fol. 1 89 v**) : ^ Joll ^ ^^] ^J^ JU^

39 vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : S 1 et >* = A App. ^, v. 1 et 3 (cf. D, p. 199 et 200),

y-ft-i-^-ft c'j-" *-H>-? I-«^L5 |.j_;Ï5 0_e l;jj_«. caOvIj V

NÂBIGA DHOBYAnI INÉDIT.

^^ili, »fj/ ^L^LH ^^^ t^ ^1 Ju-SUmÎ^ ^y^) Jtf^ M

r et ir = A App. a , v. i et 2 ,

iA = 2, H= 1, r'.-r^îz^S-S, ri=^ii,ï^ etr^^^ et 10, >'^=i2.

Variantes par rapport au texte de A : >* var. marg. <r*y4 ^; '^ U^ '«^^ » <S)^. ^yi; ir l^^^io, 44stà; iA U^; rr ^0^3; rr ^^LjU Ul^l; ri» dLJ3 JiL. i (var. cnarg. v^«> j^ i), |>4j31; ro var. marg. j-^t <^,>J; ï**! ow^Ji; rv var. marg. »;>-«; rA JJI3 (var. marg. J^ et ^i)); M J^^ iiUii DLJii JLÎ ij\j.

POÉSIE XII.

[A, App. (F; cf. D, p. 22 et 23 , Moubarrad, Kâmil, p. <î'V, Khizânat al-adab, I, p. TVA;

J,p. v^*')

[ Jj^] Épigraphe (fol. iI\ot^) : ^Jo ^^^ iU5*xL ^^^ ^[^^ ^ JUj

3 vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : 1 et >* = A, App. 'P, v. 1 et 3,

' Ms. iu^; correction de M. Nœldeke.

30 JÂNVIËK-FÉVRIfiR 1899.

^^ çyjU\ 4o6 c:»Li *4xj jàU p J^ l:::i3 r

' (H

Variantes par rapport ou texte de A : ver» ' c>-^ JW4>; •* J*;^* ^5^ ><5

POÉSIE XIII.

(A, App. Fr; J, p. v^A; G rr)

i [kx^] Epigraphe (fol. i ko v*») : iCi>) »\^\ ^ JU^

4 vei*s. Ordre des vers comparé avec celui de A : S '-l*s=A ^-^»

Variantes par rapport au texte de A : vers y HûsJ^ ^^m^I (var. marg. y»\ J^);

r J};;,, :fil;, jusî ji^ <^3oJi cj,^!,! ji.

POSSIB XIV. (A, App. (i; J,p. vr»';Gri«)

Epigraphe (fol. i ko v°) : ^ ç^l ^^ ^^ (^^1 Jl OOj ^^^t JU

3 vers. Même ordre des vers que dans A.

'*L^

Variantes par rapport au texte de A : vers s <>*4*J' i; ^ ;^' v5>* vik^M^ ^W

POÉSIE XV.

(G <îp; Kkizânat at-adab, I, p. iM)

Epigraphe (fol. i/io v°) :^;^U ^^ i ^}y!^^ (jj4i ^^^ Jl^j

K.

u . y

NÂBIGÂ OHOBYÂnI inédit. 31

JULCJ! *«|; (jkJJ ^ *i*kl *J c*ii?5* ^U '^ .U lil p

POésiB XVI. (A, App. )i=; J, p. ver; G rr)

[ J^>] Épigraphe (fol. 1 4o v») : ^J^' *)i^ tr? tr*^' C**^ J^*^

6 vers. Ordre des vers comparé avec celui de A :

^^U ^^ o4;ill J,l^î vUkc, lo^U v^U JjIjI viU vk^ » jily^ <^ow^Lj ùuLL '^L*J ^U Jl) U * #l^iJjl ^1 V3 >*

Sr = A 1, 1^-1 = 3-5.

«

Variantes par rapport au texte de A : vers y ^^ , ^jf ^' «W* t7^ ; I* *^j^ ^^^^ ;

POÉSIE XVII.

(D i; A rr et App. pv; c rP; J, p. v.p et vm; g m)

[laA-M^] Épigraphe (fol. i /i i r**) : Làjl JUj

27 vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : S \-i^ = A i-i8^ f^-yy

= 20-23, yy ^^ 19,

* N. m. ikjuajuo j^ ^U i^ (^ (^i

* N. m. iCL^ ^^? ^^1 *!^l ^\

32 JANVIER-FEVRIER 1899.

=r App. 1^,

Variantes par rapport au texte de A : vers > «^k«^^, U-i&ï ^ ^^IslpLU £^{ (var. marg. çj^*^'-*); »^ *^jk?* cs^'^*? c^LaSUJI^; F ^^i ^T^^'^ ^c^; "• ^i *^^-4^; 1 Jjl ;^5; f. ^^1 iUlà 1:4^, U;U (var. marg. «3^); m ^I J^U.; ir i é4^^ JilCll; td c^yo ^^, l>J^; 0SS5, çjju^ ^^ (var. marg. j^^a4^ i); '*< «-a-* ^ »^ l^iU «5.*=^^^; 1^ J-iJl^, t^yi; H li>^; r- c>3L?; M g^l i^UL.\ jOilS^; IT^

i;,Li3 ^^ J^L5jJI; rr jo^^, *L.ill Jju L^iiUl; ra JJUb Ji^K^; ri var. marg. «^

POÉSIE xvm.

(D »a; A ir; C ir; J, p. v<Y)

y (I

Épigraphe (fol. 1^2 r°) : La^^l^xJ* ^^-^ ^LS^ »;«3^ 4^ ^*^^ JL*j

10 vers. Même ordre des vers que dans A.

9

Variantes par rapport au texte de A : vers ' *^ï; ^ çj*^ «*^ »^ , jf; *^g

POÉSIE XIX. (D ir; A n et App. ar; C ï'a; J, p. vj. et vm; G ir)

Epigraphe (fol. 1 ^2 r°) : Jl j-*U ^^-Lj e^jtj ^^^^p^ ^ ^ i^^Ji JUj

^ ^

^ .Sic; le personnage s appelait Âi^ôcw ^^ {j^^^^ ; ^'oir les épigraphes des poésies xn et XLiu.

nABIGA DHOBYÂNÎ INÉDIT. 33

i3 vers. Ordre des vers par rapport à ceux de A : S r-F = A i-4, <* = 8, 1 = 7, v_q=^g.ii^ ». = 6, n==5, i»'^ 12, >r = App. àr.

Variantes par rapport au texte de A : vers 1 i^JU- , faute d'orthographe pour

ipU.; r J-J U, osî^ L.3; i>JLH^— '; ^ 4^^i>î (var. marg. iy.); 'v ^i-^-i--; 1 ^^ ; ». I^^-S il ; M piUàU *iUàj3 ;^ ;V ( var. marg. j^LS' JJ 0)3 j^j 3^! il) ; lY tUil 1^. (var. marg. j-L); »r ^-iiiLim ïjj;:^.

POÉSIE XX.

(D »v; A rp; C rr; J, p. v.^; G àr)

Epigraphe (fol. 1 ^2 v°) : o.^LS^ xi^U. jl ^^ ^Lmj ^^ Js^ Jljj NI! iHjJjilb U JU^ l^ j5^ ^Lu, (^ Js?^ ;^\J^^ I^HOU* Ax:^' iubWI loi [>151 JU^ ^Uàï (^ J li!^ 11. dis ^ l^

5

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b.U ^^ <j-Xi 0-^ ^ja\ jl

-'^ :^ 5

I

^^J&J-iJI^ b:>Uj (jHH f4-JI^ (:r^' tf^HHsJ J-^ 5r^l Li'^

5 vers. Même ordre des vers que dans A\

Variantes par rapport au texte de A : vers y «**^3 1 ^y*^ ^y^y ; ^ ^7^

^ N. m. au vers f : *à^U. oj ^^ u^-^ C:^? *^>î3 '^j-^î ^^3 '7*^5 «x» t:^? J^^ •*';'

xin. ^ o

34 JANVIER-FEVRIER 1899.

POÉSIE XXI.

(A, App. Fi; D, p. 23, note i; J, p. vm; G Y^)

Épigraphe (fol. i /i3 r°) : ^^LÂ (^>«.^l ^^\Â ^^ ^^\ ^<xç JU,

4 vers. Même ordre des vers que dans A.

Variantes par rapport au texte de A : vers r çLèï it^ ^1^^ ^Jî^t; |> SiAm

'^ u '^ «ur.

POÉSIE XXII.

(A, App. Fr, vers r et J, p. vfA = vers >*; le reste inédit)

[fcu-«^] Épigraphe (foi. iki r') : Ia^mI JU^

JLJ;^ w^ UftUà i iL^\LL oJuj Si JlySlt ^i i iii\k \-

jujlï ir i^ jsg «J;^ ,s^j_, ,ij 1^ ^ y^ ^t. H

POESIE XXIII. (A, App. r. et J, p. v(^ _ yeit i; G I»*)

Épigraphe (fol. i 63 r°) : ]^_*J ylli JjX. (^ JJU ooe iu^WI yl^_, kjLLf^fJ^ ,^^CK.J>-i Û^LJ kjua iL^j iùbLJt «4JM, ibUS'^ Jui dJi>

nAbiga dhobyAn! inédit. 35

POESIE XXIV.

(G ri)

Épigraphe (fol. 1 43 v») : jo^, yU-, v*-»î y*.- y«iJI f^J JU,

g

yl^ y# Z^ 'i^?'* J^î* 1-4!^^ y>^Ue i^Lil 1 ylla ^3;^b VHH^Î y*^ .J4.j^^ LiV^ <^J il r

POÉSIE XXV. (G r>»» Ai-Houtafa, Diwân, éd. Goldziher, iLViii)

Épigraphe (fol. 1 43 v») : i ,«-* ^^ ^A*. ^^ LZÂ ]js. ^^^t Jlï (g^ t^. JijUUl ylS^ o««t <^ j ouL,l ,<vc 00125 yliii* y- oUJL.ilt Jli* *UjJI y6 J$ jl^t oJL.^ i^;* vlo»^ |«^ J^ ^ oî>^ <>^t

->-. 9

^ J^ od^ 1^1, i), iliUiOi il ^ àLs4.l^ Uv. »"

» Ms. ;Liô. N. m. »;lji (^J ^ (ms. ;(ji;) ;Ui:

3.

36

JANVIER-FEVRIER 1899.

POESIE XXVI.

(Inédite)

ff^.

^ (^KAy^ xJI I^J^ii is>^ jj ^6J1 Ji^ ^ ^*Li (ms. Luui») UL« |âu!>

[»]

tilt

<S^^ J4; (:^ (iT*- 4^ c^^

POESIE XXVII.

(D fA; A r. et App. Fr; C r-; J, p. iii et vj'A; g i) Kpigraphe (fol. 1 44 r°) : ^Llj»Jtj.çû jt ^ Cyit ^ c:^ (^ ^ JUj

2 0 vers. Ordre des vers par rapport à ceux de A : S i-F=s A 1-4, «'^ App. n*, 1-1 = 5-8, «•-ir= io-i3, IF et ^o= 17 et 18, m = 30, 1^= 19, 1^ = 22, H-»** = 24-3o.

nAbiga dhobyAnî inédit.

37

iriantes par rapport au texte de A : vers i Ji^^^ Js>37* (^ ^yU; ^ {^^.; ^y y faute d'orthographe pour c;*.ia.^ , J^î^fi ^jê '^^^ ^4^ ; ^ pî;' J-sbULi.

POESIE XXYUI.

(A, App. M et J, p. vn = vers r et P; G Pi)

^!^] Épigraphe (fol. i/i5 r") ; Jl*^

> Q y ^ .. . ri.

i),_wj j_ft j^Ls yijt

«^ « 'T «•"'

J4l ^LsJU UJ;i^ U y

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I fl > ,# ^iS^ /jK«Xji-3 Ijfl ô

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Oi^c^ :^;-i'^ <^»-^^ lî? ^' '^ t J . .. é < J fi <

M. m. 3^ çj^ i:c;)3 dLU ^j^ ^U ^^A^. I^U

N. m. ^j5 ^^ ju.-^ yl5i ^pl d,^ j^ t>.L.ô Lg-J c:,U j»;l u^^illj jo;) ^Uyi

N. m. »jJL5L^ yl 1^^:^*^ o^uu? v'--*' «i^ J^ U;'>^3 yULkc ê«Al^ol 3^^! JU

> ^ï-4Jl^l ^^^ iuoLb I^LoU yUiû^ J-C C:J;ï>iÔ ^j^ J^sïÂ. O.^Ul »JU3 yla^ Ul^ U-j^

38 JANVIER. FÉVRIER 189Q.

POESIE XXIX.

[lajy^] Épigraphe (fol. i/i5 r°) : \jAj} JU, LiuJ!^ vijJll ,^ ^' ^IjL /hh»-U* ^^UI Is ^^JsJ! ^^ h

Variante marginale pour le vers P : ^UU*. i .

POESIE XXX.

(Inédite)

[]aj^] Épigraphe (fol i45 v») : Jli, * *

POÉSIE XXXI.

(A, App. rv et J, p. vrv » vers r; A, App. i»* = vers P; G *»)

[ J^>] Épigraphe (foi. i/i5 v«) : Jlï^ Mu. U«l>.

NABIGA DHOBYAnI inédit. 39

ijJkij; ÛJj, .JL- (^ yl3^ L^y «Ûï ylj l^ -1 J.* r

-<'

POESIE XXXII. (Inédite)

[ J^>] Épigraphe (fol. 1 45 v*) : JU,

:J.JL-^^ jLsut I g ; . ^iJL^:> ,^j;4Ji ^^ <>^ JiLL>Î4;ilj

» s: ^ f»^ «? « ''

^^;$ ^j,A,>jrp< xh^.La^ I d «j »^; ^LTjUL ^^,j>1jL» Jufe^

^ y. r .. u^y y . . . wT ^ . ^ . . u

OL^'iHHiLib^^ jjr j^ .^^pt Luit ^t^ ^ !•

Variante marginale pour le vers P : o*â.Ij) , recommandée par "^

POESIE XXXIII. (D r.; A »«»; C Jl»; J, p. i^P: G |V)

Épigraphe (fol. 1 46 r*) : ^^^ ^Lum ^^ Sc^ ^^^ xu^ ytTUa JUj

40 JANVIER-FÉVRIER 1899.

i4 vers. Ordre des vers comparé avec celui deA:S<-'< = A 1-6, ^ = a de 7 et h de 9, ^-i- = ii-i3, M-»F=i5-i8.

Variantes par rapport au texte de A : vers t ûsAiJI ^J^ ç^; r ^^y^-y >î, ^ l^jj; r joU» oJs^A^ (var. marg. ^►4*»'); ^ o-^' c&yit ^; ^ ^i*jtfJî y'«N«^ ^^U» (var. marg. <53sli); i>Jji ^^ ^^JSi3 o^^^-ol U ^^^^ "J^JJ <i:3'> (:^> ^ **^' «^^; A^Jjui;^; i^ï^^jais (var. marg. <5>^); '»" ^i^ ';>^û^.

POESIE XXXIV.

(D M; A 1; C A; J, p. iVr; G Y-)

[y!^] Épigraphe (fol. i46 v*) : JU^

6 vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : Sï=sA 1, >' = 3, f^etP 5 et 6, <>=s4, i^a.

Variantes par rapport au texte de A : vers » ^{7*-; >* f^^ ^; »* *t*^ J^^î

POÉSIE XXXV.

(D V; A A; C ».; J, p. lii; G FF)

Epigraphe (fol. i/i6 v°) : JuJLi' xjI tJiL^ ;iN4! ^^ ^^1 ^4X^ Jlïj

2 1 vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : S »-H = A 1-19 , >*• == 2 1 ,

>'» = 20.

Variantes par rapport au texte de A : vers Y l^^ L* , ^j^^sç >^ î ^ J4^- w' î

W <"

AiL2i3.

nAbiga dhobyAnî inédit. 41

POESIE XXXVI. (A, App. rp et J, p. vj'v = vers J; G h)

Epigraphe (fol. i Ay v«) : ' i;!^ xJuUi ^^^^^^ ^\y^^ ^Lû i JU,

POESIE XXXVII.

(G TA)

[Ux^] Épigraphe (fol. i/ty v") : Lâ^t Jli^

;LjJ^ J^J^ L,^ ^!; ^ jl^ JooyiiJi ;l JO JH Jsi ^ F

^ jLJO» UïI^^S v^J c^oJ' u^3 Jï'^tÏJ' '*i^ ï^' ^3)3 '^^ 'r-^^î GL*ji)l ^1 1*>J 3 N. m. »y^ ci^? cy* ^'r^J >^ 37*5 7?^- cy? 37* c:^? **^ '>';'

42 JANVIER-FEVRIER 1809.

;l. y, I. ^ L\Jîé al^ iUyû^ i*>w:w!^ ^«IJt (Sus »U-4n^ v

POÉSIE XXXVIII.

(Inédite)

Epigraphe (foi. 1 47 v**) : ^i. g à 4 j^ ^1 v^J-J' f^ ;^' ^ ^' Jl* «f^t^ Uj^ Uy# l^iALili iuvUJI M 1$, *4;:J (ms. j^ilJ}) ^/^^

j y j "^ j y Q ^

jAk)t L^ jui iU^ii 1^ bt ^ ^*iw* iubuii Uy*xxi c:)is^^ j;;^

eX*^ ijJtf^ l^jo.b j^ALwU UuJT jjuii pyiît L^i=sSo ^^l c3U^1 oJUi ^ viliU JLa^ A^^ yUi ^►.^ju. J.p "jÀ l^Jb j^ p 14** (ms. l^JOU) UUUU JUU a!::» iULjL> jJLkjt, aJL.;!, xLieUjk JubUl LXU a!» W^ ^l^^

^h4^ l-^j-il <ï^t (^ («wuU àUj) (4^^ ,jâÂL) r

POESIE XXXIX. (D <; A !■ et App. Wi C (i; J, p. iv|i et v^rj G !■ « et h)

[>l^] Épigraphe (fol. i A 8 r") : U^t Jl»,

NÀBIGA DHOBYAM INÉDIT. 43

1 o vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : S » et >* A , App. ^^ , 1 et 2 (cf. D, p. 1 8 et 66),

Variantes par rapport au texte de A : vers >* ;';^^' '>;ï> 44*^ ^M^ i (var. raar^'. C^^ ali^^l il, u^Iià JL i et c^:^;!^); «» ;»S^: (j^ «Sî; ; v^^'l^i)^; a '^. 1 var. marg. ^LxJill; i. ;U^ L^ j^>^3^Jsî.

POESIE XL. (D H; A ff; C ir; J,p. i'^v-G v)

[ku^] Épigraphe (fol. i 48 r**) : iubUJt JU^

1 4 vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : S i - 1 = A i -6 , ^ - " = i o- 1 4 , •»'-'»= ==7-9-

Variantes par rapport au texte de A : vers Y oJiL4, ^^^L^JI if^^xjJ (var. marg. ÂeUl; 1 UU&M^i ^; M (^^ oâ; If i^^^j^ (^L», (^L«J Ju (var. marg. ^»^t^ et

POESIE XLI.

(D .5; A \*\ C in J. p. '1^1'; G !•)

[>li] Épigraphe (fol, 1 48 V) î ^U ^^ ii$3 Jla iy iW,UJI JU^

44 JANVIER-FEVRIER 1899.

20 vers. Ordre des vers comparé avec celui de A: S'-'' == i-ii,i^-tlP= i3-i5, te et M= 19 et 20, i>^-H=: 16-18, >*• = 28.

Variantes par rapport au texte de A : vers ' ^Lx^ill jo!^) ; r é^Jl^l , «

^5^Uc ékV\V\^ U ^L^l (var. marg. i^»t,,t. .-;•>); «> i^ly» liLJ^ IjUI; i ;ï«>^; ^ •J»*^; A Jp-) ^|; /. ji^o».; ir ^j^jJI H^U pH^l^; '«^ ^; '^ f4?-37* ^^î**^ (var. marg. c:,UJ5UJ) ^-j; |A ;^j^i^; Y- (^2^, A-'Q (var. marg. i)^^).

POÉSIE XLII.

(D Yd; A M; C r. ; J, p. vj«); G \à)

[yt^] Épigraphe (fol. 1/19 v") : Lâ^l JU3

23 vers. Ordre des vers identique à celui de A.

Variantes par rapport au texte de A : vers \ o^-i-û^ , ^ jjÛ ; r var. marg. 1^^\ ; (var. marg. c^ dlJJ ÏJ33J) *UaA-»«); H L«.>x ^^^-^xs, (var. interi. ti^^i)\

^^ J)'^ f^; '"^ )'^^^ A^i '^ ^>' (var. marg. c^y»); ^ 7^; ï*»- ^ «^l^ ^^ a't.i^jlî (var. marg.c^ ^«^ i iUloo o»^^).

POESIE XLIII.

(D r*; A Y; C r; J , p. i^r; G /v)

Epigraphe (fol. 1 5o r°) : i j^UJI j^l ^ a ^1 I^^SS ^ ^1 JU

^U, JjJU ^U! ^jâ«^ ^ J;^li (j^ïa^ UJl^ A*xi Jjtf Ajj^i i iû^^ ^)

NABIGA DHOBYANÎ inédit. 45

•'f /- 1..' i': _? jo/'is^fi. s<

j> fl A » <.^ ^ h î l«X-&^! »^JtJ^J^ U5ri^^ ^ 'y'^ *^^' ^ <i' *^J^ ^*^^*-*''^ L. iuoLJJ o*;Jit JUu Os-s^t^ (.Lm JJi J->5 i^Ua/li yLl* i vl*»*

t.X^J^-Û yLS^ C^ y? 4*^1 4, p Luôjt J* j*« 5^ ^^*^ <î*^ ^in

J ^V* à 4**)* >A^ ^ l^ «^'JJ» yl (^^«J^' '^î ^W! JUi jlÛt

i6 vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : S ^-'^ = A i-3,

i-/v = 6-8, H-»F= io-i5, '«>==9, M = i6.

Variantes par rapport au texte de A : vers F var. marg. , texte de A avec

LiSU; i l^sbf *Ui ^l^^gui (^5; V 3 i^r^ Jbl^SlJ ji, ^^1 ^^ (var. marg.

ç^y^); A ^, >^ ^^; >■ iUxi^ AMI ^jil? o^j 131 ; M o^tûLî! i^ 1^ Oo ^U;

46

JANVIER-FEVRIER 1809.

lY ^yÀ ^1 oJjLw» yttA o^^ ii*l, v>^; 'J* J^ '«iï (var. marg. Jxi osS,); >«> 31 v^-U** ;'7*^' J^ S *^'^ *f?v. (var. marg. y'J^ (J^)î '"^ C^'^ tfp^*^.

POESIE XLIV.

(A, App. n et J, p. vrA = vers t et v-i; cf. D, p. a8 et 29; G i^)

Epigraphe (fol. 1 5 1 r') : ajUU L^ (^! Jl ;<>jJk^ U^ iUbUJI JU^

*J^» i J^J-U 1:2. Z\ \jiji ^ ;^ (jA ^ iU^ \j», l^ UÔi) ^gSJ\ yBj

[^A*i^]

^j>4u'

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^ ■^ Ljo ^ JULjLJUAJt ^p.^ (3l>*

aijji 0 ni jSi\ ^)j^ ji

ii,^^U:ai'^i«ji*H

,x^ '^oat jijuui tf;i i> 1-

"* ^ m y** k X ^

. 4.11 «^ -* -^

Variante marginale pour le vers ^ : ^f-»« .

* N. m. yl5i Jj<4 Jiiôl ^j^ ^UaJI JuJ, iÇ;kc oJL^ ji^ J3 iUl ^\ ^^^juJI Ooi. ^^UJ!

nAbiga dhobyAnî inédit. 47

POÉSIE XLV.

(D YY et Yr; A r, n et App. d)c, vers i; G M; J, p. vjv et vr.; G f^)

Epigraphe (fol. \5i r) : ^y^Â ^^ cS-^5-^' (j? ^J^ *«LJ' Jl*3

<•-» i^^-'

1 2 vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : S ' et k = A i et 2 , »^ = App. «51* , V. f,

Variantes par rapport au texte de A : vers ' JXÂill ; Y -Liêil jiJx «>3X)u« yÂÂ.I (var. marg. ^J^ <tf«>o j^-j»1 jl^ii'); r- UL^; p var. marg. 4*^'i^; 1 Jl^-li?;

vJl? (var. marg. lâiap et i"); m Ljk^y,

5 vers. Même ordre des vers que dans A.

Variantes par rapport au texte de A : vers Y dUu» ^\ oJi"; * (^^^ .

POÉSIE XLVI.

(A, App. )e«5 et J, p. vrA= vers r; G Y^)

[^3^] Epigraphe (foi. i52 r**) : ^^lilt ^yS. ^^ JU^

48

JANVIER-FEVRIER 1899.

J .0

Variante marginale au vers ^ : o4^; au vers 1* : ^yi,.

POESIE XLVII.

(Grv)

-< « >'

Kpigraphe (fol. 1 52 r°) : Jlib ^tS^ i;«xiJt j^y^ aj (^y? ii>Ji ^*K Jl*5

o^

^\4\ j4ï j*i iuut j^j yir j^LOi yUpu jL^- u:;^!.

«^

I

Variante marginale pour le vers ^ : **^3 ^y*^ •^!>4 ^r^-

POESIE XLVIII.

(D \^\ A rr; C rr; J, p. v.p; g h) Épigraphe (fol. i 52 r'^) : !yUk>t^ ^y;U ^^^ ^ c^ J^ c^ Jlï^

3 vers. Même ordre des vers que dans A.

Variantes par rapport au texte de A : vers » è^"^' î ^ *^^ '^^^

NABIGA DHOBYANÎ inédit. kSf

POESIE XLIX. (D M; kyà, CM; J, p. Vj.; G rd)

Épigraphe (fol. 1 82 i^) : (^ Lu^l; Ju^y ^^^^i^ ^IZS ^J^ JU^ 3 vers. Ordre des vers identique à celui de A.

Variantes par rapport au texte de A : vers » var. marg. AJâJI *û^; ^ yo

POÉSIE L.

(D r; A |A: C |A; J, p. ^4|p. G M)

IJ3^] Epigraphe (fol. 1 62 v**) : yL,^:^)! ^^ ^^ ^i ^J^ JU, 5 vers. Même ordre des vers que dans A.

Variantes par rapport au texte de A : vers f ^»-o^ Lj./«A> ; f (ms. ^^3) ^îîs^

POESIE LI.

(G p.) Épigraphe (fol. 162 v^) : ^^ j*x4t »^l Joi ^^ja:^ *>Ia ^^ j^j^^ Jl*^

^i-^ *-^H^:^ «i «)-^LiiJI ^ a-jO^ k? -^^ * ■* «^'^y ci^ >'

xni. d

50 JANVIER-FÉVRIER 1899/

^iJLl», *L-UJI *J s J^i *J y^UàJI 4,^1 c^ vU4 p

Variante marginale pour le vers t : |^*ï^l j^S^ Lllj .

POESIE LU.

[Jo^] Épigraphe (fol. iSa v^) : JU^

POESIE LUI.

(G n) Épigraphe (fol. i Sa v°) : ^^ Ju^ ;UJ «u^ ^] ^:à4 (^:il. JU^

.1

NABIGA DHOBYANÎ inédit. 51

y ^ »• ^ V ^^ ••

Varianfe marginale pour le ver» ^ : »;'jj dU-« (^l^i ^

POÉSIE LlV.

(D ir; A H; C |V; J, p. iAl; G J«V)

[Jo>] Épigraphe (fol. i53 r**) : L^I JU^

9 ver». Ordre des vers comparé avec celui de A : 8 i-l*«A i-4, •'=6, 1 =5, v-^=7-9.

Variantes par rapport au texte de A : vers ^ J»>-» ^Lj ; i ^^-»Ji-^ï J^^ ; ^ ^5 f4-« c:r* ^'; '^ ïSoUx*; 1 L«J>xArf (var. marg. f^^^^M et vJo ill JLb i).

POESIE LV. (D n; A IF; C f«5; J,p. ^^Y; G )«a)

[la^w] Épigraphe (fol. i53 v°) : ^"^ ^ j-,il UjI JU^ 1 3 vers. Ordre des vers comme dans A.

Variantes par rapport au texte de A : vers ' var. marg. ^ ^3JJ ^,. y HslXll, F ïyljhÀ Oy^ (var. marg. »p^, ï^i-^M et ^^^^); i oJ>;U3; v «^ ^. a ^'^JiJU; ». vU^I 44s jV^jUlâJ (var. marg. yUill o^i jyjiiUàt); fï- £f^; tr Jyxjt

POÉSIE LVI. (D n; A F; C )«; J, p. iOV; G Yf)

[y!^] Épigraphe (fol. 1 53 y°) : jiAt> ^ ^UJ Jli^

9 vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : S > = A i, >' = /i, ^^ et l* = 2 et3,«>-^=5-7.

4.

52 JANVIER-FÉVRIER 1899.

> C j>

4,|y£j| ;^ il ,^\ i\ù^ cS^K-C ^^ j^ JUL^ jJ ^J^ 1

Variantes par rapport au texte de A : vers ' *^ y}; ^ «4r ^J»*'; I* c»Ljlb (var. marg. i».Uâ.lL>); à JL^ ^^ )^U>I J^^»*^ ^î^^î J^t ^iî t^*; "i «-/■**>■> e-*î

POÉSIE LVII.

(A, App. rr et ii; G ra)

Epigraphe (fol. 1 54 r°) : ^^ ^^t ^^ ^3 ^^^jU» JuU ^^^a^ JU, .

(^jxju^ xJ j^li J^ij i*o5 t^;^' i **^ ^^^ J^ ^^ u'^J^ ^; (ms. uLl^) ^11^ ^«^ J^ ^^^^ !^«xjk;^^ (jl^^ (jX^ (In> (jl^(a^ ^Ul^ j^AM*!

UL*Lâ, x^t Uylàu* Juâil^ lo^-I^ jLJL^t, L.^L».I ^)^ f

POESIE LVIII. (D. p. 10 et 55; A, App. <>l; G rv; la plus grande partie inédite)

Épigraphe (fol. i 5/. r") : *«Xs jl^ (^j*». yiiJh.\ y* ^^l ^j^ JU,

^ N* m. {JJSéii ^ J<?^^«

nAbiga dhobyAnî inédit.

53

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54

JANVIER-FÉVRIER 1899.

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56 JANVIKRFÉVRIER 1899.

LE

TRAITE SUR L'ASTROLABE PLAN

DE SÉVÈRE SABOKT,

RGRIT AU YII* SIÈCLE D'APRES DES SOURCES GRECQUES, ET PUBLIA POUR LA PREMIÈRE FOIS D'APRÈS UN MS. DE BERLIN ,

PAR

M. F. NAU.

INTRODUCTION.

L'auteur ^ Sévère Sabokt de Nisibe, évêque de QenSerin, était célèbre, selon Bar Hebreus^, au temps du patriarche Jean (63 1-649). '' P^^^ part, avec le patriarche jacobite Théodore, à une contro- verse pubhque contre les Maronites durant le mois de haziran del an 689^. Enfin il nous reste une lettre

* Cf. Wright, Sjriac Literature, London, 1894^ p. 137-139. Se-bôckt est un nom persan qui signifie , d*après M. Nœldeke « drei haben erlôst» Geschichte der Perser und Araber, p. 396, n" 1.

* Chron, eccL, I, col. 276.

' Cf. Âddit., ms. 17216 fol. i4. Ce manuscrit de Londres ren- ferme (fol. i-i5) des fragments d'une chronique syriaque. M. Nœl- deke en a publié une partie (fol. 12-1 5) dans la Z, D,D,M, G., 1875, t. XXIX. J'ai publié ou analysé le tout avec les opuscules syriaques contenus dans le ms. de Paris : syriaque 2o3 (Les œuvres de Jean Maron, etc., chez £. Leroux, sous presse).

LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 57

qu'il écrivit au prêtre et périodeute Basile de Chy- pres sur la quatorzième lune de Nisan de Tan 665 ^. Nous pouvons donc conclure de ces détails qu'il vivait au milieu du vu* siècle.

Il se distingua dans les études philosophiques, mathématiques et ecclésiastiques, nous dit encore Bar Hebreus^. Nous pouvons ajouter qu'il posséda la langue grecque, car certains fragments philoso- phiques qui nous restent de lui sont des commen- taires sur les ouvrages d'Aristote et des explications des termes grecs plus difficiles à comprendre^. M. Sa- chau publia des fragments des ouvrages astrono- miques de Sévère* : Sar la terre habitée et inhabitée; Sur la mesure du ciel et de la terre et la montagne qui est au milieu^, etc. Je me propose de publier ici son Traité sur l'Astrolabe plan.

Lb manuscrit. Le manuscrit du traité sur l'as- trolabe est conservé à Berlin (collection Petermann,

^ Berlin , ms. syr. , collection Petermann, 0*37, fol. 98 v^-ioS r*.

* Loc. cit. JLhjlfJLo JLya*^dlôJJ^^oo ULSnïo 1i^S>o>^ 00» «m^Km

' Lettre an prêtre 'Aitîlaha sur quelques termes du vepi épfie- ve/a; d'Aristote. Addit. mss. 17166 et i466o. Cf. Wright, ouvrage cité.

* Inedita Syriaca, in-8". Wien, 1870, p. 127-134.

' Les géographes arabes ont admis aussi l'existence de cette haute montagne située sur Téquateur et limitant au sud la terre habitée. Bar Hebreus, dans le Livre de l'ascension de l'esprit, cite un ouvrage de Sévère sur Tastronomie. Cf. Bibliothèque de l'École des hautes études, fascicule cxxi, p. 107, ligne 1.

58 JANVIER.FEVRIER 1899.

n" 37)^ Il est daté de l'an 1267 des Grecs (966). Le traité sur I astrolabe va du fol. 82 au fol. 98 r**; il est écrit dune mauvaise écriture jacobite; un cer- tain nombre de lettres y sont très souvent confon- dues; la poncluation y est mise au hasard; lencre a jauni. Comme le texte est évidemment mauvais, on a pu, sans hésitation, y faire un certain nombre de changements ; la leçon du manuscrit est alors donnée en note.

L OUVRAGE. Il comprend deux pailies : i** Dé- fmition et description de lastrolabe plan ; 2** Règles pour s en servir. Ges règles sont au nombre de vingt- cinq, mais il en manque deux (20 et 21) dans le manuscrit de Berlin, car, nous dit le scribe, il manquait un feuillet dans le manuscrit quïl tran- scrivait^. — Dans la première partie. Sévère donne une définition philosophique de Tastrolabe, puis in- dique que cet instrument comprend plusieurs ta- blettes rondes, planes, placées les unes au-dessus des autres à l'intérieur d'une plus grande qui est creuse et les contient; il décrit ensuite l'araignée qui porte les signes du zodiaque et les principales étoiles fixes, puis donne quelques généralités sur les cercles et les coordonnées célestes qui figurent sur les tablettes. Dans la seconde partie il enseigne à résoudre, à laide de fastrolabe, les problèmes

^ Cf. Kurtes Verzeichniss der Saohau'schen Sammlang tyr, Handtch, Berlin, i885.

' La règle 1 2 manque également.

LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 59

suivants : i** Trouver durant le jour, Theure solaire, le degré qui se lève», celui qui se couche, etc.; a** Trouver Theure, durant la nuit, à Taide des étoi- les; 3** Trouver rheure , durant la nuit, à laide de la lune; 4** Trouver la position du soleil; 5"* Trouver la position de la lune et des cinq planètes; 6** Trou- ver la latitude de la lune; Vérifier si lastrolabe est bien ou mal construit; 8" Vérifier si l'indicateur des degrés est bien construit; 9" Trouver dans un climat quelconque « les ascensions » de chaque signe au centre de vie et au milieu du ciel , ou « les des- centes » au couchant et sous la terre ; 1 o*" Trouver combien il y a d ascensions depuis le commence- ment du Bélier jusqu'au degré qui se lève, c est-à- dire jusqu à rhoroscope ; 1 1 ° Trouver la composition des heures ainsi que la longueur ou la brièveté du jour et de la nuit; 1 3** Trouver quelle est la plus bo- réale et la plus australe de deux villes considérées; 1 Zi** Trouver la longitude dune ville par rapport à une autre; i5° Trouver la différence des midis deux villes; 16° Trouver les ascensions de la sphère droite dont s est occupé Ptolémée; 17° Trouver à laide du soleil ou d une étoile fixe dans quel climat Ton est; 18° Trouver la latitude des sept climats; 1 Trouver la longitude ou la latitude des étoiles fixes; aî"* Trouver Tinclinaison des signes du zo- diaque sur Téquateur au nord et au sud pour chaque climat, et en quel endroit se trouvent !es trois zones tropicales; 2 3** Trouver Tinclinaison du soleil sur réquateur (la déclinaison) au nord et au sud, dans

60 JANVIER-FÉVRIER 1890.

tout signe ou dans tout degré; a 4** Division et dis^ tances relatives des diverses zones; a5° Trouver dans tout climat les ascensions du signe qui est à lorïent et que Ton appelle « signe de vie ».

Ainsi Sévère ne rappelle pas les principes mathé- matiques (projections stéréographiques) qui règlent la construction des astrolabes; il suppose que Ton a cet instrument en main, et il en donne une descrip- tion, destinée alun de ses élèves ^ que Ton trou- vera peut-être un peu diffuse. Pour faciliter la com- préhension et remplacer l'instrument absent, on a reproduit dans ce texte quelques planches emprun- tées à (1 autres ouvrages et qui s'appliquent parfaite- ment à lastrolabe de Sévère.

Importance de cet ouvrage. i" Cest ie seul traité sur Tastrolabe qui nous ait été conservé en langue syriaque; sa publication a donc déjà une grande importance philologique.

Sévère écrivait vers le milieu du vu* siècle, avant que les Arabes eussent les loisirs nécessaires pour s'occuper de science (on constatera du reste que les sources de notre auteur sont exclusivement grecques). Il s'ensuit que les Arabes n'ont pas inventé l'astrolabe plan, comme on l'a cru trop longtemps, au point d'appeler cet instrument « astrolabe des Arabes »^; ils l'ont reçu des Grecs et le présent traité

^ n l*appdie : « ô ami de l*étude , notre fîls spirituel et chéri en Notre Seigneur f.

* Sédiilot, Mém, sur les instr, astr, des Arabes, Menu de fAcad^

LE TRAITE SUR L'ASTROLABE PLAN. 61

a été Tun des agents de cette transmission. M. Re- nan a déjà signalé Sévère Sabokt comme Tun de ceux qui firent connaître la philosophie grecque aux Arabes ; le présent traité montrera qu il leur fit aussi connaître Tastrolabe plan.

Nous pourrons ensuite déterminer Tinventeur de Cet instrument, car Sévère nous apprendra qu'il est antérieur à Claude Ptolémée , et nous trouverons alors son nom dans un passage de Vitruve que Ion na pas encore pu comprendre parce que Ton attri- buait à lastrolabe plan une origine de beaucoup postérieure à Vitruve. Je développe seidement ce dernier point :

Sévère Sabokt mentionne huit fois l'inventeur de Tastrolabe qu'il désigne Irois fois par t le philosophe qui a fait lastrolabe », et cinq fois par « ce philo- sophe ». Il le distingue de Ptolémée ou Ptolémée l'Astronome qu'il cite six fois et nous apprend de plus qu'il lui est antérieur. Car il nous indique un moyen de contrôler les résultats donnés par l'astro- labe plan en les comparant à ceux que l'on tire de tables construites par Ptolémée; si l'astrolabe est bien construit, ces deux résultats doivent être iden- tiques, car, dit Sévère, les tables furent construites

des inscriptions, i'* série, t.I,p. a2eti53. Cf. P. Tannery, La géo^ métrie grecque, Paris, 1887, p. 6 et 7. Je suis heureux de confirmer et développer ici une idée de M. P. Tannery quand il fait remonter Tastrolabe plan à Ptolémée. Mais nous verrons qu'il remonte encore plus haut.

02 JANVIER. FEVRIER 1809.

par Ptolémée d'après r astrolabe^. Doqc cet instru- ment existait avant Ptolémée.

J ajoute quen un autre endroit, Sévère donnant les diverses divisions de ia terre ^, mentionne celle de l'inventeur de rastrolabe avant celle de Ptolémée et insinue ainsi que le premier est plus ancien, fait qui devient certain si Ton remarque que le premier prend 2 à*" pour Tobliquité de Técliptique, valeur imparfaite et très ancienne puisquelle est déjà don- née par Eudemus, contemporain d'Aristote*, tandis que Ptolémée adopte q3** 5i', valeur plus appro- chée qui fut reprise, avec quelques améliorations encore, par ses successeurs.

Il est donc certain , d'après le traité publié main- tenant, que rcistrolabe plan existait avant Ptolémée, c'est-à-dire aa commencement de notre ère, puisque Ptolémée vivait et observait au commencement du u" siècle.

Ce fait, établi pour la première fois, va nous permettre de comprendre deux passages de Vitruve et de voir dans l'un d'eux le nom de l'inventeur de l'astrolabe plan.

il me faut rappeler d'abord que l'astrolabe plan servait surtout à la détermination de l'heure diurne ou nocturne. On constatera ci-dessous que tel est l'objet des trois premiers prpblèmes que se pose Sévère. Voici comment on procédait. L'astrolabe comprend

* Voir infra» problème 7.

' Voir problème 23.

^ Voir une note du problème 22.

^LE TRAITE SUK L*ASTROLABE PLAN. 63

une tablette fiîte construite pour la latitude Ton est et qui porte l'horizon , les cercles de hauteur et les heures (voir figure i). Sur celle-ci tourne une seconde tablette qui représente le ciel , les astres et en particulier le zodiaque. Cette seconde tablette est percée à jour (fig. 2 ) pour permettre de lire sur celle qui est en dessous ; elle ressemble ainsi ou à une toile d araignée ou même à une araignée dont le corps serait figuré par le pivot et les membres par les lan- guettes divergentes , aussi cette pièce est-elle nommée araignée; son mouvement représente le mouvement d'ensemble du ciel ou mouvement diurne.

Pour trouver l'heure à Taide de Tastrolabe, il faut d'abord savoir dans quel degré du zodiaque est le soleil en ce jour; on fait alors une observation de hauteur à l'aide d'ime dioptre placée pour cela sur l'instrument. Cette observation sert à placer l'arai- gnée, c'est-à-dire le ciel, dans sa position actuelle; il su£Qt alors de regarder l'instrument pour y lire quelle heure marque le soleil (on lit de même quel astre est à l'horizon, est ou ouest, au méridien, etc. Voir fig. 3).

Cela compris, nous trouvons que Vitruve [Arch. , IX , 9) énumérant les inventeurs de diverses horloges , dit : Arachnen Eudoxus astrologus , nonnulli dicant Apol- lonium a Eudoxe l'astrologue (l'astronome) ou, selon quelques-uns, Apollonius (a inventé) l'araignée »^

* Voici le contexte :

« Hemicyclium excavatum ex quadraio ad enclimaque Berosus Chddaeus dicitur invenisse, scaphen sive hemisphsrium Aristar-

64 JANVIER-FÉVRIER 1890. ^

Ce passage ne pouvait être compris jusquHci, puisque 1 on supposait i 'invention de 1 astrolabe plan postérieure, je ne dirai pas à Eudoxe de Cnide (4o9-356 avant J.-C.) ni à Apollonius de Perge (iii'-ii* siècle av. J.-C.) ni même à Vitruye (i*, siècle avant J.-C.) mais à Ptolémée (n* siècle après J.-C.)^ En conséquence M. Ideler ne put mieux faire qiue d appeler Taraignée d'Eudoxe ou d'Apollonius, tun cadran solaire » ainsi nommé , supposa-t-<il , des rayons qui partent du style et ressemblent aux fds dune toile d'araignée. Cette supposition a été reproduite en France par M. Letronne^ et entra de dans les recueils et dictionnaires biographiques.

chus Samius, Idem [etiam discum in planitie, araclmisn Endoius astroiogus, nonnulli dicunt ApoUonium, plinthium sâve lacunar, quod etiam in circo Flaminio est positum , Scopinas Syracusius.. . * On remarquera que rien dans Vitruve ne permet d'affirmer que l'araignée d'Eudoxe est un cadran et encore moins un cadran spbé- rique. On pourrait dire uniquement (en présupposant que le texte de Vitruve doit être interprété strictement et ne donne pas la par- tie pour le lout) que Tastrolabe plan tout entier s'était d'abord ap- pelé araignée (voir la figure 3 qui donne assez l'impression d*une toile d'araignée) au temps du moins il ne servait qu'à trouver l'heure , et que ce nom fut plus tard réservé à l'une de ses pièces.

^ On reconnaissait que Ptolémée avait donné les principes ma- thématiques qui servent à la construction des astrolabes plans, mais on affirmait qu'il n'avait connu que l'astrolabe spbérique ou sphère armillaire. La publication en iSSg du texte grec d'une des- cription de l'astrolabe faite par Jean Philoponus , contemporain de Sévère, ou ne fut pas remarquée, ou du moins ne permit pas de remonter à l'inventeur de l'astrolabe plan, parce qu'elle ne ren* ferme qu'un nom propre, celui de Ptolémée, en un seul endroit. Voir ce texte grec dans Rheinisches Muséum fwr Philologie^ t. VI, Bonn, 1839.

* Voir une note p. 98.

LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 05

Mais nous savons aujourd'hui que i astrolabe plan était inventé au temps de Vitruve; nous a£Qrmons donc sans crainte qxie ce mot araignée a la même si- gnification chez Vitruve et chez Sévère Sabokt; il s'agit dans les deux cas de Tastrolabe plan qui était un genre d'horloge, puisqu'il donnait les heures de

îour ou de'nuit.

w 11.

Mais i^y a plus : Vitruve , à la page suivante , dé- crit les horloges anaphoriques qui ne sont, au fond, que l'astrolabe^* mécanisé». Ces horloges se com- posent en effet de deux parties : l'une est fixe, elle est attachée à ime certaine latitude et porte les heures (c'est la tablette fixe de l'astrolabe); l'autre repré- sente le ciel , elle porte en particulier le soleil , figuré par un clou, et les signes du zodiaque (c'est l'arai- gnée des astrolabes). Cette dernière partie est ani- mée d'un mouvement de rotation imiforme qui reproduit le mouvement diurne ; aussi nous montre- t-elle toujours le ciel dans sa disposition actuelle, il n'est plus besoin d'une observation de hauteur pour avoir cette disposition , et pour en conclure l'heure. Il suffit de regarder sur l'instrument dans quelle heure est le soleil. Ces horloges anaphoriques, dont l'élé- ment essentiel est un astrolabe plan , supposent bien que cet instrument leur est antérieur et par suite a été inventé (comme le dit Vitruve ime page plus haut) par Eudoxe ou peut-être par Apollonius ^

* J'ajoute, comme détail, que la marche directe (Ju soleil dans le zodiaque est déterminée pour chaque jour de chaque mois par une série de trous dans lesquels on place au jour le jour le clou qui

xiii. 5

larkiucaiB aATiuiU-s-

01) JANVIER-FEVRIER 189».

On peut se demander pourquoi Ptolémée se servit si peu de cet instrument qu il connaissait. La raison

figure le soleil. Ainsi on obtient la position vraie du soleil dans le zodiaque et Taugmentation ou la diminution des jours qui en dé- pendent. Voici le texte de Vitruvc :

Fiunt etiam alio génère horologia hybema qiiae anaphorica dicuatur perliciuaturque rationibus bis : Horae dlsponuntur ex virgtdis asacis ex analemmatos descriptione (selon la latitude), ab centro disposit» in froute; in ea circuli sunt circumdati , menstrua spatia finientes. 2** Post bas virgulas, tympanum collocatur, in quo descriptus et depictus est mundus signiierque circulus (le zodiaque], descriptioque duodecim codestium signorum sit deformata, cujus e centro deformatur cujuslibet signi spa- tium, unum majus, alterum minus (voir fig. 3 ). 3* Posteriori autem parti, tympano medio axis vcrsatilis est inclasus , inquc axe aenea mollis catena est involuta ex qua pendet ex una parte phellos sive tympanum quod ab aqua sublevatur, ex altéra œquo pondère phelli sacoma saburrale (un sac de sable). Ita quantum ab aqua phellos sublevatur, tantum saburrse pon- dus infra deducens versât axem , axis autem tympanum ; cujus tympani versatlo , alias efilcit uti major pars circuli signifcri , alias minor in versa- tionibus suis temporibus designet horarum proprietatet. k*" Namqoe in singulis signis, sui cujusque meusis dierum numeri cava sunt perfecta, cujus bulla (le clou) quae solis îmaginem horologiîs tenere videtur, signî- ficat horarum spatia : ea translata ex terebratione in terebrationem mensis vertentis periicit cursum suum. Itaque quemadmodum sol per side- rum spatia vadens , dilatât contrahitque dies et horas , sic bnlla in boro- logiis ingrediens per puncta contra c«ntri tympani versationem, quotidic quum transfertur, aliis temporibus per latiora , aliis per angustiora spatia menstruis finitionibus imagines efficit horarum et dierum.

11 est question dans ce texte : i** de la tablette fixe propre à un lieu de la terre, elle porte les heures, Thorizon, le méridien et les cercles (hauteurs et azimuths) attachés à ce lieu; a** de la tablette mobile, appelée plus particulièrement «araignée»; V du mouve^ ment uniforme imprimé à la tablette mobile pour reproduire le mouvement diurne; du mouvement direct ou annuel du soleil dans les signes du zodiaque ; 5^ de la concordance entre le mouve- ment du soleil dans le ciel au-dessus et au-dessous de l'horizon avec le mouvement sur l'instrument du clou qui figure le soleil. Cette concordance résulte de ce que l'instrument est à chaque instant l'image (la projection) exacte du ciel tel qu'on le voit dans un lieu

LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 67

en est, croyons-nous, que cet instrument donnait des résultats trop entachés d'eiTeur. Car l'astrolabe plan ne mesure guèro plus de dix centimètres de diamètre , par suite : i ** H a le grand désavantage in- hérent aux petits instruments de ne pouvoir ^tro beaucoup subdivisé. Si, par exemple, une division vaut deux degrés, comme on ne peut pas répondre de plus dune demi-division, il en résulte déjà une incertitude de i degré dans la lecture. Lastro- labe comprend plusieurs pièces : pivot, tablette, araignée, dioptre cjui roulent lune sur l'autre ou Time dans lautre, et le moindre jeu entre ces di- verses pièces suffira encore pour causer une erreur de plusieurs degrés. -Enfin, 3** laslrolabe ne peut servir que pour une seule latitude. Sous toute autre latitude, il donne, de par sa construction même, des résultats inexacts. Or on se servait du même instru- ment dans tout un climat, il y avait donc encore une source d'erreur.

On comprend dès lors que Ptolémée ait 'préféré des instruments plus commodes, j'allais dire plus modernes, et le retour à Tastrolabe plan lut"en réalité un recul et non un progrès pour l'astronomie.

En résumé, voici quelle est, d'après la présente publication , l'histoire de l'astrolabe plan :

Il fut inventé par Eudoxe ou, selon quelques-uns, par Apollonius. Plus tard, au moyen de l'eau, dun

donné, comme un plan fait par un architecte à une échelle connue est rimage exacte d'un monument.

68 JANVIER-FEVRIER ,1899.

flotteur et dun contrepoids, on donna à l'araignée un mouvement uniforme de rotation reproduisant ie mouvement diurne et Tastrolabe plan constitua une horloge appelée anaphoriqae et décrite chez Vi- truve. Puis, l'astrolabe plan, à cause de ses nom- breuses causes d'erreur, ne fut pas employé par les Grecs dans leurs travaux sérieux sur l'astronomie; ainsi Ptolémée ne l'employa pas pour établir ou con- firmer les théories qu'il expose dans sa composition mathématique , ou plutôt il n'utilisa que le dos de l'astrolabe pour la mesure des hauteurs ^ Cependant cet instrument si commode fut toujours usité en astrologie , car Ptolémée donna les règles de la pro- jection stéréographique qui servent à sa construc- tion ; il construisit des tables pour son usage , et im astrolabe plan , celui que décrit Sévère, fut toujours appelé astrolabe de Ptolémée.

Plus tard, on trouve chez Théon d'Alexandrie et Synesius des descriptions de l'astrolabe plan qui sont, il est vrai, incomplètes et obscures, mais montrent du moins que cet instrument était toujours connu^. Enfin, au vn' siècle, Jean Philoponus à Alexandrie et Sévère Sabokt en Syrie écrivirent sur ce sujet des traités étendus que les Arabes étudièrent,

^ Compos, math., livre I, ch. x, éd. Halma, t. I, p. d6.

^ On trouve dans plusieurs bibliothèques des traités sur l'astro- labe écrits en grec et attribués à Ptolémée, à Théon d'Alexandrie, à Ammonius, etc. On les croyait volontiers apocryphes, au temps Ion était persuadé que Tastrolabe plan avait été inventé par les Arabes. Il serait peut-être bon aujourd'hui d'étudier ces mss. avec plus de soin.

LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 69

conservèrent et transmirent aux Occidentaux ^ Ceux- ci reçurent donc 1 astrolabe plan des Arabes et s en servirent jusqxie dans le courant du xvin* siècle^.

n resterait à décider leqxiel, d'Eudoxe ou d'Apol- lonius, a inventé Tastrolabe. D est certain qu'Apol- lonius de Perge pouvait le faire ; quant à Eudoxe de Cnide, nous savons que Cicéron l'appelle le premier des astronomes au jugement des plus doctes [Div.y II, à 2) et que Proclus, citant plusieurs mathémati- ciens auxquels la géométrie doit son développement, nomme Eudoxe comme un de ceux qui avaient en- core plus perfectionné toutes les parties de cette science*. Il semble donc qu'il dut faire des décou- vertes importantes en astronomie et en géométrie, mais tous ses ouvrages sont perdus et les citations qui nous en restent ne permettent pas d'aflRrmer qu'il connaissait la projection stéréographique néces- saire pour construire l'astrolabe. Il serait cependant

* Les Arabes compliquèrent l'astrolabe en projetant sur d'autres plans que l'équateur, en prenant pour point de vue le pôle nord au lieu du pôle sud , etc. Les astrolabes arabes furent l'objet de nombreuses publications et descriptions.

* En 1702, Bion faisait imprimera Paris VUsage des astrolabes pour apprendre à se servir des instruments qu'il construisait. Et leur usage devait être assez répandu puisque, quelques années aupa- ravant (1693), Boileau pouvait écrire d'une femme savante :

Un astrolabe en main , elle a , dans sa gouttière A suivre Jupiter passé la nuit entière.

(Satire x. )

' Tiré de Letronne, Sur les écrits et les travaux d* Eudoxe de Cnide, d'après Ideler. Journal des Savants , i84o-i84i.

70 JANVIER-FÉVRIER 1899.

iilogiqiu* de conclure de ce manque de citations quii ne la connaissait pas et nous laisserons la ques- tion pendante jusqu'à nouvelle découverte ^

1 Si l'on établit tin jour par des documents positifs qu*£udoxe (*t non Apollonius a inventé Tastrolabe comme cda nous paraît probable, on pourra alors se demander quelle part, dans cette découverte, ont eu les Egxptiens, riiez lesquels tludoxc passa un certain nombre d'années.

f.E TRAITE SUR L'ASTROLABE PLAN. 71

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72 JANVIER-FÉVRIER 1899.

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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 73

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7/i JANVIER-FÉVRIER 18Q0.

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LE TRAITE SUR L'ASTROLABE PLAN.

75

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76 JANVIER-FÉVRIER 1899.

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* àtdfierpos, * Lire ; o««A«f . ' Mot inutile. * ^^pa.

LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 77

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^ liVinin ms.

78 JANVIKR-FKVRIBR 1899.

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L (fol. 85 r<>) :^J^,J2uOUiD ^""^^f «XDOUfi^ ^ jba^^t ^V^JLD k^^Ao] «JL^QA. fek.«A»t

' jot ms. * ôpi^wv. ^ e^f ms. * ^n{isîov. Cf. o44>n et zénith.

LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 79

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^ ^kA«J;of ms. * Z(i)vri. ^ De rpoiftxés, * IftVii^ga ms. ' ]L^kaa«^.df ms. ^ Sic. MeoTfyiSptvés. ' oo ms. Ila- pâXXriXos. ® '■^*^ -^ ^«o ou f*\ ms. , le dernier mot. est en

rouge; lire : yo

80 JANVIER-FEVRIER 1899.

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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 81

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82 JANVIER-FEVRIER 1899.

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LE TRAITE SUR L'ASTROLABE PLAN. 83

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6.

84 JANVIER. FÉVRIER 1899.

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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 85

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^ Lege : jia««»Uj

86 JANVIER-FÉVRIER 1899.

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^i>.'\ovy> d^H^! /^r^ oôj^ |«^jLd )«^jLd ^x^di^o

) )^?o vji ^o ^ilifOM-^to ,^...^01 (Fol. 87 V»)

O^S^^t JL^dOÎ k^^Ao] IbuDot ^^^^O fO^ ^ ^OAftOOUàdf

^ Upooifitov, * i^;âao nis. ' A»l'^*Vy nis. * A^Jlfi^do ms. * Lire "^.i^y .

LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 87

TRADUCTION.

L DESCRIPTION DE L'ASTROLABE.

AVEC L'AIDE DE DIEU, MAITRE DE L'UNIVERS, NOUS ECRI- VONS LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE. QU'EST-CE QUE

L'ASTROLABE D'AIRAIN; DE QUOI SE COMPOSE-T-IL ; QUELLES SONT SES DIVERSES PARTIES; X QUOI SERVENT- ELLES ; COMMENT NOMME-T-ON LES PARTIES ET LES FIGURES QU'IL PORTE?

Avant daborder le traité de lastrolabe et d ap- prendre ainsi comment il faut s'en servirpour trouver rheure et les autres résultats qu'il donne , il convient de connaître sa composition et sa forme , c'est-à-dire comment et de quoi il est composé ; comment sont disposées tontes ses parties ; comment on les appelle , ainsi que les figures qu il porte; pourquoi il (dui que des tablettes \ des cercles et des nombres différents y figurent, et quel est le nombre qui donne la longi- tude des sphères du ciel , quel est celui qui donne leur latitude; comment sont figurées sur lui les quatre directions du levant, du couchant, du nord et du midi; et quel est le côté élevé, c'est-à-dire la moitié du ciel qui est au-dessus de la terre, et quel

* Ces tablettes, une pour chaque région, furent appelées par les Arabes iUsuLo . Les Grecs les appelaiiml Tv^iisavot. Cf. Jean Philo- ponus, loc. cil.

88 JANVIER-FEVRIER 1899.

est celui qui est au-dessous; avec beaucoup de choses analogues figurées sur l'astrolabe.

Cet art rationnel nous est enseigné par des règles, mais auparavant on demandera qu'esl-ce que 1 astro- labe, comment et de quoi est-il composé? Je pren- drai en considération, ô ami de la science, toute demande fondée; aussi je commencerai par traiter en peu de mots de la composition et de la forme de fastrolabe , comme je lai dit ci-dessus, et auparavant encore je donnerai sa définition, puis j'expliquerai et commenterai le traité du mieux que je pourrai. De cette manière la compréhension de cette science sera facile et légère.

L'astrolabe est un instrument artificiel composé, à faide duquel on détermine les étoiles, les heures, les levers, les zones tropicales, en un mot le double mouvement en longitude et en latitude de la sphère céleste et les changements des climats.

On l'appelle artificiel pour le distinguer du naturel, compo5^ pour le distinguer du simple, à Vaide duquel on observe les étoiles, etc., pour en distinguer les in- struments des autres arts, je veux dire de la géomé- trie, de la musique, de la médecine et de tous les arts manuels.

Sa matière est l'airain , sa forme est ronde et plane; il se compose de trois ou quatre tablettes^; si on les

* Car il faut une tablette différente pour chaque climat. Com- parer à la description des astrolabes arabes faite par Am. Sédil- lot, Mémoires présent'' s par divers savants à l'Académie des inscr. et belles-lettres, i" série, t. I, i844. Le traité syriaque ne renferme

LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 89

enlève , on les trouve toutes rondes , planes et égales entre elles. Elles sont placées lune sur l'autre à Tin- térieur dune autre qui les renferme toutes. Cette dernière a un rebord en forme de gaine, grâce au- quel elle les renferme toutes en même temps et les comprend à son intérieure Au-dessus de ces tablettes, à Imtérieur (de la dernière) est placé ce cercle que Ton nomme zodiacjue parce qu'il porte les l^aiSta, c'est-à-dire les signes , avec leur nom et leurs degrés qui sont au nombre de 3o (pour chacun). L as- trolabe peut être jLiâ^f [StnXoSs) quand un degré écrit en représente deux, ou JiiQ>*^^ [TpmXovs)

quand un degré écrit en représente trois^. Il porte le nom (du signe) et à Tenlour les noms des étoiles fixes les plus brillantes et les plus connues de la sphère céleste; leurs noms sont écrits au-dessus d'elles. Et tout cet assemblage dont nous venons de parier, formé des signes et des étoiles fixes, fut appelé, par le philosophe qui construisit Tastrolabe, dpd^vrj c'est-à-dire «araignée», parce que les appendices qu'il porte le font ressembler au corps et aux pattes

plus aucune figure; celles que l'on trouve ici sont empruntées à M. Sédiliot et reproduisent un astrolabe arabe. La figure i repré- sente une tablette.

^ Cette tablette qui renferme les autres fut appelée par les Arabes mère de t astrolabe, v^t^**'^^ (•'•

* M. Sédiliot écrit (pour les astrolabes arabes) bipartium, tri- partium, etc., loc, cit., p. 179. Voir aussi Ebn Younis, Notices et extraits des mss, t. VII, p. 1 36. Jean Philoponus appelle ces astro- labes St(iotpiatot et Tputoiptcuot,

90 JANVIER-FÉVRIER 1809.

dune araignée ^ EUe porte aussi tout autour un cercle rond et plan^.

Ensuite, du mieux qu'on peut, on marque 90 de- grés, c est-à-dire le quart de la mesure d'une cir- conférence sur un quadrant, c'est-à-dire sur l'un des quarts de la tablette extérieure qui renferme et com- prend tout le reste (sur le dos de l'astrolabe). Ces degrés donnent la hauteur pour la demi-sphère su- périeure, laquelle peut aller jusqu'à 90 degrés, au point situé au-dessus du centre de la terre , c'est-à- dire au-dessus de la tête de chacun de nous. On di- vise donc cette tablette dont nous parlons en quatre parties à laide de deux droites, l'une menée du haut en bas et l'autre de lest à l'ouest , selon la forme révérée de la croix. Sur la partie supérieure de la demi-surface de cette (ablette sont figurés ces 90 de- grés dont nous parlions; le commencement, c'est-à- dire le premier degré , est commence la partie supérieure de la demi-sphère, c'est-à-dire sur l'horizon près de la terre, et Je go** degré est au ^qi^cucd (zé- nith), c'est-à-dire au point du milieu du ciel. Sur cette tablette est fixée une )J^-â£D) ou a règle » dont les bras sont aiguisés en pointe. Sur ceux-ci sont

^ Cette phrase est traduite librement. L'araignée qui porte le zodiaque et quelques étoiles fixes est ajourée le plus possible afin de laisser voir la tablette qui est en-dessous. On l'appelle quelque- fois le filet. La figure 2 (p. 99) représente l'araignée moins les noms des étoiles. Voir l'introduction et la note de la page 98.

* La figure 3 représente la face de l'astrolabe. On y voit l'indi- cateur des degrés qui est sur l'araignée , laquelle est elle-même sur une tablette de région. Le bord extérieur est divisé en 3 60 degrés.

LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 91

fixées deux tablettes très petites; leur longueur comme leur largeur est à peu près d un pouce et dans cha- cune d'elles est percé un trou. Ces deux trous sont exactement en face lun de lautre, de sorte que si Ion vise le soleil, la lune ou une étoile, le rayon passe directement à travers les deux, c'est-à-dire que le rayon va passer directement de lun à lautre. La longueur^ de rette règle est celle du diamètre de la tablette de sorte que Tune de ses extrémités est tou- jours sur les degrés de ce quart de cercle. Sa largeur est d'environ un pouce. Cette règle dont nous venons de parler, sur laquelle sont fixées les deux petites tablettes percées de deux trous l'un en face de l'autre est appelée dioptre par les géomètres, parce qu'elle nous permet de voir en ligne droite un rayon du soleil ou d'un autre astre. Les têtes de cette dioptre, qui sont, nous l'avons dit, aiguisées en pointe 2, sont appelées toutes deux indicatrices des degrés (in- dex)^, car elles nous montrent en quel degré de la quatrième partie, c'est-à-dire du quart du ciel se trouve le soleil ou un astre quelconque au moment nous observons , quand un rayon de l'astre tra- verse la dioptre.

Au centre de cette dioptre , de toutes les tablettes dont nous avons parlé et de l'araignée , se trouve un

^ JLdfo) signifie dans ce traité « longueur, longitude géographique, angle horaire».

^ C'est le sens propre du grec névTpovy bien que «ow^OiD en sy- riaque signifie plus souvent «centre». Sévère remploie aussi dans le sens de «point» : JLé«»'^i^ lâo^A^ ypw^OiD «le zénith». *

' \totpoyv(û\L6viov (Jean PhiL).

92 JAJ^VIER. FEVRIER 1899.

trou, égal pour chacune d'elles, dans lequel on place un clou après avoir disposé les tablettes exactement lune au-dessus de lautre. Ce clou marque le lieu (la projection) du pôle Nord, c est-à-dire l'extrémité nord de l'axe du monde et retient toutes les parties de l'astrolabe afin qu'elles ne se perdent pas.

Sur chacune des faces des tablettes dont nous avons parlé, un climat est désigné par son nom et divisé selon sa latitude et les heures de son plus long jour. Chaque tablette est encore divisée en quatre parties à l'aide de deux lignes, comme nous l'avons dit pour la tablette extérieure (le dos). Maïs sur celle-ci on ne figurait que les degrés d'un qua- drant au nombre de 90, tandis que sur les tablettes on figure ceux de la demi- sphère située au-dessus de la terre de l'horizon sud à l'horizon nord ou 180. Ces 180 degrés commencent à l'horizon qui sépare rigoureusement la moitié supérieure de la sphère de l'inférieure et passe par les limites de la terre (vi- sible). Sur cet horizon sont marqués le levant, le couchant, le nord et le midi ainsi que le lever et le coucher de tous les astres : étoiles ou planètes. Si l'on mesure d'une extrémité d'un diamètre à l'autre, dans quelque direction que ce soit, on trouve tou- jours 1 80 degrés, tandis que jusqu'au point situé au- dessus de la tête (zénith) on n'en trouve que 90. Il est évident déjà que ces tablettes de l'astrolabe, rela- tives à un climat quelconque, porteront toujours de un degré à 90 degrés depuis le côté sud jusqu'au point [atifieiov) du milieu du ciel, c'est-à-dire au

LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. Fig. ..

Tablette de climat pour la latitude <le 23 degrés. Elle porte, 9UT le plan du tropique d'hiver : le méridien ligure par une droite verticalei trois cercles concentriques [le très petit cercle du centre marque la place du clou qui niainlienl tout l'astrolabe, c'est aussi la projection du pôle nord) le premier qui forme le bord de l'instrument (on l'a figuré double) est le ti'opiiitte d'hiver puî» viennent Yéqaaieur et le tropique d'été: Lei cerclei de haateara appdés par Séière cercles parallèles qui commencent par entourer comjdètement le z£nilh puis sont arrêtés au baut de la tablette sur les bords. Le plus grand do ce» cercle» est l'horizon; Les eerctet aiimathaux qui se coupent tous au lénitb et sont limités à l'hori- lon (et au bord de la labletle]; les Jouie heures égales numéro- tées de l'boritou à l'horizon. La sUième heure est sur le méridien.

94 JANVIER-FEVRIER 1899.

point qui est nécessairement au-dessus de notre tête en quelque climat que nous soyons (zénith).

Le philosophe a figuré la partie du midi non seu- lement parce qu au point sud commence la hauteur de la sphère, c est-à-dire du monde, mais parce que c est de ce côté que le cercle du zodiaque passe au-dessus de Thorizon et que la plupart des étoiles se lèvent et se couchent. De ce côté aussi se trouvent les trois zones tropicales , qui font connaître les di- verses latitudes relatives des climats, et le cercle mé- ridien (cercle du midi) qui lui doit son nom. Les 180 degrés ou plutôt les 90 cercles correspondants sont appelés « parallèles » c est-à-dire : proches Tun de laulre , ou : qui se suivent l'un Tautre ^ On les compte soit à Test soit à Touest, mais tous rencontrent le cercle des 90 degrés figuré par une ligne droite qui est en vérité (la méridienne). Ces parallèles ne sont pas comptés au levant ou au couchant, cest-à dire sur la sphère du ciel, car telle n est pas la pen- sée du philosophe qui a construit lastrolabe, mais bien depuis le sud droit sur le méridien. Le philosophe qui construisit Tastrolabe le limita, pour tout climat, au tropique d'hiver, comme le montre la figure; aussi tous les parallèles (de hauteur) qui précèdent le tro- pique d'hiver sont interrompus dès qu'ils arrivent à cette zone puisqu'il n'y a pas de place au sud [lire « au nord ») sur la tablette. Il fallut donc les figurer à

* 11 s'agit ici des parallèles à Tliorizon ou cercles de hauteur. Les Arabes ont traduit ce mot par calJLJLJUl c'est-à-dire, selon M. SédiUot, circuli pvogressionnm (mémoire cité, p. i54).

LE TRAITE SUR L'ASTROLABE PLAN. 95

partir deThorizon est vers louest; raais il est évident que si Ton observe le soleil , la lune ou lune des étoiles dans Je premier degré de ces parallèles dont nous par- lons, ou dans le 5* ou dans le lo^ degré [comme nous apprendrons à le faire dans le traité sur l'astro- labe] , c'est-à-dire avant que l'astre n'atteigne le paral- lèle du tropique d'hiver qui est le trentième dans le quatrième climat \ peu importe que l'astre soit à l'orient ou à l'occident, nous dirons toujours qu'il est en hauteur à ce degré au sud du tropique d'hiver, parce que, comme nous l'avons dit, les parallèles servent à mesurer la hauteur du soleil et non son angle horaire 2.

L'angle horaire se mesure de l'orient à l'occident , de o à 36o°. Ces degrés sont gravés sur le bord de l'enveloppe, c'est-à-dire de la tablette extérieure qui renferme toutes les autres (du côté de l'araignée , voir fig. 3). Ces 36o degrés sont aussi divisés en quatre par- ties de go degrés chacune; l'origine de ces quadrants

* Car, pour Sévère , le tropique d'hiver est à a 4" de l'équateur (cf. XXIII, note) et la colatitude du quatrième climat est de 54°* La différence, qui donne la hauteur méridienne du tropique d'hi- ver, est bien de 3o degrés.

^ Mot à mot : «latitude» et «longitude». Mais il ne s'agit pas ici des coordonnées écliptiqucs. La latitude qui s'observe et qui est rapportée au sud droit, est la hauteur. La longitude qui se compte sur le bord extérieur est certainement l'angle horaire. On remar- quera cependant qu'il est toujours question de la hauteur méri- dienne. On peut donc, dès que l'on connaît la latitude du lieu d'observation, en déduire immédiatement la déclinaison. C'est sans doute ce qui permet à notre auteur de confondre quelquefois hauteur et déclinaison.

96 JANVIER-FEVRIER 1899.

est sur le méridien (sud). Ainsi toute la sphère estdou- biement divisée par les parallèles de hauteur et les angles horaires; la même division règle le mouve- ment de toutes les sphères et de tous les astres. Il fallait que ce double mouvement fût connu, car sa connaissance nous est utile pour beaucoup de re- cherches et surtout pour les variations des climats et la distinction des cinq zones ^ à savoir : les trois zones tropicales et les zones arctique et antarctique. Le philosophe imagina de graver, pour chaque cli- mat, sur les tablettes dont nous avons parlé, la hau- teur qui va du sud au nord , puis d'écrire la longi- tude qui va de Test à Touest ^ et la même sur le bord de la tablette extérieure comme nous Tavons dit plus haut^. Il enseigna ensuite comment on peut connaître les deux à la fois par la rotation de l'arai- gnée et (d'un index) qui est fixé dessus comme nous l'apprendrons plus tard. Sur les tablettes dont nous avons parlé, le levant et le couchant sont encore dé- signés par leurs noms. Le milieu du ciel ou « le centre du milieu du ciel » est déterminé par la ligne qui va de haut en bas , coupe à angle droit tous les parallèles, passe au 90* degré et s'appelle le méridien , comme nous l'avons dit. 11 est évident qu'en partant de ce 90® degré du côté les parallèles se coupent tous sur cette méridienne, nous aurons le côté sud;

* Ce doit être l'azimuth qui se compte sur l'horizon.

* Sur le bord de la tablette extérieure se mesure certainement l'angle horaire , distinct de l'azimuth ; Sévère désigne tous les angles dièdres (azimuth, angle horaire et longitude) par le ménie mot.

LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 97

et de ce même 90" degré vers la partie opposée s'arrêtent les parallèles nous aurons le côté nord. La partie de la tablette sont marquées les heures est appelée le côté de dessous la terre , et la ligne méri- dienne qui y passe est appelée « centre de dessous la terre » , ou encore « des pères » ; le levant est appelé « centre de vie » et le couchant a centre des noces »^ Les trois cercles figurés sur chaque tablette pour tout climat au-dessus et au-dessous de la terre sont appelés a tropiques »; celui qui est à Textrémité des tablettes et porte constamment le commencement du Capricorne est appelé «tropique d'hiver». Le cercle moyen sur lequel se meuvent constamment les commencements du Bélier et de la Balance est ap- pelé « tropique équinoxial » ; enfin le cercle intérieur sur lequel se meut toujours le commencement du Cancer est appelé « tropique d'été »,

Il nous faut encore faire soigneusement remar- quer que tous les cercles figuiés sur l'astrolabe par le philosophe comme ceux des zones tropicales , le méridien et les parallèles, tous les quatre centres et les huit heux que l'on distingue entre eux ^, les ho- rizons des sept climats, Taxe [â^œv) et ses deux pôles, le cercle du milieu du zodiaque, les zones arctiques et antarctiques situées au-dessus et au-dessous de la

* Cf. les quatre pivots des Arabes chez Sédillot (mémoire cité p. 96 et Prolégomènes des tables astronomiques d'Oloug Beg, tra- duction, p. 195). Cf. Firmicus Mat. 11, xeii etxivcité plus loin (IX).

* Ce sont les douze «maisons célestes t. Cf. Sédillot, Prolégo- mènes^ loc. cit. et Firm. Mat., loc» cit, (V. infra, probl. IX.)

XIII. 7

98 JANVIER-FÉVRIER 1899.

terre, et bien d autres choses analogues doivent être aperçus par Tesprit, mais ne tombent pas sous les sens. Aussi le philosophe les figurait encore dans Tair sous la sphère du ciel; il les considérait par Tesprit et les voyait sur la sphère qui les porte tout aussi bien que les planètes et les étoiles.

Mais je crois avoir suffisamment montré, autant du moins qu'on peut le faire dans un court traité, ce que porte le quart de la tablette extérieure (le dos), la dioptre et les parallèles qui figurent sur chaque tablette, la latitude et Tascension droite de toute la sphère, le méridien et ce qui est sous la terre, les zones tropicales; j ai enfin averti que tout cela ne tombe pas sous les sens, mais doit être conçu par l'esprit.

J'ajoute quelques mots, ô ami de l'étude, sur la pièce nommée « araignée »^ Comme nous lavons dit auparavant, elle est située au-dessus de toutes les tablettes, c'est-à-dire au-dessus des parallèles de tout climat qui peut nous occuper. On peut la tour- ner et la faire monter peu à peu jusqu'au milieu du

* Ce nom se trouve pour la première fois chez Vitruve [Arch,, IX, 9). Cet auteur cite les inventeurs des diverses horloges et cadrans solaires , et ajoute : « Ârachnen Eudoxus astrologus , nonnulli dicunt ApoUonium» Eudoxe V astronome, on selon quelques-uns, Apollonius, (a inventé) Varaignee, M. Letronne écrivait à ce sujet : «M. Ideler conjecture, avec beaucoup d'apparence de raison, qu'il sagit d'un quadrant horizontal, ainsi nommé à cause des nombreuses lignes partant du style vertical comme centre et figurant une toile d'arai- gnée • (Journal des Savants , i84o-i84i). En réalité cette conjecture est fausse, comme nous l'avons montré longuement dans l'intro- duction.

LE TRAITE SUR L'ASTROLABE PLAN. 99

ciel, puis ia faire descendre vers le couchant et sous ia terre. Sur le quart de cercle , nous avons dit

Ahjucnée portant le lodiaque {excentrique) divisé en degré» et les principales étoiles projetées ttéréograpliiqnement sur le plan du tropique d^ii ver.

qu'il y a 90 degrés (le dos), on regarde parmi les divisions (après avoir fait une observation de hau-

JANVIER-FEVRIER 1809. Fig. 3.

Face db l'ïstholabe portant l'orai^n^e sur la tablette (fort dimat. Sur l'araignée est une dioptre (jui perroel, si l'on suspend l'instrii- ment de faire des ohtervations de kauteai: La règle de la diopti'i; permet aussi de lire des angles horaires sur le bord de l'astrolabe divisé en 36o degrés. Sévère suppose qu'il y a une dioptre iden lique à celle-là sur le do$ de l'instrument avec une division qui va .(^ b;fl^^:(9Ôr rboiiiontalej jusqu'il 90 degrés (sur la verticUe} .

LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 101

teur), sur quel degré se trouve la tête de la dioptre nommée « index ». Après cela on cherche ce même degré dans les parallèles du climat convenable, qui est celui Ton est; puis, comme nous l'apprendrons plus tard dans le traité sur Tastrolabe, on atteint peu à peu ce que Ton cherche à connaître.

Voilà une explication et une courte introduction, consacrée à la composition de l'astrolabe, avant d'en arriver au traité lui-même. Cela suffira, je l'espère. Il est temps dès lors pour toi , ô ami de l'étude , ô notre fils spirituel et chéri dans le Seigneur, d'abor- der le traité. Nous allons l'exposer du mieux que nous pourrons et nous le partagerons en règles dis- tinctes, afin que celui qui lira ces règles, les retienne facilement et l'une après l'autre. Je commence donc :

Fin de Vintroduction au traité sur Vastrolahe,

(La suite au prochain cahier.)

102 JANVIER.PÉVRIER 1899.

LES

PREMIÈRES INVASIONS ARABES

DANS L'AFRIQUE DU NORD

(21-lOOH. 651-718 J.-C),

PAR

M. GAUDEL.

AVANT-PROPOS,

Le sujet que nous abordons a ëté déjà souvent et forte- ment étudié , tant par l'orientalisme que par la science occi- dentale , curieuse de savoir comment la puissance byzantine fut, en si peu de temps et si parfaitement, réduite à rien dans une contrée qui, durant de longs siècles, avait été le plus beau joyau de Tempire.

Nous avons repris la question parce que des sources nou- velles, auxquelles nos prédécesseurs n'avaient pu puiser, nous donnaient l'espoir de compléter sur quelques points les détails trop rares qu'ils avaient rassemblés ; et nous l'avons observée avec d'autant plus d'ardeur qu'il nous a paru que cette his- toire, interrogée d'une certaine façon, se montrerait peut- être moins revêche qu'on ne le pense généralement , et plus loquace; nous l'avons traitée en tenant très grand compte des auteurs arabes qui nous servaient de guides et en leur accordant plus de créance que ne le fait généralement l'his- torien d'Occident. Ce dernier accuse volontiers l'annaliste arabe d'insuffisance et d'ignorance, et le montre trop épris du détail puéril, trop enclin à broder, sur un thème, con-

LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 105

testable par iui-mème, les variations que lui suggère une trop vive imagination. Quiconque a lu dix pages d un anna- liste sait ce que valent ces accusations. D'imagination , il n*en eut jamais , et sa seule mémoire travaille à classer, dans Tordre chronologique , les faits que la tradition lui transmet. 11 écrit loin des événements qu'il relate , cela est vrai , mais le respect qu'il a pour le récit qu'il en recueillit, la sûreté de sa mé- moire et la facilité des confrontations avec les ouvrages simi-* laires nous sont des sûrs garants d'une exactitude très satis- faisante. Aussi bien , peut-on le critiquer quand l'occasion s*en présente, et nous n'y manquerons pas.

L'historien arabe donne , sur 4a période très lointaine que nous étudions , des détails suffisamment nombreux pour per- mettre d'en déterminer assez exactement les principaux aspects, mais trop rares encore ou trop minces pour qu'il soit facile d'en fixer, en ne se basant que sur eux , le carac- tère intime et la signification profonde. Il nous a paru né- cessaire de demander au théâtre de l'action et aux acteurs eux-mêmes les explications que le narrateur était empêché de nous fournir.

L'ordonnance du présent travail suffit à expliquer la mé- thode que nous avons adoptée. Les invasions arabes en Afrique ont réussi à islamiser le pays et leur grand succès étonne l'historien qui assista aux efforts impuissants de Car- thage, de Rome et de Byzance pour se l'assimiler. C'est qu'en dehors des faits mêmes , il y avait des circonstances (jui voulaient que cela fût ainsi. Pour les déterminer, nous interrogeons la contrée et les hommes et leur demandons les raisons géographiques , ethnographiques , économiques et sociales qui rendirent possible l'assimilation du berber à l'arabe.

Cet ouvrage n'a pas la prétention de résoudre à Jamais une question qui, de l'avis de quelques-uns peut-être, restera, après lui, entière. La vérité, en histoire, ne tient pas dans un seul livre , et les hommes sont rares qui peuvent donner d'un temps la notion précise et d'une évolution la

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formule exacte. Mais encore peut-on chercher la notion et tenter d'ébaucher la formule , en indiquant à d'autres , plus heureux , qui verront plus loin et trouveront plus juste , la voie qu'il faut suivre et la méthode qu'il convient d'employer.

Nous avons utilisé, pour cette étude, deux sources nou- velles :

Xe Me'alem el-lmânji marifet ehl el-Quîrouân, de Mo- hanuned ben En-Nâdji, manuscrit de la Bibliothèque natio- nale. La longue notice que MM. Houdas et Basset consacrent à l'œuvre et à l'auteur dans la Mission scientifique en Tunisie (1882), 1 vol. in-8°, Alger, i884, p. 78, nous dispense de donner de plus amples détails.

Le Riâdh en-nofous, d'Abou Bekr abd Allah ben Mo- hammed el Maleki; manuscrit de la Bibliothèque nationale (2i53 du fonds arabe) auquel Amari a consacré une notice dans sa Storia dei musulmani di Sicilia ( Firenze , 1 854 ; t. I , p. XLii). J'y renvoie également le lecteur.

Le travail qui suit a été entrepris sous les auspices de la Commission de publication des documents archéologiques de l'Afrique du nord et poursuivi sous la direction de l'un de ses membres, M. O. Houdas, professeur à l'École des langues orientales et à l'Ecole libre des sciences politiques. M. Hou- das n'a cessé de nous encourager dans notre entreprise. Nous avons constanunent mis à contribution la profonde connais- sance qu'il a du monde arabe , sans que jamais sa bonne vo- lonté se soit lassée. Nous sonmies profondément reconnaissant à la Commission et à notre excellent maître de l'aide maté- rielle et morale qu'il nous ont prêtée.

En nous accueillant au Journal asiatique, M. Barbier de Meynard nous donne une nouvelle marque de la bienveil- lance qu'il ne cessa de nous témoigner durant nos études à l'Ecole des langues orientales. Nous le prions d'agréer nos plus vifs remerciements.

M. Caudel.

LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 105

PREMIERE PARTIE.

LE PAYS ET LES HABITANTS. LES CONQUÉRANTS.

I

LE PAYS.

I. Aspect actuel de Tancienne Byzacène et de Sbeïtla « sa capitale.

IL Position géographique de Sbeïtla. Routes et lignes militaires. Les plaines de la Tunisie; voies ouvertes à l'invasion. Impor- tance des points d'eau.

m. La région montagneuse et les rivières. Direction des vallées. Régime des eaux; leur importance pour l'irrigation. Diffi- culté d'accès du haut pays.

IV. Le littoral, ouvert à l'invasion, mène à la plaine, de facile conquête; la montagne est malaisée à entamer. Hostilité de l'habitant des plateaux pour celui des plaines et du littoral.

I

Le voyageur qui , venant de Qairouan , a dépassé Djilma entre en plaine. Il laisse derrière lui les der- niers contreforts du Djebel Mr ilah et s avance dans la Garaat el Onkel. C'est un vaste espace vaguement ondulé , herbeux par endroits , le plus souvent stérile , tacheté de touffes d'alfa qui dardent entre les pierres ; lalfa est tenace, les pierres sont grosses et lourdes;

lOÔ JANVIEH'FÉVHIER 1800.

la triste végétation a peine à les soulever. La piste moutonne sur les croupes onduleuses de la plaine, descend en pentes douces dans les replis du teiTain et ramène le voyageur au sommet du monticule sui- vant, d*où rhorizon interrogé ne dit rien de nouveau, sinon que le sol est plus ingrat, Therbe plus rare, la rocaille plus revêche. Peu à peu la houle du sol s apaise et bientôt la plaine s'étale tout unie ; au loin , sur la gauche, dans la direction du sud, au haut dun dernier ressaut, s'élève un olivier qui marque sur la carte de reconnaissance un point de repère et dont la silhouette solitaire compose tout le paysage. Lœil revient toujours à elle et mesure la distance, qui ne semble pas décroître; partout ailleurs, il ne trouve que le vide et se fatigue à poursuivre les lignes basses du sol , qui fuient sous la lumière bleue du ciel. Tout à coup une masse s'élève au-dessus de l'ho- rizon. Par delà un vallon étroit coule un filet deau, des constructions couronnent un monticule. Cela paraît vaste et la symétrie de l'ensemble étonne dans cette nature étiolée et rampante; la silhouette carrée, rigide, mathématique s'enlève sur le fond ardoisé de l'occident. On s'approche; les chevaux marchent sur xm gazon épais et court qui étouffe le bruit de leur pas. Dans le silence lumineux et re- cueilli du désert montent les ruines d'un arc de triomphe et de trois temples. L*homme est passé par ici et y a laissé quelque chose de grand. L'arc tient bon : les pierres du couronnement sont tombées, quelques autres s'inclinent et penchent; entre les

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colonnes, des fissures baillent; la symétrie verticale des lignes est légèrement troublée; il semble que quelque géant maladroit, en le poussant du doigt, ait dérangé lassiette du monument; mais la masse est si lourde et si bien ajustée que son poids main- tient les assises et que lappareil maintient le poids en place. Les temples sont éventrés; à travers les co- lonnades décimées , le regard plonge dans les sanc- tuaires; beaucoup de pierres sont absentes; les fron- tons gisent à terre; cependant quelques parties des entablements tiennent encore par un miracle d'équi- libre. Entre les quatre murs, sur le sol inégal, dans Je fouillis des sculptures éparses, Therbe pousse drue; des arbrisseaux croissent dans les coins, à labri du vent, et leurs mcines vont chercher, à tra- vers les joints des fondations, rhumidité rare. Toutes ces pierres sont belles, les arêtes des angles sont restées pures, les chapiteaux d'acanthes sont à peine efiFeuillés , la courbe des voûtes n a pas fléchi. L'homme a brûlé ce qu'il a pu , vidé les niches de leurs statues , écorné à droite et à gauche quelques moulures , abattu des murs intérieurs pour fermer les issues et faire du temple ime forteresse ^

On s est battu là-dedans, puis vainqueur et vaincu ont disparu et les bâtisses sont restées là. Les pluies d'hiver les ont lavées de larges ondées douces, les

* « En avant de Tenceinte des temples transformés eu castram, cinq réduits fortifiés couvrent au S.-E. et au sud les approches de la place et les détails de leurs dispositions attestent la rapidité de leur construction» [Diehl, 393).

108 JANVIER-FEVRIER 1899.

soleils d'été les ont dorées, la nature les a respectées et embellies : elles demeurent au milieu du désert , majestueuses , harmonieuses et sereines , images splen- dides du génie latin qui les éleva.

A côté des ruines , un ruisseau d'eau vive court entre des berges vertes, et va se jeter, un peu plus loin , dans Toued Menasser, qui coule au fond de la vallée et se perd , à quelques milles de , dans Taridité de la plaine. Tout près de Teau des épis d'orge ba- lancent leurs têtes sous la brise; ils poussent à travers le caillou, car ce ne sont partout que fondations rasées au niveau du sol. Une ville populeuse s'élevait jadis ici; on peut distinguer le plan des habitations et mesurer leur étendue. Du portail des temples, la vue s'étend au loin. Vers le sud, au delà d'une plaine de i5 kilomètres environ, ondulent les croupes bleuâtres du Djebel Margueba et du Djebel Kou- mine ; à l'ouest , les crêtes lointaines du Djebel Chambi annoncent le plateau montueux de Feriana; au nord , la masse imposante du Djebel Mr'ilah domine la vallée; vers l'est la plaine s'abaisse doucement vers la mer. Adossée au Mr'ilah, qui l'abritait des vents du nord, assise au bord de l'oued qui arrosait ses glèbes, SufiFetula, la ville byzantine, se chauffait au soleil du midi qui mûrissait ses olives; aujourd'hui les glèbes sont sèches, les oliviers coupés, les mai- sons rasées, seuls trois temples restent. SufiFetula s'appelle Sbeïtla : c'est un désert inculte ne re- tentit plus que l'aboiement des chiens du douar voi- sin. Le spahi de l'Oudjak qui passe par s'y aiTête

LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 109

un instant pour resserrer la sangle de sa selle, abreu- ver son cheval et repartir bien vite. C'est qu'en l'an 6^7 de notre ère, 27 de Thégire, l'armée de *Abd allah ben Sa*ad culbuta les restes de la puis- sance byzantine et conquit du même coup une nou- velle province au khalife et une seconde patrie à rislam.

II

SuflTetula était au centre du pays^; stratégique- ment, elle était jetée un peu dans le sud, la partie méridionale du Byzacium obéissant mal au grec, mais elle était bien placée politiquement, entre la plaine et la montagne , entre le nord et le sud.

La ligne de l'oued Zeroud coupe la Txmisie en diagonale du S.-O. au N.-E.; en arrière, elle est doublée par le massif montagneux de Tebessa et de la Zeugitane; ce sont deux défenses, la première très faible, la seconde plus solide, appréciables toutes deux dans un pays les lignes militaires font presque complètement défaut. La vallée de l'oued vous porte sans fatigue de la montagne à la plaine el de la plaine à la mer; son cours supérieur vous mène sans grand' peine à l'orée de la plaine de la Medjerda. Au sud et à Test, l'espace est ouvert; à l'ouest, la plaine de Foussana vous élève doucement jusqu'au plateau maurétanien.

^ De Suffetula partent six routes aboutissant à Hadrumète, à Mustis, à Teveste, à Thaenaae, à Macoinades et à Cellae Picentinae ( La Tunisie , I ^ 3 a 2 ).

110 JANVIER-FEVRIER 1809.

Qu'il aille vers le sud ou vers Test, notre voya- geur ne trouvera plus maintenant que surfaces planes ; le sol est à peine ridé dune houle légère; très loin s'élèvent des hauteurs médiocres qui parfois se rap- prochent et barrent la route d'un renflement de ter- rain sans conséquence, que les bêtes de somme gra- vissent d'un pas à peine ralenti ; dans les fonds , brillent au soleil les sebkhas , minces couches d'eau aux bords indécis, que la chaleur rétracte et que les pluies étalent au loin. Ces étangs salés augmentent en nombre et en étendue à mesure qu'on s'avance vers le Sahara; sur le bord du désert, ils deviennent des lacs immenses qui ferment la frontière : ce sont les chotts. Le plus vaste d'entre eux , le chott el Djerid , se poursuit par le chott el Fedjedj jusque dans le voi- sinage de La mer ; il ne l'atteint pas ; une grande plaine l'en sépare, Quverte à tout venant, traversée par la route qui, de la lointaine Gyrénaïque , monte vers le Byzacium. Il y a un hiatus, une porte largement ouverte. Le Sahel offre un accès facile à celui qui vient du désert comme à celui qui l'aborde par la mer.

Descendu du plateau des Matmata ou débarqué sur la côte, l'envahisseur trouvera sa route toute tracée. Le manque d'eau seul le généra dans sa marche ; s'il sait se restreindre et aller vite il pourra , en volant d'oglet en oglet , gagner rapidement le nord , les rivières permanentes et les prairies humides; c'est ih qu'il trouvera le possesseur du pays et qu'il lui livrera bataille , parce que c'est que se trouvent

LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 111

les points défendables, les lignes de combats, les terres qui méritent quon les dispute, les accidents du sol qui retiennent à eux les populations , soutien- nent lenvahi et font obstacle à Tenvahisseur. La possession des plaines méridionales est de peu d'im- portance; les tribus et les armées glissent sur elles comme les gouttes d'eau sur le verre; le vaincu en est balayé au premier choc et le vainqueur y vague sans trouver de point de ralliement. Elles sont ou- vertes à tous les assauts, on n*y peut pas tenir; elles sont sèches, on y peut à peine vivre; l'activité se concentre autour de quelques puits ou oglets.

On en rencontre en allant de Sfax vers Tinlérieur : du haut d'une des ondulations qui plissent le tapis herbeux, usé et jaunâtre du sol, on aperçoit au loin , dans un coin de la plaine, ordinairement vide, des êtres qui s'agitent; on reconnaît en s'approchant quelques hommes affairés autour des bêtes d'une caravane; un trou creusé en terre exhale une fraî- cheur humide, qui surprend et ravit après la cha- leur de l'étape; à côté, la glaise fouillée reçoit l'eau saumâtre et trouble que les hommes tirent du puits dans des outres ruisselantes; tout autour, la végéta- tion, ranimée, verdoie. Las de leur marche, les cara- vaniers sommeillent sur le sol , tandis que les ânes , écrasés sous leurs charges d'alfa, boivent, lents et silencieux, les naseaux perdus dans l'eau jaune. Les gardiens de l'oglet s'empressent, tirent l'une après l'autre les deux outres du puits et les vident dans les réservoirs et, plus loin, les chameaux indifférents ru-

112 JANVIER-FEVRIER 1899.

minent en balançant leur regard noir, clignotant et stupide aux deux extréniités de l'horizon. La fatigue jette son lourd silence sur tout cela ; on n entend que le choc argentin des gouttes d'eau qui retombent dans le puits, la coulée rapide des outres dans le réservoir el le souffle satisfait dune bête rafraîchie. L'homme ne vit qu'autour de ces points d'eau; la caravane y passe et la tribu reste aux environs; les marchés ont lieu à côté. Pour tenir la plaine il faut les tenir; c'estpour les conquérir qu'on se battra , et il faut les conquérir pour aller plus loin.

III

Au nord de la ligne de l'oued Zeroud, le pays change. Un système montagneux compliqué ferme la vue; on l'appelle, dans son ensemble, massif de la Zeugitane ; détaché du plateau central numide , il court du S.-O. au N.-E. el, des monts de Tebessa, s'avance en éventail vers la mer. Les crêtes sont peu élevées , mais abruptes ; les pluies les ravinent profon- dément et taillent leurs silhouettes en traits anguleux que nul gazon n'amollit; à mesure qu'elle descend, l'eau creuse davantage, entraîne tout ce qui n'est pas le roc et désagrège le roc lui-même. Au fond du val, dans la coupure nettement tranchée de son lit trop large, l'oued scintille sur le caillou, s'étale en nappes tranquilles sur les fonds de sable, au pied des lauriers roses, gazouille sur les pentes rocheuses, tourne brusquement derrière les éperons monta-

LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 113

gneux et glisse en s'épuisant dans la plaine , il se meutr en un mince filet d'eau qui hésite, ondule et s'évapore. Les pluies qui tombent sur la montagne enflent rapidement le ruisseau chétif. Aucune goutte n est perdue, nulle racine ne l'arrête; les gazons rares la retiennent à peine un instant; elle roule très vite dans les fonds; chaque roc envoie son tribut, chaque ride du sol sa cascade et l'inondation galope dans la plaine en rongeant ses rives sablonneuses devenues trop étroites. Le passage est alors impossible, mais le flot court vite et le ciel a eu à peine le temps de bleuir que déjà Toued assagi coule, comme devant, son mince filet d'eau qui suffit à peine à mouiller les sabots du cheval qui passe.

Ces oueds ne sont pas des obstacles, mais ils n'ouvrent pas de routes; leurs vallées sont trop tour- mentées dans la montagne et mal orientées dans la plaine; elles viennent de partout et ne conduisent nulle part. On se ne fixe pas sur leurs rives, que le moindre flot éboule. Ce ne sont pas des rivières, mais de l'eau qui court, aujourd'hui abondante, demain tarie, ici bienfaisante, là-bas dévastatrice, partout et toujours capricieuse et fantasque. Ce pendant cette eau est précieuse; sans elle le sol se dessèche et la végétation s'atrophie. L'homme la retient du mieux qu'il peut par des barrages et la distribue dans ses glèbes par des canaux. Il regarde verdir ses moissons tandis que son voisin d'en bas voit dépérir les siennes, et c'est une pei^étuelle cause de guerre entre l'habitant de la plaine et celui de la

Mil. 8

114 JANVIER-FEVRIER 1809.

montagne, chacun voulant sa part de Teau bien&i' santé qui est à cette terre désolée ce que le sang est à notre chair.

Les vallées supérieures sont larges; les monta- gnes les entourent sans les étrangler ; chacune d elles constitue un petit monde à part. L accès en est diffi- cile. Un homme en approche sans grand peine ; une troupe Taborde malaisément si Thabitant ferme les passages ^

Le littoral est très étendu ; il regarde le septen- trion et lorient et appelle de tous côtés lenA'ahis- seur. Le marin, qu'il rieniie d*Espagne ou de France , de Sicile ou dltalie , de Grèce ou de Syrie , le trouve sur sa route et y pose le pied ; il s y fixe et ne le quitte plus. Il faut, pour conserver la mer, posséder ce sol , y créer des postes qui commandent les deux bassins de la Méditerranée et des escdes qui abritent les flottes de commerce et offrent un point d appui aux escadres de guerre. Les ports, peu nombreux, mais bien placés et suffisamment sûrs, sont , dans la main de celui qui les tient , xme arme à deux tranchants ; avec eux , on domine la mer et

^ « La configuration du pays , qui place des contrées sauvages au milieu de contrées fertiles, le rend très difficile à garder. La na- ture semble s'être chargée d'entretenir la barbarie auprès de la civilisation en lui procurant , au milieu même des terres les {dus riches , des asiles à peu près inabordables. C'est ce qui a rendu la pacification de l'Algérie si difficile à nos troupes.» (Boissier, Afrique romaine , p. i aS. )

LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 115

Ton peut conquérir larrière-pays. Mais celui-ci se défend. La montagne s'oppose et Toau se refuse; les vallées, péniblement atteintes, ouvrent d'autres vallées qu'il faut encore tenir, et, tant qu'il en reste une, rien n'est acquis. Cependant les montagnes fuient à Thorizon, les hauts plateaux s'étendent à perte de vue, le conquérant va toujours plus loin chercher la frontière qui fermera son empire, et ne la trouve nulle part. Quand la montagne s'abaisse, le Sahara commence, et il est plein d'ennemis. Rien n'est plus singulier que la structure de cette contrée qui, de toutes parts, sollicite l'invasion puis se re- ferme sur elle, l'absorbe et la dévore.

Le littoral et la plaine sont conquis aisément; la montagne est difficile à occuper. Le littoral est ouvert à toutes les civilisations ; la montagne est sourde aux échos du dehors. L'homme qui Thabite est jaloux des richesses qu'il voit étalées à ses pieds; il les convoite et cherche à s'en emparer. Le maîlre du littoral se sent mal assuré dans sa possession tant qu'il n'a pas dompté son voisin et fait tout pour le soumettre. Entre eux, la lutte est perpétuelle, acharnée, inexpiable.

Au vif siècle de notre ère, le maître du pays plat semblait être le Byzantin.

8

116 JANVIER-FEVRIER 1899.

II

LES BYZANTINS.

I. La conquête vandale (427-429 J.-C). Difficulté qu'éprouvent

les Barbares à se maintenir. -Genséric traite avec TEmpereur (435). Son administration.

II. Campagne de Bélisaire. Bataille de Decimum (533). Soumission

et coopération des chefs berbers. Bataille de Tricamarum et fin de la domination vandale.

III. Organisation de la conquête. Mise en état de défense. L'armée

grecque; armement et tactique. Indiscipline des soldats. Les lignes de forteresses.

IV. La lutte avec les Berbers; leurs grands chefs et leurs expéditions

contre le limes, L'administration grecque. Le préfet du prétoire et ses bureaux. La législation et le régime fiscal. L'impôt est le moyen et la fin du gouvernement, mais son poids écrase le contribuable. L'administration devient mili- taire. Révolte dupatrice Grégoire. État du pays durant les dernières années de la domination byzantine.

L'empereur grec possédait le pays depuis 533 de notre ère. Rome l'avait jadis conquis, soumis et presque assimilé. Au v* siècle, vers ^27 ou ^29, les Vandales vinrent avec leurs frères les Suèves et les Goths, et d'autres barbares encore, et supplantè- rent sans grand peine l'Empire. Ils étaient aryens : les Donatistes avaient facilité leur marche; ils appor- taient le trouble et promettaient le pillage : les Maures, alliés peut-être, sûrement complices, les avaient aidés ou suivis pour profiter du butin ^

^ Mercier, id4.

LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 117

A peine installés sur leur conquête , ils s y senti- rent mal à Taise. Pour tenir cette contrée, il faut, en partant de la côte, prise comme base d'opération, cheminer par échelons vers l'arrière-pays , y pousser des troupes et y établir des postes , comme on plante des pilotis dans un terrain meuble , pour jeter une route sur le marais. Les troupes s'épuisent et de- mandent des renforts ; les postes réclament des gar- nisons, des armes et des vivres; mais la côte n'a rien de tout cela et appelle à son tour les vaisseaux et les hommes de la métropole , qui y envoya les premiers conquérants. Elle regarde avec inquiétude l'intérieur qu'il faut tenir en respect et, s'il se peut, soumettre, et avec impatience la mer qui lui apportera des secours. Les Vandales avaient tout à craindre de l'intérieur ^ et rien à espérer de la mer, qui n'était pas à eux, mais à l'Empire. La position était inte- nable : ils se trouvaient entre deux feux et instinctive- ment , se tournèrent vers Rome, dont la majesté ca- duque leur en imposait encore, ^n 435, Genséric conclut à Hippone xxn traité avec l'Empereur; il pro- mettait de payer tribut. Sept ans plus tard, il ob-

^ « Dès le règne de Hunéric , les montagnards de TAurès se procla- maient indépendants sans que les Vandales pussent réussir à les faire rentrer dans le devoir; peu après, les indigènes du Hodna et des Ziban, les grands chefs des Maurétanies , suivaient cet exemple, rattachés tout au plus au royaume vandale par un lien de vassalité. Bientôt enhardies par l'impunité de leur révolte, on vit les tribus maures descendre dans la plaine et , franchissant la ligne abandon- née des forteresses romaines. . ., ravager cruellement les hauts pla teaux de la Numidie » (Diehl, p. 1 1.)

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tenait de Valcnlinien la cession de la Byzacène jusqu'aux Syrtes et la partie orientale de la Numidie. Tranquille du côté de la mer qui , si elle ne le forti- fiait pas, du moins ne le menaçait plus, il se tourna vers Tintérieur et l'administra. Ses procédés furent simples ; il « partagea les terres en trois lots : les biens meubles et immeubles des plus nobles et des plus riches ainsi que leurs personnes furent attribués à ses deux fils, Hunéric et Genson. I^o deuxième, se composant principalement des terres de la Byzacène et de la Zeugitane, fut donné aux soldats en leur imposant Tobligation du service militaire. Enfin le troisième lot, le rebut, fut laissé aux colons. » (Poulie, MaarétamCf p. i 46-1 47.) Ce partage ne satisfit personne ; les vainqueurs se disputèrent les biens que regrettait le Romain et que convoitait le Maure. Ils s*y usèrent et furent incapables de défendre leur domaine contre TEmpire grec quand celui-ci, réveillé par Justinien, entreprit de rétablir l'autorité du basileus sur la terre afri- caine et envoya, en 533, Bélisaiie à sa conquête.

II

Bélisaire, débarqué à Caput Vada (Ras Kaboudia), remit en peu de temps la main sur l'ancienne pos- session de ses maîtres. Alors conmiença l'histoire de l'Afrique byzantine. Il serait audacieux de la traiter après un auteur qui l'a minutieusement étudiée et supérieurement comprise. M. Ch. Diehl, dans son

LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 119

remarquable ouvrage \ nous dit tout ce quon en peut savoir et nous suggère tout ce qu on en peut penser. H est dans son domaine. Nous y pénétrons à sa suite, en intrus, pour y demeurer le moins pos- sible, embrasser dun rapide coup d œil les caractères de cette époque et saisir le point de départ de ce qui va suivre.

La victoire semble avoir été facile ; les colons ac- cueillirent le lieutenant du basileus en libérateur, et , « à la nouvelle de la bataille de Decimum et de la chute de la capitale vandale, les grands chefs des tribus sortirent de leur neutralité. De la Byzacène, de la Numidie et de la lointaine Maurétanie même, ils envoyèrent des ambassades au général byzantin , chargées d'apporter leur hommage et de promettre leur alliance au représentant de Justinien; ils de- mandaient en échange une nouvelle et solennelle investiture de leur commandement »2.

Le succès de la journée de Tricamarum, qui vit la fin de la domination barbare en Afrique, fut en grande partie sinon à leur appui, du moins à leur neutralité bienveillante.

III

Le pays conquis, Bélisaire l'organisa. Il com- mença par construire des forteresses. Cela suffit à

* L'Afrique byzantine. Histoire de la domination bytantine en Afrûfue (503-709); Paris, Leroux, 1896, 1 vol. in-8*.

* Diehl, p. a 3.

120 JANVIER-FEVRIER J899.

nous montrer le caractère de la domination byzan- tine : celle- ci n'est qu une occupation militaire. Mais la puissance vandale était abattue et rien n'en sub- sistait^; la population du Byzacium et de la Pro- consulaire était pacifique et n'aspirait qu'au repos; contre qui ces murailles et ces garnisons? Contre le Maure, allié douteux, ennemi probable.

L'armée que Bélisaire avait amenée comptait environ 16,000 réguliers, 10,000 d'infanterie et 5 ou 6,000 de cavalerie 2 avec, en outre, 4oo Hé- rules et 600 archers huns^, tous aguerris dans les luttes avec les Perses, mais indisciplinés* et volon- tiers pillards^. Leur chef leur en imposait cepen- dant, et, tant qu'il fut là, l'ordre régna. Ses succes- seurs n'eurent pas la même autorité et durent souvent combattre de dangereuses rébellions. En 546, Aréobinde fut tué par le duc de Numidie , Guntarith , qui avait soulevé une partie de l'armée^. En 548, les réguliers se révoltèrent contre Jean Troglita qui ne put les soumettre qu'avec l'aide de ses auxiliau*es indigènes^. Lin jour vint le général lui-même donna l'exemple aux troupes et les mena à l'assaut de Byzance et du pouvoir impérial. Vers 640, le pa-

^ Les chefs et les meilleurs soldats furent transportés en Asie. Voir Diehl, p. 37.

* Diehl, p. 16. ' Diebl, p. 16.

* Diehl, p. 17, 27, 336, passim, . * Diehl, p. 27, 29.

« Diehl, p. 354. ' Diehl, p. 378.

LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 121

trice Grégoire tient le pays sans se soucier du basi- leus et, avec ce qui lui reste de soldats, le défend pour son compte contre un nouvel envahisseur. Cette armée était en somme une force médiocre ; le soldat était bon , marchait droit quand im mauvais esprit ne Tanimait pas, et tenait bien devant Tennemi quand un chef vigoureux maintenait la cohésion. La troupe était lourde, peu maniable, compassée dans son allure, plus apte à supporter le choc de ladver- saire qu'à foncer sur lui. L'infanterie marchait en lignes profondes, couvertes d'épais boucliers, et la cavalerie évoluait sur les ailes par escadrons com- pacts. L'ensemble donne l'impression d'une masse redoutable qui écrase tout ce qu'elle approche , mais dont on s'écarte facilement. Rien n'est plus singulier et plus décisif que le contraste entre la tactique du général et l'esprit du soldat. Cette tactique ne vaut que par la cohésion mathématique et l'ajustement précis des unités, la fermeté inébranlable du front, l'élan raisonné et la marche rythmée du corps de bataille, l'effacement de la personnalité du soldat dans l'ensemble. Mais le soldat est indiscipliné; il discute la marche et critique les ordres, combat s'il lui plaît et lâche pied s'il lui convient, court plus vite au butin qu'à l'ennemi. Si les rangs flottent, si un escadron s'arrête, l'ordonnance entière est rompue, le front oscille, les compagnies se disjoignent, les ailes se détachent, les hommes se débandent, et la machine de guerre tombe en pièces.

C'était l'ancienne légion sans le légionnaire. On

122 JANVIER-FÉVRIER 1899.

comprend facilement que les gouverneurs de TAfrique se soient peu souciés de mener souvent au combat une troupe aussi fragile et de confier à une force aussi douteuse la défense du pays. Denîère des mu- railles, ces hommes pouvaient faire bonne conte- nance. On couvrit la province de forteresses. C'était d'autant plus facile que les Romains avaient jadis élevé un prodigieux système défensif , qu'il suffit parfois de remettre en état , et qu'ils avaient laissé un peu partout de solides constructions, temples, cirques , théâtres ou maisons que quelques remanie- ments transformaient vite en donjons respectables. Les trois temples de Sbeïtla devinrent M. Diehl nous le dit des bastions, et de tous côtés les édi* fices furent mis, de même, à la hâte, en état de dé- fense. Les constinicleurs « ont puisé dans les ruines des cités qu'ils rencontraient, sans distinguer entre les différentes pierres qui leur tombaient sous la main, empruntant aux forums leurs bases honori- fiques avec les statues qui s'y élevaient, aux temples leurs architraves , leurs colonnes , leurs inscriptions votives, aux cimetières leurs tombes » ^ Ils ceignaient les villes de murailles, les reliaient par de petits postes , et tendaient sur toute la frontière le réseau étroit de leurs places fortes. C'était le limes.

Vers le sud , très loin en avant dans l'intérieur, Capsa (Gafsa) fermait la route qui , des chotts , mon- tait vers Suffetula , Sufes et la Proconsulaire. Sur le

* Gagnât. Timgad , cp, Dichl y p. 174.

LES PREMIKRES INVASIONS ARABES. 123

litloral , Junca (Ounga) et Macomades Minores com- mandaient celle qui venait de la Cyrénaïqne en sui- vant le bord de la mer.

Derrière Capsa, le triangle de TheJepte (Medinet el Kedima), Madarsuma (Henchir-bou-Doukhan ?) et Suffetula défendait laccès du haut pays. Le triangle dirigeait sa pointe (SufFetuln) vers le nord; il fallait s'engager entre Thelepte et Madarsuma, prêter le flanc gauche à Tune et le flanc droit à laulre, pour donner de front sur la troisième place. Au delà de celle-ci, Sufes (Henchir Sbiba) et Mamma (Henchir Kouki) en première ligne, Tucca Terebenthina (Hen- chir Dougga), Chusira (Kessera) et Couloulis (Hen- chir Djelloula ?) en seconde ligne, complètent dans le Byzacium la défense avancée de la Proconsu- laire. Celle-ci renferme de nombreuses places jetées au hasard dans les plaines fertiles dont elles dé- fendent les récoltes. Leurs noms nous importent peu ; elles ne joueront aucun rôle dans ce qui va suivre. Voilà pour Tintérieur. La côte a aussi ses forteresses. Jusliuianopolis près du Ras Khadidja, SuUectum (Salekta), Thapsus, Leptis Minor (Lemta), Hadru- metum (Sousse), Horrea Caelia (Hergla), Uppenna (Henchir Fragha), Aphrodisium (Henchir Sidi Kha- lifa) sont échelonnées tout le long du littoral et dé- fendent chacune un point de débarquement.

Entre le chapelet des places de la côte et le poly-

' M. Diehl place à 26 milles au sud de Gabès. à Maret, la place de Gallica ou Marta et signale au milieu de Tisthme une place forte anonyme citée par Corippus (Diehl p. 23 1).

124 JANVIER-FEVRIER 1899.

gone irrégulier dessiné par les positions de l'inté- rieur, un espace reste vide. C'est la plaine basse du Byzaciuni , qui ondule des plateaux vers la mer avec , an fond de ses déclivités , des étangs saumâtres comme le lac Kelbia, les Sebkhas Sidi el Hani, Gheri chira et Meclieguig. Rien na été fait pour la défendre, et nous avons vu qu'en effet elle était peu défendable. L'occupant reçoit le premier choc de l'ennemi vers Gapsa ou Jiinca si celui-ci vient du sud, sur la côte s'il vient par la mer. L'envahisseur victorieux traverse la plaine sur les talons des défenseurs et les pousse jusqu'aux plateaux. C'est que sont accumulés les réduits et que se joue la partie définitive.

Byzance ne craignait rien de la mer et se gardait contre le sud , d'où venait le Maure. Toutes ces dé- fenses étaient accumulées contre lui et le contenaient à peine ; si parfois elles protégaient le citadin contre l'assaut et le pillage , elles arrêtaient rarement le flot des tribus qui submergeait les campagnes; les villes semblaient alors des îlots battus par l'inondation.

IV

Le patrice Solomon avait à peine organisé la con- quête, que la lutte commença. Elle fut presque per- pétuelle, épuisa les armées et ébranla les forteresses. Les troupes grecques tenaient bon quand la trahi- son ne les travaillait pas, mais leur effectif était souvent très bas et elles durent plus d'une fois céder le terrain.

LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 125

Elles avaient affaire à forte partie. Les indigènes avaient, à la faveur des troubles, rongé lancien limes romain mal , entretenu par les Vandales , et en- vahi les territoires qu'abandonnaient les colons. Ils étaient audacieux, vaguement organisés nous le verrons plus tard , mais assez, cependant , pour cul- buter Tennemi débile qui s opposait à leur marche. Les confédérations de tribus obéissaient à des chefs : Antalas dans le Byzacium, labdas dans TAurès , Cout- sina à lest , Orthaias dans le Hodna et , en Mauré- tanie Masuna et Mastigas. Tel d'entre eux pouvait mener au combat 3o,ooo cavaliers \ fils de ceux qui jadis avaient culbuté à la Trébie et à Trasimène les légions de Scipion et de Flaminius. Dès 545, les hommes d'Antalas « poussèrent, incendiant et pillant fout sur leur route, jusqu'à Hadrumète^ ». « Se ré- pandant partout ils firent, sans même avoir d'égards pour l'âge, subir aux Africains les plus indignes traitements. Alors la plus grande partie des cam- pagnes se trouva vide d'habitants; les populations échappées aux massacres se réfugièrent partie dans les villes, partie en Sicile et dans les îles; la plupart des personnages allèrent chercher asile à Byzance, et, avec une hardiesse croissante, comme personne ne leur faisait résistance, les Maures ravageaient et pillaient tout^. » Ils poussaient des pointes jusqu'à Carthage. A quoi servait le limes? «En fait, les

1 DieW. p. 43.

2 DieW. p. 345.

^ Procope, BelL Vand., p. 5i2 ; cp. Diebl, p. 348.

126 JANVIER-FEVRIER 1809.

frontières étaient insultées et forcées, le pays ravagé » les habitants surpris et-traînés en esclavage ^ » Dans la province envahie, Tarmée tenait mal. En 669, Théodose, préfet d'Afrique, est tué par les Maures; en 5-70, Théoctistos, magister militum de la pro- vince d'Afrique, esl battu par les Maures et tué; en 5*7 1 , Amabilis magister mitoam d'Alnque, est tué par les Maures'-^. » Tandis quaux soirs de combat le générai agonise au creux d'un vallon et que la déroute de ses troupes émeut tout le pays , « les po- pulations sont contraintes de veiller elles-mêmes à ieur sécurité et de construire à leurs frais, à côté des places fortes impériales, des redoutes elles trouveront un refuge^ ».

S'il en est ainsi au lendemain de la mort de Jus- linien, que sera-ce plus tard?

Le salut des Grecs était dans les dissensions de leurs adversaires. Les gouverneurs le comprenaient. A défaut d'autorité ils usaient de diplomatie, tem- porisaient quand ils ne pouvaient frapper et, faute de vigueur, traitaient. La paisible population se sou- ciait peu de gloire militaire et n'aspirait qu'au repos. La sécurité lui suffisait; elle n'espérait pas «l'ordre parfait » que lui promettait l'empereur *, et se serait volontiers contentt^e d'une bonne administration.

On lui donna un préfet du prétoire surchargé

' Diehl^p. 334. * Diehl, p. 459. 3 Diehl,p. 464. ^ Cod» Just., 37, 1, 10; cp. Diehi, p. 97.

LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 127

d attributions , écrasé d'honneurs, assisté dune ar- mée de fonctionnaires , escorté de courtisans et de serviteurs. Les fonctionnaires suflBsaient à peine à expédier les multiples affaires que suscitait ladmi- nistration, et cependant ils remplissaient les bureaux de Carthage. Les hellénistes nous ont conservé la liste de leurs charges ; c est un annuaire aussi peuplé que celui d un de nos ministères ^ De la capitale, ils se répandaient dans la province ; chaque ville en comptait une troupe , et chaque bourgade en avait un. Rien ne se faisait sans eux: justice, finances, administration, ils connaissaient de tout. Le Gode justinien et les Novelles avaient pénétré en Afrique avec le conquérant et réglementaient à outrance ; le colon, longtemps privé de lois, en voyait mainte- nant une avalanche fondre sur sa tête et sur son bien. Ce dernier surtout était menacé.

Que tous nos sujets sachent que , soucieux de leurs intérêts et pour qu'ils soient à fabri de toute injustice et qu'ils vivent en pleine tranquillité, nous avons promulgué cette loi. Mais il faut que vous aussi , mes sujets , sachant quelle sollicitude nous avons pour vous, vous payiez avec un absolu dévoue- ment les impôts publics dans leur intégrité sans avoir besoin de la coercition administrative et que vous montriez une obéissance qui nous prouve par les faits toute la reconnais- sance que vous inspire notre extrême clémence *.

Et fauteur auquel nous empruntons la citation ajoute :

' Voir Diehi, p. 97 et passim. * Nov. 8, 10; cp. Diehl, p. 116.

128 JANVIER-FEVRIER 1899.

Si l'empereur recommandait si énergiquement à ses gou- verneurs de ménageries contribuables, c'est qu'il se réservait à lui-même le monopole de les exploiter ^ .

Ce fut une exploitation savante, méthodique, inexorable. La fortune privée était traquée dans tous les coins, taxée sous toutes ses fornues. Sur la propriété foncière, le tribatumylsicoeniptio, ïéTriëoXrj, les corvées; sur Tagriculture et le commerce, des prélèvements divers en argent ou en nature [KOfÀfxep- Ktov) ,\sinaaticatio , qui frappe la navigation et encore les douanes '^. Pour percevoir les taxes il faut beau- coup d'agents. Des dix bureaux de scrinarii de lad- ministration centrale, quatre, de chacun dix em- ployés , expédient les aflaires financières. Parmi les aaxiliares de la préfecture, «les plus nombreux étaient ceux que réclamait l'administration des fi- nances : il y avait soixante exceptoreSy greffiers et commis rédacteurs employés aux écritures adminis- tratives , et cinquante chartalarii chargés de la tenue des comptes. Pour recueillir les impôts , le service des finances employait encore cinquante mittenda- rii^ ». Soit, sur un total de 3 96, 200 employés affectés au fisc, c est-à-dire plus de la moitié.

Gela s'explique.

L'impôt est le moyen et la fin de ce gouverne- ment, la raison d'être et le principe vital de cette administration. Il est nécessaire pour défendre le

^ Diebl, p. 106, ^ Diehl, p. 5 00. ^ Diehl, p. io5.

LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 129

pays, entretenir Tarmée et les forteresses, payer des tributs déguisés aux chefs indigènes qu on n'a pu vaincre , et il faut défendre le pays pour s y mainte- nir et continuer à lever fimpôt. La victoire le rend plus lourd : l'organisation des nouvelles provinces, la construction dun limes plus lointain, la solde de troupes plus nombreuses exigent de nouveaux sacrifices et ce sont toujours les mêmes qui payent. La paix le rend plus odieux : à mesure que le danger s'éloigne, l'assujetti s'explique moins la nécessité de la contribution; à mesure que l'ordre s'affermit, le percepteur complète ses rôles, perfectionne ses pro- cédés de taxation , saisit plus sûrement et plus com- plètement la richesse qui se cache. Chaque jour ajoute un rouage de plus à la majchine fiscale et apporte une peine nouvelle au sujet taillable et cor- véable.

L'impôt a nécessité la création de l'édifice admi- nistratif qui fait si belle façade sur l'Afrique byzan- tine, et c'est lui qui hâte la décomposition du gou- vernement.

Tenté par le gain , l'agent prévarique et réclame plus encore que ne demande l'Etat; il fausse la jus- tice pour couvrir ses malversations et énerve l'auto- rité qu'il délient. Le sujet, écrasé sous la charge , résiste, raisonne, supplie, désespère et finalement se croise les bras devant son champ en friche ou sa boutique vide , et maudit celui qui le ruine.

Mais l'impôt survit à la décomposition îidminis- trative cju'il a provoquée. C'est maintenant un tribut

xni. 9

130 JANV1ER'F£VRIE:R 1890.

payé à des gouverneurs insoumis, à des chefs mili- taires en rupture d'obéissance; il est toujours aussi lourd et , de plus , il devient inégal , arbitraire. H reste attaché comme un mal inguérissable au flanc de la province et achève d'épuiser sa substance. Byzance est partie, mais le fatal fardeau quelle a imposé à l'Afrique pèse toujours sur elle. Le sujet de Grégoire geint d'ahan sous son poids et ne songe qu'à s'y sou- straire.

Il y réussit quelquefois à la faveur des troubles , et c'est un singulier spectacle que celui de ce petit peuple fait de vingt nations, sans cohésion politique ni sentiment national , assis sur un sol fertile, entouré d'ennemis qu'il redoute moins que ses maîtres, la- borieux, patient, pacifique, qui ne peut prospérer qu'en dépit du gouvernement qui l'opprime , et trouve son bonheur dans sa faiblesse et sa sauvegarde dans l'insécurilé.

L'administration byzantine alla s'affai^sant et se désagrégeant lentement; elle avait d'abord été pu- rement civile; en lait, elle prit vite la forme mili- taire et , cinquante ans environ après la conquête , la reçut définitivement. le préfet du prétoire avait échoué , on espéra voir réussir ïexarqae. L'empereur Maurice, peu après son avènement (en 58a), con- sacra la prédominance du militaire sur le civiP; dans les provinces, à côté des prœses, on plaça des

' tll ) a. . . loule raison déplacer entre 58a et 691 Tinstitution de la nouvelle magistrature (exarchat) et dVn faire honneur à l'em- peivur Maurice. ( Diehl p. 4 78 ).

LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 131

dacê; cela nen alla pas mieux. Aussi bien, à cette date , ITiîstoire s'obscurcit et c'est à peine si , dans ce crépuscule, on distingue nn goiivernemenl désemparé qui , se sentant sombrer, se retient k tout ce (|ui ré- siste. Les exarques s'appuyèrent sur le clergé, qui ne tarda pas à les dominer; la carrière du militaire avait clé courte: au commencement du vi* siècle, les évêques administraient l'Afrique ^ L'élément reli- gieux jeta dans le pays un nouveau et puissant fer- ment de décomposition.

A peine maître de la province, l'Empereur avait

violemment réagi contre les dissidents. «Tous,

ariens, juifs, donatistes et païens furent traités avec la dernière rigueur *^. » Byzance répandait la bonne parole , et la communauté de foi afiFermissait les liens trop faibles qu'avait noués le pouvoir civil ; mais bientôt les dissensions éclatèrent. Ce fut l'affaire du Jadicaiam et la querelle des trois chapitres. La théologie savante, la sophistique contournée du Grec émurent les âmes simples et la foi naïve de nos Afri- cains. Le schisme fut sur le point d'éclater; la paix rétablie, la suspicion subsista et la dernière attache qui unît l'Afrique à Gonstantinople se détendit. Le pouvoir civil recouvra par instants quelque énergie ; il y eut des gouverneurs puissants, mais ils le furent si bien qu'ils se rendirent indépendants ^. Au milieu

^ Diehl, p. 507, 5 16. Diehl, p. 4o.

^ «En Afrique comme en Italie, les exarques, après s'être élevés (lu rang de généraux à la situation de vice-empereurs, finirent, de

9-

132 JANVIER-FEVRIER 1899.

du yif siècle, le dernier d'entre eux, Grégoire , tenait le pays en dépit de l'Empereur.

En 6/i6 (Ibn Khaldoun place le fait en 645 ^) ce gouverneur profita de la minorité dn basileus Con- stant II, qui n'avait que quinze ans, et prétexta de rattachement que ce prince marquait au mono- thélisme pour se proclamer empereur. « Les popula- tions semblent s'être jetées avec empressement dans la révolte, et non seulement les Africains romanisés paraissent avoir soutenu le patrice, les tribus ber- bères aussi embrassèrent le parti de l'exarque, et c'est peut-être pour se rapprocher de ses alliés que Grégoire, quittant Carthage, alla fixer sa résidence à l'intérieur des terres , dans la grande et riche ville de SufFetula ^. »

Le choix de cetle capitale semble indiquer, en effet , que l'usurpateur faisait de la politique indigène. Aussi bien , n'avait-il pas d'autre moyen de se maintenir au pouvoir ^. La mer était pour lui menaçante comme jadis pour le Vandale, et il était moins fort que ce dernier : une flotte pouvait le surprendre dans Car- thage et anéantir le frêle édifice de son ambition. A l'intérieur des terres, il se sentait plus en sûreté; il y

vice-empereurs qu'ils étaient, par devenir des usurpateurs. » (Diehl, p. 48i.)

^ Prolégom. , l , xix. Le fait tient probablement à ce que l'an 2 5 de l'hégire est à cheval sur les années 645-646 de notre ère.

* Diehl, p. 557.

' C'était même le seul parti qu'il pût prendre si, comme le croit de Slane, Carthage et les autres villes de la Zeugitane étaient restées fidèles à ]'£mpire (de Slanc Ibn Khaldoun, I, xix).

LES PREMIÈRES INVASIONS ARARES. 133

avait bien les Maures, mais radministration byzan- tine lui avait appris comment on transige avec eux. En faussant encore un peu plus ses ressorts fatigués, en accordant davantage, en renonçant, en se rape- tissant sous ie manteau de commandement ou en en cédant , à ia rigueur, un morceau aux chefs les plus exigeants, il pouvait se faire accepter et attendre der- rière ses murailles le jour leurs slupides querelles donneraient à sa diplomatie Toccasion de s'exer- cer. Ces alliances des Maures avec [ranger n'é- taient pas rares. De tous temps ils avaient vendu leur épée et cherché au loin , sous les enseignes car- thaginoises ou romaines , le pillage que l'occupant in- terdisait en Afrique. Récemment encore, en 610, « les tribus indigènes avaient envoyé leurs contin- gents pour servir sur la flotte et dans larmée ^ » d'Hé- raclius, révolté contre Phocas. En traitant bien les chefs et en les opposant les uns aux autres, Gré- goire pouvait défendre les derniers vestiges de civi- lisation grecque qui subsistaient dans le pays.

Celui-ci, en dépit de tout, était florissant. Le per- cepteur le laissait respirer^ les troupes étaient rares, le Maure était sage et la prospérité renaissait vite. L'administration ruinée^, la hiérarchie épiscopale décimée laissent les colons tranquilles. Ils ne de- mandent pas autre chose. Certes, c'est une prospé- rité bien relative et bien précaire, pâle reflet du merveilleux épanouissement qu'avait provoqué l'oc-

^ Diehl, p. 521.

> Diehl,p. 507, 5 16.

m JANVIER'FRVHIËR 1809.

cupation romaine; mais ce serait, à notre avis, une grave erreur que de considérer cetle splendeur comme la vie normale de l'Afrique, le but quelle pouvait souffrir quatre siècles plus tard et qu'elle pourrait encore viser de nos jours. C'était un éclat passager, provoqué par le voisinage de la plus gigon- tesque métropole quempire ait jamais possédée. Rome était un monde au milieu d'un désert. Tltalie, dont elle avait épuisé le sol. Rome avait besoin de blé et d'huile, et les demandait à l'Afrique. Sous ce prodigieux appel d'air, le foyer qu'elle avait allumé dans la province flambait, gagnait au large et res- plendissait. Supprimez l'appel d'air : le feu baisse, languit, rouve sous les cendres et parfois s'éteint.

Au vii'' siècle, il rougeoyait modestement. Les Arabes nous doiment de la splendeur du pays une description hyperbolique. «En 27, nous dit El- Badji, l'Ifriqïah était des plus florissantes, remplie de grandes cités et de belles contrées. . . De Tanger à Tripoli, on ne voyait que des arbres, des eaux, des fleuves, des prairies et des moissons ^ » Mais il ne faut pas oublier que l'Arabe soii: du dé- sert et que, longtemps après l'exode, il garde encore dans l'œil le reflet des sables et des rocs du sol natal ; le plus maigre feuillage l'étonné et le moindre gazon l'enchante ; il fait une rivière d'un mince filet d'eau courante. Les frondaisons pâles et tristes des oliviers, les rameaux des lérébinthes, des pistachiers et des

1 £i-Badji, 4.

LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 135

methnan, le gaettaf des plaines basses et le retem des sables du littoral lui semblaient une vé^rétation luxu* riante, et la Medjerdah un fleuve imposant. Cepen- dant, celte fois-.ci, il na pas exagéré; «le pays était boisé plus que de nos jours; de grands arbres cou- vraient les crêtes, et la végétation forestière était assez dense pour que des villes comme Laiibus fussent presque cachées au milieu des bois. . . presqu'île du cap Bon était couverte de forêts. . .; de même le littoral de la Proconsulaire '. »

De cette belle contrée , le Grec n avait rien su faire. Son administration avait été néfaste. Ses procédés autoritaires, inquisiteurs et tracassiers, troublaient le colon et l'indisposaient. Ce n'était pas tant la faute des institutions que le résultat de la préoccupation qui, perpétuellement, tenaillait le gouverneur, absor- bait sa pensée et faussait son action. Le Maure était qui menaçait toujours. Il a fallu s appuyer sur lui pour chasser les Vandales, lutter contre lui pour retrouver, ou à peu près, l'ancienne frontière de Rome, négocier avec lui pour la maintenir tant bien que mal. Finalement, les efforts de l'armée et de la diplomatie sont demeurés vains; vers 6/io , Byzance, trahie [jar les siens, a renoncé à la hitte, et les Grecs qui restent se berbérisent et s'abaissent au niveau de leurs farouches voisins pour conserver un fan- tôme d'autorité. L'Empire n'a pas pu s'emparer de

* Diehl, p. /io6.

156 JANVIER. FEVRIER 1899.

TAfirique. Le véritable maître de ceileH^i , c est Tindi- gène, le Berbère

"^ « La resUoration b}nsantiDe fat toale on &çade; peo de colons se bavardèrent à suivre en Afrique les fonctionnaires et les soldaU grecs. En somme, c'est en face da people bcrbèfe reconslitoé en partie comme nation , mais appauvri par les lattes incessantes de la période byzantine, en partie indépendant, en partie soumis à une poignée de fonctionnaires grecs , que \ont se trouver les Arabes. Im Tunisie, t. f, p. ^^i.)

LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 137

III

LES BERBEBS.

1. Origine des Berbers.

II. La race s'est maintenue malgré les invasions successives.

HT. Le type berber.

ÏV. Le caractère berber. Jugement des anciens. Attitude des Ber- bers vis-à-vis de Carthage et de Rome. Les soulèvements.

V. La vie berbère. Sédentaires et nomades.

VI. Les centres de ralliement. Villes, kejs, guelaas.

Vif. Le gouvernement. L'aristocratie. L'autorité appartient à un chef unique ou à un conseil. Précarité de l'État en Berbé- rie. Impuissance et insuffisance du chef. La loi , la religion. Instabilité des tribus. Ses causes. La politique des grands chefs.

VIII. Tactique des armées berbères. Les marches et les batailles.

IX. Les tribus à l'époque de l'invasion arabe. Leur attitude vis-à- vis de Byzance. Pourquoi le Berber n'a pas été assimilé.

I

Salluste les appelle Numides, Procopc, Maures. Nous les nommerons Berbers , à l'exemple des Arabes. Curieux de ramener les mots étrangers à des ra- cines de leur langue, ils s'ingénièrent à trouver à ce nom de naïves étymologies ^ Nous n y voyons que Tadtération du Barbari des Latins -.

Le monde civilisé les trouva en Afrique; il ne

' Bdadori, Fotouh, p. 229. ' Foumel, I, p. Sa.

138 JANVIËR-FÉVRfER 189tf.

voulut jamais les considérer comme autochtones ; Salluste voit en eux un mélange de Gétules et de Perses ^ ; les Arabes les font venir du Yemen , de la terre de Kana'an ou de la Syrie '. Ibn Khaldoun les amène d'Egypte^. La science moderne fiit parfois tentée d'admettre de semblables hypothèses : d'Her- belot affirme que, bien avant la conquête, on parlait arabe en Afrique '* ; Silvestre de Sacy le réfute. Caussin de Perceval fait régner en Maurétanie , entre liO et 60 avant J.-C.,un roi du Yemen , Afriqous ibn Abrahah ^ ; Foumel le rétorque *. La science moderne n'est pas , sur ce point comme sur beau- coup d'aulres, plus avancée que les annalistes de jadis.

Quant aux Berbers eux-mêmes, ils nont pas d'opinion là-dessus. Certaines de leurs tribus, Zena- tah, Kitamah, Sanhadjah, Hoouarah, se réclamèrent d une origine arabe : ambition de conquis qui veu- lent se mêler aux conquérants ; ceux-ci, indififérents ou politiques , admirent volontiers la fable. Le fait ne vaut que par l'affinité qu'il dénote entre les deux races.

Il n'y a pas une, mais des origines berbères, nom- breuses, confuses et lointaines. Le plateau septen- trional du continent africain appelle l'envahisseur

^ Salluste, Bell, Jugurth,, xviii.

* Fournel, I, p. 33. ' Ibid,, p. 177,

* Bibl, Orient,, Tp, 61, c. 2.

* Essai, t. I, c. I.

* Fournel, t. I, p. 27.

LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 130

de toutes parts. Libère y pénètre par les colonnes d*Hercule, les flots méditerranéens y jettent chaque jour des Baléares, des Corses ou desSicules, en at- tendant le Romain; du désert de Libye surgissent, à chaque saison, les Coptes et les Juifs, en attendant l'Arabe ; et la marée des Gétules monte du Sahara. C'est qu'est le grand réservoir d'hommes ; c'est de que viennent les éléments neufs qui re- nouvellent le sang des habitants du nord, tari par les guerres ou usé par la vie trop facile. D'où sont ces gens du sud ? Peu nous importe. Il nous suffit de savoir que leur montée submerge périodiquement le mélange abâtardi du nord, noie Ibères, Baléares, Sicules, Juifs et Numides dégénérés, sous une nou- velle vague berbère. Grâce à eux , le sang reste pur, Tesprit intact, et la race conserve la plus singulière vitalité qui se puisse voir.

II

11 y a une race berbère. Des hommes d'origine commune, de même sang, de même apparence, de même langue, de même caractère et de même pensée vivent côte à côté, obéissent aux mêmes coutumes, s'unissent dans les mêmes pratiques.

Malgré les mélanges , la race se maintient pure et demeure une. Les éléments étrangers sont vite assi- milés : la quasi perpétuelle infusion du sang original du sud rajeunit la nation et fait saillir les reliefs pro- fonds de sa physionomie. Aujourd'hui encore, rongé

140 JANVIER-FEVRIER 1899.

par la civilisation européenne , martelé sur toutes ses faces par nos institutions, privé de la trempe du sud, le métal subsiste intact comme au premier jour.

Il y a encore un type et un caractère berbers ^ Combien plus accusés étaient-ils jadis, aux temps lointains l'Islam n'avait pas appesanti sa lourde calotte sur le cerveau numide, alors que l'Africain du nord vivait, en fait, indépendant et libre de pensée comme de corps sur ses plateaux et ses mon- tagnes.

Chose singulière ! l'antiquité méconnut l'unité de cette race et son existence même. Le Carthaginois ne s'en soucia guère et le Romain n'en eut cure. Il ne vit qu'une tourbe de barbares, turbulents, pil- lards , acharnés ennemis de la paix qu'il imposait au monde; il les broya sous le poids de ses légions.

C'est l'Arabe qui , le premier, soupçorma l'unité dans la confusion numide; pénétrant plus avant que ses devanciers dans la vie de ses sujets, il reconnut leurs affinités, discerna leur esprit, et, dans les Maures, découvrit le Berher^.

III

Il y a un type berber. A l'intérieur du limes by- zantin, nous rencontrons déjà dans les campagnes, paissant les troupeaux ou rôdant d'un pied furtif autour des cités, des hommes que leur allure

^ La Tunisie, I, p. 17. * La Tunisie, I, p. 386.

LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 141

étrange décèle : ce ne sont pas des Grecs ; ils n'en ont ni la physionomie éveillée et fine, ni le costume apprêté; ce ne sont pas des colons : ils n'ont ni l'at- titude soumise du sujet ni l'apparence pacifique du cultivateur. Ils restent muets et observent; leur œil noir fouille tous les coins, interroge toutes les phy- sionomies, se détourne, quand on le fixe, avec em- barras et dédain. S'ils se sentent épiés, ils s'en vont d'un pas agile , franchissent le limes et disparaissent derrière la prochaine colline.

Ce sont des Berbers; suivons-les : leur marche élastique et bien rythmée les porte vite au flanc d'une montagne, vers un amas de huttes tapies sur le sol; on vient à leur rencontre, un groupe se forme. Ce sont de beaux et grands hommes; la tête, massive et carrée, ouvre sur le monde de petits yeux noirs fendus en amande, enfoncés dans l'or- bite, scintillants et mobiles; les sourcils se contrac- tent facilement et , dans le front surbaissé , un pli têtu se dessine. L'entêtement s'accuse dans la mâchoire puissante, armée de crocs solides et couverte d'une barbe rude, rare et courte, dans la bouche lippue, largement fendue , aux commissures tombantes , dans le nez aquilin , aux narines avides. On devine derrière le front épais une pensée rare qui som- meille; elle éveille parfois dans les yeux un éclair de malice; le visage, alors, se détend, le hiatus de la bouche s'élargit et les lèvres difformes esquissent un sourire. Ces lueurs sont lares , la physionomie reste

142 JANVIER. FEVRIER lâOO.

le plus souvent fermée ^ Cetle tête repose «ur un corps desséché par 1 ardeur du soleil; des muscles serrés e( noueux s attachent sur une charpente mas^ sive et, sous la toile qui constitue tout le vêtement, jouent à Taise, par brusques détentes; les nerfs sont à fleur de peau et partent avant que le cerveau n ait commandé : de des mouvements exhubérants, une grande emphase du geste , une perpétuelle saccade de tout Torganisme. A pareil jeu, celui-ci s'épuise vite. L'émotion passée, la machine s'arrête, le corps s affaisse, les membres se détendent et tout l'être se fige dans une immobilité muette. Gela ne marche que sur des impulsions vives et actuelles; l'effort est prodigieux, parfois disproportionné avec l'objet n atteindre : supprimez l'impulsion , le mouvement cesse aussitôt. L'homme manque de grâce, la femme n'a pas de beauté; ce sont des corps vigoureux, commandés par des volontés impérieuses et in- stables.

IV

Certes , à ne considérer que l'ifriqïoh proprement dite, le type est déjà fort altéré au vu' siècle de l'ère chrétienne; le sang étranger coule en larges ondes dans les veines des hommes qui suivent Fa- raxen ou Koçeïlah : l'esprit reste le même. « Genus

^ Considérer les belles photographies de types herbers (pii illus- trent rarticle de M. le D' Bertholin dans la France en Tunisie, (Paris, 1887.)

LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 145

hominum mobile , infidum » , avait dit d'eux Sal- lusteM «Gens indomita et inter accolas latrooiniis fecunda , répète Tacite ; Procope , cinq cents ans plus tard, nous dit que « chez les Maures, il ny a ni crainte de la divinité, ni respect des homnnes. Ils ne s inquiètent ni des serments prêtés , ni des otages livrés, quand bien m^me ce sont les enfants ou les frères de leurs chefs ; il ne peut y avoir de paix avec eux que s'ils sont tenus en respect par la crainte de Tennemi » ^.

// ne peut y avoir de paix avec eax :

La pauvreté du sol, la précarité des récoltes, Tar- deur du sang, lappftt des richesses voisines, tout les pousse à la guerre ; ils l'engagent d'un élan fu- rieux, la soutiennent avec la ténacité redoutable du soldat qui sait fuir pour revenir à la charge , abu- sent de la victoire comme le reltre lâché au pillage^, et subissent la défaite avec le fatalisme perfide do gens que l'avenir destine à l'Islam.

Ils se sont toujours battus, ils aimeront toujours la guerre; aujourd'hui encore, les hommes d'une de leurs plus fières tribus répètent à demi-voix leur dicton familier :

Ës-serdj oui' iedjâm oui' aïch alal' Islam.

* Bell, J., X, c. I.

* Bell, Vand.» 443 1 cité par Diehi, p. 3i i.

* Dans la guerre de Régulus contre les Carthaginois, « les Nu- mides faisaient encore plus de ravages dans les campagnes que les Romains». (Poiybe, Hist. Relig,, liv. I, ch. xxxi, 2.)

144 JANVIER-FÉVRIER 1899.

« La selle et la bride , et la vie sur rislam » : les longues chevauchées nocturnes dans les lauriers roses des oueds, les attaques soudaines à la tombée du jour, le massacre et la razzia, les retours triom- phants, alourdis de butin.

Mille ans avant notre ère, ils ont eu leurs temps héroïques, ils ont été en Egypte et se sont installés dans le delta; chassés du pays, ils revinrent en Ifri- qïah, se battirent entre eux et, plus tard, attaquè- rent les colonies phéniciennes de la côte.

Les Carthaginois , penchés sur leurs comptoiis qu'abritaient de solides murailles, songèrent plus à traiter qu'à combattre et tournèrent à leur profit la rage de guerre de leurs incommodes voisins, en achetant leur sang, la seule chose qu'ils pussenl vendre. Les plus rapprochés étaient payés pour dé- fendre le domaine punique contre les autres. Puis vinrent les Romains, qui prétendirent imposer la paix, non la brocanter.

On se battit : cela dura longtemps; deux cent trente-deux ans^ Le pays se défendait autant que ses maîtres. Enfin la légion l'emporta : des routes éventrèrent les montagnes , des castella surgirent sur toutes les collines, la culture gagna rapidement sur la barbarie, les Numides se soimiirent ou s'en allèrent. Ils n'allèrent pas loin ; la Maurétanie leur servit de refuge, l'Aurès leur fut un solide bastion, et le constant afflux des Gétules ranima leur vigueur.

* Mercier, I , p. i oo.

LES PREMIERES INVASIONS ARARES. 145

La paix ne dura pas cent ans : la pacification géné- rale date de 43 après J.-C, en i38, à Tavènement d'Antonin, les Berbers se soulèvent; ils sont vaincus et débusqués de TAurès. Cinquante ans plus tard , nouvelle attaque repoussée par Pertinax. En 222, la Maurétanie césarienne est en feu; en 260, Faraxen entraîne les Fraxiniens; vers 26/i, les Quinquégen- tiens suscitent un mouvement générad; en 2-70, Ara- dion agite la Numidie. Dès lors, les attaques ne se comptent plus, le limes ruiné ouvre ses brèches aux barbares, fesprit des légions s aigrit (on en vit s unir à fennemi^), les luttes religieuses s en mêlent, donnent aux Romains des prétextes d'alliance avec le Numide, au Numide des prétextes de rapines chez le Romain. Le gouvernement résiste comme il peut; mais rien ny fait, ni victoires sans lendemain, ni soumissions cauteleuses des grands chefs , ni transport imposé des tribus d'un canton dans un autre ^, ni fixation des peuplades au sol : le flot monte et bat chaque jour plus fort la muraille romaine; elle était solide et eût résisté longtemps sans doute ; une vague plus dense et plus brutale la balaya d'un seul coup. Ce fut l'invasion vandale.

Vandale ou Romain, pour le Berber, c'était tout comme. La lutte continua entre l'homme des douars et l'homme des villes. L'attaque du premier fut plus vigoureuse ; il se renforçait sur la ligne du désert et brisait enfin la chaîne des castella, qu'avait tendue

* En 372 , lors de la révolte de Firmus.

^ En 288, Maximien fait transporter une partie des tribus.

xm. 10

140 JANVIER-FÉVRIER 1800.

Rome; la riposte du second fut plus maladroite; ii arriva moins vite à la parade, rompit sans cesse, puis traita. En 4 3 7, Tarien Genséric appela le Berber à Taide contre les catholiques orthodoxes; peut-être leur céda-t-il la ligne frontière du sud^ Fj alliance dura peu; en 483, les indigènes se soulevaient en masse et se rendaient maîtres de TAurès et du Djer- djera. Ils en descendaient les pentes quand parut le Byzantin. Nous savons quels rapports entretint avec eux le nouveau maître de Tlfriqïah et les retrouvons au vi* siècle ce qu'ils étaient au i** : « Genus hominum mobile, infidum ».

V

Leur vie n'a pas changé : tels Salluste nous les dépeint, tels les retrouve Procope, tels les décrit Ibn Khaldoun.

« Les Numides ne se nourrissent guère que de lait et de la chair des animaux sauvages, sans y ajou- ter le sel et tous ces assaisonnements qui irritent le palais ^. » « Les Maures habitent, été comme hiver, dans des huttes Ton respire à peine; ni la neige, ni la chaleur, ni aucune autre nécessité ne leur font abandonner ces misérables retraites. Ils couchent par terre; seuls les plus riches d'entre eux s'étendent parfois sur une peau de bête, ils ne changent pas

* Mercier, i, i43. - Sailu8te,^LX\xi\.

LES PREMIERES INVASIONS ARABES. U7

de vêtements selon les saisons; en tout temps ils ne sont vêtus que d une tunique grossière et d un man- teau de rude étoffe. Ils n'ont ni pain, ni vin, ni aucune des choses qui rendent la vie agréable. Le blé, Tépeautre, Torge leur servent de nourriture ^ » - « Ils construisent leurs demeures soit de pierre et d argile, soit de roseaux et de broussailles, ou bien encore de toiles faites avec du crin ou du poil de chameau *^. »

Qui ne reconnaît dans ces lignes le gourbi et la kheimah de nos jours, findescriptible burnous, les galettes d'orge arrosées, toutes brûlantes, de larges lampées de lait de brebis P

Salluste nous les représente « tantôt sédentaires dans les régions montagneuses ou les plaines fertiles , tantôt nomades, errants sans autre demeure que la place la nuit les contraignait de s'arrêter ». Ibn Khaldoun nous les montre « s adonnant à la vie no- made et parcourant avec leurs troupeaux les pâtu* rages auxquels un court voyage peut les amener. Lors de la conquête musulmane, toutes les tribus portant le nom générique de Hoouara . . . habitaient la province de Tripoli et la partie du territoire de Barqah qui en est voisine; les uns possédaient des demeures fixes, les autres étaient nomades^. »

Nomades, ils paissent leurs troupeaux, brebis, bœufs et chameaux ; Therbe rase et pauvre des plaines

* Procope, Bell. Vandal, p. 435, cité par Dlehl p. 3o9.

* Ibn Khalduun, I, p. 167. '"* Ibn Khaldoun, I, p. 975.

10.

148 JANVrER-FEVRIER 1899.

est vite tondue, Teau des puits avares plus vite bue encore, et la tribu se transporte de plaine en plaine et d'oglel en oglet, montant vers les pâturages du nord, quand le soleil s'élève sur le tropique, et redes- cendant au sud, quand viennent les pluies d'hiver. Chaque année voit le troupeau poudreux passer des sables du sud aux prairies septentrionales. Bientôt les tribus se font une accoutumance , le pas de leurs bêtes lassées les ramène aux mêmes lieux; ce sont leurs terrains de parcours. Jalousement défendus, ardemment convoiiés, ils servent souvent de champs de bataille.

Sédentaires, les Berbers cultivent le sol. A nous autres , cela paraît tout simple : cultiver la terre , quoi de plus naturel, de plus nécessaire et de plus facile .►^ Nous commençons par : nos sociétés sm- crustent dans le lerroir, elles y plantent des racines tenaces et s y accrochent si bien, que la terre et rhomme se combinent, s'amalgament, forment un tout quon ne peut dissocier. En Berbérie, il n'en va pas de même : la glèbe est ingrate , et répond mal à l'effort du tâcheron; elle est aride et réclame une eau quon ne peut lui donner qu'à grand'peine et grande économie ; elle s'étend à perte de vue , ouverte à la chevauchée du pillard comme au souffle du siroco.

L'un et l'autre brûlent la moisson du cultivateur paisible. Défoncer le sol, l'arroser, le défendre, c'est trop demander à ce dernier. De guerre lasse, il se retire et monte sur les sommets. Ici, la terre est plus

LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 149

maigre encore, mais les sources sont proches, et i ennemi est loin.

La tribu s*accroche au flanc d'une montagne , met, à Torée du val, une garde qui la protège, au sommet du mont une sentinelle qui veille et remue avec courage la mince couche de terre que les pluies ont laissée sur Tossature du roc. éclatent l'endu- rance et la ténacité de la race : des pierres rovdëes dans le lit du torrent font une digue qui en régularise le débit, des canaux ouverts le long de son cours portent Teau dans les cultures; les champs s'étagent de colline en colline et poussent patiemment leurs sillons jusqu'au sommet le plus élevé; la terre con- quise pied par pied donne un peu de blé, beau- coup d'orge et de millet, des légumes dans les fonds bien arrosés. Tout au haut du mont, les gourbis s'entassent et prospèrent.

La société sédentaire berbère est fondée. Fait grave, qu'on n'a pas assez observé : dans i'Ifriqïah, la mise en valeur du sol marche à l'inverse de chez nous. Nous prenons d'abord les terres grasses des vallées, nous nous y établissons solidement et les défendons par de bonnes forteresses élevées sur les collines qui dominent le fleuve. L'occupation assurée , nous montons dans les vallons latéraux et prenons d'assaut, un à un, les remparts montagneux qui ferment la plaine. Dans celle-ci, l'air et les idées circident largement, les communicalions faciles dé- veloppent le commerce, des rapports s'établissent vite avec les sociétés voisines, les grands horizons

150 JANVIER. FÉVRIER UOO.

apprennont à l'œil à voir irès loin ; Tesprit le suit , s'élargit et s assouplit. Le Berber sMenlaire tient les sommets : d abord il s*enchâss6 dans une gorge étroite, se dérobe derrière un paravent de mon- tagnes, risque à peine un regard, par delà ses postes avancés, dans la plaine, y descend rarement, en revient vite. Par delà Tarôte de rochers qui borne sa vue, il ne connaît plus rien et le monde finit Je dernier sillon de son champ va mourir dans le caillou do la pente devenue trop rapide. Après , cVst rignoré, c'est-à-dire Tenneini. Chaque vallon couve sa tribu ; chaque tribu reste à 1 écart dans son vallon; ce sont autant de petites sociétés primitives, qui ^e suffisent à elles-mêmes, s'interrogent peu, pensent moins encore et s'entêtent dans le labeur des champs. Ce fait, c'est toute Thistoire de la race.

Elle végète dans quelques coins ignorés, cultivés et tranquilles, agite dans les plaines l'existence vide du nomade et, pi^rtout, recommence chaque jour la vie de la veille, sans un progrès. Au fond, quel était son tempérament? Sédentaire ou nomade? Est-elle, comme nous le supposions foui à l'heure, montée des basses terres sur les plateaux, pour y vivre en paix, ou descendit-elle, au contraire, du mont dans la plaine , pour y vaguer à l'aise ? 11 senible que le Berber fut plutôt un nomade.

Certains indices pourraient nous faire supposer le contraire. Rome, pendant un temps, réussit à le fixer au sol; mais de nouvelles invasions, venues du

LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 151

sud, Ten arrachèrent, et il n y reprit plus racine. On pourrait le comparer à sa terre natale qui, privée des soins de Thomme, retourne au désert. S il revient à la vie nomade, c est quelle lui convient mieux; toute Tantiquité nous montre en lui un vagabond invétéré qui ne se fixe quelque part que contraint $t forcé. Son ambition serait de tenir la plaine et de la battre en tous sens ; mais les tribus les plus puissantes parviennent seules à s'y maintenir, tandis que les autres, refoulées sur les hauteurs, y campent vaille que vaille, n attendant que l'occasion propice qui les ramènera dans les terres basses. Les plus forts sont en bas, les pauvres et les faibles son't en haut. Ibn Khaldoun, le premier, a discerné clairement cette situation des tribus : « Ceux d'entre les Berbers qui jouissent de la puissance et qui dominent les autres

s'adonnent à la vie nomade Les Berbers de

la classe pauvre tirent leurs subsistances du produit de leurs champs ^ » Vient l'étranger, qui s'em- pare des côtes et pénètre dans l'intérieur, chasse devant lui le nomade, le rejette à son tour dans la montagne, le culbute sur les édentaire qui, déjà, s'y trouvait , rompt l'équilibre instable de la société ber- bère; les peuplades tourbillonnent sur elles-mêmes, combattent l'ennemi ou luttent entre voisines, s'ar- rachent par lambeaux les terres restées libres, s'y assoient tant bien que mal. Suspendues aux flancs des monts , elles glissent fatalement dans la plaine ;

* Il>»i Khaldoun, I, p. 187.

152 JANVIER-FEVRIER 1899.

tous leurs instincts les y poussent ; la seule puissance de loccupant les en détourne; que cette puissance vienne à s'affaiblir, et de nouveau le flot roulera vers la mer. Souvent aussi, une force invisible le pré- cipite; sans causes apparentes, sans raisons plau- sibles, les peuplades dévalent sur la pente; c'est une poussée venue du sud qui les meut. Une nouvelle onde humaine, montée du désert, étend ses vibra- tions sur tout te plateau, et la masse entière, agitée, s'ébranle. Cela se reproduit périodiquement. Nous n avons pas sous les yeux un peuple en enfance qui tâte le terrain sur lequel il s assolera définitivement , mais une race perpétuellement inquiète.

L'instinct avait poussé le Berber à la vie nomade , la nature l'invitait à la conserver longtemps, les cir- constances le condamnèrent à la pratiquer toujours.

VI

Si errante soit-elle, une tribu a toujours un point fixe autour duquel elle se meut , im centre de rallie- ment, forteresse et magasin à la fois. Les Berbers ont leurs villages et parfois même leurs villes.

En parcourant les plaines de l'Afrique du nord, soit dans le bassin inférieur des oueds, soit sur les plateaux du centre , vous voyez parfois , en quittant l'étape , se détacher en vigueur, au fond de l'horizon , sur le ciel clair du matin, la silhouette bleuâtre d'un rocher de forme bizarre ; vous piquez dans cette direction et le voyez lentement grandir au-dessus

LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 153

du plat pays, étager de larges assises aux contours capricieux , que le soleil , d'heure en heure , colore de teintes nouvelles. Le jour s avance; vous approchez encore; la marche devient plus diflBcile, le sol plus raboteux; votre monture bute, vous la surveillez et restez les yeux fixes sur Tétroit sentier, la bride courte et le jarret tendu. Tout à coup le guide crie : « Halte ! » Les bêtes s'arrêtent , vous levez les yeux, le rocher est devenu une montagne ; il ferme tout Thorizon d'un mur gigantesque qui plonge dans le sol , à vos pieds , et que la nuit qui tombe obscurcit d une teinte sombre uniforme; la route semble coupée. Cependant, au- dessus de vos têtes, dans le calme du soir, des voix lointaines montent : il y a des gens là-haut. Le guide fait mettre pied à terre, grimpe un raidillon caillou- teux qui, de lacet en lacet, vous amène au sommet. C'est une plate-forme étroite, suspendue au-dessus du vide, balayée des brises légères de la mer, encom- brée de gourbis ou de cahutes en terre sèche. Les derniers rayons du jour permettent de distinguer, au bord de la terrasse, les assises d'une vieille mu- raille, l'arrachement d'une voûte, les vestiges d'une porte. Vous êtes sur l'emplacement d'une antique ville berbère. Ces rochers ne sont pas rares dans le pays; les Arabes les appellent kefs^. On connaît le kef-Teboursouk , le Kef-Dougga, le Kef proprement dit. Les touristes ont tous vu , au milieu du domaine de l'Enfida, non loin de la route de Tunis à Sousse,

Kâf, dans l'arabe du Maghreb , désigne un rocher abrupt d'un accès difficile.

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le kef de Takrouna. «Ces bastions naturels, abrupts et faciles à défendre, servent de Jieu de refuge aux habitants qui circulent aveclenrs troupeaux à travers le plat pays. C'est que se dressent ces cités numides dont parle déjà Hérodote : on se les imagine aisé- ment présentant Taspect peu monumental de nos villages indigènes, formés comme eux de gourbis en chaume et de masures en pisé, aux murs de cailloux et de boue ^ »

I^es vestiges de muraille que nous y trouvons sont du travail romain. La légion est venue là, a chassé Thabitant et élevé un château qui garda longtemps la plaine environnante. L'indigène est re- venu et s est mis en défense, derrière ce qui restait des créneaux, contre les collecteurs des taxes de Byzance et des gouverneurs arabes.

Parfois , peut-être , ils ont construit quelque chose qui ressemble à la gaélaa ou au taqaeleth des Aoulad Daoud de nos jourft^ : un carré de muraille un peu plus élevée et plus solide que celles des de- meures habituelles, au centre, une cour bordée de hangars et creusée de caveaux et de silos. C'est le réduit suprême au cas d'une attaque heureuse de l'onncmi, le magasin qui renferme toutes les res- sources de la tribu*. Elle pivote autour de ce point

^ La Tunisie, t. I, p. 297.

* Masqueray, Note sur les Aonlad Daoud,

^ « La destination propre d'un village des Aoulad Daoud est l'en- magasinement; chacun y enferme, d'abord dans sa maison privée, une mince partie de ses provisions, pais, comiAe les voleurs sont toujours à craindre, il en dépose le principal dans la forteresse

LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 155

dattache , l'abandonne volontiers, s'en éloigne parfois beaucoup, y revient toujours très vite. Un coup d'au- dace, une belle razzia à opérer, l'honneur dun des siens à venger peuvent IVntraîner dans les plaines voisines; tous ses intérêts conjures la rappellent au village : il faut rentrer la récolte, protéger les vieil- lards et les femmes laissés là-haut, tenir en respect le voisin envahissant. La troupe des guerriers décrit constamment de larges cercles autour de la remise, risque parfois des pointes hardies, mais revient fata- lement au gîte. Les plus nomades sont altachés à un coin du sol qui les attire et les relient.

commune Une guelaa contient à peu près toute la richesse

mobilière des Iiabitants , des quantités considérables de blé , d'orge , fie laine, de dattes pressées, de beurre, de viande léchée par la- nières. (Masqueray, /oc. cit.)

[La suite au prochain cahier.)

156 JANVIER-FEVRIER 1899.

NOUVELLES ET MELANGES.

SÉANCE DU 13 JANVIER 1899.

La séance est ouverte à quatre heures et demie , sous la présidence de M. Barbier de Meynard.

Etaient présents :

MM. Maspero vice-président; Decourdemanche , Spechl, I.-B. Chabot, Carra de Vaux, Houdas, Sonneck, S. Levi, Feer, Halévy, Gaudefroy de Monbine, Halphen, Clément Huart, Schwab, membres;

M. Drouin, secrétaire adjoint.

Le procès-verbal de la séance de décembre dernier est lu et la rédaction est adoptée.

Au sujet de la réimpression de Sidi Khalil dont il est paiié au procès- verbal , M. le Président explique que cet ou- vrage sert depuis longtemps de règle aux tribunaux de l'Al- gérie en matière de jurisprudence musulmane , ce qui a né- cessité plusieurs tirages successifs grâce aux clichés qui avaient été conservés du premier texte arabe imprimé par les soins de la Société asiatique en i855.

Aujourd'hui la dernière édition est épuisée et les clichés sont hors d'usage ; on a reconnu en outre la nécessité de re- viser le texte , et ce travail a été entrepris avec une sûreté d'érudition et un zèle qu'on ne saurait trop reconnaître , par un de nos confrères , M. G. Delphin , qui a eu a sa disposi- tion de bons manuscrits africains et a pu, en même temps, considter les conmientaires indigènes. Toul permet d'espérer que sa tâche sera terminée au mois de mai prochain. M. le

NOUVELLES ET MÉLANGES. 157

Président propose donc de voter la réimpression du Traité de jurisprudence musulmane de Sidi Kiialil avec les caractères magrébins et dans le format de la première édition. Celte publication n'entraînera pas une forte dépense pour la So- ciété et sera facilement récupérée par la vente du nouveau volume. Le Conseil, acceptant la proposition de M. le Pré- sident, vote la réimpression de ce document important à 2,000 exemplaires et adresse à M. Delphin ses sincères remer- ciements.

M. de Charencey fait hommage à la Société de deux mé- moires dont il est Tauteur, intitulés :

L'historien Sahagan et les migrations mexicaines , ïn-i°. Alen- çon, 1898;

L'origine de la légende mexicaine de Huitzilopochtli (Eixtr.). Paris, 1897.

M. Specht communique à la Société un essai de lecture d'une légende scythique, jusqu'ici non déchiffrée, qui se trouve sur une monnaie d'argent de l'époque indo-sassanide.

M. Feer communique quelques pièces d'un dossier qui se trouve à la Bibliothèque nationale (voir ci-après, p. i6i).

M. l'abbé J.-B. Chabot entretient ensuite la Société des inscriptions sinaïtiques en général ; il expose que , selon lui , ces inscriptions n'ont en général aucun caractère religieux , alors même qu'elles consistent en formules qui , à leur origine , ont pu avoir ou ont eu réellement un sens pieux. Il pense que ces inscriptions ont été gravées par les gens d'une tribu na- batéenne qui se serait trouvée contrainte de chercher un re- fuge dans la péninsule à la suite d'une guerre on d'une cir- constance tout à fait accidentelle ; cette tribu ne serait restée que peu de temps dans ces parages , au cours du 11" siècle de noire ère. M. Chabot appelle ensuite l'attention sur les inscriptions qui mentionnent des prêtres de certains dieux inconnus, en particulier des prêtres du dieu TA (Nn pD). Il signale aussi une formule il est question d'un dieu Boa- ban ou Boubak (plD ou ^313). La communication de

158 JANVIER-FEVRIRR 1890.

M. Chabot forme la suite de ses Notet d^archeologie et d'épi- graphie, qui sera publiée dans le Joarnai asiatique*

M. Halëvy fait observer que, de la forroe de certains noms propres des inscriptions libyennes, il avait depuis long- temps déjà déduit l'existence d'un dieu portant le nom de TA; ce qui confirme Tint^rprétotion de M. Chabot.

La séance est levée à six heures.

ANNEXE AU PROGËS-VERBAL.

(Séance du ii novembre 1898.)

L'ancienne géographie de la Syrie présente encore maintes énigmes à l'investigation moderne. Je demande la permission d'appeler l'attention de la Société sur les trois points sui- vants :

L Lapana.

Dans une lettre trouvée à Ël-Amarna (L. ^7, 1. 56-59), Akizzi le gouverneur de Qatna fait part à Aménophis III ( Nam- niuriya) , de ses craintes relativement à l'entente de certains gouverneurs pour soustraire à la domination égyptienne la province de Ubé avec sa capitale Damas. Il écrit : « 0 Seigneur, si Arzauya de Ruhizi et Teumatti de Lapana restent dans le pays de Ubé, et Daàa dans le pays de Amma, que mon Sei- gneur sache que le pays de Ubé ne lui appartient plus I » Parmi ces noms, celui de Qatna «petit», s'applique encore aujourd'hui à plusieurs villes syriennes , tandis que ceux de Ruhizi bains » yn*^ ?) et de Ubé (31^?), semblent manquer dans Tonomastique actuelle. Quant au pays de Amma, je l'ai i'Ientifié avec le district de la ville moderne de fi* 'Imm située sur l'Oronte. H reste la ville de Lapana assimilée d'or- dinaire à la localité nommée en grec Ai^porif. J'incline à voir dans Lapana la forme primitive et indigène de Rapha- neia [Va(pav9ta), petite ville [wi>Xl)(yiov, Etienne de Byzanoe),

NOUVELLES ET MELANGES. 150

également située surl'Oronte. La signification de ce nom de- meure très douteuse.

IL non Hamàih,

T -J

Cette ville située sur le moyen Oronte a conservé jusqu'à nos jours , sous la forme légèrement modifiée de l'arabe HL^ Ffamâ, sou ancien nom biblique Hamâth nçn. Pendant la période séleucide elle reçut officiellement le nom d'Epipha- neia (ETri^àveict) «apparition, célébrité». On croit d'ordi- naire que la désignation grecque est indépendante du nom ancien que , sur la foi de la forme arabe , on interprète par «lieu protégé, gardé, défendu». J'incline plutôt à supposer que les Grecs ont assez fidèlement traduit le nom ancien qui vient de la racine '•DD « voir » , qui est fréquemment employé dansl'araméensyro'palestinien , voiredans le dialecte moderne de Ma'lula , au nord de Damas, nçn signifie donc littérale- ment « chose visible , apparence , apparition » , et probablement aussi « célébrité » comme le grec èiri^àveia» J'ai montré ailleurs que le talmudique ^^h} n^3 «maison de l'apparence, de l'éclat», ou N^Vi seul, que les commentateurs modernes identifient avec la Gaule , n'est autre chose que la ville de Hamath-Ëpiphanie .

m. Tj^in Hadrak.

Le nom de la ville de Hadrak ne figure en apparence qu'une seule fois dans la Bible. L'auteur prophétique de Zacharie ix commence son discours par les mots suivants : « ( Yahwé ) posera la main sur le pays de Hadrak et de Damas» (mn'') (pour inm:D)n'' m:n pt:;DTî l"nn V'^ÏO. Dans les inscrip- tions assyriennes, cette ville , appelée Hatarika , est tantôt nom- mée avec la ville phénicienne de Arqa (p'IÎ^ « Arca ») , tantôt avec Damas, circonstance qui semble assigner à Hadrak un site parmi les villes de la Phénicie septentrionale. Je crois ce- pendant être à même de signaler le nom de Hadrak dans un

160 JANVIER-FEVRIER 1899.

autre passage biblique qui fournit le moyen d'en déterminer mieux la situation. Le verset Ezéchiel, xlvit, i5 , dont l'état de conservation laisse à désirer, a été méconnu par les com- mentateurs, dont quelques-uns vont même jusqu'à rejeter plusieurs mots comme des interpolations postérieures. Le prophète y trace la frontière nord de la Palestine , restaurée après l'exil, et son tracé coïncide au fond avec celui des Nombres XXXIV, 7-8. Cet auteur fait tirer une ligne qui part de la mer jusqu'au mont Hor ("inn 1h) et descend de en touchant la ville de Hamath pour aboutir au point ex- trême vers l'est, formé par la localité nommée Sadad, et existant encore de nos jours. Dans le deuxième hémistiche du verset d'Ezéchiel , il faut aussi placer riDn , qui forme le début du verset suivant a\ant rmS. Le reste porte dans le texte hébreu |Vpri 'îjlin Vn3n DTI |D «de la grande mer (vers) le chemin de H^lon (vers l'entrée de Hamath vers Sadad) ». Cette description étonne d'abord par Tidée bizarre de fixer un point géographique par un chemin, puis par l'im- possibilité de considérer yMtl comme étant à l'état construit malgré l'article dont il est muni. Cette faute grossière dispa- raît quand on corrige l'absurde ^lin « le chemin » , en 'îj'^'in Hadrak. L'ensemble ne laisse plus rien à désirer. Les points de repère de la ligne nord sont : mer Méditerranée , Hadrak , Hetlon, Hamath, Sadad. A la désignation antérieure de la partie nord-ouest par le mont Hor, Ezéchiel substitue les noms des localités connues de son temps, Hadrak et Hetlon. Et comme cette dernière existe encore aujourd'hui sous le nom de el-Heitel, située à deux heures du bord de la mer, il s'ensuit que Hadrak était encore plus près de la mer si ce n'est pas sur le bord même, dans la proximité du Djebel Arràq , qui constitue le premier pic du Liban au nord-ouest.

J. Halévy.

NOUVELLES ET MELANGES. 161

ANNEXE AU PROCES-VERBAL. (Séance du 1 3 janvier 1899.)

La Bibliot'.ëque nationale a fait dans ces derniers temps, l'acquisition du dossier d'un prince indien (aujourd'hui dé- cédé) dépossédé, il y a un quart de siècle, par le gouverne- ment anglais de l'Inde, Sucet Singh, prince de Cambâ (ou Campa), petit Etat situé au pied de l'Himàiaya dans la partie N-E. du Pendjab. Parmi les nombreuses pièces en Hindi et Urdu qui composent ce dossier, deux principalement méritent l'attention.

L une imprimée , en sanskrit avec traduction en Hindi, fait connaître la situation du prétendant. Il y est dit que son père Cadhat- Singh avait contracté treize unions avec une première épouse qualifiée Patlcirâni (reine au turban ), une deuxième qualifiée Mahàrànî ( grande reine ) et onze autres qui n'étaient que de simples Ràriî (reines). La Mahàrànî avait eu trois fils : Vajr-Singh, mort avant son père; Çrî-Singh, Sucet-Singh; une des Ranî en avait eu un, Gopâl-Singh. Avant de mourir, Cadhat-Singh avait sacré roi Çrî-Singh et donné à Sucet-Singh une position qui faisait de lui l'associé et le futur successeur du prince régnant. Quanta Gopàl-Singh et à la mère de Gopàl-Singh , il leur avait seulement assuré des moyens d'existence qui les réduisaient à la condition de simples particuliers.

A la mort de Çrî-Singh , qui ne laissait aucun descendant (1871), Sucet-Singh , appelé à lui succéder, trouva dans Gopâl- Singh un compétiteur qui fut soutenu par les Anglais et élevé au trône avec leur appui, mais bientôt (en 1878) dé- posé par eux pour misconduct , comme dit M. Hunter (Impé- rial Gazelle oj'india, III, p. 3do).

Une déclaration du pandit Nityànanda, datée du 9 Ehâ- (Ira (août-septembre) Sainvat 1938 (1872), affirme les droits de Sucet-Sino^h comme successeur de Crî-Sin^îh.

L'autre pièce , manuscrite et faite avec le plus grand soin xrii. 1 1

iii»ai»»aia iAziu»Jkkm.

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est un tableau généalogique de la famille des princes de Cambâ. Il remonte jusqu'à Tannée ii43 de Tère Samvat ( 1087), commence parle nom de Grî râja-saila-brahmâ et se termine par les noms des trois fils de Cadhat-Singh et de la Mahârânî Katoca , ainsi que du fils de ce même Cadhat- Singh et de la râni Dogarî. Toutefois un point m'embarrasse à propos de ce tableau : les noms des fils de Cadhat-Singh viennent dix-septièmes dans cette liste , dont le premier nom, celui de l'auteur de la race , appartient à la fin du xi' siècle ( 1 087). Or, à compter seulement trois générations par siècle , les dix-sept noms ne remplissent guère plus de cinq à six cents ans, ce qui nous mène au milieu du xvii' siècle et non à la seconde moitié du xix*. Il manquerait donc six à huit noms(?).

Position de la question.

Cadhata-Simha , roi de Campa, mon père, avait épousé treize femmes. C'est, dans notre pays, une règle constante que la première épouse du roi est appelée Pattarànî, la deuxième Mahârâni, les autres sont simplement appelées Rânî.

Parmi ces (treize), celle qui avait le titre de Mahârânî, la deuxième épouse, eut trois fils nommés Vajra-simha , Çrî- simha, Suceta-siiîiha. Parmi les dernières, dites Rânî, une seule eut un fils unique, qui s'appelait Gopâla-simha.

Vajra-simha mourut du vivant de son père. Alors le roi , qui avait donné à Gopâia-simha , dès sa naissance , en même temps qu'à sa