Le Château

de Coucy

PETITES .MONOGRAPHIES DES GRANDS ÉDIFICES DE LA FRANCE

La Cathédrale de Chartres, par René Meblet. anciun arclii- viste illlurf-rl-Luii'.

EN PREPARATION

L'Hôtel des Invalides, l'iii Louis Dimieu.

L'Abbaj-e de Vézelay, par Cliarles Porée. ariiii\ i.<te de

l'Yonne. La Cathédrale de Reims, par Louis Demmsox, arcliivislc do

la ville (le Heinis. La Cathédrale du Mans, par Gabriel Flecrv. Le Château de Rambouillet, par Henri Longnon. Saint-Pol-de-Léon, par Ch. Lecireux. L'Abbaye de Moissac, par A. Am;lès. La Cathédrale d'Albi, par Jean Lauax. La Cathédrale de Coutancss. par Eugène Lefè\ re-I'ontalis

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Petites Monographies des Grands Édifices

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Publiées sous la direction de M. K. LKrKVRK-PONTALIS

Le Château

de Coucy

Eugène LEFEVRE-PONTALIS

Dirocleiii' do la Socirli' fraiii;aise d'AiTlK^'olo^io.

INTRODUCTION HISTORIQUE DE PH. LAUER

Ouvrage illustré de 32 gravures et de plans. Relevés de M. A. VENTRE, architecte.

PARIS

HKNRI LAURKNS, ÉDITEUR

6, rue de Touriion, C>

Tous diiiits .le lEa.luiti.n. et .le rci.roduL-lion réservés

AVANT-PROPOS

Il est peut-être téméraire de consacrer une nou- velle étude aux ruines imposantes du château de Coucy après ^"iollol-le-DLlc qui a décrit et dessiné dans son Diclioniuiirc toutes ses parties princi- pales, en expliquant le système de défense primitii'. Cependant j'aurai l'occasion de rectifier beaucoup d'erreurs du célèbre architecte. Il eut tort de reproduire le plan ti'ès inexact d'Androuct du Cer- ceau, sans vérifier sur place l'absence de la petite tour du Nord, le diamètre des salles, la plantation des escaliers et des latrines dans les grosses tours et sans indiquer par des hachures les remaniements de tous les corps de logis. On remarquera donc d'importantes difierences entre le plan de Viollet- le-Duc et celui que j'ai dressé avec le précieux concours de M. André ^'entre, architecte en chel' des Monuments historiques, qui a bien voulu relever avec le plus grand soin tous les détails nécessaires à Tillustralion.

L'histoire des sires de Coucy et des sièges de la ville avait graud besoin d'être mise au point à

8 AVANT-IMUU'OS

Taidc drs docinnenls conservés à la Biltliollircjiie Nationale Mon ('onl"rèr(\ jNI. Pliilipjîc Laiicr, l)iblio- lliécaire au département des manuscrits, a dépouillé les meilleures sources pour la résumer en tète de cette notice. Je ne saurais trop le remercier d'avoir prouvé une fois de plus c|ue lliistoire et l'archéo- logie doivent se prêter un mutuel appui.

Les archéologues et les touristes qui voulaient visiter sérieusement la ville de Coucy, n'avaient à leur disposition que la notice de VioUet-Ie-Duc qui ne décrit ni lenceinte. ni la basse-cour, ni cer- taines parties du château, mais qui met bien en relief Timportance du donjon. Je me suis donc efforcé de rédiger une petite monographie j)lus complète en distinguant soigneusement les cons- tructions du xiif siècle de celles du xiv^ siècle, afin de faire mieux comprendre l'intérêt excep- tionnel de ce chef-d'œuvre de l'architecture militaire du moven ào^e.

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Aniirouet ilu Cerceau de

Le CHATEAU EN 1076

Vue prise à l'ouest.

INTRODUCTION HISTORIOUE

LES SIRES DE COUCY

L'origine de Coucy-la-Ville [Codiciaciim villa) en Laonnais, dans Tancienne cité des Rémois, date certainement de l'époque gallo-romaine. Ce lieu est d'ailleurs situé à proximité de la voie romaine de Soissons à Saint-Quentin. La plus ancienne mention de Coucy ne remonte cependant qu'au ix** siècle : on la rencontre dans la Vie de Sdinl Rémi, par Hincmar, qui fait remonter au temps de Glovis la donation de ce domaine à l'église de Reims '. Au début du siècle suivant, l'arclie-

' Monumen/a Cvrmnni.r lii l 3.13.

Scriploref. t. ITI. p. ï.îG. 30;

lo lp:.s sihks dk colcv

^•^(|ll(• (le Reims. Iler\é. fit coiisti'tiiic un chàlciui l'orl luunicio , à rcxtrémile de la tollinc aliongée (jui domine Goucy-la-Ville : ce lut lorigine de C 'oucy-lc-Chàteau ^

Herbert II, comte de Vermandois, père de l'ar- chevêque Hugues, ne tarda pas à s'en emparer. Après avoir été concédé comme fief à Anseau de A^itry, vassal de Boson, frère du roi llaoul (93o), Coucy passa successivement à Bernard de Senlis et Tliibaud le Tricheur, vassaux de Hugues le Grand, duc de France. C'est que, selon Dudon de Saint-Quentin, le jeune duc de Normandie, llicliard, fut caché par son fidèle Osmond, à la suite de son évasion de Laon (vers 944

En 900, la garnison de Coucy qui. Tannée précé- dente, avait passé au parti de rarchevèqUe de Reims, Artaud, revint à celui de Thibaud le Tri- cheur. Celui-ci s'établit solidement dans le donjon roman, et en confia la garde à son vassal Harduin. Les hommes d'armes du roi et de l'archevêque essayèrent en vain de l'en déloger. En 908, cepen- dant, les partisans d'Artaud pénétrèrent par sur- prise à l'intérieur de la forteresse. Le châtelain Harduin se réfugia dans le donjon, déjà presque inexpugnable. Pour le réduire, il fallut que le roi vînt en personne lassiéger, en compagnie d'Ar- taud et de bon nombre de comtes et d'évèques. Le siège dura deux semaines environ. Harduin

' Flodoardu.s. Ilistorla ecclesiae Remçnsis. lib. IV, c. i3 1.1/. G. hist., Scriplores, t. XI il, p. 57GJ.

12 LES siiip:s de coucy

donna ses neveux conniii' otaf^-es, et larnK'e assié- geante se retira. Tlilhaiid parvint cependant à y rentrer, on ne sait coinnienl, (pielque temps après, puisqifen 964 nous le voyons consentira rendre de nouveau Coucy à l'archevêque pour être absous de Texcommunication, mais il exigeait que Coucy fût inféodé à son fils Eudes P^ Celui-ci mourut en 995, et on ignore entre les mains de qui passa l'héritage de Coucy.

En 1039 parait un certain Aubri de Coucy. On le, trouve mentionné dans la charte d'Elinand, évèque de Laon, en faveur de Nogent 1009' ' J^^s les diplômes de Philippe I'"'' pour Saint-Médard de Soissons (io65) et l'église de Laon (lojf ; dans un acte du cartulaire de Notre-Dame de Paris (1067); enfin, dans une charte de Robert Courteheuse en faveur du ^lont-Saint-Michel (1088 . Le ])iographe de saint Arnoul, évèque de Soissons. fait allusion à des circonstances Aubri de Coucy aurait été saisi par ses ennemis, traîné, garrotté, puis exilé et privé à jamais de son habitation ou domaine de Coucy. Un fait est certain, c'est sa présence en Angleterre, à la cour de Guillaume le Conqué- rant, oii il était peut-être en exil ; car, dans le Domesdai/-book,'û estquest'ion d'une « terre d'Aubri de Coucy », située dans le comté d'York ^

Après Aubri, on trouve, comme sire de Coucy, Ensruerrand P% fils aîné de Dreux de Boves, dont

' L. Delislc, La Commeninratinn du Doniesdaij-hoo/i, à Londres, en 1886, dans V Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de France, i88f), p. i:y-i?!o et i83.

AUBHI ET ENGUERUAND l*^'' l3

la mère était de la l'auiille coiiitale d'Aiiiiens. Par son mariage avec Ade de Roiicy, il devint seigneur de Marie et de La Fère. Devenu veuf, il enleva et épousa Sibylle, fille de Roger, comte de Ghâteau- Porcien, et femme du comte Godefroi de Namur. L'évêque de Laon, parenl d'Enguerrand, ne Tex- communia pas ; mais une guerre acharnée et féroce s'ensuivit entre les seigneurs de Goucy et de Namur. Ce dernier finit par se consoler en épousant Erman- son de Luxembourg.

Enguerrand L' prit part à la première croisade avec son fils du jn-emier lit, Thomas de Marie. Dans cette expédition, selon la légende, ne trou- vant pas, au cours d'une surprise, sa bannière, il coupa un morceau de son manteau écarlate, fourré de jîannes de vair, d'oii l'origine du blason des Goucy, ainsi décrit ])ar les anciens auteurs : Fascé de vair et de gueules de six pièces.

Au retour de la Terre sainte, Thomas épousa une parente dont la dot fut la seigneurie de Montaigu. Ses brigandages le rendirent odieux à son propre père, qui d'ailleurs sous l'influence de Sibylle, le croyait maintenant adultérin. Enguerrand assiégea Montaigu. Mais Thomas s'échappa, et, grâce à la protection royale, parvint à rentrer à Montaigu. Une horrible guerre d'extermination commença entre le pèreetle fils. Thomas soutint les habitants de Laon contre leur évéque, et ceux d'Amiens contre leur comte Enguerrand. Celui-ci oll'ril enfin, en iii3, la paix à son fils, ({ui l'aida à soumettre Amiens. Cela n'empêcha pas Sibylle de préparer une embus-

l4 LES SIRES DE COUCY

cado d'où ïlionuis s"('(lui[)[);i ;i\<'c une blessure.

Les (''vriiiies i-riiiiis an (loncilc île Beauvais, en iii5, excoiimuniirrciil Tlioiiias (l(; Marie conune scélérat el ennemi du nom chrétien, à cause de sa cruauté. A ({uel<|ue temps de là, ses protégés, les Laonnais révoltés étaient massacrés à Crécy par Louis le (iros.

, L'année suivante, Enguerrand étant mort, Thomas lui succéda sans dil'ticulté. Bientôt Louis le Gros vint assiéger le château de Coucy pour punirThomas du rôle (ju'il avait joué àLaon. ^lais le rusé seigneur nianilesta le plus grand repentir et promit de réparer tous les tlommages par lui causés. Louis se retira, et, peu après, Thomas, malgré ses promesses, fit assassiner Henri de Chaumont, frère de Raoul, comte de ^'ermandois, qui lui disputait le comté d'Amiens, et il osa même arrêter des marchands munis d'un sauf-conduit royal. Louis le (iros, accompagné du comte de \'er- mandois, marcha immédiatement sur Coucy ([ui, était considéré comme presque imprenable. Tho- mas commit la faute de leur tendre une embuscade : il y périt inopinément de la main même de Raoul de Vermandois i i3o} ^

Son fils, Enguerrand 11, qui lui succéda, avait épousé Agnès de Beaugency, lille de Mahaut. la propre cousine du roi. Il seJforça d'atténuer les conséquences des excès paternels, puis partit en ii4(> pour la deuxième croisade, tl'ou il semble

' A. I.uchaire. Lottis VI If Groa, annales de sa rie et de son règne. n»» -26, i8j, 1S9. 20). '220. 2(31), 309, 379. -',(n el 491.

E.NGUERHAND II ET RAOUL 1*^'' I 5

irètre point revenu ; et son fils Raoul V qui eut pour femme Alix de Dreux, nièce de Louis MI, lit une fin semblable en Terre sainte.

C'est à Tépoque de Raoul I*"" qu'on rapporte oénéralement la légende du joli roman du Chas- tclaiii de C'ouci et <lc hi dame de Faiel. Gaston Paris a montré ^ qu'il n'y avait rien d'historique dans l'aventure de ce sire de Fayel, qui aurait fait manger à sa femme le cœur de son amant, le châ- telain de Coucy, Renaud. La légende du Coi-ur Mangé que la littérature populaire attribue mainte- nant au sire de Vergy, est bien antérieure au xii^ siècle. Il n'en reste pas moins vrai qu'il exista, vers 1198-1218, un gardien du château de Coucy ou « châtelain » appelé Renaud de ]Magny, jadis chanoine de Xoyon, doué d'un très beau talent poétique, dont quelc[ues-unes des chansons nous sont parvenues, grâce à Jakemes Sakesep, l'au- teur du roman du Chaslelain de Coiici.

Enguerrand III, fils et successeur de Raoul V\ assista à l'éclosion du mouvement communal déjà commencé sous son père en Soissonnais -. Sa mino- rité favorisa la création de la commune de Coucy, dont la charte datée de 1 197 fut copiée sur celle de Laon. C est le moment de l'apogée de la maison de Coucy, qui, par ses brillantes alliances, était arrivée à étendre au loin ses domaines. La recons-

' Uistoire littéraire, t. XXIII. p. 370; Gh.-V. Langlois, La Société française, au Xlll" siècle, p. 1S8.

- Cl. Bourrin. La cuniinuiie de Soissons et le groupe communal sois- sonnais, j). 20. <

l6 LES SIKKS I)K COUCY

triu'tion de l'enceinte de l;i ville et du chAteaii remonte i\ cette épociue, mais elle ne fut pas laite d'un seul jet.

Enguerrand 111 eut quelques démêlés, pour des contestations obscures de droits de juridiction avec rarchevèque de Reims et surtout le chapitre de Laon, dont il arrêta le doyen en pleine cathédrale. En 1209, il prit part à Texpédition contre les Albi- geois, et, en 1214, se signala à la bataille de Bouvines.

Par ses mariages successifs, il agrandit encore ses domaines. Eustache de Roucy lui apporta le comté de Roucy ; Mahaut, fille d'Henri duc de Saxe, et sœur d'Otton lY, le comté de Perche ; Marie de Montmirail, la vicomte de Meaux et la châtellenie de Cambrai. Ainsi parvenu au plus haut degré de la puissance, et enivré de ses immenses richesses, il aspira à devenir le maître du royaume. La mino- rité de Louis IX semblait justement lui offrir une occasion des plus favorables. Il complota avec les ennemis de Blanche de Gastille lenlévement du jeune roi. On raconte même qu'il avait fait faire une couronne d'or et des ornements royaux pour s'en revêtir devant ses favorisa Mais au bout de deux années d'intrigues et de sourdes menées, il se vit ojjligé de renoncer à ses projets ambitieux, et prêta serment de fidélité entre les mains du roi, qui feignit d'avoir ignoré ses desseins. Il mourut accidentellement d'une chute de cheval au passage dun gué, en 1242.

* Élie Berger. Histoire de Blanche Je Castille, reine de France, p. r.21.

ENGUERRAND III I7

L'aînée des filles d'Enguerrand III, Marie, épousa d'abord le roi d'Ecosse Alexandre II, puis Jean de Brienne, grand bouteiller de France, fils puîné de Jean de Brienne, roi de Jérusalem. Son fils aîné, Raoul II, eut une fin prématurée. Il trouva la mort à la bataille de Mansourah (i25o), en Egypte, ou il avait suivi saint Louis. Il venait de sauver la vie au comte d'Artois, frère du roi.

Enguerrand IV recueillit la succession de son frère Raoul. 11 se signala comme le digne héritier de Thomas de Marie. Sa cruauté à l'égard des gens de l'abbaye de Saint-NicoIas-au-BoisIui valut d'être jugé par le roi en personne. Peu s'en fallut qu'il ne fût exécuté. Enfin il s'en tira moyennant une énorme amende. Il vécut ensuite dans le calme, et, vers la fin de sa vie, répartit des aumônes entre les léproseries de ses domaines.

Comme il ne laissait pas d'enfants, ses deux sœurs, Marie de Goucy, l'aînée, puis la seconde, Alix, femme d'Arnoul III de Guines, lui succé- dèrent, l'une après l'autre, Marie de Goucy n'ayant pas eu d'héritiers.

Enguerrand \\ fils d'Alix, est la tige delà seconde maison de Goucy. Élevé à la cour du roi d'Ecosse, il épousa une parente de celui-ci, Ghrétienne de Bailleul. Il porta toute sa vie les armes de Guines.

Son troisième fils, Guillaume, qui lui succéda en i32i, reprit le blason des Goucy. Il eut pour femme Isabeau, fille de Gui III de Ghàtillon, comte de Saint-Pol, grand bouteiller de France. La comtesse d'Eu. Jeanne do Guines, contestait alors à Enguer-

}8 LES SIRES DE CoUCY

ranci la possession même de Coucy, qu'elle reven- tlicjuail du chef de son père Baudoin, lils aîné d'Ar- noul III. comle de Guines et d'Alix de Coucy. Ces prétentions amenèrent un procès qui dura dix-huit ans, et qui se termina en faveur de Guillaume dont la succession fut ainsi assurée à son fils Enguer- rand IV. Ce puissant seigneur se maria en 1 338 avec Catherine d'Autriche, fille de l'empereur Léopold et de Catherine de Savoie, alliance qui permit plus tard à son fils de briguer la couronne impériale.

La guerre de Cent Ans était à ses débuts. Dès l'année iSSq, Coucy fut menacé par le roi d'An- gleterre, Edouard III. Enguerrand \l se joignit au roi de France, son suzerain, j)our luller contre l'envahisseur. Il prit une part active aux expéditions contre Jean de ^lontfort et les Anglais, et perdit la vie à la bataille de Crécy 'i34t)), ne laissant qu'un enfant en bas âge.

Survinrent la captivité du roi ,Iean. les pillages anglais et leurs conséquences : la misère des cam- pagnes avec la Jaccjuerie. Engnci-rautl \'II. arrivé à l'âge d'homme, prit une sérieuse part à la répres- sion et fit exécuter sans merci les factieux. Il fut envoyé peu après en otage en Angleterre, pour garantir le paiement de la rançon du roi Jean. Alors commença véritablement sa vie extraordi- naire d'aventures, qui en font une des figures les plus attachantes du xiv'' siècle. II se fit si bien remarquer à la cour de Londres qu'Edouard III lui donna en mariage sa seconde fille, Isabelle : et Enguerrand ajouta ainsi aux domaines anglais, (jui

en(;lerrand vu i<^

lui Amenaient de sa grand'mère Chrétienne de Bail- leiil, le comté de Bedford, en même temps qu'il obtenaitla restitution du comté de Soissons, enoao-é pour sa rançon.

A son retour en France (i368], Enguerrand, trou- vant ses domaines incultes, s'ell'orça d'y attirer les hal)itanls d'alentour par l'octroi d'une charte collective d'affanchissement à un grand nombre de ses bourgs et villages, y compris Coucy.

Lorsque la guerre se ralluma avec l'Angleterre, il garda la plus stricte neutralité à cause de son mariage, et partit même en croisade contre les Visconli, tyrans do Milan excommuniés par le pape. En 1.^7.), il tailla en pièces l'armée de Bar- nabe Visconti, près de Bologne, puis celle du tils de Galéas ; et entreprit le siège de Plaisance avec le duc de Savoie. Une grave maladie de ce dernier contraignit Enguerrand à se retirer. Pendant ce temps, les Anglais de Robert KnoU avaient res- pecté les tlomaines de Coucy.

Sur ces entrefaites, l'empereur Léop(^ld étant mort sans autre héritier que Catherine d'Autriche, Enguerrand tenta de revendiquer, les armes à la main, Théritage de sa mère. A la tête d'une bande de mercenaires, secondé par un grand nombre de seigneurs l'rançais, et aidé des suljsidcs fournis j)ar le l'oi de France, il entreprit une expédition des plus hasardeuses (|ui échoua Jiialhcureusement. Cet insuccès ranieua. dit-on, à fonder FUrdre de la Couronne, dont remblcme était unecouronne ren- versée, — allusion à ses droits méconnus.

20 LES SIHES DE COUCY

A la mort crÉtlouard III, il rompit tout lien avec l'Angleterre, il renvoya sa femme Isabelle, ne gardant près de lui que sa fille aînée Marie. Sa seconde fille, Philippote, n'était jamais venue en France : elle épousa Robert de Veer. duc d'Irlande et comte d'Oxford, auquel elle apporta en dot les domaines anglais de son père. Dès lors, Enguer- rand prit une part active à la lutte contre les Anglais, en Guyenne et en Normandie. Il refusa l'épée de connétable de Duguesclin, que Charles V lui offrait et l'engagea à la confier plutôt à Olivier de Clisson. Devenu gouverneur de Picardie, il donna la chasse aux troupes ennemies débarquées à Calais, en i38o.

Il assista, comme; haut baron, au sacre de Charles YI, et fut chargé de conclure la paix avec le duc de Bretagne. A partir de ce moment, il s'affirma de plus en plus comme un habile diplo- mate : c'est lui (jiii traita avec les Maillotins et apaisa leur révolte, lui encore qui, après la bataille de Rosebeck, négocia le retour du roi dans Paris '.

On le voit ensuite en Ecosse, il avait opéré une descente, avec l'amiral Jean de Vienne, pour ravager les frontières septentrionales de l'Angleterre.

Son gendre, Robert de Veer, duc d'Irlande, abandonnant sa femme, réussit à faire prononcer son divorce par le pape Urbain VI. Battu par les révoltés de Londres, qu'il avait tenté de soumettre, ce seigneur se réfugia en Hollande, d'où il ne

* L. Mirot. Les insurreclioiis urbaines au début du règne de Charles VI. Paris, lyoG, pp. ilo. ij;, i38, 145, i5-2. i.)4. i.">3 el 181.

EXPEDITIONS D ENGUERRAND VII '21

craignit pas de se rendre à la cour de France, Engiierrand la quitta aussitôt, chargé d'une mis- sion auprès du duc de Bretagne, à Vannes. Il y réussit si bien que non seulement il obtint la res- titution à Olivier de Clisson de ses châteaux con- fisqués, mais encore l'hommage solennel rendu par le duc en personne au roi, à Paris même. Robert de Veer reçut l'ordre de quitter la France.

Cependant Coucy se trouvait dépeuplé à la suite des guerres et des pillages ou incendies qu'elles avaient attirés. En i388, Enguerrand fit décider, par le roi, que deux foires annuelles s'y tiendraient à la Saint-Nicolas d'été, et à celle d'hiver. Un gre- nier à sel y fut aussi établi.

Enguerrand parait ensuite en Espagne il con- duit le fils du duc d'Anjou, fiancé de la fille de Jean F'", roi d'Aragon ; à Arezzo qu'il assiège pour Louis d'Anjou ; à Gênes auprès du duc de Bour- bon, chef de l'expédition contre les pirates des côtes barbaresques. Il prend part à la descente des Génois en Afrique. En 1893, il est à la cour de Savoie, s'occupant avec ardeur d'aplanir les difii- cultés élevées au sujet de la régence de cet Etat, durant la minorité d'Amédée VIII. Deux ans plus tard, il est chargé des intérêts du duc d'Orléans auprès de la République de Gênes, qui cherchait un roi parmi les princes du sang.

L'entreprise capitale et la dernière de sa vie fut la croisade de Ni(()[)(>lis. 11 y accompagna le comte de Nevers, sur la demande instante de ses parents, à titre de guide et conseil. On sait coin-

22 LES SIRES DE COUCY

meut, après une liciireusc escarmoiiclic (rEni^iior- rand, les Croisés lureiil taillés en pièces par lar- méc du sultan Bajazet (28 septembre iSgG;. Enguer- rand, lait prisonnier, fut reconnu par l'interprète picard Jacques de lleilly qui l'ut cliarg-é de négocier en France le rachat des captifs. Aussitôt la nouvelle connue, le duc d'Orléans envoya lvol)ert dEsne pour obtenir la délivrance d'Henri de Bar et d'En- guerrand : mais Robert apprit à Vienne, en même temps, la maladie et la mort du célèbre baron cjui venait dexpirer à Brousse le 18 février 139-. Jac- ques Wilay, de Saint-Gobain, ramena son cœur à l'abbaye de Villeneuve, près Nogent'.

Avec lui finit l'histoire de cette fameuse maison de Coucy, alliée aux familles royales de France, d'Angleterre et d'Autriche, qui produisit un En- guerrand 111 et un Enguerrand VII. C'est à ces deux seigneurs, dont la vie marque les périodes brillantes de la dynastie, qu'il faut attril)uer la construction et la restauration de leur magnifique château, dont la mâle architecture était le symbole de la puissance politique des sires de Coucy. Il ne nous reste malheureusement aucun compte d'En- guerrand III, mais les Archives de l'Aisne ont eu la bonne fortune de s'enrichir, l'année dernière, grâce à M. Broche, d'un registre des recettes et dépenses de la châtellenie en 1 386-1387. A cette époque, Enguerrand VII, comme on le verra plus

' Dclaville le Roux, La Fiance en Oricid an A7ï'<= siècle, pp. a");, aCia. 270 et siiiv.. et p. 'Ji J. Mangin, Enguerrand VII. sire de Coiici/, dans le Bulletin de la Société académique de Laon, t. XXIV, p. 4t).

COMPTES DE l386 23

loin, avait déjà fait rebâtir la salle des Preux et la salle des Preuses. A Poccasion de la visite de Charles M, qui eut lieu le 23 mars i38-, un jeu de paume fut établi dans la cour.

Les revenus de la seigneurie se composaient alors des droits féodaux, des produits du domaine, couvert de vignobles, de la pèche des viviers et des coupes de bois. Les divers chapitres de dépenses mentionnent les deux chapelains qui desservaient la chapelle des Onze mille Vierges et celle de la Madeleine, dans rencointe du château, TafFrète- ment d'un bateau ([ui transporta de Boissons à Rouen des approvisionnements de tout genre en vue d'une descente en Angleterre, projetée par Charles VI, le séjour de Guillaume de \'erdun, astronome du châtelain, à Soissons, à Thùtel du Mouton, les frais de déplacement d'Enguerrand VII à Dijon et à Soissons, et le carrosse amené de Lor- raine par sa seconde femme, fille du duc Jean P'.

Enguerrand mort, sa fille aînée Marie, femme d'Henri de Bar, prit possession des domaines de son père, avec leurs nombreuses dépendances, parmi lesquelles le comté de Soissons. ^lais une fdle cadette, Isabeau, issue de son second mariage, et femme de Philippe de Nevers, réclama le partage et intenta un procès. Sur ces entrefaites, le frère du roi Charles VI, Louis duc d'Orléans, voyant la riche baronnie de Coucy entre les mains d'une femme, offrit à Marie de l'acheter. On négocia, et, le i5 novembre 1400, fut conclu l'acte de vente moyennant 400.000 francs, et Tahandon des rêve-

24 LKS SIHKS DE COUCY

nus à titre viager; mais en réalité le duc ne paya jamais que 104.000 francs, comme M. Lacaille a pu l'établir. Marie de Coiu;y s'éleignit cinq ans plus tard. Sa sœur Isabeau, à qui un arrêt du Par- lement avait adjugé la moitié de Coucy, Marie, La Fère et Origny , le quart de Montcornet et Pinon, avec le cinquième de Ilam, décéda à son tour, en i4ii, laissant une fille unique qui la suivit de près dans la tombe. Le fils de Marie de Coucy, Robert de Bar, demeuré seul héritier, poursuivit le duc d'Orléans en paiement d'une somme de 120.000 livres, restée due sur le prix de vente de la seigneurie. Une transaction intervint : le comte de Bar consentit à tenir quitte de sa dette le duc d'Orléans moyennant la restitution des chàlellenies de La Fère et de Marie.

La partie de la baronnie qui ne fut pas réunie à la couronne, sous Louis XII, passa plus tard dans la maison de Luxembourg, puis dans celle de Bourbon, par les Vendôme et Alencon, et fut enfin réunie à la couronne par Henri IV.

Coucy était dès ce temps le siège d'une |)révôté royale, transformée plus tard en bailliage, et d'une maîtrise des eaux et forêts ou gruerie. En matière judiciaire, les causes allaient en appel devant les présidiaux de Soissons et de Laon. Le duc d'Or- léans obtint du roi, en i4o5, l'érection de Coucy en pairie, pour lui et ses descendants.

La possession de ce magnifique domaine excita la convoitise du duc de Bourgogne et des maisons de Luxembourg et de Lorraine : ceux-ci le reven-

SIÈGE Dli l4ll 20

diqiièrent, en vertu d'anciennes alliances. Ce fut une des causes de Thostilité des Bourguignons contre les Armagnacs, partisans du duc d'Orléans.

Leduc d'Orléans périt assassiné en 1407, et ses enfants prirent les armes pour le venger. Aussitôt Charles VI, qui s'était montré favorable aux Bour- guignons, prononça la confiscation du domaine de Coucy. Valeran de Luxembourg, comte de Saint- Pol, l'ut chargé d'aller l'occuper.

Celui-ci marcha sur Coucy, et y entra sans coup férir (141 1); mais il ne put forcer le château commandait Robert d'Esne. Malgré toutes les sommations, ce vaillant capitaine refusait opiniâ- trement de se rendre, confiant dans la solidité des murailles et le courage de compagnons déter- minés à tenir tant qu'il y aurait des vivres. Le comte de Saint-Pol fut obligé de commencer un siège en règle. Il employa, à cet effet, un procédé considéré alors comme une innovation, la mine. Des ouvriers liégeois furent chargés de pratiquer une galerie au-dessous de la tour de la porte basse du château ou porte ]Maître-Odon. Les chevaliers et hommes d'armes assiégeants descendaient à tour de rôle dans le souterrain, curieux de voir de près la nouveauté du jour. Or, il arriva qu"à l'endroit la galerie passait sous les fondations de la mu- raille extérieure du château, on négligea de l'étayer suffisamment : tout à coupla voùle s'effondra sous le poids d'une portion de la base croulante de la tour, ensevelissant ouvriers et \is\lenvs. Et encores y soiil-ils, ajoute le ( ln-oni(|ueur Juvénal des L'r-

20 LES SIUKS DK CoLCY

sins, en manière d'oraison fiinclire des victimes ^ L'afl'aissement d'une tour n'avança en rien le siège de la jdace qui dura encore trois mois. Enfin Robert d'Esne ne recevant aucun secours du de- hors se trouva contraint de capituler. Ce succès valut au comte de Saint-Pol l'épée de connétable. Deux années plus tard, Coucy fut restitué au duc d'Orléans, à la suite du traité de paix conclu avec le duc de Bourgogne. Mais, de nouveau, en i4i9> la place fut livrée aux Bourguignons, cette fois de la façon la plus extraordinaire. Voici comment : Pierre de Saintrailles était gouverneur du (;hàleau pour le dauphin. Ses serviteurs furent gagnés par les nombreux prisonniers bourguignons enfermés par La Hire dans le donjon. Sur leurs instances, ils dérobèrent les clefs de la tour et en ouvrirent les portes nuitamment. Les Bourguignons conduits par le fameux sire de Maucourt et Lionnel de Bour- nonville, se saisirent des premières armes venues et se précipitèrent au logis de Saintrailles, qu'ils égorgèrent avec ses sentinelles et mirent le poste hors d'état de nuire. En même temps des émissaires furent dépêchés au duc de Bourgogne pour appeler à l'aide. La Hire, stupéfait et furieux, à son retour d'une course dans le voisinage, ne put même pas essa3'er de rentrer dans le château, et dut bientôt se retirer devant les renforts bourouionons '.

' Le fait est aussi rapporté par Pierre de Feuin, Jean Lefebvre de Saint-Remy et Monstrelet.

- Germain Lefèvre-Pontalis, La Guerre de partisans dans la Haule- yormaudie dans la Bibliolhèiiue de l Kcolc des Chartes, t. LVl, iSy"), p. 4");'). L'anecdote est racontée par Fenin et Monstrelet.

CHARLES D ORLEANS l'J

Le chic de Bourgogne ne profita guère du coup d'audace de T « écorcheur » Maucourt, puisqu'il fut assassiné avant même la fin de l'année. La Hire et Polon de Saintrailies rentrèrent dans Coucy à quel- que temps de là. En 142.3, le comte de Sull'olk vint assiéger la place, s'en rendit maître et la livra à Jean de Luxembourg, comte de Saint-Pol, un des plus chauds partisans des Anglais, A la mort de ce dernier (i44t>)i le vérita])le propriétaire de Coucy, Charles d'Orléans, qui était retenu prisonnier en Angleterre, depuis Azincourt, pensa {)ouvoir ache- ter sa rançon en olïranl au duc de Bourgogne la baronnie de Coucy avec celle de La Fère-en-Tar- denois et le comté de Soissons, moyennant 45 600 écus d'or. Charles ^ 11 s'entremit, et pour faciliter, avec la conclusion du marché, le retour du duc d'Orléans, il renonça formellement et défi- nitivement à ses droits de (lainl et de rciiuint sur ces seigneuries. Les propositions durent être agréées de part et d'autre, car Charles d'Orléans revint en France cette année même.

I^a terre de Coucy apparaît cependant dans des actes, de peu postérieurs, comme dépendant à nouveau de la maison d'Orléans, sans qu'on sache au juste comment. Le duc Charles mourut en i465, et son fils Louis d'Orléans disputa la régence à Anne de Beaujeu. Tandis (ju'il était vaincu et fait prisonnier à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier (1487), Pierre d'Urfé, grand écuyer de France, se présenta devant (]oucy avec les troupes royales et s'en empara au bout de huit jours. (Juehpies années

28 LES SIHES ItE COICY

s'écoulèrent. Le duc d'Orléans se réconcilia avec Charles Vlll, obtint restitution de la place, qu'il réunit au domaine de la couronne en devenant roi sous le nom de Louis XII [i/\C)S]. Sa fille, Claude de France, reçut la baronnie en apanage, lors de son union avec François d'Angoulème 'i5i4). Un an après, nouveau retour au domaine royal, à Tavènement de François I".

La forteresse de Coucy fut, de bonne heure, une des places convoitées par les Calvinistes. Dès 1567, ils s'en emparèrent et y établirent leur point d'appui. Henri III la fit bientôt reprendre et la donna, avec ses dépendances, en apanage à Diane de France ou de Valois, duchesse d'Angoulème sa fille naturelle (1076).

Les troupes royales l'occupaient pendant la Ligue, et s'élançaient à l'improviste de son châ- teau sur les partisans de la sainte union, par exemple sur les habitants de ^lons-en-Laonnais, devenus de véritables bandits, ou sur ceux de Monampteuil. Puis, subitement, sans raison apparente, la ville de Coucy se déclara pour la Ligue. Le sieur de La- meth, commandant ligueur de la place de Coucy, finit, en 1094, parfaire sa soumission au roi et lui remit le château.

Occupé au siège de Laon, Henri 1\' ne trouva l'hospitalité, pour Gabrielle d'Estrées, qu'à Couc}', chez le maire elle mit au monde le duc de Yen- dôme le 7 juin 1094.

En 161 5, les princes et les grands, mécontents du gouvernement de Marie de Médicis, s'empare-

SIÈGE DE 1602 29

rent de cette forte position, voisine de Paris. La cour négocia avec eux et parvint à leur faire dépo- ser les armes. Ils tirèrent prétexte de l'arrestation du prince de Gondé pour reprendre Goucy, l'année suivante, et s'y maintinrent jusqu'à la mort du maréchal d'Ancre (1617).

Diane de France, apanagiste de Goucy, mourut en 16 19, et son domaine fut donné à François de Valois, second fils du duc d'Angoulême, qui mourut lui-même, en 1622, sans postérité. En i645, Louis XIV engagea Goucy à Roger de Longueval, moyennant plusieurs milliers de livres.

Durant la Fronde, Hébert, gouverneur de Goucy, devint suspect à Mazarin. Sommé de remettre la place au maréchal d'Estrées, gouverneur de Laon, il répondit qu'il la tenait directement du roi. Sur ce refus, d'Estrées eut ordre de faire avancer des troupes et d'investir la place. Le sieur de Mani- camp, gouverneur de La Fère, s'étant joint à lui avec six pièces de canon amenées de La Fère et Péronne, le siège commença le 10 mai i652. L'artil- lerie ouvrit une large brèche dans les murs. Les assiégés tinrent encore quelque temps dans la ville et ne se retirèrent derrière l'enceinte du château que le 19. Trois jours après, les troupes lorraines arrivèrent au secours d'Hébert, et leur cavalerie ayant défait un régiment d'assiégeants, ceux-ci se retirèrent en désordre, abandonnant la ville aux Frondeurs.

Les habitants de Goucy ne tardèrent pas toute- fois à se soumellre au roi. Le cardinal Mazarin

3o LES SIRES DE COUCY

<]iarij;ea Clément Métezeaii, ringénieui" qui avait (iii'ii^é le siège de La Piochelle et proba])Ieinent aussi son lils dr démanteler les fortifications du château, eu vertu d'un ordre royal daté du ii sep- tembre 1652'. Ils firent sauter à coups de mine les portes d'entrée de la basse-cour et du château, la chemise du donjon, les voûtes d'ogives de ses trois salles, mais Texplosion ne produisit que trois lézardes dans l'énorme cylindre. Ils rendirent inhabitables les tours d'angle, tous les corps de logis, et les ruines furent dès lors exploitées comme une carrière. Le tremblement de terre de 1692 acheva l'œuvre de la mine.

En i6j.). Louis Xl\' donna Coucy, avec Foleni- bray, en apanage à Philippe de France, duc d'Or- léans, pour lui et ses descendants mâles, qui depuis lors portèrent le titre de sires de Goucy. La cha- pelle de la ^ladeleine, qui avait été épargnée dans le château, l'ut désaffectée, et ses revenus attribués à l'Hôtel-Dieu.

Pendant la Piévolution, le tribunal du district de Chauny futétaljli à Coucy. dont le dernier seigneur fut Louis-Philippe-Joseph d'Orléans. Coucy-la-Ville prit le nom de Coucy-la-Vallée, et Coucy-le-Château celui de Coucy-la-Montagne. Le château, dont la grosse tour servit de prison aux uiallaih'urs arrê- tés dans les forêts voisines, devint un bien national. Attribué à l'Hùtel-Dieu de Coucy, cpii continua à lais- ser les habitants de la ville et des environs arracher

' Arih. liât. O'J. fol. iSS v". Clément Méto/pau mourut le aS no- vembre \6'vi.

DEBLAIEMENT DES RUINES Ôl

les parements des murs, moyennant une redevance de 3 francs par charrette de pierres, il fut racheté en 1829, parle duc d'Orléans, au prix de 6.000 francs. Son architecte, M. Malpièce, combla le fossé devant la porte, et fit boucher les trois lézardes du donjon, mais ce travail était tout à fait insuflisant.

En i856, quand FEtat devint propriétaire du château, la commission des Monuments histori- ques, sur l'initiative de Viollet-le-Duc, prit en main le sauvetage des ruines de Coucy. Le donjon, qui menaçait de s'écrouler, fut chaîné par deux cer- cles de fer, à la hauteur des corbeaux, et recouvert d'une toiture; on reprit ses lézardes avec le plus grand soin. Le déblaiement du fossé dallé, de la poterne qui passe sous la chemise, de la chapelle, des soubassements des deux grandes salles se pour- suivit méthodiquement, en ramenant au jour les débris de sculpture qui forment le musée lapidaire.

L'imaoiiiation du voyageur moderne, en visitant les ruines d'un antique château féodal, se plaît au récit des légendes (|ui animent les vieux murs croulants. A défaut du roman de son cliàtelain, (|ui n'a aucun fondement sérieux et se rapporte plutôt au château de Fayel, Coucy a du moins l'histoire vraie, merveilleuse et souvent romanesque de ses seigneurs d'antan, dont on connaît la devise pré- somptueuse, mais justifiée ;

Roi ne suis Ne prince, ne duc, ne conile aus:?!. Je saisie sire de Coucy.

Pu. LvuEU.

PoKTi: DE L.VON

LA VILLE ET LE CHATEAU

ENCEINTE DE COUCV

La ville de (A:)ucy, llèrenient campée sur un promontoire qui domine la vallée de la Lette, affluent de l'Oise, occupe une position stratégique de premier ordre aux confins du Soissonnais et du Laonnais. Son enceinte du xiii'' siècle encore intacte. fhuKjuée de \ iii_L;l-luiit lours en y compre-

3

34 L^ VILLK VK COUCY

nant celles du château et de sa hasse-cour, ne pré- sentait qu'un point faible correspondant au plateau dont Taxe est occupé par la route de Laon. Cette raison sulîit à expliquer la valeur défensive excep- tionnelle de la porte de Laon (j ni jouait le même rôle que la porte Saint-Nazaire à Carcassonne. Viollet- le-Duc, qui en a décrit les ingénieuses dispositions avec le plus grand soin l'attribue avec raison à une épo((ue un peu antérieure à celle du château '.

Porte de Laon. Auxiii*" siècle, cette porte était précédée d'une l)arbacane en demi-lune oii les roules de Laon et de Chauny venaient se réunir en passant chacune entre deux tours pour aboutir à un viaduc coudé" qui traversait une tour ronde isolée devant l'entrée de la porte. Cette tour fut remplacée en i.joi par un Jjaslion pentagonal qui coùt-a la somme de 2.33i livres". De nouvelles o-aleries de contremine dont le plan est très com- pliqué vinrent alors se souder à celles du xiii" siècle. Un couloir voûté qui passe entre les anciennes piles du viaduc primitif permet d"y pénétrer, mais au xiii^ siècle ce passage aboutissait à deux ponts à bascule destinés aux défenseurs ({ui voulaient passer dans l'intérieur de la barbacane sans faire ouvrir la grande porte.

* Dictionnaire d architt-ctitre, t. VII, p. 3a2-335.

* On en voit trois arcades eu tiers-point dans le verger du com- mandant Mangard.

■* Cf. 5Iandat de paiement du 2 janvier i.')52, publié par De L Epi- nois. Histoire de la ville et des sires de Couctj, p. 374.

PORTE DE LAUN 35

Le plan de la porte se coiiqjose d'un rectangle

Porte de Laon Coupe transversale.

VioUotl.'-Dur .!.•

(lan([U(' (le deux tours en liéniicyele du cùlé exté-

36 L.v VI 1,1, i; \)E coucv

rieur. \h\ lon^- passage voùlé en berceau brisé et précédé d'uu pont-levis cb)iinait accès dans la ville. Deux arcliércs s\)u\ raient siii' ce coidoii- (bi côté de l'orient et déboucbaienL tlans hi salle ronde inférieure des tours, échiirée par deux autres ouvertures du même genre. A l'autre extrémité, plus large, un (vouloir coutb' pour dissiniider le nomljre des tléfenseurs aboutissait de chaque côté à un corps de garde carré en ruines surmonté d'un j)lat'ond de l)ois ' comme toutes les autres salles et chaulle par une cheminée. Au-dessus de ces deux pièces et du passage, une grande salle longue de 22 mètres et large de 8 mètres pouvait servir à loger les hommes du poste. Elle était éclairée à l'ouest par cinq fenêtres à linteau recoupées par un meneau vertical : on y montait par deux escaliers à vis-.

Chaque tour ronde était divisée en ijiuitre étages non voûtés au-dessus d'une cave sans aération. Les archères encore intactes très longues et très étroites à l'extérieur se chevauchaient pour ne pas affaiblir les murs épais de 5 mètres à la base. A l'intérieur, elles sont encadrées sous des arcs en tiers-point. La chambre qui renfermait le treuil des deux herses se trouvait au-dessus du passage entre les deux tours et le pont-levis se manœuvrait plus haut dans le môme axe. On voit encore une

' Un pilier central soulageait la portée des poutres.

- M. Champion, propriétaire de l'hôtel de la Pomme d Or. possède deux curieuses faitières en terre cuite vernissée de couleur verte qui proviennent de la toiture de la porte de Laon.

TOURS DK l'enceinte ^J

sablière courbée sur les corbeaux profilés en quart de rond qui dominent l'entrée. C'est un débris des hourds en bois qui contournaient le sommet des tours sous leur toit conique, suivant la disposition adoptée également par le constructeur du château, mais comme les marques de tâcherons diflerent, il est évident (jiie la porte et le château ne furent pas élevés par les mêmes ouvriers.

A droite de la porte de Laon, on remarque une grosse tour ronde qu'on peut visiter en traver- sant le jardin du commandant Mangard toujours aimable pour les archéologues. Elle fut ajoutée au xiii" siècle de chaque côté d'un rempart déjà bâti, car la salle du rez-de-chaussée est coupée en deux par un mur de refend à talus extérieur. Du côté de la ville, une salle carrée voûtée en berceau avec mar(]ues de tâcherons communique par une porte avec un hémicycle recouvert de six branches d'ogives aux angles abattus. Plus loin, à l'angle nord-est de l'enceinte, se trouve la tour éventrée par la mine pendant le siège de i652.

Deux autres portes donnaient accès dans la ville. Au'sud, la porte de Soissons, s'ouvre dans un angle rentrant sous un arc brisé au pied d'une grosse tour rondo. Au nord-ouest, une porte mo- derne a remplacé l'ancienne [)orte de Chauny ou de Gommeron aujourd'hui bouchée et flanquée d'une petite tour. Des marques de tâcherons pro- fondément gravées (;omnie celles du château sont visibles sur certaines |)arties de l'enceinte, mais (il les l'ont défaut sur d'au Ire s uuiis sans qu'on jiuisse

38 LA NII.I.K ])K COUCY

conclure à un remaniement. L'épaisseur des rem- parts atteint lo à 12 mètres à droite et à gauclie de la porte de Laon, mais comme plusieurs salles sont comblées ou murées, il est difficile de dater ces renforcements successifs qui sont uulifjués j)ar des hachures sur le plan de la ville.

Toute la ville de (^oucy est bâtie sur des caves à plusieurs étages qui sont d'anciennes carrières aménagées par les habitants. Celles qui se trou- vent dans le voisinage de la grande place aboutis- saient au puits principal pour pouvoir puisser de l'eau en temps de guerre. Une galerie creusée par le maréchal d'Estrées après la brèche du siège de i().j2 traverse la ^ille depuis la porte de Laon jusqu'au chcàteau. Elle vient se relier à celle qui passe sous la partie nord de la basse-cour dont M. Colin, gardien du château, a reconnu l'existence. Une autre galerie transversale coupait le plateau en avant de la basse-cour.

Il faut encore signaler une grande maison du xiii'' siècle près de la porte de Soissons, des maisons qui se distinguent par leurs pignons en gradins comme celles des villages du Soissonnais, une maison voisine de l'hôtel de la Pomme d'Or dont les linteaux de fenêtres sont décorés de motifs du style flamboyant et l'hôtel du gouver- neur qui renferme d'intéressantes collections et des souvenirs de Gabrielle d'Estrées.

Église. L'église du xii*^ siècle fut presque entièrement rebâtie au xiii'. |)uis au xvi*" siècle. La

ÉGLISE PAROISSIALE 3g

nef gothique comprenait trois larges travées dont il reste deux piles à huit colonnes du xiii'' siècle, mais au xvi" siècle les grandes arcades, les voûtes d'ogives à liernes et tiercerons et les bas côtés furent reconstruits. On subdivisa les anciennes travées par des piles ondulées très minces dont deux furent remplacées par un support rectangu- laire à l'époque moderne. Le chœur à cinq pans du xiii" siècle fut revoùté d'ogives au xvi" siècle, comme le carré du transept dont les piles d'angle sont du xiii*^ siècle sauf les chapiteaux. Il faut attri- buer à la même époque d'élégants fonts baptis- maux en marbre noir dont la cuve octogone ornée de masques et de feuillages repose sur huit colon- nettes.

La partie centrale de la façade est une (euvre remarquable de la seconde moitié du xii'-" siècle. Six colonnettes soutiennent le portail en plein cintre : Tune de ses voussures ornée de palmettes et de fruits d'arum encadre un tympan moderne. Au-dessus de la fenêtre qui s'ouvre dans l'axe de la nef, six arcatures trilobées et un oculus tréflé entouré d.e bâtons rompus décorent le pignon.

II

BASSE-COUR DU CHATEAU

Le château oc-cupe rextréniité orientale du pro- montoire escarpé qui forme la défense naturelle de Coucy. Sa vaste basse-cour ou baille forme un hexagone irrégulier qui ne devait pas se relier comme aujourd'hui à l'enceinte de la ville. Au xiii" siècle, un profond fossé creusé entre deux murs avec tours d'angle coupait le plateau en avant de la porte de la ]jasse-cour. Celle porte était sans doute reliée par un viaduc entre deux ponts-levis à une porte de ville également llanquée de deux tours dont il ne reste plus trace. Si j'ai cru devoir restituer ce tracé sur le plan primitif de l'enceinte, c'est que des courtines aux deux bouts du fossé auraient rendu sa valeur défensive tout à fait illusoire. En outre, la planlalion des tours d'angle nord-est et sud-est de la basse-cour prouve qu'elles étaient dégagées sur les trois quarts de leur circonférence, comme on le voit sur le plan d'Androuetdu Cerceau. Les murs(|uiviennentbuter contre leur parement sont relativement modernes.

PORTE DE LA BASSE-COUR /\ l

fallait fortifier la contrescarpe pour fermer la

l'OKTIÎ DE LA BASSE-<:Ol.K

ville en face de J'eiiUée du château, sinon l'eii- ceiiilc aurait clr ouverte sur le front occidental.

42 LE CHATEAU DE COICY

Porte d'entrée. La porto B de la basse-cour, llaïKjiirc clc (k'iix tours en ruines et désignée sous le nom de porte ]Maître-Odon, devait ressembler à la porte de Laon avant sa démolition par l'ingé- nieur Métezeau en i652. C'est une œuvre de la première moitié du xiii*^ siècle dont le plan primitif ne comportait peut-être pas des corps de garde aussi vastes. La longue voûte en berceau brisé du passage s'est efFrondrée : elle était soutenue par cinq doubleaux qui retombaient sur des corbeaux moulurés. Au revers, c'est-à-dire à Touest, un arc en tiers-point encore intact encadre la porte der- rière la rainure d'une herse. Ses deux rangs de claveaux nus sont appareillés sous un cordon de fleurs à sept pétales qui accuse une période peu avancée du xiii" siècle, comme le cavet des tailloirs. De chaque coté du passage, deux arcatures en tiers-point sans moulures s'appuient sur des pi- lastres de grès, mais au xiii'' siècle ces arcades aveugles étaient au nombre de quatre à droite et à gauche.

On voit encore une amorce du parement arrondi de la tour du sud. L'autre tour, éventrée par la mine, conserve sous une petite voûte en berceau brisé l'amorce d'une feuillure de j)orte qui donnait accès dans une salle ronde voûtée d'ogives en amande. En arrière, on pénètre à l'ouest dans un corps de garde par une porte dont le linteau repose sur deux consoles moulurées. Cette pièce qui communiquait avec la salle ronde de la tour est recouverte de deux voûtes d'oufives sans for-

TOURS DE LA. BA.SSE-COUR 4>^

merels dont le tore aminci repose sur des con- soles mutilées. Deux doubleaux en tiers-point, ornés d'un filet entre tleux boudins et reliés par une voûte en berceau brisé, séparent les deux croisées d'ogives pour éviter la retombée d'un arc. dans l'axe des portes. Le corps de garde du sud est démoli, mais l'amorce de ses ogives et les corbeaux qui les soutiennent sont encore visibles.

Tours de la basse-cour. Le t-ôté nord de la basse-cour est beaiuoup moins bien défendu que la lace méridionale. E)i parlant de la grosse tour nord-est du cliàteau, on rencontre d'abord une large brèche, puis le rempart garni de marques de tâcherons du xiu'^ siècle forme un pan coupé percé d'une poterne. Au point oii Androuet du Cerceau indi(|uc une tour tl'anglc dont je n'ai pu retrou- ver aucune trace, des corljeaux devaient soutenir une bretèche. Le mur ;i talus suit une ligne droite de loo mètres ; ses assises dépourvues de marques de tâcheron, se décrochent à l'extrémité occiden- tale en formant un angle obtus avec le rempart primitif. Il rie faut pas en conclure que le front nord fut presque entièrement reconstruit, car les marques de tâcheron font également défaut sur les tours du sud qui doivent être attribuées au xiii" siècle. La tour d'angle nord-est A de la basse-cour était ronde, mais il n'en reste plus qu'un quart engagé dans un pan coupé moderne. Rebâtie au xiv'" siècle sur son talus ])rimitif, dé- collée par un coup de mine au xvii' siècle, jniis

44 LK CHATKAU DP: COUCV

remaniée clans sa partie liaule, elle iTolTrc plus aiijoiii'criuii aucun intérêt.

Au sud-est, une tour ronde G du xiii*-' siècle s'élevait à Tangle de la baille, en face de celle cjui est encore engagée dans le niiirde la ville, mais le coup de mine qui en a détruit la moitié a lait incli- ner l'autre. La brèche fut murée plus tard et défen- due par une échauguette sans caractère. A la suite, le rempart du xiii^ siècle se distingue par ses tours rondes antérieures à celles du château et plus rapprochées que celles de la ville. Elles sont au nombre de cincj jus(ju"au retour d'angle de l'en- ceinte : leurs étroites arclières forment à l'exté- rieur de longues fentes dans le parement, mais leur couronnement a disparu.

A l'angle sud-est de la basse-cour, on a creusé vainement jusqu'aux fondations, en i865, pour découvrir les restes des gens de guerre du comte de Saint-Paul, enfouis dans une galerie de mine en i4ii. En partant de ce point, on pénètre d'abord dans une salle ronde de la seconde tour D. Sa voûte d'oofives aux arêtes abattues est très gros- sière : la clef se compose dune pierre carrée au lieu d'être taillée en croix. Les nervures viennent s'engager dans le mur au niveau des retombées. Trois archères recouvertes de linteaux en saillie les uns sur les autres éclairent la pièce. On monte au second étage recouvert d'un plancher par un escalier qui suit la courbe de la tour.

La troisième tour E, qui remonte également au premier quart du xiii" siècle, ne diffère de la pré-

TOURS DE LA BASSE-COLR ^5

cédente que par deux grandes arcatiires en plein cintre soutenues par des pilastres au revers du mur intérieur. Les ogives plates de la voûte aux angles abattus et les archères à linteau sont du même type, mais les marches de l'escalier courbe portent sur

TOUIIS DE LA BASSE-COUK

un chanfrein (|ni se décroche, comme dans le don- jon. La tour suivante F conserve sa voûte d'ogives et (juatre archères, mais dans la (juatriéme, dési- gnée sur le plan par la lettre G, les nervures de même profil, à clef cruciforme, retombent sur des culots moulurés. Les archères pins hautes et plus larges sont surmontées de cin(j linteaux. Un esca- lier à vis coiidiiil an second étage. Il est donc cer-

46 LK CIIATKAU DK COlCY

tain que les murs de la baille furent bAlis en allant de l'est à l'ouest. Les trois pi-emières tours intactes sont les plus anciennes de toute l'enceinte.

La porte de la sixième tour M, qui défend l'angle sud-ouest de la basse-cour, est amortie par un tympan monolithe sous un arc de décharge en j)lein cintre. Les deux étages reliés par un escalier a vis étaient voûtés d'ogives retombant sur des consoles moulurées. L'épaisseur des murs atteint 2'", 35. Les quatre archères à linteau du second étage l'on pouvait accéder directement par une j)orte et une échelle sont surmontées d'un arc de décharge, ce qui indi([ue un nouveau progrès. Après cette tour très saillante, le mur de la baille fait un coude pour rejoindre la grosse tour sud-est du château. Ce front est défendu par deux tours.

La septième tour I n'a pas le même plan que les précédentes, car la salle basse voûtée d'ogives a la forme d'un hémicycle fermé par un mur tiroit. On y entre par une porte à linteau tréllé dont l'an; de décharge est en plein cintre. Un escalier à vis des- sert le second étage dont la porte sur la cour et les archères présentent la même disposition que dans la tour H.

Entre cette tour et la suivante J dont la voûte d'ogives et l'escalier à vis sont en ruines s'ouvre une poterne en tiers-point précédée d'une archi- volte en plein cintre. A côté, deux arcs de décharge plus ou moins enterrés sont surmontés de deux rainures qui semblent destinées à recevoir les bras d'un j)ont-levis intérieur. La tour Iv. tombée dans

CHAPELLE DE LA BASSE-COUn 4"

le fossé, devait ressembler à toutes celles du front sud de la basse-eour. Plus loin, après une autre poterne, le mur de la baille vient rejoindre la cour- tine qui relie la grosse tour sud-est du château à la chemise du donjon.

Chapelle romane. La Jjasse-cour renferme, au sud de l'allée centrale, lui puits % et près de la maison du gardien les fondations d'une chapelle romane. Sa nef unique et son transept llantpié de deux absidioles arrondies n'étaient pas voûtés; mais labside en hémicycle, dépourvue de contre- forts, était recouverte dun cul tle four précédé d'une voûte en berceau. On voit la trace de deux arcatures de chaque coté du chœur dans la partie droite. La base de Tune de leurs colonnes, encore intacte, et celle des six colonnettes du portail de la façade, permettent tl'attriijuer cette chapelle au xii^ siècle et non pas au xi" siècle, comme Viollet- le-Duc le prétend. Cette date se trouve confirmée par les fragments d'une corniche garnie de pal- mettes, semblable à celle de l'église de Berzy-le- Sec, près de Soissons, et par les débris d'une croix de pignon formée de cercles découpés à jour, comme à liruyères-sous-Laon. Trois chapiteaux à crochets, du xiu'' siècle, retrouvés dans les fouilles, et posés sur une pile d'angle, sont peut-être des témoins d'un remaniement exécuté dans cette cha- pelle, au XI II" siècle.

' Le comjjle de i iSd-ijS; mentionne la oonslruction d'une étable dans la basse-cour, avee de vieux nialiMiaux.

III DESCRIPTION DU CHATEAU

Date de la construction. Niollol-le-Diic a voulu limiter la durée des travaux du château à cinq ans, de 1226 à i23o, d'a[)i'ès les prolils et le caractère de la sculpture, mais cette hypothèse ne rej)ose sur aucun fondement. A défaut de textes, la science archéologique permet de distinguer deux campagnes dans la construction de la basse-cour, et deux autres pour le château j)roprement dit. Je crois que le donjon fut élevé en dernier lieu avec la chapelle, aussitôt ai)rès Tachèvement de l'en- ceinte, comme le prouve le style avancé des figu- rines sculptées sur les consoles de la salle basse. Le profil des ogives des grosses tours, les clefs de voùle, les cliapiteaux à crochets, portent l'em- preinte du style en usage dans la première moitié du XI II" siècle.

Un détail, qui a son importance, permet de rajeunir quelque peu la forteresse, c'est le bec des tailloirs qui n'était pas d'usage courant avant 1220

TRAVAUX DU Mil'' ET DU XI V'' SIECLE 49

environ. Sans doute, on en voit des exemples pré- coces à la cathédrale de Soissons, dans la chapelle haute du croisillon sud, terminée au xiii'' siècle et dans le rond-jioint consacré en 1212, mais à Long- pont, dont réglisc abbatiale fut livrée au culte en 1227, le plan carré des tailloirs persiste. Par contre, à Ilovauiuont la dédicace de léglise eut lieu en i2'35, les tailloirs dn ])as coté sud encore en place, présentent un bec caractéristique, comme dans les tours de Coucy. En outre, la corniche à crochets du donjon est identique à celle qui fut refaite au chevet de Xolre-Dame de Paris vers 1240.

11 est donc ])robable (\[\r la ]>ériode de grande activité des chantiers dul plutôt correspondre au second quart qu'au premier quart du xiii' siècle. Ces observations techniques sont daccord avec la tradition qui attribue à Enguerrand III l'honneur d'avoir construit le château, car le gros œuvre devait être terminé (piand il mourut en 1242.

Nous sommes l)eaucoup mieux renseignés sur l'époque du remaniement des bâtiments d'habita- tion, grâce à un registre des comptes de la chà- tellenie de Coucy, commencé le i''' octobre i38G et terminé le 3o septembre 1387 \ Ce précieux docu- ment, écrit de la main de Jean Plançon, receveur d'Enguerrand MI, a été récemment vendu par un libraire de Caen à ]M Lucien Broche, archiviste départemental, qui Ta fait entrer dans les archives de l'Aisne.

* Ce registre, en assez mauvais état, se coniposail do i6S fcuillots, mais il en manque 20. Sa eiilc jjrovisoirc est E. O72.

5o LE CH.VTEW DE COUCY

Plusieurs mentions y)r()uvenl qu'on arhevait à cette époque la salle des Preux et la salle des Preuses, après avoir exhaussé les courtines avec des pierres provenant des carrières de Xeuville- sur-Margival et de Courval. La porterie et les bâti- ments adossés au mur du nord furent sans doute également Tœuvre des architectes d'Enguer- rand VII secondés par Jean de Cambrai et Robinet Carême, maîtres-maçons de Coucy. En tout cas, il faut rapporter à la campagne de 1386-138- la che- minée du boudoir de la salle des Preuses, réta- blissement d'un cachot, à l'ouest du grand cellier, pour « gésir Bonnifface et Guedon » \ la restaura- tion des arcades aveugles du premier étage, et le remplacement de la voûte de cette salle par un plancher dans la tour nord-ouest, la caijtation dans un réservoir de la source qui jaillit au pied de la chemise du donjon, la pose de conduits pour éva- cuer les eaux de la cuisine, les lambris du plafond de la galerie de la chambre aux Aigles et de l'ora- toire voisin des « chambres neuves », la réparation des charpentes et de toutes les toitures avec des tuiles de Pinon, et la décoration du parloir contigu à la salle des Preuses par trois peintres de Paris. La note gaie est fournie par des dépenses de vitre- rie causées par les ébats du singe d'Isabelle de Lorraine, femme d'Enguerrand YIIv Malgré l'opi-

' Ce cachot se trouvait sous le trésor.

- Uuit charpentiers, deux menuisiers, un couvreur, un verrier, un plombier et deux serruriers, cités dans les comptes, furent employés à ces travaux. Us étaient originaires de Goucy, de La Fère, de Laon et de Soissons.

PLAN ET APPAREIL 5l

nion de Viollct-le-Due, ces importants travaux ne doivent plus être attribués à Louis d'Orléans, qui se rendit acquéreur de la baronnie en i4oo.

Plan et appareil. Le château proprement dit forme un quadrilatère irrégulier, flanqué de quatre tours d'angle, et dominé parle château, qui s'élève au milieu de la face orientale. Le front nord mesure 92"', 45^ entre les tours; le coté ouest 35 mètres; la face du midi 5o"\(So ; et le front est 88 mètres. C'est grâce à une vue cavalière dessinée par Androuet du Cerceau, avant 1076, que nous pouvons nous faire une idée de l'aspect du château à cette époque. Viollet-le-Duc s'est borné à tirer un heureux parti de cette perspective ; mais il aurait prévenir ses lecteurs (jue son croquis représente le château non pas au xiiT' siè(de, comme on se l'imagine, mais au xvi" siècle. En elfet, vers 1200, je suis persuadé qu'il n'y avait aucun bâtiment au revers de la porte et du mur nord, mais seulement des arcades en tiers-point destinées à porter un large chemin de ronde. La cour, bordée par des logements à l'ouest et au sud la chapelle faisait une saillie prononcée sur la grande salle, occupait donc une superficie plus grande au xui"^ siècle qu'au xvi*^ siècle.

La pierre cah-aire, à gros grain parsemée de coquillages, (jui a servi à construire le château, provient des carrières de la ville et du plateau. Certaines assises atteignent i"\34 et même i^iQo; mais leur longueur moyenne est de o",8o. L'épais- seur des lits varie de o"',33 à o"',4o. Les dalles qui

D2 LE CHATEAU DE COUCV

recouvrent des couloirs mesurent souvent i mètres (le longueur et i mètre de largeur sur [\o centi- mètres d'épaisseur. J'ai relevé des linteaux épais de o'",6o, des claveaux de o"',5o, des murs de 3 à 5 mètres à la base des tours.

+

M %i

a V I

Marques de taciikko.ns du xiii'' pikcle

L'appareil est donc plus grand que dans les églises du xiii'^ siècle. Les marques de tâcherons si nombreuses dans le château et si rares dans la basse-cour, présentent une soixantaine de types différents qui correspondt'nl ;iii ]iom])re des tail- leurs de pierre pour les i)areiueiils. Un peut dis- tinguer du premier coup d'œil une assise du xiiT siècle dune pierre mise* v\\ jilacc à la fin àw

SOUTERRAINS 53

XIV'' siècle dans la salle des Preux ou dans la salle des Preuses ; car les signes les plus anciens sont gravés très profondément.

Souterrains. Il faudrait entreprendre des fouilles très coûteuses [)our tracer le plan des sou- terrains qui facilitaient les communications entre les diverses parties du château et qui devaient per- mettre de prendre l'ennemi à revers au dehors de l'enceinte. L'architecte avait pris la précaution, comme on le lit plus tard à Pierrefonds, de n'en creuser aucun derrière la porte d'entrée, pour que les mineurs rencontrent un terre-plein. Au revers du mur nord de la cour, un escalier à vis du xiv° siècle, établi après coup, descend dans un souterrain du xiii'' siècle voûté en berceau qui se rétrécit près d'une rainure de herse et qui conduit à la cave circulaire de la tour nord-est. Cette galerie qui se continuait jadis à l'ouest était recoupée au bas de l'escalier par un autre souterrain partant de la courtine, comme l'indique une bouche d'aérage.

Sous la salle des Preux, à l'est, un bel escalier droit, encadré par des archivoltes en plein cintre qui forment un ressaut au-dessus de (;ha([ue marche, comme à l'entrée des caves de Pontoise, de Senlis, de Noyon, d'Elincourt-Sainte-Marguerite (Oise), et du château de Pierrefonds, conduit dans une cave encore intacte. Ses deux galeries paral- lèles, voûtées en berceau brisé, communiquent par des arcades en plein cintre, et dans la seconde une porte donne accès dans la salle basse de la tour

54 LK CHATEAU 1)K COUCY

sud-est. Vers la droilc, les lits d'assises du pare- ment ne se raccordent pas, mais Jidenlité des marques de tâcherons permet de con(dure à une erreur d'appareil plutôt qu'à deux constructions d'âge diderent. A l'extrémité occidentale, un esca- lier du XIV'' siècle aboutit au rez-de-chaussée de la salle des Preuses. M. Colin, gardien du château, a trouvé d'autres amorces de souterrains qui s'en- foncent dans le sol aux deux extrémités de ces gale- ries, mais les caves des tours nord-ouest et sud- ouest n'étaient pas desservies par des couloirs inférieurs, car on n'y voit aiuune trace de porte. Est-il besoin d'ajouter que les prétendus souter- rains, qui auraient relié au cdiâteau les abbayes de Nogent et de Prémontré, n'ont jamais existé que dans l'imagination des romanciers?

Porte d'entrée. Un dessin d'Androuet du Cer- ceau donne une idée des défenses extérieures de la porte d'entrée. Pour franchir le fossé, large de vingt mètres, il fallait passer sous deux portes, en tra- versant un pont de bois à deux bascules qui repo- sait sur des massifs de maçonnerie et sur les piles de deux petits corps de garde isolés. En iSiiC), leurs débris furent enfouis sous le remblai actuel. Le parement extérieur de la porte est arraché, mais on voit encore de chaque coté les rainures des trois herses qui glissaient entre des arcs en tiers-point. Au xiii" siècle, la porte était flanquée au revers de deux grandes arcades en tiers-point; celle de «auche encadre une archère : celle de

PORTE D EINTREE

55

droite, à mur plein, fut convertie en logement à l'époque moderne. Je suis persuadé que le corps de garde, désigné par la lettre H sur le plan de VioUet-le-Duc, et dont il reste les substructions, fut une addition de la lin du xiv'' siècle, car il est

évident que les [)iédroits, les écoinçons et les cla- veaux des arcades n'étaient pas destinés à être englobés dans un bâtiment quelconque. A son point de rencontre avec la chemise du donjon, le mur ne présente aucune trace de collage, mais au niveau du sol on voit la feuillure d'une |)ort(^ relancée dans les assises primitives et l'ouverture d'une fosse d'aisances rectangulaire appli(juée après coup contre le parement du fossé.

A gauche de l'entrée, le sommier d'une branche d'oo-ives aux arêtes abattues vient s'incruster dans

Ot» LE CHATEAU DK COUCY

les claveaux de l'arcade aveugle, déjà signalée. Comme le profil de la nervure est identique à ceux des voûtes faites vers 1385, sous les salles des Preux et des Preuses, de Test à l'ouest, il faut en conclure que le corps de garde carré, divisé par quatre piles centrales en neuf travées et recouvert de croisées d'ogives, avait été ajouté à la môme époque. L'architecte du xiii" siècle avait calculé que la porte de la basse-cour suffirait à tenir en échec l'assaillant. D'ailleurs l'ennemi (|ui aurait voulu forcer l'entrée du château se serait lait écraser par les projectiles lancés du haut du don- jon et de la grosse tour nord-est. 11 était donc inutile d'adopter la même disposition qu'à la porte de Laon, mais une chambre de manœuvre des herses devait s'élever au milieu de la courtine, défendue par une Ijretèche.

IV TOURS D ANGLE

Tour nord-est. A coté Je la porte du château s'élève une g-rosse tour ronde O dont le diamètre extérieur est de dix-neuf mètres. La salle circulaire du sous-sol, voûtée par six ogives aux arêtes abat- tues qui retombent sur des consoles, est enclavée par deux archères à linteaux superposés. On y accé- dait par une porte en plein cintre au bout du sou- terrain déjà signalé, qui longe la courtine du nord. Aurez-de-chaussée, une porte à linteau précède une voûte en berceau brisé qui vient buter contre deux grandes dalles. Dans ce couloir venait déboucher l'escalier à vis, dépourvu de marches, qui condui- sait directement à la plate-forme supérieure '. La salle hexagone est recouverte par six nervures en amande (}ui se réunissent autour d'une clef à feuillage et ([ui s'appuient sur de courtes colon- nettes. Les crochets de leurs chapiteaux se re-

' Viollét-lf-Dvir a mal planté Ip^ latiines de <«>tte toiii'.

3o ^ LE CHATEAU DE COUCY

courbent sous des tailloirs à bec moulurés. Les forinerets à claveaux nus encadrent de larges niches en tiers-point. A roncst. une fenêtre de la mémo

forme, avec glacis en escalier, s'ouvre dans le mur, épais de4"\8o. Un couloir coudé, éclairé par une archère, con- duit à des latrines dont la fosse, très profonde, se com- pose d'un puits rond surmonté d'un puits carré.

Au premier étage, la voûte s'est écrou- lée ; mais on voit morce de l'une des six ogives à tore aminci. Cette salle, a six pans, commu- n i q u a i t par u n e porte avec la cour- tine du nord. Ses ofrandes niches en

Cn.i

' A Venlve del.

iti:au de la tolr nokd-est

tiers-point, ses cinq archères, sa cheminée et ses latrines sont encore intactes. Le dernier étage, hexagone, n'était pas voûté : ses niches au nombre de six, ne corres- pondaient pas aux précédentes pour donner plus

TOUR NOHD-EST Sg

(le solidité à la luaronnerie. La toiture reposait sur

Couhh.m; et tour nokd-i:st

un Miur ciiculaiie percé de ])aies à linteau, et les

6o LK CIIATKVU DE COLCY

lioiirds de bois ])i'enaient leur point d'appui sur de ^ros corbeaux de pierre, dont le prolil est formé (le (|uatre (piarts de rond, comme au sommet du donjon.

Musée lapidaire. Le déblaiement des ruines a permis de recueillir, dans la salle du rez-de- chaussée de cette tour, des sculptures très intéres- santes, comme un chapiteau du xii® siècle, à larges feuilles recourbées en volutes. (|ui devait orner une salle du château roman, et (jui couronnait une colonne isolée. Une large clef de voùle, du xiii"^ siè- cle, dont le trou central est entouré d'une guirlande de feuillages, provient de la chapelle gothique, comme le prouvent les amorces de ces quatre branches d'ogives, tandis que deux clefs à six ner- vures faisaient partie des voûtes dans les grosses tours. Deux grosses gargouilles, à tète d'animal et des débris des ({uatre pinacles terminés par un fleuron sortant d'un cercle de boules, qui se trou- vaient jadis au sommet du donjon, méritent d'attirer l'attention avec un personnage assis, les jambes croisées, qui décorait un sommier de la voûte d'ogives du rez-de-chaussée.

Trois lions mutilés du xiii'' siècle, dont l'un dévo- rait un enfant et l'autre un chien, portaient sur leur dos une table de pierre (|ui servait de siège à un autre lion assis. C'était l'ancien perron dessiné par Androuet du Cerceau, oii les vassaux des sires de Coucy juraient foi et hommage à l'entrée du châ- teau. « Devant ladite figure, dit-il, se paye certain

MUSÉE LAPIDAIRE 6l

(( tril)iit par les voisins (\u lieu, scavoir est (pTils « sontteniis envoyei' loiisles ans un rustique, ayant

A <Ii

Ml SKI, i..\i'iL).\ii;i:. Sci i.i'Ti i;i;s du xn*" sii-.cle le, trios (l'un Proiix cl d uiio Proust' provenant des clieminéep

« en sa jnain un fouet, pour sonner cFiceluy trois « (îoups : avec ce une liotle pleine de tartres et gas- « teaux (pTil ('aiilt (pTil dislrihuc aux seigneurs de

02 LE CHATKAU DK COUCY

« ». La redevance do quarante rissoles par l'abbé de Nogent donnait lien à une bizarre cérémonie.

Une petite gargouille, des cliapileaux à crocliets, des (carreaux vernissés, des boulets de pierre et de fonte complètent cette collection ainsi que les têtes d'un Preux et d'une Preuse qui ornaient au xiv" siècle les cheminées des salles du même

Ante leonis hvivs

STA.TVAM FlDEl-ITATIS IVR.A PB.j^STANTVR_

Covvssi Devant la fiovre de ce LION se paie lhommage

Aiuliouet du Cerceau ilel.

Ancien perron du château

nom ; des figurines et des chapitaux de la même époque; la tombe plate d'un bourgeois de Coucv, mort en iSgG. Enfin, il faut signaler une couleu- vrine en cuivre à six pans.

Tour nord-ouest. Les trois autres tours d'an'de oftrant des dis])ositions à peu près identiques avec quelques variantes, il serait bon de les visiter suc- cessivement. Celle ilu nord-ouest, dite du Roi,

TOUR NOHD-OUEST 63

renferme une cave ronde d'un diamètre inférieur à celui des autres salles '. Ses ogives, sans moulures, au nombre de six, viennent s'assembler autour d'un œil central, large de o'",8o, qui permettait le pas- sage d'un homme : la voûte a deux mètres d'épais- seur. On ne pouvait descendre dans cette cave qu'avec un treuil. La salle hexagone du rez-de-chaus- sée, dont les murs ont 2", 80 d'épaisseur, était voû- tée d'ogives, car on voit encore les amorces des lunettes. Une profonde arcade en tiers-point fait corps avec chaque pan coupé, comme dans les trois autres étages, mais toutes ces niches sont désaxées par rapport à celles qui les précèdent ou qui les surmontent. Les archères sont au nombre de cinq, à cause de la cheminée. Il est difficile d'expliquer pourquoi cette salle est dépourvue de latrines : on y entre de plain-pied avec le soubas- sement de la salle des Preuses.

L'escalier à vis s'interrompait à chaque étage pour obliger les hommes d'armes à se faire recon- naître, en traversant les salles. Le premier étage communiquait avec la courtine par une porte : on voit encore les corbeaux qui soutenaient les solives du plafond, car la voûte de cette salle, détruite par un incendie, fut supprimée en i386 quand on restaura les niches, comme le prouve le compte déjà cité. Un plancher séparait le second et le troi- sième étage, percés d'archères, et chauftes par

* La coiijie (le celto tour N, dessinée par VioUcl-le-Duc, est très inexacte. Cf. Uutionnairt- d'architecliue, t. I\, p. Sj. Son diamètre est de i7'",:')o.

64 LK CHATEAU DE COUCY

des cheminées Tous les nuiis étaient recouverts d'un enduit très mime p<'int en jaune avec faux joints rouges. Une arclière supérieure lïit trans- Ibrmée en fenêtre, à la lin du xvi^ siècle. Les cor- beaux sont semblables à ceux que j'ai déjà décrits.

Tour sud ouest \ La salle souterraine de cette t(Mii' ^l. vt)ùlée d'ogives et dépourvue de toute ouver- ture", est identique à celle de la tour précédente : elle renferme des latrines. La voûte du rez-de- chaussée est également intacte, avec ses six ner- vures en amande qui retombent sur des colon- nettes, engagées entre les cinq profondes niches et la cheminée de la salle hexagone. On y pénètre en passant sous un linteau surmonté d'un arc de décharge. Derrière cette j)orte, à droite, s'ouvre un couloir voûté en berceau brisé qui débouche sous la salle des Preuses. A gauche, un long couloir coudé conduit à des latrines, éclairées par une archère, suivant une disposition qui n'existe pas dans les autres tours. Vue autre dillerence. c'est que la salle du rez-de-chaussée et celle du ])remier étage ne sont pas reliées par un escalier à vis, parce qu'on pouvait passer de la salle des Preux et de la salle des Preuses dans la tour du sud-ouest.

Le second étage, voûté d'ogives, d'après les amorces des compartiments de remplissage, était éclairé par quatre archères. et cliauiTé par une grande cheminée. A coté, on voit dans l'épaisseur

* Sa hauteur est de 44"", 5o et son diamètre extérieur de i8 mètres.

TOUR NOHD-OLEST

65

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A Veutr (loUI'i; DE LA TOUK SLD-OUliST

66 LE CIIATEM DE COUCY

du mur le conduit de l'umée de la salle inférieure. A ran,i;le de la courtine occidentale et de cette tour, des latrines en encorbellement pouvaient servir au besoin de mâchicoulis. On montait au troisième étage, recouvert d'un plancher de lîois, par une cage d'escalier. La clef de ses niches cor-

Pliolo Lefévre-Pontalis. ILR SUD-OUEST

respond à Taxe des piédroits de celles du second étage, suivant une disposition qui se répète dans les quatre tours d'angle. Pour arriver sous la toiture conique, au niveau des hourds, il fallait gravir un escalier de bois.

Tour sud est.

En descendant dans Tune des

TOUR SUD-EST 67

caves situées sous la salle des Preux, on pénètre

l'iioto Lcffvre l'ouLalis.

loLK SI D-i;ST

dans la salle souterraine et circulaire de cette tour L [)ar une porte en tiers-point, suivie d'une

68 LE CHATKAU DE COI CY

herse et crune porte en plein cintre. Le couloir intermédiaire, recouvert de linteaux, (;omniunique avec un escalier à vis qui dessert tous les étages. Six branches d'ogives aux arêtes abattues rayon- nent autour de la clef de voûte, et viennent rejoin- dre des consoles : deux archères sont })ercées dans les murs épais de 5"\2o. Au-dessus se trouve une salle hexagone, sans archères et sans cheminée, qui était voûtée par six nervures à tore aminci, dont les retombées s'appuient sur des chapiteaux à crochets et des colonnes engagées. Une fenêtre s'ouvre au levant au fond de l'une des six niches en tiers-point, et les latrines sont établies sur une fosse carrée, profonde de i8 mètres, qui s'élève au-dessus d'un puits rond.

Au premier étage, on voit encore des amorces de la voûte d'ogives, les niches habituelles, cinq archères et une cheminée. La porte à linteau s'ou- vrait à l'extrémité orientale de la salle des Preux, en avant d'un passage coudé qui communiquait avec l'escalier à vis. En traversant la cage, on pouvait circuler, à l'intérieur d'un gros mur. dans un couloir recouvert de grandes dalles (|ui rejoi- gnait la chemise du donjon. Des latrines en encor- bellement s'élèvent dans l'angle rentrant de la courtine méridionale, comme dans les tours précé- dentes. Les étages supérieurs sont inaccessibles.

V CORPS DE LOGIS

Côté nord. On voit encore dans la cour les débris des treize arcades aveugles en tiers-point qui retombaient sur des contreforts intérieurs au revers de la courtine du nord, afin d'élargir le chemin de ronde. Ce système, qui devint plus tard si fréquent dans Tarchitecture militaire du midi de la France et dans les églises fortifiées de la même région, apparut dans flle-de-France autour du mur d'en- ceinte du château de Farcheville, près d'Etampes, construit par Hugues de Bouville, sénéchal de Philippe Auguste. L'architecte du château de Coucy eut soin de monter le parement supérieur du mur de fond après le décintrage des voussures, aliii tic remédier aux effets du tassement. Les marques de tâcherons, la disposition des supports, le champ plat de quehjues écoinçons, suffisent à prouver ([u'au(uin bâtiment ne venait s'adosser à la courtine du nord, au xiii" siècle.

Vers la fin du xiv^ siècle, comme l'indiquent

'JO LE CHATKM DE COUCY

quelques prolils el la liesse des inarcjnes de tàeheroiis, on éleva la porterie et un corps de logis contre la même courtine, à Tintérieur de la cour. On remplit de maçonnerie la plupart des arcades qui se trouvèrent englobées dans de petites pièces à solives apparentes. Trois escaliers ii vis desser- vaient Tunique étage ; le premier, en ])artant de la porte du château, descend dans un souterrain du xiii'' siècle, à travers la voûte ; le troisième s'élève à l'angle du bâtiment delà salle des Preuses. Ce qui est extraordinaire, cest qu'Androuet du Cerceau figure au milieu de la courtine du nord une petite tour ronde assez saillante, dont il est impossible de retrouver la trace . ^'iollel-le- Duc l'indique à tort sur son plan ; mais il suflit d'examiner le parement extérieur du mur ])our constater l'absence de tout collage ou dune brèche rebouchée : on n'a jamais relancé aucune pierre dans les assises primitives. Etait-ce une œuvre du xiv- siècle? Je n'en sais rien, mais j af- firme qu'au XIII- siècle il n"v avait pas de petite tour partant de fond entre les deux grosses tours du nord.

Côté ouest. Le grand corps de logis dont on voit les ruines entre les tours nord-ouest et sud-ouest fut presque entièrement reconstruit par Enguer- rand MI, un peu avant le voyage de Charles YI à Coucy, le l'i mars 138-, comme le j)rouve le compte publié par M. Broche ; mais le magasin P du rez-de-chaussée est une œuvre du xiii' siècle.

BATIMENTS U HABITATION

On y entrait de plain-pied, coinnie dans une halle, par cinq larges arcades en tiers-point, ([iii s'ou-

vraient sur la cour et qui retoini^aient sur des piles rectangulaires. Aucune trace de fermeture ou de mur de clôture contre les sujiporls. i\u revers du

72 LE CH.VTKAU DE COUCY

mur extérieur, cinq profondes arcades en tiers- point, construites avant le parement supérieur du fond, étaient destinées à rédiiii-e la j)ortée des solives du plancher de la salle desPreuscs, comme dans le cellier méridional. Les marques de tâche- rons permettent de distinguer toutes les assises et les claveaux du xiii" siècle.

A'ers i385, le plafond de bois primitif fut rem- placé par cinq croisées d'ogives aux angles abattus, dont on voit les amorces sur les anciennes piles. Les doubleaux, en cintre surbaissé, présentaient le même profil. Les nervures de la première voûte au nord, tangente à une arcade aveugle du xiii*^ siè- cle, viennent d'être rétablies par les soins de M. Bœswilhvald. La voûte suivante butait contre un gros mur de refend, monté au xiv'" siècle pour soutenir un escalier à vis qui reliait la salle des Preuses au second étage. La seconde arcade, en partant du nord, se trouve donc en partie bouchée comme la première, adossée aux bâtiments du nord et à une voûte d'ogives du xn"" siècle. Pour se rendre à la salle des Preuses et à celle des Preux, on montait un large escalier tournant, dont la cage et la porte à colonnettes prismatiques sont encore intactes dans l'angle sud-ouest de la cour.

Salle des Preuses. Le compte de i38G-i38j mentionne la construction de la cheminée du boudoir attenant à cette salle, qui venait d'être achevée. L'architecte d'Enguerrand VII lit rem- placer le parement du mur occidental, à Tinté-

SALLE DKS PHEUSES -J^

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IAcIr'ioiis. a (li-oilc, il piocha iiord-oiicsl pour l'aire un au;

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LE CHÂTEAU DE COLCY

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V n

74

gros arc de clrcliargc en iiloiii cinlfc. au-dessus du second élage. A gauche, derrière un décro- chement, un large couloir du xiii'^ siècle voûté en

berceau brisé, liiil communiquer la tour sud-ouest avec la salle des Preuses. An xi\' siécl(>. trois grandes fenêtres , amorties par un arc surbaissé, lurent percées après coup dans le mur occi- dental, La baie cen- ti-al.' ^'(.uvrait ;iu luiul d un IjoLuloir qui renlerme une petite cheminée. Sa voûte se compose de deux petites

Marquas de taci.hkons du xi%- si,;,:le croiséeS d"ogiveS ,

dont la Ijaguette a lilet saillant retombe sur de;? anges.

Cette salle était en outre chauflee par une grande (dieminée à deux âtres, dessinée par Androuet du Cerceau et décorée des statues des neuf Preuses, suivant la description poétique d'Antoine d'Asti, secrétaire du duc Charles d'Orléans, versi44c. Au- dessus du plafond de bois, une autre salle, aussi vaste mais ])lus basse, était de même éclairée par trois baies; celle du milieu conserve encore deux

TACiiiiKo.Ns UL xn

(iUANU CKLLIKK J.'J

voûtes d'ogives de faible dimension. Près de la toui- nord-ouest, une cage d'escalier, coupée en deux, correspond au mur de refend passait le conduit de la grande cheminée. Au revers, deux petites pièces superposées étaient éclairées par deux fenê- tres ouvertes au xiv'' siècle.

Côté sud. Le vaste bâtiment qui renfermait la salle des Preux s'élève au-dessus des deux caves parallèles, voûtées en berceau brisé, que j'ai déjà décrites. Le grand cellier II du rez-de-chaussée fut remanié vers i385, comme le magasin qui se trouve sous la salle des Preuses. Au xiii° siècle, des pou- tres de fort équarrissage portaient le plancher du premier étage. Elles devaient être soulagées par des piliers de pierre, à cause de leur grande portée, suivant un système appliqué au château de Chillon et dans l'abbaye du Moncel (Oise). Neuf arcades en tiei's-point, assez profondes, soutenues par des piédroits, et marquées de signes de lâche- rons, faisaient cor[)s avec le mur méridional pour donner aux solives un point d'appui.

L'architecte d'Enguerrand VII modifia cette dis- position pour voûter le cellier. Il dressa dans Taxe longitudinal une lile de colonnes les ogives aux arêtes abattues et les doubleaux de même prolil qui décrix aient une courbe en segment de cercle venaient retomber en |)énélralion. Le sommier de l'un des fûts, d'où partaient huit arcs, et des amorces de nervures sont encore visibles contre une pile occidentale et à l'entrée de la cave de la

yb LE CHATEAU DE COUCY

tour sud-est. Chaque galerie fut donc recouverte de neuf voûtes soigneusement appareillées rentre les deux dernières voûtes, à Touest, deux larges doubleaux s'appuyaient sur un massif de maçon- nerie flanquée de colonnes engagées, et d'un mur de refend qui venait ])utcr contre une ancienne niche en tiers-point,

l^us loin, un arc surbaissé du xiii" siècle, formé de deux rangs d'énormes claveaux, supportait le mur de fond et la cheminée de la salle des Preux. Par mesure de prudence, on le lit murer au xiv" siècle; au revers, une petite voûte en berceau, et une voûte d'ogives à trois nervures furent mon- tées à la même époque ; mais primitivement une poutre franchissait l'espace triangulaire entre la tour sud-ouest et l'arc transversal au droit d'un cor- beau, encore intact, qui soutenait une contre-tlche.

Salle des Preux. (^elte magnilique salle fut rebâtie, en même tein[)s (|ue la salle des Preuses, dans le dernier quart du xiv'' siècle. L'architecte fit arracher l'ancien parement intérieur du mur méri- dional, pour y substituer de nouvelles assises. Il perça du même coté deux larges fenêtres à plate- bande appareillée, qui étaient recoupées par un meneau central et deux arcs trèfles. Au dehors, un boudin coudé encadrait chacune des baies. Les deux cheminées, très larges, conservent leur foyer encadré par un arc surbaissé sous nu arc de cIl- charge en tiers-point. Les quatre niches sont flan- quées de deux coloiinettes, et leurs dais à sept

SALLE DES PREUX 'J'J

pans garnis de jielils arcs triIol)és porlent déjà l'empreinte du style flamboyant.

Un bandeau (\v leuilles irisées marque le niveau de la charpeuh! en carène renversée de la salle des Preux. Trois lucarnes à meneau central, dont

j8 LK CHATKAT I»K COICY

on voit encore les glacis, correspondaient à une voussure de bois en pénétration dans le berceau. A l'extérieur, une ligne de corbeaux moulurés accuse le sommet de la courtine surélevée, comme entre les autres (ours.

On montait à la tribune occidentale, destinée aux musiciens, par un petit escalier à vis accolé à la tour sud-ouest et coiffé d'une voûte d'ogives à six branches qui retombent sur des petits anges. A l'autre extrémité, c'est-à-dire à l'orienl, un*' immense verrière s'ouvrait dans le pignon pour éclairer la salle. Au iiivcjiu de son appui on a\n\l élevé une tribune en bois décorée de pampres et de fruits, comme les deux autres, cjui étaient réser- vées aux dames.

La belle cheminée occidentale de cette salle se divisait en deux foyers séparés par un pilier. Les statues des Preux étaient au nombre de dix, car Charles d'Orléans y avait ajouté Bertrand du Gues- clin. Ce détail se trouve dans le poème de son secrétaire, Antoine d'Asti.

Chapelle. Orientée vers le nord-est et adossée au bâtiment de la salle des Preux, cette chapelle du xiii'' siècle, à chevet plat, a presque entièrement disparu; mais on peut encore relever le plan de ses soubassements. Le rez-de-chaussée S divisé par de fortes piles et recouvert de quatre voûtes d'ogives sur chaque galerie, servait de passage, comme sous la chapelle du château de Senlis, pour entrer soit dans le grand cellier, situé sous

CHAPELLE GOTHIOUE

la salle des Preux, par une porte en tiers-point de six mètres d'épaisseur, soit dans la cuisine, qui s'élevait à l'orient. Entre les contreforts à bandeau

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Clef de voûte de la chapelle

inférieur mouluré, des arcs de décharge enca- draient des murs percés de portes.

Au premier étage, deux grandes voûtes d'ogives retombaient sur des faisceaux de cinq colonnettes (loiil il reste des assises au pied de la courtine du Tiord. L'inie des clefs à trou central, ornée d'une guirlande de feuillages, est déposée au musée de la tour nord-est : les amorces de ses grosses ner- vures en amande accusent une époque peu avancée du xiii" siècle. J'ai retrouvé aussi quelques débris des jueneaux, épais de o"",-;"), (|iii divisaient les

80 LK CHATIvVr 1)K COLCV

fenêtres; le fut de leurs coloiiiicllcs cl leur ["(uiil- lure sont Ijien visibles, l'iusicurs morceaux de (|ualr('l'(Miill('s ou do rosaces a ciiKi lolx-s, |)ro\e- luuil du rem|)lai^e, sont ôpars sur le sol.

Loin de ressembler a la Saiiite-Cdiapelle de Paris, comme un dessin de \'iollel-Ie-Duc pourrait le l'aire supposer, la chapelle du château de Coucy était plutôt une œuvre du même style que le chevet de la cathédrale de Soissons. La riche décoi-ation de celle chapcllo avait rra|)p(' Antoine d'Asli, secrétaire du duc Charles d'Urléans, car il décrit dans ses Lcllrcs Itéroiqiics, vers i44*^'i les ligures peintes sur les voûtes qui étaient rcdiaussées de dorures, les statues, les vitraux, (|ui représen- taient des scènes de l'Ancien et du Nouveau Tes- tament. Il ailirme que ])endant la guerre de (]ent Ans, le j)rince Jean aurait acheté les anciennes verrières au prix de douze mille écus dor.

Cuisine. Une petite cour séparait le côté sud de la chapelle, de la cuisine T recoupée en deux pièces, dont les murs sont démolis presque à ras de terre. Les eaux de vaisselle, vidées sur un évier, se déversaient |)ar un caniveau dans un grand pui- sard, dissimulé dans Tépaisscur de la (diemise du donjon, et surmonté d'un réduit ^•oùlé en berceau brisé.

VI

DONJON

Chemise. Les défenses extérieures du don- jon \', (jiii commandait à la fois la basse-cour et la cour du (duiteau, se composaient d'un fossé large de 6™, 36 et d'une chemise annulaire qui s'inter- rompait en face de l'entrée de la tour. Cette che- mise, aujourd'hui découronnée et éventrée par la mine en iGaa, mesurait 20 mètres de hauteur, en partant du fond du fossé. Elle se reliait, au nord, à la courtine de la porte du château, et au midi à la tour sud-est par un gros mur dont le couloir inté- rieur communiquait avec celui de la chemise sur- montée d'un chemin de ronde crénelé. On y mon- tait rapidement, au xiii'' siècle, par une rampe courbe partant du sol de la cour en face de la porte du donjon : au-dessous, des arcs de décharge for- maient des niches. L'escalier à vis, adossé au pui- sard des cuisines, fut apj)liqué contre la chemise au xiv" siècle.

Plus loin, un escalier droit du xiiT' siècle, recou-

G

02 I,K CHATEAU DE COLCY

vert d'énormes dalles, descend dans un passage, ménagé à travers la chemise, au niveau des fonda- tions. On pouvait donc passer du fossé intérieur au fossé extérieur, mais comme l'ennemi aurait pu prendre le même chemin, une herse manœuvrée dans une petite chambre permettait de barrer ce couloir vers le sud. Cette poterne correspondait par un pont volant avec celle (|ue jai déjà signalée au pied de la tour sud-est.

Vers i386, on eut l'idée d'établir au pied de la chemise, dans le fossé extérieur, une galerie de contre-mine, voûtée en quart de cercle, et recou- verte d'un talus. Cette date se déduit d'une dépense inscrite dans le registre de comptes de la chàtelle- nie pour la captation de la source qui s'y trouve, et qui devait nécessairement être protégée en cas de siège. Viollet-le-Duc et d'autres arc-héologues ont eu tort de croire que la galerie pouvait remonter au xiii'' siècle. A l'entrée, ses doubleaux avec arêtes abattues et ses voussoirs en pierre jaune sont d'un tout autre grain que la roche à <;oquillages primitive. C'est donc un simple collage contre le vieux mur.

Procédé de construction. Le donjon, du xiii" siècle, est bâti sur un plan circulaire, comme ceux de Rouen, de Lillebone, ou comme les tours d'angle des châteaux de Gisors et de Falaise, œuvres des ingénieurs militaires de Philippe Auguste, qui ont pu servir de prototype à l'archi- tecte. Sa hauteur, prise du l'ontl du fossé, atteint 54 mètres; son diamètre mesure exactement 3i'",'j5;.

CONSTni'CTION DU DONJON 8.'i

et répaisseur du mur, au rez-de- chaussée, est de

UONJON KT TOUK .NOKU-EST

y"\iO, : c'est doiu; la plus grosse tour du inonde

84 LK CHATEAU DE COUCY

Viollet-le-Duc a deviné le premier à Faide de quel ingénieux ])rocédé sa construction i'ut menée à bonne fin. Des trous de l^oulin disposés en spi- rale, de la base au sommet, correspondaient à deux poutrelles reliées par des contrefiches qui soutenaient un chemin en encor])ellement, dont la pente était assez douce à cause du diamètre énorme du donjon. La largeur de cette rampe en hélice pouvait atteindre cinq mètres, ce qui permettait aux ouvriers de monter les pierres à Taide de petits charriots. Un rayon de bois, tournant horizontale- ment autour d'un axe, suffisait à régler la courbe du parement. Suivant un principe appliqué dès le xii*" siècle, le mur du donjon était cerclé par des longrines de bois noyées dans la maçonnerie, à trois hauteurs différentes : une enrayure, dont les trous sont visibles, venait s'assembler dans ce chaînage au niveau du second étage.

Salle basse. On entrait au rez-de-chaussée par un pont à l)asculc qui franchissait le fossé de la chemise et qui s'abattait sur deux corbeaux, encore intacts. La porte en tiers-point est flanquée de deux colonnettes : on a remplacé ses cliaj)itt';iux. le linteau et la plus grande partie du tympan, qui représente la lutte d'un chevalier contre un lion. La croupe, la queue et une patte de l'animal sont seules anciennes. Dès le xii- siècle, on a reproduit la même scène sur un grand nombre de chapi- teaux romans, comme à Laflaux et k Saconin, près de Soissons. Dom Toussaint Duj)lessis v voit bien à

PORTE DU DON.JOiS'

tort un souvenir de la lutte d'Eno-uerrand III (^ontre les Albigeois, mais ce n'est qu'un symbole de la bravoure chevaleresque'. Au xvi" siècle, Androuet du Cerceau et L'Alouète ont voulu explifjuer ce

Ty-Mpa.n de la l'Oiiïi; du donjon

l^as-reliel'par unelégende (|ui se rattache à Enguer- rand l"' et à la fondation de l'abbaye de Prémontré en 1 1 19, gi'àce à un jeu de mots ridicule répété par tous les auteurs moilernes.

' Notre savant confrère, M. Mâle, est d'avis que ce combat n'a aucun rapport avec la lutte de Samson et du lion ou avec liconojïraphie

religiiMise. Le sujot a pu en rtrc fourni aux sculpteurs romans par des motifs orientaux.

86 I.K CIIVTKAU ItK COUCY

Huit liguriii(\s s(> drlacheiil sur la voussure, mais comme les alliihuls des trois statuettes pri-

liolu Leli-vr,

Salle basse du donjon Statuette sous la retombée des voûtes.

mitives sont cassés, il est difficile de les identifier avec telle ou telle vertu. L'archivolte, garnie de crochets, retombe sur deux consoles ornées d'une chimère et de deux aigles becquetant des masques. Le couloir de la porte était défendu par un as- sommoir rectangulaire et ])ar une herse que l'on manœuvrait dans une petite chambre qui commu-

Coupe du don.ion

88 LK CHATEAU DE CUlCY

nique avec rescalier. Dans le passage voûté en berceau déljouchent des latrines recouvertes de dalles et éclairées par une archère. On pénètre dans la salle du rez-de-chaussée en passant sous un linteau qui repose sur deux corbeaux : à droite un lion mutilé est flanqué d'un mas(|ue; à gauche, une chouette se dresse à côté de deux oiseaux affrontés. Le donjon ne renferme pas de rotonde souter- raine, comme les autres tours; son soubassement, qui forme talus, est plein afin d'oijposer ])lus de résistance à la sape. Ses trois salles, dont la largeur est de i6"',33 et la hauteur moyenne de i) mètres étaient recouvertes de douze branches d'ogives qui rayonnaient autour d'une clef centrale ; mais l'in- génieur Métézeau et son fils firent sauter les trois voûtes, en 1602, à l'aide d'une mine dont on a retrouvé les tra(;es à deux mètres de profondeur et qui lit trois lézardes dans les murs de la tour. Au rez-de-chaussée, dont le j)lan est un dodéca- gone, les amorces du boudin en amande et des deux tores des nervures prennent naissance sur des sommiers ornés d'un personnage mutilé, assis les jambes croisées, qui correspond à une courte colonnette surmontée d'un chapiteau à crochets et d'un tailloir à bec. De chaque coté de la figurine, un culot garni de feuillages servait de point dappui à une colonnette des douze arcatures supé- rieures, qui jouaient le rôle de formerets.

Les niches en tiers-point du premier rang, dé- pourvues de moulures, s'ouvrent entre de robustes piédroits. Larges de 3"\io et profondes de l'^jo,

SALLE RASSE DU DONJON 89

ellos servaient pour loi^er des provisions : leur mur de fbndestplein. Au sud, une large cheminée restaii-

Sai.lI': isAssr. nu donjon Smnmiei' d'une o^'ive.

rrc cliauHail la salle ; à Touosî, une nielie abrite le puits (|ui l'ut ci'eusé avant les fondations du don- jon. Son diamètre est de ?.'",i4 et le rouet se trouve

90 LK CMATKAII HE COUCY

à ()4'",5o do profondeur, comme on l'a constaté en 1819, en vidant les déblais qui le remplissaient enlièrem(Mil '. Ce, travail a l'ait découvrir des l)ou- lets de pierre et de Ter, deux létes de statues dorées, et le petit canon en cuivre du musée. A dix mètres au-dessous du sol, ou voit Torillce d'uu souterrain qui devait couimuniquer avec les caves de la salle des Preux.

La salle basse était décorée d'un second rang de niches plus hautes, souligné ])ar un bandeau de crochets. Leur archivolte en tiers-point, dont le tore est bien dégagé, retombait sur deux colon- nettes et sur des chaj)iteaux à crochets. Trois fenêtres de la même forme, surmontées d'énormes linteaux de fond, s'ouvrent dans les murs : elles sont carrées à l'extérieur : leurs glacis en escalier, l'on accédait par une échelle, ])ermettaient de les utiliser pour la défense. La niche qui corres- pond à la cheminée est recou[)ée par deux arca- tures secondaires, pour masquer le ])assage du conduit. Sous (juelques voussures, on voit des rinceaux rouges et des faux-joints, de la même couleur, c|ui se détachaient sur un fond ocre, car les salles du donjon étaient peintes très sobre- ment.

Etages supérieurs. On moule aux deux étages et à la plate-forme suj)érieure j)ar un bel escalier à vis, dont la cage a ;>"',o5 de diamètre. Les mar-

' .\uj(niril Ijui 11- pnils iic iiiosmo plus i|ik' îo iui-U'cs (Jo [inifoiulfur.

PnKMlEIl ETAGE DU DON.ION ()I

{•lies, au iiomln-e de 2i5, mesurent o"',2o de hau-

liiilu Lclovre-PonUlis.

I.MKIÎII.IU m DON.ION

leur, el soiil posées sur des clianfVeins qui se déla- client eu saillie sui- le pareuieul et sur le noyau

92 LE CII.VTK.Vl" DK COLCY

Les onze fenêtres percées dans la cage jouaient le même rôle que des archères. L'architecte avait pris la sage précaution de piauler ICscalicr du côté (le la cour pour éviter le danger dune brèche l'aile par les machines de guerre au [)oinl oii le mur présentait un jioiiit i'ailjle.

La salle dw i)renuer étage était également voûtée par douze ogives à trois tores qui viennent re- joindre les chapiteaux à crochets de colonnettes en délit. La clef centrale était percée d\in large trou pour le passage des projectiles dans un panier monté par un treuil. On remar(|uera l'absence de formerels sous les lunettes. Chacun des douze pans coupés conserve une niche en tiers-point, beau- coup plus haute (|ue celles du rez-de-chaussée; ses claveaux sont nus comme les pilastres qui les soutiennent. Trois fenêtres s'ouvrent autour de la salle; près du passage de la cdieminée une petite porte devait a])outii' a un pont \()hint jeté sui' le fossé, au niveau du chemin de ronde de la che- mise. A l'est, des latrines correspondaient à celles durez-de-chaussée : au nonl. il faut signaler, sous Tune des arcades, un foui- a [)ain voûté en berceau brisé qui s'ouvre sous un arc surbaissé, repris en moellons neufs. A coté, on voit la porte qui donne dans la cage de l'escalier.

Si la voûte d'ogives du second étage diffère de celle du premier j)ar le prolil de ses douze ner- vures aux arêtes abattues, le plan dodécagone de la salle supérieure offre également une variante. En effet, un couloir circulaire, à ^"",55 au-dessus

SECOND ÉTAGE DU DONJON 98

du dallage, permettait d'en faire le tour. La pre- mière idée de ce chemin de ronde intérieur se trouve appliquée dans les donjons de Ghambois (Orne) et de Châteaudun ; mais à Coucy, le couloir

Plan du skcond étage du do.njon

traverse de graudes arcades eu ticrs-poinl (|ui s'ouvrent sur la salle liaute. Cette triijune a 3'", 45 de profondeur : on avail augmenté sa largeur au moyen d'un plaiiclicr de bois (jui s'avançait jns- (ju'au dosseret des colouncttes, car la trace des trous des barres du parapet est encore visi])le. Il était donc facile de loger des aj)provisionnemcnts

94 LK CHATKAU I»E COUCY

dans les niches comme aux étages intérieurs. Le mode de voùtement de cette tribune mérite d'attirer raltention. Au milieu de clia([ue voussure, un arc en tiers-point nu. (jui pé- nètre dans les piles rectangulaires marque le changement de di- rection de la voùle. Il en résulte (|ue Tare hrisé ((ui traverse le passage au droit de chaque support s'évase (lu côté extérieur de la lour et repose de l'autre coté sur un pilastre à trois pans coupés ilont le som- mier forme console aux deux angles ^

Cette disposition, destinée à donner le maximum de résis- tance à un mur circu- laire qui renferme une oalerie, est uni(|ue en airée par deux fenêtres

en tiers-point divisées par un meneau : comme elles de la tribuiu>, l'architecte

Fleuron d l.n I'Inaclk du donjon

sono-enre. La salle était éc

se trouvaient au niveau

' VioUei-Leduc. Dictionnaire aanhilecture

IV. p. iCy

TROISIÈME ETAGE DU DONJON 9;)

avait établi deux bancs de pierre dans chaque baie. Au xiii" siècle, la plate-forme supérieure, recou-

Di.HMKU i;iv(;u DU don.ion

verte de dalles de pierre, n'était pas surmontée

()G LK CIIATKM ])K COUCV

crime toiture coni(|iie comme les gi-oss(>s loms. I^es deux rangs de larges feuilles à ci-ochels de la cor- ni(;lie intérieure et de la corniche extérieure, bordés d'un tore, étaient couronnés d'un gla(us à double jxMilc ou (juatre j)inacl es venaient s'engager, connue rin(li(|ue un dessin d'Aiulrouet du (berceau. On en a retrouvé les débris clans le fossé avec deux grosses gargouilles c|ui servaient à l'écoidenu'nt des eaux. L'escalier à vis se continue juscju'au sommet du mur, large de c[uatre mètres, mais ou a nuire la cage pour éviter les accidents.

Le mur circulaire est percé de vingt-cjuatre baies en tiers-point à claveaux nus : une arcliere s'ouvre dans chacjue trumeau, de façon à pouvoir abriter les défenseurs dans le cas oii les hourds auraient fait défaut. Frappé de la diiUculté c|ue devait présenter la pose rapide de ces galeries de bois en encorbel- lement, cjui jouaient un rôle capital dans la défense du donjon, l'architecte avait disposé cjuarante- huit corbeaux de pierre, profdés en c|uatre quarts d(^ rond, pour supj)orter les hourds à deux étages. Des pièces de bois formant un angle obtus s'appli- (juaient sur les deux glacis j)our former le toit à double pente des hourds intérieurs et extérieurs, sinon les défenseurs n'auraient pas été à l'abri des intempéries. Elles venaient s'assembler dans des poteaux inclinés, reliés par des moises et un plan- cher intermédiaire. Un charmant dessin de Viollet- le-Duc aide à saisir comment cette opération s'exécutait.

La vue très étendue dont on jouit au sommet du

PL.VTE-l'ORME DU DONJON

97

donjon fait bien comprendre l'assiette du château. Au nord, l'église de Goucy-la- Ville avec son clocher central roman et la flèche de son clocher-porche du xvi° siècle, attire les regards. A l'est, la route de Laon traverse le plateau en laissant à gauche la tour de jNIoyenbrie. La vallée de la Lette, viennent aboutir les routes de Soissons et de JNoyon, forme un fossé naturel du côté sud. A l'ouest, le château, vu de la route de Chauny, se présente sous son aspect le plus romantique, au soleil couchant, avec Ténorme niasse circidaire du donjon, (jui domine les courtines et les quatre tours d'angle, encadrées par les arbres. C'est de ([ue l'œuvre audacieuse et forte d'Enguerrand III, remaniée par Enguerrand VII, évoque tout un passé de grandeur et de décadence.

GaKGOL'ILLIC du I)0NJ(

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iJdN.ION I T lor

TABLE DES GRAVURES

Plan .!.• la ville Au lilro

Plan du il.àloau Au titre

Le château eu i J76 vu de louest 9

Le château \u tiu &ud-c»uest n

Porte de Laou 33

Coupe de la porto de Laon 35

* Nous lonicrcions vivement M. Kj^gimanu de nous avoir autorisé à reproduire aux pages i'i et 87 des figures extraites du Dictionnaire d'archileciure de Viollet-le-Duc et M. Emile Lévy de nous avoir permis d'exécuter nos reproductions des pages 9, 55 et 62 d'après sa belle réimpression de Les plus c.rccllcnls basiiwenls de France de Jacques Andniui't du (k^rccau.

I02 TAIÎLE DES (iHWUIîKS

Poitc (lo la basse-cour \i

Tours lie la basse-cour \'y

Marques de tâcherons du xm'' siècle 5-2

Le château en i5jG vu de l'est 55

Clia|)il(>au de la tour nord-est 58

(luurline et tour nord-est 59

Sculptures du xiv'^ siècle Gi

Ancien perron du château .... 62

Coupe de la tour sud-ouest 65

Intérieur de la tour sud-ouest GG

Tour sud-est 67

A'ue prise sous la salle des Preuses 71

Ruines de la salle des Preuses 7'3

Marques de tâcherons du xiv*^ siècle . 74

Piuines delà salle des Preux 77

Clef de voûte de la chapelle 79

Donjon et tour nord-est 83

Tytnpan de la porte du donjon 85

Statuette sous la retombée des voûtes 8G

Coupe du donjon 87

Sommier d'une ogive 89

Intéi-ieur du donjon 91

Plan du second étage gj

Fleuron d'un pinacle . . .... 94

Dernier étage du donjon 95

Gargouille du donjon 97

Donjon et tour nord-est loi

Porte de Laon 104

TABLE DES MATIERES

Avant-propos 7

Introduction historique : Les Sires de Coucy .... 9

I. Enceinte de Coucy 33

Porlo do Liion 34

K^liso 38

II. Basse cour du château 40

Porte d'entrée 4'-*

Tours de la basse-cour ... 43

Cliapclle romane 47

III. Description du château 48

Date de la coiislructioii 48

Plan et appareil ôr

Souterrains ^3

Porte d'entrée 54

IV. Tours d'angle 37

Tour iiurd-esl 'i;

Musée lapidaire 60

Tour nord-ouest t>>

Tour sud-ouest 6 i

Tour sud-est <j(3

V. Corps de logis <J9

Côté nord (h)

Côté ouest 70

Salle des Preuscs 72

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TABLE Ui:S MATIKRE!-

Côté sud . . Salle dos Prc-Ln Cil a pelle . . Cuisine . . .

VI. Donjon

Chemise

Procédé de conslriu-liou .

Salle basse

Etages siip<''|-ieiirs . . .

Bibliographie sommaire . Table des gravures. . . .

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Porte de Lao.n

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