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ÉCOLE
DES HAUTES ÉTUDES
COAAAAERCIALES
PE MONTRÉAL
BIBLIOTHEQUE
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COTE
Digitized by the Internet Archive
in 2010 with funding from
University of Ottawa
littp://www.archive.org/details/lasciencesociale42soci
ANNÉE 1906
11' LIVRAISON
BULLETIN
DE LA SOCIÉTÉ INTERNATIONALE
DE SCIENCE SOCIALE
SOMMAIRE : Xouvi'âiix luoiabres. — Li' vocabulaire social; déluiilions fondaiin'utale.s de la Science sociale, par M. Paul Descamps. — La métliode des statistiques jugée par une revue de statistique, par M. Paul Roux. — Le cercle de Science sociale d'Ottawa ('Canada), lettre de M. Fernand Rinfket. — Correspondance, lettre de M. B. Sch\\alm. — A travers les faits récents, par M. G. d'Azamblua. — L'activité américaine. — Bulletin bibliograpliiqu(>.
L'État actuel de la Science sociale, par M. Edmond Demoi-ins. Brochure d'inti-oduclion à la Science sociale, 0 fr. 20 cent.; dix ex., 1 fr. 2.5; vingt ex., 2 francs.
FASCICULES PARUS DANS LA NOUVELLE SERIE (Prix : ± fr. franco]
N° 1. — La Méthode sociale, ses
procédés et ses applications, par Edmond Demolins, Robert Pinot et Paul de Rou-
SIERS.
N'^ 2. — Le Conflit des races en Macédoine, d'après une observation monograpliique, par Ci. d'Azambuja.
N° 3. — Le Japon et son évolution sociale, par A. de Préville.
N'^ 4. — L'Organisation du travail. Réglementation ou Liberté, d'après l'enseignement des faits, par Edmond Demolins.
N" 5. — La Révolution agricole. Nécessité de transformer les procédés de culture, par Albert Dauprat.
N° 6. — Journal de l'École des Ro- ches, par les Profe.sseurs et les Élèves.
N° 7. — La Russie; le peuple et le gouvernement, par Léon Poinsard.
N'^ 8. — Pour développer notre commerce ; Groupes d'expansion com- merciale, par Edmond Demolins.
N" 9. — L'ouverture du Thibet. Le Bouddhisme et le Lamaïsme, par A.
DE Pré VILLE.
N^^s 10 et II. — La Science sociale depuis F. Le Play. — Classification sociale résultant des observations faites
d'après la méthode de la Science .sociale, par Edmond Demolins. (Fasc. double.)
N'^ 12. — La France au Maroc, i)ar Léon Poinsard.
N'^ 13. — Le commerce franco-belge et sa signification sociale, jjur Pli. Robert.
No 14. — Un type d'ouvrier anar- chiste. Monographie d'une famille d'ouvriers parisiens, parle D"' J. Bail-
HACIIE.
N° 15. — Une expérience agricole de propriétaire résidant, par Albert
DaUI'RAT.
N" 16. — Journal de l'École des Ro ches, par les Professeurs et les Élèves.
No 17. — Un nouveau type particula- riste ébauché : Le Paysan basque du Labourd à travers les âges, par M. Cî. Olphe-Galliard.
No 18. — La crise coloniale en Nouvelle-Calédonie, par Marc Le Gou- l'iLS, ancien Président du Conseil général de la Nouvelle-Calédonie.
No^ 10, 20 et 21. — Le paysan des Fjords de Norvège, par Paul I.ureau. (Trois Fasc.)
^° 22. — Les trois formes essen- tielles de l'Éducation; leur évolution comparée, par P.iul Dix'Anu's.
La suite au verso.
FASCICULES PARUS DANS LA NOUVELLE SERIE {suite).
les résoudre, par Edmond Demoi.in-
N" 23. — L'Evolution A(;ricole en- Allemagne. Le " Bauer » de la lande du Lunebourg. par Paul Roux.
No 24. — Les problèmes sociaux de l'industrie minière. Comment
>' 25. — La civilisation de Tétain. — Les industries de l'ëtain en Fran- conie, par Louis Arvué.
ORGANISATION DE LA SOCIETE
But de la Société. — La Société a pour but de favoriser les travaux de Science sociale, par des bourses de voyage ou d'études, par des subventions à des pu- blications ou à des cours, par des enquêtes locales en vue d'établir la carte sociale des divers pays. Elle crée des comité.s locaux pour l'étude des questions sociales. Il entre dans son programme de tenir des Congrès sur tous les points de la France, ou de l'étranger, les plus favorables pour i faire des observations sociales, ou pour propager la méthode et les conclusions de la science. Elle s'intéresse au mouvement de réforme scolaire qui est sorti de la Science sociale et dont YEcole des Roches a été Tapplication directe.
Appel au public. — Notre Société et notre Revue s'adressent à tous les hommes d'étude, particulièrement à ceux qui for- ment le personnel des Sociétés historiques, littéraires, archéologiques, géographiques, économiques, scientifiques de province. Ils s'intéressent à leur région; ils dépen- sent, pour l'étudier, beaucoup de temps, sans que leurs travaux soient coordonnés par une méthode commune et éprouvés par un plan d'ensemble, sans qu'ils abou- tissent à formuler des idées générales, à rattacher les causes aux conséquences, à dégager la loi des phénomènes. Leurs travaux, trop souvent, ne dépassent pas l'étroit horizon de leur localité; ils com- pilent simplement des faits et travaillent, pour ainsi dire, au fond d'un puits.
La Science sociale, au point où elle est maintenant arrivée, leur fournit le moyen de sortir de ce puits et de s'associer à un travail d'ensemble pour vuie œuvre nou- velle, qui doit livrer la connaissance déplus en plus claire et complète de l'homme et de la Société. Ils ont intérêt à venir à elle.
La crise sociale actuelle et les moyens d'y remédier. — Tout en con- tinuant l'œuvre scientifique, qui doit toujours progresser, nous devons vulga- riser les résultais pratiques de la science.
en montrant comment chacun peut acquérir la supériorité dans sa profession. Parla, notre Société s'adresse à toutes les caté- gories de membres.
La crise sociale actuelle est, en effet, la résultante des diverses crises qui attei- gnent les différentes professions.
Chaque profession doit donc être étudiée rt considérée séparément, dans ses rapports avec la situation actuelle et avec les so- lutions que cette situation comporte.
Publications de la Société. — Tous les membres reçoivent la Revue la Science sociale et le Bulletin de la Société.
Enseignement. — L'enseignement de la Science sociale comprend actuellement trois cours : le cours de M. Paul Bureau, au siège de la Société de géofjraphie, à Paris; le cours de M. Edmond Demolins, à l'Ecole des Roches, et le cours de M. G. Melin, à la Faculté de droit de Nancy. Le cours d'histoire, fait par notre collabora- teur le V*<^ Ch. de Calan, à la Faculté de Rennes, s'inspire directement des méthodes et des conclusions de la Science sociale.
Sections d'études. — La Société crée des sections d'études composées des mem- bres habitant la même région. Ces sec- tions entreprennent des études locales suivant la méthode de la Science sociale, indiquée plus haut. Lorsque les travaux d'une section sont assez considérables ])our former un fascicule complet, ils sont publiés dans la Revue et envoyés à tous les membres.
Bibliothèque de la Science sociale. — Elle comprend aujourd'hui une tren- taine de volumes qui s'in.spirent de la même méthode. On en trouvera la liste sur la couverture de la Revue.
Conditions d'admission. — La Société comprend trois catégories de memlires, dont la cotisation annuelle est fixée ainsi :
1" Pour les membres titulaires :20 francs (25 francs pour l'étranger) ;
2» Pour les membres donateurs : 100 francs ;
3*' Pour les membres fondateurs : 300 à 500 francs.
ANNÉE 1906
IT LIVRAISON
BULLETIN
NOUVEAUX MEMBRES
MM.
J.-A. CoRTEOGiANi, Paris, présenté par M. Paul Bessand.
Emile Gaudriot , ingénieur des arts et manufactures, Paris, présenté par M. E. Galland.
E. de LoLSY, directeur de la Société géné- rale des hauts fourneaux, forges et acié- ries en Russie, présenté par M. Edmond Demolins.
D'" José de Mendoza, Juiz de Fora, Minas, Brésil, présenté par le même.
C" G. de Reynûli), château de Vinzel-s.- Rolle, Vaud. Suisse, présenté par le même.
Th. RinEiRO DE Andraoe, docteur en droit. S. Paul, Brésil, présenté par M. G. -A. da Silva Oliveira.
William Wii.son, Edimbourg, Ecosse, pré- senté par M. Edmond Demolins.
LE VOCABULAIRE SOCIAL
Définitions fondamentales de la science sociale.
A me.sure que les sciences progressent, elles précisent leur vocabulaire et l'enri- chissent, en déterminant de nouvelles va- riétés.
C'est ce que j'ai essayé de faire dans les précédents fascicules pour /p.s* formol de In famille. M. Paul Descamps nous fait faire un nouveau progrès, en établissant quelques définitions fondamentales de la science sociale.
Je pense que nos lecteurs apprécieront l'importance de ce travail pour l'avance- ment de la science. — E. D.
I. — Qu'est-ce que la science sociale?
La .'icienre sociale est la science qui étudie les groupements humains et les faits, ou les phénomènes, qui produisent ces groupements, ou qui les modifient.
II. — Qu'est-ce qu'un groupement?
On appelle (/roiipemenl, toute réunion d'hommes en vue des diverses manifesta- tions de la vie privée ou de la vie publique.
Ainsi . on se groupe pour constituer l'atelier de travail, la communauté ou- vrière ou la propriété familiale, la famille, les organisations commerciales, intellec- tuelles, religieuses, le voisinage, les cor- porations, les organismes de la vie pu- blique : commune, pays, province. Etat, etc.
III. — Qu'appelle-t-on Fait, ou Phé- nomène social?
On appelle fait nu phènomi'nxe social, les élément.s simples constituant les groupe- ments humains.
Le fait a une portée plus restreinte que le phénomène, et il e.st probable qu'il y aura lieu de les distinguer ultérieurement.
Les faits, ou les phénomènes sociaux, sont connus en analysant les groupements humains à l'aide de la Nomenclature.
Exemples de faits et do phéuonK'nes so- ciaux : La culture du riz en Chine. — L'iso- lenient des habitations en Norvège. — Le ma- triarcat chez les Touaregs. — La mouclie tsé-tsé dans l'Afrique centrale. — Le bison dans les savanes de l'Amérique du Nord. — La fertilité dos terres jaunes on Chine. — La famille pati'iaroale on Mongolie. — Le grou- pement en tribus chez les l'eau.v-Rouges. — Le sous-sol aurifore on Californie. — Le sous- sol houiller dans le Borinago. — L'absence de l'art pastoral dans l'Afrique centrale. — La transmission intégrale du domaine à un seul héritier dans le Lunebourg hanovrien. —
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BULLETIN DE LA SOCIETE INTERNATIONALE
L'invasion des Francs en Tniule. — La nais- sance de la grande industrie en Angleterre au xvin" siècle. — Le mandarinat en Chine.
— La liberté absolue de tester aux États-Unis.
— L'achat de la femme en Mongolie. — La rareté des dots en Angleterre. — La fabrica- tion familiale en Mongolie, etc.
IV. — Qu"appelle-t-on répercussion?
La répercussion est l'action d'un fait ou d'un phénomène sur un autre, le premier étant la cause et le second la conséquence.
Exemples : L'art pastoral en Mongolie pro- duit la communauté familiale. — La culture du riz en Cliine tend à maintenir la commu- nauté familiale. — La mouche tsé-tsé s'op- pose à l'art pastoi-al dans TAfrique centrale.
— Le i-égime du double atelier chez les Toua- regs produit le matriarcat. — Le développe- ment des transports dans le Lunebourg amène la spécialisation de la culture. — Les petites parcelles de terre cultivable dissémi- nées le long des fjords de la Norvège ont brisé la communauté et obligé les familles à se sé- parer en simples ménages. — L'habitude de l'habitation séparée portait les Saxons à ins- taller leurs esclaves dans des habitations à part. — L'abus des examens est un empêche- ment à la pratique des exercices physiques.
V. — Comment peut-on classer les répercussions suivant le sens d'a- près lequel elles agissent?
Dans la Nomenclature, les phénomènes sont rangés suivant Tordre naturel où les répercussions se produisent généralement. C'est pourquoi nous appellerons répercus- sions directes, celles qui agissent dans le sens de la Nomenclature, c'est-à-dire en suivant l'ordre de ses divisions.
Par exemple : du Lieii sur le Travail : du Travail sur la Famille; de la Famille sur la Religion; du Travail sur les Cultures in- tellectuelles, etc.
.\u contraire, nous appellerons réper- cussions inversées, celles qui se produisent dans l'ordre inverse de la Nomenclature.
Par exemple : de Y Etat sur le Travail ; de VEtal sur les Cultures intellectuelles; du Voisinage sur le Mode d'existence: des Cul- tures intellectuelles sur le Mode d'exis- tence; de la Propriété .vtr le Travail ; des Cultures intellectuelles sur le Travail ; de VEtat sur les Cultures intellectuelles ; de l'E.cpansionsur le Salaire; du Mode d'exis- tence sur la Famille, etc.
Il y a lieu, enfin, de distinguer les réper-
cussions abrégées, qui sont la réunion de plusieurs répercussions que l'on formule en négligeant les intermédiaires, afin de simplifier l'énoncé.
Exemple : « La montagne a créé, en Grèce, le type séculaire du dominateur guerrier qui explique cette forme de la ci- vilisation ».
Il est clair que la montagne n'a pas créé directement le dominateur guerrier. Elle la produit par une série de répercussions intermédiaires que l'on supprime ici pour abréger l'exposé.
"VI. — Comment peut-on diviser les répercussions d'après l'intensité de leur action?
On peut considérer les reperçassions, non plus d'après leur direction, mais d'a- près l'intensité de leur action. On remar- que alors que certaines répercussions ont pour effet de bouleverser complètement le groupement sur lequel elles agissent, tandis que d'autres ne font que l'effleu- rer en quelque sorte, et n'amènent que des changements de détails. De là, les ré- poxussions profondes et les répercussions su/jerficiélles.
Les répercussions profondes sont celles qui amènent un changement profond et durable dans la constitution essentielle du groupement, et qui déterminent par là des variétés sociales distinctes.
Exemples : L'art pastoi'al en Mongolie pro- duit la communauté familiale (c'est l'origine de la formation coi/irminaalaire et de la fa- mille patriarcale). — Les petites parcelles de terre cultivable, disséminées le long des fjords de la Norw ège, ont brisé la communauté fa- miliale et obligé les familles à se .séparer en simples ménages (c'est l'origine de la forma- lion purticulariste). — La fertilité des terres jaunes en Chine a favorisé le passage toujours (lifllcile de l'art pastoral à la culture (c'est l'o- rigine du type du petit paysan chinois). — La pauvi-eté des pàtui'ages dans le désert a forcé les Pasteurs d'adjoindre le commerce à l'art pastoral (c'est l'origine du type des Carava- niers). — Le sous-sol houiller du Borinage y a développé Tart des mines à grande pi'ofon- deur(c"est l'origine du type borain), etc.
Les rép)ercussions superficielles sontcelles qui n'amènent que des changements de détail dans les groupements sociaux et qui ne déterminent aucune variété distincte.
DE SCIENCE SOCIALE.
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Exemples : La pauvreté des éniigrants aile manrts des régions montagneuses les oblige à, se fondre dans le milieu ambiant. — La reli- gion porte à la poésie et s'en fait un auxi- liaire. — Les conquêtes de la chevalerie n'é- taient pas stables parce qu'elles n'étaient pas accompagnées d'émigrants agricoles. — En Chine, le devoir religieux do lire et de tenir le livre des ancêtres porte à apprendre à lire et à écrire. — Le métier de portefaix s'exerce parfaitement en conmiunauté. — L'isolement dans la lande du Luncbourg et rai)sence des commençants a maintenu l'usage du salaire payé en partie en nature. — Le dé'veloppe- ment exclusif de la petite culture porte à considérer les domestiques comme membres de la famille et amène fréquemment des ma- riages entre enfants de la famille et domes- tiques. — Dans le Borinage, les jeunes fdles émigrent comme servantes vers les villes, etc.
Ces diverses répercussions n'ont créé aucune variété sociale.
■yil. — Qu'est-ce qu'une loi sociale?
Les répercussions peuvent se formuler en loi, quand elles se produisent invar iahle- ment ei dans les mêmes condilio)is.
Exemples : L'art pastoral produit la com- munauté familiale (cette répercussion est constatée en Mongolie, dans le Turkestan, en Arabie, dans le nord de l'Afrique, dans les Pyrénées, etc. : son caractère de généralité l'élève à la hauteur d'une loi). — La culture du riz maintient la communauté familiale (en Chine. Indo-Chine, Malaisie, Lombardie. etc \ — La situation de la femme s'élève dans la mesure où elle dirige un atelier de travail distinct de celui du mari (Touaregs, Iroquois, populations de pêcheurs, caravaniers, etc.). — Le développement des transports tend à substituer la culture spécialisée à la culture intégrale (nombreuses constatations dans tous les pays). — Les pasteui's nomades purs étant dépourvus des organismes de la vie pu- blique, sont impui-ssants à administrer li^s pays conquis (les Huns, les Tartares-.Mongols, Tamerlan, Ciengis-Khan, les Mandchoux ; les Tui'cs eux-mêmes ont dû emprunter ces orga- nismes aux Arabes qui, étant développés par le commerce, ne sont pas des pasteiu-s pui-s).
"VIII. — Comment les répercussions permettent-elles de remonter aux causes primordiales d'un type?
Si, au lieu de considérer les répercus- sions similaires, on considère les réper- cussions qui se rapportent à un même territoire, on remarque qu'elles s'engen- drent les unes les autres, en partant de un ou plusieurs points primordiaux qui sont les causes génériques de l'ensemble
du type. M. Demolins a fait établir des tableaux de ce genre par ses élèves de la Section spéciale de l'Ecole des Roches. On en trouvera des exemples dans le présent fascicule. Des tableaux semblables seront successivement établis pour les divers pays.
Si, maintenant, nous considérons ces points primordiaux, nous constaterons qu'ils forment deux classes : 1" les causes (/énériques, qui ont formé la race à l'ori- gine; 2" les causes modifiantes, qui sont survenues plus tard et ont déterminé révolution du type.
Or, les causes génériques paraissent dé- river surtout : a) du Lieu actuel; b) de la formation sociale acquise dans un Lieu antérieur ; — tandis que les causes modi- fiantes semblent résulter surtout : a) de l'agglomération croissante de la popula- tion ; h) des influences apportées du dehors.
Si nous appliquons ces données à la plaine saxonne, nous aurons le tableau suivant :
Points primordiaux :
1) causes gé- \ a, Lieu actuel. . . i)laine pauvre, nériques. t b) Lieu antérieur. fjords.
., causes mo-(«t^jîS^--^^V 'a;;l;sën!1!ar fe
flifiantes. y '' 'S''res développement
( lerieures . . . ^j^^ transports;.
IX. — Qu'appelle ton formule sociale d'un territoire?
Quand on a ainsi établi l'ordre dans lequel les répercussions constatées dans un même territoire s'engendrent les unes les autres, et que l'on tient d'une part les points primordiaux d'oii elles partent et de l'autre les points d'aboutissement, on tient la formule sociale du pays qui per- mettra de le classer.
On appelle formule sociale la résultante des diverses répercussions constatées dans une même société.
D'après ce qui précède, l'on pourra avoir, deux formules pour une même so- ciété : la première, qui dérive des causes génériques et que nous appellerons la for- mule sociale de formation; la seconde, qui dérive des causes modifiantes (quand elles existent), sera la formule d'évolution.
Ainsi, dans la plaine saxonne, la for- mule de formation dérivera du Lieu actuel
100
BULLKTIN DE LA SOCIETE INTERNATIONALE
et du Lieu antérieur, c'est-à-dire de la plaine pauvre actuelle et de la formation antérieure de la race dans les fjords, tandis que la formule d'évolution dérivera de l'action de l'étranger par l'intermédiaire du développement des transports.
Nous terminerons donc le tableau pré- cédent comme suit :
l^ ^ ''.lo'.^.'î.o ^ Kiirmule (le lormatiiin-lelaplaine
' ) ffoX : ( ««''«""^-
( agglomération (peu d'action). 2) s Inlluences extérieures (par dé- ) Formule ( veloppement des transports). \ d'évolution.
Voici comment ces deux formules peuvent .s'énoncer :
Formule de funiKilion de la plaine .sa.rvniic : La plaine pauvre impose la petite culture el le domaine plein, d'où nécessité pour la fa- mille de donner aux émigrants des ressources suflisantes pour leur établissement exclusive- ment agricole. Cette nécessité, jointe à la petite culture exclusive, rend alalionnaU-c la iornialion i)articulariste que le type tenait di' son origine dans les fjords de la Norvège.
Formule d'érolulion de la plaine saxonne : Le d»''velop])enient des transports dans la plaine saxonne a rendu la culture intensive, industrielle et commerciale, ce qui aaugmentV' la stabilité du domaine et facilité l'établisse- ment des enfants. Grâce à l'aptitude d'ada])- tation doniK'e par la formation pai'ticularisie, le type a jiu prendre un certain essor.
X. — Comment se fait la classifica- tion sociale?
Lorsqu'on coniiait la formule sociale d'un certain nond:)re de sociétés, on a les moyens de les comparer et de les classer exactement.
La classi/ication sociale est la mise en ordre des formules des différentes sociétés humaines suivant leurs analogies.
Ce classement se fait en partant des ca- ractères déterminés par les répercussions les plus profondes, c'est-à-dire par celles qui caractérisent le plus grand nombre des sociétés.
Ainsi, comme l'a exposé M. Demolins dans les fascicules 10 et 11, les observa- tions poursuivies méthodiquement depuis l'origine de la science sociale (et après plusieurs tentatives imparfaites de classi- tication), démontrent que toutes les so- ciétés qui existent à la surface du globe se différencient par la tendance à l'action collective, ou par la tendance à l'action
individuelle. Nous avons énoncé plus haut les répercussions qui ont déter- miné les points de départ de ces deux tendances dont l'une a été appelée for- mation communautaire et l'autre forma- tion particulariste.
D'autres répercussions viennent diviser ces formations en (jenres et ceux-ci en (jnnipes, puis en réçiions; chaque région comprend une ou plusieurs contrées se subdivisant en pays et ceux-ci en varié- tés.
Nous n'insisterons pas davantage sur cette question et nous renvoyons au double fascicule consacré à la classification.
Rappelons seulement que, depuis lors, M. Demolins est arrivé à préciser plus net- tement les trois grandes tormes de la fa- mille, en les .subdivisant et en les définis- sant plus exactement. Ces définitions ayant l)aru dans les derniers Bulletins de la Re- vue, nous nous bornerons ici à énumérer les dénominations qu'il propose :
I. Famille patriarcale.
a) l-'amille patriarcale pure Mongols). 0) • VI dédoublée (Touaregs).
(■) » a comprimée (Chinois).
i( » • agglomérée (Russes).
<■': » >. altcuuée (Sud-Slaves),
/') » .. subordonnée (Celtesl.
//) . • réduite (Vieux Koniains).
/() • ' urbanisée Italiens).
I » » ubsoliUiste (Esi)agnols).
j) ' ' désorganisée (Sud -Améri-
cains).
II. Famille (juasi patriarcale.
IIL Famille particulariste.
a) Kamillc parlii'ulariste originaire (Norvège).
/; " - stationnaire (Plaine sa-
xonne).
fj - > régressive (Flamands).
rfi • « combinée et patronnée
(Europe centrale).
c " « combinée et dominée
(France).
/■) ' » accentuée (Angleterre).
;/) n " progressive (Nord-Améri-
que;.
IV. Famille instable. a) Famille instable sauvage (peuples sauvages). //) ■ • atténuée (à l'état sporadique).
Il est probable que d'ici peu, le même travail de définition et de classification sera fait pour le clan, pour les Pouvoirs
DR SCIENCK SOCIALE.
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piMioi, etc. D'autre part, nous nous pro- posons de publier peu à peu les formules sociales des différents types comino nous venons de le faire pour la plaine saxonne. Ainsi la science sociale prend de plus en plus l'aspect d'un enseml)]e méthodique dont toutes les parties sont liées et coor- données.
Paul Descami's.
LA MÉTHODE DES STATISTIQUES JUGÉE PAR UNE REVUE DE STATISTIQUE ' .
D'après M. Emile Macquart, l'Algérie serait « le pays des illusions — et des dé- sillusions». A l'appui de son dire, l'auteur invoque la statistique ou plutôt les erreurs de la statistique : suivons-le dans l'examen qu'il fait des chiffres officiels.
Tout d'abord, il y a à signaler une er- reur de méthode, dont l'exemple nous est fourni par les tables du service météoro- logique; d'après les chiffres qu'elles don- nent, on peut conclure à un climat très doux, très égal, sans abaissement notable de température, et c'est bien là le tableau séduisant que nous trouvons dans toutes les publications relatives à l'Algérie. Or, tous les colons qui se sont fiés à ces indi- cations pour établir des cultures dites tro- picales ont aliouti à l'échec le plus complet. D'autre part, le Directeur du Jardin d'essais, qui poursuit des observations depuis trente- cinq ans, note des refroidissements noc- turnes au-dessous de zéro très fréquents et d'assez longue durée; ce qui suffit à expliquer l'échec des cultures tropicales. Est-ce à dire que les chiff'res du service météorologique soient inexacts? Pas le moins du monde. C'est l'emploi qu'on en fait qui est illégitime. Ces observations sont faites dans des conditions déterminées, en vue de la prévision du temps : (^uoi d'étonnant à ce qu'elles ne donnent que des résultats inexacts pour la climatologie agricole. Avant de se servir d'un chiff're, il serait bon de se demander quelle mé- thode a présidé à l'établissement de ce chiffre.
■1. Journal des Economistes, l."i novembre l'JOo : Les Réalités algériennes, par E. .Macquart.
11 est vrai qu'une enquête aussi indis- crète amène généralement à constater une absence complète de méthode dans la con- fection des statistiques. E.^emple : la Sta- lisliqup f/énérale de rAh/èrie, pour 1894-96, indi(jue 753.697 mariés monogames et 126.192 polygames, soit 879.889 maris pour un total de 881-354 épouses; or, l'arithmé- ti([ue nous apprend qu'il doit y avoir au moins 1.006.081 femmes en su])posant que chacun des polygames n'ait que deux femmes, ce qui nous semble être le mini- mum exigé. 11 fallait un calculateur, on choisit un danseur...
On relèverait les mêmes absurdités dans l'évaluation du nombre des mûriers, dans celle du nombre d'hectares cultivés en pommes de terre (là, à deux pages d'inter- valle, les chiffres varient du simple au double), etc..
A propos de la vigne et en se servant des cliiffres mêmes de l'Administration, on constate avec stupeur qu'en 1899, par exemple, l'Algérie a produit pour r)7.448.000 francs de vin et (pi'elle en a exporté pour 1.32.055.000 francs, presque le double ! Et il en est à peu près de même chaque année. Heureux pays !
Qu'on s'étonne après cela de l'optimisme des prospectus officiels, et de l'entrain ta- pageur de la réclame administrative en faveur de la colonisation, non moins admi- nistrative, de telle ou telle de nos posses- sions !
Mais on comprend aussi que ceux, qui, sur la foi de ces affirmations hasardées, ont pris contact avec les réalités, traitent volontiers de menteurs les faiseurs de cir- culaires, et accusent aisément de mau- vaise foi les rédacteurs de statistiques. Sans aller jusque-là, nous ne pouvons que nous réjouir de voir les méfaits de la sta- tistique dévoilés dans une revue comme le Journal des Economistes, où la foi en la statistique semblait être élevée à la hauteur d'un dogme. N'y verrait-on plus maintenant « qu'un moyen commode de préciser ce qu'on ignore » ; et ne serait-ce pas d'elle qu'on pourrait dire qu'elle est la science des illusions — et des désillu- sions.
Paul Roux.
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BULLETIN DE LA SOCIETE INTERNATIONALE
LE CERCLE DE SCIENCE SOCIALE D'OTTAWA CANADA
A Monsieur Edmond Deniolins.
Ottawa.
Monsieur,
« Le cercle de Science sociale d'Ottawa (Canada) a interrompu, le 4 juin dernier, la série de ses séances hebdomadaires, qui sera reprise au mois d'octobre prochain.
« En 1905-1906, le 'cercle s'est réuni trente fois ; à peu près la moitié des séances ayant été consacrées à l'étude des sociétés de l'Antiquité (dont le l'^'' volume des Routes a fourni la matière), et l'autre moitié à Tétude de la première partie de la Méthode (groupements de la Vie pi-ivée).
« Le cercle a décidé de se réunir trente-deux fois d'octobre 1906 à juin 1907. De ces 32 séances, 8 seront consacrées à l'étude des sociétés du Monde moderne (2" volume des Houles); 8, au cours de Méthode (groupements de la Vie publique) ; 8, à l'examen des fascicules de la Science sociale, ou des travaux des membres; 4, à des séances publiques de vulgarisation de science sociale, et 4, à des questions d'occasion ou d'urgence.
« Dans le cours de l'année dernière, le cercle a plus que doublé le nombre de ses membres; tous sont vivement intéressés, plu.sieurs définitivement gagnés à la mé- thode de la science sociale, et le .succès du mouvement parait désormais assuré. »
Fernand Kini-ret, Secrétaire.
CORRESPONDANCE
De Nice, le 30 juin. — * Dans le même ordre d'observations que celles de M. Raoul .Tacquot sur Nice {Bulletin, 25" livrai- son, p. 63), je vous signale la grève des Abattoirs déclarée hier matin. Les che- villards et les abatteurs reprochent à la municipalité de négliger les plus urgents travaux d'agrandissement des abattoirs :
150.000 francs y seraient nécessaires; à force de démarches, le syndicat des abat- teurs a obtenu l'inscription d'un crédit de 60.000 francs, et rien de plus. Mais, en re- vanche, la municipalité n'hésite pas à dé- penser 150.000francs pour la réparation des couloirs de l'Opéra. C'est de règle à Nice : les intérêts de la population sont sacrifiés à ceux des entrepreneurs de plaisirs pour la saison. Un commissionnaire en bestiaux, interrogé par un rédacteur de VÉclaireur, se plaint vivement de l'élévation abusive des droits de stationnement et d'abatage — stationnement des bœufs « dans des sortes de caves étroites, privées d'air et de lumière, liumides, malsaines. Le mois dernier, j'ai laissé dix bœufs en stationne- ment... Deux ont dû être abattus le soir même du premier jour : ils étaient de- venus malades... La municipalité lésine pour organiser un service sérieux de .sur- veillance aux abattoirs, alors que ceux-ci rapportent à la ville une somme qui dé- passe un million. Nous payons très cher pour parer aux dépenses de réfection de l'Opéra. C'est injuste » (Éclaireur, 30 juin). C'est injuste: mais c'est la conséquence du développement continu de Nice comme ville de plaisir, de sai.son mondaine et demi-mondaine, de carnaval et de fêtes, aux dépens de la ville de travail et d'af- faires, qui pourrait exister. Le témoignage d'un gréviste encore est suggestif à cet égard : « Je suis lui des plus vieux che- villards qui soient aux abattoirs. Depuis 1868, où Nice comptait 50.000 habitants environ, on n'a rien fait de sérieux dans cet établissement. Pourtant la population de la ville a triplé depuis cette époque. 11 n'y avait alors que 5 ou 6 bouchers qui faisaient tuer; aujourd'hui un .seul che- villard fait abattre de 50 à 60 bœufs par semaine, autant que tous les bouchers de 1868 » [Éclaireur, 30 juin). Le calme et le bon sens des abatteurs donnent ici d'autant plus de poids à leurs critiques, et manifestent un sens très juste de leurs propres affaires, comme des intérêts de la population, dans cette catégorie d'ouvriers niçois. Lassé de ses démarches sans ré- sultat, le syndicat avait déjà résolu la crève en mars et en mai dernier; sur les
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instances du préposé municipal aux abat- toirs, lequel d'ailleurs prit toujours en main leurs intérêts, les ouvriers consen- tirent à surseoir. Hier encore, ce préposé et un conseiller municipal, non moins dé- voué à eux, pour sa part, les persuadèrent encore de patienter jusqu'à mercredi pro- chain, afin que la municipalité aie le temps de leur envoyer Fingénieur de la ville, « qui travaille au plan de trans- formation des abattoirs ». On promet la mise en chantier pour le 1") juillet. »
M. B. SCIIWALM.
A TRAVERS LES FAITS RECENTS
Un budget de quatre milliards et des impôts nou- veaux. - Le contrat collectif de travail. — Le conseil supérieur du travail renié \>ar les syndi- cats. — L'n plan d'organisation professionnelle. — Le « sabotage » parle « (ignolage ». — Les dé- sagréments auxquels s'expose un candidat. — La facilitation du divorce. — Les tiraillements entre socialistes en Allemagne. — La Douma contre la peine de mort en Russie.
La nouvelle législature ne remplira pas le vœu de tous ceux qui, avec nos amis, espéraient et demandaient des dégrève- ments. Au contraire, le fait capital (|ui a. suivi les élections , c'est la proclamation d'un déficit de quatre cents millions et la nouvelle que le budget de l'année pro- chaine allait dépasser quatre milliards.
Les temps sont loin oîi le général Foy, au nom de l'opposition d'alors, dénonçait avec épouvante ce qu'il y avait d'énorme et de fantastique dans le chiffre d'un milliard. Les milliards ne font plus peur aujourd'hui. L'on s'y habitue et l'on s'y résigne. Il y a même trop d'habitude et trop de résignation.
Natui-ellement, il y aura des impôts nou- veaux. Les spiritueux seront frappés, ce qui n'est pas un mal. Mais les droits sur les successions, déjà relevés il y a peu de temps, vont subir une augmentation nou- velle. Les titres au porteur, déjà imposés plus fortement que les titres noiïtinatifs, parce qu'ils peuvent échapper aux décla- rations successorales, seront encore frap-
pés davantage, bien qu'en réalité une foule de ces titres, pour des causes di- verses, soient déclarés dans les succes- sions. Les eaux minérales, jusqu'ici in- demnes, seront atteintes par le fisc. On parle aussi do droits de douanes sur les objets de collection, et de quelques expé- dients de même nature. Enfin, le fameux impôt sur le revenu est de nouveau à l'ordre du jour.
Dans ces divers projets relatifs à l'aug- mentation des charges publiques, des pré- cautions sont prises pour ne frapper en apparence que les gens riches ou aisés. C'est ainsi que les successions inférieures à 10.000 francs seront épargnées par les taxes nouvelles. On donne ainsi une satis- faction éphémère à ceux qui ne regardent que la surface. Mais il n'est pas difficile de comprendre que l'impôt, par le phéno- mène de la répercussion, se fera sentir partout. Les héritiers, en partie dépouillés de leur héritage, installent leur vie sur un pied moins confortable et dépensent moins. Ils évitent des constructions et des répara- tions qui eussent fait gagner l'industrie du bâtiment, et, d'une façon générale, ils donnent moins de travail autour d'eux, de sorte que les ouvriers ont toujours à souf- frir de mesures qui réduisent fortement les ressources de la classe bourgeoise. Si l'on ajoute l'appréliension, l'insécurité, l'opinion vraie ou fausse, mais fortement ancrée chez plusieurs, que des révolutions sont imminentes, on conçoit que l'esprit d'entreprise se trouve dans de mauvaises conditions pour donner toute sa mesure. Qui en souffre? Les riches taxés et surtaxés, sans doute, car ils ne sont pas tranquilles et réduisent leur standard of li.fe; mais ceux qui en souffrent le plus, en définitive, sont les ouvriers, qui, actuellement inoc- cupés, eussent trouvé du travail dans un ordre de choses où les « donneurs d'ou- vrage-» auraient pu remplir normalement leur fonction. Or, nul n'ignoi-e que beau- coup de capitalistes, actuellement, au lieu de faire surgir en France de nouvelles sources de travail par des créations in- dustrielles ou autres, ne songent qu'à faire passer leurs fonds à l'étranger pour les mettre en sûreté dans des banques. Qu'ils
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se trompent ou non dans leurs craintes, c'est une question à discuter, mais le fait est visible, et nous le constatons, avec sa conséquence directe, qui va tout à fait à rencontre du bien-être matériel des ou- vriers.
On espère du moins, de divers côtés, contribuer à l'amélioration de ce bien-être matériel par l'institution, ou la reconnais- sance, du » contrat collectif de travail ». M. Doumergue, ministre du commerce, de l'industrie et du travail, a déposé en ce sens un projet sur le bureau de la Cliam- bre. Ce projet a pour but de « préciser le mode de formation, les effets et le mode de résolution du contrat de travail ».
« La fréquence croissante des conflits auxquels il donne lieu, dit l'exposé des mo- tifs, montre combien est mal défini le lien contractuel qui unit les employeurs et les employés et il semble que rien n'est plus urgent que de fixer, par une loi, les obli- gations réciproques des parties. »
Après avoii- rappelé les changements qui se sont opérés dans l'industrie depuis le Code civil, le ministre s'exprime ainsi :
« La convention collective de travail est une forme nouvelle de contrat, qui n'a pas encore reçu une consécration légale, mais qui tend à se répandre de plus en plus.
« Elle ne constitue pas un contrat de travail, mais détermine les conditions gé- nérales auxquelles devront satisfaire les contrats de travail individuels passés entre employeurs et employés parties à la con- vention. Il faut donc se garder de con- fondre la « convention collective de tra- vail », souvent appelée à tort contrat collectif de travail, avec la convention qui s'établit entre un employeur et une collec- tivité d'employés pour l'exécution d'un travail déterminé, contrat défini sous le nom de « contrat d'équipe » au titre pre- mier du projet.
« La convention collective de travail, très populaire parmi les ouvriers, n'a pas été moins favorablement accueillie par les patrons de certaines industries, désireux
de limiter les excès dune concurrence ruineuse. »
Comme le dit l'exposé des motifs, le contrat collectif de travail est bien vu, non seulement dans le monde ouvrier, mais encore dans le monde patronal. Il est cer- tain que l'évolution de l'atelier moderne réclame, en ce qui concerne l'embauche- ment des ouvriers, certaines réformes correspondantes. Seulement il ne fau- drait pas que ces réformes fussent déna- turées par des politiciens et transformées en armes de guerre contre les ouvriers non socialistes, ce dont on peut toujours se méfier, étant donné l'état d'esprit do- minant dans les sphères politiques.
Un publiciste de talent, M. Charles Be- noist, interrogé par un rédacteur de la Liherté sur la question du contrat de tra- vail, a formulé son opinion en ces termes :
« Le contrat collectif, à mon avis, n'a rien, dans son principe, dont nous devions nous montrer surpris, ni même nous alarmer. En tant que législateur, je n'y vois pas de raison d'inquiétude. Le développe- ment et la transformation de la grande industrie moderne ont eu, })our consé- quence naturelle, une concentration géné- rale et croissante des instruments de travail, du travail des travailleurs, des facteurs de la production et des sources de la richesse. Le capital comme le travail, ayant pris quelque chose de collectif, le travail associé est apparu aux ouvriers, en face du capital associé, comme le seul contrepoids, la seule chance d'équilibre, la seule garantie de justice.
ï Et d'ailleurs, la concentration du tra- vail dans l'industrie a eu pour résultat de rendre le travail l)eaucoup plus collectif qu'individuel. Aujourd'hui, l'unité ou- vrière est, par exemple, dans l'industrie de la houille, la taille qui se compose de cinq ou six personnes ; dans la métallurgie, c'est l'équipe. L'évolution des conditions du travail a conduit au travail collectif dans l'industrie concentrée.
« A cet état de fait nouveau, doit corres- pondre un état de droit nouveau. »
Pratiqué en dehors de toute préoccupa- tion de parti et de toute haine systématique de classe, le contrat de travail peut donner
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de bons résultats et, en particulier, pré- venir des grèves inutiles, ce qui est ])ré- cieux.
On avait jadis beaucoup espéré du Con- seil supérieur du travail, composé, comme on le sait, moitié d'ouvriers et moitié de patrons. Il ne paraît pas, jusqu'à présent, que cotte institution se soit signalée par des résultats bien considérables. Quoi qu'il en soit, dans une grande partie du monde ouvrier, ce conseil supérieur est peu ])o- pulaire, comme vient de le i)rouver, ré- cemment encore, l'appel adressé aux ou- vriers métallurgistes par le comité fédéral de leurs syndicats. Voici les termes do cet appel :
« Plusieurs nouveaux syndicats nous ayant demandé quelle conduite ils avaient à tenir, vis-à-vis des élections prochaines de cette institution surannée (le Conseil supérieur du travail), nous croyons devoir leur rappeler que, par deux fois différentes, au Congrès tenu à Saint-Etienne, en 1901. et à celui de Paris en lOO;}, la presque unanime partie des groupements compo- sant l'union fédérale des ouvriers métal- lurgistes de France a décidé et engage tous les .syndicats ouvriers à s'abstenir de prendre part à la constitution d'un sem blable rouage qui, jusqu'à ce jour, a dé- montré son impuissance notoire, et, d'autre part, a prouvé à la classe ouvrière écono- miquement et politiquement organisée, qu'il n'était, au point de vue des revendi- cations immédiates du prolétariat, ((u'une dérivation à l'action purement syndicaliste, et une superfétation du régime parlemen- taire actuel. Donc, tous les syndicats mé- tallurgistes fédérés sont invités par déci- sion des Congrès, et par la logique même, à s'abstenir de prendre part aux élections du Conseil supérieur du travail. »
Voilà des dispositions qui rendent diffi- cile l'œuvre de conciliation. Cela prouve tout au moins que le rôle de Providence ouvrière, assumé par l'Etat, n'est pas facile à tenir, même à grand renfort d'ins- titutions officielles et de corps constitués. La multiplication des initiatives privées et
des études individuelles fera plus, pour le progrès de ce qu'on appelle la « classe pro- létarienne », que les rouages gouverne- mentaux les plus artistement confection- nés, ce qui ne veut pas dire, d'ailleurs, que l'action de ces derniers soit nécessaire- ment inutile. Elle peut au contraire rendre des services, mais à condition d'avoir der- rière elle tout un mouvement profond, né des entrailles mêmes du pays.
Nous devons signaler une proposition de loi sur l'organisation professionnelle, par un groupe de députés. D'après cette pro- position, il serait institué une organisation et une représentation des diverses pro- fessions de la manière suivante :
Dans chaque commune, il serait tenu une liste, dite professionnelle, sur laquelle les habitants seraient inscrits selon leur profession.
Les membres de chaque profession, inscrits sur la liste professionnelle, for- meraient les corps professionnels, qui se raient cantonaux, d'arrondissement ou de département, suivant le nombre des mem- bres.
Dans chaque corps professionnel, il serait établi un conseil, composé d'un nombre égal de membres des diverses sections de la profession, patrons, em- ployés et ouvriers. Une loi spéciale déter- minerait le nombre des délégués à choisir par les syndicats, ou les unions syndicales de la profession ou de la section, en tenant compte du nombre des syndiqués et de celui des non syndiqués. Des avantages seraient ménagés, au point de vue numé- rique, à la représentation des syndiqués.
Les conseils professionnels auraient la garde des intérêts généraux de la profes- sion. Ses projets de règlement d'adminis- tration .publique déterminant les conditions d'exécution des lois générales relatives à l'apprentissage, à l'organisation et aux con- ditions du travail et aux institutions de prévoyance et d'assistance seraient soumis, avant d'être portés à l'assemblée générale du Conseil d'Etat, aux conseils profession- nels intéressés. Ceux-ci pourraient encore
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arrêter tous les règlements particuliers des diverses professions relatifs à l'ap- prentissage, à l'organisation et aux condi- tions du travail, et aux institutions d'assis- tance et de prévoyance dans les limites fixées par les lois générales de l'organisa- tion et la réglementation du travail.
Les conseils professionnels choisiraient, parmi les inscrits de chaque profession, une commission dite de conciliation et d'arbitrage devant laquelle devraient être portés, sansaucunfrais, tous les différends entre les membres du corps professionnel sur l'application et l'interprétation des lois et règles de la profession ou des dis- positions générales du Code du travail. Enfir les corps professioinnels, représentés par leur conseil, auraient la même capa- cité juridique, la même aptitude à pos- séder, à recevoir des dons et legs que celles qui seraient reconnues aux syndi- cats.
Le projet, comme on le voit, est vaste, et il aurait besoin d'être examiné plus à fond que nous ne pouvons le faire ici.
Les conflits entre patrons et ouvriers ont donné lieu à tant d'expériences di- verses, qu'ils sont sur le point de faire naître une science, ou tout au moins un art assez curieux.
Il s'agit du « sabotage i)ar le fignolage >.
Rappelons brièvement le sens de ces deux termes un peu .spéciaux.
Saboter un ouvrage, c'est le gâcher.
Fignoler un ouvrage, c'est le faire aussi parfait que possible.
11 semble donc qu'il y ait contradiction dans les termes. Eli bien ! il n'y en a pas.
L'ouvrier qui gâte ou détruit une mar- chandise s'expose à des poursuites. Quel- ques malins ont donc imaginé un moyen plus raffiné de nuire au patron. C'est de s'acharner à trop bien faire l'ouvrage, de mettre en pratique, dans le domaine in- dustriel, le fameux conseil de Boileau aux artisans poétiques : « Polissez-le sans cesse et le repolissez ». De la sorte, l'ouvrier perd du temps sans avoir l'air d'en perdre. L'ouvrage, en effet, malgré ce « fignolage »
coûteux, n'acquiert pas une valeur com- merciale plus grande, et les frais du pa- tron deviennent excessifs, .sans que celui-ci ait une raison bien apparente de se plain- dre. Au contraire, ses ouvriers peuvent répondre et prouver qu'ils ont été admi- rablement consciencieux.
Il y a de la puissance intellectuelle dans de telles conceptions. Elles attestent que l'ouvrier réfléchit, médite et invente, bien qu'il n'emploie pas toujours dans l'intérêt de la concorde le résultat de ses réflexions, de ses méditations et de ses inventions.
11 y a aussi un art de démolir les hommes que l'on n'aime pas, et les campagnes électorales fournissent, à ce point de vue, une ample matière à ceux qui ont des trésors de haine, réelle ou factice, à épan- cher contre leurs adversaires politiques. Un député récemment invalidé, M. de Cas- tellane, a eu l'occasion de donner, du haut de la tribune, une faible idée des procédés qui constituent de nos jours, dans un milieu social surchauffé, cette i' guerre au couteau », appelée campagne électorale.
Écoutons l'orateur :
« J'ai été traité de Prussien par la voie des affiches ; on s'est occupé de ma vie pri- vée et des difficultés au milieu desquelles j'avais la douleur de me débattre.
« On a publié des caricatures immondes sur des personnes de ma famille, qui me sont chères. On a fait des plaisanteries sur mon compte, si malpropres que je ne pourrais les répéter ici. Dans tout autre cas, j'aurais relevé autrement de telles injures, si je n'avais été soucieux d'éviter tout acte qui eût pu me mettre en vedette, ou faire croire que je voulais attirer sur moi une certaine pitié.
« D'ailleurs, mon concurrent a perdu le droit de m'accuser de corruption, puis- qu'il a proclamé et affiché partout que j'étais complètement ruiné et que je ne soldais même pas mes notes d'hôtel et de voituriers. »
Notons en passant que les accusations de mœurs infâmes tendent à devenir, dans
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certaines circonscriptions, une sorte de monnaie courante. Cela » va de soi» dans le programme des reproclies que l'on adresse à un ennemi. 11 faut donc avoir un tempérament tout spécial et des poumons exceptionnels pour affronter de pareilles atmosphères.
La nouvelle Chambre, quand elle aura des loisirs, s'occupera du divorce.
Nous avons parlé maintes fois de la campagne conduite par ceux qui estiment que le divorce n'a pas encore assez de fa- cilité en P>ance. Cette campagne, il n'y a pas longtemps, a abouti à la formation d'un comité où se trouvent surtout des romanciers.
Par les soins de ce comité, une propo- sition de loi en quatre-vingt-trois articles vient d'être déposée sur le bureau de la Chambre et sur celui du Sénat. La pro- position s'occupe du mariage en général, des droits des époux et surtout du divorce, que Ton veut faciliter par divers moyens. La procédure serait simplifiée: on autori- serait le divorce « pour incompatibilité d'humeur ou de caractère », et même le divorce par consentement mutuel.
Sous un certain appareil de formalités et de solennités, le mariage civil s'ache- minerait donc vers « l'union libre », dont il ne différerait plus, pratic^uement. que par des distinctions subtiles. Or, l'union libre existe; elle est pratiquée journelle- ment, et donne lieu, journellement aussi, à des désordres et à des crimes dont les journaux sont remplis. Ce n'est donc pas vers un type de bon ordre et d'harmo- nie que les réformateurs feraient évoluer le mariage.
Les chefs socialistes, en Allemagne comme ailleurs, font profession de se préoccuper des intérêts populaires, mais il leur est difficile de contenter tout le monde, et cette difficulté augmente en rai.son même du nombre formidable d'adhé- rents qu'ils ont réussi à grouper autour d'eux.
A un congrès tenu à léna, M. Bebel, le fameux leader des socialistes allemands, avait prononcé un discours en faveur de la grève générale, « cette arme superbe du prolétariat » .
Mais, après les envolées oratoires, vien- nent les réalités pratiques, et la nécessité de s'adapter à celles-ci. M. Bebel, dans une réunion confidentielle du comité cen- tral des syndicats allemands, aurait donc déclaré que la grève générale était chose fâcheuse, et qu'il était disposé à l'empêcher dans la mesure du possible. Là-dessus, grand scandale. Une polémique ayant suivi cette révélation, M. Bebel s'est trouvé obligé d'expliquer son attitude, et il l'a fait en des termes abstraits, généraux, qui demeuraient dans le vague. Telle est exac- tement en France, on peut l'observer, la méthode de M. Jaurès. Il a paru, toute- fois, ressortir de ces débats que les réso- lutions violentes des congrès d'Iéna et de Dresde avaient été prises surtout pour la galerie et pour donner une satisfaction momentanée aux impatients. L'inconvé- nient de ce système, c'est que les impa- tients, après un moment de calme, recom- mencent à s'impatienter lorsqu'ils ne voient rien venir.
Si donc, en Allemagne, le parti socialiste est fort par sa masse, et si, par cette masse, il effraye la société bourgeoise, le main- tien sous les drapeaux du parti d'une telle multitude ne s'obtient, chez les chefs, qu'au prix d'une politique de bascule qui essaie de satisfaire tour à tour les violents et les modérés. On ne peut conquérir de nouveaux adeptes qu'en mécontentant les anciens, qui sont précisément les plus zélés, et l'on s'expose à des contradictions de langage qui vous mettent en mauvaise posture.
Plus graves sont les débats qui se con- tinuent en Russie. Nous ne voulons, pour le moment, en détacher qu'un épisode.
La Douma, entre autres choses, a ré- clamé l'abolition de la peine de mort. Cette discussion a été particulièrement violente. Le procureur général militaire, qui vou- lait parler, s'en est vu empêcher, et a dû
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quitter la salle aux cris de « bourreau, brigand, assassin ». Le ministre de la justice a refusé de s'associer aux réclama- tions de la Douma.
Et il semble bien qu'il ait quelque rai- son de refuser. Quelques jours après cette délibération, plusieurs commissaires de police étaient assassinés, et beaucoup d'au- tres recevaient, par lettres anonymes, des menaces de mort. Le moment oii l'on dé- cime la police est mal choisi pour suppri- mer le châtiment qui, par sa nature, ins- pire aux meurtriers la plus grande crainte. Notons que la Douma a également réclamé contre la déportation en Sibérie.
Des abus existaient, et expliquent ce.-^ propositions radicales, mais, si les mal- faiteurs n'ont plus à redouter des peines sévères, que ne feront-ils pas, puisque aujourd'hui, malgré tout l'arsenal de la répression, ils épouvantent la Russie par tant de meurtres? La vérité, c'est que les membres de la Douma, la chose est de plus en plus claire, sont des intellectuels qui se comportent tout à fait en intellectuels, et qui, en proie à un enthousiasme juvé- nile par lequel les autres nations de l'Eu- rope ont déjà passé, ne veulent pas re- garder face à face les réalités de la vie. Ce sont des professeurs, des publicistes, des théoriciens, ou des esprits surchauffés par rimportation relativement récente d'une foule d'idées bonnes et mauvaises, mais surtout, pour le moment, très mal digérées. Ce sont des gens qui « décou- vrent » la Révolution, qui « découvrent » le libéralisme, qui « découvrent « la démo- cratie, qui « découvrent » la vertu des constitutions écrites, et qui s'enflamment pour tout cela, précisément parce qu'ils ont eu la joie et la fierté de « découvrir ».
11 est malheureux que le gouvernement, l'aristocratie et la bureaucratie russes n'es- sayent pas. eux aussi, de « découvrir » en eux-mêmes les causes du mal dont souffre leur pays. Il vaut mieux prendre l'initia- tive des réformes que de se les laisser imposer.
Gabriel d'Azamblja.
L'ACTIVITE AMERICAINE.
On lit dans le Neic- York Journal :
» Le Département du Commerce et du Travail vient de finir ses préparatifs pour l'envoi de cinq agents spéciaux à l'étranger chargés d'étudier les meilleurs moyens de favoriser l'extension du commerce exté- rieur des États-Unis. On sait que le Dépar- tement du Commerce a été autorisé à préparer l'envoi de cette mission par une loi votée à la Chambre et qui entre en vi- gueur depuis le 1' ' juillet.
« Comme la somme d'argent accordée pour cette mission n'esl que de 30.000 dol- lars, ajoute le New-York Journal, il a été décidé de limiter les champs d'investigation.
MM. Burril et Christ iront en Orient, et le professeur Hutchiman ira dans l'Améri- que du Sud. 11 visitera tous les ports de merde l'Atlantique et du Pacifique. M.Pep- per ira au Canada et au Mexique, et pour- suivra ses investigations dans l'Amérique centrale. Au D"" Bedloe sont réservées les Antilles, le ^'enezuela, et les Guyanes an- glaises, hollandaises et française.
On pense que l'enquête sera terminée vers la fin de cette année, et que les rap- ports de tous les agents seront prêts à être présentés au Parlement au mois de janvier 1906.
Le secrétaire Metcalf a rédigé les ins- tructions remises aux enquêteurs. Il leur demande de faire une investigation com- plète sur le commerce américain dans les pays qu'ils visiteront et d'établir la part de l'Amérique dans le commerce total de chaque pays. Ils doivent indiquer les mé- thodes à employer y^OH/' au[/menler le clii//'re des transactions. Ils auront aussi à étudier les modes d'emballage et de tran.sport, les préférences des populations visitées, tou- chant les textiles et les principaux pro- duits. Le secrétaire Metcalf termine ainsi ses instructions :
« Vous devez vous laisser guider par les « circonstances. Le Département désire « des résultats : il se confie à votre intelli- « gence, à votre patriotisme et à votre « énercie. y
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
Ce qu'il faut lire dans sa vie, par
Henri Mazel (Mercure de France, 1906).
Il y aurait beaucoup à dire sur ce livre, j'entends, pour, contre et alentour. Conten- tons-nous de louer l'auteur d'avoir, dans ce plan de toute une vie de lectures, pen- sée de jeunesse réalisée dans l'âge mur, comme il dit d'après Vigny, d'avoir fait une place à la Science sociale et à ses princii)aux collaborateurs. Les noms de MM. Edmond Demolins, Philippe Cham- pault, Henri de Tourville, rencontrent au cours de son Index alphahc tique, et sans doute il y en a beaucoup d'autres, et cer- tainement trop, mais il faut toujours sa- voir gré à l'auteur d'avoir rendu justice à nos efforts. Ce qu'il dit des autres politi- ques et moralistes qu'il admet sur la feuille des auteurs à lire, n'est pas dénué de sagesse, d'autant qu'il est le premier à reconnaître que certains noms sont indi- qués avec un peu de com})Iaisance, et (pi'il ne faut pas précisément avoir lu les dou- zaines et les douzaines d'ouvrages qu'il indique. Son livre n'en rendra pas moins service à bien des gens, tantôt en détour- nant de lire des inutilités, tantôt en con- seillant de connaître des ouvrages dignes en tous points d'être lus. A la différence des ouvrages analogues jusqu'ici esquissés, ce n'est pas un aride catalogue, mais une promenade vivante à travers la forêt des livres, des romanciers et des poètes pour la jeunesse, des historiens et des sociolo- gues pour l'âge mûr, des philosophes et des écrivains religieux pour l'approche de la vieillesse.
La crise russe. Notes et impressions d"un témoin, par Maxime Kuvalewskv, 1900. Paris, V. Giard et E. Brièke.
Au moment oîi commence peut-être en Russie, avec l'ouverture de la Douma, une nouvelle phase historique, il est indispen- sable, pour nous Français surtout, si mal et si faussement renseignés par la presse quotidienne, de prendre contact direct
avec les problèmes russes tels qu'ils se jjosent véritablement. M. Kovalewsky, ancien professeur de droit à l'Université de Moscou, a été personnellement mêlé au mouvement actuel, comme membre du Congrès des Zemstvos et membre de la Douma. Grâce à ses longs séjours pério- diques en France, il sait où s'arrête notre connaissance des choses russes. Son ou- vrage est un exposé de tous les problèmes russes actuels, qu'il éclaire d'ailleurs par des raccourcis historiques. C'est aussi l'histoire détaillée de ces deux dernières années. Comment se pose la question agraire? pourquoi les Zemstvos sont deve- nus les foyers du libéralisme en Russie? •lu'est-ce exactement que la pseudo-cons- titution russe et la loi électorale, les rela- tions du comte Witte et des libéraux, la (juestion polonaise, le fédéralisme et l'au- tonomie, l'état actuel des partis politiques en Russie? etc., telles sont «pielques-unes des questions traitées dans ce volume.
Un Philanthrope méconnu du XVIII' siècle, Piarron de Chamousset, par
M. Martin-Ginouvier. 1 vol. in-8". Du-
jarric et C'% Paris.
Cette œuvre apporte une contribution inédite à l'histoire de notre philanthro- pie nationale, parce qu'elle compte les étapes évolutives de la Mutualité. Nous retrouvons en ces pages la graine des projets d'humanité, de bienfaisance et de patriotisme enfantés par l'imagination vive de Chamousset, qui était toujours guidé par son cœur sensible et compatissant.
L'auteur nous prouve que Chamousset, qui a écrit, aimé, vécu pour autrui, était notamment et passionnément un mutua- liste obstiné et hdèle aux principes de so- lidarité. Il nous le montre luttant contre les misères sociales qui excitent les colè- res, provoquent les liaines et entretien- nent le désordre. M. Martin-Ginouvier ré- clame un brin de laurier, pour ce citoyen contemporain de Louis XV, pour ce pa- triote dont le nom est isnoré de la foule.
CHEMINS DE FER DE L'OUEST
Dans le but de faciliter les relations entre Le Havre, la Basse-Normandie et la Bre- tagne, il sera délivré, du 1"^ Avril au 2 Octobre 1906, par toutes les gares du réseau de l'Ouest et aux guichets de la Compagnie Normande de navigation à vapeur, des billets directs comportant le parcours, par mer du Havre à Trouville et par voie ferrée, de la gare de Trouville au Point de destination et inversement.
Le pris de ces billets est ainsi calculé :
Trajet en chemin de fer. — Prix du tarif ordinaire.
Trajet en bateau. — 1 tr. 60 pour les billets de l""" et de 2^ classe (chemin de fer) et 1" cl. (bateau), et 0 fr. 8.5 pour les billets de 3'' classe (chemin de fer) et 2'" classe (bateau).
CHEMINS DE FER DE PARIS-LYON-MÉDITERRANÉE
Du 1,') Juin au lô Septembre, la Compagnie délivre, dans toutes les gares de son réseau, des CARTES D'EXCURSIONS individuelles et de Famille, à prix très réduits, pour chacune des zones ci-après : Dauphiné, Savoie. Jura, Auvergne et Cévennes.
Ces cartes, dont la validité est de 15 ou :iO jours, avec prolongation possible, donnent droit : l" à un voyage (aller et retour) avec arrêts facultatifs sur le parcours direct, entre la gare de départ et l'une des gares de la zone choisie ; 2° à la libre circulation sur les lignes de la dite zone.
Pour plus amples renseignements, consulter le Livret-Gnide-Horaire P.-L.-M. Prix : 0 fr. 50 dans les gares et 0 fr. 85 par la poste.
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La Cùoipagaie du Chemin de fer du Xord tait délivrer toute Tannée, par les gares et stations de son réseau, des cartes valables pendant 5 ou 15 jours, donnant droit d'effectuer un voyage aller et retour entre le point de départ et la frontière franco-belge, et de circuler librement sur tontes les lignes belges.
Les prix perçus sont ceux des billets d'aller et retour ordinaires du Chemin de fer du Nord (Tarif spécial n° 2) soudés aux prix belges ci-après ;
15 Jours : l" classe, 61 fr. 50; 2'- classe, 41 fr. o : S' classe, 23 fr. 50 5 Jours : 1'^' classe. 30 fr. 75 : 2" cLasse, 20 fr. 30: 3' classe. Il fr. 75
N° 12.
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ECOLE DES ROCHES
VERNEUIL-SUR-AVRE (Eure) Juillet 1906
Chaque livraison : 2 fr.
SOMMAIRE
I. — Lii Vie générale et le Personnel de l'École. P. 2<i7.
L'anni'e scolaire 1905-190(3, par M. Edmond Demoi-ins. — Le personnel de rÉcolo. — Liste des élèves. —Les stages à l'étranger, par M. Henri Trocmé. — La Vie au Vallon, par Jacques Mlsnier. — Un jugement sur l'École, par M. Ad. Perrière. — Mensurations et carnets de santé. — Examens du Baccalauréat.
IL — Le Travail classique, P. 227.
Les études en 19Ô5-19<i6, par M. G. Bertiek. — L'enseignement des sciences, par M. G. L.\sge. — Der deutsche Interricht in der École des Roches, par Evdoxe Em. GRÉr-OROviTz.\. — Notes sur Verneuil, par M. René Des Gr.anges. — Une journée de pluie à l'École des Roches, par Gu-bert Triroulet. — Le « dessin libre »à l'École des Roches, par .M. ."^Iairice Storez.
III. — La Section spéciale. P. 255.
L'enseignement de lagricuUure, par M. Paul Jenart. — Enseignement delà science sociale, par M. Edmond Demoi.ins. — Tableaux de l'Histoire de la Grèce et de l'état social de la Norvège, par G. Ferrand. — Une application de la science sociale à l'enseignement, par Marcel Charpe.ntier. — L'enseignement de la comptabilité, par .M. Paul Descamps.
IV. — Les Sports, les travaux manuels, les excursions. P. 269.
« Games », par M. Bernard Bell. — Les travaux manuels, par M. M. Ouinet. — La fête de l'École, par la Presse locale. — Exposition annuelle. — Récit d'une excursion agricole, par Pierre Bouthili.ier et Pierre Monnier.
V. — Les séances musicales et littéraires. Les conférences. P. 290.
Les séances, par M. F. Mentré. — La musique, par M. Armand Parent. — Principaux morceaux exécutés pendant l'année.
VI. — Nos anciens élèves. P, 301,
La Société des anciens élèves. — Les anciens élèves, membres do la .Société, — Extraits de la Correspondance.
Nos gravures. — Portrait de M. Edmond Deinolins. P. 200. — Groupe des [)ro- fesseurs et des élèves. P. 207. — Jlodelage. P. 218 et 219. — Dessins divers. P. 236 et 237. — Vues de Verneuil. P. 244 et 245. — Dessins divers. P. 249, 250, 251, 252. 253. — Meubles fabriqués à la menuiserie. P. 252. — Élèves à la gynmastique. P. 253. — Les sports, le jour de la fête de l'École. P. 268. — Dessins de Louis Tripet P. 270, 271, 272, 273. — Le jour de la fête de l'École. P. 278.
•200 his.
207
L.A VIE CÉ^ÉRALiE ET L,E PERiiOiXAEL DE LiECOI^E
L'ANNÉE SCOLAIRE 1905-1906.
DESSIN DE KENE LOIBET.
Ks progrès qui ont été réalisés cette année pour les études sont exposés plus loin, et je n ai qu a remercier M. Bertier et tous nos professeurs du concours intelligent et dévoué ({u'ils ont bien voulu apporter au dévelop- pement de notre œuvre commune.
Notre Ecole est vraiment un organisme au- toprogressif : elle progresse par elle-même, par la force qui est en elle. On peut la comparer à ces orga- nismes qui ont des centres de vie multiples et, dans une certaine mesure, autonomes. Chacun d'eux est doué d'une vie propre, et c'est la combinaison harmonieuse de tous ces centres vivants qui constitue la vie commune et la force essentiellement pro- gressive de l'École.
Après l'incendie de la maison des Pins, il y a quatre ans, nous avions dû installer à Verneuil les élèves de cette maison en attexi- dant sa reconstruction. C'étaient là de mauvaises conditions pour le travail, l'ordre et la discipline. Dans une organisation centralisée, cette crise aurait pu être grave et peut-être mortelle. Ici, elle fut passagère et rapidement résolue, grâce à l'appui donné par les autres maisons.
Cet « esprit de maison » et l'émulation qui en résulte sont une des forces de l'École. Nos garçons en ont bien conscience, car chacun aime sa maison et la considère comme Ja première de l'École. C'est un bon sentiment qu'il faut entretenir et sur lequel
208 LE JOURNAL
il faut s'appuyer. Mais au-dessus de cet esprit de maison, il y a l'esprit de l'École qu'il importe de développer et qui me paraît s'afïermir de plus en plus.
Cet esprit est déjà manifeste chez nos anciens élèves et on le constatera en lisant plus loin les extraits des lettres qu'ils nous adressent. L'influence de l'École continue à s'exercer sur eux, elle les soutient et elle sera pour eux une force dans la vie. Ils s'en rendent bien compte, car ils aiment à revenir à leur École, où ils sont toujours accueillis comme des membres de notre grande famille.
La direction à donner à nos élèves à leur sortie de lÉcole est maintenant notre grande préoccupation.
C'est un moment décisif que celui où un jeune homme se demande dans quelle voie il doit s'engager et c'est pour nous une grande responsabilité que de lui donner un conseil.
Lorsqu'un jeune homme a des dispositions particulières pour les études et pour les examens, il a des chances de réussir en sui- vant la voie des grandes écoles, qui forment des spécialistes, ou des techniciens. L'avantage de cette voie est qu'elle donne au jeune homme une spécialité. Son inconvénient est d'exiger une préparation de plusieurs années, trois à cinq et six ans, et de donner accès à des carrières très encombrées.
L'entrée dans les professions usuelles, ou dans « les afl'aires », exige une préparation plus courte et qui se fait mieux par la pratique que par un enseignement théorique.
Dans cette voie, nos élèves peuvent trouver une situation presque dès leur sortie de l'École, comme il est déjà arrivé à plusieurs, et recevoir immédiatement une rétribution. En outre, n'étant pas spécialisés, ils peuvent aborder tel genre d'affaires ou tel autre, suivant les circonstances.
Nos Groupes d'expansion commerciale ont déjà aidé plusieurs de nos jeunes gens à faire leur apprentissage des affaires en An- gleterre. Ces Groupes fonctionnent actuellement à Londres et à Bruxelles. D'autres comptoirs sont en formation à Francfort, à Copenhague, au Canada, à New- York, à la Nouvelle-Orléans, à Rio-de-Janeiro, à Buenos- Ayres, à Hong-Kong.
DE l'École des roches. 209
Dans son dernier Rapport, mon excellent ami et collal)orateur, M. Jean Périer, notre attaché commercial à l'ambassade de France en Angleterre, a signalé les hem^eux résultats déjà produits par ces Groupes. « Cette association, dit-il, réalise enfin l'idée que nous préconisions depuis quelques années avec beaucoup de nos collègues, plusieurs chambres de commerce françaises de l'étranger et avec nombre de conseillers du commerce exté- rieur. » Je crois que nos jeunes gens ont intérêt à profiter de cette organisation pour se former rapidement et pratiquement aux affaires, dès leur sortie de l'École.
Je signale à ceux de nos anciens élèves, qui se destinent à Tagriculture, un article de M. J, Dybowski, directeur du Jardin colonial de Nogent-sur-Marne. Il a paru, le 30 mai dernier, dans la Bévue générale des sciences, sous ce titre : La production légu- mière moderne. Cet article démontre qu'on a intérêt aujour- d'hui, grâce au développement et à la rapidité des transports, à entreprendre, en grand et en vue de l'exportation, la culture des légumes, mais seulement « dans les régions où les saisons plus douces permettent de cultiver plus longtemps à l'air libre ». Il s'agirait donc de faire en grand et dans de meilleures condi- tions de climat, ce qui n'a guère été fait jusqu'ici qu'en petit et dans des régions peu favorisées. Cette production meilleure et plus précoce aurait des débouchés assurés et rémunéra- teurs principalement en Angleterre. Elle pourrait être entre- prise avec succès, par exemple, sur toute la côte ouest du Cotentin, qui est réchauffée par les eaux du Gulf-Stream. On peut y faire la culture maraîchère en plein air et le terrain y est encore à des prix très avantageux.
Notre professeur d'agriculture, M. Jenart, qui a parcouru ré- cemment cette région, voit déjà, parla pensée, un certain nombre de nos anciens élèves établis dans cette partie de la Normandie et produisant de magnifiques légumes, tandis que plusieurs de leurs camarades, installés en Angleterre, dans nos comptoirs d'expansion commerciale, recevraient ces produits et les dis- tribueraient chez nos voisins. Pourquoi, en effet, ne ferions-nous pas en France ce que les Danois ont fait avec tant de succès pour
210 LE JOURNAL
le lait, le beurre et les œufs? Un de nos élèves se prépare à en- trer dans cette voie; d'autres rimiteront, je l'espère.
Nous avons reçu un très grand nombre de visites à l'École pendant cette année; il ne se passe presque pas de jours sans qu'il nous vienne des visiteurs. Quelques-uns sont des profes- seurs "^étrangers, désireux d'ouvrir dans leur pays une École sur le modèle de celle des Roches. Parmi ces derniers, il en est un, un professeur de (ienève, M. Perrière, qui nous a fait part de ses impressions par écrit. On trouvera plus loin un large extrait de sa lettre; mais je désire répondre ici à deux observations qui demandent une explication.
Il trouve d'a])ord « qu'il y a trop de luxe aux Roches ». Il préférerait plus de « rusticité », quelque chose qui donne l'im- pression de « la vie aux champs et à la ferme ».
Le « luxe » des Roches consiste surtout dans la propreté et la bonne installation de toutes choses. Je considère cela comme essentiellement éducatif, car l'absence de propreté, de bonne installation et même d'un certain confort sont, le plus souvent, le résultat et le signe de la paresse. Les peuples qui s'habituent à une mauvaise installation du foyer et qui s'en accommodent, sont inférieurs aux autres, au point de vue de l'aptitude à l'effort et au travail. La bonne installation au foyer est un élément so- cial de premier ordre; elle est la caractéristique des peuples supérieurs et elle a pour effet de faire aimer ce foyer et d'exci- ter à l'etfort pour le rendre plus agréable et plus confortable. Elle détourne ainsi de la vie au dehors et de ses dangers. J'ai expliqué tout au long ce phénomène social si important et je me permets d'y renvoyer^.
Cette bonne installation a, en outre, pour effet de développer le goût chez l'enfant. Il faut lui apprendre à apprécier et à dé- sirer le beau en toutes choses. Et c'est une erreur de croire que le beau est toujours plus coûteux que le laid. Le mobilier de l'École, que M. Perrière a trouvé trop luxueux, est d'un bon marché qui l'étonnerait beaucoup s'il en connaissait le prix.
1. Dans A quoi tient la supériorilc des Anglo-Saxons, liv. II, ch. iv. Comment le mode d'établissement au foyer contribue au succès de l'Anglo-Saxon.
DE l'kcole des roches. 211
Nos chaises, si réussies, en bois tourné et incrusté, par exemple, reviennent à 5 francs, ce qui nest pas plus coûteux que des chaises de paille très ordinaires et ce qui est beaucoup plus solide. Quel inconvénient y a-t-il à ce qu'elles soient moins laides ?
Mais nous avons eu une autre raison pour donner au mobi- lier et à la tenue générale de lÉcole un certain « cachet ». Nous voulons que l'École inculque aux enfants Timpression de la vie de famille et non celle de l'ancien type de collège, où le mobilier est si lamentablement horrible qu'il donne natu- rellement à l'enfant l'idée qu'on doit le maltraiter et le briser.
Enfin, du moment que nous demandions aux professeurs et à leur famille de vivre dans l'École, nous avions le devoir de faire de cette école un véritable « home », à la fois agréable et confortable. Au fond, cette divergence de vue vient tout simplement de ce que M. Ferrière a encore dans l'esprit le type du collège, tandis que nous avons en vue et que nous avons réalisé celui de la famille. En cela, comme pour le reste, nous sommes en avance, voilà tout.
M. Ferrière nous reproche, en outre, de ne pas avoir assez développé « les exercices fatigants ». Je suis heureux d'entendre formuler ce reproche, car il me prouve que nous ne sommes pas allés trop loin dans la voie des sports, ainsi qu'on nous en accuse quelquefois. C'est entendu, nous avons adopté un juste milieu entre les écoles anglaises et les écoles françaises. Je prie nos détracteurs d'enregistrer cela et, s'ils veulent enfin être très aimables, de le répéter autour d'eux.
On trouvera plus loin, dans le chapitre consacré à la Section spéciale, trois tableaux sur lesquels nous appelons l'attention. 11 s'agit d'un premier essai destiné à mettre en évidence, sous une forme synoptique, l'enchainement qui existe entre les divers phénomènes de la vie sociale.
Edmond Demolins.
212
LE JOURNAL
LE PERSONNEL DE L'ÉCOLE
Fondateur : M, Edmond Demolins.
Cojiseil iVA dminislration. iMM. Edmond Demolins, président. Maurice Bouts, avocat, administrateur délégué. Le V^'' Ch. de Calax, chargé de cours à la Faculté de& lettres
de Rennes. Alexandre André, industrieL A. Desplanches, magistrat. Louis Monnier, banquier. Emile Pierret. publiciste. Auguste Thurnevssen, administrateur de la Compagnie des
chemins de fer du Midi.
Professeurs. MM.
Georges Bertier, directeur, licencié es lettres.
Bernard Bell, gradué (B.-A.), de l'Université de Cambridge.
R.-C. Coulthard (M. A.), de l'Université de d'Oxford.
Ernest Delétra, D"^ es sciences, chimiste diplômé.
Paul Descamps, ingénieur-électricien.
René Des Granges, licencié es lettres.
Georges Dlpire, ancien élève de l'École' des Arts décoratifs.
A. Hyde Hills (B.-A.), de l'Université de Cambridge.
Alphonse Hoeelich, élève diplômé de l'École de Musique clas- sique.
Paul Jenart, ingénieur-agronome, ancien élève de V Institut agronomique.
M. JiNGNÉ, licencié es sciences, professeur de l'Université.
DE l'École des roches. 21.'J
Gustave Lange, licencié es sciences, ancien professeur de l'U- niversité.
F. Mentré, licencié es lettres, professeur de l'Université.
M. OuiNET, professeur de l'Université.
Paul Roux, licencié endroit, licencié es sciences, ingénieur ag^ro- nome.
Maurice Storez, architecte diplômé de l'École des Beaux-Arts.
Paul Thiry, licencié es lettres.
Henri Trocmé, licencié es lettres.
Joseph WiLBOis, licencié es sciences, ancien élève de V École normale supérieure.
Armand Parent, chef du « Quatuor Parent ».
Octave Corbusier, 1'" prix du Conservatoire de Liège.
L. Tontor, 1®"^^ prix du Conservatoire de Liège.
lUmcs
Edmond Demolins, maîtresse de maison de la Guichardière.
Georges Bertier, maîtresse de maison du Coteau.
B. Bell, maîtresse de maison des Pins.
Henri Trocmé, maîtresse de maison des Sablons.
F. Rinchewal.
De Saint-Pol, diplômée du Brevet supérieur.
Aumônier : M. l'abbé Gamble.
Pasteur : M. Jean Monnier.
Médecin : M. le D' Carcopino.
Professeur de gymnastique : M, Victor Perret.
Économe : i\L Justin Champenois.
Capitaine général : Pierre de Bousiers.
LISTE DES ÉLÈVES
I. — Maison du Vallon.
1. Alexis Adelheim, n'a pas encore fait son stage.
2. Lucien Bertuet, id.
3. Arthur Bosch, a passé deux ans en Angleterre. f^
4. Charles Boscu, id.
2l\ LE JOURNAL
o. Edouard Boscu. fait son stage en Angleterre.
0. Pierre Bouthillier, a passé six mois en Angleterre.
7. Jacques Castan, a passé trois mois en Angleterre.
8. Jean Castan, a passé trois mois en Allemagne, six mois en An- ■ gleterre.
9. André Charpentier, a passé trois mois en Angleterre.
10. Jean Colin. id.
11. Guy DE CoiBERTiN, fait son stage en Angleterre.
12. Raymond Decalville, n"a pas encore fait son stage.
13. St-Clair Delacroix, a passé un an en Allemagne, parle anglais.
14. Jean Desplanches, a passé trois mois en .\ngleterre, trois mois
en Allemagne.
15. Jean Fabra, n'a pas encore fait son stage.
16. Louis Fabra, id.
17. Léon Forestier, a passé six mois en Angleterre.
18. Léon GARDt;REs-Roux, n'a pas encore fait son stage.
19. Adam de Gizycki, fait son stage en Angleterre.
20. William Harding, parle anglais.
21. Georges Lecointre, a passé trois mois en Angleterre, trois se-
maines en Allemagne.
22. Pierre Lyautey, parle allemand.
23. Pierre Marteau, a passé six mois en .\llemagne.
24. Frédéric Mason, fait son stage en Allemagne, parle anglais.
25. Pierre Matras, n'a pas encore fait son stage.
26. Jacques Musnier. a passé trois mois en .\ngleterre. trois^mois
en Allemagne.
27. Sébastien ISaon, n'a pas encore fait son stage.
28. Alfred Pacreco. parle anglais.
29. Lucien Riom, id.
30. Robert de Séréville, six mois en Angleterre, six mois en Alle-
magne.
31. René Spaetii, parle allemand.
32. Jean Steiner, n'a pas encore fait son stage.
33. Guy Thurneyssen, a passé trois mois en Angleterre.
34. Raoul Vandenheuvel, n"a pas encore fait son stage.
35. Joseph DE YiGO, id.
36. Jacques Vincent, id.
37. Wladimir Wérefkine, parle allemand.
IL — Maison des Pins.
1. Jean Bertrand, fait son stage en Angleterre.
2. Louis Charonnat, n'a pas encore fait son stage.
DE l'École des roches. 215
3. Antoine Cortada, n'a pas encore fait son stage.
4. Maurice Cronier, parle anglais.
5. Jacques Dupas, a passé six mois en Allemagne.
6. Dudley Ellis, parle anglais,
7. Henri Ferraîvd, a passé six mois en Angleterre.
8. Washington de Ficieihedo, n'a pas encore fait son stage.
9. René Tierson, parle allemand.
10. Edouard Giraud, id,
11. Bernard Kablé, parle anglais.
12. Pierre Leplat, six mois en Angleterre, six mois en Allemagne.
13. Stanislas de Makowiecki, n'a pas encore fait son stage.
14. Henry Mead, parle anglais.
l.o. Pierre Muscat, n'a pas encore fait son stage.
16. Louis NozAL, parle allemand, fait son stage en Angleterre.
17. Jules DE Paillette, n'a pas encore fait son stage.
18. Maurice de Paillette, id.
19. Vincent de Paillette, id.
20. Yves Pilon-Fleury, parle anglais.
21. Jean Pixgusson, n'a pas encore fait son stage.
22. Gaston Pommey, fait son stage en Angleterre.
23. Antoine Potocki, n'a pas encore fait son stage.
24. Jean de Pourtalès, a passé neuf mois en Allemagne, parle
anglais.
25. André Pusinelli, parle allemand.
26. Pierre Pusinelli, n'a pas encore fait son stage.
27. François Bousselet, apassé six mois en Allemagne, fait son stage
en Angleterre.
28. André Salmon-Legagxeur, n'a pas encore fait son stage.
29. André de Silveira-Cintra, a passé six mois en Angleterre, un
mois en Allemagne.
30. Félix de Silveira-Ci.ntra, id.
31. Maurice Tailhades, n'a pas encore fait son stage.
32. Albert TiiTÉBAUT, id.
33. Gilbert Triboulet, id.
34. Georges Watel, a passé neuf mois en Angleterre. 3.'). François de Yturbr, n'a pas encore fait son stage.
III. — Maison de la Guichardière.
1. Louis Bélières, six mois en Angleterre, deux mois en Allemagne.
2. Robert Benoit, trois mois en Angleterre.
3. André Bessand, id.
216 LE JOURNAL
i. Philippe BiNGER. a passé trois mois en Angleterre.
5. Maurice Bosql'Eï. a passé six mois en Angleterre.
6. Jean-Louis Cavazza, n'a pas encore fait son stage.
7. Armand Davel, six mois en Angleterre, trois mois en Allemagne.
8. Léon Despret, un an en Angleterre, trois mois en Allemagne.
9. Robeit FiRMiN-DiDOT,un an en Angleterre, un mois en Allemagne.
10. Robert Gillet, n'a pas encore fait son stage.
11. Charles Hardixg, parle anglais.
12. Hubert Jambois, id.
13. Jacques Lachapelle, n'a pas encore fait son stage.
14. Edouard Lastra, id.
15. Jean Laier, parle anglais et allemand.
16. René Loubet, a passé six mois en Angleterre.
17. Jacques Mimer, a passé trois mois en Angleterre.
18. Olivier Pillet, trois mois en Angleterre, trois mois en Allemagne.
19. Jules PoMMEY, a passé trois mois en Angleterre.
20. Roger Riom, trois mois en Angleterre, fait son stage en Alle-
magne.
21. Pierre de Roisiers, parle anglais.
22. Tony Snyers, six mois en Angleterre.
23. Pierre Suleau, n'a pas encore fait son stage.
24. Maxime Tassu, parle allemand.
IV. — Maison du Coteau.
1. Jean Biesiekierski, n'a pas encore fait son stage.
2. Charles Brueder, a passé trois mois en Angleterre.
3. Jean Brueder, a passé trois mois en Allemagne.
4. Marcel Charpentier, a passé quatre mois en Angleterre. o. Joseph Comaléras, a passé deux mois en Angleterre.
6. Eugène Dauprat, n'a pas encore fait son stage.
7. Georges Ferrand, a passé six mois en Angleterre.
8. Pierre Foissey, id.
9. Robert Glaexzer, parle allemand, fait son stage en Angleterre.
10. Eudoxe Gregorovitza, parle allemand, a passé un mois en An-
gleterre.
11. Jacques Hervey, trois mois en Angleterre, trois mois en Alle-
magne.
12. Henri de la Bruyère, a passé six mois en Angleterre.
13. Jacques de la Bruyère, fait son stage en Angleterre.
14. Hervé de la Motterouge , a passé trois mois en Allemagne.
15. René Lorillon, six mois en Angleterre, trois mois en Allemagne.
DE l'École des roches. 217
10. Octave Mentré, a passé un mois on Angleterre.
17. Maxime Oberlé, n"a pas encore fait son stage.
18. Adrien Philippe, a passé trois mois en Angleterre.
10. Jean du Pré de Salnt-Mai'r, n'a pas encore fait son stage.
20. Raymond Prieur, a passé un mois en Angleterre.
21. Germain de Reyles, n'a pas encore fait son stage.
22. René Saquet, six mois en Angleterre, six mois en Allemagne.
23. Paul Sauvaire-Jolrdan', a passé six mois en Angleterre.
24. Louis Sprauel, a passé trois mois en Angleterre. 2o. Hans Spyker, id.
26. Henry de Turckheim, parle anglais et allemand.
27. Alfred Valenzuela, n'a pas encore fait son stage.
28. John Waddingtom, parle anglais et allemand.
V. — Maison des Sablons.
1. Edouard Adler, a passé six mois en Angleterre, fait son stage
en Allemagne.
2. Maurice de Barrau, a passé trois mois en Angleterre, parle alle-
mand.
3. Etienne de Bary, a passé six mois en Angleterre, parle alle-
mand.
4. Robert de Bary, fait son stage en Angleterre, parle allemand.
5. Maurice Bouts, n'a pas encore fait son stage. (>. Pierre Bouts, a passé un an en Allemagne.
7. Constantino Candeira, n'a pas encore fait son stage.
8. Robert Delmas, a passé trois mois en Angleterre, trois mois en
Allemagne.
9. André Ferrand, a passé un an en Allemagne.
10. Pierre Guiraud, a passé six mois en Angleterre.
11. Ernest Harilaos, fait son stage en Angleterre.
12. Henri Jéquier, a passé quatre mois en Angleterre.
13. Hervé Labussière, cinq mois en Allemagne, parle anglais.
14. René Lagier, a passé quatre mois en Allemagne.
15. Gontran DE la Marque, parle anglais.
16. Louis Landru, a passé cinq mois en Allemagne.
17. Jean Langer, a passé quatre mois en Angleterre.
18. Edouard Latune, a passé six mois en Angleterre.
19. Pierre Monnier, a passé trois mois en Angleterre, trois mois
en Allemagne.
20. Jean Moussy, a passé trois mois en Allemagne.
21. Manuel Pacueco, parle anglais.
:218 LE JOLR.VAI.
±2. Marcel Planqlette, a passé six mois en Angleterre, six semaines en Allemagne.
23. Louis Rocher, a passé six mois en Angleterre.
24. Marcel Rougeault, id.
2o. Jean Salathé, n'a pas encore fait son stage.
26. Charles Siou, a passé trois mois en Angleterre.
27. Ludomir de Smorczewski, parle anglais et allemand.
28. Jean Thiercelin, a passé six mois en Angleterre.
29. Jean Thuret, a passé trois mois en Angleterre.
30. Jean Yerdet, a passé six mois en Allemagne.
VI. — Élèves a l'étranger.
1. Edouard Adler. à Bonn.
2. Maurice Aubry, à Oxford.
3. Robert de Bary, à Holt.
4. Jean Bertrand, à Eastbourne. o. Edouard Bosch, à Dulwich.
0. Guy DE CoLBERTiN. à Winchlield. 7. Robert Glaenzer. à Rhyl. H. Adam de Gizycki. à Brighton. 9. Ernest Harilaos, à Winr-hOeld.
10. Frédéric Honoré, à Brighton.
11. Jacques de la Bri yère. à Dulwich.
12. Frédéric Mason, à Cochem-sur-Moselle.
13. Louis Nozal, à Wendover.
14. Henri Pingusson, à Herchen-sur-Sieg.
15. Gaston Pommey, à Edgefield.
Ifi. Roger RiOM, à Grenzhausen, près Coblenz. 17. François Rolsselet, à Moreton-Hampstead.
LES STAGES A L'ÉTRANGER
.l'ai peu de chose à ajouter à ce que je disais de nos stages. Tan dernier à cette même place. Nous nous sommes conformés, sauf de très rares exceptions, aux règles que j'exposais alors :
1. Stages de six mois (octobre-mars), — ou de trois mois (mai- juillet), ces derniers prolongés, si possible, de deux mois par les grandes vacances; — quelques stages dun an.
218 bù.
\
219
DE L ECOLE DES ROCHES.
219
2. En Angleterre, placement dans des « écoles préparatoires » ; en Allemagne, snrtont dans des familles.
3. Quelques heures par jour de travail proprement dit; beau- coup de jeux, de promenades, de conversations avec des cama- rades de même âge, véritables bains d'anglais ou d'allemand.
4. Enfin, et par-dessus tout, isolement complet à l'égard de tout élément français : condition précieuse de progrès, et con- dition particulièrement difficile à rencontrer, comme en ont fait l'expérience tant de Français qui, voulant apprendre sur place une langue étrangère, n'ont trouvé accès que dans des boar- ding-houses peuplés de compatriotes ^
Nous avons eu de la sorte, pendant l'année scolaire qui vient de s'écouler, et indépendamment de 10 stages de vacances :
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En Angleterre .... En Allemagne .... |
TERME d'auki.mnk. |
TERME n'HIVElt. |
TERME DE PRINTEMPS. |
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0 garçons. G — |
tj garçons, a — |
13 garçons. 4 — |
fsoit en tout 40 trimestres).
Les garçons et les parents ont été satisfaits de ces séjours et de leurs résultats. Nous avons cité, l'an dernier, quelques témoi- gnages d'enfants. Qu'il nous suffise, cette année, de détacher la page suivante d'une lettre écrite par un père de famille (|ui, sur le con.seil de M. Demolins, a envoyé son petit garçon en An- gleterre avant de le faire entrer aux Roches. On verra que,
1. Qu'on me permette, à propos de cet isolement si nécessaire, une double re- commandation qui m'est suggérée par un correspondant d'Allemagne.
Nos petits, parait-il, aiment à écrire (du moins tant qu'ils sont loin de France) : c'est bien; mais quelques-uns écrivent troj). Trois lettres par semaine aux parents, l^lus quelques lettres à des oncles, tantes, ou cousins, c'est trop. C'est tout un milieu français que l'enfant se constitue artificiellement, et où il continue à vivre de longs moments chaque jour.
11 faut en dire autant des lectures françaises, livrés ou journaux. Les parents doi- vent en sevrer complètement l'enfant pendant son stage, s'ils ne veulent pas pro- duire, dans le petit cerveau qu'il s'agit de pénétrer de formes nouvelles, une fuite par où se perdra toute une partie du travail accompli.
2:20 LE JOURNAL
comme nous l'avons indiqué jadis, les progrès dans la posses- sion de la langue ne sont pas le seul bénéfice que nos garçons puissent attendre de leurs stages.
« Je n ai pas constaté que l'école anglaise ait rien donné à mon fils; mais elle ne parait pas l'avoir étoufté, et même elle lui a fourni l'occasion de développer ce qu'il y a en lui... « Il est très mâle, » me disait de lui Mr. S. (le directeur). « Il est bien plus résistant que les boys anglais, » déclarait Miss S. à ma femme. Ils l'ont observé, et l'ont reconnu remarquablement sain de corps et d'esprit. Aussi a-t-il profité déjà mieux qu'un autre des bons côtés de cette éducation. Ainsi, après deux mois d'apprentissage, lui, le plus jeune de tous les élèves, a-t-il été admis dans l'équipe de foot-ball chargée de défendre dans un match les couleurs de son école. « Parce que je n'ai pas peur, m'écrit-il, je m'élance contre les grands, et ils lancent le ballon, et je m'élance, et le ballon rebondit contre moi, et s'arrête. » Et, après le match : « J'ai très bien joué, et j'ai joué très bien. » Il était préparé à devenir une « personne »; mais il lui manquait les camarades et le milieu nécessaires pour devenir « un bon animal », et il le trouve là-bas. »
Henri Trocmé.
LA VIE AU VALLON
Le Vallon est la plus ancienne des maisons de l'École. C'en est aussi, au dire du moins de ses habitants, la plus pittoresque. Avec l'irrégularité de sa façade, l'enchevêtrement de ses toits et de ses terrasses, les grands arbres et les fleurs qui l'entourent, il ressemble bien plus à un grand chalet qu'à une de ces prisons que l'on décore généralement du nom de collège.
Mais ce n'est pas seulement par sa façade que le Vallon difière d'un lycée; c'est surtout par la manière de vivre de ses habi- tants. Au lieu d'être une caserne renfermant des centaines d'élèves soigneusement numérotés et classés d'après leur âge^
DE 1,'ÉCOLE DES ROCHES. 221
le Vallon n'abrite qu'une vaste famille où les aines cherchent à donner l'exemple du devoir aux plus jeunes.
C'est aux moments des « temps libres » que se manifeste vrai- ment la vie intime du Vallon. En hiver, lorsque leurs camarades des villes se promènent tristement dans leurs cours dénudées et enceintes de hautes murailles, les élèves du Vallon se dirigent vers la salle de Lecture ou vers la salle de .Jeux. La bibliothèque du Vallon est peut-être la plus complète de celles de l'École. Aux livres de la bibliothèque rose, ou aux « .Iules Verne » pour les petits, à un choix de romans et de poésies modernes pour les grands sont joints les indispensables « classiques ». Grâce aux soins d'un élève chargé de la bibliothèque, les livres et les revues sont toujours en ordre, et la collection s'augmente chaque année de quelques volumes dus aux cotisations des professeurs et des élèves. — La fondation d'une salle de Jeux ne date que de cette année : dans une grande pièce, décorée par de nom- breuses gravures, se trouvent, sur des tables, tous les jeux ({ui peuvent occuper les longues soirées d'hiver : ping-pong, cartes, échecs, dames, dominos. — Certains soirs, les professeurs de musique sont assez aimables pour nous faire danser un peu : on range les tables du erand hall et bientôt on s'initie aux mvs- tères de la valse, ou du boston.
En dehors de ces délassements communs, chacun cherche à se distraire comme il le ferait dans sa famille. Un élève, que sa modestie m'empêche de nommer, après avoir établi avec succès un système mécanique permettant l'ouverture automatique d'un calorifère pendant la nuit, se livre pour le moment à la cons- truction de couveuses artificielles qui promettent des merveilles. Tel autre, naturaliste distingué, réunit les plus grands dans le bureau des capitaines, et par des dissections d'oiseaux, de gre- nouilles ou de rats, leur montre la merveilleuse structure du corps des animaux.
Mais en été, tous ces plaisirs tranquilles sont abandonnés pour le plein air. Le « Petit-Bois » et ses rochers sont propices aux jeux de cache-cache ou de balle. D'autres, plus persévérants, préfèrent des divertissements moins frivoles, construisent des
16
222 LE JOURNAI,
cabanes, creusent des souterrains. Nous avons aussi au Vallon l'élevage des pigeons; après avoir été peu florissant pendant quelque temps, par suite du décès de quelques-uns des pen- sionnaires, il est en train de prendre des proportions gigan- tesques! Le pigeonnier compte aujourd'hui cinq pigeons et deux tourterelles et on attend avec impatience Féclosion de nouveaux œufs! Mais en été le passe-temps favori, surtout pour les plus grands, est certainement le tennis. En effet, sur les trente-quatre élèves du Vallon, on compte environ une vingtaine d'amateurs de cet agréable jeu. Au début de la saison, un club s'est formé, et, à laide des cotisations de ses membres, a pu faire remettre le tennis à neuf et pourvoir aux dépenses nécessaires. Afin de permettre à tous de jouer, les membres sont divisés en deux séries, les grands et les petits, qui occupent chacun le tennis trois jours par semaine. Plusieurs professeurs sont du club; ils vien- nent faire une partie de temps en temps et ne se montrent pas toujours les plus forts!
Mais rénumération de ces multiples distractions ne doit pas laisser croire que toute la journée des garçons du Vallon se passe en amusements. Comme dans les autres maisons de l'Ecole, le travail demeure au Vallon la première des occupations. Certes, il y a encore quelques paresseux récalcitrants; mais ils sont moins nombreux qu'au début de l'année, et l'on peut espérer voir leur nombre diminuer sans cesse.
En somme, le Vallon renferme un bon groupe de petits ou grands qui vivent dans la plus parfaite cordialité et se préparent courageusement à l'avenir. Souhaitons que la plupart revien- nent l'année prochaine pour continuer l'œuvre commune, et que ceux cjui doivent nous quitter emportent du Vallon un excellent souvenir!
Jacques Musnier, capitaine au Vallon.
DE l'École des rocues. 223
UN JUGEMENT SUR L'ÉCOLE
Un professeur de Genève, qui est venu passer quelques jours à l'École, a fait part de ses impressions à M. Rertier dans une lettre dont nous détachons les extraits suivants ' :
« Genève, 17 juin I'.hm;.
(( Cher Monsieur,
« Permettez-moi de vous remercier encore très vivement de Taccueil que j'ai reçu de vous et de M'"*' Bertier à FÉcole des Roches. C'est avec stupéfaction que j'ai vu les progrès réalisés dans tous les domaines, et c'est un plaisir pour moi de con- stater que la première en date des Écoles nouvelles de France est aussi la première en prospérité.
« Mieux qu'aucune des Écoles nouvelles que je connais, les Roches ont réalisé le système des maisons indépendantes. Le nombre relativement restreint des enfants ainsi groupés en vie familiale est d'une valeur inappréciable pour leur éducation individuelle. L'inconvénient, vous me l'avez signalé vous-même en ces termes : « Il n'y a pas une, il y a cinq écoles des Roches ». Les influences différentes mais non divergentes de cinq ou six chefs de maisons sont cependant un inconvénient infime, et qui n'est pas à comparer avec celui qui résulterait de l'agglo- mération de plus de cent cinquante enfants dans un bâtiment unique. Combien il est douloureux de penser que c'est encore le cas dans tant d'écoles!
« Une réforme de tout premier ordre, à mon avis, est l'intro- duction aux Roches du système des « classes mobiles ». Qu'un enfant ne soit pas rivé par la fatalité à une classe rigide, mais qu'il puisse, au gré de son intelligence et de son développement, suivre le cours le plus en rapport avec sa force, afin d'être avec des camarades du même degré que lui, c'est là un progrès digne de tous les éloges. Pour qu'un enfant puisse faire partie
1. Celle lettre contient deux critiques auxquelles il est répondu plus haut et que, pour cette raison, nous omettons ici.
224 LE JOURNAL
d'une classe donnée, tout en suivant les cours de latin, d'an- glais, d'allemand, ou de mathématiques, dans une ou deux classes au-dessus ou au-dessous de la sienne, il faut une orga- nisation du programme scolaire particulièrement difficile à réaliser. Or, ainsi que j'ai pu m'en assurer moi-même, ce sys- tème fonctionne particulièrement bien aux Roches et est tout à l'honneur de celui qui a su l'établir.
« C'est également avec plaisir que j'ai vu réalisé jusqu'à un certain point le parallélisme entre les branches d'enseigne- ment : d'une part, entre l'histoire générale et l'histoire de la littérature; d'autre part, entre l'histoire et la géographie. En se basant sur le principe psychologique de l'association des idées, on facilite beaucoup à l'élève l'emmagasinement des connais- sances, s'il saisit la liaison entre les sciences qu'il étudie. On peut aussi tirer un grand parti de l'enseignement des langues, surtout de la langue maternelle, pour initier l'enfant à toutes espèces de connaissances qu'il retrouvera plus tard dans le cours de ses études. Ainsi il est facile, à la leçon de latin, de mettre l'élève en contact avec les sources de l'histoire romaine qu'il étudie, avec Nepos, Quinte-Curce, Justin, Tite-Live, Salluste ou Florus. Tels passages classiques de l'histoire d'Angleterre ou d'Allemagne gagneront en intérêt s'ils sont lus dans des ouvrages écrits par des historiens nationaux. Enfin la philosophie et l'an- glais y gagnent tous deux à la belle traduction que j'ai vue chez vous de la « Psychologie » de James.
« Mais voici, cher Monsieur, une bien longue lettre. J'aurais voulu vous dire encore la satisfaction que j'ai eue à constater l'admirable fonctionnement de la très noble corporation des capitaines.
« J'aurais pu parler de votre système de punitions en rapport avec la nature de la faute commise. Rares sont les éducateurs qui comprennent qu'une arrivée tardive, un acte d'indiscipline légère, ou de turbulence, doivent être punis par un travail ma- nuel, ou une course déterminée, qui fatiguera l'enfant tout en le fortifiant, plutôt que lui donner un devoir écrit supplémentaire qui achèverait de l'énerver et de l'aigrir.
DE LÉCOLE DES ROCHES. 225
« Enfin, j'aurais voulu vous exprimer toute mon approbation de votre système d'émulation, qui insiste davanta£;e sur les pro- grès ou les déficits de l'enfant à l'égard de lui-même, de son travail passé, que sur son rang par rapport à ses condisciples. Il y a dans ce dernier procédé une injustice, car la nature n'ayant pas donné à tous une intelligence égale, les forts s'enor- gueillissent à tort et les faibles sont injustement humiliés. Au contraire, si la valeur du travail personnel de Fenfant est sur- tout mise en relief, si une fréquente comparaison avec le tra- vail fourni précédemment permet d'établir qu'il y a un progrès constant, l'enfant se fera un point d'honneur de ne pas rompre par une ligne descendante l'harmonie de la ligne ascendante, et c'est en cela que réside l'empire sur soi-même et la persé- vérance.
« Enfin j'aurais aimé vous dire aussi le plaisir que m'ont pro- curé les réunions du soir si simples et si cordiales. Gomment serait-il possible de mieux terminer une journée que par une lecture ou un chant? Il n'y rien de tel pour rapprocher les âmes que les émotions communes. Et vous savez les donner, cher Monsieur, sans la moindre mise en scène par la seule élévation de votre pensée.
« Oui, tout cela, j'aurais voulu vous le dire. Mais je m'arrête, il est temps. Laissez-moi seulement vous exprimer encore, cher Monsieur, toute ma reconnaissance et mon admiration.
« Ad. Ferrikre. »
MENSURATIONS ET CARNETS DE SANTÉ
L'Université se préoccupe beaucoup de cette question.
Nous ne pouvons qu'admirer les efforts de MM. Binet, profes- seur à la Sorbonne, des docteurs Philippe et Boncour, et de tous ceux qui coopèrent à ces essais.
Il nous est permis de constater que les Roches ont été, ici encore, à la tête d'un mouvement.
226 LE JOURNAL DE l'ÉCOLE DES ROCHES.
Tous les trois mois, nos élèves sont mensurés; depuis cette année, nous avons remplacé par le spiromètre la mesure du périmètre thoracique, trop susceptible d'erreurs, et nous avons ajouté à nos instruments d'étude le dynamomètre.
Certains élèves plus faibles sont régulièrement pesés et nous conservons les courbes de leurs augmentations.
Voilà bientôt sept ans que, régulièrement, sont prises ces me- sures; nous sommes fiers de le dire et de montrer une fois de plus comme notre petite cellule est libre en ses mouvements et progresse rapidement, tandis qu'il faut des années pour mettre en marche le corps plus majestueux certes, mais plus lourd, de notre sœur ainée l'Université.
EXAMENS DU BACCALAURÉAT
L'École des Roches a présenté aux examens du baccalauréat, en 190i-1905, les huit élèves suivants, qui ont tous été rec.us :
Classe de Mathématiques :
Guy de Tovror. Paul Watel.
Classe de Preynière :
Maurice Bosquet. Jacques Hervi:y. Georges Lecoixtre. Pierre de Rousiers. René Saquet.
Guy Thurxeyssen (reçu à la fois à Sciences-Langues et à Latin-Sciences) .
Quatre élèves se sont présentés eux-mêmes; l'un d'eux, Pierre Daniel, a été reçu.
II
LES ÉTUDES EN 1905-1906.
Nous avons la joie, cette année encore, de constater un pro- grès dans la marche des études, de pouvoir dire que tous voient plus nettement le but à atteindre, que tous, maîtres et élèves, réalisent plus consciencieusement l'idéal des Roches.
Car nous avons notre idéal d'enseignement, que préciseront et cet article, et ceux qui le suivront, et nous estimons qu'il est une de nos raisons d'être. Nous avons la prétention de faire, à ce point de vue, autre chose — et mieux — qu'une concur- rence à l'Université. Nous sommes des soldats d'avant -garde, des explorateurs. Dès qu'une méthode est démontrée bonne, nous l'appliquons. Sans cesse à la recherche d'un nouveau progrès, avec une souplesse et une liberté presque sans limites, nous pré- cisions et réalisons ce qui reste à l'état de rêve et de désir chez les meilleurs pédagogues de ce temps. Nous avons conscience de rendre ainsi service, non pas seulement à nos élèves, mais à l'Université elle-même. Sans aucun esprit de rivalité et de parti, nous faisons notre œuvre : nous sommes sûrs que l'Université, qui en a profité déjà, aura toujours intérêt à la suivre.
Cette liberté d'action nous a permis, ail milieu de cette année scolaire, et par suite d'une nombreuse arrivée de jeunes élèves, de créer une nouvelle classe, en dédoublant la septième. Les
:228 LE JOURNAL
parents des nouveaux venus et nous-mêmes, n'avons eu que sa- tisfaction de cette mesure.
S'il nous est agréable de saluer l'arrivée du jeune maître qui a vite conquis notre estime, il nous a été très pénible de dire adieu ^ M^'" Mory, devenue directrice, à Saint-Dié, d'une école de jeunes filles. Je sais avec quels regrets elle nous a quittés. Nous aimons à lui redire ici notre reconnaissance, la respectueuse sympathie de tous, et l'espoir que les Roches la reverront souvent. Nous avons vu sa sixième, classe privilégiée vraiment, se remet- tre vite de son départ, grâceau zèle de M. Ouinet. C'était une rude tâche que de succéder à M"'' Mory : il fallait, comme elle, unir à une inébranlable fermeté, une affectueuse douceur, à un en- thousiasme sans défaillance, un sens vif des réalités. La classe de sixième vient d'avoir encore une année de plein succès : c'est donc que son maître a su avoir tout cela, M. Ouinet dira plus loin les essais de travaux pratiques qu'il a poursuivis six mois avec ses jeunes élèves. Nous sommes très satisfaits de ce premier pas, et décidés à marcher en ce sens l'an prochain. Nous n'innovons pas : nous ne faisons que reprendre les belles expériences de Pestalozzi et de Frœbel. L éducation nouvelle consiste moins d'ailleurs à tenter de nouveaux essais, qu'à choisir parmi les anciens et à coor- donner tous ceux qui ont réussi à intéresser l'enfant, à dévelop- per ses facultés d'observation et l'adresse de ses mains autant que l'initiative de sa pensée.
Notre enseignement préparatoire continue à être extrêmement solide. Il gagnerait sans doute — et nous y veillerons — à être un peu plus vivant, plus concret, moins déductif. Il manque un peu de leçons de choses, et l'histoire naturelle en particulier n'a pas, autant que je le pensais, passionné nos petits élèves. Nous aurons très grand profit à tirer d'un livre qui vient à son heure : l'Ini- tiative mathématique, de M. Laisant. Il s'attache à développer, par les mathématiques elles-mêmes, des qualités tout opposées à cette sécheresse, cet esprit d'abstraction, cette logique éloignée du réel, cette vide mnémotechnie qu'on donne si souvent sans le chercher sans doute, mais en fait, aux plus jeunes élèves eux- mêmes, tandis qu'en même temps on leur enlève cette naïveté
DE L ÉCOLE DES ROCHES. 229
(l'âme, cette fraîcheui' d'observation qui deviennent si fécondes pour peu qu'on ne les enlise point.
L'enseignement des langues continue à aller bon train, mais j'aimerais qu'on y appliquât plus courageusement encore la mé- thode directe. Notre organisation de " classes mobiles » nous donne ici surtout une incontestable supériorité. Nous avons eu pendant cette année quatre classes d'anglais parallèles, très ho- mogènes. Le cours supérieur, correspondant à peu près à la cin- quième, est excellent et très vigoureusement mené, entièrement en anglais, par M. Coulthard.
iM. Bell a organisé le chant anglais de tout l'enseignement préparatoire. Et il y a pleinement réussi. Plus de .50 garçon- nets chantent, et juste, de petites mélodies ou des chants popu- laires entraînants. Cela les amuse beaucoup et les instruit tout autant.
Il nous faudra faire semblable essai en allemand. Grégorovitza dira plus loin que, malgré nos progrès, nous n'avons pas en- core en allemand les mêmes résultats qu'en anglais. Pourquoi?
Sans doute la langue est beaucoup plus difficile, les relations de nos élèves et de leurs familles plus rares avec l'Allemagne qu'avec l'Angleterre, nous n'avons pas de jeux allemands, et nos stages d'Outre-Rhin ont été, surtout au début, beaucoup moins fréquents que ceux d'Outre-Manche.
Et puis nous n'avons que deux professeurs d'allemand contre quatre d'anglais.
Nous allons remédier en partie à ces lacunes en prenant, à la rentrée de 1906, un troisième maitre allemand.
Les stages ont été organisés par M. Trocmé avec beaucoup de méthode et de conscience. Nous rappelons aux parents de nos élèves actuels et surtout aux parents de nos élèves futurs, notre désir de voir terminés avant la quatrième le stage en Angleterre et le stage en Allemagne. Il est à peu près impossible, une fois passée la cinquième, de donner aux séjours à l'étranger autre chose que les vacances, et souvent c'est trop peu.
Dans l'Enseignement secondaire, les langues étrangères ont eu, au concours de l'Enseignement libre, un succès inespéré : nous
230 LE JOURNAL
avons eu en anglais le premier (G. Ferrand) et le troisième (Des- planches) et en allemand le premier de haute lutte (Grégorovitza) et le quatrième (A. Pusinelli). A Grégorovitza j'ai demandé non seulement de m'aider à dirig-er la table d'allemand du Coteau, mais encore d'enseig-ner l'allemand aux plus faibles de ses ca- marades de seconde. L'essai a réussi, en bonne partie du moins. La grande bonne volonté des élèves au d«''but a fléchi en fin de trimestre, mais l'expérience reste faite, très intéressante à tous égards.
Qu'il me soit permis de signaler encore le travail important que les élèves de Mathématiques et de Philosophie ont fait sous ma direction : nous avons complètement traduit, en moins de six mois, le T'extbookof psychology, de W. James. La traduction n'est pas parfaite et doit, pour être publiée, être remaniée complète- ment. Mais j'aime à dire la bonne volonté, parfois enthousiaste, de mes collaborateurs, leur perspicacité, et la joie que nous a donnée à tous cette œuvre mutuelle et cette longue communion de pensée avec un psychologue et un pédagogue de premier ordre.
J'ai dit tout à l'heure nos succès dans un concours libre : le baccalauréat a été pour nos élèves une aussi heureuse épreuve. Tous les élèves que l'École présentait ont été reçus. « Mais, me dira-t-on, vous avez choisi les meilleurs ? » Je répondrai qu'il y a des élèves inaptes à de tels examens, que notre devoir est de les en éloigner et de supplier les parents d'accepter notre manière de voir; que l'École ne peut prendre la responsabilité de tels échecs.
Mais je puis dire le nombre de ceux qui se sont présentés sans notre appui : ils étaient quatre. L un d'eux a été reçu.
Si quelque esprit grincheux veut nous rendre responsables de la totalité des élèves qui ont passé l'examen, nous pouvons en- core présenter comme parfaitement honorable cette moyenne de dix élèves reçus sur treize candidats.
Notre classe de première de cette année n'est inférieure en rien à celle qui l'a précédée, et lui est supérieure en certains points.
Nos Mathématiciens sont moins entrainés peut-être, pour diverses raisons indépendantes de nous.
DE l/ÉCOLE DES ROCHES. 231
Nous pouvons espérer pourtant d'encourageants succès.
Les interrogations de semaine ou de quinzaine ont été plus ri- goureuses encore et nous devons un merci tout spécial et aux professeurs qui ont bien voulu accepter ce surcroit de travail, et à nos amis de Paris qui sont venus interroger nos élèves de seconde, de première, de mathématiques, ou de philosophie.
Nous reprendrons, en 1906, la classe de Mathématiques élé- mentaires supérieures, transition entre le baccalauréat et la licence ou les grandes écoles. Nous serons heureux de recevoir le plus tôt possible des inscriptions.
M. Lange dit plus loin en fort bons termes, l'esprit de notre enseignement scientifique.
Je tiens pourtant à insister sur un point.
Nous avons un laboratoire de chimie très bien monté et en- tretenu avec un soin parfait par M. Delétra.
Notre laboratoire de physique, très suffisant pour un ensei- gnement théorique, ne nous permet pas assez de travaux pra- tiques et on sait quelle importance nous attachons aux mani- pulations, qui font retrouver à l'élève les grandes découvertes des créateurs de la science, et qui, en lui donnant la féconde illusion de constantes inventions, stimulent et développent son initiative.
Nous n'avons pas de milliardaire en France, c'est entendu. Nous n'osons espérer qu'un Carnegie d'outre-mer entende notre appel et nous construise le laboratoire rêvé. Qui sait pour- tant?
Mais ce laboratoire, nous voulons l'avoir pour 1900, et nous sommes sûrs que ceux qui s'intéressent à l'École, que les parents qui veulent pour leurs fils une éducation scientifique parfaite, que de généreux donateurs amis du progrès et du progrès essen- tiel aujourd'hui, celui de l'éducation, nous aideront et nous permettront de réaliser notre rêve.
Car ce sont nos vraies joies, aux Roches, d'apporter chaque année une pierre nouvelle à l'École et par là un progrès à notre œuvre morale.
Nos visiteurs ont admiré, à l'exposition de l'École, les splen-
:232 LE JOURNAL
dides cartes en relief et en couleur des élèves de M. Wilbois.
Nous devons signaler l'intérêt très grand que prennent à la géographie et nos professeurs et nos élèves. Il y a comme un match entre les diverses classes, match de disciples, mais aussi match de maîtres. Ils font appel à tout ce qui peut rendre cet enseignement captivant : Vues, photographies, cartes postales, beaux atlas, grandes cartes murales, et surtout excursions et voyages.
Il nous souvient qu'il y a trois ans, un inspecteur général visitant l'École avait trouvé nos collections un peu maigres, et notre enseignement de la géographie un peu sec.
Nous nous sommes piqués aa jeu ; cette remarque a été pour nous très féconde, et si l'inspecteur général revenait aujour- d'hui, il verrait avec joie que son idée a germé et produit une riche moisson.
L'enseignement de l'histoire en a profité, puisqu'il est intime- ment lié à celui de la géographie, et c'est une résurrection du passé que tentent avec succès nos professeurs, en particulier M. Desgranges et M. Trocmé.
Le dessin lui-même est venu apporter à l'histoire son con- cours : l'enseignement de M. Storez n'a fait parfois que vivifier et préciser encore celui de M. Desgranges.
M. Dupire s'est plus exclusivement consacré au modelage et aux décors — avec quel succès, — ceux-là le savent qui ont vu les décors des Romanesques et ô'Athalie et les modelages ex- posés à la Fête de l'École. M. Storez a fait un cours de construc- tion aux élèves de la section spéciale et il dit plus loin ses essais dans l'enseignement du « dessin libre ».
Non seulement le dessin libre a réussi aux Roches, mais M. Sto- rez a fait œuvre plus haute encore en développant chez tous ses élèves l'esprit d'observation et en nous enseignant à tous, grands et petits, les lois de la beauté rationnelle.
Je parlais de son cours en section spéciale : il l'a toujours illustré par des exemples concrets et des visites à des maisons nouvelles à Verneuil,
Ces élèves de la section spéciale sont des enfants gfttés :
DE l'École des roches. 233
pour eux nous avons créé cette année, dès la quatrième, des cours de mécanique qui reçoivent leur application pratique dans l'étude des machines de l'École et leur complément dans le travail du fer, inauguré cette année par iM. Ouinet.
Des cours d'industrie les mettent au courant des progrès ac- tuels et leur permettent de choisir, à leur sortie de l'École, et en connaissance de cause, la voie qui leur convient. Ces cours sont, de plus, une application réelle, concrète, vivante, des leçons de physique et de chimie.
De cette année encore datent des leçons de droit pratique, et de géographie commerciale. M. Roux a étudié, en suivant à peu près l'ordre du beau travail de M. Poinsard, les échanges des principaux pays du monde.
En mêuie temps, nous poussions énergiquement notre en- seignement agricole. Et nous sommes si bien lancés que nous avons l'espoir de retenir à l'École nos plus grands élèves qui recevraient à notre ferme une première initiation pratique et dans nos laboratoires un solide enseignement; nous les enver- rions ensuite dans une ou deux fermes-écoles bien choisies, en France ou à l'étranger, où des hommes en qui nous avons foi leur enseigneraient l'art de la culture, tout en continuant leur formation morale.
Voilà le bilan de notre année d'études et quelques-uns de nos projets.
De notre marche en avant les professeurs de l'École doivent recueillir l'honneur. Nous aimons à dire pourtant combien nous sommes redevables à certains de nos visiteurs, en particulier à M. Perrière et à M. Mélikian. Ils ont eu l'amabilité de nous dire qu'ils avaient beaucoup appris aux Roches ; nous avons appris au moins autant qu'eux; ils nous ont fait profiter de leur expé- rience, de leurs réflexions, et ont bien voulu nous donner sur notre œuvre un jugement impartial et sympathique, qui reste pour nous un encouragement précieux.
G. Rertier.
234 LE JOURNAL
L^ENSEIGNEMENT DES SCIENCES
Notre École ne mériterait pas son nom d' « École Nouvelle » si la question des méthodes d'enseignement n'y était pas sans cesse à l'ordre du jour. En ce qui concerne renseignement des sciences en particulier, on ne se contente pas d'adopter les nou- veaux programmes et d'en tirer le meilleur parti possible. Le but que l'on se propose est surtout le développement libre des intelligences. Évitant avec soin tout ce. qui peut déformer les jeunes cerveaux, on s'efforce de réagir contre la tendance, malheureusement trop répandue encore aujourd'hui, de faire de l'enseignement scientifique un enseignement où les sciences abstraites occupent de bonne heure une place trop importante au détriment des sciences d'observation et d'expérimentation.
Il est entendu que l'étude des sciences exactes constitue une excellente discipline intellectuelle en donnant à l'enfant des habitudes de précision qu'il ne pourrait g;uère acquérir autre- ment. Mais encore faut-il que ces études soient appropriées à son âge et à ses forces et de telle façon que le mot « instruire » ne soit pas synonyme d' « ennuyer » et quelquefois de « tor- turer ». Et puis, une discipline intellectuelle quelle qu'elle soit, si on en abuse, exalte certaines facultés et laisse les autres s'a- trophier. C'est ainsi que l'esprit mathématique , avec son pli particulier, est malhabile à se débrouiller dans les sujets pra- tiques. Habitué à résoudre des problèmes dont les données sont simples et bien définies, le mathématicien se perd, s'égare dans la complexité et l'indétermination des choses concrètes et réelles.
De plus, l'abus des sciences abstraites donne à l'enfant une tournure d'esprit qui l'éloigné de plus en plus de la nature. Il en arrive à se figurer que l'on peut tout ramener au nombre, que l'étude de la nature n'est plus qu'une question d'équations et que le temps est proche où toutes les sciences s'étudieront au tableau noir.
C'est pour donner à nos enfants le correctif nécessaire aux
riE l'école des roches. 235
insuffisances et aux défauts de l'esprit mathématique que nous développons de plus en plus à l'École renseignement des sciences expérimentales.
Quant à la méthode, elle est autant que possible conforme au principe qui consiste à partir du concret et du particulier pour aller peu à peu à l'abstrait et au général. « Les hommes, a dit Herbert Spencer, croient que, parce que les formules gé- nérales qu'ils ont trouvées pour exprimer des groupes de cas particuliers ont simplifié leurs conceptions en réunissant plu- sieurs faits en un seul, ces mêmes formules simplifieront de même les conceptions d'uu enfant. Ils oublient qu'une généra- lisation n'est simple qu'en comparaison de la masse entière de vérités particulières qu'elle comprend, mais qu'elle est plus complexe qu'aucune de ces vérités prise isolément; que ce n'est qu'après qu'un certain nombre de ces vérités isolées ont été acquises que la généralisation soulage l'esprit et aide la raison, et que, pour un esprit qui ne possède point les vérités isolées, la généralisation reste nécessairement un mystère. C'est ainsi que, confondant deux espèces de simplifications, les maîtres ont constamment erré en commençant par les « premiers prin- cipes » : manière de procéder essentiellement contraire à la règle fondamentale, qui est de présenter à l'esprit les principes par l'intermédiaire des exemples, de le conduire du particulier au général, du concret à l'abstraite »
Passons maintenant en revue chacune des branches de notre enseignement scientifique.
Chimie. — Sous la bonne direction de notre collègue M. De- létra, l'étude de la chimie se poursuit de la façon la plus intéressante et la plus concrète dans le coquet laboratoire de l'École. C'est là que se donnent toutes les leçons; de cette façon, la chimie cesse d'être pour l'enfant une science de for- mules, celles-ci ne venant qu'ensuite comme moyen de sou- lager sa mémoire.
1. Herbert Spencer, De l'éducation intellectuelle, morale et physique.
236 LE JOURNAL
Les travaux pratiques occupent dans cet enseignement la place très importante qu'ils doivent avoir. L'élève trouve au laboratoire tout ce quïl lui faut pour faire ses expériences et, le plus souvent, on le laisse se débrouiller tout seul. Ses expé- riences ne lui réussissent pas toujours, il s'en faut, mais alors, avec l'aide du professeur qui étudie avec lui les causes de son insuccès, il retire de son expérience manquée un enseignement tout aussi profitable que s'il avait réussi du premier coup.
Physique. — C'est dans le même esprit qu'on s'efforce de donner l'enseignement de la physique en lui rendant de plus en plus son véritable caractère de science expérimentale. Le temps est passé où la classe de physique était regardée comme une succursale de la classe de mathématiques; où la loi de Mariette, par exemple, était l'occasion d'innombrables pro- blèmes du second degré ou bien encore les calculs d'espace nuisible dans les machines pneumatiques l'occasion d'aligner de belles équations et de faire de subtiles éliminations.
De plus, dans les nombreuses applications numériques que l'on fait faire aux élèves, on les habitue de bonne heure à se préoccuper du degré de précision qu'on est en droit d'exiger dans leurs calculs. On leur rappelle constamment que les don- nées d'un problème de physique sont des résultats d'expériences et, comme telles, entachées d'erreurs inévitables plus ou moins grandes; qu'il est inutile, par conséquent, de tenir compte, dans les calculs, des chiffres dont la suppression entraînerait des erreurs plus faibles que celles faites dans les mesures.
Et ainsi disparait, chez l'élève, ce scepticisme à l'égard des calculs auxquels donne lieu l'élude des phénomènes physiques; il ne se croit plus autorisé à dire qu'en physique, tous les cal- culs sont faux.
Mais ce n'est pas tout; il faut aussi lui apprendre de bonne heure ce qu'est la méthode scientifique; lui montrer comment on utilise des observations isolées pour généraliser. Des con- naissances isolées servent peu pour le développement de l'intel- ligence; il faut donc enseigner à l'élève le moven de relier des
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faits épars et d'en dégainer une loi, A cet effet, on Tliabitue de bonne heure à l'emploi des constructions graphiques qui non seulement donnent d'une façon frappante l'allure d'un phéno- mène, mais encore font pénétrer dans son esprit les idées si importantes de fonction et de continuité. En même temps, il apprend comment, tout en généralisant Texpérience, on corrige nécessairement par le graphique, les nombres qu'elle a donnés. D'ailleurs, l'usage des graphiques facilite singulièrement l'é- tude de certains chapitres de la physique; il permet de résumer en une image frappante un ensemble de résultats que l'élève ne retiendrait que difficilement sans cela. Interrogés u ce sujet, nos grands élèves de Mathématiques ne manqueraient pas de citer l'étude de la compressibilité des fluides, l'étude de l'é- quilibre d'un corps pur sous plusieurs phases; celle des solu- tions, etc., etc. ^
Sciences naturelles. — En sixième, étude de l'homme et des animaux, en s'attachant à montrer Futilité de la zoologie pour l'agriculture (animaux nuisibles et utiles).
Quatrième (géologie). Étude des effets de l'eau et du feu cen- tral — les différents terrains — et toujours la préoccupation de montrer comment la science sert de base aux applications agricoles industrielles. Dansée but, on s'est étendu davantage sur les parties du cours se prêtant aux développements prati- ques : reboisement, pétrole, houille, etc.
En troisième (zoologie). Étude de l'homme; même désir de chercher à expliquer les faits de la vie quotidienne : nourriture, marche, voix, sensibilité, etc. (Note de M. Paul Houx.)
Les élèves de seconde classique et moderne ont étudié les différents représentants du règne animal, depuis les infusoires jusqu'aux insectes, inclusivement. Des spécimens mis entre les mains des élèves sont venus compléter cet enseignement essen- tiellement concret.
Les mathématiciens et les philosophes se sont particulièrement attachés à l'étude de l'homme et de la botanique. Ils ont, de plus, fait quelques dissections qui leur ont permis de se rendre
17
238 LE JOURWAL
compte par eux-mêmes des dispositions de certains organes complexes : cerveau, cœur, poumon. (Note de M. Fatras.)
Mathématiques. — Des expériences intéressantes, qui ont donné de bons résultais, ont été faites cette année par notre collègue, M. Wilbois. Il fallait pour cela un terrain neuf, non encore encombré de certaines méthodes dont l'influence n'au- rait pas manqué de se faire sentir et aurait rendu difficile l'ap- plication d'idées nouvelles. C'est pourquoi nous ne parlerons ici que des classes de cinquième et de quatrième.
Un premier pointauquel s'est attaché notre collègue, c'est d'établir dans son enseignement un lien étroit entre les trois branches des mathématiques : arithmétique, géométrie, algèbre. Dans ce but, un même problème est l'ésolu successivement par l'arithmétique, par l'algèbre, puis par la méthode graphique.
En algèbre, on s'est abstenu de commencer par des théories générales. Aussi, contrairement aux indications du programme, on a été obligé de laisser de côté les segments dirigés; mais on s'est attaché à la résolution des équations numériques du l*' degré à une et plusieurs inconnues, avant de s'occuper du calcul algébrique. En un mot, on a fait de l'abstraction pro- gressive.
En géométrie, on sVst inspiré de la méthode de M. Méray et on n'a pas craint de partir de l'intuition aux dépens de la rigueur scolastique.
C'est un fait établi depuis longtemps, que le jeune débutant est incapable de goûter la belle ordonnance de l'édifice logique, bâti sur les Éléments d'Euclide. 11 faut, sous peine de le rebuter, souvent à jamais, commencer par une géométrie concrète. En s' élevant ensuite peu à peu, on arrivera sans peine à le mettre en état de lire avec fruit, et d'apprécier, pendant ses dernières années d'études, les beaux traités aux démonstrations si élé- gantes, parus dans ces derniers temps.
En cinquième et en quatrième, on a adopté le programme sui- vant : Le troisième livre (similitude en général). Les droites concourantes dans les Iriangles (1" livre). — La théorie du
DE l'École des roches. 239
triangle rectangle (théorème de Pythagore, etc.) (3'' livre). — Le cercle (2° livre). — La similitude dans le cercle (3* livre).
Un certain nombre de travaux pratiques ont été exécutés par les jeunes élèves. On avait en vue deux buts : d'abord l'exécu- tion des problèmes d'algèbre par des graphiques exacts et aussi la résolution de problèmes de similitude sur le terrain (Ex. : mesurer à la chaîne, par les triangles semblables, la distance à un point inaccessible).
L'autre but poursuivi a été d'habituer, dans les exercices, les élèves à rendre l'erreur minima et à apprécier l'intluence d'une erreur sur le résultat. Cela constitue une bonne préparation à la physique.
Nous terminerons cet aperçu par deux remarques qui s'appli- quent d'ailleurs à tout notre enseignement.
Nous faisons tous nos ellbrls pour réagir contre la vieille habi- tude de mettre tout l'enseignement en leçons. Nous cherchons à « enseigner » le moins possible, en faisant « trouver » à l'élève le plus possible. Nous tenons à faire de lui non un récepteur passif, mais un chercheur actif qui observe et qui découvre.
Enfin, nous évitons avec soin les classes nombreuses. Nous voulons pouvoir suivre de très près chacun de nos élèves, les plus faibles comme les plus forts ; aussi ne craignons-nous pas de dédoubler une classe (et c'est ce qui a été fait cette année pour la seconde et la troisième), dès que son effectif dépasse le chifïre qui a été établi dès la fondation de l'École.
G. Lange.
Der deutsche Unterricht in der Ecole des Roches.
Wie in allen hoheren Schulen Frankreichs, so wird auch in unserer Anstalt eifrig Deutsch getrieben. Bei uns, in der Ecole des Roches, wird dièses Lehrfach sogar viel besser gepflegt als in den (lymnasien. In den letzteren nâmlich kônnen die Schïiler nur wâhrend des deutschen Unterrichts deutsch sprechen, aber hier, haben sie viel mehr (jelegenheit dazu. Wir haben hier zwei ausge- zeichnete Lehrer fiir die deutsche Sprache, llerrn Hoeflich und
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Herrn Thiry, die sich stets eifrig bemiihen den Schiilern dièse nlitzliche Sprache bei/Aibringen. Ausserdem sprechen noch einige Lehrer fliessend deutsch wie z. B. Herr Direktor Bertier, Herr Pro- fesser Trocmé, Herr Mattiematikprofessor Lange und Herr Che- mieprofessor D'" Délétra, sowie Frau Bertier, Frau Bell, Fran Trocmé, Fràulein Demolins, Frâulein Sclilipphacke und Friiulein von St. Pol.
Was die Schiller anbetrifft, so sind nur drei von ihnen dieser Sprache mâchtig : John Waddington, Vladimir Werefkine und An- dréas Pusinelli.
Wir sehen also dass die deutsche Sprache in unserer Anstalt zahlreich genug vertreten ist und dass die Schiller wirklich Gele- genheit haben, dièse Sprache zu erlernen. An guten Einrichtungen dafiir fehlet es auchdurchaus nicht. Es gibt deren gar mannig- faltige. aber die vorziiglichste von allen ist zweifellos die deutsche Unterhaltung beim Abendessen. In jedem der fiinf Hauser nâmlich besteht der Speisesaal ans drei Tischen. Beim Mittagessen wird an allen Tischen franzosisch gesprochen; beim Abendessen aber spricht man nur an cinem Tische franzosisch. An diesen kommen gewôhn- lich die Ausliinder hin, die noch kein franzosisch konnen; von den zwei anderen Tischen ist der eine dem Deutschen und der andere dem Englischen gewidmet.
Jeder Tisch hat seinen Leiter. Im Coteau Z. B. ist Herr Bertier der Leiter des deutschen Tisches, im Vallon Frl. von St. Pol, in der Guichardière Herr Thiry, in den Pins Frl. Schlipphacke und in den Sablons Herr Trocmé. Die Schiller sind wohl gezwungen die Sprachen der betreffenden Tische zu sprechen, widrigenfalls ihnen der Nachtisch entzogen wird oder sie 10 Gt. Strafe zahlen milssen.
Was den grammatischen Unterricht der deutschen Sprache anbe- trifft, sohaben hier die kleinen Schiller vier Stunden wôchentlich und die grossen zwei. In diesen treibt man viel Grammatik, viel Lekture und recht viele Ubersetzungen. Ich selbst habe die Ehre in einer Khisse den deutschen Unterricht zu erteilen. Da niimlich Herr Hoellich und Herr Thiry sehr beschaftigt sind, so hat mir Herr Direktor Bertier die Unterprima anvertraut. Ich gebe dort zwei Stunden wôchentlich. Ich tue mein môglichesum meinen Schii- lern etwas beizubringen, trotz dem aber muss ich gestehen, dass sie langsam fortkommen. Die vielen unregelmiissigen Verba, an denen ja die deutsche Sprache ausserordentlich reich ist, sowie die vers- chiedenen Praepositionen und Artikel bereiten ihnen sehr grosse Schwierigkeiten.
Mit dem Englischen hat man in unserer Schule griissere Erfolge erzielt als mit dem Deutschen. Dièses lâsst sich aber durch die ans-
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serordentliche Schwierigkcit der deutschen Sprache erkiàren. Der P'ranzose lernt nàmlich tausendmal leichter englisch als deutsch. Trotzdem aber entmuUgen wir uns nicht. Es geht jaimmer besser mit dem Deutschen; im niichsten Schuljahr werden wir einen deut- schen Lehrer mehr haben und dann werden wir mit dem Deutschen hoffentlich dieselben glucklichen Erfolge haben, wie mit dem En- glischen.
Eudoxe Em. Grégorovitza.
NOTES SUR VERNEUIL
Une des qualités les plus nécessaires à un professeur à rÉcole des Roches doit être la ténacité dans ses desseins. Cet esprit de stabilité sera le nécessaire contrepoids de notre désir d'innovation.
Voici maintenant un autre principe qui nous est cher : ne pas nous en tenir aux formules qui nous ont été suggérées à nous- mêmes par nos maîtres, mais en vérifier constamment la portée et l'efficacité éducative; adapter à notre jeune auditoire la donnée scientifique la plus nouvelle, ne jamais nous « cristal- liser » dans nos connaissances de jeunesse, ni surtout — oh! surtout! — ne jamais hésiter à transmettre d'une façon plus vivante et plus neuve ce qui ne nous fût pas, jadis, transmis ainsi.
C'est pour ces raisons que, persévérant dans une tentative d'enseignement dont il m'a été donné de faire le bref exposé dans le Journal de l'Ecole des Roches de 1904, et parti avec mes élèves des origines mystérieuses du peuple égyptien, ayant vu, aux premiers jours de la quatrième, les rayons du soleil levant dorant la statue de Memnon, je les ai conduits en ce terme-ci, à la fin de leur année de seconde (géographie, his- toire et littérature se soutenant toujours, intimement mêlées) jus(ju'aux pièces d'eaux de Versailles où le dernier éclat d'un soleil au déclin couvrait d'une pourpre inquiétante les trophées coûteux de Louis.
242 LE JOURNAL
Ainsi donc, nous avons suivi, dans leur développement, la vie européenne et la pensée française, procédant du connu à l'inconnu, nous aidant fortement du souvenir des yeux, insistant sur les transitions, ces points privilégiés de l'histoire d'analyse, et tâchant d'aimer chaque époque pour les nobles élans qu'elle sut engendrer et les belles formes d'art qui nous l'immorta- lisent.
Procéder du connu à l'inconnu, du concret à l'abstrait, du regard curieux à l'idée, de l'expérience à la règle, ne sera-ce pas aussi nécessaire en éducation littéraire qu'en éducation scientifique, et je voudrais ici, précisément, mieux exposer et plus clairement, cet aspect de notre méthode par l'étude d'un exemple particulier ;
Qu'est-ce, pour nos garçons, que la terre de France? — C'est d'abord le pays de famille et le coin rêvé de province où ils vont passer leurs vacances; mais aussi ce canton de la bonne Nor- mandie où nous vivons ensemble, neuf mois de notre année, cette petite place forte de Verneuil à la ceinture d'eaux endor- mies et toute pavoisée de tours.
L'histoire du moyen âge nous donnant l'occasion, au cours de la classe de troisième, d'aborder, dans son développement, cette cellule de la vie française et trop contents d'avoir l'exemple sous les yeux, l'exemple fréquenté, l'illustration vivante, nous n'avons eu garde de l'omettre et nous nous sommes faits, avec joie, l'interprète du chant des ruisseaux et de la voix calme des pierres.
Et voici ce que les pierres nous ont raconté :
<c Romaines, à Verneuil, nous sommes peu! Ces agriculteurs acharnés sont cependant venus déchirer notre terre; ils ont substitué par lépée la « paix romaine » à cette paix villageoise, au milieu des clairières, dans laquelle les Gaulois, nos pères, envoyaient leurs pèlerinages au sanctuaire voisin des Car- nutes. . . ))
Et les aulnes des fossés de l'Avre nous ont murmuré ; « Nous sommes les parrains du pays; tous les Verneuil de
DE l'École des I{oches. 243
France sont rejets de nos branches. Les « vergnes » ont donné Vernenil ! »
Et l'xVvre paresseuse, parmi ses lentilles d'eau, nous parla elle- même, comme il suit : « Le Scandinave Rollon, lîls des déesses marines, ce barbare accouru chez nous au gré de sa barque et des flots, et maître de la terre, après Saint-CIair-sur-Epte, rame- nant son elaive au fourreau, fit fleurir sur mes bords cette jus- tice nouvelle et cette joie féconde de l'elFort personnel, qui avait été transmise à sa race dans le fécond isolement des fjords ».
Et les pierres, et les aulnes et les eaux des remparts s'écriè- rent d'une voix commune : « Nous sommes les éléments de la terre normande dont les fils, à la suite de Guillaume de Falaise, ont jadis conquis l'Angleterre ! »
Des Français aux Anglais, des Anglais aux Français, ballottée, disputée, déchirée, décimée, pauvre ville frontière, dans le trouble confus des nationalités qui n'émerg-eaient pas même et parmi les haines féodales, comprenant à la fin sa pensée natio- nale, se portant vers la France d'un sursaut de son cœur et s'at- tachant définitivement à la fortune du roi sacré par Jeanne à Reims... telle sera l'histoire de Vernenil!
Elle est ville frontière : un vieux dicton local en garde la mémoire et dit : « Avra parva licet, Francorum dividit arva ». C'est l'Avre, si petite quelle soit, qui sépare les Français de la terre normande. Dès 1120, le vieux Vernenil est bâti par Henri P' : ses habitants jouissent de privilèges; puis, pour se mieux dé- fendre contre les coups de force, la ville forme trois bourgs, ceint chacun de ses murs, muni de ses fossés, qu'il faut prendre l'un après l'autre. Les nombreuses rues de Vernenil, d'ordinaire vallonées et gardant la trace du mot « Pont », restent un sou- venir présent de ce morcellement intérieur. Les eaux de l'iton sont amenées par une dérivation savante pour fortifier la ligne des remparts; trois grosses tours massives défendent le triangle : au creux du vallonnement, la vieille tour Gelée s'enguirlande encore sous les lierres, et la Tour Grise (hélas! un peu défigurée) a défié le temps, comme elle défiait l'ennemi par ses inexpu- gnables murs.
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LE JOURNAL
En onze ans, la ville est bâtie, œuvre d'une volonté. Les fléaux s'abattent sur elle : tremblement de terre, dit-on (1182) et plus tard, incendie allumé par la foudre. Vite, elle se relève : en 12i0, ses habitants sont au nombre de treize mille, ce qui est environ le triple de sa population actuelle. En 1173 cependant, la ville
VCE DE VERNEIIL Ptldt. lloilcllci
avait été assiég-ée par Louis le Jeune et fort maltraitée par les hommes d'armes, après sa capitulation. Quatre ans plus tard, elle retombait entre les mains du roi d'Angleterre, pauvre ballon de jeu que deux camps acharnés semblent se disputer l'un ù l'autre avec la frénésie d'un sport cruel.
Louis VII meurt, Jean sans Terre accomplit son célèbre siège d'Évreux. A ce moment Philippe-Auguste est devant Verneuil ; il apprend le massacre d'Évreux, part dès la nuit suivante, surprend la ville et passe les Anglais au fil de l'épée. Mais, pendant Tab- sence du roi de France, Richard Cœur de Lion, bondissant, entre, victorieux, dans Verneuil.
« 0 Richard, ô mon roi! »
\)K \. ECOLE DES RitCUES.
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Alternatives diverses : la petite ville redevient fraïK-aise. Sous Jean le Bon, les Anglais la brûlent en partie. Voici que revien- nent les heures sombres. Sous Henri V, roi d'Angletii-e, après Azincourt, la Normandie est envahie une seconde fois. — C'est l'époque de la Grande Bataille!
Pouvons-nous appeler : yrandi^ bataille, une mêlée qui dure trois quarts d'heure? — Oui, puisque, somme toute, cinq mille Français y restent. Le chroniqueur de l'époque, Monstrelet, nous
AUTRE VIE DE VEIt^El 11, (l'Iuit. lillUclKT),
a laissé le récit, naïvement conté, de l'événement: la tactique des Anglais consiste principalement à se garantir par derrière avec chevaux, archers et bagages ; ils perdent néanmoins plus de seize cents des leurs !
Par un beau soir d'été : six heures, le soleil tombe (27 août 142i). C'est au nord de Verneuil que le combat s'engage et des meurtrières de la Tour Grise, nous croyons voir renaître la ba- taille au milieu des blés. (Nos petits bicyclistes ont même su découvrir, dans le lieu nommé Saint-Denis, quelques vieilles statues provenant d'une chapelle qui fut élevée au lieu du combat.)
246 LE JOURNAL
Mais je ncntreprends pas de raconter, ici, l'hisloire de Ver- iieuil. Je n"oi que l'ambition d'exposer une méthode d'enseigne- ment historique qui s'est ellbrcée de rester toujours pittoresque et expérimentale.
Le-sujet suivant de composition, donné à nos élèves de troi- sième comme devant servir de classement à la fin de l'année, avait été précédé de la note que voici et que je reproduis afin de préciser plus directement mes intentions :
(c La narration, dont le sujet suit, devra être fortement im- prégnée d'intérêt local et les difiérents épisodes devront être situés en des paysages vus, en des sites connus et décrits plus avec vos yeux qu'avec votre imagination. »
Il s'agissait de Thistoire de Jean Bertin, complément narratif de noire étude locale et qui permettait à mes élèves de tenter, dans la mesure de leurs petites forces, la fameuse « résurrection du passé. »
C'est en IViO : le cœur pur et vaillant de la bonne Lorraine a palpité d'ardeur sur le bûcher de Houen : La garnison anglaise, à cette époque, ne se compose, à Verneuil, que de 120 soldats qui, pour suppléer à leur petit nombre, contraignent ses habitants à monter la garde; Jean Bertin. le meunier du Moulin-des-Mu- railles, veut rendre la ville aux Français. Il va trouver de nuit le capitaine Robert de Floques. tenant garnison à Évreux. Le 29 juillet liiO, au point du jour, celui-ci arrive avec ses troupes au pied des murailles de Verneuil. C'est un dimanche. Dans l'air, qui deviendra bientôt grésillant de chaleur, les cloches du matin tintent la première messe. Jean Bertin lâche l'écluse obscure de son moulin. Bientôt le fossé est à sec: des échelles sont dressées contre les murs et les Français pénètrent dans la ville. Ils surprennent les Anglais, en tuent un certain nombre et font des prisonniers. Les survivants vont chercher refuge à l'intérieur de la Tour Grise...
Les Français entourent celle-ci, malgré les fossés remplis d'eau. Enfin, le 23 août, les assiégés demandent à capituler. Ils ne sont plus qu'une trentaine...
Cette bonne nouvelle fut apportée à Charles Vil, alors c[u"il se
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trouvait à Chartres. Peu de jours après, la cilé de Verneuil le recevait en grand apparat. Le roi de France était escorté des évêques d'Auxerre, d'Évreux et de Lisieux. Les habitants allèrent au-devant du monarque et oil'rirent les clés de la ville à celui qui avait été le roi de Bourges et que Jeanne avait fait, par sa piété vaillante, le roi du pays tout entier.
L'histoire mihtante de Verneuil en tant que cellule typique de l'organisme français en formation, nous parait se terminer à cette date. Ensuite, elle eut ses jours heureux ou malheureux, mais vraiment elle n'eut plus d'histoire. A part la sanguinaire aventure de Frotté, ce ne sont que documents d'archives...
Pour traiter le sujet donné, nos garçons pouvaient s inspirer de telle poésie de Victor Hugo : La fiancée du Timbalier, par exemple, proposée en classe comme leçon et, pour éviter tout anachronisme, il leur était nécessaire de se souvenir, entre autres détails, que si Verneuil comptait, au temps passé, sept églises carillonnantes, la tour de la Madeleine, ornement et fierté, joie des yeux et du cœur, n'était cependant pas construite, édifiée qu'elle fut vers 1517, en un style qui rappelle une des tours de Rouen, par des artistes italiens et de passage.
Nous conclurons maintenant en quelques mots : Du petit au grand, de Verneuil à la France, c'est ainsi que nous voudrions faire connaître, faire aimer et faire retenir! L'histoire n'est pas surtout enfermée dans les livres; elle rit dans les cloches, gri- mace dans les gargouilles et dure, bien vivante, jusqu'à nous dans les assises du château fort. La pensée héroïque sort du fait. Nous avons vu la parole de la Pucelle : <( L'Anglais sera bouté hors de France » s'accomplir dans le geste de Jean Berlin; mais il semble pourtant que la vertu saxonne ait laissé quelque chose de sa force tenace, dans la campagne de Verneuil, puisque, à l'École des Roches, dans ces mêmes campagnes, nous avons entrepris de faire naitre au cœur de nos petits Français cette libre et vigoureuse volonté d'Outre-Mer, consciente et maîtresse d'elle-même.
René Des Granges.
LE JOURNAL DE L ECOLE DES ROCHES.
Une journée de pluie à lÉcole des Roches.
Dans « École des Roches » on remarque le mot école, et ce mot fait penser à un grand bâtiment situé au milieu dune ville. Il n'en est pourtant pas ainsi de l'École des Roches. Elle n'est pas composée d'une seule maison, mais bien de cinq maisons groupées autour d'un bâtiment central dans lequel se font les classes. De plus, elle est à la campagne au milieu de la nature que nous pouvons admirer à notre aise, ce qui en rend le séjour très agréable. Pendant le terme d'été, il fait ordinairement beau, il faut compter cependant quelques jour- nées pluvieuses qui ne font que trop ressortir les plaisirs auxquels nous sommes habitués. Pendant les journées de pluie nous ne nous ennuyons cependant pas à l'école. Je prends à témoin cette journée pendant laquelle il na cessé de pleuvoir.
La matinée étant presque entièrement occupée par les classes, nous souffrons peu de la pluie. Pendant les récréations, lorsque nous changeons de classes, nous sommes parfois un peu mouillés; la pluie, en cette circonstance, a un avantage, elle nous empêche de flâner et d'arriver en retard. Après le déjeuner, pendant le temps libre, nous nous rendons soit à la salle de lecture, oîi nous trouvons des livres intéressants et variés, soit à la salle de jeux où nous nous exerçons à des jeux divers. La récréation finit à deux heures, c'est le temps des travaux pratiques, ou des jeux. Les premiers ont lieu pour la plupart à l'abri, la pluie n'a guère d'inconvénients, mais pour les jeux cricket, tennis, football, impossible d'y satisfaire si la pluie continue. Allons-nous rester inactifs? Pas du tout, nous faisons la course, sport qui, pour n'être pas aussi agréable que le cricket, a du moins l'avantage de se pratiquer par tous les temps. Nous rentrons pour goûter, et la journée se termine par deux heures de classe. Là, enfin, nous n'avons pas à nous préoccuper de la pluie. Après le dîner, nouveau temps libre, et nouvelle visite à la salle de lecture ou de jeux. Puis, à huit heures et demie, le timbre nous invite à l'appel, c'est le dernier événement de la journée. L'heure du repos est proche et est par tous bien accueillie.
Ainsi se passe, sans trop d'ennui, une journée de pluie à l'École des Roches.
Gilbert Triboulet (élève de sixième).
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LE « DESSIN LIBRE » A L'ÉCOLE DES ROCHES
Avant d'expliquer ce que nous entendons par le « dessin libre », il ne serait pas mauvais de jeter un coup d'œil en arrière et d'examiner avec autant de soin que nous permet la brièveté de cet article les efforts qui ont été faits pour rendre le dessin accessible au plus grand nombre. Comme le fait si bien remarquer M. Quénioux dans un article de VArt déco- ratif, paru au mois d'avril IDOO « ceux-là seuls en France jus- qu'au xvnf siècle qui se destinaient à une carrière artistique, à un métier d'art, apprenaient à dessiner dans l'atelier d'un maître ou d'une corporation ». Au xvm' siècle, J.-J. Rousseau, le premier (dans son Emile ^ livre II) proclame l'utilité du dessin pour tous. Enl851,à l'occasion de l'Exposition universelle de Londres, le comte de Laborde reprenait l'idée de J. -Jacques et, pré- voyant l'avenir, disait « qu'il fallait apprendre le dessin à tout bomme au même titre que l'écriture et cela avec d'autant plus de raison que l'écriture est une sorte de dessin »; et ail- leurs : « le dessin n'est pas un art, le dessin est un genre d'écri- ture, et avant peu chacun de nous aura un bon ou un mauvais dessin, comme ou a une bonne ou une mauvaise écriture ; mais il sera honteux de ne pas dessiner ; on en rougira comme aujourd'hui on rougit de ne pas savoir écrire ». Il allait même jusqu'à dire que le dessin devait précéder l'é- criture et en fait c'est ce qui se passe lorsqu'on laisse l'enfant agir à sa guise, il commence à exprimer ses idées par le dessin avant d'écrire. « Astreindre l'enfant tout d'abord, sans aucune préparation préalable de son jugement, . sans aucun exercice préparatoire de sa main, à reproduire mécaniquement des fi- gures qui ne se rattachent à aucune de ses idées, à aucune des
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LE JOUR.\AL
formes qu'il a d'habitude sous les yeux, c'est prendre l'étude à Fenvers, c'est dégoûter l'enfant à plaisir. Tout au contraire, si le dessin, cette étude attrayante, a ;?rec7?V/e l'écriture, l'enfant passe aisément de l'un à l'autre, les deux enseignements s'al- lègent en alternant et font faire des progrès chacun au profit de l'autre. »
DESSIN DE L. LWDRI
DESSIN DE J. MINIER
En 1878, Emile Reiber, directeur fondateurde VAiH pour tous, ajoutait que le dessin devrait pouvoir être plus facilement enseigné que l'écriture.
Il semble que ces idées fécondes devaient ajouter une bran- ctie nouvelle, attrayante et vivante, à l'enseignement général souvent si morose. Hélas! ce ne fut pas à ces philosophes qu'on s'adressa. Une commission ministérielle fut réunie pour élaborer une méthode, il en surgit deux : celle de Guillaume, statuaire, et celle de Ravaisson, philosophe, tous deux membres de Fins-
DE l'kcoi.e des roches.
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titut. La première l'emporta sur la seconde, et c'est elle qui sévit encore dans renseignement officiel. Vous connaissez tous cette méthode, dite « géométrique », qui oblige les malheureux enfants, dans les lycées, collèges, écoles maternelles « à occuper leurs loisirs en traçant des droites, des angles, des polygones,
(;. KEItRAM) DKSS1N\NT.
en divisant des figures géométriques en parties égales, etc.
« Les résultats? Nuls ou à peu près nuls.
(( Il est facile de constater, à la sortie de ces écoles, que pas un élève ne sait dessiner. Quelques-uns exécutent correctement une épure, un dessin géométrique, copient assez exactement, d'après le plâtre, le torse antique ou une figure, mais cela sent le travail machinal. Sortis de cette pratique d'école, ils sont impuissants à traduire une idée graphique personnelle, et à exécuter d'après nature le moindre croquis ^ ».
Devant ces résultats incontestables et navrants, on pouvait
1. Lire l'article de M. G. Morot, dans la Revue encyclopédique du 1<" octobre 1904.
^r:rfll^r!!'"
DEBARQUEMEM DES NOaMA>bS EN ANGLETERRE, PAR Cil. BOSCH,
252 I.E JOURNAL
essayer de faire autrement, on ne pouvait obtenir plus mal, ce qui déjà était un encourasenient. Partant de cette idée que l'enfant aime à dessiner quand on le laisse tranquille, quil ne commence à prendre le dessin (comme bien souvent le reste de renseignement) en horreur que du jour où on lui apprend à dessiner, j'ai pensé, qu'il fallait dabord le laisser faire, lui donner toutes facilités pour exprimer sa pensée, ce qui me conduisit tout naturellement par l'observation de ses dessins spontanés à lui fournir des crayons de couleur, des pinceaux, des couleurs à l'eau iuoffensives. Comme sujets? lorsqu'il ne savait que faire, gêné sans doute par ma présence (un artiste
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DESSIN DE E. LATINE DESSIN DE [l. LOCBET
aime à travailler seul , je lui suggérais des idées se rapprochant autant que possible des siennes propres, je lui parlais du Pelit Chaperon rouge, des contes de la Mère l'Oie. A ceux que l'histoire passionne déjà, grâce à renseignement si vivant de M. Des Granges, je proposais le récit de la conquête de l'An- gleterre par les Normands, la bataille d'Hastings, le siège de Paris, par les Barbares, etc. A d'autres, passionnés pour les sports, je proposais une course en auto, ou en yatch , un voyage eu chemin de fer; aux petits Russes, je demandais de me décrire une de ces prestigieuses églises aux clochetons ven- trus et dorés ; aux Américains, la lécouverte de l'Amérique, par Christophe Colomb. A ceux que ces sujets laissaient indiffé- rents, à ceux qui ne se sentaient pas de taille à exprimer d'aussi belles histoires', je proposais, non pas le dessin dun carré ou
1. Ils sont rares, l'enfant ncXcherchant dans son dessin qu'à réaliser une partie
-252 his.
253
DE l ECOLE DES ROCHES.
253
I)KSS1> fil.
d'un rond (ce sont des abstractions rebutantes), mais la com- position d'un carreau de faïence, du dossier d'une chaise, d'un couvercle de boite, etc., etc..
Les résultats? Vous avez pu les voir à l'Exposition des dessins de l'Ecole des Roches, ce furent des dessins d'Enfants, oui, j'insiste, ce furent des dessins d'en- fants, et il fallait que cela fût ainsi, autrement nous retombions dans les dé- fauts que nous reprochions à nos prédé- cesseurs. Nous avons obtenu l'expres- sion vraie, naïve, de ce ([ue pense l'en- fant; ces dessins sont pleins de fautes, nul ne le conteste, mais aussi que de jolies trouvailles pour un esprit non prévevu, pour un père qui laisse parler son enfant, même s'il fait des fautes contre la grammaire; je dirai même que de choses à glaner pour un professeur qui n'a pas de théorie toute faite, qui con- naît son infériorité et ne pense pas que ses élèves doivent être le ?'eflet de sa personnalité.
Et puis, quelle joie pour les yeux que toutes ces couleurs assemblées (pas si au hasard qu'on pourrait le croire), ces rouges bien francs, ces bleus et ces jaunes si bien harmonisés. Ne retrouve-t-on pas là les essais naïfs, mais si appréciés pourtant par nos ultra-civilisés, des faïences bretonnes, des décorations russes ou Scandinaves, des poteries coréennes? Ne retrouve-t-on pas aussi les premiers efforts de nos dessinateurs et peintres primitifs, dont la vogue serait inex- plicable, si elle ne venait d'une admiration réelle pour tout efiort sincère? Ne demandons pas à nos enfants d'aimer les dessins tristes en blanc et noir, nous qui les délaissons aux
de son rêve; le resle, son imasinalion ardente l'ajoute sans peine : d'un manche à balais il fait un cheval, d'un torchon une poupée.
18
DESSIN DE C. BOSCH.
254 LE JOURNAL DE l'ÉCOLE DES ROCHES.
salons annuels pour courir aux tableaux colorés plus vivants, soyons aussi indulgents pour leurs balbutiements que nous le sommes pour les efforts de naïveté voulue des Maurice Denis, ou des Gauguins, Le rôle du professeur de dessin, comme de tout*educateur, n'est-il pas de laisser parler l'enfant avant de lui imposer sa propre manière, qui n'est pas forcément la meil- leure?
Ceci ne veut pas dire qu'il ne faille jamais corriger l'enfant et le laisser pousser comme une plante sauvage; encore ne faut-il pas l'élever dans une serre si chaude, que le moindre contact avec l'air extérieur l'anéantisse à jamais. Nous ne som- mes partisan d'aucune méthode à priori ; toutes au contraire contiennent d'utiles moyens, qu'il ne faut pas dédaigner et que nous sommes les premiers à employer, dès que l'enfant en manifeste le désir. Laissons l'cûfant nous demander pourquoi « ses bonshommes lui déplaisent », pourquoi \i ne peut expri- mer l'éloignement, comment on peut débrouiller l'épaisseur d'un bois, comment exprimer la multiplicité des feuilles d'un arbre; prenons-le alors par la main, ouvrant la porte à la lu- mière, et engageons-le à bien regarder, à mieux examiner, ce qu'il veut exprimer. Il trouvera bien souvent de lui-même la meilleure manière; le professeur aura joué son vole à' indica- teur : il ne doit être que cela.
Maurice Storez.
III
liJk !SECT10.\ SPECIAL.^
ENSEIGNEMENT DE L'AGRICULTURE
Cours. — Nous sommes heureux de constater les succès tou- jours croissants remportés par l'organisation de l'enseignement agricole aux Roches. Il occupe une part très importante dans les programmes, et c'est avec grand intérêt qu'il est suivi par les élèves, aussi bien par ceux qui se destinent à la carrière agricole que par d'autres qui ne voient que les charmes et les avantages de la campagne.
Dans l'enseignement élémentaire, nous faisons une place utile à l'agriculture dans les applications des cours de sciences; nous cherchons à ouvrir l'esprit de l'enfant aux questions si inté- ressantes et si délicates qu'elle suscite, ce qui le conduit le plus souvent à l'amour de cette profession, à l'amour du travail et à la capacité pour l'accomplir.
Dans la section spéciale, nous avons en vue un enseignement plus complet, théorique et pratique à la fois, théorique par les cours de la matinée, les conversations et les conférences sur tout ce qui touche l'agriculture, pratique par les travaux de l'après- midi à la ferme, ou les nombreuses excursions dans les exploi- tations particulièrement intéressantes et bien conduites de la région .
Plus avisé que le paysan de Latium, chanté par Virgile, le futur agriculteur me paraîtra ainsi mieux connaître et apprécier
2ÔG LE JOURNAL
la réalité de son sort heureux qu en commentant dans tous les tons et avec toutes les variantes possibles le : Fortîinatos nimium sua si bona noinnt agricolas.
Et pour ceux : industriels, commerçants, qui n'auront que de plus lointains rapports avec cet art, nous avons développé dans le cours la partie chimique, mécanique et commerciale; nous avons insisté davantage sur la valeur des choses, leurs débou- chés et ce qui résume ces différentes parties : la question iinan- cière.
Nos grands élèves connaissent ainsi le mécanisme des grandes sociétés qui attirent l'attention du monde capitaliste. Traitons- nous la question des engrais phosphatés, par exemple : ils n'i- gnorent pas la constitution de ces grandes entreprises : phos- phates de Gafsa et leur ascension rapide^ ceux de Tébessa, les sociétés de superphosphates de Saint-Gobain, etc. Sont-ce les engrais azotés : ils ne souriront pas d'apprendre les fluctuations de la G'" Richer et de son émule, le régime des entreprises nitra- tières, Lautaro nitrate, Lagunas nitrate et la situation faite à celles-ci par la découverte du cyanamide de calcium (chaux- azote). La production de l'acide nitrique et la fabrication indus- trielle du nitrate de chaux par les procédés imaginés par les savants norvégiens, MM. Birkeland et Eyde, subordonnée à la possibilité de mettre en œuvre des forces hydrauliques consi- dérables, n'offre pas de secret pour eux.
. Ferme. — Nous avons insisté l'an dernier sur les applications qu elle offrait aux élèves, qui y ont pratiqué les diverses façons culturales : labourage, hersage, etc. ; des levés de plans pour la paie d'arracheurs de betteraves à la tâche, etc., participé aux travaux d'ensemencement, au battage, etc.
Nous avons donné la composition des champs d'expériences et de démonstration; nous en avons publié les résultats dans le Bulletin des Agriculteurs de l'Eure...
La végétation est en retard cette année, surtout le blé.
L'heureuse amélioration, survenue depuis les premiers jours de mai dans la température, atténuera sans nul doute les con-
DE l/ÉCOLE DES ROCHES. 237
séquences de la période pluvieuse et froide que nous avons subie.
L'influence déplorable des conditions climatériques ne s'est pas exercée seulement sur le ralentissement ou la cessation de la nitrification, elle s'est exercée d'une manière plus préjudi- ciable encore par le lessivage prolongé du sol causé par Feau, ainsi que le fait supposer M. Grandeau dans le Journal d'Agri- culture 'pratique. En effet, en même temps que l'eau annihilait le travail des microbes nitrifiants, elle enlevait à la terre, pour les entraîner à une profondeur insondable pour les racines des plantes, les nitrates emmagasinés dans la terre.
Par suite de ces deux causes combinées : passivité de la nitri- iication et lavage de la couche végétale, le sol s'est appauvri en nitrate d'une façon marquée. C'est ce c{ui nous explique ce retard marqué de la végétation, cjui n'a pas été suffisamment com- pensé par un apport d'engrais d'effet rapide qu'aurait dû mettre le fermier s'il avait suivi nos conseils. La démonstra- tion en reste, et les élèves ont pu en suivre le développement et la conclusion. Le bétail a été l'objet de recherches en vue de la tuberculine; les essais faits en collaboration avec le vétérinaire de Verneuil ont été suivis de près par les élèves.
Nos recherches personnelles, entreprises en correspondance avec la station de pathologie végétale de Montpellier, ont porté sur les rouilles des céréales, maladie assez peu étudiée jusqu'ici, malgré les dommages (Qu'elle cause à la paille, diminuant de beaucoup sa valeur marchande.
Le programme de cette étude comprend : l'aire de dispersion des différentes espèces d'urédinées, qui attaquent les graminées alimentaires; l'intensité des dégâts qu'elles occasionnent; les conditions dans lesquelles elles se développent; enfin le degré de réceptivité et de résistance des diverses variétés de céréales vis-à-vis de ces parasites.
Excursions. — En agriculture, comme en toute autre chose, l'exemple est plus puissant que toutes les démonstrations pra- tiques. C'est ce qui nous a guidé dans les fermes bien dirigées
258 LE JOIKNAL
OÙ l'on fait de la culture en s'inspirant des considérations économiques qui régissent toute exploitation agricole.
Les élèves apprennent ainsi à soumettre à la méthode expé- rimentale les améliorations qu'ils pourront plus tard introduire sur leurs domaines ou sur les propriétés qu'ils seront appelés à diriger.
Et ils seront à l'abri des écueils que rencontrent à leur sortie de la plupart des écoles les jeunes gens trop imbus de notions théoriques.
Nous avons associé généralement les visites d'usines ou d'éta- blissements d'industrie agricole à celles des fermes; nous n'avons pas non plus négligé le côté esthétique et il nous est arrivé de faire quelque détour à l'aller ou au retour pour admirer certain site pittoresque. Cela ne ressemlîle guère à ces promenades sans but que nous avons subies autrefois et qui sont encore de règle dans tous les lycées et collèges.
Ces excursions, dans les exploitations intéressantes, sont toujours suivies avec grand profit; pour qu'elles portent mieux leurs fruits, nous voudrions qu'elles fassent l'objet de rapports plus détaillés où les élèves notent les renseignements qui leur sont donnés, classent leurs observations personnelles et les re- marques qu'ils ont faites, suivant un ordre déterminé s'inspirant de la Nomenclature sociale :
Exemple •
, Constitution géologique. I. Le sol. ' — chimique.
( Régime hydrologique. ,,,.,,. ■ i { l'exploitant.
•' ( la main-d œuvre.
^ Étendue (grande, moyenne et petite exploitation). ( Assolement.
/ Blé, avoine, etc. Les plantes cultivées. | Trèfle, luzerne, etc.
( Betteraves, pommes de terre, etc. Les animaux (Espèce chevaline, bovine, porcine, ovine). Travail des animaux. Spéculation laitière. Engraissement. La basse-cour.
DE l.'ÉCOLE DES ROCHES- 259
MatrrirI (((/ricole. — Améliorations foncières à réaliser (drainage, irriga- tion, bâtiments d'exploitation, abris et clôtures). Etc..
Nous ne pouvons qu'énumérer assez rapidement les princi- pales visites effectuées, regrettant de ne pouvoir insister sur chacune d'elles.
Laiterie Maggi : (préparation du lait pasteurisé pour Paris).
Laiterie de M. de Madré (rachetée récemment par la Société Mag-g-i).
Laiterie de M. Deslandres, route de Damville (beurrerie, dé- laitage et barattage soignés; porcherie modèle).
Usine élévatoire des eaux : (examen des turbine et machine à vapeur).
Abattoirs de la ville : différentes parties des animaux. Qua- lité de la viande des diverses parties du corps. Maniements. Précocité. Choix des animaux pour TengTaissement. Dissection...
Laboratoire de surveillance des sources de la ville de Paris : M. Bouquet, ingénieur-agronome, directeur. Formation et cap- tage des sources. Procédés de stérilisation. Méthodes d'analyse. Examen des bactéries de l'eau.
Jardins et serres du château de Grosbois : plantes potagères, plantes d'agrément. Bouturage. Moulin à élévation d'eau.
Ferme du Bois Josse, près Boissy-le-Sec : M. Bâclé, régisseur. Matériel agricole très complet : moissonneuse-lieuse, brabant double (chari^ie encore bien rare dans le pays). Assolement, fumures, façons culturales soignées. Comptabilité bien tenue.
Ferme des Hayes : (bergeries).
Domaine de Souvilly : 3.600 hectares. Propriétaire : M. Olry. Prairies fertiles. Vaches de variété cotentine pure. Caractères extérieurs : indices des qualités laitières. Examen du cheval : formes, aptitudes, aplombs, tares, âge, robe, signalement. Ex- ploitation de futaie, coupe, révolution, aménagement, etc.
Domaine de Condé-sur-lton : écuries, sol, ouvertures, box. Vacherie. Faisanderie. Partie géologique de Fexcursion; — sol : alluvions des vallées, tourbe, argile à silex, minerai de fer, craie blanche. Menhir de k mètres : la Pierre de la Gour.
260
I.E JOURNAL
Ferme de ^f. Blondeau, au^ Marnières : Planlation de pom- miers : variétés. Beau troupeau de Dishley-mérinos. Soins aux agneaux. Élevage des animaux de basse-cour. Couveuses arti- ficielles.
Propriété de M. Toutain, aux Barils : Moutons Oxfords- hiredbwn-mérinos. Matériel agricole : moissonneuse-lieuse, faucheuse, semoirs, rouleau croskill, houe à cheval, trieur, tonneau à purin, forge portative, hrabant double.
Ferme de la Puisat/e : Avoine blanche de Californie, très hâtive, vigoureuse, remarquablement productive. Lssais d'écré- meuse scientitique : démontage complet. Trois races de volailles séparées : Uoudan, Faverolles, Crèvecœur. Veaux de l>oucherie.
Ferme de M. Gauçuelin. à la Rairie : ii-2 hectares de terres et prés bien améliorés : emploi de superphosphates et d en- grais potassiques. Moissonneuses-lieuses et machine à battre. Granges et meules. Tonte des bêtes à laine, parcage. Indication de la nature des terrams fournie par la tlore naturelle.
Ferme de la Ville-Dieu : 1"^' visite au printemps. Semailles de printemps : avoine, escourgeon, trèfle violet, sainfoin.
2^ visite : Comparaison de la moisson à la faux, à la mois- sonneuse-javeleuse et à la moissonneuse-lieuse. — Transport des récoltes.
Ferme de M. Barois, à la Bourganière : joli troupeau de i50 moutons. Pratique de Tessanvage par le nitrate de cuivre.
Verrerie de Tourouvre : Gobeletterie.
Ferme du Verger : Variété percheronne pure. Dentition des chevaux. Préparation des aliments, leur valeur nutritive. Ra- tionnements. Élevage de dindons pour lAngleterre. Soins à donner aux prairies.
Pisciculfure de Bellegarde : Incubation artificielle. Frayères. Alevins de salmonidés. Repeuplement des étangs. Plantes aqua- tiques.
Ferme de M. Lùi^eienr. à la Puisaye : Récolte des fourrages artificiels et des foins de prairie. Conformation dune bonne bête ovine. Engraissement des oies.
Ferronnerie de la Guéroulde.
DE I. ECOLE DES ROCHES.
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Fonderie de cuivre de M. Meijret, à la Gu«'rou!de. Foire aux bestiaux du S juin, à Rue les. Fabrique d'épinylea, à Rugles. Collection géolnrjique de M. Desloges, à Rugles. Orphelinat agricole de Villez-C hamp-Doininel . Production des légumes. Apiculture : i-uclier. élevage du couvain.
Paul .Jp:>ARr,
insénieur-agronome.
ancien directeur de station
expérimentale agricole.
D^.^^l^ D A. l'illLlP:-:..
L ENSEIGNEMENT DE LA SCIENCE SOCIALE
^•jKMiA.M cett>' année, le cours «le science sociale a [)résenté un intérêt particulier au point de vue lie la formation de jeunes esprits. Nous nous sommes plus spécialement attachés à déterminer, dans toutes nos études, les rela- tions qui existent entre les phénomènes, c'est- i-dire les relations de cause à effet. Quelles sont les causes de ce fait? Quelles sont ses conséquences? En d'autres termes, comment les phénomènes se répercutent-ils les uns sur les autres.
.le travaille en ce moment à l'établissement d'un Répertoire des répercussions sociales déterminées jusqu'à ce jour par la science sociale et j'ai voulu y associer mes élèves. Je crois que cette étude des répercussions est le moyen le plus puissant de donner aux esprits une formation rigoureuse, de mettre de l'ordre dans leurs idées, de les habituer à observer les faits et à coordonner leurs connaissances.
Les trois tableaux qui suivent et qui ont été établis, sans aucune aide de ma part, par Georges Ferrand, élève de la Section spé- ciale, pourront diamer imc idée des lumières que ces travaux apportent à l'histoire et à la géographie. Je suis convaincu que cette manière de présenter l'enchaînement des faits peut renou- veler les méthodes d'enseisrnement.
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260 I.E JOIRNAL
Ferme de M. Blondeau, aux Marnières : Planlation de pom- miers : variétés. Beau troupeau de Disbiey-mérinos. Soins aux agneaux. Élevage des animaux de basse-cour. Couveuses arti- ficielles.
Propriété de M. Toutain, aux Barils : Moutons Oxfords- biredoAvn-mérinos. Matériel agricole : moissonneuse-lieuse, faucbeuse, semoirs, rouleau croskill, boue à cheval, trieur, tonneau à purin, forge portative, brabant double.
Ferme de la Pnisaye : Avoine blancbe de Californie, très hâtive, vigoureuse, remarquablement productive. Essais d'écré- meuse scientifique; démontage complet. Trois races de volailles séparées : Houdan, Faverolles, Crèvecœur. Veaux de Ijoucherie.
Ferme de M. Gauqiieliii, à la Rairie .-112 hectares de terres et prés bien améliorés : emploi de superphosphates et d>n- grais potassiques. Moissonneuses-lieuses et machine à battre. Granges et meules. Tonte des bêtes à laine, parcage. Indication de la nature des terrains fournie par la flore naturelle.
Ferme de la Ville-Dieu : l'"^' visite au printemps. Semailles de printemps : avoine, escourgeon, trèfle violet, sainfoin.
â'' visite : Comparaison de la moisson à la faux, à la mois- sonneuse-javeleuse et à la moissonneuse-lieuse. — Transport des récoltes.
Ferme de M. Barois, à la Bourganière : joli troupeau de 450 moutons. Pratique de l'essanvage par le nitrate de cuivre.
Verreine de Tourouvre : Gobeletterie.
Fertile du Verger : Variété percheronne pure. Dentition des chevaux. Préparation des aliments, leur valeur nutritive. Ra- tionnements. Élevage de dindons pour l'Angleterre. Soins à donner aux prairies.
Pisciculture de Bellegarde : Incubation artificielle. Frayères. Alevins de salmonidés. Repeuplement des étangs. Plantes aqua- tiques.
Ferme de M. Loiseleur, à la Puisage : Récolte des fourrages artificiels et des foins de prairie. Conformation d'une bonne bête ovine. Engraissement des oies.
Ferronnerie de la Guéroidde.
DE L KCOI.L: bES ROCHES.
2H1
Fonderie de cuivre de M. Meyret, à la Guéroulde. Foire aux bestiaux du S Juin, à Riigies. Fabrique d'épinyles, à Rugies. Collection géologique de M. Desloges, à Rugies. Orp/irlinat agricole de Villez-Chatnp-Dojninel . Production des légumes. Apiculture : rucher, élevage du couvain.
Paul JexNArt,
ingénieur-agronome,
ancien directeur de station
expérimentale agricole.
L'ENSEIGNEMENT DE LA SCIENCE SOCIALE
nr.ssiN D A. l'iiii.ipi'i:;.
JENDANï cette année, le cours de science sociale a présenté un intérêt particulier au point de vue de la formation de jeunes esprits. Nous nous sommes plus spécialement attachés à déterminer, dans toutes nos études, les rela- tions qui existent entre les phénomènes, c'est- .i-dire les relations de cause à effet. Quelles sont les causes de ce fait? Quelles sont ses conséquences? En d'autres termes, comment les phénomènes se répercutent-ils les uns sur les autres.
Je travaille en ce moment à l'établissement d'un Répertoire des répercussions sociales déterminées jusqu'à ce jour par la science sociale et j'ai voulu y associer mes élèves. Je crois que cette étude des répercussions est le moyen le plus puissant de donner aux esprits une formation rigoureuse, de mettre de l'ordre dans leurs idées, de les habituer à observer les faits et à coordonner leurs connaissances.
Les trois tableaux qui suivent et qui ont été établis, sans aucune aide de ma part, par Georges Ferrand, élève de la Section spé- ciale, pourront donner une idée des lumières que ces travaux apportent à l'histoire et à la géographie. Je suis convaincu que cette manière de présenter l'enchainement des faits peut renou- veler les méthodes d'enseignement.
262 LE JOURNAL DE l'ÉCOLE DES ROCHES.
Nous allons d'ailleurs en faire l'expérience, dès l'année pro- chaine, avec une Histoh^e delà Grèce, que vient d'écrire, d'après cette méthode, mon collaborateur de la Science sociale, M. G. d'Azandjuja '. Le travail de Georges Ferrand, dont nous ne don- nons ici que le début, sera placé en appendice, en guise de ré- sumé et de tableaux synoptiques.
Le jour où on présentera aux élèves des exposés rigoureuse- ment enchaînés, dont les diverses parties sont déterminées et s'expliquent les unes par les autres, ils verront plus clair dans leurs études et n'accepteront plus un enseignement qui ne repo- serait pas sur cette méthode scientifique. J'en ai fait moi-même l'expérience.
Je félicite Georges Ferrand du travail difficile qu'il a si bien exécuté et qui témoigne d'une réelle vigueur intellectuelle; je lui décerne un diplôme de science sociale et je demanderai à la Société internationale de Science sociale de vouloir bien le con- tresigner.
Edmond Demolins.
Une application de la science sociale à l'enseignement.
Grcàce aux progrès réalisés par la Science sociale, il est possible aujour- d'hui de déterminer rigoureusement les relations des phénomènes entre eux et d'en dégager les lois. Pour rendre ces relations immédiatement saisissa- bles, M. Demolins nous les fait disposer en tableaux qui permettent de se rendre compte d'un seul coup d'œil d'un groupe quelconque de phénomènes relatifs à la géographie, à l'histoire, à la liitérature, etc.
On va voir ci-dessous, à titre de spécimens, trois tableaux de ce genre qui ont été établis par un de nos camarades de la Section spéciale, Georges Ferrand.
Ces tableaux offrent de grands avantages.
Ils augmenlont l'intérêt de l'étude que l'on entreprend, car ils éclaircissent les faits et les expliquent. Ils permettent, par exemple, de résumer exacte- ment un ouvrage, et d'en apprécier la portée.
Ils aident à retenir les faits, grâce à l'étroit enchaînement des divisions.
Un élève. qui doit construire un tableau de ce genre ne peut se contenter de reproduire les notes qu'il a prises en classe, ni se borner à quelques ba- nalités apprises par cœur. Il est obligé de bien posséder son sujet, de le con- naître à fond et de rechercher, afm de les classer, les relations qu'il y a entre les faits.
1. Ce travail forinera deux des prochains fascicules de la Science sociale.
TABLEAU DE L'HISTOIRE DE LA GRÈCE
(CE T.UU.EAU .MONTliE COMMENT LES l'.UTS IIISTOIiU^CES SE KÉl'EKCCTENT LES UNS SCll LES AUTKES)
:s ORIGINES.
; i'ilasges sont issus des ^ Formation ; l'ateanx asiatiques à vie . communautai- p^'-^torale. f re initiale.
Eloignement pour le travail pénible.
Prédisposition pour l'installa- tion urbaine (origine de lu >' cilé » greciue).
TABLEAU ETABLI
!■ A i: Georges KEUHAND
Élève de la Section spéciale.
— PÉRIODE PÉLASGIQUE ET HERACLÏDE.
itites val-
dominées ' la monta- , et isolées nés des au- i
( Religion /«t- Petits caMi-Kla-^gique divi-
ta,-,r-a -r^à^at,. / ,jjgg Jfg foJXeS
f lie la niiJure \ (Gérés, etc.).
vatpura giques
Communica- i tions très dif- N
vallées.
Fractionne- C liiunt par cites / indépendantes. ( '
Les l)annis \
gagnent la I
1 montagne (ma- I
l quU). J
1 Le bandit domination Dans ces ci- 1 niontagnard \ ^^ j^ ^.^^.^ , ;s, partis seMHeraclides). ^ j^^ monta
I Facilité del^"^'-'^^-
pratiquer le l ' brigandage à 1
cause du voisi- 1
nage de la val- |
lèe. /
I Travaux exé- 1 cutés dans la ' 1 vallée. (Trac. '' (/'Hercule, des- sèchement de marais, bydre de Lerne, etc.).
Dirinisatioti des HéraHides (Jupiter, Her- cule , Plutoii , etc.).
ix 1 1
Végétation / limât doux ) abondante des gai. ) arbres frui- ,
tiers. I
Travail fa- cile de la cueil- lette.
{ Aptitudes à l Dinnisatioii Nombreux N la rétiexion, à ) de la poésie, de loisirs. J la poésie, à la, j la musique (Or-
' musique. ' pbée, Pan).
orrents ra- / is (parce ' la monta- < surplombe i allée). \
Gros rochers encombrant les vallées.
i,
Constructions cyclopéennes pour résister aux attaques des m on ta - ynards).
r. — PÉRIODE HELLENIQUE.
Amour de la ^ ricliesse mobi- lière donnée par le brigan- dage de la mon- tagne, (frésors de Mycènes etc;.
Habitude du pillage, travail facile et lucra- \ tif.
[ellènesdes- lus de mon- 1 ne moins ' ite (Othrys) t plus en tact avec , villes des | lées.
Civilisation des Hellènes ;
plus affinée que I Nouvelle superposition de celle des Héra- 1 montagnards aux populations cliiles. '. de la vallée.
Ces montagnards fournissent des chefs de clans, ou petits rois (type du basileus).
Grandes ri- chesses acaui- ses par le pil- lage.
Tendance des jeunes gens à se détacher de
S'^'fi^i'"^^^"'^^""-
*mte ae^ taci i restreint, lites de pillage r ^ et de piraterie. \
Constant état ( de guerre entre ) Vie hasar- clans ft cités i dense, (vendettas). (
Réduction de la famille grec-
>(1)
Fréquentes expéditions au loin.
Absence par- i fois prolongée M 2) [ des chefs. ;
Apparition de l'esclave (prisonnier de V guerre).
Domination
^ .i'T.'r ^ derHeTlène"sur / l'Héraclide
les Héra les
■ 1 c .....
^ V Supériorité
Suite :
Grande in- Tendances à V fluence des de- interroger l'a- • vins et des ora- venir. / des (Delphes ,
[ etc.).
A~
Certaine in- ,' ilépendance et \ Divinisation influence des delà femme des femmes des j chefs (Diane), chefs.
; I ci
! Sen t i m e n t
Jeux olum- V de la beauté du
J piques , islh- ^ corps et des
miques , etc.. /proportions
harmonieuses.
/ Prédominan- ce de la scu/p- I ture. Habitude I d'ériger des sta- tues.
Proportion dans l'arc/ii- _ lecture.
le[ es ]
Nécessité pour le chef de clan de se faire des amis (com- pagnons).
Indépendance) et égalité vis-à- vis des chefs de clans, qui n'ont ^ d'autorité que par le succès.
Nombre des) combattants li- mité par le - grand nombre , des chefs.
Développe ment chez chef de clan des qualités d'élo- quence et de persuasion.
Partage égal du butin.
Régime des amitiés s'éten- dant hors du clan (les Sept contre Thèbes).
Grande im- portance atta- chée à l'indi- vidu et à sa force person- nelle (Trois cents Spartia- tes aux Ther- mopyles).
Art oratoirt eu Grèce.
Nécessité \ d'exercices phy -(, „-. siques inten- 1 ^ 1 ses. )
Développe- ment de l'indi- vidu, au point de vue de l'a- dresse et de la force physique.
TABLEAU DE L'HISTOIRE DE LA GRÈCE s7///(.
III. — PÉRIODE HOMÉRIQUE.
(Epoque des grands pirates i
Le régime des .' clans continue à N Indépendance fonctionner sur \ vis-à-vis des chefs mer. (
Multitnile deC Le bandit mon- oolfes à proximité yagnardesteucoa- , de la montagne, (tact avec la mer.
Grand nombre \ ,, , , .,...
de refuoe, et de ^^'■^";1« ^'"''^f^
Heur- d'embuscade h°''\ 'f "'«"t^"
surmer. gnard de descen-
l dre a la mer.
Absence de po- 1 lice maritime. ;
Partage égal du liutiu
Développement La puissance ne chez le chef des \ dépend que de la qunlités de persua- '\ valeur personnelle sion. \ du chef.
Le faible déve- \
lloppement des j Le bateau est . ^ „.
' connaissances ' pe/iV, puisqu'il faut j L'équipage est S portance attachée
à i le tirer chaque soir ■ rerettir chaque soir \ à terre. ^
à terre. ;
peu nombreux.
Plus grande im-
1 à la valeur indivi-
( duelle.
Le chef n'a pi- intérêt à s'abjt longtemps peine deperiir biens. Aussi re- tours Célèbres
Ulysse, etc. (Od^ sée).
Difficulté desf Obli'jation de communications?rév>/f/- sur la . par terre. (culatioii maritime.
Iles nombreuses
( Rapports faci- 1 les avec l'étran- |ger_ : Phéniciens jet Egyptiens.
[ On a la terre \ toujours en vue. )
Développement de la piraterie, tra- vail lucratif et facile.
Commerce cabotage.
Mouvement de répression de la pi- raterie partant ds la Crête (Minos). ( La Crète : colo- nisée par des Phé- niciens plus com- merçants que pi- rates.)
. iJirinisalion de Amourdes Grecs \ la mer : Neptune. V pour la mer. ^ Néréides, Tritons,
f Svrènes.
Descente de' pillards sur les j Absence par- ^ Direction dit côtes étrangères fois prolongée des \. foyer à la femme (Guyrre de Troie) \ chefs. f (Pénélope).
(Iliade). j
Science nanti- / que très rudimeu- • taire. '
IV. — LE TYPE SPARTIATE.
Education purement ci- vile et mili- taire.
I Obligation I de s'organise!' » militairement
•Suppression de tout (monnaie de Lycurgue, l
Education physique mençant dés la naissant
Fêtes nationales dest; là tenir en éveil le senti patriotique.
Développement du chaut e: de la mélodie rythmée (mode dorique).
I Expansion seulement me- I mentanée: la race, étant pu- rement militaire, ne s'im- j'iante pas sur les pays con- quis par la culture ou le com- merce. I
/ Lois trH sér'eres (Lj- 1 curgue).
Banditsplus
I frustes et plus
rudes, mais
\peu nom-
\ breux.
' Invasion brusque et i Soumission
I militaire du f des paysans Péloponèse.oxi ilotes. peuplé par des) cultivateurs.
y?.* sont^ constamment en danger.
Xécessité d'une discipli- ne sérère et ^ constante.
Xécessité pour les auto- rités d'avoir chaque ci- touen en main.
Exploit»- tiou lies idées religieuse.' (Pj-thiei.
Les Spartia- tes descendent de montagne, ' plus haute et | plus isolé", i (Œta Pt Par- I nasse J. I
/ Les monta-
r j-j ■ ., -Vgnards euva- InfériorittS^ ■
. ihisseurs sont nombre J . , ,
, . \no«es dans la envahis- j • j ,
I masse des ha- rs. ! ...
\ bitanis.
Infériorité ^ i ntellec'uelle l Art dorique sur le reste plus simple et de la Grèce, \plns fruste.
Petit nom- bre de com- battants.
Obligation lie se retran- cher à&ns une ville fortifiée (Sparte).
yécessité {de se grouver.
Importance de l'individu encore plus grande que dans le reste de la Grèce (hoplites).
Dressage a , ^„,.j/^,„,.
l action PJ"^ ( iopp^„,ent lit- qu a la parole \ ^/^.^.^^ (Laconisme). \
Sentiment de la collec-
I tivité (Repas en commun :
j collectivisme de cité).
I
TABLEAU DES REPERCUSSIONS QUI CONSTITUENT LE TYPE NORVEGIEN
([.A Norvège donm-: lk type i'articularistk okioinaii!!;.)
LE LIEU./ Moyen de se cré-'ri un domaine et d'en compléter les ressour- ces.
A favorisé l'émigra- tion ;i l'iutérieui- en permettant de s'éta- blir sans aille de la famille.
son Ir'c.s nbon-
,, . ., . , , . ^ Double aptitude : Nécessite an aomta- ' . , .^ . ,
• -iA A 1 A 1 „ J pécheur et agricul- ne a coté de la pêche, f^ °
trix nbfupl.
:ts ilolK lie t,- ■Me.
La petite barque est un moyen de s'isoler et de se créer une si- tuation.
f Zones superposées \ de végétation sur un I ) petit espace.
[ Origine du type du ^ husmœud.
|
TABLEAU ÉTABLI |
|
l'AU |
|
Geokgf.s FERUAND |
|
Élève de la Section spéciale. |
Diimaiiie plein .c'est- i\-ilire donnant les productions variées nécessaires à une famille.
Petite culture fa- miliale en simple mé- (j Aucun développe- I nage avec le régime i meut de classe patro- I forcé de la petite pro- ' nale, ni d'aristocratie.
\ priété.
^ Transmission inté-C Irré'luctibilité du \ grnle du domaine à domaine. ' l'un des enfants.
iléuage de l'héri- tier réside avec celui
^les
parents.
/' Impossibilité
' les enfants de rest'
( sur le domaine.
i' Obligation pour les
P"!"'^ ) frères et sœurs de rhé-
j ritier d'émiijrer sans
\ esprit de retour.
Xécessité de si créer des élnblisse ments indépendants.
\ Formation pa i lariste.
rticu- ( f!rande facilité d'a- . ■laplation aux milieux
, nouveaux.
Isolés et dissétni- 1
Aptitude à subve- nir à ses besoins et à se tirer seul d'affaire.
Habitude de l'isole- I ment.
Intrnnsforma-
0 n fabrique a u foyer les objets d'u- sage domestique.
Domaine réduit aux C Produits du domai- 1 forces du simple mé- j ne consommes sur 1 nage. ' place.
/■ Grande s'abili/é du L domaine.
Dressage des enfants
(filles et garçons) à
l'initiative pe rso n - ■
ne/le et it l'indépen-
\ dance.
Pré'lominnnce de la • Corporations très rie priiez sur la viel réduites, publique. l
I I Pas d'aristocratie.
I ' Pouroirs publics
' i réduits au minimum
Autonomie et es-let nécessité d'em-
prit de décent rai isa-J prunter la royauté à,
tion. \ l'étranger.
Education e.rclusi- vi'ment pratique.
Développement chez la femme de l'in- dépendance et du sen- timent de l'égalité vis- à-vis de l'homme.
Titp- du pionnier et du colon.
Vente très réduite.
i Développement ur-
( bain très restreint.
) Invariabilité du lij- pe dans l'histoire.
LES ORIGINES.
mhreux ilôts eût- es et iMissonneux ipés pendant mtps.
Attirent d'abord des Goths commu- nautaires arrivant un là un et déjà dressés à la culture.
Ensuite grandes fa- /' cilités pour les en- ) fants d'aller s'établir dans les îlots vacants.
Iliihitude prise, dès l'origine, d' émigré r au dehors sans appui de la famille.
Avantages accordés par les parents à l'hé- ritier pour le décider à rester sur le domai- ne.
Moule communnu-\ Dès l'origine, liabi-
taire brisé des l'origi-}tnd.e prise d'émigrer
f ne. /par individus isoléf.
206 LE JOURNAL
Ces tableaux, étant uniquement établis à l'aide de l'observation et de la réflexion, obligent celui qui y travaille à observer et à réfléchir.
L'histoire, par exemple, devient ainsi une science, parce qu'il faut faire res- sortir les rapports des faits entre eux. Elle cesse d'être de la pure érudition confuse et monotone, ou de la pure littérature. Elle s'éclaire véritablement.
Ces tableaux s'appliquent aussi bien à la géographie, à la littérature, à l'histoire des sciences, de l'art, ou de la musique qu'à l'histoire proprement dite.
Grâce à ces applications multiples, ils pourront servir à établir un lien ri- goureux entre les différentes matières de l'enseignement. Dès lors, au lieu d'être dispersé, l'enseignement sera ordonné et coordonné.
Une fois que l'esprit est habitué à étudier d'une façon méthodique, il de- vient rigoureux pour tout.
Marcel Charpentier, élève de la Section spéciale.
L'ENSEIGNEMENT DE LA COMPTABILITÉ
Cette année a eu lieu rouvertuic d'un cours de comptabilité pour les élèves de la Section spéciale. C'est une excellente chose pour ceux-ci qui, comme on le sait, visent surtout à amasser le plus de connaissances pratiques possible afin d'entrer dans la vie bien préparés pour la lutte. Sans doute, il ne s'agit pas ici de former des comptables, ni de faire concurrence aux écoles de commerce où l'on apprend la théorie du commerce dans tous ses détails.
Notre but était plus modeste. Ce que nous voulions surtout, c'était d'initier ces jeunes gens aux secrets de la tenue des livres, de leur permettre de savoir lire un bilan, de vérifier si une comptabilité est bien tenue, et, au besoin, de savoir en tenir une pour leur utilité personnelle. Il est triste de constater à ce sujet la lacune qui existe dans l'enseignement ordinaire, et cela à une époque où le commerce prend une importance de plus en plus grande, et où les non-commerçants eux-mêmes ont affaire avec le commerce! Combien d'actionnaires sont capables de lire et de comprendre le bilan de la société à laquelle ils ont donné leur argent? Et combien de directeurs peu aptes à con- trôler efficacement le comptable '? Cela est surtout vrai en
DE l'École des roches. 267
agriculture, où les progrès à ce sujet sont presque nuls, quoique cette profession se commercialise de plus en plus. C'est pourquoi nous nous sommes attachés plus spécialement à la comptabilité agricole. Et, pour cela, la ferme de l'École ren- dait la tâche aisée.
L'enseignement de la comptabilité a donc été divisé en deux parties : la première plus générale, la seconde pour l'applica- tion à l'agriculture.
La première partie du cours fut, disons-nous, d'ordre général; nous ne voulons pas dire d'ordre théorique. En effet, le pre- mier travail des élèves a été de passer un article au brouillard, puis au journal et au grand livre; enfin dans les livres auxi- liaires. Les explications venaient au fur et à mesure des be- soins. Nous avons ainsi supposé toute une série d'opérations commerciales du genre de celles que traite un commerçant quel- conque : achat de marchandises, vente, paiement, encaisse- ment, etc. Les élèves devaient trouver eux-mêmes les libellés des articles. Fallait-il mettre « Doit caisse », ou « Avoir caisse » et pourquoi? Au début, les avis étaient toujours très partagés, la moitié tenant pouru Doit », quand l'autre inclinait pour « Avoir ». Mais peu à peu, la majorité a incliné dans le bon sens. La pre- mière et la plus grosse bataille était gagnée : les élèves parve- naient à distinguer le Doit de Y Avoir. Que l'on ne sourie pas ! Tous les débutants ont passé par ces difficultés !
Nous avons terminé par la balance des comptes et l'établisse- ment de l'inventaire. Il y avait là une besogne ing-rate pour de jeunes esprits, de longues additions à faire ! Et impossible de truquer! Le total du journal contrôle celui du grand-livre, etc. Les erreurs sont décélées immédiatement et il faut recommencer, ou chercher si un article a été oublié ! A tous points de vue, c'est un très bon exercice.
Quoique le cours fut commencé tardivement (en janvier), nous avons pu passer quelques articles suivant la méthode en partie simple et suivant la méthode américaine, afin de montrer la dif- férence, mais nous nous sommes surtout attachés à la tenue des livres en partie double qui, comme on sait, est la plus employée.
268
LE JOURNAL
La seconde partie du cours a été moins ardue; ce n'était plus que l'application de principes connus à des choses nouvelles. On vend des œufs et du lait au lieu d'objets de quincaillerie, mais les dénominations seules changent. L'élève s'habitue au prix des objets agricoles et des denrées; il voit se résoudre en chift'res le capital matériel d'une ferme, et il se fait une idée de la mise de fonds que réclame une exploitation agricole. Ainsi il prend un contact encore plus grand avec la réalité.
Paul Descamps.
LES SPOliTS, LE JOLK DE LA KÉTE DE L'ÉCOLE (PllOt. Barricr).
IV
liEfi SPOUTJS, L.ES» TRAVAL.V M.V.MJEliS», L.E« EXCURSiIO\!l>.
GAMES. COMMITTEE
L. Belières (Captain), P. de Rousiers, A. -H. Snyers, M. Bos- qiiet, J. Comaleras, J. Munier, R. de Séréville, R. Planquettc, M. Bell, M. Coulthard, M. Hills.
Football.
This season lias certainly been successful, eut of six matches we hâve won five and as we try to get some of the best teams fi'om Paris to corne hère it is a very satisfactory resuit. Ourfirst eleven is probably the best that we bave ever had and certainly more keenness bas been shown. Our forward line is perbaps the strongest, except in front of goal, our three inside forwards, L. Despret, J. Comaleras and R. de Séréville sometimes showing very good combination. The team is weakest at back, perbaps, although both P. de Rousiers and J. Pommey made great pro- gress before the end of the season. L. Belières was our great half back and it is to him chicfly that we owe our success this season, he certainly carried ont bis duties as captain very well.
x-^n interesting feature of tho football this season was the bouse compétitions : it was the first time that we bave hadany-
19
270
LE JOURNAL
thing of the sort and they were certainly a siiccess. As thc greatest nuniber of big boys are af Guichardière, the Committee decided that after the four other bouses had played together Guichardière should play against the four bouses combined to
'Js
^^'^
rv^'
CUOQIIS DE J.\ COIRSE. (L. Tlipel.
win definitively. if Guichardière lost then the cup should be won by the best of the four bouses.
|
Coteau |
V. |
Vallon |
won Coteau |
|
Pins |
V. |
Sablons |
Sablons |
|
Sablons |
V. |
Coteau |
Coteau |
|
Guichardière |
V. |
ïhe rest |
Guichardière |
CIIARACTERS OK THE XI
G. Lecoinlre (goal). — Has saved many good shots and miss- ed many simple ones.
P. de Bousiers (back, left). — Has much improved, has still
DE l'École des roches. 271
iiiucli to learn as regards tackling-, must learn also how to use his Aveight.
/. Pommey (back, riglit). — Must learn net to turn bis back on bis opponents, kicks well but witb little or no judgement.
G. Ferrand (rigbt balf). — Has played several good gamos for the scbool, is easily tired ont.
M, ,'
SCÈNE n'KSCUIME. (L. Tlipel.)
L. Belières (centre balf, Captain). — A good ail round and energetic player, good tackler and feeds bis forwards well. Tbe team owes mucb of its success to bis energy as captain.
M. Bosquet (centre balf). — A disappointing player, seemed to get Aveaker everytime lie played.
/?. Didot (outside rigbt). — A very useful forward, fairly fast and centres occasionally extremely well. Does not play enougb witb bis inside man.
L. bc'spret (inside left). — A fair dribbler and a fair sbot, not fast enougb on tbe bail.
J. Comaleras (centre). — Too slow, too selfisb, but sbows promise of developing iûto a useful player.
979
LE JOURNAL
/?, de Séréville (inside right). — A clever driJ^bler, passes
well and isfast witli the bail, but a veiypoor shotinfront of goal.
J. Demolins (outside left). — Rathcr clumsy and does not
~-r<iK..
c
REPOS PENDANT LA liOXE. (I.. Tripel.)
retain sufficient control over the l)all . must learn to centre sooner.
MaTCHES 1" XI.
Les Roches v. Dreux won
Les Roches v. St Rarbe won
Les Roches v. Dreux (at Dreux) . . lost
Les Roches v. Red Star won
Les Roches v. Étudiants de Paris. . won
Les Roches v. Epinettes won
Cricket.
Our progress at cricket is slow. In the first place it is a very difficult game and one has to begin when very young to
DE L ECOLK DES HOCHES.
273
become a good player and secondly it takes years to make a
good ground. A Frenchman once visited Cambridge and was
very surprised at the beautiful tennis and cricket grounds he
asked how one made them. « It is very simple, » was the
reply; « you must mow and water the grassseveraltimes a week
for about two hundred
years. » We improve
the cricket ground every
year and it is quite good
noAv compared to what it
was three or four years
ago, The great thing- is
thatboys are keen of that
they get exercise and ^
fresh air out ot the game . ,J^^^
We hâve already played
two matches one against
the Standard which we
lost and the other mas-
ters V. boys which the Jîoys won by 7 runs. The following'
are the boys who bave made double ligures. G. Tliurneyssen
25, .1. Hervey 15, J. Comaleras IV, 12, P. BouthiUier 10.
The conimittee of the games arranged a fevv events of sports for the '' fête de l'Ecole "', the foHowing- were the ^^■inners.
Hundred mètres 1. R. de Séré ville 2. L. Belières
Throwing- the cricket bail 1. L. Despret 2. G. Thurneyssen
High Jump 1. V. Pilon-Fleury 2. L. Despret
Hurdles 1. L. Behères 2. P. de Bousiers
Sack Baee (enseignement préparatoire) 1, L. Forestier 2. Manuel Pacheco.
MAxr.ii DE BOXE. (L. Tiipet.)
Bernard Bell.
LE JOURNAF.
LES TRAVAUX MANUELS
Les travaux pratiques ont toujours été fort en honneur à l'École et nos garçons n'ont vraiment que l'embarras du choix, menuise- rie, atelier du fer, modelage, jardinage, toutes ces distractions, utiles, leur sont ofiertes.
Notre atelier de menuiserie a toujours remporté le plus grand succès et si parfois nous avons rencontré une difficulté, c'était toujours la même, celle de satisfaire à toutes les demandes.
L'atelier du fer réinstallé cette année a réuni un plus petit nombre de garçons, mais je vois là une raison et elle a certaine- ment sa valeur. Il est plus pénible de travailler le fer et la pa- tience et la persévérance sont plus que partout ailleurs néces- saires; le travail avance plus lentement et demande plus d'exac- titude encore que dans les travaux de menuiserie. Néanmoins je me plais à reconnaître que les garçons qui ont fréquenté cette année l'atelier du fer y sont venus animés d'un courage et d'une bonne volonté qui n'ont jamais faibli. Les travaux de début n'étaient cependant pas des plus attrayants, mais tous ont re- connu qu'ils étaient nécessaires, et que le meilleur moyen de les abréger, était de s'y donner tout entier, nous avons pu, grâce à ces bonnes dispositions, abréger l'apprentissage de la lime et du burin.
Nous avons dû réinstaller nous-mêmes l'atelier et ce n'est guère qu'en janvier que nous nous sommes mis sérieusement au tra- vail. Les quelques travaux qui ont tiguré à l'exposition de TÉcole montrent que nous n'avons pas perdu notre temps. Les résultats sont très satisfaisants et très encourageants. Lan prochain, nous pourrons aborder des travaux plus difficiles, plus variés et l'in- térêt ira en croissant.
Puisque je parle des travaux manuels, je ne puis passer sous silence les quelques heures consacrées cette année à des travaux plus élémentaires; je veux parler des travaux de cartonnage. Il n'y a eu en vérité qu'un modeste essai dont nous avons pu ce-
DE l'École des rocues. 275
pendant apprécier les avantages. Ces avantages sont tels que nous n'hésiterons pas Tan prochain à étendre ce genre de travaux à toutes les classes de l'enseignement préparatoire.
Le programme en est dès maintenant arrêté et en voici som- mairement Texposc :
Classes de d" et de 8°. — Pliage et tressage de bandelettes. Ces travaux simples, outre qu'ils satisfont à l'éducation de l'œil et de la main, fournissent à nos garçons l'occasion de discerner les couleurs, leur harmonie, le rapport des dimensions, l'idée de dispositions symétriques, ils leur feront comprendre l'importance et l'utilité du desshi (ce dernier servant de guide à la confection des travaux). Très simples, ces travaux ont l'avantage de pou- voir être exécutés très convenablement par les garçons, ce qui est dune importance capitale, car l'enfant ne s'applique ([u'à ce qu'il est capable de bien faire. Le tressage à une ou deux bande- lettes fournit des dessins variés dont les couleurs, soigneuse- ment agencées, viennent rehausser l'éclat.
Les travaux de tissage se prêteront admirablement aux exerci- ces d'inventions. Le pliage du papier nous fournira des exerci- ces à l'infini, exercices dont les difficultés iront croissant, mais d'une façon progressive et par suite seront facilement aplanies.
Classe de 7". — ■ Les exercices de découpage en papier de couleur d'abord, puis en carton, se prêteront jiarfaitement à l'étude de la mesure des aires, ils rendront concret l'enseigne- ment des sciences mathématiques; chaque exercice de carton- nage sera accompagné d'un problème, problème simple qui pourra, dans la plupart des cas, être résolu mentalement.
Seules les figures simples seront étudiées dans cette classe : carré, rectangle, triangle, parallélogramme, losange, trapèze.
Des exercices de carrelages exécutés en carton de couleur seront une application des études précédentes.
La symétrie nous sera révélée pratiquement par les découpa- ges à 1, 2, 3, 4 axes. Là encore, les exercices d'invention seront nombreux et le goût de nos garçons pourra librement et aisé- ment se manifester.
276 LE JOURNAL
Classe de G'. — Travaux en fil de fer. D'abord étude des angles et confection de figures simples de géométrie; ensuite combinaisons de ces figures dans la décoration.
Angles de 30", i5\ 60", 135°, 120°: construction pratique de ces angles; angles supplémentaires ou complémentaires.
Cartonnage. Confections de solides géoniétri({ues. Cubes pa- rallélipipèdes. prismes, pyramides, cylindre, carré, sphère, etc. Toutes ces constructions nécessitant le tracé du développement des solides, forme un enseignement mathématique concret des plus profitables. Chacun de ces travaux donnera lieu, bien en- tendu, aune application numérique.
Classe de 5\ — Dans cette classe, Finitiative de l'élève aura
un rôle prépondérant. Toutes les connaissances précédemment acquises lui permettront de pouvoir mener à bien, seul, la cons- truction de quelques objets qui pourront lui être utiles : boîte à compartiments, cadre pour photographie, porte-allumettes, porte- lettres, classeur, etc.. etc.
Des solides géométriques pourront être construits en fil de fer : des ornements modèles de balcons, des chaînes, des ressorts, que sais-je encore?
l'n tel programme, je n'en doute pas, intéressera nos garçons, il sera à tous un précieux auxiliaire à l'enseignement des sciences mathématiques; l'œil et la main seront tout à fait exercés et nos élèves seront admirablement préparés à faire leur entrée à la menuiserie et à Tatelier du fer où les progrès seront par la suite beaucoup plus rapides. Nos garçons ont tou- jours montré une réelle bonne volonté pour l'exécution des tra- vaux que nous leur avons offerts; je suis persuadé qu'ils accueil- leront cette réforme avec le plus grand plaisir et qu'ils sauront en tirer tous les avantages qu'on est en droit d'en espérer.
M. OUIXET.
DE l'École des roches. 277
LA FÊTE DE L'ÉCOLE
[d'après la presse locale).
L'École des Roches offre tous les ans une fête à ses amis. Di- sons tout de suite que cette fête, qui a eu lieu le 24 juin, a été particulièrement réussie cette année.
L'école avait essayé un véritable tour de force, en faisant jouer Athalie en 2 actes, par des gansons de quatrième, c'est- à-dire par des acteurs de 12 à li ans. Le résultat a été prodi- gieux. Ces enfants nous ont étonnés par leur diction très sûre, leur aisance, leurs jeux de scène. Ils évoluaient dans un décor d'un orientalisme surprenant de vérité et de coloris, entière- ment construit à l'école. Mais nous avons été tout particulière- ment émus par les chœurs composés de quarante garçons, sou- tenus par l'excellent orchestre de l'école et dirigés par le maître Armand Parent.
Nous jetons ensuite un rapide coup d'oeil aux expositions de travaux pratiques où nous contemplons les divers produits du jardinage, de la photographie, de la menuiserie, du modelage, du dessin, etc. Partout l'on retrouve, à côté du goût très sûr des maîtres, ce désir d'innovation, ce besoin d'aller en avant, ce modernisme passionnant qui est, à mon avis, la grande force de l'école des Roches... [Le Réveil).
Athalie ionée par des élèves de 12 à li ans! Le projet était audacieux, presque écrasant. Et vous croyez qu'on s'est arrêté là, aux Roches? Point. Les décors ont été entièrement faits à l'École, par M. Dupirc , que les Vernoliens connaissent bien, et par ses élèves. Et je vous assure que la vue de .Jérusalem, au fond, et sur la droite, la voûte du temple aux tons variés suivant l'éclairage étaient des morceaux de premier ordre. Poussant toujours plus loin l'audace, quelques dames des Roches ont fait les costumes, habillé et grimé les acteurs. Le coup d'œil était délicieux. D'exquises têtes d'enfants, couronnés de roses, fai-
■MKji^'Jf^^xj^^:.
278
LE JOURNAL
saient cortège à Joas, et ces fillettes improvisées ont chanté, je ne dis pas seulement joliment, je dis très bien.
Car c'est ici le suprême tour de force. Sous l'habile direction de M. Parent, avec le dévoué concours des professeurs de rÉcole, MM. Tontor et Corbusier, l'École des Roches a ressuscité les chœurs et la musique du xvn'' siècle, l'œuvre presque entière de Moreau.
Dans la pièce même, les grands rôles ont été très convena-
,
DEVAM LE BATIMEM IHS (l.AhSI.S. LE .IllUi L)L LA hhlL DE L Ét.OLK. .Phot. IJaiTiCr.)
blement tenus : Âthalie, jouée par H. Spyker, a été, comme il le fallait, autoritaire et violente, et, dans linterrogatoire de Joas, adroite et perfide. Maurice de Barrau a su rendre finement la timidité et la tendresse de Josabeth. Matras, dans Joad, a été so- lennel, avec peut-être un peu trop d'éclats de voix. Joas a eu des mots délicieux.
Après la pièce, concours de sports : courses de haies, courses de vitesse, lancement de la balle, et même course en sacs pour les plus petits. Si vous les aviez vus sauter lestement, tomber, se relever plus vite, souffler de tous leurs poumons, et se dé- mener comme de petits diables...
Puis c'est la boxe anglaise, un peu dure parfois. Les chain-
1)1-: L ECOLE DES ROCHES.
279
pions des Roches battent facilement, trop facilement, leurs ca- marades du lycée Gondorcet. J. Pommey a prouvé la force et l'ardeur de ses poings, et J. Comaléras l'adresse de sa lacti((ue et son énergie.
Vn match entre un professionnel et un amateur parisien étaient peut-être plus intéressants, parce qu'il y avait entre les adversaires plus d'égalité et moins de fougue.
M, Perret, professeur de gymnastique et d'escrime, croise le fleuret avec un de ses élèves, tout à fait digne de lui, L. Bé- lières. Deux autres élèves montrent, dans le même sport, beau- coup d'adresse.
Avant de quitter l'École, je jette un coup d'œil sur les travaux des élèves. Ils sont innombrables.
Au bâtiment des classes, la salle d'histoire et de géographie, toute tapissée de gravures, cartes postales, plans de villes, cartes d'élèves, nous prouve un enseignement vivant, une véritable « résurrection du passé » selon l'idéal de Michelet. Nous voyons sur une table les livres qui servent à l'enseignement de l'histoire et de la géographie en 5"". Heureux enfants 1 — J'ajoute que cela ne me parait pas bien onéreux et qu'on en pourrait faire autant partout. Pourquoi pas?
Des devoirs et des cahiers de toutes classes sont un peu plus loin, sur une grande table. Des élèves des Roches ont enlevé, dans deux grands concours, les prix d'allemand et d'anglais. Les premières copies sont là, à la place d'honneur.
En face de cette salle, plus prosaïque peut-être mais plus concrète, est l'exposition d'agriculture, tout à fait réussie. Des fraises qui semblent exquises, du blé et du seigle de taille géante, sont des témoins d'un travail intelligent. Plus loin, des plans bien dressés, des récits d'excursions, de visites d'exploi- tations et de fermes. Tout cet enseignement agricole, œuvre de MM. Jenart et Roux, me semble admirablement organisé.
De très belles collections d'histoire naturelle arrangées avec art : des pierres, des plantes, des coupes microscopiques, des... embryons de rats et de poulets, préparés aVec soin et bien pré- sentés.
278
LE JOURNAL
saient cortège à Joas, et ces fillettes improvisées ont chanté, je ne dis pas seulement joliment, je dis très bien.
Car c'est ici le suprême tour de force. Sous l'habile direction de M. Parent, avec le dévoué concours des professeurs de rÉcole, MM. Tontor et Corbusier, l'École des Roches a ressuscité les chœurs et la musique du xvn'^ siècle, l'œuvre presque entière de More au.
Dans la pièce même, les grands rôles ont été très convena-
DEVANT LE BATUIENT DES CLASSES. LE .loMt DE LA FÊTE DE L'ÉCOLE. (Phol. liarrier.)
blement tenus : Âthalie, jouée par H. Spyker, a été, comme il le fallait, autoritaire et violente, et, dans l'interrogatoire de Joas, adroite et perfide. Maurice de Barrau a su rendre finement la timidité et la tendresse de Josabeth. Matras, dans Joad, a été so- lennel, avec peut-être un peu trop d'éclats de voix. Joas a eu des mots délicieux.
Après la pièce, concours de sports : courses de haies, courses de vitesse, lancement de la balle, et même course en sacs pour les plus petits. Si vous les aviez vus sauter lestement, tomber, se relever plus vite, souffler de tous leurs poumons, et se dé- mener comme de petits diables...
Puis c'est la boxe anglaise, un peu dure parfois. Les cham-
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pions des Roches battent facilement, trop facilement, leurs ca- marades du lycée Gondorcet. J. Pommey a prouvé la force et Tardeur de ses poings, et J. Comaléras l'adresse de sa tacti([ue et son énergie.
Un match entre un professionnel et un amateur parisien étaient peut-être plus intéressants, parce qu'il y avait entre les adversaires plus d'égalité et moins de fougue.
M. Perret, professeur do gymnastique et d'escrime, croise le fleuret avec un de ses élèves, tout à fait digne de lui, L. Bé- lières. Deux autres élèves montrent, dans le même sport, beau- coup d'adresse.
Avant de quitter l'École, je jette un coup d'a-il sur les travaux des élèves. Ils sont innombrables.
Au bâtiment des classes, la salle d'histoire et de géographie, toute tapissée de gravures, cartes postales, plans de villes, cartes d'élèves, nous prouve un enseignement vivant, une véritable <( résurrection du passé » selon l'idéal de Michelet. Nous voyons sur une table les livres qui servent à l'enseignement de l'histoire et de la géographie en o"'^ Heureux enfants I — J'ajoute que cela ne me parait pas bien onéreux et qu'on en pourrait faire autant partout. Pourquoi pas?
Des devoirs et des cahiers de toutes classes sont un peu plus loin, sur une grande table. Des élèves des Roches ont enlevé, dans deux grands concours, les prix d'allemand et d'anglais. Les premières copies sont là, à la place d'honneur.
En face de cette salle, plus prosaïque peut-être mais plus concrète, est l'exposition d'agriculture, tout à fait réussie. Des fraises qui semblent exquises, du blé et du seigle de taille géante, sont des témoins d'un travail intelligent. Plus loin, des plans bien dressés, des récits d'excursions, de visites d'exploi- tations et de fermes. Tout cet enseignement agricole, œuvre de MM. Jenart et Roux, me semble admirablement organisé.
De très belles collections d'histoire naturelle arrangées avec art : des pierres, des plantes, des coupes microscopiques, des... embryons de rats et de poulets, préparés aVec soin et bien pré- sentés.
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A la salle de dessin, qu'autour de moi j'entends appeler, non sans emphase « Villa Médicis » , « Pavillon des Beaux-Arts », de très beaux modelages, en particulier une iière tête de lion de Maxime Tassu, des dessins soignés et léchés par des élèves de M. Dupire, des croquis libres, ou de grandes planches illustrant des récits historiques par les élèves de M. Storez. Voici une inno- vation fort intéressante : M. Wilbois expose des cartes en relief et en couleur, où nous remarquons une Asie, une péninsule des Balkans, une Martinique tout à fait réussies. Et cela par des élèves de 12 à 15 ans!
A la salle de meuuiserie, qui fait encore partie du « pavillon Médicis », sur les établis mêmes qui servent aux jeunes ouvriers, sont exposés leurs travaux : tables, ruches, tabourets, etc. Ces mêmes élèves ont aidé le menuisier, M. Richard, à la construc- tion des décors. Et mon guide m'aflirme qu'ils se passionnent à ce travail.
Des travaux de cartonnage et de fer par les élèves de M. Oui- net. Nous avons eu plaisir à parler avec lui de l'enseignement manuel des petits, et nous avons trouvé un homme aux idées nettes, qui aime son métier, qui ne croit pas déchoir en ensei- gnant, à côté du beau style, le travail plus rude, mais non moins intelligent, de la lime et du rabot.
Et c'est sur cette impression que nous restons.
On sent ([ue cette École est vivante et réaliste, qu'il n'y a pas d'enseignement livresque et verbal, que les yeux, les mains y ont constamment leur rôle et leur part, qu'on ne veut pas seu- lement y former des cerveaux, mais des hommes... [Le Ver- nolien).
EXPOSITION ANNUELLE
(Celle exposition a lieu ie jour de Ja fêle île l'École.)
I. — Exposition d'agriculture.
Pierre Bouts et Jules PoiniEY : Plan de drainage en relief. Candeira : Exécution d'un labour représentée en terre à modeler. Renverse- ment de la bande de terre.
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H. J.vMcois ; Fourrages annuels. Charbon du blé. l'ianche des bactéries des lé- gumineuses.
Classe de 4"'« moderne : Plantes nuisibles aux prairies et aux céréales.
G. Thukneyssen : Modèle de couveuse électrique.
L. Despket : Plan d'un bélier hydraulique utilisant une source, utilisant une rivière, la chute étant obtenue par un barrage.
J. PoMMEY : Développement agricole de l'Argentine.
P. BiNGER : Développement agricole de l'Algérie et de la Tunisie. Cartes pos- tales de la vie agricole aux Colonies.
J.-L. Cavazza : Carte agricole de la plaine du Pô. Récolte du riz. Collection de la Campana.
John Waddington : Fromage de chèvre. Epis de blé charbonné. Collection