οἵ te Chenlngiryy 8 4 τ

ΡΕΙΝΟΕΤΟΝ, Ν. 1. y

PER BR 140 .R42 v.12

Revue de l'Orient chr etien

a ων χὰ ἊΝ ΨΩ

γι

ἐν γι τ; μον ΗΝ ΟΣ Er γι 1 é TA DE an à ἬΝ! + δ ,

ἀν ΜΡ ee

SÉRIE, Tome Il (XII) 1907. 1

: Éie fPestament (éthiopien) de Notre Seigneur Sets auveur Jésus-Christ » en Galilée. . . . M ddaï Scher. Analyse de l'histoire de ‘Rabban bar- Βαϊ (πη) ΣῈ Analyse de deux opusculés: ἘΠ ΕΞ attribués au prophète Ésdras et d’un calendrierlunaire de l'Ancien Tes- ξ tament attribué à Esdras, aux Egyptiens et même à Aristote. .- Tournebize. Etude sur c_"version de l'Arménie au christianisme ain: que sur la doctrine et les uses de lé- π΄ glise arménienne primitive . .-. 1 F. Nau. Histoires des solitaires E syptiens (ms. Coislin 1%, to 158 sqq.). ETAPE, ITS Vailhé. Le églises Saint- Etienne à Jérusalem. τ Mélanges : - [. Τὸ Leroy. Note sur deux ouvrages de Sévère Ibn al- Moqaffa (Histoires des conciles). ; τῆς IH. 5. Vailhé. La mosaïque de la transfiguration , au Sinaï, est-elle de Justinien?. . . ΠῚ. F. Nau. Une ancienne traduction latine du Bélinous . arabe (Apollonius de Tyane) faite par Hugo Sanctelliensis et conservée dans un ms. du xue siècle... .. “VUL Bibliographie. ERWIN PREUSCHEN, Urchristentum im Orient von τ Ε΄. Crawford Burkitt (F. Mau). I. ἜΡΗΒΕΜ Il RAHMANI, $. Eplhraemi hymni de Virginitate (1΄. Nau). E. MANGENOT, L'authenticité mosaïque du Ro os (F: Nau).. EN Livres nouveaux .: ᾿... .. RE NS NOT re De

= CR,

Ah de à à pis

+ ἊΣ ξ Ἔτι Æ BUREAUX LIBRAIRIE

me DU REGARD, 20 ἈΠΕ BONAPARTE, 82

-Y'LEIPZIG = LONDRES

Recueil trimestriel, Prix de l'abonnement : 12 fr. Étranger : 14 fr.

DES ŒUVRES D'ORIENT A. PICARD ET FILS

ἀπὲ HARRASSOWITZ | WILLIAM ET NORGATE

Pages.

107 111:

ns LA LIBRAIRIE PICARD -

| RUE | BONAPARTE, , &, PARIS.

Feu sera ner ἢν compte + Due ouvrage relatif à SA un exemplaire à la précédente adresse.

RU:

l'Orient à dont on «

COMITÉ DIRECTEUR :

Mer CHARMETANT (%), protonotaire apostolique, Directeur des OEuvres d’O- rient, président. M. l'abbé BousQuET, vice-recteur et professeur de grec l'Institut catholique de Paris. Met GRAFFIN (%), prélat de Sa Sain- teté, professeur d’hébreu et de syriaque à l’Institut catholique de Paris. -M. l'abbé LEROY, professeur d’arabe et d’égyptologie à l’Institut catho- lique d'Angers. M. l'abbé MANGENOT, professeur d'Écriture sainte à l'Ins-. titut catholique de Paris. M. l'abbé Nav, professeur de mathématiques à l’Institut catholique de Paris.

Le Comité est assuré du concours de spécialistes compétents : pour Ar = -

ménien, M. ΒΑΒΜΑΌΠΑΝ, directeur de la revue « Banasër », et le ἢ. P. PEETERS, Bollandiste ; pour V'Assyrien, etc., le P. SCHEIL, professeur à l'École des Hautes Études : pour le Copte, le R. P. MALLON, professeur à l'Université de Beyrouth ; pour l'Éthiopien, M. 1. Guini, professeur à l’'Uni- versité de Rome, M. l'abbé Ε. MARTIN, professeur à l’Institut catholique de 4 Paris, et M. E. PEREIRA; pour le Mongol et le Persan, M. BLocer, attaché TT _àla Bibliothèque Vtt τ Ξ

| En dépit du contrôle qui sera exercé par ces divers savants, chaque $ auteur conserve l'entière responsabilité de ses articles.

REVUE

DFE

L'ORIENT CHRÉTIEN

———

DEUXIEME SÉRIE

Tome II (XII)

42° volume. 1907

De REVUE (

DE

L'ORIENT CHRÉTIEN

RECUEIL TRIMESTRIEL

DEUXIÈME SERIE Tome II (XII)

; PARIS BUREAUX LIBRAIRIE DES ŒUVRES D'ORIENT A. PICARD ET FILS RUE DU REGARD, 20 RUE BONAPARTE, 82

AU SECRÉTARIAT k ; LEIPZIG DE L'INSTITUT CATHOLIQUE

RUE DE VAUGIRARD, 74 OTTO HARRASSOWITZ Recueil trimestriel. Prix de l’abonnement : 42 fr. Étranger : 44 fr.

UN TESTAMENT DE NOTRE-SEIGNEUR

ET SAUVEUR JÉSUS-CHRIST EN GALILÉE

Le manuscrit éthiopien 51 de Paris (fonds d’Abbadie) et le manuscrit or, 793 de Londres contiennent, à la suite du Tes- tament de Notre-Seigneur Jésus-Christ, un écrit d'allure apo- calyptique. Dans une note (1) adressée à M. Nau, pour lui faire part de ce fait et lui donner un aperçu de ce nouveau texte, nous l’avions qualifié d'apocalypse, car 1] se présente sans titre dans le manuscrit d’'Abbadie, mais le manuscrit 793 de Londres, dont communication nous fut faite plus tard par M°° Graffin, lui donne le titre de Testament de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Pour le distinguer des autres Testa- ments de Notre-Seigneur, nous proposons de l'appeler T'es{a- ment de Notre-Seigneur en Galilée, puisque c'est que la scène se passe.

Bien que, dans les deux manuscrits, la séparation entre les deux écrits soit assez peu marquée (2), nous avons bien deux œuvres distinctes. Ainsi a pensé Dillmann. Dans son Lexicon linguæ æthiopicæ au mot 4m? nous avons l'expres- sion suivante : 451 : N°4 : Dao nz, : avec la référence Kid. f. 39. Or dans les prolegomena nous lisons : E codice Stuttgar- tiensi membranaceo excerpsimus. Kidàn... seu Testamentum Domini nostri Jesus Christi, f. 3-30. Le Kidän de la référence est donc différent du Testamentum D. N. J. C.; il doit être le

(1) Cf. Vacant-Mangenot, Dict. de Théologie, t. I, col. 223.

(2) La séparation consiste dans le ms. de Paris en un espace de un centimètre rempli en partie par des points alternant avec des lignes. Elle est plus faible encore dans les ms. de Londres. Le Testament de N.-$. J.-C. termine exactement une colonne, à laquelle est surajoutée une ligne de points simples; le Testament en Galilée commence exactement la colonne suivante.

ORIENT CHRÉTIEN. 1

9 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

2

Testament en Gaiilée, dans lequel nous avons rencontré l'expression citée. Le texte syriaque de Mossoul qu'a édité M: Rahmani, et les textes de Rome et de Paris qui lui ont fourni les variantes, 5115 sont suivis, dans les manuscrits, du Testa- ment en Galilée, ce que nous ignorons, se présentent de fait commé un tout complet, d’après l'édition du savant patriarche, sans laisser supposer qu'ils ont pour suite nécessaire une sorte d'écriteschatologique. Sans doute, le Testament de Nofre- Seigneur Jésus-Christ s'ouvre par une apocalypse, mais 1] n'est pas nécessaire qu'il se termine comme il a commencé. Cette apocalypse, d'ailleurs, qui n’est pas on le verra plus loin sans relations très étroites avec notre nouveau texte, paraît avoir été soudée artificiellement au règlement ecclé- siastique, auquel aucun lien logique ne la rattache. Ces rela- tions elles-mêmes plaident la distinction. Si le Tes{ament de Notre-Seigneur en Galilée faisait corps avec le Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ainsi que l'Apocalypse d'introduc- tion, nous aurions des répétitions, quelquefois assez longues et presque littérales, ce qui n'est guère admissible. Il semble donc que l’un ou l’autre en doit être indépendant; nous pen- sons que l’un et l’autre le sont.

Notre intention n'est pas de faire ici une étude de ce nou- veau document. La description des manuscrits, les remarques textuelles trouveront place, sans doute, dans l'édition qui en _sera donnée dans la Patrologie Orientale (1). Quant aux ques- tions de date et d’origine, il nous semble préférable d'en ren- voyer l'étude à plus tard, alors que d'autres documents de même nature auront, en plus grand nombre, vu le jour et pour-

ront s'éclairer mutuellement. Nous voulons simplement le présenter aux lecteurs de la Zevue de l'Orient chrétien, en

leur faisant connaître brièvement ce qu'il contient. Les deux textes (Paris 51 Londres 793) sont de valeur iné- gale. Le manuscrit 51 porte des traces de négligence assez

(1) M. Nau nous envoyé jadis les photographies du texte éthiopien du Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ. La traduction latine, qui en à été an- noncée dans les derniers fascicules parus de la Patrologie orientale et dans les

derniers numéros de la Revue de l'Orient chrélien, est presque achevée. Il se.

pourrait que l'édition et la traduction du document en cause dans cet article, paraissent avant le Testament, car l'attrait de nouveauté qu’il a eu pour nous, nous pensons qu'il pourra l'avoir pour d’autres.

TESTAMENT DE NOTRE-SEIGNEUR ET SAUVEUR JÉSUS-CHRIST. 9

nombreuses de la part du copiste, mais les différences entre les deux manuscrits sont assez peu sensibles ; elles fourniront seulement, dans l'établissement du texte, quelques variantes presque sans intérêt.

Il est assez difficile de présenter l'analyse de cet ouvrage, qui manque d'unité, et qui offre, sans transition, des traits assez disparates, parfois même puérils. C’est un résumé de faits évangéliques, de quelques passages des Actes, des épitres de Saint Paul, avec quelques réminiscences de l'Ancien Testament. Tantôt la parole est aux apôtres, tantôt à Jésus : C’est surtout un dialogue entre eux et le Maître, qui leur donne quelques explications, ou leur fait quelques recommandations.

Cet écrit, dans son commencement, présente une très grande analogie avec l'Apocalypse qui est en tête du Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ (1), comme celle-ci, il annonce les fléaux précurseurs de la fin du monde. La scène se passe en Galilée : le Seigneur ressuscité apparaît aux douze. Écoutez- moi, leur dit-il, fils de lumière, ayez soif de la parole de votre Père et je vous découvrirai ce qui arrivera dans le monde...

Jésus-Christ parle des prodiges qui doivent marquer la fin du . monde, le son de la trompette, la chute des astres, l'apparition,

en Orient, d’une étoile semblable au feu... partout la terreur,

la consternation, des éclairs, des tonnerres, des tremblements

de terre, etc. Les morts sortiront de leurs sépulcres et apparai- iront... Le Père céleste sera irrité à cause de la méchanceté des hommes.

Le Maitre fait aussi connaître les fléaux qui doivent dévaster les pays d'Orient. Nous avons la longue énumération des pays d'Asie Mineure, que déjà l’Apocalypse du Testament de Notre- Seigneur Jésus-Christ nous avait donnée, et, en plus, la Phrygie et la Pamphilie ; les épreuves diverses, qui doivent atteindre ces pays, sont presque identiques dans les deux documents. L’Anti- christ est annoncé comme précurseur de la fin du monde. Le portrait qui en est tracé, est à peu près le même que celui de l’A- pocalypse du Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Sui- vent des promesses de bonheur pour ceux qui seront fidèles en

(1) Les ressemblances sont telles qu’il paraît impossible de faire, pour l’origine, d'autre hypothèse que celle d’une source commune inconnue, ou celle de la dépendance directe de l’un de ces écrits par rapport à l’autre.

4 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

ces temps malheureux. Quant à ceux qui auront haï l'or et les richesses, le Seigneur les recevra. En ce jour leur visage sera sept fois plus brillant que le soleil... Je serai leur Dieu, ils se- ront mon peuple... Je serai leur Père, ils seront pour moi fils et filles. Je les placerai avec mes anges et ils seront heureux. Mêmes allusions aussi aux mauvais pasteurs, qui séduisent le peuple, au profit de leur cupidité et de leur volupté. Allusion à Isaïe. Après les persécutions finales, Dieu se lèvera, il jugera les hommes et donnera à chacun d'eux, selon ses œuvres et ses paroles, et les justes hériteront de la gloire de Dieu.

Jésus-Christ s'est fait chair de la Vierge, par l'Esprit-Saint, non par la concupiscence de la chair, mais par la volonté de Dieu. L'auteur fait allusion ensuite aux noces de Cana, à,la résurrection des morts, à la guérison des paralytiques, à l'homme dont la main était desséchée, à la femme qui souffrait d'un flux de sang; allusion aux sourds, aux aveugles guéris, aux démons chassés, aux lépreux purifiés. Il rappelle la tem- pête apaisée, le miracle opéré par Jésus pour le payement de l'impôt, la multiplication des pains.

Après quelques exhortations données par Jésus à ses disci- ples, on nous parle du crucifiement au temps de Ponce-Pilate et d’Archélaüs, dans un lieu appelé Cranios, de l'apparition de Jésus à Sara, Marthe et Marie-Madeleine en pleurs, de l’appel de Marie-Madeleine aux apôtres et de l’incrédulité de ces derniers. Nouvelle apparition de Jésus-Christ à ses apôtres, dans laquelle il reproche à Pierre son reniement, aux apôtres leur peu de foi; ceux-ci lui demandent pardon, prosternés devant lui; Jésus les relève et leur parle de lui-même : il surpasse les cieux, il est revêtu de la sagesse du Père, de sa force, de sa vertu; il surpasse les anges.

Mais l’auteur fait dire à Jésus que ce fut lui-même qui, sous l'apparence de Gabriel, apparut à Marie pour lui demander son consentement à l'Incarnation. Ensuite, le Maître recom- mande à ses apôtres de faire la Pâque, en commémoraison de sa mort. Il leur prédit qu'ils seront emprisonnés, et annonce même à l’un d'entre eux (allusion à St Pierre, Actes, x11) que sa vertu, sous la forme de l'ange Gabriel, le délivrera de la prison.

Puis, il prédit son second avènement : il viendra sur l'aile

TESTAMENT DE NOTRE-SEIGNEUR ET SAUVEUR JÉSUS-CHRIST.

de la nue, porté dans la gloire, avec sa croix, pour juger les vivants et les morts. Les apôtres demandent au Sauveur s'il leur manquera jusqu'à son avènement. Jésus répond qu'il est tout entier dans le Père et le Père en lui, et qu'il est en même temps ici et là. Il leur donne le nouveau commandement : s'aimer les uns les autres, aimer les ennemis, ne pas faire à autrui ce qu'on ne veut pas qu'il soit fait à soi-même... Jésus parle de sa chair, en laquelle il a été engendré, enseveli et res- suscité par le Père céleste, afin que soit accomplie la prophétie de David : Quam multiplicati sunt qui tribulant, me etc. Jésus-Christ, alors qu'il n’a pas de chair, revêtu la chair, afin que les hommes engendrés selon la chair, ressuscitent dans la chair. Il a reçu toute puissance de son Père, afin d'amener à la lumière ceux qui sont dans les ténèbres, à l'incorruptibilité ceux qui sont dans la corruption, à la sainteté ceux qui sont dans le péché, à la vie ceux qui sont dans la mort... La chair de tout homme ressuscitera avec son àme et son esprit... A ceux qui m'auront aimé et qui auront fait ma volonté, je donnerai le repos dans la vie, dans le royaume de mon Père qui est dans les cieux.

Suivent des menaces contre ceux qui auront cru, mais n’au- ront pas fait la volonté de Dieu, et contre ceux qui auront per- verti ceux qui croient. Les apôtres se réjouissent : ils s’esti- ment bienheureux de voir le Seigneur et d'entendre ses pa- roles. Le Maitre reprend : « Plus heureux sont ceux qui n’au- ront pas vu et qui auront cru ».

Jésus parle de la conversion de Paul : « Vous trouverez un homme nommé Saul, Juif circoncis selon la 1oi de Moïse... 1] entendra ma parole venant du ciel... ses yeux s’obscurciront.…. mais un Jour ses yeux seront ouverts, etil glorifiera Dieu, mon Père céleste ; il sera puissant en œuvres dans les nations... on le livrera aux mains des méchants... il me confessera devant les rois mortels... il sera un vase d'élection, un mur inébran- lable…

Les dernières pages contiennent quelques exhortations, quelques promesses. L'homme parfait est celui qui croit dans la lumière... Celui qui aura observé mon commandement sera, à cause de cela, fils de lumière, c’est-à-dire de mon Père... Les méchants seront condamnés au feu corps et âme. L'auteur

6 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

répète ensuite brièvement les maux précurseurs de la fin du monde... Jésus promet la récompense à ceux qui auront marché dans la justice... aux pauvres... à ceux qui auront eu faim et soif. et le châtiment à ceux qui auront haï et persécuté ces derniers. Les apôtres rappellent à Jésus qu'il leur défendu d'appeler qui que ce soit père ou maître... Jésus les loue, et leur explique comment ils seront pères et maîtres. Suit un assez long commentaire de la parabole des vierges sages et des vierges folles, dans lequel Jésus se dit l'époux qui introduit avec lui l’âme fidèle dans la demeure nuptiale. Le Sauveur rappelle le précepte de la correction fraternelle, et fait des pro- messes à Ceux qui auront persévéré.

Cet écrit se termine ainsi dans le manuscrit de Paris. Est terminé le Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans la paix des siècles des siècles. Amen. Α celui qui l'a écrit, celui qui l’a fait écrire, à celui qui le lira, à celui qui écou- terases paroles, que Dieu nous soit à tous miséricordieux, et nous donne en héritage le royaume des cieux, avec tous les saints, dans les siècles des siècles. Amen.

Le manuscrit de Londres à une finale plus courte, et nous dit simplement : Est terminé le livre du Testament, dans la paix du Seigneur: qu'il garde son serviteur Absolom dans les siècles des siècles. Amen.

Ainsi qu'on vient de s’en rendre compte, l'intérêt de ce T'es-

tament est assez limité. Il ne renferme rien de bien personnel. Nous n’avons guère de doctrine, que celle fournie par les textes sacrés eux-mêmes, sans réflexions.

L'auteur aurait-il néanmoins subi quelque autre influence ? Peut-être. Mais il faut convenir que les traces en sont incer- taines.

Parexemple, l’angélologie de l’auteur parait être, en somme, celle du Judaïsme paiestinien, mais n'a-t-elle pas été in- _fluencée par le Pasteur d'Hermas, quand l’auteur fait une con- fusion analogue à celle des Similitudes, en faisant dire à Jésus qu'il a apparu lui-même à Marie, sous l'apparence de l'ange Gabriel? Ou bien cette confusion témoigne-t-elle d'une hésita- tion de l’auteur entre la doctrine orthodoxe sur les Anges et l'hérésie des Angéliques, dont nous parle saint Épiphane (Hær. 60) et qu'on croit avoir été condamnée au Synode de

.

TESTAMENT DE NOTRE-SEIGNEUR ET SAUVEUR JÉSUS-CHRIST. 7

Laodicée, vers 360. IL serait téméraire d'affirmer quoi que ce soit, car ailleurs la suréminence de Jésus-Christ sur les anges est enseignée (1).

Certaines expressions paraissent teintées de montanisme.

Dans les allusions aux faits évangéliques, l'auteur ne mani- feste guère de préférences. Pourtant les faits semblent, en somme, empruntés plutôt aux synoptiques et les paroles de Jésus au quatrième Évangile.

Peut-être trouvera-t-on quelques éléments sérieux, pour déterminer la date et l'origine de cet écrit. Par comparaison avec les textes scripturaires, d'origines différentes, qui nous sont connus, on arrivera probablement à savoir quel texte l’auteur avait en mains. Toutefois comme les citations textuelles de la Sainte Écriture ne sont pas extrêmement nombreuses, la solution ne laissera pas que d’être un peu subjective.

Une étude comparative, sur les documents de même nature que nous pourrons avoir, fournira sans doute des données plus certaines. Nous avons déjà lApocalypse du Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ. M. Conti-Rossini prépare, pour la Patrologie Orientale, l'édition, avec traduction italienne, d'un écrit qui a pour titre Fekàârê Iyasus. Il s’agit probablement de l'ouvrage qui porte ce titre, dans le Catalogue raisonné des manuscrits d'Abbadie, sous le numéro 195. L'analyse qui en est donnée là, montre qu'il n’est pas sans quelque analogie avec le Testament de Jésus-Christ en Galilée. Quand on aura ainsi réuni un certain nombre de ces écrits, si étroitement apparentés qu’ils semblent nés les uns des autres, ou du moins qu'ils trahissent incontestablement une origine com- mune, une étude d'ensemble pourra être féconde en résultats pour chacun d'eux, tandis que l'étude d’un seul, isolé, nous paraît ne devoir conduire qu'à des conclusions flottantes,

(1) Le mode d’argumentation de MM. Cooper et Maclean (The Testament of our Lord), quileur avait permis de voir une présomption en faveur del’origine montaniste de l’Apocalypse du Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans l'absence de la Phrygie, patrie du Montaniste, parmi les pays dévastés, nous conduit ici à des conclusions contraires. Nous savons, en effet, par Théodoret, que l’hérésie des Angéliques, si elle ne prit pas naissance en Phrygie et en Pi- sidie, fut du moins fort répandue dans ces pays. Mais ils sont précisément com- pris dans les pays qui doivent être dévastés. Donc notre texte nous présente, tour à tour, le pour et le contre.

8 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

fort sujettes à méprises, et à n'accepter qu'avec réserve (1).

La surprise la plus agréable que nous réservait cet écrit, est de nous fournir, dans son entier, la version éthiopienne du Psaume 11°. Nous la transcrivons telle quelle, en terminant cet article, dans la pensée qu'elle pourrait intéresser quelque exégète de l’A.T. Quel texte représente-t-elle? Il ne nous appar- tient pas de le dire.

Nous n'avons fait au texte qui suit qu'une correction sans importance et d'évidente nécessité, et nous avons essayé de rétablir le parallélisme.

ANA: LNN TE : AA τ LAPEZ

NH: 7 : bave : AIRE :

NZ à LLAP : γα :

AAN : 008: : AY°AN- -

DATA : ANA : φοπηρῦ :

A7 : NACL : Θσοῤιῥὰ : CAE

PAL : πῇ : Δ“. Δ Ὧν : Ah :

DA9° 77, : AIRE : σοι =

᾿γὼ : AnANN- : DEN: -

(91. "11." : AO : 5 ANdLE : A7 AL -

δι άσυ : AT Ἀλλά. : AchHN :

δὰ : QTEZ : Don: : AGDE -

TT : AA : AYPANC : DALLETZ :

Ado : AE : Φιρηϊῃσν- : Δ λσν- : : θές. : An

TE :

HANCN : ALU’ ou: : AD ΦΆΊ :

HAL ANdC : ALT -

αλλ : ἥν : Nan : L. GUERRIER.

(1) Nous avons comparé ce Testament avec les Enseignements de Jésus-Christ à ses disciples dont M. René Basset donné la traduction (Les apocryphes éthiopiens, fasc. VII). Bien que le titre fasse espérer quelques relations entre ces deux documents, elles sont très rares et tout à fait insignifiantes. Autant que nous avons pu nous en rendre compte par l’analyse qu’en donnée M. Dib (ROC. 1906, 4, p. 428), le Testament de Notre-Seigneur au Mont des Oliviers est un écrit distinct du Testament en (Galilée, mais il est de la même famille.

ANALYSE

DE L'HISTOIRE DE RABBAN BAR EDTA

(Jin) ()

CHAPITRE XLIV À L

Il donna encore la guérison à une autre démoniaque du vil- lage de Bar Sera.

Un homme, appelé Denha (2), de Beith Daniel dans la région de Marga, vint solliciter ses prières pour ses moutons, qui étaient attaqués d’une terrible épidémie. Il lui conseilla de chasser sa servante; l'homme obéit et aussitôt l'épidémie cessa. Ses amis racontèrent qu’un de ses enfants avait commerce avec 1a ser- vante.

Yazdin, du village de Tlelhaté, perdait ses enfants encore tout jeunes. Le saint pria pour lui et il eut un enfant qui fut son hé- ritier. :

Il délivra d’une horrible calomnie un pauvre homme, du vil- lage de Beith ‘Arbayé, situé au-dessous de notre couvent.

Il donna la guérison à un frère, appelé Ephrem, qui était at- teint d’une grave maladie.

Grâce à ses prières, un homme du village de Beith Qad$sayé en Marga put retrouver un de ses bœufs qu'on venait de lui voler, lui ayant déclaré que le bœuf était dans le village de Beith Zako, chez Lyolok, le célèbre brigand, et qu'on allait le conduire à Beith ‘Edraï pour le vendre.

Il obtint la guérison d'un diacre du village de ‘Ain Barqa qui avait été subitement possédé du démon.

(1) Voy. 1906, p. 403. (2) Ce nom signifie « Epiphanie ».

10 . + REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

CHAPITRE LI A LIV

Un mage d'Arbèle, épris de la beauté d’une fille du village de Beith Marouth, avait résolu de l’épouser par force. La mère de la fille eut recours à Bar ‘Edta. Sept jours après on annonça à la femme que le mage, en venant à Marga, s'était noyé avec son cheval dans le Zap. |

Il changea une fois de l’eau en vin dans notre couvent.

Zakkaï avait corrompu aussi le village de Harbath Nespa dans le district de Ardoud. Le saint fit dire aux villagéois qu'à cause de leur hérésie, Dieu leur enverrait trois terribles fléaux. Le 7avril un orage de grêle dévasta leurs terrains; il fut bientôt suivi de la rouille et de la nielle.

Un homme du village de Beith Zabayé, au pays de Ninive, nous racontait ceci: Zakkaï, disciple du démon, voulut nous corrompre, nous aussi. Quoique nous eussions chassé ses disci- ples, nous redoutions toutefois la méchanceté de Gabriel, mé- decin du roi. Nous envoyämes un prêtre demander les prières de Bar ‘Edta; le saint nous envoya sa croix en nous disant : « Ne craignez pas : cette croix préservera votre village du mal. » Cette parole nous encouragea, et nous fiant aux prières de Bar ‘Edta, nous avons conservé notre sainte foi.

: CHAPITRE LV

Un frère, appelé Yaunan, originaire de Karmless (1), alla un jour revoir ses parents. De retour, il rencontra unlion surles bords du Hazar; la crainte le terrassa; il invoqua Bar ‘Edta en jurant que s’il était délivré cette fois du lion, il ne sortirait jamais du couvent. Yaunan affirmait avec serment que le lion s'était éloigné aussitôt.

CHAPITRE LVI

Notre Père avait l'habitude de s’enfermer dans la cellule les semaines du Carême, des Apôtres, d'Elia et de Moïse (2). Il

(1) Village situé à 5 heures de Mossoul. (2) L’année liturgique des Chaldéens est ainsi divisée : Commencent tout

ANALYSE DE L'HISTOIRE DE RABBAN BAR ‘EDTA. 11

n'ouvrait alors la porte à personne, si ce n'est par nécessité. Il avait ouvert dans sa cellule une fenêtre il avait mis du hnana (1) et sur laquelle il avait posé une croix. Les malades venaient prendre de ce hnana et obtenaientla guérison. Un frère nous racontait ceci : « Une fois un mulet du couvent devint malade ; j'allai et j'adorai devant la croix de la fenêtre du saint; Je pris un peu de hnana, avec lequel je frottai le mulet », et le frère nous jurait que le mulet avait été aussitôt guéri.

CHAPITRE LVII

Un autre frère nous racontait ceci : « Je fus attaqué un jour d’une violente tentation. Aussitôt que j'ai eu recours à la fe- nêtre de Rabban, j'ai été délivré de la tentation. »

CHAPITRE LVIII

Un autre frère, appelé David, du village de Babta, fut cruel- lement tourmenté de la goutte. Ses parents, qui étaient très riches, le soignèrent beaucoup; mais sa maladie s’aggravait toujours. Il pria son petit frère, appelé Sliba, de l’amener à la fenêtre de R. Bar ‘Edta; il se mit à genoux et pria. Ayant dormi, il vit en songe une colombe sortir de la cellule du saint et venir déployer ses ailes et les agiter autour de lui. Aussitôt 1] se réveilla guéri de sa maladie. David nous affir- mait tout cela avec serments.

CHAPITRE LIX A ΠΧ

Dieu faisait beaucoup d’autres prodiges par l'intermédiaire de R. Bar ‘Edta.

d’abord les semaines de l'Avent; elles sont suivies des 2 semaines de Noël; viennent ensuite les 7 semaines de l’'Épiphanie; puis les 7 semaines du Carème; ensuite les7 semaines de Pâques; puis les 7 semaines des Apôtres; ensuite les 7 semaines de l’été; puis les 7 semaines d’Elia, etenfin les 4 semaines de Moïse, qui sont suivies immédiatement de 4 semaines de la Dédicace de l'Église. Dans les couvents, outre les semaines du Carème, on jeûnait encore les semaines des Apôtres, d’Elia et de Moise. (1) Cf. supra, chap. 1.

12 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

Une fois des loups enragés apparurent dans le pays; ils enlevaient beaucoup d'enfants de leurs lits et même de leurs berceaux (1). Les habitants, s'étant alarmés, recoururent à Bar ‘Edta, il leur donna du hnana et de l’eau bénite (2) avec lesquels ils aspergèrent les limites de leurs villages; les loups enragés n’apparurent plus.

CHAPITRE LAI

Il y avait dans le village de Beith Kousta deux frères, dont l’ainé avait un fils et le cadet une fille. Or il arriva que chaque fois que l’un de ces deux enfants se trouvait seul à la mai- son, il voyait un fantôme hideux. Les parents s'alarment; ils recourent au saint; celui-ci leur ordonne de conseiller à leurs enfants d'éviter une telle occasion de péché et leur donne du hnana et de l’eau bénite, avec lesquels ils aspergent la maison; dès lors le fantôme disparaît. Quant à l'occasion du péché contre laquelle le saint prémunit les enfants, nous n'avons pu la connaitre.

CHAPITRE LXII

Mar Bar ‘Edta suivit Mar Abraham le Grand à l'âge de vingt-trois ans; il passa trente ans avec lui dans le couvent d'[zla et après avoir vécu ici dans le couvent cinquante ans,

il mourut à l'âge de cent trois ans (3). Voyant que l'heure de

(1) Dans toutes ces régions les habitants passent les nuits de l'été sous un ciel beau et sans nuages.

(2) Dans le texte : las, xs sw Ets, littéralement : « eau de la source de sa prière ».

(3) En quelle année faut-il placer la mort de Bar ‘Edta? Nous avons remarqué plus haut (chap. ΠῚ que la date (562) de la fondation du couvent de Bar ‘Edta était inadmissible, et que par conséquent au lieu de l’année 873 des Grecs il faudrait lire 883 (572). Le contexte des chapitres τν et xxn, il est dit que la sœur de Bar‘Edta alla en Marga un an après la fondation du monastère de son frère, et qu'après avoir vécu 90 ans dans son nouveau cloitre, elle mourut à la suite d’une famine qui eut lieu sous le patriarche ISo‘yahb 1 (582-595), c'est-à- dire un ou deux ans après le retour de Kosrau II du pays des Romains, semble confirmer notre conjecture. Kosrau II retourna de chez l’empereur Maurice et mit en fuite l’usurpateur Behram en 590. La famine aurait donc eu lieu vers

ANALYSE DE L'’HISTOIRE DE RABBAN BAR ‘EDTA. 13

sa mort était proche, il réunit tous ses enfants et se mit à leur tenir un discours instructif. Le jour de l'Épiphanie il cé- lébra les saints mystères. Son àme s’envola au ciel la nuit du 8 janvier. Tous les villages des environs se réunirent et nous ensevelimes pompeusement son corps au milieu des cantiques et des hymnes et nous le déposämes dans le martyrion.

+ AT SCHER,

Archevêque chaldéen de Séert.

591/?, et Hanah ISo‘, sœur de Bar ‘Edta, serait morte en 92/3. La fondation du couvent de Bar ‘Edta devrait donc être placée en l’année 971/2.

Ceci étant posé, Bar ‘Edta aurait embrassé la vie monastique vers 541, ayant passé 30 ans dans la montagne d’Izla avant d'aller en Marga; il serait vers 518 (ayant suivi Mar Abraham à l’âge de % ans), et serait mort en 621/2, ayant vécu 50 ans dans son nouveau couvent. Il faut, je crois, s’en tenir à ces dates avec lesquelles concordent assez bien les autres événements mentionnés dans l'ouvrage, comme la fondation du couvent sous Hazqyel, patriarche (chap. 11), qui gouverna l'Église nestorienne de 570 à 581; etsous son contemporain Hnana, métropolitain d’Arbèle, et la dispersion des moines du couvent de Mar Abra- ham le Grand (chap. xxur) qui, au dire de Thomas de Marga (ik. [, cap. xxm), eut lieu vers 590, etc.

ANALYSE

DE DEUX OPUSCULES ASTROLOGIQUES ATTRIBUÉS AU PROPHÈTE ESDRAS ET D'UN CALENDRIER LUNAIRE DE L'ANCIEN TESTA- MENT ATTRIBUÉ A ESDRAS, AUX ÉGYPTIENS ET MÊME A ARIS- TOTE.

I. Le premier opuscule est contenu dans le manuscrit grec de Paris, 2149 et, τς partie du moins, dans les manuscrits 22, 2494 et suppl. 636

Le ms. 2149, fol. 165 > V., déclare nous faire connaitre les jours propices des douze mois de l’année, tels que Dieu les fit con- naître au prophète Esdras le prêtre, pour qu'il les révélât aux fils d'Israël. C’est en ces jours qu’on réussit tout ce qu'on entre- prend : pour acheter, vendre, bâtir, travailler une vigne, se marier, partir en voyage, pour commercer ou pour voyager sur

er, pour visiter un malade, aller en guerre ou en justice. 1] faut tout faire au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ... Les jours propices sont :

En septembre, les 13, 15, 22, 28, 30.

En octobre, les 7, 8, 10, 25, 27.

En novembre, ἰδὲ 4. 6,9, 16, 19, etc...

Dieu révéla de même les mauvais jours pour que le prophète Esdras les fit connaître aussi aux Israélites. Il faut se garder, en ces jours, de bâtir, d'acheter, de négocier, de travailler une vigne, de se marier, d'appliquer son fils aux mathématiques, d'acheter un quadrupède, etc... Les,jours mauvais sont :

En septembre, les 1, 3, 9, 20, 25, 29.

En octobre, les 3,5, 11, 17, 23, 26.

En novembre, les 5, 8, 11, 15, 20, 29, etc.

Le ms. 22 (fol. 277) ne renferme que les jours malheureux révélés par Dieu au prophète Esdras; le prologue est en sub-

OPUSCULES ASTROLOGIQUES D'ESDRAS. 15

stance le même que dans le ms. précédent, mais la présente rédaction le grand avantage de réduire le nombre des jours néfastes à deux par mois :

En septembre : 3 et 21; en octobre : 3 et 20; en novembre : 5 'et-2AF etc.

Il en est de même du ms. grec 2494 (fol. 63 v.) : il ne rap- porte aussi que les jours mauvais et n'en compte que deux par mois, mais ces Jours ne concordent pas dans les deux manus- crits et cette diversité ne devait pas laisser que d’'inquiéter les hommes superstitieux qui voulaient régler leur vie sur les préceptes du prophète Esdras. Dans le présent manuscrit, les * Jours malheureux sont : En septembre, les 3 et 24; en octobre, les 3 et 21 ; en novembre, les 0 et 28, etc.

Même remarque sur le manuscrit suppl. grec 636 (fol. 135), les jours mauvais seraient : En septembre, les 21 et 24; en octobre, les 13 et 28; en novembre, les 6 et 28, mais, au folio suivant, le même manuscrit cite à nouveau les mauvais jours d'après le prophète Esdras et cette seconde rédaction est à peu près celle du manuscrit 22.

IT. Dans le ms. grec 2286 (fol. 110), on trouve une pièce toute différente, intitulée τοῦ: προφήτου "Εσδρα διάγνωσις περὶ τῶν ζ΄ ἡμερῶν. Pronostic du prophète Esdras au sujet des sept jours.

Si les calendes de janvier tombent le premier jour de la semaine qui est le dimanche, l'hiver sera avantageux,-le printemps humide, l'été sec, l’automne orageux. Les fruits seront d'un bon rendement, les brebis fécondes, le miel sera abondant, la récolte belle. Il y aura mortalité de jeunes gens.

Si les calendes de janvier tombent le second jour, l'hiver sera doux: le printemps et l'été seront orageux, il y aura des pluies fréquentes et abondantes, de nombreuses maladies, pas de miel ni de fruits.

Si les calendes de janvier tombent le troisième jour (le mardi), il y aura beaucoup de neige en hiver, le printemps sera humide, l'été beau, l’au- tomne sec ; il y aura peu de fruits et perdition d'hommes et de femmes.

Si elles tombent le quatrième jour, l'hiver sera beau, le printemps humide, l'été beau; il y aura peu d'huile et de blé, beaucoup de légumes et perdition d'hommes puissants, etc...

Ces deux pièces n'ont rien de bien caractéristique; elles montrent seulement qu'il se trouva un ou deux auteurs pour attribuer à Esdras le genre de pronostics que devait vulgariser

16 τ REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

plus tard notre Mathieu de la Drôme. La première fut assez répandue, car si elle commence par septembre (c’est l’ordre que nous avons conservé) dans deux manuscrits; elle commence par janvier et par avril dans les deux autres, ce qui montre que les Latins anciens et modernes l'empruntèrent aux Grecs et l’adap- tèrent à leur calendrier.

III. Plus important et plus caractéristique est le calendrier lunaire de l'Ancien Testament dans lequel un auteur imagina de rattacher aux divers jours de la lune la naissance ou la mort de quelques personnages bibliques comme nous rattachons aux jours de l’année solaire quelques nativités et plus souvent la mort de nos saints.

Cette mention est assez brève par exemple : « Au premier jour de Ja lune, Adam fut créé », puis elle est suivie de pronos- tics pour le jour correspondant. On devine que le fait biblique rattaché à ce jour lunaire influe beaucoup sur le pronostic : si le jour de la création d'Éve est « bon pour tout et favorable aux mariages », celui de Ja naissance de Caïn est par contre « pé- nible entre tous ».

Ce calendrier se trouve d’abord dans le ms. grec suppl. 1191 (fol. 59 v.-64 v.), sous un titre analogue à celui de la première pièce ci-dessus : Περὶ τῆς σελήνης προγνωστιχὸν τῶν ἡμερῶν ὧν ἐφα- γέρωσεν. θεὸς τῷ προφήτῃ Εσδρα. Au sujet de la lune; Pro- nostic des jours que Dieu révéla au prophète Esdras.

On le retrouve ensuite, sous le nom d’Aristote, dans le ms. grec 2149 (fol. 166 v.). Nous avons noté plus haut que ce ms. renferme auparavant la première pièce attribuée à Esdras. Voici le titre du calendrier :

“Epueveia περὶ τῶν ὅλων ἡμερῶν τῆς σελήνης, τῶν τέ ἀγαθῶν χαὶ

πονηρῶν. Διδασχαλία ᾿Αριστοτέλου.

ΤΡ, sur tous les jours de la lune, sur les bons οἱ les mauvais; doctrine d’'Aristote.

Enfin le ms. grec suppl. 1148, fol. 189-195, renferme le même calendrier qui aurait été trouvé dans un temple à Hélio- polis d'Égypte et mis en ordre par un dernier auteur :

Βίόλος εὑρηθεῖσα ἐν Ἡλιουπόλει τῆς Αἰγύπτου ἐν τῷ ἱερῷ ἐν ἀδύτῳ,

͵ ἐγγεγραμιμένη ἐν ἱέραις γράμμασι ἐπὶ

OPUSCULES ASTROLOGIQUES D'ESDRAS. 17

Lis δὲ ταὐτὴν βίδλον CDS συνετάξαμεν χαθὼς ὑποχεῖται᾽ συνε- τάξαμεν δὲ art ἀρχὰς Kat τὰ σχήματα τῆς σελήνης.

Εἰς τὰς α΄ τῆς σελήνης ᾿Αδὰμ, Réal ἡμέρα χαλὴ χαὶ ἀγαθὴ πᾶσαν πρᾶξιν...

Livre trouvé Héliopolis d'Égypte, dans le sanctuaire du temple, écrit en caractères sacrés sous le règne de Psamilos. Nous avons trouvé ce livre et l'avons disposé comme ci-des- sous. Nous l'avons disposé selon le cours et les phases de la lune.

Au premier jour de la lune, Adam fut créé, jour beau et bon pour toute action.

Le calendrier lunaire est à peu près le même dans les trois manuscrits, mais les pronostics qui suivent diffèrent assez souvent. Nous résumons ceux du ms. grec suppl. 1148 pour donner une idée suffisante de cette composition et de ce genre de littérature :

Au premier jour de la lune, Adam fut créé, jour beau et bon pour toute action : pour acheter, pour faire des testaments. Celui qui commence en ce jour à être malade sera bientôt guéri. L'enfant qui nait en ce jour sera éloquent, vif, grand, il parcourra la terre, sera adopté de Dieu et chéri des hommes, il deviendra puissant mais mourra jeune.

Au second jour Eve fut créée d’une côte d'Adam; jour bon pour tout et favorable aux mariages. Le serviteur fugitif sera trouvé, celui qui com- mence à être malade guérira. Celui qui naît en ce jour vivra.

Au troisième jour, naissance de Caïn, jour pénible entre tous et dange- reux. Celui qui nait en ce jour sera parjure et méchant. Celui qui com- mence à être malade ne vivra pas. Le serviteur fugitif sera caché.

.. Au quatrième jour, naissance d’Abel, jour beau et bon pour tout. Celui qui naît en ce jour sera miséricordieux. Celui qui commence à être malade sera vite guéri. Le fugitif sera trouvé.

Au cinquième jour, Caïn sacrifia à Dieu, mais mal. Celui qui nait en ce jour mourra. Celui qui jure en ce jour en souffrira. La femme qui se marie tombera malade. Il est bon d'ouvrir les boutiques. Le fugitif sera trouvé en peu de jours.

Au sixième jour, naissance de Seth (1), jour célèbre. Celui qui com- mence à être malade guérira; il est bon de semer, de planter, de chasser, de pêcher, d'acheter les bœufs, de dompter les chevaux; ne pas prendre femme en ce jour.

Auseptième jour, meurtre d'Abel, jour pénible et dangereux par-dessus tout. Celui qui commence à être malade mourra. On ne peut rien faire

͵

(1) Ou de Noé. ORIENT CHRÉTIEN. 2

18 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

d'utile si ce n’est de couper les porcs et les béliers. C’estle moment de la magie et d'appliquer les enfants aux mathématiques. Ce qui se perd ne sera pas retrouvé.

Au huitième jour de la lune, naissance de Mathusala, jour favorable pour tous les oracles, pour dompter les jeunes chevaux, voyager en mer, aller à la pêche, bâtir, aller en guerre, faire son testament, livrer les en- fants à la science mathématique. Le jeune homme qui naitra en ce jour aura un signe à droite sur la main ou l’œil, il sera philosophe, laborieux, bien doué. La jeune fille qui naïtra en ce jour aura une marque sur les dents, elle sera rude, paresseuse, mais travaillera pour sa propre famille. Celui qui commence à être malade, si cela dure, sera en danger. Ce qui est perdu restera caché.

Au neuvième jour, naissance de Lamech, jour favorable aux noces, à la

guerre, au commerce. Ne pas travailler les jardins. Ce qui a été volé se retrouve. L'enfant qui naîtra aura un signe sur le côté, il sera avare, ami des étrangers et du bien, il passera une belle vie. Le malade guérira. Appliquer les enfants à la science mathématique, acheter des maisons. Ce qui se perd ne sera pas retrouvé. * Au dixième jour, naissance de Noé (1), jour de présage difficile. Le fu- gitif sera trouvé parce qu'il perdra le temps. L'enfant qui naïîtra aura un signe sur l'épaule ou sur la main, il sera faible et doux; le malade sera en danger, on appliquera les enfants aux mathématiques.

Au onzième jour, naissance de Sem, jour favorable pour acheter, pour naviguer, faire des noces, prêter, acheter des quadrupèdes, semer, ven- danger, bâtir, monter sur un navire. Le jeune homme qui naît en ce jour aura un signe sur l'épaule ou à la bouche, ou par derrière : il sera bruyant et dangereux. La jeune fille aura un signe sur le thorax, elle aimera le beau. Le fugitif sera retrouvé, le malade guérira, ton rêve s'accomplira; on ouvrira les boutiques. Le jeune homme qui naït sera économe et riche ; si c’est une jeune fille qui naît, elle aura une marque sur l'œil, elle aimera son intérieur et plaira à son mari; le malade guérira.

Au douzième jour de la lune, naissance de Cham. Le faible idnné en servitude. Si tu achètes en ce jour un serviteur, il fuira et tu le perdras. Il faut semer et moissonner, planter et commencer les vendanges. Le fugitif sera perdu. En ce jour évite tout combat, ne coupe pas tes che- veux (2) ni ta barbe; plante la vigne. Le jeune homme qui naïtra en ce jour sera amoureux et querelleur, de même pour la jeune fille ; ce qui est perdu sera retrouvé; celui qui commence à être malade fera une longue maladie.

Au treizième jour, naissance de Lamech (3). Il convient de faire les noces, de boire, de se mettre en route, de planter la vigne; celui qui fuit

(1) Ou de Iareth.

(2) Au temps de Pline, on conseillait, pour éviter les maux de tête, de couper des cheveux le 17 ou le 29 de la lune, Hist. Nal., XXVIIE,

(3) Ou : Noé planta la vigne.

OPUSCULES ASTROLOGIQUES D'ESDRAS. 19

s’enivrera et sera pris (1), celui qui commence à être malade mourra; ton rêve se réalisera après deux jours.

Au quatorzième Jour, Dieu bénit Seth; en ce même jour Noé bénit son fils Sem, jour convenable pour aller aux églises et prier Dieu, pour en- treprendre la construction des maisons ; les événements seront heureux et de longue durée; le fugitif reviendra; ce qui est perdu sera retrouvé, celui qui commence à être malade guérira vite. En ce jour tu ne jureras pas, tu ne prêteras pas serment.

Au quinzième jour, Isaac bénit Jacob (2). En ce jour, les langues de ceux qui construisaient la tour (de Babel) furent confondues. En ce jour on construira un fourneau, on extirpera les épines, on ne se mariera pas, onne naviguera pas, celui qui commence à être malade tombera dans une maladie complexe, celui qui fuira dans un autre pays y mourra, ce qui été perdu ne sera pas retrouvé; ton rêve s’accomplira après huit jours.

Au seizième jour, naissance de Nachor (3). Il convient d'acheter et vendre et de se mettre en route pour commercer; tout ce que l’on médi- tera arrivera heureusement. Celui qui commence à être malade guérira.

Au dix-septième jour, Sodome et Gomorrhe furent détruites par Dieu. En ce jour il faut se livrer aux bonnes actions, s'éloigner de toute affaire et de tout travail. Ceux qui naissent sont voluptueux. Celui qui commence à être malade mourra; le fugitif et l’objet perdu ne seront pas retrouvés.

Au dix-huitième jour, naissance d’Isaac; en ce jour Isaac bénit son fils Jacob : jour beau et bon pour toute affaire. Ce qui naït sera vivace et pros- père. Le malade guérira, le fugitif se sauvera; ton songe s’accomplira après six jours.

Au dix-neuvième jour, naissance d’'Esaü et de Jacob, jour il convient de se mettre en route, de creuser un puits, de chercher une source. Il ne convient pas de monter sur un navire. Celui qui commence à étre malade sera en danger. On vendangera, on fera le vin, on célébrera les noces; le fugitif sera retrouvé avant quinze jours; ton rêve se réalisera après douze jours.

Au vingtième jour, naissance de Joseph (4), jour convenable pour toute affaire, on plantera des arbres, on domptera les quadrupèdes, on se mettra en route. Celui qui commence à être malade sera en danger; le fugitif vieillira à la meule. Ton rêve n’est pas véridique.

Au vingt et unième jour de la lune, Esaü fut maudit et Jacob fut béni, jeur dangereux pour toute affaire ; ce qui naïtra sera de courte durée, le malade le sera longtemps, on coupera les porcs et les béliers; on ira à la chasse; on ne fera pas de longs voyages; les mâles qui naïitront mour- ront, les femelles vivront, mais seront inutiles; le fugitif mourra; ton rêve s’accomplira dans les quarante jours.

Au vingt-deuxième jour, naissance de Benjamin, et Joseph expliqua le

(1) Se rapporte bien à la plantation de la vigne.

(2) Ou : naissance d’Isaac. |

(3) Aïlleurs : de Jacob et de Nachor.

(1) Certains ajoutent : en ce jour Isaac bénit son fils Jacob.

20 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

songe de Pharaon. Celui qui nait en ce jour aura une vie longue et cé- lèbre. Il est bon de voyager et de négocier, de faire la guerre, de planter des vignes et des arbres. Ce qui pousse de la terre verdoiera et de- viendra remarquable ; on retrouvera le fugitif et l’objet perdu; celui qui commence à être malade le sera longtemps mais ne mourra pas; ton rêve se réalisera avant huit jours.

Au vingt-troisième jour, naissance d’Isaïe, jour convenable pour oute affaire, pour naviguer et se marier. On retrouvera le fugitif et l’objet perdu. Ton rêve est trompeur.

Au vingt-quatrième jour, naissance de Pharaon, jour de (mauvais) pré- sage, le fugitif mourra, ton songe est trompeur.

Au vingt-cinquième jour, Dieu envoya la douzième plaie sur les Égyp- tiens. Ce jour n’est pas favorable aux affaires. Celui qui jure sera en danger; il en sera de même de celui qui commence à être malade. Ce qui naît sera de nulle valeur; le fugitif sera repris.

Au vingtsixième jour, naissance de Moyse (1). Il est bon de naviguer et de se mettre en voyage. Celui qui commence à être malade sera sauvé ainsi que le fugitif. Ce qui est perdu ne sera pas trouvé. Ce qui nait sera de bon usage et de bon aloi; ton rêve s’accomplira dans douze jours.

Au vingt-septième jour, Dieu envoya la manne aux juifs; jour bon pour out, pour les corps, pour les ateliers, pour faire de la musique et se marier. Le fugitif mourra sur la route; celui qui commence à être malade guérira; ton rêve s’accomplira le jour même.

Au vingt-huitième jour, les espions apportèrent la grappe de raisin à Josué, fils de Noun (Nombres, Xi1, 23-26 et Josué, τι, 23-24). Ce jour con- vient pour commencer (les ouvrages), commercer, acheter des esclaves, se marier, payer les mercenaires. Ceux qui naissent seront ivrognes et gourmands. Le fugitif s'enivrera et sera retrouvé; ton rêve s'accomplira le jour même.

Au vingt-neuvième jour, les Hébreux entrèrent dans la Terre promise. Il convient de bâtir des maisons, d'acheter des esclaves; le fugitif mourra, ce qui naît sera de belle venue; celui qui commence à être malade gué- rira; ton rêve s’accomplira le jour même.

Au trentième jour de la lune, naissance de Samuel; jour bon pour tout. Les enfants qui naissent ce jour-là seront heureux; le fugitif reviendra de lui-même; le malade guérira, l’objet perdu sera retrouvé; ton rêve s’accomplira après un certain nombre de jours.

Le précédent résumé, pour incomplet qu'il soit, suffit à montrer que l’auteur rattaché au cours synodique de la lune (2) et à quelques faits choisis dans l'Ancien Testament, des conseils et pronostics sur les travaux à effectuer, les ma-

(1) Ailleurs : Moyse, par la vertu divine, partagea la mer Rouge à l’aide de

son bâton. (2) Le mois synodique lunaire est de vingt-neuf jours et demi.

OPUSCULES ASTROLOGIQUES D'ESDRAS. 21

ladies, les esclaves fugitifs, les objets perdus, le caractère des nouveau-nés, les rêves. L'idée de grouper toutes les prévisions autour du mois lunaire a chance d'être fort ancienne, puis- qu'on toujours attribué à la lune la plus grande influence sur les choses terrestres, sur la croissance des plantes et le caractère des hommes. Le soin avec lequel l’auteur indique les jours l’on retrouvera les esclaves fugitifs nous montre aussi que l'esclavage était en pleine vigueur à son époque. Ce n’est pas à dire évidemment que cette époque est celle d’A- ristote ou d’'Esdras. Le nom d’Aristote a être introduit de manière purement gratuite et celui d'Esdras l’a été sous l’in- fluence de la première pièce ci-dessus. Le plus probable est donc que nous avons un remaniement d'anciens pronostics Égyptiens. L'auteur du remaniement un sémite aura disposé ces pronostics suivant les jours de la lune parce que les Sémites utilisaient le mois lunaire (1) et aura ajouté quel- ques faits tirés de l’Ancien Testament. F. Nau.

(1) Pour les Israélites (et actuellement pour les Musulmans) les mois étaient alternativement de 29 et de 30 jours, parce que la révolution synodique de la lune est de vingt-neuf jours et demi, et les douze mois de l’année ne compre- nalent que 394 jours.

ÉTUDE

SUR LA CONVERSION DE L'ARMÉNIE AU CHRISTIANISME

AINSI QUE SUR LA DOCTRINE ET LES USAGES DE L'ÉGLISE ARMÉNIENNE PRIMITIVE

Plus encore que l'Église arméno-cilicienne que nous venons de voir représentée à Sis, l'Eglise arménienne primitive fut catholique.

La réponse du synode de Sis aux griefs formulés dans le Libellus est un exposé aussi complet que catholique de la foi ar- ménienne. Sans doute, cette profession de foi ne représente point une doctrine ou des usages constants et umversellement reçus dans l’Église arménienne. Elle contient même quelques infil- trations récentes, provenant des dogmes et des pratiques de l'Église catholique romaine. Mais, voulant rester ou devenir catholique, l'Église arménienne, par l'organe de ses princi- paux représentants, s'était assimilé ces emprunts et avait éli- miné tout ce qui la séparait de Rome. Au surplus, en sanction- nant à nouveau son union avec l'Église catholique, l'Église arménienne ne faisait que resserrer ou renouer des liens, relàchés ou brisés à certaines époques beaucoup moins par l'esprit de révolte que par suite de la distance et des malen- tendus.

Remontons, en effet, aux origines de l'Église arménienne, étudions de près son organisme naissant, sa physionomie pre- mière, et nous constaterons que, malgré des différences acci- dentelles, elle professe, à peu de chose près, tous les dogmes alors enseignés dans l'Église universelle et, en particulier, dans l'Église romaine; et nous découvrirons déjà les attaches

ÉTUDE SUR LA CONVERSION DE L'ARMÉNIE. 23

réelles, quoique latentes, qui l'unissent à celle-ci. En évoquant le tableau de l'Église arménienne primitive, nous apercevons en germe presque tous les articles de foi ou les usages disci- plinaires, dont l'Eglise arménienne du quatorzième siècle pré- sente l'épanouissement; des circonstances de sa fondation, de son organisation et de son administration, il ressortira, parmi d'autres faits, que l'Église arménienne jusqu'au synode de Tovin (Twin, 505) ne jouit jamais d’une pleine autonomie.

Pour mettre ce dernier trait surtout en relief, il nous faut traiter d'une manière plus approfondie la conversion de l'Ar- _ ménie, que nous avons ailleurs rapidement esquissée.

1. La fondation d'une Église arménienne dès les lemps apostoliques est possible ; mais elle n'est point histo- riquement prouvée.

Assurément, la foi chrétienne avait été prêchée en Arménie, quand parut Grégoire l'Illuminateur. Mais comment et dans quelles circonstances l'Évangile avait-il été annoncé ? Quels fruits avaient produits les missionnaires”? Voilà ce que les rares documents, à l'épreuve de la critique, ne laissent guère entre- voir. Tout au plus aperçoit-on, avant la fin du troisième siècle, une organisation ecclésiastique imparfaite, étroitement dépen- dante d'un organisme plus fort, comme le rejeton vivant encore sur l'arbre qui lui donné naissance.

Ce n'est pas que nous rejetions comme entièrement insigni- fiantes toutes les raisons de ceux qui font remonter l'évangé- lisation de l'Arménie aux temps apostoliques. Si on songe qu'au début de l'ère chrétienne, comme aujourd'hui, les Ar- méniens étaient déjà des commerçants actifs et industrieux, les principaux intermédiaires entre l'Europe, l'Asie antérieure et les régions au nord et au sud-est de l'Arménie, on ne re- wardera pas comme invraisemblable la présence de plusieurs d'entre eux, à côté des Perses et des Mèdes, parmi les témoins des merveilles opérées à Jérusalem, le jour de la Pentecôte (Act., 11, 9). En outre, il pouvait y avoir, en Arménie, des Juifs venus de Palestine. Ceux-ci avaient sans doute ressenti le grand émoi causé autour d'eux par la vie et la mort du Christ; car alors « il régnait dans tout l'Orient une antique et ferme croyance, d’après laquelle l'empire du monde allait appartenir à un homme sorti de la Judée. Au reste, la distance

24 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

n'était pas grande entre l'Arménie et la Cappadoce, dont la première Épitre de 5. Pierre (1, 1) signale les communautés chrétiennes. Il se peut bien enfin, comme le racontent Origène et Eusèbe, que saint Thomas ait pénétré chez les Parthes, et saint André chez les Scythes. Si ces deux faits ne sont pas in- vraisemblables, l'annonce de l'Évangile en Arménie, vers la même époque, le serait encore moins (1).

Néanmoins, si l'on tente d'établir cette évangéiisation dès le premier siècle, non seulement comme possible, mais comme certaine, on ne trouve point de solide appui, mais seulement le terrain mouvant des légendes.

2. La prétendue conversion d’Abgar V n'intéresse point directement l'Arménie; car ce roi ne fut point armeé- nien. La première de ces légendes est celle qui raconte les relations du roi d'Édesse Abgar avec Jésus-Christ. Elle s’est formée vers le milieu du troisième siècle autour des événe- ments marquant l'introduction et le développement du chris- tianisme dans l'Osrhoène. Serait-il vrai qu'Abgar V Oukhäma (le Noir) ait eu un courrier ou un confident du nom d’Anan; serait-il vrai que celui-ci ait été dépêché vers le Christ, qu'il ait tracé le portrait du Sauveur; que, par l’ordre du divin Maitre, l’un de ses disciples, appelé Addée ou Thaddée, soit venu, après l’Ascension, guérir Abgar et évangéliser l’Os- rhoène, tout cela n'intéresserait point directement les rois et le royaume d'Arménie. Car le prétendu correspondant du Christ est le fils de Manou IT Saphloul ou l’Aristoloche, c’est-à-dire Abgar V Oukhäma, qui occupa le trône d'Édesse de l'an IV avant l'ère chrétienne à l'an VII, et de l'an XIIT à l'an L, après un interrègne rempli par son frère Manou IV. Or, cet Abgar V est regardé comme arabe par Tacite et Pline; plus vraisemblablement encore, 1] était d’origine nabatéenne, comme en témoigne la désinence du nom de l’un de ses an- cêtres Aryou (2).

(1) Suetonius, Duodecim Cæs., NIII, éd. Didot, Vespas. 4; sur 5. Tho- mas, etc., Origène, Exeges. in Genes.; Eusèbe, Hist. eccl., II, 1; cf. Gôrres, Zeitschr. f. Wissensch. Theol., XXXI, 1888, 451; XXXIX, 1896, 444.

(2) Cf. Rubens Duval, Hist. relig., pol., litl. d'Édesse, Journal asiat., sér., XVIII, Paris, 1891, 112, 113, 133; le même, Anc. liltér. chrét., IF, Littér. syr., 1907, Paris, p. 96; Tacite, éd. Didot, Ann., XII, 12 et 14.

ÉTUDE SUR LA CONVERSION DE L'ARMÉNIE. 25

3. ÆEnvisagée en elle-même, la légende a confondu Abgar V le Noir avec Abgar IX le Grand. Pour l'analyse des documents qui nous sont parvenus et la confrontation des anciens historiens, il est aisé de dégager le noyau autour duquel s’est formée la légende d'Abgar. On a confondu Abgar V Oukhäma avec Abgar IX, dit le Grand, qui régna seul de l'an 179 à l'an 214, et conjointement avec son fils Sévère Abgar, de l'an 214 à l’an 216. Abgar IX avait été emmené par l'empereur Sévère à Rome, il avait reçu un accueil triom- phal.

Ce fut après son retour à Édesse, vers l’an 206, qu'il se con- vertit officiellement au christianisme. Sa foi nouvelle se réflé- chit dans la législation d'Édesse qui interdit désormais aux prêtres de la déesse Taratha de se transformer en eunuques. Il semble bien qu'avant lui aucun des phylarques ou toparques d'Édesse ne fut chrétien : ses prédécesseurs, si l’on en juge par leurs monnaies, portaient encore sur leur tiare, arrondie au sommet, l'emblème païen formé du croissant lunaire et de trois étoiles (1).

4. Comment s'est formée la légende. Son élaboration el ses caractères dans Eusèbe, Léroubna, la version armé- nienne, Moïse de Khorène. Formée à Édesse, la légende d'Addée se répandit vers l'orient comme vers l'occident. Eu- sèbe eut sous les yeux l’une des plus anciennes rédactions en langue syriaque. Son récit n’est manifestement qu’un résumé de son modèle, sauf qu'il rapporte intégralement la correspon- dance supposée entre Abgar et le Christ. On sent néanmoins qu'il exploite une composition relativement sobre, aujourd'hui disparue. Il avait probablement sous les yeux le texte primitif de Léroubna. Mais, aux siècles suivants, la légende se déve- loppa et se compliqua d’autres légendes. La Doctrine d'Addée, en langue syriaque, nous est parvenue sous une forme déjà amplifiée, qui contient, en dehors du récit transmis par Eu-

(1) Cf. Dion, éd. Dindorf, LXXIX, 16, 3; Duval, Hist., d'Édesse, 113-115, 206- 221, 260; Liltér. syr.%, Ὁ. 906. Abgar IX punit par l’'amputation de la main, la mutilation volontaire des prêtres de Taratha; Eusèbe, Præp. evang., VI, 10, Migne, XXI, 477; Voir Bardesane l'Astrologue, Le Livre des Lois des pays, par Nau, Paris, 1899; n. 56, p. 55; sur l’auteur cf. l’Introduction. Spicileg. de Cu- reton, p. 26; trad. franc. Langlois, I, 92; l’œuvre du Pseudo-Bardesane (?) re- monterait vers l’an 220; Épiphane, Hæres., LVI, 1.

26 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

sèbe, plusieurs additions élaborées dans le cours du quatrième siècle. Même ainsi amplifiée, la légende, ou ce groupe de ἰό- gendes, trahissait nettement une origine édessénienne. Un peu plus tard, les versions arméniennes de ces légendes por- tent déjà l'empreinte d'un milieu nouveau et apparaissent mo- difiées. Enfin Moïse de Khorène achève de les accommoder à la nation arménienne. Faire la juste part qui est due à Moïse ne manque pas de difficultés. Cependant, même en tenant compte des versions des textes d'Eusèbe et du pseudo-Laboubna, déjà faites avant Moïse, sous l'influence du milieu arménien, nous croyons que la dernière forme revêtue par la légende de Thaddée, en Arménie, fut achevée par le disert mais peu scrupuleux conteur. Si l’on analyse les éléments qu'il a mis en œuvre, on s'aperçoit que les Guerres des Juifs par Flavius Josèphe étaient l’une de ses principales sources. Mais il restait dans le règne des rois d'Arménie une large lacune, que Jo- sèphe ne remplissait pas. Depuis la mort d'Artavasde, trente ans avant l'ère chrétienne, son guide ne lui présentait aucun nom, jusqu'à celui de l’arsacide Tiridate, mis deux fois sur le trône arménien par les Parthes, l'an 51 et l’an ὅδ, et que Néron couronna, en 68, roi d'Arménie (1).

Ὁ. Comment Moïse est arrivé à travestir Abgar Oukhäma en roi arménien et à faire du disciple Addée l'apôtre de l'Arménie. Moïse, ayant à cœur d'écrire une histoire complète, et du point de vue arménien, s’ingénia pour combler les lacunes de ses sources les plus autorisées. Il accommoda de son mieux à son sujet les chants populaires de ses compatriotes, certains passages de l'Histoire ecclésias- lique d'Eusèbe et la narration du syrien Laboubna. Cette dérnière œuvre, composée sous sa forme première à Édesse vers le milieu du troisième siècle, avait reçu, au quatrième et au cinquième siècle, plusieurs additions; et, au temps de Moïse, sous une teinte arménienne surajoutée, elle était à peu près identique à l'œuvre syriaque publiée en 1876, sous le titre de Doctrine d’'Addée (2).

(1) Tacite, éd. Didot, XIV,226; XV, 29: XVI, 23; Dion,-éd-:Dindorf, LXIT, 19-23; LIIL, 1-8, surtout 4.

(2) Moïse deKh., II, 33; Eusèbe, 4. ÆE., I, 13, Migne, XX, 120-129; IL, τ, p. 136; George Phillips, The doctrine of Addai (he Apostlle, texte syriaque et tra-

ÉTUDE SUR LA CONVERSION DE L'ARMÉNIE. ΟἽ

Sous la main de l'historien de l'Arménie, ces nouveaux do- cuments devaient se plier-et s'agencer sans trop d'efforts. De l'Osrhoène, la foi avait sans doute rayonné assez tôt vers l'est; entre Édesse et l'Arménie la distance n'était pas grande. Bien longtemps avant Bar Hébræus, les alliances et les compéné- trations fréquentes entre Parthes, Perses, Édesséniens et Ar- méniens avaient justifié la réflexion suivante du célèbre pa- triarche monophysite : « Parthes ou Perses, Parthes ou Édes- séniens, Parthes ou Arméniens, c'est tout un » (1).

Les Édesséniens appelaient déjà leur ville « la fille des Par- thes ». Quelques inexactitudes d'interprétation, antérieures à Moïse, aidèrent celui-ci à travestir Abgar en roi arménien et Addée en apôtre de l'Arménie. Abgar Oukhâma, que déjà Rufin, d'après une ancienne version d'Eusèbe, appelait fils d'Ouchania, et aussi Urbaniæ filius, acheva de se transfor- mer sous la plume des traducteurs arméniens de la version syrienne d'Eusèbe et de la Doctrine d’Addée ; ceux-ci le nommè- rent non plus Abgar Siav, le Noir, mais Abgar fils d'Arscham, l'Arsacide arménien. Cette dernière confusion fut elle-même d'autant plus facile que l’un des souverains d'Édesse, Ab- gar VII (109-116 après J.-C.), était fils d'Izat, membre colla- téral des Arsacides d'Arménie; et Izat lui-même était fils de la reine d'Adiabène, Hélène; cette princesse, qui, convertie au

duction anglaise, Londres, 1876; Langlois, II, 517, Léroubna d'Édesse, Lettre dAbgar, traduction faite sur le texte arménien; Alishan, Zabubnia, Leltre dAbgar, Venise, 1868, en a Wetter, Die nalionalen gesänge der allen Armenien, Theol. quart., 1894, Ὁ. 48 et suiv. Marquart, Beiträge zur Gesch. und Sage v. Erän, ZDMG, XLIX (1895), p. 640, 616-659; Carrière, La legende d'Abgar, Paris, 1895; Gutschmid, Unters. üb. die Gesch. des Koenigsr. Osrhoene, Mém. de l’Acad. de S.-Pélersb., XXXV, n. 1, 1887. Correspondance entre Ab- gar et le Christ, Hantess Amsoreah, 1900, p. 266; 5. Weber, p. 65. Décret jadis attribué au synode tenu par le pape Gélase I (494?) et déclarant apocryphe la correspondance entre le Christ et Abgar, dans Mansi, VII, 152, 169-170, fin La légende est acceptée par Welte en 1842, Theol. quart. schr., Tüb, p. 347 365; par l'abbé J. P. Martin, en 1888, Rev. des Se. eccl., oct. nov. déc., et Bi- ckell, Zeitschr. f. K. Theol., p. 296 (1877); de même par Cureton, Phillips, Ali- shan, op. cit. Le décret de Gélase n’est probablement pas de ce pape, mais il remonte cependant au premier tiers du vi siècle, cf. Æist. de Rome et des papes par Grisard 8. J., 3. vol., trad. E.-G. Ledos, bibliothécaire à la Bibl. nat. Paris, 1906, t. 1, p. 298-299. Aux sources de Moïse, mentionnées ci-dessus, on à voulu ajouter la chronique de Jules Africain, ZDMG, 1886, 511 et suiv.; cela est pos- sible mais non démontré. (1) Assemani, IV, Dissert. de Syr. Neslor., Ὁ. 425; Duval, Hist. d'Édesse, 115.

28 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

judaïsme, se fit faire à Jérusalem, du temps de l'empereur Claude, un superbe mausolée, est présentée par le fantaisiste Moïse comme chrétienne et comme épouse d’Abgar V; asser- tions inconciliables, non seulement avec le récit de Josèphe, mais avec la Doctrine d'Addée qui désigne, comme épouse d'Abgar, Schelmath fille de Meherdates (1).

L'auteur édessénien Léroubna, auquel Moïse déclare avoir emprunté son récit, est identique au Laboubna dont le nom est placé en tête de la Doctrine d’Addée, le b du second ayant été, par suite d'une confusion bien compréhensible, changé en 7 dans la version arménienne. Dès lors, il a été facile de relever les additions ou les modifications que Moïse, et surtout ses devanciers arméniens, ont fait subir, soit au texte de Laboubna traduit par Eusèbe, soit au texte actuel du même Laboubna, texte enrichi au quatrième ou au cinquième siècle de la scène du portrait de Notre-Seigneur et de quelques autres épisodes. Mais la circonstance la plus saillante à relever, c'est que le disciple de Jésus-Christ, appelé Addée par Laboubna et Thaddée par Eusèbe, n’est point représenté par eux comme évangélisant l'Arménie. Chez ces deux auteurs, il ne dépasse même pas les frontières de la Mésopotamie et il meurt à Édesse. D'après Moïse, au contraire, et certaines interprétations ou sources arméniennes antérieures à ce dernier historien, Addée, après avoir évangélisé Édesse, va prêcher la foi et mourir en Arménie (2).

(1) Moïse de Kh. Il, 54; Josèphe, Antig.jud., XIV, χα, 3 à XX, n, 4; De Bello jud., 1,13; Cureton, Votes, 144, 1, 7. En comparant l'Histoire de Moïse avec la Chro- nique dite de Denys de Tellmahré, on relèverait bien d’autres preuves de la con- fusion faite par le premier entre les personnages étrangers et les personnages arméniens. Ainsi, sous le règne de Paqouri (Pacorus, d’origine parthe, 34-29 av.J.-C.), Denys signale l’expédition de ce prince et de son général Barzaphran contre la Syrie et la Palestine (Josèphe, loc. cit.). Au dire de Moïse, Barzaphran était prince de Rechdounc (II, 19). Trad. armén. de l’Hist. eccl. d'Eusèbes éd. Dscharian, I, 13; trad. arm. de Laboubnia, Alischan, 4, 15.

(2) Phillips, p. 36-17; Moïse de Khorène, II, 33, 34. Eusèbe place les événements qu'il raconte, à l’année 340 des Séleucides (29 de l’ère chrétienne); il appelle la maladie d’Abgar « grave et incurable »; il ne dit rien de l'épisode du portrait. L'auteur de Doctrine d’Addée fixe à l’an 32 la correspondance d’Abgar avec le Christ; il ne caractérise par aucun nom spécial la maladie d’Abgar. La version arménienne éditée par Ennis, dans Langlois (I, 319), et plus complètement par Alishan, fait déjà sortir Thaddée d'Édesse pour évangéliser l'Orient (p. 45 dans Alishan; 325 dans Langlois). La Doctrine d’'Addée et Moïse, parlent seulement

ÉTUDE SUR LA CONVERSION DE L'ARMÉNIE. 29

Moïse n'aime pas, selon son expression, « répéter toutes les circonstances que d’autres ont rapportées longtemps avant lui. Aussi semble-t-il compléter sans scrupule les légendes édes- séniennes, déjà modifiées en Arménie. Par exemple, Eusèbe raconte que Thaddée c’est ainsi qu'il traduit le nom syrien Addée fut envoyé par l’apôtre Thomas, après l’Ascension ; il logea, en arrivant à Édesse, chez Tobie fils de Tobie. L'au- teur de la Doctrine de Thaddée désigne ce Tobie comme un juif de Jérusalem. Moïse ajoute : « ce Tobie était un prince juif qu'on dit être de la race des Pakradouni; persécuté par Ar- scham, il resta fidèle à la religion juive jusqu’au moment il devint chrétien ».

6. Suite du parallèle entre les textes d'origine édessé- nienne et les textes modifiés par les milieux arméniens. Ici, on substitue un second Addé ou Atté à l’'Aggée de la Doc- trine d’Addée.

A l'exemple de l’auteur de la Doctrine, Moïse nous raconte les faits et gestes des successeurs d’Addée, mais avec de sin- gulières différences. Le premier nous dit qu'Addée (Addaï) con- vertit Aggée (Aggaï), fabricant pour le roi de chaines et de tiares de soie; il convertit aussi Palout, Abschelamà et Bar- samyà. Ces quatre convertis deviennent « les collaborateurs d'Addée ». Bientôt, le peuple devenu chrétien « s'assemble chaque jour pour entendre la lecture de l'Ancien et du Nouveau Testament, du Diatessaron ». Quand Addée se sent gravement malade, « il convoque son peuple et ordonne Aggée comme directeur et gouverneur de son Église, le diacre Palout reçoit la prêtrise et le scribe Abschelarä le diaconat. D’après l’auteur de

du portrait du Christ qu’aurait peint Hannan envoyé d’Abgar. Plus tard, la trame de la légende se poursuit. On raconte que Jésus-Christ ayant appliqué la toile du peintre sur son visage, y laissa l'empreinte de ses traits (Jean Damascène (f 760), Exposilio accurata Fidei orthodoxæ, IV, 16, Migne, P. G., XLIV, 1173; Testi- monia pro imaginibus, XLIV, 1261). Dans deux manuscrits contenant les Actes de Thaddée (codd. paris. 548 de la Bibl. nation., x1° siècle, et Vindobon., de Vienne XLV, du 1x siècle), c’est sur un linge que le Christ imprime ses traits adorables (cf. Tixeront, p. 53). On a dit qu'un passage de la Géographie attri- buée à Moïse de Khorène marque la transition entre le portrait peint par Hannan et celui peint par le Sauveur. Saint-Martin, Mém., 11, 369. Mais ce passage semble apocryphe; il est omis dans l’éd. du P. A. Soukry, Venise, 1881. La maladie d'Abgar, d’abord non désignée d’un nom spécial, fut plus tard appelée lèpre (Codex Vindob.; et Cedrenus, Compend. Hist., Migne, P.G., CXXI, 34.

30 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

la Doctrine, Aggée poursuivit dans l'Osrhoène l’œuvre d'évan- gélisation et d'organisation ecclésiastique commencée par son maitre. Mais il eut les jambes brisées par l'ordre de l’un des fils d'Abgar qui avait succédé à son père. Sa mort fut si prompte, qu'il n’eut pas le temps d'imposer les mains à Palout. Celui-ci alla recevoir l'imposition des mains de l’évêque d’An- tioche, Sérapion. « Cette imposition des mains, poursuit la Doctrine d'Addée, Sérapion l'avait reçue de Zéphirin évêque de Rome, successeur dans le sacerdoce de Simon-Pierre. Celui-ci, auquel Jésus-Christ lui-même avait imposé les mains, avait été évêque de Rome pendant 25 ans ».

Inutile d'observer que l'origine apocryphe de ce document se trahit par la mention du Diatesseron, composé par Tatien entre l’an 150 et 170 de l'ère chrétienne ; l’auteur de la lettre d’Abgar en révèle aussi la provenance tardive, en citant textuellement la réponse de N.-$S. aux envoyés de saint Jean-Baptiste : « Tu fais voir les aveugles, marcher les boiteux, tu purifies les lépreux » (Matth., x1, 5; Luc, vu, 22). Certains noms géogra- phiques laissent eux-mêmes deviner l’époque s’est formée Ja légende. Au dire de l’auteur de la Doctrine, Abgar avait envoyé une ambassade vers Sabinus, à Éleuthérapolis en Pales- tine; or, le nom d'Éleuthérapolis remonte vers l’an 200, sous Septime Sévère (1).

C'est surtout dans l’histoire des successeurs d’Addée que se manifeste la déformation subie par la légende édessénienne dans les milieux arméniens. La version arménienne, que Moise avait sans doute sous les yeux, fait sortir d'Édesse Addée pour évangéliser l'Orient. L'auteur de la version, toutefois, tradui- sit certainement une composition édessénienne, car Édesse est signalée « comme la métropole de tous les pays du côté de l'Orient » (Langlois, p. 325 a). Cependant, le traducteur armé- nien substitue déjà le nom d’Addé ou Atté à Aggée. Atté est ordonné évêque par Addée, près de partir pour la Mésopo- tamie orientale. Un autre écrit apocryphe : la Docfrine des Apôtres, observe qu'Aggée ordonna des évêques pour les As- syriens, les Arméniens, etc... (2).

Comme la Doctrine d’Addée le raconte l’Aggée, la version

(1) Burkitt, Early easlern christianity, London, 1904, p. 14. (2) Cureton, Anc, syr. doc., p. 34 de la trad,

ÉTUDE SUR LA CONVERSION DE L'ARMÉNIE. 91

arménienne dit qu’Atté (Adé) eut les jambes brisées et mourut par l’ordre d'un fils et successeur d’Abgar. La même version fraie encore la voie à Moïse en notant qu'Addée, le maitre d’Atté, « mourut aussi en martyr, de la main des impies habi- tant du côté de l'Orient ». Ce qu'il y avait encore d'indé- terminé dans cette version, Moïse, interprétant les traditions populaires arméniennes, va le préciser (1).

7. Martyre d'Addée et d'Atté précisé par Moïse; Sanadrough el les légendes de Thaddée οἱ de Barthélemy ; noyau historique; origine et dates de leurs développements. Après avoir rappelé, sur la foi d’écrits antérieurs, le martyre d'Addée à Schaverschan (Ardaz), celui de la fille du roi, San- toukhd, tous les deux tués par l’ordre de Sanadrough, et le martyre d’Atté à Édesse, auquel, dit-il, le fils d'Abgar fit couper les jambes, Moïse ajoute : Vint ensuite en Arménie l'apôtre Barthélemy, martyrisé chez nous, en la ville d'Arépan, (II, 34). Puis, il poursuit l’histoire de Sanadrough, fils de la sœur d’Abgar et devenu seul héritier de son oncle.

La légende arménienne de saint Barthélemy donne aussi le

_nom de Sanadrough au neveu d’Abgar. Ilest très vraisemblable

qu'ici, encore, Moïse a trouvé autour de lui quelques faits à moitié légendaires et à moitié historiques, et qu’il les ἃ, sinon travaillés, au moins interprétés comme il le fallait pour en former la trame de son Histoire (2).

(1) 11 n’est donc pas tout à fait exact de dire qu’ « un ms. du 1x? siècle, le ms. addit. 14601 du Musée britannique (dans «πὸ. syr. doc. de Cureton, p. 109, IV; Wright, catal. II, 788), serait le premier à faire d’Addaï un martyr » (Tixeront, p. 65). Le passage cité par Cureton contient néanmoins une intéressante indi- cation : Addée aurait été tué par Sévère, fils d’Abgar, à Aghel Hasnà, en Sophène. Or, nous savons, d'autre part, qu'un fils d’Abgar IX, qui régna deux ans avec lui, avait recu le nom de Sévère, en mémoire de l’empereur de même nom ; et nous savons aussi qu'il fut, au dire de Dion Cassius, taxé de cruauté, à cause de la rigueur excessive avec laquelle il introduisit à Édesse les mœurs romaines (Dion, éd. Dindorf, LXX VII, 12, note ms. V). D’après la Doctrine d'Addée, Aggée successeur d’Addée ayant refusé de faire un diadème païen pour Manou, fils d’Abgar, le prince idolâtre lui fit briser les jambes (trad. Phillips, p. 49-50).

(2) Sanadrough est un personnage à la fois historique et légendaire. Par un procédé qui lui est trop habituel, Moïse l’arrache à l’époque il vécu pour le transporter au premier siècle de ‘l'ère chrétienne. On peut aller plus loin, et supposer comme probable que ce personnage est le Sanadrough mentionné comme roi d'Arménie dans la liste de Mar Abas, et qui régna de lan 166 à l'an 200 (?). Il aurait ainsi été le prédécesseur immédiat du roi appelé par les Armé- niens Valarsace, que Caracalla attira traitreusement dans son camp, comme il

32 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

Moïse donc, et d'une manière assez souvent fantaisiste, accommodé à son sujet les documents, histoires ou légendes, qu'il avait sous les yeux. Ces documents, il les parfois com- binés et modifiés à l'encontre de la vérité; il ne les a certai- nement pas inventés de toutes pièces. Il est seulement diffi- cile de savoir s’il existait avant lui, indépendante de la légende d'Édesse, quelque tradition arménienne, sur l’évangélisation de l'Arménie dès les temps apostoliques. Quelques auteurs ont admis l'existence d'une légende arménienne de saint Thaddée, qui n'aurait point sa source dans la légende syrienne de saint Addée (1).

L'opinion cependant qui se confirme de plus en plus, c'est que la légende arménienne concernant saint Thaddée s'est développée de la fin du à la fin du v‘ siècle, et s'est greffée sur la légende édessénienne de saint Addée. On peut donc admettre que le livre des prédications de saint Thaddée était connu en Arménie au commencement du siècle, sans pouvoir en conclure avec quelque certitude à l'origine apos-

venait de le faire pour Abgar X (Dion, LXXV, 1,9, 6; LXXVII, 12, 1-3; Duval, H. d'Édesse, p. 221; Gutschmid, XL. Schr., II, 3%; Marquart, ZDMG, XLIX, 648-650 ; Faustus, IV, 24). Il est moins naturel que Moïse ait eu en vue le Sana- drough qui lutta un moment contre Trajan, et qui était fils de l’arsacide Meher- dates et neveu du roi parthe Khosroës. Car le Sanadrough qui vécut à la fin du second siècle est resté le plus fameux dans les annales arméniennes (Faustus, IV, 24); et, d’ailleurs, son règne est, par la date, le plus rapproché des événe- ments qui se sont accomplis sous Abgar IX. Il fut, semble-t-il, introduit en Arménie par les Romains. Ceux-ci ravagèrent Artaxata et fondèrent, vers l'an 163, la nouvelle capitale arménienne de Nor-Khalakh, appelée plus tard Valarsabad, du nom de Valarsace,- qui établit sa cour. Mais il se peut bien que Valarsace ait siégé quelque temps à Nisibe, jusque vers l’année 19% ; époque les Romains, maîtres de la Mésopotamie, firent de Nisibe la capitale de cette province (Moïse, II, 13 et 36; Faustus, IV, 14: Marquart, ZDMG, XLIX, 650). Artaban ΠῚ, vers l’an 35 après J.-C., avait détaché de l'Arménie Nisibe qui en faisait partie et l'avait donnée à Izat d’Adiabène (Josèphe, Antiq. jud., éd. Didot, XX, 101,13).

(1) Cf. Dashian, Zur ARE W°ZK MI (1890), 19, 25, 190 et 26-30, 36, du tirage à part. Ce savant suppose que le traducteur arménien de la Doctrine d’Addée avait sous les yeux un texte différent du texte syriaque actuel, p. 46-49 du tirage à part; Sopherk Haikakankh, VI, 10, sur le martyre de saint Thaddée; Ca- tergian, as liturgies chez les Arméniens, en arménien, Vienne, 1897, p. 70; 5. Weber, p.72 etsuiv.; la Katholische Kirche in Armenien de 5. Weber (Fribourg- en- Fe 1905), qui décrit l’organisation et l'action de l'Église arménienne jus- qu’à la fin du ν᾿ siècle, nous a été très utile par ses nombreuses et pr écieuses indications. Nous citons d’après le docteur Weber quelques travaux contem- porains qu’il était impossible de nous procurer.

ÉTUDE. SUR LA CONVERSION DE L'ARMÉNIE. 33

- tolique de l'Église arménienne. Il est évident que le Thaddée arménien est le Thaddée dont parle Eusèbe, l'Addée de la lé- gende d'Édesse. Or, des plus anciens documents, qui sont de source syrienne, 1] résulte que cet Addée n’a pas été martyr et qu'il est mort à Édesse (1). Ce missionnaire, d’après la Doctrine d’Addée, était originaire de Panéas ou Césarée de Philippe en Palestine; il fut probablement le premier évêque d'Édesse, au plus tard vers 150 (Ὁ); mais il serait témé- raire de le regarder comme le premier missionnaire qui ait prêché la foi à Édesse. Qu'il ait aussi porté l’évangile en Ar- ménie, vers l'an 160, cela est non pas certain, mais vraisem- blable. Cette hypothèse permet d'expliquer beaucoup plus aisé- ment les profondes modifications subies par la légende syrienne dans les milieux arméniens. Dès lors, on est moins embarrassé pour donner à la légende une base et un cadre historiques. Le roi de Perse, en effet, Ardaschès et son jeune fils (?) le prétendu roi d’Assyrie, Nerseh, avec lesquels Abgar V, au dire de Moïse, aurait échangé des lettres, peuvent bien s'identifier, le premier avec Ardeschir 1 (+ 242) et le second avec Narsès, qui régna en Perse de l’an 294 à l'an 303.

La légende arménienne donc pu se développer dès le début du 1v° siècle. Aussi ne doit-on pas être surpris de la rencontrer dans Faustus, qui nomme le trône de l'arche- vêque arménien le siège de saint Thaddée et attribue à Sanadrough le meurtre de cet apôtre (2). On n’a point prouvé que ces passages fussent interpolés. Mais les affirmations de Fauste indiquent seulement qu'un peu après le milieu du siècle, la légende avait déjà cours, et, qu'elle projetait vers les temps apostoliques la prédication et la mort en Arménie d'un missionnaire appelé Thaddée.

La légende de saint Barthélemy repose-t-elle sur une base historique plus ancienne? Il semble que non. Jusqu'au temps de Jean Catholicos, trois historiens seulement font allusion

(1) Tixeront, op. cit, p. 66; Phillips, p. 39-46; Cureton, p. 20-21 des 40. syr Doc.

(MBAUStUuS ΠῚ ΤΙΝ ἐσ: L’authenticité de ce texte est défendue par Schmid, Zeitschr. f. armen. Philol. (1901), 1, 67, et Gelzer, Realencycl., 11, 74: elle est attaquée par Carrière, cap. 1, Menevishian, ΠΑ. (1896), 174; cf. Weber, p. 74. Les versions d’'Agathange:arménienne, grecque, arabe, se taisent sur Thaddée.

ORIENT CHRÉTIEN. 3

91 5 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

à la venue de Barthélemy en Arménie; et ces historiens ont -

peu d'autorité; c'est Léroubna, interprété par Moïse de Khorène, et l'œuvre de celui-ci est probablement du vi siècle; c’est l'auteur de la Vie de Nersès, qui puisé dans Agathange et surtout dans Fauste, et dont les additions ne peuvent être an- térieures à la seconde moitié du siècle. Enfin, c’est Zenob de Glag, un apocryphe dont l'œuvre, un tissu de légendes ou simple copie de Moïse, est du vu siècle (1).

᾿ς ὃ. Vers l'an 150 au plus tard, le christianisme devait avoir pénétré à Édesse et, vraisemblablement bientôt après,

(1) Cf. Müsinger, Vita et martyrium 5. Barthol., Salisburgi, 1877, Moïse de Kh., 1. 330; L'auteur de la Vie de Nersès, Langlois, Il, 27; Zenob de Glag, Lan- glois, I, 337, 338. D’après la légende arménienne, saint Barthélemy serait venu dans la région de Gothn (province du Vasbouragan) la 29° année du règne de Sanadrough; il aurait ensuite évangélisé les districts de Her et Zarevand (Môsin- ger, 14: SA, XIX, 34): enfin, avec la sœur du roi et d’autres chrétiens convertis par lui, Barthélemy aurait été martyrisé par Sanadrough, dans une bourgade appelée tantôt Urbanopolis, tantôt Arevban, ou encore Albanopolis, villes qu’on a essayé d'identifier avec Erovantachad (joie d’Erovant), ville située près de l'Araxe et vis-à-vis de l’'Akhouréan, dans la province d’Ararad et le district d’Ar- scharounig, appelé plus tard Erasxaior (Hübschmann, Die altarm. Ortsn., p.426, 124, 407, 363; Môüsinger, 16, 25; 57; Lipsius, Die Apok. Apostelg. und Apostelleg., Brunswick, 1883, II, 58, 100, etc.; Weber, 74 et suiv. Gelzer, Realencycl. 3, 11, 70. On cite aussi, dans l’Isaurie cilicienne, près de Séleucie, une bourgade Orba, Urba, Urbanopolis. Voir H.Grégoire, Saints Jumeauxet Dieux cavaliers, Paris, 1905). On peut admettre avec Gelzer et d’autres critiques modernes que la légende de Barthélemy était déjà reçue en Arménie, assez longtemps avant qu'elle fût exploitée par Moïse de Khorène. Cette conclusion semble autorisée par les témoi- gnages analogues de plusieurs anciens historiens syriens, grecs et latins, qui placent dans l'Asie antérieure le martyre de saint Barthélemy. Ils diffèrent toute- fois sur lelieu du martyre, et le nom du roi quiles fit mettre à mort. Les Latins appellent ce roi parfois Astyage, les Grecs Astrege. Il est aussi fait mention de Polymius. Ce dernier nous évoque naturellement celui de Polémon II, roi du Pont: le nom d’Astyagès fait lui-même songer au fils de Polémon, Zénon, pro- clamé roi d'Arménie sous le nom d’Artaxias ΠῚ ou Ardaschès (Tac., Ann., II, 56; VI, 31). Cette dernière synonymie se vérifierait encore, avec un peu plus de vraisemblance, en faveur du Parthe Tiridate, qui fut couronné roi d'Arménie par Néron et reçut aussi de ses sujets le nom d’Ardaschès (Marquart, ZDMG, 1895, p. 653; Weber, 79). Lesorigines de la tradition arménienne du martyre de saint Barthélemy peuvent donc, à la rigueur, être aussi anciennes que celle de saint Thaddée:; quant à prouver par cette tradition l’origine apostolique de l’Église arménienne ou sa fondation par Barthélemy, c'est une hypothèse que nul texte des premiers sièclesne permet d'affirmer positivement. —On ne peut rason- nablement attribuer plus de valeur à la légende qui donne pour premiers succes- seurs à Barthélemy le perse Gomsi et Babylas, ni à celle qui nous montre ailleurs Thaddée imposant les:mains à Zacharias et lui transmettant son siège (Dashian, HA, 1891, p. 247; Sarkisean, Agathange, 184).

ÉTUDE SUR LA CONVERSION DE L'ARMÉNIE. 35

en Arménie, par Édesse, Mélitène et Césarée. Un Thaddée, avons-nous dit, évangélisa très vraisemblablement Édesse vers l'an 150. D'après la Doctrine d’Addée, Aggée, auquel Moïse de Khorène donne le nom de Affé ou Addé, fut le successeur d'Addée ou Thaddée et le prédécesseur immédiat de Palout sur le siège d'Édesse. Dans la Doctrine des Apôtres qui re- monte à la seconde moitié du 1v° siècle, il est raconté qu'Aggée ordonna des évêques pour les Arméniens, etc. Autant qu'on peut faire fond sur ce texte, il est permis d'en inférer, comme assez probable, qu'Addée, soit par lui-même, soit par ses dis- ciples, annonça l'Évangile aux Arméniens. Sa mort à Édesse ne s’opposerait point à cet apostolat (1). La Doctrine d'Addée dit même que la Mésopotamie et toutes les régions environ- nantes reçurent son enseignement avec amour (p. 33).

Bien des indices d’ailleurs viennent corroborer la vraisem- blance de notre hypothèse. D'abord, il est certain que, vers l’an 150, le christianisme avait pénétré dans Édesse. Δ cette époque, en effet, paraissait à Édesse, semble-t-il, la version syriaque des Écritures, la Peschitto, probablement l'œuvre de Juifs con- vertis (2). Un peu plus tard, entre les années 152 et 170, Tatien revenait de Rome en Mésopotamie, sa patrie, et il com- posait, peut-être à Édesse même, la concordance des évangiles, appelée Diatessaron. Cet auteur, signalé comme hérétique, eût- il songé à répandre son livre, s’il n’eût vécu parmi des chré- tiens? D'ailleurs, vers l’an 190, plusieurs hérésies, telles que

(1) Trad. Phillips, 39-50; La Doctrine des Apôtres, Cureton, Anc. syr. Doc., Ὁ. 34; La Doctrine d'Addée, p. 33 et 35, dit moins nettement que beaucoup d'habi- tants des régions orientales et des pays soumis aux Romains furent ordonnés prêtres par Addée et portèrent l’évangile dans leur contrée. La traduction ar- ménienne est déjà plus explicite.

(2) D’après Burkitt, Early easlern christianity, Lecture Il, The Bible in syriac, la traduction syriaque de l'Ancien Testament avait été faite à Édesse, mais par des Juifs. Plus tard, vers l’an 200, pendant l’épiscopat de l’évêque Palout, uni à Antioche et à Rome, la version de l'Ancien Testament aurait été revisée d’après celle des Septante ; et alors seulement, aurait paru la plus ancienne version syria- que du Nouveau Testament. Quant à la Peschitto proprement dite, pour le Nou- veau Testament, elle ne serait pas antérieure à Rabbüla, évêque catholique d'Édesse, 411-435. Mais d’autres auteurs attribuent à des Juifs convertis et vers le milieu du 11 siècle, la composition de la Peschitto. Duval, Hist. d'Édesse, 261- 263; Liltér. syr. 5, p. 27 et suiv.; on sait que, depuis plus d’un siècle, il y avait de nombreux Juifsen Mésopotamie;telle, parexemple, lareine d’Adiabène.Josèphe, Antig. jud., XV, πὶ, 1-2; XX, πὶ 4. Faustus, IV, 5.

36 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

le marcionisme et le gnosticisme de Bardesane (154-222) et de Valentin, déchiraient déjà la chrétienté édessénienne; les Bar- desanites plus ou moins teintés de docétisme, voyant l'évêque Palout unir étroitement son Église à Antioche et à Rome, com- mençaient à donner le surnom de Paloutiens aux catholiques. Ceux-ci étaient déjà répandus à travers l'Osrhoène; car plu- sieurs communautés chrétiennes catholiques venaient d'affir- mer leur accord avec le pape Victor (189-199) sur la question de la Pâque (1). C'est probablement l'Église paloutienne ou ortho- doxe d'Édesse, qui, vers 201, fut détruite par une inondation du fleuve appelé le Daisan ou le Sauteur (2).

N'était-il pas naturel que la foi ainsi officiellement établie à

(1) Eusèbe, ἢ. E., V, 23. Les termes de l'historien laissent entendre qu'il y avait, non seulement plusieurs communautés, παροικίαι, mais plusieurs évêques dans FOsrhoëne. Toutefois, la liste des évêques d'Édesse donnée par Michel le Syrien (Chabot, VI, 6) est fausse, comme l'indique l'Oriens christianus, 1901, p. 190. Avec Burkitt (Early eastern christ., p. 34-36), on peut admettre comme vrai- semblable la succession suivante : Addée, Izani, Hystasp, Aqai, Palout, Abscha- lamà, Barsamyà. Le professeur de Cambridge suppose qu'Addée introduisit vers l’an 135 le christianisme à Edesse. Il pense que Izani, dans la liste de Michel, est le même que Aggaï ou Aggée (ce dernier ne serait-il pas plus justement identique à Aqai, sauf qu'il est placé trop loin d'Addai?). Burkitt regarde aussi comme empruntés à d'anciennes sources, et dignes de foi, les faits suivants, rapportés par Michel, que Bardesane aurait été converti, baptisé et ordonné diacre par Hystasp, successeur de Izani, vers l'an 179, et que, plus tard, Bardesane, repris pour ses erreurs par Aqai successeur de Hystasp, aurait refusé de les abjurer et aurait été excommunié (Michel, éd. eit., p. 110).

Palout, et après lui, Abschalamä et Barsamyà, le contemporain du pape Fa- bien (236-250), commencèrent une nouvelle série d’évêques, en ce sens qu’ils furent plus directement unis et soumis au siège d’Antioche et à celui de Rome. Si on réfléchit sur l'orientation entièrement catholique de l'Église d’Édesse sous Pa- lout, sur la consécration de cet évêque par Sérapion d’Antioche (189-209) et si l’on rapproche ces deux faits du séjour prolongé d’Abgar IX à Rome, qui précéda de bien peu l'attitude nouvelle de l’Église d’Édesse, on n’est pas seulement porté à admettre une relation épistolaire entre le toparque d'Édesse et le pape Eleuthère (177-192 3): on soupçonne, en outre, des rapports entre Abgar IX et le pape Zéphyrin (202-218). Cf. Eusèbe, Chron., 22345; Migne, P. G., XIX, 570: Harnack, Abhandl., dansles Sitzungsber. de l' Acad. de Berlin, 1904, p.909 et suiv. —Harnack (Texte u.unters., 1, 212) place le séjour de Tatien en Mésopotamie, entre l’année 152 et 165. Sur le marcionisme à Édesse, Eusèbe, ἢ]. E., IV, 29 et 30; Migne, XX, 493; Prépar. évang., NI, 10, 46; Chron. édess. dans Assémani, I, 389, n. V. Epiph., Hæres., LVI, 1; Hippolyte, Philosophumena, VII, Bardesane y est appelé armé- nien; à tort sans doute, puisqu'il était syrien. Ce qualificatif pourrait cepen- dant confirmer le récit de Moïse de Khorène, d’après lequel Bardesane serait venu prêcher en Arménie contre le culte païen (Moïse écrit Partadzan, 11, 66).

(2) Chron. édess., Assémani, 1, 390-392. Le Sauteur est la traduction du nom grec Skirt

ÉTUDE SUR LA CONVERSION DE L'ARMÉNIE. 31

Édesse rayonnât vers l’est et le nord-est, c’est-à-dire vers l'Ar- ménie, signalée dans les Écritures comme le second berceau du genre humain?

On peut donc raisonnablement supposer que, vers la fin du second siècle, l'évangile fut prêché en Arménie par des mis- sionnaires syriens venus d'Édesse. Cette conclusion ne paraîtra point excessive, car, vers 222, un disciple de Bardesane, nommé Philippe, affirmera que la foi et les mœurs chrétiennes ont pénétré chez les Mèdes, les Parthes, Les Perses, les Bactriens, les Gèles, jusque dans les provinces orientales de la Perse, bien au delà, par conséquent, de l'Arménie, et ces peuples, comme l'observe Sozomène, semblent avoir connu l’évangile par suite de leurs relations avec l'Osrhoène et l'Arménie (A. E., I, 8).

Il n'est pas moins probable qu'à cette époque d’autres mis- sionnaires venus soit de Césarée, soit de Mélitène, soit même du Pont, avaient déjà franchi les limites qui les séparaient de l'Ar- ménie. Encore que ce ne soit qu'une hypothèse, il est difficile de ne pas l’'admettre, quand on lit la lettre si suggestive de Pline le Jeune à Trajan (1). Dans cette lettre, écrite de 111 à 113, Pline informe l'empereur que, dans le Pont et la Bithynie, beaucoup de personnes de l’un et l’autre sexe, de tout âge, de tout rang, de toute condition, sont devenues chrétiennes: il ajoute qu'un peu auparavant les chrétiens étaient nombreux, au point de rendre presque déserts les temples païens et de laisser sans acheteurs les victimes engraissées pour les sacrifices. Ces faits, le gouverneur les avait sans doute constatés, surtout dans la région d'où il écrivait. Or, il semble bien, si on en juge par les lettres de la même époque, qu'il se trouvait alors à l’est du Pont, peut-être vers Amasia, et plus probablement vers Amisos (Samsoun).

(1) Cf. Eusèbe, IV, 3; V, 5-7; VII, 6, 8; Dialogue du disciple de Bardesane, Philippe, sur les Lois des Nations, dans Spicileg. syr. de Cureton, p. 31, et Nau, Bardesane l'Astrologque, Le livre des Lois des Pays, Paris, 1899; texte syr. et trad. franc., n. 56 et 57, p. 55 de la trad., voir en tête l’intéressante étude sur sardesane. Eusèbe, Præpar.evang., VI, 10, 46; lettre de Pline, éd. Didot, £p., lib. X, 97; elle semble écrite de la partie orientale du gouvernement de Pline, très vraisemblablement d’'Amisos (Samsoun) ou d'Amasia. Cf. Harnack, Mission?, I, Die Verbreitung (1906), p. 157. Harnack opine pour Amastris ou Amasia ; L. Duchesne pour Amisos, Hist. anc. de l'Église ?, t. 1, p. 435. En réalité, la lettre 9% qui précède semble avoir été écrite d’Amisos; la lettre 99 qui suit, semble venir d’Amastris.

38 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

Dans ces conditions, étant données les relations entre les habitants du Pont et de l'Arménie, comment la foi ne se füt- elle pas propagée du côté de Sébaste et de la Grande-Arménie? L'union de l'empire avec l'Arménie aplanissait la voie aux mis- sionnaires. C'était l’époque le trône arménien était occupé par le fils de Pacorus, Axidarès (Ardaschès Artaxias?). Peu après, l'Arménie devenait province romaine, et le prétendant Sanadrough, fils de Méherdates, était battu et tué.

On s’expliquerait ainsi que le roi et les prêtres païens se soient vite émus des progrès du christianisme, et l’on pourrait admettre comme bien vraisemblable le martyre de l’Ascète Soukias et de ses compagnons, que l'hagiographie arménienne place vers 107 (?). Venus de la cour des Alaïins avec la reine Sathinig, ils auraient été favorablement écoutés par Ardaschès (Tiridate-Artaxias); mais la reine, fanatique dévote d’Astlig, aurait refusé de les entendre; et ses fils les auraient fait mourir.

On s’expliquerait, à plus forte raison, que le successeur d’Ar- daschès, nommé Artavasde par les Arméniens, ait pu mettre à mort les Osguians sur le mont Nbat (Niphatès), dans le district de Pakrevant (1). Cependant, le vraisemblable peut n'être point vrai; et aucun document précis, à l'abri de toute suspicion, ne permet d'affirmer qu’il y ait eu en Arménie, avant la fin du second siècle, une église chrétienne organisée.

Rien ne prouve que saint Athanase vise l'époque de Trajan, ou même les règnes des premiers successeurs de ce prince, quand il s’écrie : C’est le triomphe du Christ d’avoir soumis à ses lois des pays impénétrables, comme celui de l'Arménie, dont les habitants étaient toujours en état de guerre (2). On ne peut, sans plus, conclure ici à une évangélisation de l'Arménie avant la fin du second siècle, attendu que l’œuvre de l'illustre docteur n’est pas antérieure à l’an 318.

En résumé, l’évangélisation de l'Arménie apparait comme une simple hypothèse pour le premier siècle; mais l'hypothèse devient de plus en plus probable à mesure qu'on avance dans

(1) 5. Æ., XIX, 34, 35, 59; Jean Catholicos, trad. 5. Martin, p. 29 et 90, p. 99 et 26 de son texte; Th. Ardzrouni, I, 7, dans Brosset. (2) Sur l'Incarnation, 51. Migne, P. G., XXV, 188, Bardenhewer !, Patrol., 235.

D]

ÉTUDE SUR LA CONVERSION DE L'ARMÉNIE. ΟΝ

le second; elle se pose à nos yeux comme un fait à peu près incontestable vers les années 190-195. Tertullien, en effet, dans son traité contre les Juifs, composé vers l’année 200, range l'Arménie parmi les contrées qui, avec la Perse, la Médie, la Phrygie et la Cappadoce, renferme des chrétiens (1). Quelle était ici la source d'informations de l’éloquent apologiste? Se faisait-il l'écho de quelque correspondant de l'Asie Mineure? Ou reproduisait-il simplement une version des Actes des Apôtres, semblable à celle que saint Augustin aura sous les yeux, et dans laquelle des Arméniens étaient compris parmi les témoihs des miracles opérés à Jérusalem, le jour de la Pentecôte (2)? Cette seconde supposition est la plus vraisemblable; mais elle corrobore plutôt notre conclusion; car elle tend à reculer vers le milieu du premier siècle la première évangélisation de l’Ar- ménie, et la fin du second siècle n’est à nos yeux que la dernière limite fixée par cette évangélisation. Mais ici, nous sommes sur le terrain de la certitude; nous l'avons déjà dit : si Bardesane passe pour Arménien aux yeux de l’auteur des Philosophu- mena, si Moïse raconte que ce personnage combattit le paga- nisme en Arménie, c'est qu'apparemment Bardesane fit du prosélytisme parmi les Arméniens. Au reste, ce qui peut sem- bler encore trop vague dans ces témoignages est précisé et corroboré par le texte du disciple de Bardesane, Philippe (?). Ce dernier, nous l’avons vu, parle de la salutaire influence exercée par le christianisme sur les mœurs de plusieurs peuples asia- tiques, par exemple sur les Gèles, habitant au sud-ouest de la mer Caspienne, dans le Ghilan actuel, et sur les Bactriens, vivant bien au delà de la mer Caspienne. Or, se peut-il que les missionnaires syriens, grecs ou romains, qui avaient porté la foi chrétienne dans ces régions, ne l’eussent point prêchée en passant à travers l'Arménie, leur chemin naturel? Cet ordre était dans la logique des choses ; et Sozomène l'avait bien com- pris, quand il disait que la foi chrétienne devait avoir été intro- duite chez les Perses, à la suite de leurs relations avec l'Os- rhoène et l'Arménie (3). |

δ 9. Persécutions probables sous Sanadrough, Valar- Ch. 7. Migné, P.L., II, n. 610. Bardenhewer, Patrol., 185.

) ) Act. apost., 11,19; Aug., Contra ep. Manich., c. 9; Migne, P. L., XLII, 179. ) Eusèbe, Præp. evang., VI, 10,46; Sozom., Π. E., 11, ὃ.

Ι

) . 3)

( ( (

40 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

sace et C'hosroès, princes dont l'histoire ne sera d’ailleurs jamais bien connue. Il est donc très probable qu'il y avait des chrétiens en Arménie au début du troisième siècle; et, puisque par la lettre de Tertullien à Scapula (Bardenhewer ?, p. 160), écrite vers l’an 212, nous connaissons les persécutions exercées contre les chrétiens en Cappadoce, ne sommes-nous pas fondés à supposer que des chrétiens arméniens purent aussi être tourmentés dans le même temps, soit par un Sanadrough, soit par quelque autre prince indigène? Que le fils de Sana- drough, Valarsace, ait été cruel pour les chrétiens, cela est vrai- semblable. Au témoignage de Moïse (II, 66), ce prince était fort dévot au dieu national Amanor; et il avait élevé près du temsle de Pacavan un bâtiment, destiné à héberger les pèlerins venus pour la fête de Navassart.

Le même soupçon de cruauté envers les chrétiens plane sur le fils de Valarsace, le Chosroès des Arméniens (218-252? ou 218-238?). Si l'on en croit Agathange, il était fort dévot aux idoles (n. 11). Après une victoire sur les Perses, Chosroès ordonna qu'on rendit des actions de grâces aux divinités dans les temples des sept autels; il leur fit offrir des taureaux blancs, des chèvres blanches, des chevaux et des mulets blancs, avec des vêtements superbes, des tissus de soie, des couronnes, des vases d'or et d'argent, enrichis de pierreries. Ce témoignage, toutefois, serait insuffisant pour ranger Chosroès parmi les persécuteurs. Moïse de Khorène va plus loin (II, 75). Il affirme que ce prince sévit contre les chrétiens; seulement l'autorité de l'historien est médiocre. D'ailleurs, il est impossible de con- trôler la source dont il se réclame, et qui aurait eu pour titre : Histoire des persécutions, par Firmilien de Césarée.

Après avoir bénéficié de l'alliance de leur patrie avec Rome, les chrétiens d'Arménie durent en pâtir ; les persécutions déchai- nées dans le Pont et la Cappadoce par Maximin et Dèce eurent sans doute un redoutable contre-coup en Arménie. Bientôt, elle se vit prise et comme écrasée entre l'empire grec et le royaume sassanide, dont les maitres voulaient imposer le mazdéisme à leurs sujets. Alors, les chrétiens arméniens, dont le nombre était sans doute encore assez restreint, furent réduits à se cacher dans les cavernes et les déserts. Avec l'extrême réserve que commande la critique de l'œuvre actuelle d’Agathange, on

ÉTUDE SUR LA CONVERSION DE L'ARMÉNIE. Al

pourrait placer vers cette époque les soixante-dix saintes per- sonnes, hommes et femmes, qui assistent au martyre de sainte Hripsimé, et dont trente-deux sont immolées après elle (le texte de Marr est muet sur ces 70 saints, p. 81).

Le nom de ce monarque, si célèbre chez les Arméniens, s’identifie très difficilement avec les rois arméniens connus des historiens étrangers. Plusieurs ont cru le reconnaitre en ce Tiri- date Π que les Parthes livrèrent en 216 à Antonin Caracalla, et auquel l'empereur Macrin envoya plus tard une couronne. Peut-être avait-il été mis sur le trône par le roi des Parthes; quoi qu'il en soit, il se rapprocha des empereurs Alexandre Sévère, Gordien et Philippe l'Arabe; comme ces princes n'é- taient pas hostiles au christianisme, auquel le dernier semble avoir été initié, leur exemple put amener le roi arménien à adoucir ses rigueurs, si toutefois il. s'était montré intolérant jusqu’à ce moment à l'égard des chrétiens (1).

On présume que Chosroës le Grand mourut assassiné ; mais la date du meurtre est incertaine ; ce fut vers 258, disent quelques anciens auteurs arméniens. Cette date paraît trop tardive; la fin de Chosroës doit remonter vers l’an 252, ou peut-être vers l'an 238. Chosroëès aurait donc été, ou peus’en faut, le contem- porain de Merouzanès ou Meroujan. On sait que, pendant l'accalmie qui suivit la persécution de Dèce, ou moins vr aisem- blablement celle de Valérien, Denys d'Alexandrie écrivit à cet évêque, au sujet des anciens apostats repentants (252-254). Quel était ce Merouzanès? Très probablement un évêque arménien. Il se peut même qu'il appartint à la famille arménienne des Ardzrouni, seigneurs du Vasbouragan; car le nom de Merou- jan fut spécialement porté par des membres de cette famille. Mais on ne saurait en conclure, du moins avec certitude, comme l’a cru Gelzer, que l'évêque d'Arménie Merouzanès ou

(1) Dion, LXXVII, 19, 21; LXXVI, 27, 4; LXXX, 9, 4; Hérodien, VI, 5, G; Zo- naras, XII, 15,19, 21; Migne, P. G.,t. CXXXIV. δ ποι πα; la suite de Letronne (ZDMG, XXXI, 49; Letronne, Rec. des Inser. grecq. el lal. d' Égypte, 11, 511), essayé d'identifier Chosroès le Grand avec le Chosroès désigné par l'inscription suivante sur un monument funéraire de Thèbes : « Moi, Chosroës d'Arménie, j'ai vu et admiré, χοσρόης Ἀρμένιος ἰδὼν ἐθαύμασα. Le critique allemand suppose que ce Chosroëès avait été livré comme otage à Septime Sévère et que, vers 202, à la suite de l’empereur, il visita les monuments α᾽ Égypte.

42 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

Meroujan siégeait dans le Vasbouragan, ou même dans la Grande-Arménie. LE

Si l’on place Merouzanès dans la Grande-Arménie, il faut expliquer comment son épiscopat, antérieur d’un demi-siècle à celui de Grégoire l'Iluminateur, a pu être ignoré des anciens historiens arméniens; car, si ces derniers l'avaient connu, ils l’auraient signalé avec autant et plus d’empressement que tels événements à demi légendaires, dont ils ont pourtant transmis le souvenir; ils n'auraient pas regardé Grégoire comme l'unique source immédiate du sacerdoce arménien. Il est vrai que Merou- zanès paraît un nom arménien, qui sera porté plus tard par des princes Ardzrouni du Vasbouragan. Mais l'argument semble faible, si on se rappelle que bien des Arméniens habitaient aussi en deçà de l'Euphrate, à l’ouest de la Grande-Arménie. On a relevé les noms ariens ou arméniens d'un évêque ap- pelé Hormizès, qui siégeait à Comana dans l'Arménie 11“, et celui d'un Narsès évêque de Cerasus, dans le Pont Polémo- niaque. Au reste, une raison plus importante nous incline encore à mettre le siège de Merouzanès dans la Petite-Arménie : Cette contrée relevait, au 11° siècle, du gouverneur grec de Cappadoce. Or, quand Denys, dans sa lettre à Merouzanès, parle des pénitences imposées aux apostats, il est bien probable qu'il vise des personnes soumises à la domination grecque; car, peu avant la mention de la lettre à Merouzanès, Eusèbe parle d’une épitre adressée par le même patriarche d'Alexandrie aux fidèles d'Égypte; et les apostats dont il est ici question sont ceux qui ont faibli pendant la dernière persécution, c'est-à-dire la per- sécution de Dèce, selon toute apparence (250-251). Inutile de montrer que Dèce n’avait pu sévir que contre ses propres sujets et non contre les habitants de la Grande-Arménie, alors proba- blement soumise à Sapor (1).

F. TOoURNEBIZE. (A suivre.)

(1) Sur les Meroujan Ardzrouni, voir Faustus, IV, 23, 24, 32,33; V,58, 43; Moïse de Khorène, ΠΙ, 19, 35-37; sur l’évêque Meroujan ou Merouzanès, Eusèbe, H.E., V1, 46; Migne, XX, 636. L. Duchesne fait valoir la plupart des raisons données plus haut pour établir que Merouzaänès avait son siège dans la Petite-

Arménie, l'Arménie chrét. dans l’Hist. eccl. d'Eusèbe ; Mélanges Nicole, Genève, 1905, p. 105-107.

HISTOIRES DES SOLITAIRES ÉGYPTIENS

(Ms. Coislin 126, fol. 158 sqq.)

INTRODUCTION

Ce titre, emprunté à la version syriaque (1), correspond au latin Vitae Patrum (2) et nous semble préférable à l'épigraphe « apophthegmes des saints vieillards » (Verba seniorum) (3) que porte notre texte grec. En effet, nous ne trouverons pas seulement de bonnes paroles (apophthegmes) prononcées par les vieillards, mais, le plus souvent, des histoires de moines racon- tées par l’auteur ou du moins consignées d’après des récits qui _ lui ont été faits. Ces histoires conservées dans de si nombreux manuscrits grecs sont de deux genres : les unes portent expli- citement le nom de leur héros ou de leur auteur : « Macaire faisait... Macaire racontait... », les autres ne portent pas de nom propre : «il y avait un frère qui faisait... un vieillard ra- contait.. ». De bonne heure, la plupart des histoires qui por- tent un nom d'auteur furent extraites et transcrites à part dans leur ordre alphabétique. La plus importante de ces col- lections alphabétiques été éditée par Cotelier (4). A peu près tout le reste est inédit.

Nous avons parcouru les manuscrits de Paris dans l'espoir un peu déçu d'y trouver de nombreuses histoires intéres-

(1) «οὐ ον li5r5259 Lynn μ᾽ pos IN%sal. Histoires des solitaires Égyptiens du désert d'Égypte. Ms. de Londres add. 12173, fol. 117".

(2) Cf. Micxe, Patr. lat., τ. LXXHIT, col. 107-1066.

(3) Zbid.

(4) Cf. Mie, Patr. gr., t. LXV ; KrumpacHer, Byz. Lill., éd. p. 188.

A4 | REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

santes. Dès 1900, nous avons pu signaler à M. Léon Clugnet deux des histoires de Daniel de Scété (1) et depuis lors l'histoire de sainte Marine (2) et quelques récits intéressants du ms. grec 1596 (3). Nous avons édité nous-même les récits du moine Anastase sur les Pères du Sinaï (4) et les récits d'un autre Anastase (sans doute le patriarche d’Antioche) (5), nous avons traduit tous ces récits dans la Revue de l’Institut catholique (1902) (6), et avons encore édité l’histoire de Thaïs (7) et le cha- pitre des saints anachorètes (8). Enfin nous avons publié l’a- nalyse du ms. grec 1596 qui nous paraissait contenir l’une des plus intéressantes compilations (9).

En dehors de ces quelques histoires intéressantes que nous avons trouvées dans la masse des apophthegmes (10), il nous avait toujours paru important de compléter la publication de Cotelier. Mais les mss. les plus considérables comme Coislin 127 (et 108) (11) qui nous avaient attiré d’abord, sont bien sou- vent des compilations récentes de toute provenance qui ont fondu à nouveau les apophthegmes alphabétiques avec les autres sous divers lieux communs. On le reconnaît à ce fait que les pères cités sont rangés par ordre alphabétique, et que les récits de Daniel le scétiote (vr° siècle) sont déjà fondus parmi les au-

(1) M. Clugnet a eu le mérite de reconnaitre que ces deux récits n'étaient qu’une partie d’un tout : les récits de Daniel le scétiote (cf. KRumBACHER, loc. ci.) qu’il a édités. Cf. ROC, 1900-1901. Tirage à part chez Picard. Aux neuf mss. grecs que nous avons déjà signalés à M. Clugnet (ROC, 1901, p. 83-85) il faut encore ajouter les sept suivants qui renferment tout ou partie des récits de Daniel: grec 890, 919, 1596, 2474; Coislin 108, 126, 127

(2) Cf. ROC, 1901, p. 573; 1904, p. 560.

(3) Zbid., 1905, p. 39.

(4) Oriens chrislianus, Rome, 1902, p. 58-89.

(9) 1bid., 1903, p. 56-90. Une partie des récits d’Anastase, moine du Sinaï, ont été Sales Anais par M. Von Dobschütz dans le ms. 187 de Dresde (Byz. Zeil- schrift, 1906, p. 245-246).

(6) Tirage à part à la librairie Picard, Paris, 1902, 70 pages.

(7) Annales du Musée Guimet, τ. XXX, partie, Paris, 1905.

(8) ROC, 1905, p. 387.

(9) Zbid., 1902, p. 604; 1903, p. 91.

(10) Notons que l’histoire de Doulas « du moine faussement accusé de vol » dont nous ne connaissions jadis qu'un manuscrit (cf. ROC, 1901, p. 77-78) se trouve encore dans les mss. grecs 890, fol. 60 ; 1036, fol. 303"; et Coislin 126, fol. 349"; 127, fol. 110; et 108, fol. 101".

(11) Cesdeux mss. renferment la même collection. Tous les apophthegmes, alpha- bétiques et autres, sont classés sous les lieux communs relevés par Photius, Bi- bliotheca, cod. 198, P. G., CII, col. 664 et P. L., LXXIII, col. 852.

“ὦ

HISTOIRES DES SOLITAIRES ÉGYPTIENS. 4)

tres. C’est le cas des mss. Coislin 127 et 108. Le ms. de Lon- dres, Burney 50, qui est formé de deux volumes, est une com- pilation plus récente encore, car elle renferme un bon nombre de récits du moine Anastase sur les Pères du Sinaï (1) et ne peut donc être antérieure au vin siècle puisque le moine Anastase écrivait vers le milieu du vrr°.

Nous avons étudié aussi de petites compilations, comme celle du ms. Coislin 282, fol. 1-96; elles ont le grand avantage de ressembler à celles qui ont été traduites en latin du au vi siècle et qui constituent les Vifae Patrum. Leur ressemblance avec le latin leur est une garantie d'antiquité, mais une partie de leurs histoires, celles qui renferment des noms propres, en ont été extraites pour figurer dans les apophthegmes alphabé- tiques et ont donc été éditées par Cotelier; les éditer à nouveau ferait double emploi. Il s'ensuit donc qu'une édition destinée à compléter celle de Cotelier sans faire double emploi avec elle semblait assez difficile à préparer. Nous avons remarqué enfin que ce travail avait été fait par l’auteur des compilations con- tenues dans le ms. Coislin 126 du x‘ au xi° siècle. Cet auteur, après avoir transcrit les apophthegmes alphabétiques (fol. 1-158), a recueilli ensuite tous ceux qui ne figuraient pas dans cette première partie. Il n'a suivi aucun ordre, les quelques titres correspondent à peine à quelques-unes des histoires qui les suivent, l’auteur semble donc bien n'avoir eu qu'un souci, celui d’être complet (2), et c'est ce qui nous rend sa compilation précieuse, car, pour compléter Cotelier, il nous suffit de l’éditer.

Objet et mode de la présente publication. Nous ne nous pré- occupons pas de rechercher les sources, d'étudier l'ancienneté relative ou la crédibilité de nos récits, car ces études critiques ne peuvent guère devenir définitives qu'après une publication complète des textes (3); nous avons donc seulement la préten- tion de les préparer et non de les faire.

(1) Nous en avons relevé douze, à savoir : t. I, fol. 50, les chap. 1, 11, nr, 1v, V de notre traduction; fol. 57, le chap. xc; fol. 139, les chap. xxur à xxvr; fol. 143, les chap. ΧΧΙΧ et xXXVINI.

(2) 11 à même ajouté à la fin (fol. 311-329 et 349») tous les récits de Daniel le scétiote (Voir l'édition si complète et si bien étudiée qu’en à donnée M. Clugnet, ROC, 1900-1901).

(3) Voir l'étude de Dom ὦ, Butter, The lausiac history of Palladius, 1, Cam- bridge, 1898, p. 208-215. |

46 __ REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

Nous publions telle quelle la seconde partie du ms. Coislin 126 (A), fol. 158 sqq., dont la première été éditée par Cotelier. Nous avons ajouté hâtivement une traduction française pour ceux des lecteurs de la Revue de l'Orient chrétien qui ne lisent pas le grec. Les anecdotes ont trait à toutes sortes de sujets et, bien qu’elles aient été écrites pour édifier, la malignité pourrait parfois y trouver son compte aux dépens de quelques malheu- reux moines. Elles doivent être lues avec l'esprit dans lequel elles ont été écrites. D'ailleurs cette édition n’est pas une œuvre de vulgarisation : elle est destinée aux seuls savants et il ne sera pas fait de tirage à part.

Pour préparer un peu l'étude critique des apophthegmes, nous ajoutons leur concordance, lorsque nous l'avons notée, avec les anciennes versions latine et syriaque et avec quelques manuscrits grecs de Paris.

La version latine du au νι" siècle (en majeure partie du moins) est contenue en particulier dans la Patrologie latine de Migne, t. LXXIIL, col. 707 à 1066. Nous y renverrons par la lettre M, suivie des numéros de la colonne et de l’histoire.

La version syriaque, aussi ancienne, puisqu'elle est conte- nue dans des manuscrits du γι siècle, nous est conservée dans diverses collections aussi bien que les traductions latines. Nous renverrons : a) au manuscrit de Londres add. 12173, du vi® au ὙΠ siècle (L), dont nous avons pu faire une analyse détail- lée ; b) à l'édition donnée par le Révérend Père Bedjan (B), qui est une compilation du Paradis des Pères composé par Enan- Jésus au vri° siècle, et d’autres histoires recueillies par le R. P. Bedjan dans divers anciens mss. syriaques (1); c) à l'édition du Paradis des Pères d'Enanjésus (E) publiée avec traduction an- glaise par M. W. Budge (2).

Comme on le verra, les traductions latine ou syriaque d'un bon nombre de ces histoires ont déjà été publiées (3). Ces his-

(1) Acta martyrum et sanctorum, t. VII, vel Paradisus Patrum, Paris, 1897.

(2) The book of Paradise of Palladius, ? vol., Londres, 1904. Nous renverrons presque uniquement à l'édition du R. P. Bedjan. Celle de M. W. Budge, qui comporte une traduction anglaise, est plus accessible et chacun établira facile-

ment la concordance, car, en somme, l’ordre est à peu près le même dans les.

deux éditions. (3) On publié aussi des traductions arménienne et copte. Cet ouvrage été traduit, semble-t-il, en toute langue : arabe, éthiopien, vieux francais, etc.

4 1

a

let 3 à dt int

ΝΥ ΣΡ A: RAGE

HISTOIRES DES SOLITAIRES ÉGYPTIENS. 47

toires elles-mêmes ont été citées ou résumées par une multi-

tude d'auteurs (1). IL n’est donc pas trop tôt d'en publier enfin le texte grec original.

Ε, Nauw. Mars 1907.

(1) Nous renverrons assez souvent par le simple mot Paul suivi de la page, aux extraits de notre ouvrage insérés par Paul Euergétinos (f 1054) dans sa grande compilation : Συναγωγὴ τῶν θεοφθόγγων ῥημάτων... Athènes, 1901.

᾿Αποφθέγματα τῶν ἁγίων γερόντων.

Βὐλόγη σον πάτερ s

1. -- Ἠρωτήθη ἅγιος πατὴρ ἡμῶν ᾿Αθανάσιος ἐπίσκοπος ᾿Αλε-

» N , τῷ ᾿ CR ε » ξανδρείας πῶς ἴσος υἱὸς τῷ πατρί; Καὶ ἀπεχρίθη" ὡς ἐν δυσὶν ὀφθαλ-

pois τὸ ὁρᾷ.

2. --- ρωτήθη ἅγιος πατὴρ ἡμῶν Γρηγόριος θεολόγος" πῶς ἴσος υἱὸς καὶ τὸ ἅγιον πνεῦμα τῷ πατρί; Καὶ ἀπεχρίθη" οἷον ἐν ἡλίοις (158 ν᾿) τρισὶν ἐχομένοις ἀλλήλων, μία τοῦ φωτὸς σύγχρασις θεότης.

9. -- αὐτὸς εἴπεν᾽ ὅτι τὰ τρία ταῦτα ἀπαιτεῖ θεὸς ἀπὸ παντὸς CRETE à nt ; ἜΝ ΞΕ > ἀνθρώπου ἔχοντος τὸ βάπτισμα" [ΠΠστιν ὀρθὴν ἀπὸ τῆς ψυχῆς, χαὶ ἀλήθειαν ἀπὸ τῆς γλώσσης, LA σωφροσύνην ἀπὸ τοῦ σώματος.

Δ, Δύο ἀδελφοὶ ἧσαν γνήσιοι ἐν Σχήτει χαθεζόμενοι, χαὶ συνέφη τὸν ἕνα ἀσθενῆσαι. ᾿Ελθόντος οὖν τοῦ ἀδελφοῦ ἐν τὴ ἐχχλησίᾳ, χαὶ αἰτησαμένου αὐτοῦ παρὰ τοῦ πρεσδυτέοου προσφορὰν, ἀχούσας TOEG- GÜrepos λέγει τοῖς ἀδελφοῖς" ἼἌγωμεν ἐπισχεψώμεθα τὸν ἀδελφόν. ᾿Ἑλθόντων οὖν χαὶ εὐξαμένων ἀνεχώρησαν. Πάλιν οὖν τὴν ἀλλὴν χυριοχκὴν, ἐρωτᾷ αὐτὸν πρεσόι τερος πῶς ἔσχεν 0 ἀδελφός. 1950: φησιν: Εὔξαι (158 ν᾽) ὑπὲρ αὐτοῦ. Πάλιν οὖν πρεσδύτερος τοὺς ἀδελφοὺς λαθὼν ἐπορεύθη σὺν αὐτοῖς πρὸς τὸν χάμνοντα ἀδελφόν. ᾿Ελθόντων οὖν αὐτῶν, καὶ ὡς ἧσαν χαθήμενοι, ἐχεῖνος ἤμελλεν χοιμᾶ- σθαι. Τῶν δὲ ἀδελφῶν φιλονειχούντων χαί τινων λεγόντων ὅτι ἠξιώθη

Ν 2 »

- 5.7. ΄ \ ar τοῦ παραχλήτου, ἄλλων δὲ περὶ τούτου ἀμφιδαλλόντων, χαὶ βλέπων " l ΕἸ - τ r -- A αὐτοὺς ἀδελφὸς αὐτοῦ, ἔφη πρὸς αὐτούς" Τί φιλονειχῆτε πρὸς ἀλ- ΄, , Eu / - A N7 \ A \ 4 λήλους: θέλετε γνῶναι τὶς. ἔχει τὴν δύναμιν; Καὶ GTOADELC πρὸς τὸν

ἀδελφὸν αὐτοῦ, ἔφη πρὸς αὐτόν: Ὑπάγεις ἀδελφέ μου: δὲ ἀσθενῶν

A Sn 4.3.

APOPHATHEGMES DES SAINTS VIEILLARDS (1).

1. On demanda (2) à notre saint père Athanase, l'évêque d'Alexandrie : Comment le Fils est-il égal au Père? Il répondit : Comme la vue dans deux yeux.

2. On demanda (3) à notre saint père Grégoire le théologien : Comment le Fils et le Saint-Esprit sont-ils égaux au Père? Il répondit : Si trois so- leils étaient proches l’un de l’autre, la divinité est comme le mélange unique de (leur) lumière.

3. Le même dit : Dieu demande à tout homme baptisé les trois choses suivantes : la foi droite de l'esprit, la vérité de la langue et la pureté du corps.

4. Deux frères selon la chair (4) habitaient Scété et il arriva que l’un tomba malade. Son frère alla à l'assemblée (5) et demanda la communion au prêtre (6) (pour le malade). Le prêtre dit aux frères : Allons visiter (le malade). Ils y allèrent donc et s’éloignèrent après avoir prié. Le dimanche suivant le prêtre lui demanda comment son frère allait. Il répondit : Priez pour lui. Le prêtre prit encore les frères et alla avec eux près du malade. Quand ils arrivèrent, comme ils étaient assis, celui-là fut sur le point de mourir. Tandis que les frères discutaient et que certains disaient : Il a été gratifié du Saint-Esprit, pendant que les autres en doutaient, son frère, les voyant, leur dit : Pourquoi discutez-vous entre vous? Voulez-vous savoir qui la puissance? Puis il se tourna vers son frère et lui dit : Est-ce que tu t'en vas, à mon frère? Le malade dit : Oui, mais prie pour

(1) Le grec ajoute « Père, bénis », formule qui précédait les lectures publiques comme le latin : « jube, domne, benedicere ».

(2) Coislin 108, f. 291; 127, f. 308.

(3) Zbid.

(4) Litt. « naturels », pour les distinguer des frères « spirituels » ou membres d’une même communauté.

(5) Litt. « l’église ». Item au 21.

(6) Il n’y avait qu'un prêtre en titre pour tous les solitaires de Scété.

ORIENT CHRÉTIEN. 4

20 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

ἔφη: Ναὶ, ἀλλ᾽ εὖξαι ὑπὲρ ἐμοῦ. δὲ πρὸς αὐτὸν ἔφη" Φύσει ἄδελ- φέ μου, οὐκ ἀφῶ σε ἀπελθεῖν πρὸ ἐμοῦ. Kai στραφεὶς πρὸς τοὺς χαθη- μένους (159 r°) ἀδελφοὺς ἔφη: Δότε μοι ψιάθιν χαὶ ἐμόρίμιν. Kai λχόὼν χαὶ χλίνας τὴν χεφαλὴν, παρέδωχε πρῶτος τὴν ψυχὴν, ἔπειτα ἀσθενῶν. Καὶ εὐθέως ἀμφοτέρους χηδεύσαντες οἱ πατέρες, ἀπήνεγχαν “καὶ ἔθαψαν μετὰ χαρᾶς, ὅτι ἀπειλήφασι τὸ φῶς τὸ νοητόν. ι 5. Δύο ἦσαν ἀδελφοὶ ἅμα οἰχοῦντες ἐν τῇ ἐρήμῳ. δὲ εἷς ἐξ αὐτῶν ἡνίχα ἀνεμνήσθη τοῦ χρίματος τοῦ θεοῦ πολλοστὸν ἀπέδρα 9 A » V7 ‘O δὲ «“ Ya , ΣΕ 2 , = M εἰς τὴν ἔρημον πλαζόμιενος. ë ἕτερος ἐξήρχετο ὀπίσω αὐτοῦ ζητῶν αὐτὸν. Kai πολλὰ χαμῶν ἕως οὗ elgn αὐτὸν, λέγει αὐτῷ Atari οὕτως ἀποδιδράσχεις ἔξω, σὺ μόνος ἐποίησας τὰς ἁμαρτίας τοῦ χόσμου: Λέγει αὐτῷ ἀδελφός" Νομίζεις οὐκ οἶδα εἰ ἀφέθησαν αἱ ΄ 7 \ ΜΚ b ΠΥ [ἢ ε ι \ ΄ / ἁυιαρτίαι pou; Ναὶ (159 τ᾽) οἶδα ὅτι θεὸς συνεχώρησε τὰς ἁμαρτίας 3 Ν Le, ENT - (4 τ 2 LA r F,

μου, ἀλλὰ τὸν μόχθον τοῦτον ποιῶ, ἵνα ἐν ἡμέρα χρίσεως γένωμαι θεωρῶν τοὺς χρινομένους.

6. Ἦσαν δύο ἀδελφοὶ γειτνιῶντες ἀλλήλοις, χαὶ εἷς ἐξ αὐτῶν

PEL ἔχρυπτεν εἴτι εἶχεν, εἴτε χέρμα εἴτε ψωμία, χαὶ ἐνέδαλεν εἰς τὰ τοῦ πλησίον αὐτοῦ: ai οὐχ ἤδει ἄλλος, ἀλλ᾽ ἐθαύμαζεν ὅτι ἐπλη- θύνοντο τὰ αὐτοῦ. Μιᾶς οὖν τῶν ἡμερῶν, ἔφθασεν αὐτὸν αἰφνιδίως

τ \ fn ͵ δ ΄ el N : τοῦτο ποιοῦντα, χαὶ ἔοαλε μάχεσθαι μετ᾽ αὐτοῦ λέγων’ Ὅτι διὰ τῶν σαρχικῶν σου ἐστύλησάς μου τὰ πνευματικά. Καὶ ἀπήντησεν αὐτῷ λόγον, ἵνα μηκέτι τοῦτο ποιήσῃ, χαὶ οὕτως αὐτῷ συνεχώρησεν.

7. - ᾿’Αδελφός τις ἐποίησεν ἀντίχλειδον, χαὶ ἤνοιγεν (159 v*) ἕνος

| τῶν γερόντων τὸ χελλίον χαὶ ἐλάμόανε τὸ χέρμα αὐτοῦ. δὲ γέρων ", / , Η ΄ ΕΣ »/ \ "τῇ PER > ΙΝ ἔγραψε χάρτην λέγων Κύρι ἄδελφε, εἰ τις ἐὰν ἢ) ποίησον ἀγάπην, ἄφες por τὸ ἥμισυ. εἰς τὴν ἐμὴν χρείαν. Καὶ ποιήσας τὸ χέρμια δύο / 57 \ 7ὔ La ι / " Ν ΄ὔ \ ΄, LÉO" ἔθηχε τὸ χαρτίον. Ο πάλιν εἰσελθὼν, σχίσας τὸ γαρτίον ἔλαθεν ὅλον. Εἶτα μετὰ δύο ἔτη τελευτᾷ, καὶ ψυχὴ αὐτοῦ οὐχ ἐξήρ- χετο. Τότε χαλέσας τὸν γέροντα λέγει" Εὐξαι ὑπὲρ ἐμοῦ, πάτερ. ᾿Εγὼ \ 2 ᾽, A / \ 5 ΄ , ᾽ὔ γὰρ ἤμην κλέπτων σου τὸ χέρμα. Kat εἶπεν γέρων" Διατί τάχιον : e ΄ Le À οὐχ εἶπες; Ὅμως εὐξαμένου αὐτοῦ παρέδωχεν.

ὃ. ᾿Αδελφὸς εἶχε γέροντα χαὶ ἰδὼν αὐτὸν ὅτι θαυμαστῶς τοὺς γεχροὺς κηδεύει, εἶπεν πρὸς αὐτόν" Εἰ xauè τεθνηκότα (159 ν᾽) οὕτως χηδεύσεις; δὲ πρὸς αὐτὸν εἶπεν: Οὕτως χηδεύσω σε, ἄχρις ἂν εἴπης" ἀρχεῖ. Mer’ οὐ πολὺ δὲ τέθνηκεν μαθητὴς, καὶ λόγος εἰς ἔργον

γέγονεν. Κι ηὐ εύσας γὰρ αὐτὸν εὐσεδῶς, ἔφη πρὸς αὐτὸν ἐπὶ πάντων"

»-

APOPHTHEGMES DES SAINTS VIEILLARDS,. ol

moi. Il lui répondit : Je ne te permets pas, mon frère, de partir avant moi. Puis il se tourna vers les frères assis et leur dit : Donnez-moi une petite natte et un tapis (1). Il les prit, inclina la tête et rendit le premier l'esprit, puis ce fut le (tour du) malade. Les pères, les ensevelissant tous deux aussitôt, les emportèrent et les enterrèrent avec joie parce qu'ils avaient reçu l'intelligible lumière (2).

5. Deux frères (3) habitaient ensemble au désert. L'un d'eux se ressou- venant du jugement divin, s’en alla errer seul dans le désert. L'autre se mit à sa recherche et, après beaucoup de fatigues, lorsqu'il le trouva il Jui dit : Pourquoi fuis-tu ainsi au dehors? As-tu commis seul les péchés du monde? Le frère lui dit : Penses-tu que je ne sache pas si mes péchés m'ont été remis? Certes, je sais que Dieu m'a remis mes péchés, mais je me donne toute cette peine pour voir au jugement (dernier) ceux qui se- ront jugés.

6. Deux frères (4) étaient voisins et l’un d’eux cachait ce qu'il avait soit menue pièce de monnaie, soit bouchée de pain et le jetait chez son prochain. L'autre ne le remarquait pas, mais s’étonnait de voir sa mai- son se remplir; un jour cependant il prit l’autre sur le fait, l’attaqua et lui dit : Par tes (dons) charnels, tu m'as fait perdre (?) les (dons) spiri- tuels. lui promit de ne plus le faire et ainsi il lui pardonna.

7. Un frère fit une fausse clef (5); il ouvrit la cellule d’un vieillard et prit son pécule. Le vieillard écrivit sur un papier : Seigneur frère, qui que tu sois, fais (moi) la charité de me laisser la moitié de mon bien. Puis faisant deux parts de son pécule, il mit le papier (auprès). L'autre entrant de nouveau, déchira l'écrit et prit le tout; au bout de deux ans il mourut et son âme ne sortait pas (de son corps) (0); il appela donc le vieillard et lui dit : Prie sur moi, père, car c’est moi qui ai volé ton pécule. Le vieil- lard dit : Pourquoi ne l’as-tu pas dit plus tôt? Puis il pria aussi et par- donna.

8. Un frère avait un vieillard (pour compagnon) (7) et, voyant qu'il en- terrait les morts de manière étonnante, il lui dit : Lorsque je serai mort, m'enterreras-tu ainsi? Il lui répondit : je t’enterrerai jusqu'à ce que tu dises : C’est assez. Peu après le disciple mourut et ce qui avait été dit fut réalisé. Car le vieillard l’ayant enseveli pieusement lui dit devant tous :

(1) Embrimium et éuépiurov. Voir les glossaires Ducange. Cf. infra, 29.

(2) Parce qu'ils avaient vu un fait surnaturel.

(3) Coislin 127, f. 50". |

(4) 1 10 1. 21". Coislin 12%, f2761"B;'p: 595.

(5) B, p. 808. Paul, 253.

(6) Son agonie se prolongeait.

(7) Dans la vie érémitique, chaque solitaire vivait de son côté et à sa manière, les moines devaient se mettre cependant sous la conduite des vieillards. En gé- néral chaque vieillard avait un disciple qu’il instruisait et qui le servait.

92 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

Καλῶς ἐχηδεύθης, τέχνον, ἔτι μιχρὸν λείπεται; Καὶ φωνὴν ἀφῆχεν νεανίσχος" Καλῶς ἔχει, πάτερ, τὴν γὰρ ἐπαγγελίαν ἐπὶ = ρωσας.

9. [Ἔλεγεν AA Βισαρίων ὅτι ἦν τις ἀποταξάμενος ἀπὸ χόσμου, γυναῖκα ἔχων ὁμοίως χαὶ θυγατέρα χατηχουμένην, πλὴν χρι- στιανήν. ᾿Ἐμέρισεν οὖν τὰ πράγματα αὐτοῦ εἰς τρία μέρη. Τελευτη- σάσης δὲ ἐν τῷ μεταξὺ τῆς θυγατρὸς χατηχουμένης, ἀντίλυτρον ἔδωχε τοῖς πτωχοῖς τὸ μέρος αὐτῆς πατὴρ (160. 1) ἔτι δὲ χαὶ τὸ τῆς γυναικὸς αὐτοῦ, χαὶ τὸ ἑαυτοῦ. Οὐχ ἐπαύετο δὲ παραχαλῶν τὸν θεὸν περὶ αὐτῆς. Ἦλθεν οὖν αὐτῷ φωνὴ προσευχομένῳ, ὅτι ἐθαπτίσθη θυγάτηρ σου, μὴ ἀθύμει. δὲ ἠπίστησεν. ne οὖν αὐτῷ π qe ἀόρατος φωνή" ner εἰς τὸ AA αὐτῆς ἐὰν εὕρῃς αὐτήν. O δὲ πορευθεὶς ἐπὶ τὸν τάφον, ὥρυξε χαὶ οὐχ εὗρεν αὐτὴν, μετετέθη γὰρ μετὰ τῶν πιστῶν.

10. Εἶπεν γέρων: Αὕτη à φωνὴ βοᾷ πρὸς τὸν ἄνθρωπον ἕως ἐσχάτης ἀναπνοῆς ὅτι σήμερον ἐπίστρεψον.

11. -- Εἶπεν ἀδδᾶς Θεόδοτος" μὴ χρίνῃς τὸν πόρνον ἐὰν ὑπάρχης σώφρων, ὡσαύτως γὰρ τὸν νόμιον παραθαίνεις. γὰρ εἰπὼν μὴ πορ- γεύσης, εἶπέν χαὶ μὴ χρίνης.

12. Ἦλθέ τις -ποτὲ δαιμονιζόμιενος «εἰς Σχῆτιν, χαὶ πολλῷ τῷ χρόνῳ οὐκ ἐθεραπεύθη. (1600 r?) ΣΡ ue δὲ εἷς τῶν ὙΕΤΩ͂Ν, ἐσφράγισε τὸ δαιμονιζ όμενον. χαὶ ἐθεράπευσεν αὐτόν. Διχπονηθεὶς δὲ δαίμων εἶπεν τῷ γέροντι" Ἰδοὺ RUE με, ἐπάνω σου ἔρχομαι. Λέγει αὐτῷ γέρων" Δεῦ, ἡδέως ἔχω. Brotice οὖν γέρων δώδεχα ἔτη, ἔχων τὸν δαίμονα χαὶ συντρίόων αὐτὸν, ἐσθίων χαθημέραν ὀστέα φοι- νίχων δώδεχα. Ἔχπηδήσας δὲ δαίμων, ἐξῆλθεν ἀπ᾿ αὐτοῦ Ka ἰδὼν γέρων ἐξελθόντα αὐτὸν ἀπ᾽ αὐτοῦ, εἶπεν αὐτῷ" τί φεύγες ; ἔτι παρά- εἶπ

τεν αὐτῷ: Καταργῆσει σε θεὸς

͵

pevov. ᾿Αποχριθεὶς δὲ δαίμων ὅτι εἰ μιὸὴ αὐτὸς μόνος δύναται πρὸς σέ. :

13. Ἔλεγον περί τινος ὅτι ἐκάθητο ἐν Αἰγύπτῳ ἐν Eu εἶχε δὲ ἔθος παραδάλλειν (100 Υ αὐτῷ εἷς ἀδελφὸς χαὶ μία παρθένος. Ἔν μιᾷ οὖν τῶν ἡμερῶν, ὑπήντησαν οἱ δύο ὁμοῦ πρὸς τὸν γέροντα. Kai ὀψίας γενομένης, ἔθηχε τὸ ψιάθιον χαὶ ἐχοιμήθη εἰς τὴν μέσην αὐτῶν. Τ]ολεμηθεὶς δὲ ἀδελφὸς, ἐπανέστη τῇ παρθένῳ καὶ ἐτέλεσαν τὴν ἁμαρτίαν. δὲ γέρων αἰσθηθεὶς, οὐδὲν αὐτοῖς ἐλάλησεν. Πρωίας δὲ

γενομένης, προέπεμψεν αὐτοὺς γέρων υηδεμίαν στυγνότητα δείξας

APOPHTHEGMES DES SAINTS VIEILLARDS. Da

Es-tu bien enseveli, (mon) fils, ou bien manque-t-il encore quelque petite chose? Et le jeune homme répondit : C’est bien, père, car tu as accompli ce que tu avais annoncé.

9, L'abbé Bésarion dit qu'un homme se retira du monde ayant une femme et aussi une fille catéchumène, mais cependant chrétienne. Il par- tagea done ses biens en trois parts. Dans l'intervalle, sa fille étant morte n'étant que catéchumène, le père, pour sa rançon, donna sa part aux pau- vres ainsi que celle de sa femme et la sienne propre. Il ne cessait de prier Dieu pour sa fille. Une voix se fit entendre tandis qu’il priait : Ta fille été baptisée, ne te décourage pas. Il ne voulut pas le croire. La voix invi- sible dit encore : Creuse son tombeau pour voir si tu la trouveras. Il alla au tombeau, creusa et ne la trouva pas, car elle avait été placée avec les fidèles (1).

10. Un vieillard dit : Voici la voix qui crie à l’homme jusqu’à son dernier souffle : Convertis-toi aujourd’hui.

11. L'abbé Théodote dit : Ne condamne pas le débauché si tu es conti- nent, car tu transgresserais aussi la loi. Celui qui a dit : Tu ne fornique- ras pas, à dit aussi : Tu ne jugeras pas.

12, Un possédé (2) du démon vint une fois à Scété et, pendant longtemps, il ne fut pas guéri. L'un des vieillards, pris de compassion, signa le démo- niaque et le guérit. Le démon s'irrita et lui dit : Voilà que tu me chasses, je viens chez toi. Le vieillard lui répondit : Viens, cela me fait plaisir. Le vieillard passa douze ans à ‘garder le démon et à le mortifier; il ne man- geait chaque jour que douze noyaux de dattes. Ensuite le démon s’échappa et le quitta. Le vieillard le voyant partir lui dit : Pourquoi fuis-tu? reste encore. Le démon lui répondit et lui dit : Dieu te domptera, car lui seul a pouvoir sur toi.

13. On racontait (3) d’un (vieillard) qu’il demeurait en Égypte dans une cellule à une pièce. Un frère et une vierge avaient coutume de venir le voir. Un jour donc, tous deux arrivèrent en même temps près du vieillard. Lorsque le soir fut venu, il déroula une natte et il se coucha au milieu. Le frère, tourmenté, rejoignit la vierge et ils consommèrent le péché. Le vieil- lard s’en apercut et ne leur parla pas; au matin il les congédia sans leur montrer de tristesse. Pendant qu'ils faisaient route, ils se demandèrent

(1) Se trouve, sans être attribué à Bésarion, dans B, p. 769, n. 170 et dans le manuscrit 1996, p. 996 (AOC, 1903, p. 93). Inutile de dire que l’équivalence du baptème et de l’aumône n’est pas admise en théologie. Jacques d'Édesse (vi siècle) cite ce récit sous le nom de l’évêque Pallade, pour montrer qu'on peut prier pour les hérétiques défunts. Cf. F. Nau, Les canons et les résolutions cano- niques de Rabboula… Jacques d'Édesse.., librairie Lethielleux, Paris, 1906, p. 74.

(2) L, fol. 85°. B, p. 603. Paul, 191.

(3) M, 1018, n. 15. Le latin attribue ce récit à Pastor. Paul, 287.

54 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

αὐτοῖς. ΠΙορευομένων δὲ αὐτῶν χατὰ τὴν ὁδὸν ἔλεγον πρὸς ἀλλήλους, εἰ ἐνόησεν γέρων οὔ. Kat ὑπέστρεψαν πρὸς τὸν γέροντα μετανοοῦν- τες αὐτῷ καὶ λέγοντες" AG6G, οὐχ ἐνοήσας πῶς ἐχλεύασεν ἡμᾶς Σατανᾶς; Kat λέγει αὐτοῖς" Ναί. Kai λέγουσιν αὐτῷ (160 νἢ) Ποῦ ἦν λογισμός σου ἐχείνην τὴν ὥραν. Καὶ λέγει αὐτοῖς ἐμὸς λογι- σμὸς, ὅπου ἐσταυρώθη Χριστὸς, ἐχεῖ ἦν τὴν ὥραν ἐκείνην στήχων χαὶ κλαίων. Kai λαδόντες μετάνοιαν ἀπὸ τοῦ γέροντος, ἀπῆλθον καὶ

ε e

ἐγένοντο σχεύη ἐχλογῆς.

14.- - Εἶπεν ἀδδὰς Ζωΐλος πρεσθύτερος Ῥαμιαθέως, ἀχηχοέ- VAL τοῦ πατρὸς αὐτοῦ a66x Ναθαὴλ εἰπόντος ἑτέρους ἑπτὰ συγχλητι- χοὺς ζηλῶσαι τὸν ἀδοᾶν ᾿Αρσένιον καὶ μονάσαι ἐν τὴ Σχήτει, οἱ τοῖς οἰκείοις πᾶσιν ἀποταξάμενοι ἀνὰ ἑπτὰ τρία (sic) ἔλαθον, χαὶ τοῖς εὐτελέσιν ὀστραχίνοις ἔχρωντο λέγοντες" “Ὅπως ἴδη μέγας θεὸς, χαὶ σπλαγχνισθεὶς ἀφήσῃ ἡμῖν τὰς ἁμαρτίας ἡμῶν.

15. -- "Ἔλεγον περὶ τοῦ 466& ᾿Δρσενίου ὅτι οὐκ ἐδυνήθη τις χατα- λα(ξεῖν τὴν διαγωγὴν (161 r°) τῆς πολιτείας αὐτοῦ.

16. Εἶπον περὶ τοῦ 4664 Μακαρίου τοῦ μεγάλον, ὅτι ἐποίησεν ἐν τετράμηνον ποτὲ, ἡμερούσιον παραδζλλων ἀδελφῷ ἐν τῇ Σχήτει χαὶ οὔτε ἅπαξ εὕρεν αὐτὸν σχολάζοντα. Παρχύαλλὼν οὖν αὖθις, χαὶ σταθεὶς πρὸς τὴ θύρα ἔξω, ἤκουσεν αὐτοῦ era χλαυθμοῦ λέγοντος" Κύριε, εἰ οὐκ ἠχεῖ τὰ ὦτά σου κράζοντός pou πρὸς σὲ, ἐλέησόν με διὰ τὰς ἁμαρτίας μου, οὔτε ἐγὼ χάμνω παραχαλῶν σε.

17. ---- Ἦν τις ἀρχάριος ἀποτάξασθαι θέλων, καὶ λέγει τῷ γέροντι" Θέλω μοναχὸς γένεσθαι. Λέγει γέρων" Οὐ δύνῃ. Λέγει ἐκεῖνος" Δυνά- μαι. Λέγει αὐτῷ γέρων Εἰ θέλεις ὕπαγε ἀπόταξαι, χαὶ ἐλθὼν χαθέ- lou εἰς τὸ χελλίον σου. Kai ἀπελθὼν ἔδωχεν εἶχεν χατασχὼν ἑαυτῷ ἑχατὸν (161 1") νομίσματα, καὶ ἦλθε πρὸς τὸν γέροντα. δὲ γέρων πρὸς αὐτόν. Ὕπαγε χάθου εἰς τὸ κελλίον σου. δὲ ἀπελθὼν, ἐχαθέσθη. Καθεζομένου δὲ αὐτοῦ, εἶπον οἱ λογισμοί: θύρα παλαιά ἐστι, θέλει γενέσθαι. Kat ἐλθὼν, λέγει τῷ γέροντι: Οἱ λογισμοὶ λέγουσιν. θύρα παλαιζ ἐστιν ἤθελε γενέσθαι. Λέγει αὐτῷ γέρων᾽ Οὐχ ἀπετάξω, ἀλλ᾽ ὕπαγε ἀπόταξαι, καὶ χάθου ὧδε. δὲ ἀπελθὼν, ἔδωκε τὰ ἐνενή-

΄ὔ ΄ ε = δέ ΄ὔ No A 4 χοντα νομίσματα, χρύψας ἑαυτῷ ὁὀέχα νομίσιαιτοι,, χαὶ ἐλθὼν λέγει TG

La

[a]

γέροντι: Ἰδοὺ ἀπεταξάμην" Λέγει αὐτῷ γέρων’ Ὕπαγε κάθου εἰ τὸ χελλίον σου. δὲ ἀπελθὼν ἐκάθισεν. Ἰζ αθημένου δὲ αὐτοῦ, λέγου-

σιν οἱ λογισμοί: στέγη παλαιά ἐστι. ἤθελε γενέσθαι. (101 v°) Καὶ DA ϊ T ? “6

APOPHTHEGMES DES SAINTS VIEILLARDS. 29

si le vieillard s’en était apercu ou non. Ils retournèrent près de lui pleins de repentir et lui dirent : Abbé, ne t’es-tu pas aperçu comment Satan nous a bafoués? Il répondit : Oui. Ils lui dirent : était donc ton esprit à cette heure-là? Il leur répondit : A cette heure-là mon esprit veillait et pleurait à l'endroit le Christ fut crucifié. Ils acceptèrent la pénitence que leur imposa le vieillard, s’en allèrent, et devinrent des vases d'élection.

14. L'abbé Zoïle, le prêtre, qui était de T'amiathis (1), disait avoir en- te ndu raconter à l’abbé Nathaël que sept autres sénateurs avaient voulu imiter l’abbé Arsène et mener la vie monastique à Scété. Ils avaient re- noncé à tous leurs biens, s’adonnaient au travail des roseaux (2), pei- gnaient de vils ustensiles en terre et disaient : C’est pour que le grand Dieu voie, qu'il prenne pitié et qu'il nous remette nos péchés.

15. On disait (3) de l’abbé Arsène que personne ne pouvait suivre son genre de vie.

16. On racontait de l’abbé Macaire le Grand qu’il se rendit chaque jour durant quatre mois près d’un frère à Scété et pas une seule fois il ne le trouva oisif. Il y alla une fois de plus, s'arrêta près de la porte en dehors et entendit le frère pleurer et dire : Seigneur, si tes oreilles ne m’enten- dent pas crier vers toi, aie pitié de moi à cause de mes péchés, car de mon côté je ne me fatigue pas de t'appeler à mon secours.

17. Un novice (4) voulait renoncer au monde. I] dit au vieillard : Je veux devenir moine. Le vieillard répondit : Tu ne le peux pas. Celui-là dit : Je (le) peux. Le vieillard dit : Si tu le veux, va, renonce au monde, puis viens demeurer dans ta cellule. Il s’en alla, donna ce qu'il possédait, se réserva cent pièces de monnaie et vint près du vieillard. Le vieillard lui dit : Va demeurer dans ta cellule. Il alla y demeurer. Tandis qu'il y était, ses pensées lui dirent : La porte est vieille et demande à être remplacée. Il alla donc dire au vieillard : Mes pensées me disent : La porte est vieille et elle demande à être remplacée. Le vieillard répondit : Tu n'as pas encore renoncé au monde, va, renonce au monde et demeure ici. Il s’en alla, donna quatre-vingt-dix pièces de monnaie, s’en cacha dix et vint dire au vieillard : Voilà que j'ai renoncé au monde. Le vieillard lui dit : Va, demeure dans ta cellule. Il alla y demeurer. Tandis qu'il y était, ses pen- sées lui dirent : Le toit est vieux et demande à être remplacé. Il alla dire

(1) Ou Damiette.

(2) En lisant θρύα au lieu de τρία (?). (3) B, p. 479,.η. 104.

(4) Paul, 48.

00 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

ἀπελθὼν λέγει τῷ γέροντι" Οἱ λογισμοί μου Réyouciv στέγη παλαιά ἐστιν ἤθελε γενέσθαι. Λέγει γέρων: Ὕπαγε ἀπόταξαι. δὲ ἀπελ- θὼν ἔδωχε καὶ τὰ δέκα νομίσματα, καὶ ἐλθὼν λέγει τῷ γέροντι" Ἰδοὺ ἀπεταξάμιην. Καὶ καθίσαντος αὐτοῦ, λέγουσιν αὐτῷ οἱ λογισμοί: Ὅλα παλαιᾷ εἰσι τὰ ὧδε, καὶ λέων ἔρχεται καὶ τρώγει με. Καὶ λέγει τῷ γέροντι τοὺς λογισμοὺς, καὶ λέγει αὐτῷ γέρων. ᾿Εγὼ προσδοχῶ ὅλα ἐλθεῖν ἐπάνω μου χαὶ τὸν λέοντα ἐλθεῖν χαὶ φαγεῖν με ἵνα ἀπαλλαγῶ. Ὕπαγε καθου εἰς τὸ χελλίον σου χαὶ εὔχου τῷ θεῷ.

18. --- Εἶπεν γέρων ἑτέρῳ γέροντι ἔχοντι ἀγάπην, χαὶ συμόαλ-- λομένῳ μοναχοῖς καὶ χοσμιχοῖς" ὅτι λύχνος πολλοὺς φαίνει (16] v°)' τὸ δὲ ἑαυτοῦ στόμα χαίει.

19. Ἔλεγον περὶ τινὸς γέροντος- ὅτι περιεπάτει ἐν τῇ ἐρήμῳ, χαὶ ἰδοὺ δύο ἄγγελοι συνώδευον αὐτῷ, εἷς ἐχ δεξίων καὶ εἷς ἐξ εὐωνύ- μων, χαὶ ἐλθόντες, εὗρον θνησιμαῖον χατὰ τὴν ὁδὸν, χαὶ ἐσχέπασεν

Ces - }] - - / ΕΣ " γέρων τὴν ῥῖνα αὑτοῦ ἀπὸ τῆς ὀσμῆς, ἐποίησαν δὲ χαὶ οἱ ἄγγελοι οὕτως.

Καὶ ὁδεύσαντες μικρὸν, εἶπεν αὐτοῖς γέρων Kai ὑμεῖς ὀσφραίνεσθε - e \ ca 3 \ = A 8 140 C4 ι ε - DEN \ ταῦτα; Οἱ δὲ εἶπον" οὐχὶ, ἀλλὰ διὰ σὲ ἐσχεπάσαμιεν καὶ ἡμεῖς, ἐπὶ τὴν ἀχαθαρσίαν τοῦ χόσμου τούτου οὐχ ὀσφραινόμεθα, οὐδὲ προσεγγίζει ἡμῖν, ἀλλ᾽ αἱ ψυχαὶ αἱ ὄζουσαι ἐν ἁμαρτίαις, ταῦτας ὀσφραινόμεθα.

20. Hy rc γέρων χαθ᾽ ἑκάστην ἐσθίων τρεῖς παξαμάδας, παρ- bare δὲ αὐτῷ ἀδελφὸς (162 r°) χαὶ χαθεσθέντων αὐτῶν γεύσασθαι, ἔθηκε τῷ ἀδελφῷ τρεῖς παξαμάδας. Καὶ ἑωραχὼς γέρων ὅτι ἔχρηζεν, " RULES ASIA -“ ε δὲ > / \ 5 ἐὰν ἤνεγκεν αὐτῷ χχὶ ἀλλας τρεῖς. Ὡς. δὲ ἐχορέσθησαν. χαὶ ἀνέστησαν, χατέχρινεν γέρων τὸν ἀδελφὸν χαὶ λέ ὑτῷ Οὐ yon, ἄδελφε, ὑπουο- «ατέχρινεν γέρων τὸν ἀδελφὸν χαὶ λέγει αὐτῷ Οὐ χρὴ, ἄδελφε, ὑπουρ γεῖν τὸ σαρχίον. δὲ ἀδελφὸς μετενόησε τῷ γέροντι χαὶ ἐξῆλθεν. Τῇ

{ ͵

ΤΥ 5 ΄ \ CU r 3 re οὖν ἑξῆς, ὡς ἐγένετο χαιρὸς τοῦ γεύσασθαι τὸν γέροντα, ἔθηχεν αὐτῷ \

"y

δ 37 x -“ = Ν \ 5: ΜᾺ , , / χατὰ τὸ ἔθος τὰς τρεῖς παζαμᾶδας, HAL φαγὼν αὑτᾶς, πζλιν ἐπεῖνασε

- e 1 7, »

χαὶ ἐπέσχεν ἑαυτόν. Kat πάλιν τῇ ἄλλῃ ἡμέοα τὸ αὐτὸ ὑπέστη. Ηρ-

5 , + 4 e / e/ » a “- CU Éaro οὖν ἀδυναμοῦσθαι, χαὶ ἔγνω γέρων ὅτι ἐγχατάλειψις τοῦ θεοῦ Dir > _e ver \ 2% - ee \ ΄ ἐγένετο αὐτῷ. Καὶ ῥίψας ἑαυτὸν ἐνώπιον τοῦ θεοῦ μετὰ δαχρύων, ἐδέ δὲ ΤΩΣ na 1.6 .99 ΤΟΥ Ἔν 2 2 RON er ἐδέετο περὶ τῆς γενομένης (162 1") ἐγκαταλείψεως, χαὶ ὁρᾷ ἄγγελον λέγοντα αὐτῷ " Διότι χατέχρινας τὸν ἀδελφὸν, τοῦτό σοι συνέθη. Γίνωσχε τὴ ε ͵ » / A » , \ 2 7 οὖν ὅτι δυνάμενος ἐγχρατεύεσθαι, ἄλλοτι ἀγαθὸν ποιῆσαι, οὐχ ἐξ

΄, -Ὁ δα» . > ΄ M 2 2 ἰδίας δυνάμεως ποιεῖ, ἀλλ᾽ ἀγαθότης τοῦ θεοῦ ἐστιν ἐνισχύουσα ΕΣ :

τὸν ἀνθρωπον.

21. Ἔλεγον περὶ τινὸς γέροντος εἰς τὰ χελλία ὅτι περικεκλεια-

APOPHTHEGMES DES SAINTS VIEILLARDS. 54

au vieillard : Mes pensées me disent : Le toit est vieux et demande à être remplacé. Le vieillard lui dit : Va et renonce au monde. Il s’en alla, donna les dix pièces de monnaie et vint dire au vieillard : Voilà que j'ai renoncé au monde. Pendant qu'il y était ses pensées lui dirent : Voilà que tout est vieux ici; le lion viendra et me mangera. Il exposa ses pensées au vieil- lard qui lui dit : Je voudrais que tout tombât sur moi et que le lion vint me manger pour que je fusse délivré (de la vie). Va, demeure dans ta cellule et prie Dieu.

18. Un vieillard dit à un autre qui était charitable et se rencontrait avec les moines et les séculiers : La' lampe éclaire beaucoup (d'hommes), mais brüle sa propre bouche.

19. On racontait (1) d’un vieillard qu'il marchait dans le désert et voilà que deux anges firent route avec lui, l’un à droite et l’autre à gauche. Ils vinrent à rencontrer un cadavre le long de la route et le vieillard se boucha le nez à cause de la puanteur; les anges en firent autant. Quand ils eurent avancé un peu, le vieillard leur dit : Vous sentez donc aussi cela? Ils répondirent : Non, c’est à cause de toi que nous nous sommes bouché le nez aussi : nous ne sentons pas les impuretés de ce monde et elles n'arrivent pas jusqu'à nous, mais nous sentons [65 âmes qui puent dans les péchés.

20. Il y avait un vieillard (9) qui mangeait chaque jour trois biscuits. Il lui arriva un frère et quand ils s’assirent pour manger il lui servit trois bis- cuits; comme il n’en avait pas assez, il lui en donna trois autres. Lorsqu'ils furent rassasiés et se levèrent, le vieillard condamna le frère et lui dit : Il ne faut pas céder à la chair. Le frère fit repentance au vieillard et s’en alla. Le lendemain, lorsque arriva le moment du repas du vieillard, il se servit les trois biscuits selon la coutume, il les mangea, puis il eut en- core faim et résista ce désir). Il en fut de même le jour suivant. Il com- menca donc à faiblir et il connut qu'il était abandonné de Dieu. Il se prosterna avec larmes devant Dieu et l’interrogea au sujet de l'abandon dans lequel il se trouvait; il vit un ange qui lui dit : Cela t'est arrivé parce que tu as condamné le frère. Reconnais donc que celui qui peut résister ou faire quelque bien ne le fait pas de sa propre force; mais c’est la bonté divine qui fortifie l’homme.

21. On racontait d’un certain vieillard dés cellules (3) qu'il était reclus

\

(1) B, p. 780, n. 214; M, 1014,n° 18:

(2) Paul, 287.

(3) Désert proche de Scété. B, p. 839, n. 15. Cette histoire fait l’objet d’une question dans B, p. 958-939. Coislin 127, f. 76".

DS REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

Ἂς » /

Ζ ἔῃ 15 A DEN AE Br EN Ei δὲ Α 2) ; [LÉVOS ἣν μιηὸε εἰς τὴν ἐχχλησίαν ἐρχόμενος. χε DE σαρχιχοὸν & ελφον εἰς ἀλλὸ χελλίον καθήμενον, καὶ ἠσθένησεν ui ἔπεμψε πρὸς αὐτὸν ἵνα. ᾿ἴδη αὐτὸν πρὸ τοῦ ἐξελθεῖν ἐκ τοῦ σώματος, καὶ εἶπεν. Οὐ δύναμαι ἐλθεῖν ὅτι σαρχιχός μου ἀδελφός ἐστιν. Πάλιν ἔπεμψε λέγων" Kay τὴν νύχτα δεῦρο ἵνα σε ἴδω. δὲ εἶπεν (1): Οὐ δύναμαι, εἰ δὲ μὴ οὐχ εὑρίσκεται (162 v*) καρδία μου καθαρὰ πρὸς τὸν θεόν. Kai ἐχοιμιήθη χαὶ οὐχ εἶδον ἀλλήλους.

22. Διηγήσαντο πατέρες ὅτι ἦν τις χοινοδίου πατὴρ, χαὶ συνέφη

3 ΄ \ 2 / 5 “- 5 NE τὸν τούτον διαχονητὴν ολιγωρήσαντα ἐξελθεῖν Ex τῆς υονῆς, HAL ATEÀ- θεῖν εἰς ἄλλον τόπον. δὲ γέρων διόλου σχεδὸν ἀπήει πρὸς αὐτὸν δυσωπῶν αὐτὸν ἵνα ἐπιστρέψῃ. δὲ οὐχ ἠδούλετο. Τοῦτο δὲ ἐποίη- σεν γέρων ἐπὶ τρία ἔτη, χαὶ οὕτως πεισθεὶς διαχονητῆς, ὑπέστρε- ψεν. ᾿Επιτάσσει οὖν αὐτῷ γέρων ἐξελθεῖν καὶ συναγαγεῖν στοιδήν. Kai δὴ τοῦτο ποιήσας διαχονητὴς, χατ᾽ ἐνέργειαν τοῦ Σατανᾶ τὸν ὀφθαλ-- υὸν ἀπώλεσεν. δὲ γέρων ἐλυπήθη σφόδρα, χαὶ ἄρχεται νουθετεῖν

OUEN ͵ \ r ° ‘5 » / , . x αὐτὸν ὀδυνώμιενον, χαὶ λέγει διαχονητής" ᾿Εγώ εἰμι αἴτιος, διὰ γὰρ (162 v?) τοὺς κόπους οὺς παρέσχον σοι τοῦτο ὑπέμεινα. Μετὰ

r , 1 —_ “δ - ΄ / \ 1 APOVOY ἀπαλλάσσεται τῆς ὀδύνης, τοῦ πάθους μείναντος, χαὶ πάλιν

=

ἐπιτάσσει αὐτὸν γέρων ἐξελθεῖν χαὶ τεῖλαι βαΐα. ᾿Εργαζόμενος οὖν χατ᾽ ἐνέργειαν τοῦ ἐχθροῦ πάλιν babdiou πηδήσαντος, ἀπόλλει χαὶ τὸν ἄλλον ὀφθαλμόν. "Ἔρχεται οὖν εἰς τὴν μονὴν χαὶ ἡσυχάζει, μιηδὲν ἔτι ποιῶν. δὲ ἀδδᾶς πάλιν ἐδυσφόρει, καὶ ὡς ἦλθεν. αὐτοῦ κλῆσις, li \ ΄ f ᾿ 3 \ \ ΄ " προγινώσχει χᾶι μεταστέλλεται πᾶντας τοὺς ἀδελφοὺς, καὶ λέγει αὖ- τοῖς ᾿Ἔγγύς ἐστιν κλῆσίς mou, βλέπετε ἑαυτούς. Αρχεται ἕχαστος λέγειν" Τίνι ἐξς ἡμᾶς 4663; δὲ γέρων ἐσιώπα, χαὶ μεταστέλλεται A 4 / \ 4 “3 -ὋὉ-ὠ \ - Ψ' ΄ \ » LA τὸν τυφλὸν μόνον, χαὶ λέγει αὐτῷ περι τῆς χλήσεως. Ο δὲ ἐδάχρυσε λέγων: Τίνι (163 τ) pe ἐξς τὸν τυφλόν; δὲ γέρων λέγει" Εὖξαι ἵνα 'σχῶ παῤῥησίαν ἐνώπιον τοῦ θεοῦ, χαὶ ἔλπίζω ὅτι τῇ χυριαχῇ ποιεῖς A r F \ ΄ En CEE ε 2 > 1 1 τὴν σύναξιν. Kat χοιμηθέντος αὐτοῦ, μετ᾽ ολίγας ἡμέρας ἀνέολεεν χαὶ γίνεται τοῦ χοινοδίου πατήρ. 93. Οἰχέτης τις γενόμενος μοναχὸς ἐπὶ τεσσαραχονταπέντε ἔτη ἔμεινεν, ὅλατι καὶ ἄοτῳ ἀρχούμενος καὶ ὕδατι. Κατανυγεὶς δὲ τούτου δεσπότης μετὰ φανερὸν χρόνον ἀναχωρεῖ χαὶ αὐτὸς, καὶ γίνεται τοῦ ἰδίου

δούλου υαθητῆς ἐν ὑπαχοὴ μεγάλῃ. Ἔρχεται οὖν χρόνος τῆς αὐτοῦ

(1) A répète ce qui précède depuis οὐ δύναμαι ἐλθεῖν

APOPHTHEGMES DES SAINTS VIEILLARDS. 99

et n'allait pas même à l’assemblée. Il avait un frère selon la chair qui demeurait dans une autre cellule. Celui-ci tomba malade et fit dire à l’au- tre de venir le voir avant sa mort. Il répondit : Je ne puis pas, y aller parce que c’est mon frère selon la chair. Il lui fit encore dire : Viens au moins cette nuit pour que je te voie. il répondit : Je ne le puis pas, sinon mon cœur ne sera pas trouvé pur devant Dieu. Et le frère mourut sans qu'ils se fussent connus.

22. Les pères racontaient (1) qu'il existait un certain chef de commu- nauté dont le serviteur devint négligent et quitta le monastère pour aller dans un autre lieu. Le vieillard allait constamment le trouver et le supplier de revenir, mais il ne le voulait pas. Le vieillard le fit durant trois ans et le serviteur, persuadé enfin, revint (au monastère). Le vieil- lard lui commanda d’aller ramasser de la paille. Pendant que le serviteur le faisait, par l'opération de Satan, il perdit un œil. Le vieillard en fut très attristé et vint le réconforter tandis qu'il souffrait, mais le serviteur lui dit : C’est moi qui en suis cause, je souffre cela pour t'avoir causé tant de fatigues. Au bout d’un certain temps, il fut délivré de la souffrance l’affliction lui restant et le vieillard lui commanda encore d'aller ra- masser des feuilles de palmier. Pendant qu’il travaillait, par l’opération de l'ennemi, une branche se détendit et lui creva l’autre œil. Il vint donc au monastère et y vécut dans le silence sans plus rien faire. L'abbé du mo- nastère devint malade et lorsque son appel (sa mort) fut proche, il le con- nut d'avance, réunit tous les frères et leur dit : Mon appel est proche, pré- voyez pour vous. Chacun commenca à dire : À qui nous confies-tu, abbé? Le vieillard se tut, fit venir l’aveugle seul et lui annonça son appel. Celui-ci pleura et dit : À qui me confies-tu, moi qui suis aveugle? Le vieillard dit : Prie afin que je trouve grâce devant Dieu et j'espère que le dimanche tu présideras l’assemblée des fidèles. Quelques jours après sa mort l’aveu- gle vit et devint le père de la communauté.

23. Un domestique (2) devint moine et passa quarante-cinq ans à vivre de sel, de pain et d’eau. Son maitre, saisi de componction, embrassa aussi la vie anachorétique au bout d’assez de temps et devint le disciple de son propre serviteur avec grande obéissance. Le temps de sa mort arriva et il dit au vieillard : Je vois les Puissances (3) qui viennent près de moi (pour chercher mon âme) et que tes prières font retourner en arrière. Lorsque la mort du vieillard arriva, il vit un ange à sa droite et un à sa gauche qui lui dirent : Veux-tu venir, abbé, ou devons-nous partir? Le vieillard leur dit : Je le veux, attendez, prenez mon âme, et il mourut ainsi.

(1) L, fol. 33. B, p. 598, n. 4045 E, p. 723, n. 402. (2) B, p. 764, n. 169. (3) Nom d’un ordre des anges.

00 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

χλήσεως, χαὶ λέγει τῷ γέροντι" ’AG6G, ὁρῶ τὰς ἐξουσίας ἐρχομένας

πρός με, καὶ διὰ τὰς δεήσεις σου πάλιν ὑποστρεφοῦσας. Ὅτε δὲ ἦλθεν

χαὶ τοῦ γέροντος χλῆσις 007 ἕνα ἄγγελον ἐχ δεξιῶν χαὶ (163 τ

ἕνα ἐξ ἀριστερῶν λέγοντας αὐτῷ Θέλεις ἐλθεῖν 466% à ἀπέλθωμεν :

Καὶ λέγει αὐτοῖς γέρων᾽ Θέλω. μείνατε, λάδετέ μου τὴν ψυγήν. Kai P > | ' À.

οὕτως ἐτελειώθη.

24, Eine γέρων: Ἰωσὴφ ἀπὸ ᾿Αριμαθίας ἔλαδε τὸ σῶμα τοῦ Ἰησοῦ καὶ ἔθηχεν αὐτὸ ἐν σινδόνι καθαρᾷ ἐν μνημείῳ χαινῷ τουτ- ἐστιν ἐν ἀνθρώπῳ νέῳ. Σπουδάσει οὖν ἕχαστος ἐπιμελῶς μὴ ἁμαρτάνειν ἵνα μιὴ τὸν συνοικοῦντα αὐτῷ θεὸν ὑδρίσῃ χαὶ διώξη ἀπὸ τῆς ψυχῆς

. -- \ , ἮΝ \ ΄ ἐδό - » ἔα es δὲ αὑτοῦ, τῷ μὲν Ἰσραὴλ τὸ μάννα ἐδόθη φαγεῖν ἐν τῇ ἐρήμῳ, τῷ δὲ αληθινῷ Ἰσραὴλ ἐδόθη τὸ σῶμα τοῦ Χριστοῦ.

25. Εἶπεν γέρων᾽ ΤΓύμνωσον τὴν ῥομφαῖάν σου. Kai εἶπεν ἀδελ- pô" ᾿Αλλ᾽ οὐχ ἐῶσί με τὰ πάθη. Καὶ λέγει γέρων’ ᾿Ἐπικάλεσαί με ἐν ἡμέρᾳ (163 v°) θλίψεώς σου, καὶ ἐξελοῦμαί σε χαὶ δοξάσεις με. Ξ- 5 ἔς συν Ξ = Ἐπικχαλοῦ οὖν αὐτὸν, καὶ ἐξελεῖταί σε ἀπὸ πάντος πειρασμοῦ.

26. Ἀδελφὸς ξενητεύσας, ἠρώτησε γερόντα λέγων Θέλω ἀπελθεῖν

DANS ι nus Ω ΄ ES 5, ’, εἰ εἰς τὰ ἴδια, Καὶ αἱ λέγει αὐτῷ γέρων᾽ Τοῦτο γίνωσχε ἀδελφέ" ὅτι ἐρ- χόμιενος ἀπὸ τῆς χώρας ἐπὶ τὰ ὧδε, τὸν χύριον εἶχες ὁδηγοῦντά σε, εἰ δὲ ὑποστρέψεις, οὐκέτι αὐτὸν ἔχεις.

27. ᾽Απέστειλέ τις τῶν γερόντων τὸν μαθητὴν αὐτοῦ ἀντλῆσα. ὕδωρ. Ἦν δὲ ὑαχρὰν τὸ φρέαρ ἀπὸ τοῦ χελλίου αὐτῶν. δὲ res θετο τὸ σχοινίον ἄραι, καὶ ἐλθὼν ἐπὶ τὸ φρέαρ ἔγνω ὅτι οὐκ ἤνεγχεν χαὶ, ποιήσας εὐχὴν, ἐφώνησε λέγων " Λάχκε, Λαχχε, εἶπεν ἀδοᾶς μου"

΄ ΔΎ La 02 Q b \ ET AC JR 1 Ν γέμισον τὸ χεράμιον ὕδωρ. (163 νὴ) Καὶ παραχρῆμα, ἀνῆλθε τὸ ὕδωρ » et A Εν el , ἄνω, καὶ γεμίσαντος τοῦ ἀδελφοῦ, πάλιν ἀπεχατεστάθη τὸ ὕδωρ εἰς τὸν τύπον αὐτοῦ.

DRE Παρέδαλέ τις τῶν ἐπισχόπων χατ᾽ ἐνιαυτὸν εἰς Σχῆτιν πρὸς τοὺς πατέρας, καὶ ἀπαντήσας αὐτῷ ἀδελφὸς ἤνεγχεν αὐτὸν εἰς τὸ χελλίον ἑαυτοῦ, χαὶ παραθεὶς αὐτῷ ἄρτον χαὶ ἅλας, ἔλεγεν᾽ Συγ-

VA 1 / e ᾽ν 3/ "7 r 4 mt χώρησόν μοι, χύρι, ὅτι οὔδεν ἄλλο ἔχω παραθεῖναί σοι. Λέγε: αὐτῷ ἐπίσχοπος᾽ Θέλω ἵνα χαὶ εἰς τὸ ἐργόμενον ἔτος εἰσελθὼν, μήτε ἅλα

j Lx ς τὸ ἐρχόμενο ς εἰσ ,) μήτε ἅλας εὕρω.

29. Ἔλεγέ τις τῶν ἀδελφῶν᾽ ὅτι ἐγένετο ζήτησις ἐν τὴ λαύρα

EN sf. N'ATS A TEE 2 , \ e \ τ᾽ τῆς Αἰγύπτου, HO ἐλάλησαν “πάντες, οἱ υεγάλοι χαὶι οἱ μικροῦ; εἰς

΄ , χι A - 4 τὰ δὲ μόνος οὐχ ἐλάλησεν. Καὶ ἐξελθόντων αὐτῶν, ἠρώτησεν αὐτὸν εἷς

APOPHTHEGMES DES SAINTS VIEILLARDS. 6I

24. Un vieillard dit : Joseph d’Arimathie (1) prit le corps de Jésus et le mit dans un linceul blanc dans un tombeau nouveau, c’est-à-dire dans l’homme jeune. Que chacun prenne donc soin de ne pas pécher pour ne pas outrager Dieu qui habite en lui et ne pas le chasser de son âme, car Israël recut la manne, pour se nourrir dans le désert et le véritable Zsraël reçut le corps du Christ.

25. Le vieillard dit : Sors ton glaive (2). Le frère dit : Les passions ne me le permettent pas. Le vieillard dit : (Il est écrit) : Znvoque-moi au jour de ton affliction, je te délivrerai et tu me loueras (3). Invoque-le donc et il te délivrera de toute tentation.

26. Un frère qui avait été à l'étranger, interrogea un vieillard et dit : Je veux retourner chez moi. Le vieillard lui dit : Sache, frère, qu’en ve- nant de ton pays jusqu'ici, tu avais le Seigneur pour guide, mais tu ne l’auras plus, si tu retournes. È

27. Un vieillard (4) envoya son disciple puiser de l’eau. Le puits était loin de leur cellule. Il oublia d’emporter la corde et s’en aperçut en arrivant au puits; il se mit en prière et cria : O puits! puits! mon abbé m'a dit : Remplis la cruche d’eau. Aussitôt, l’eau monta en haut, le frère remplit (sa cruche) et l’eau retourna à sa place.

28. Un évêque (5) allait chaque année près des pères à Scété. Un frère, le rencontrant, le conduisit à sa cellule, lui donna du pain et du sel et lui dit : Pardonne-moi, seigneur, de n’avoir rien autre à te donner. L’évêque lui dit : Je veux l’an prochain, lorsque je viendrai, ne pas même trouver de sel.

29. Un frère dit qu'il y eut une discussion dans une laure d'Égypte; tous prirent la parole, les grands et les petits. Un seul ne parla pas et lorsqu'ils sortirent, un frère lui demanda : Pourquoi n’as-tu pas parlé? Celui-là, pressé par le frère, dit : Pardonne-moi, mais j'ai dit à ma pen- sée : Si le tapis (6) qui est sous moi ne parle pas, tu ne parleras pas non plus. Voilà pourquoi j'ai gardé le silence sans parler.

(ŒNCB;:p, 809; ne:

(2) Cf. Juges, 1x, 94: B; p- 792, n. 143; Coislin 127, f. 20'; M, 1056, I. Le latin a conservé la meilleure rédaction.

(2) BSExLIx, 19.

(4) B, p. 685, n. 616; M, 756, n. 28 et 1004, n. 17; E, p. 798, n. 609. Paul, 116.

(5) L; fol. 74'; B, p. 499; n. 160:

(6) Cf. supra, 4.

62 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

(164 r°) ἀδελφὸς λέγων. Πῶς σὺ οὐχ ἐλάλησας. δὲ βιασθεὶς ὑπὸ τοῦ ἀδελφοῦ εἶπεν Συγχώρησον μοι, ὅτι εἶπον τῷ λογισμῷ μου" ὅτι >\ \ ΄, " 2 / AE 4 \ / \ ἐᾶν μὴ λαλησῃ τὸ ἐμρρίμιιον τὸ ὑποχάτω μου, μὴ λαλησῃς. Kat οὕτως ἔμεινα σιωπῶν καὶ μὴ φθεγγόμενος. | 6 = , ΣῈ t S \ 7, 90. --- Ἦν τις γέρων ἀσθενῶν χαὶ ὡς μὴ ἔχοντα τὰς χρείας, προσε- = 17 , x τ ͵ ι Ü / ΕἸ / À .,3: -" λάῤετο αὐτὸν πατὴρ χοινοδίου χαὶ ἀνέπαυσεν αὐτόν. Kai ἔλεγε τοῖς ἀδελφοῖς" Βιάσασθε ἑαυτοὺς ὀλίγον, ἵνα ἀναπαύσωμεν τὸν ἀσθενῆ. δὲ ἀσθενῶν, εἶχε χύτραν χρυσίου, καὶ ὀρύξας ὑποκάτωθεν αὐτοῦ, ἔχρυ- ψεν αὐτήν. Συνέδη δὲ αὐτὸν ἀποθανεῖν χαὶ οὐχ, ὡμολόγησεν. Μετὰ οὖν τὸ ταφῆναι αὐτὸν εἶπεν ἀθθὰς τοῖς ἀδελφοῖς" ἼΑρατε τὴν στίδαδα ταυτὴν ἔνθεν. Kai ὡς (164 r?) χαταστρέφουσιν αὐτὴν, εὗρον τὸ χρυσίον. Καὶ εἶπεν ἀδξᾶς: εἰ ζῶντος αὐτοῦ οὐχ ὡμολόγησεν, οὐδὲ εἰς τὸν θάνατον αὐτοῦ εἶπεν, ἀλλ᾽ εἰς αὐτὸν εἶχε τὴν ἐλπίδα οὐχ ἅπτομαι x αὐτοῦ, ἀλλ᾽ ὑπάγετε θάψατε αὐτὸ μετ᾽ αὐτοῦ. Καὶ χατῆλθε πῦρ ἀπ᾿ οὐρανοῦ χαὶ ἐπὶ πολλὰς ἡμέρας ἔχειτο ἐπάνω τοῦ μνημείου ἀὐτοῦ ἐνώπιον πάντων καὶ πάντες ὁρῶντες ἐθαύμαζον. + » r A , D 91, --- Ἦν τις ἐπίσχοπος εἴς τινα πόλιν, χαὶ χατ᾽ ἐνέργειαν τοῦ διασόλου ἔπεσεν εἰς πορνείαν. Muige οὖν τῶν ἡμερῶν γενομένης GUVA= ξέως ἐν τῇ ἐχχλησίᾳ, καὶ und evdc γινώσκοντος περὶ τῆς ἁμαρτίας αὖ- τοῦ, ἀφ᾽ ἑαυτοῦ ὡμολόγησεν ἔμπροσθεν παντὸς τοῦ λαοῦ λέγων᾽ ᾿Εγὼ εἰς πορνείαν πέπτωχα. (164 νῷ) Καὶ ἀπέθετο τὸ ὠμοφόριον αὐτοῦ ἐπὶ τὸ θυσιαστήριον εἰπών: Ὅτι οὐχέτι ὑμῶν δύναμαι εἶναι ἐπίσχοπος. Καὶ ἀνέχραξε πᾶς λαὸς μετὰ χλαυθμοῦ λέγοντες ἁμαρτία αὕτη

.

> 2 Lt 4 HA - _ K \ ? 0 \ Ca Er θέ εφ ἡμᾶς, μόνον : LLE γον ἕν τῇ ETLGZOT. αι αποχρι εις ELTEV L ὕε-“-

χλεισθῆναι τὰς θύρας τῆς ἐκκλησίας, ἔῤῥιψεν ἑαυτὸν εἰς μίαν παρά- θυρον ἑπὶ πρόσωπον καὶ εἶπεν: Οὐχ ἔχει: μέρος μετὰ τοῦ θεοῦ ὅστις ἐξερχόμενος un πατήσῃ με. Kai ποιήσαντες κατὰ τὸν λόγον αὐτοῦ, χαὶ ἐξερχομένου τοῦ ὑστέρου, ἦλθε φωνὴ Ex τῶν οὐρανῶν λέγουσα" Διὰ τὴν πολλὴν ταπείνωσιν αὐτοῦ, συνεχώρησα (164% νἢ) αὐτῷ τὴν ἁμαοτίαν.

32. Ἄλλος τις ἦν ἐπίσχοπος εἴς τινα πόλιν, καὶ ἐγένετο αὐτὸν περιπεσεῖν εἰς ἀῤῥωστίαν, ὥστε πάντας ἀπογνῶναι. αὐτὸν. Ἦν δὲ ἐχεῖ μοναστήριον γυναιχῶν, χαὶ μαθοῦσα ἡγουμένη ὅτι ἀπεγνώσθη ἐπί- σχοπος, λαδοῦσα μεθ᾽ ἑαυτῆς δύο ἀδελφὰς ἀπῆλθε τοῦ ἐπισχέψασθαι

=s τὰ

ἀν VASE 24 7 ; / Le αὐτόν. Kat ὡς ἐλάλει μετ᾽ αὐτῆς ἐπίσχοπος, μία τῶν μαθητριῶν

APOPHTHEGMES DES SAINTS VIEILLARDS. 63

30. Un vieillard (1) était malade et, comme il n’avait pas ce qu'il lui fal- lait, le chef d’une communauté le recut et lui donna le nécessaire; il dit aux frères : Gênez-vous un peu pour que nous donnions le nécessaire à un malade. Or le malade avait un pot d’or; il creusa sous lui et le cacha; il mourut sans l'avoir fait connaître. Quand il fut enterré, l'abbé dit aux frères : Enlevez ce lit d'herbes de là. En l’enlevant ils trouvèrent l'or, et l'abbé dit : S'il ne l’a pas fait connaître durant sa vie, mais ne l’a pas même dit à sa mort et a mis son espérance en lui, je ne veux pas le tou- cher, mais allez l’enterrer avec lui. Le feu descendit du ciel et, du- rant de nombreux jours, resta au-dessus de son tombeau à la vue de tous, et ceux qui le virent furent dans l'admiration.

DA, ᾿

(31\L'évèque d’une certaine ville (2), par l'opération du démon, tomba das’la fornication, Un jour que l'on se réunissait à l’église et que personne n'avait connaissance de son péché, il le confessa devant tout le peuple et dit : J'ai péché. Puis il déposa son manteau sur l’autel et dit : Je ne puis plus être votre évêque. Tout le peuple pleura et cria : Que ce péché soit sur nous, mais conserve l’épiscopat. Il répondit : Vous voulez que je con- serve l’épiscopat, faites donc ce que je vais dire. Il fit fermer les portes de l’église, puis se coucha la face contre terre devant une porte de côté et dit : Il n’aura pas de part avec Dieu celui qui passera sans me fouler aux pieds. Ils firent comme il le demandait et, lorsque le dernier fut sorti, une voix vint du ciel et dit : A cause de sa grande humilité, je lui ai remis son péché.

32. Un autre était évêque d’une certaine ville (3) et il lui arriva de tomber dans une maladie au point qu'on ne le reconnaissait plus. Il y avait un monastère de femmes, et la supérieure, apprenant que l’évêque était si malade, prit deux sœurs avec elle et alla le visiter. Tandis qu’elle parlait avec l’évêque, l’une de ses sœurs qui se trouvait près du pied de l’évêque le toucha pour: voir comment il allait. Il fut ému à ce contact.et dit à la supérieure : Je ne recois pas de soins de ceux qui sont autour de moi, daigne donc me laisser cette sœur pour me servir. L'autre, ne soupcon- nant rien de mal, la lui laissa. Poussé par le diable, il lui dit : Fais-moi cuire quelque chose pour que je (le) goûte. Elle fit comme il l'avait dit et, après avoir mangé, il lui dit : Couche avec moi. Et il accomplit le péché. Elle devint enceinte et le clergé l’arrèta disant : Apprends-nous qui t'a rendue enceinte. Elle ne voulut pas l’avouer. Alors l’évêque dit : Laïissez-la, c'est moi qui ai commis ce péché. Quand il fut guéri de sa maladie, il en- tra dans l’église, déposa son manteau sur l’autel, s’en alla, prit un bâton en sa main et gagna un monastère il n'était pas connu. Or l'abbé de la

(1) Coislin 127, f. 105. (2) Ms: grec 919, fol. 151". Cf: B, p. 301. Paul, 156, (3) Ms. 919, 7014. Paul, 16.

G4 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

αὑτῆς ἱσταμένη πρὸς πόδα, ἥψατο τοῦ ποδὸς αὐτοῦ θέλουσα υαθεῖν πῶς ἔχει. δὲ ἀπὸ τῆς ἀφῇς πολεμιηθεὶς, παρεχάλεσε τὴν “ἡγουμένην λέγων" Ὅτι οὐχ ἔχω ὑπηρεσίαν ἀπὸ τῶν ἔγγιστά μου, θέλησον οὖν χα- ταλεῖψαί μοι τὴν ἀδελφὴν ταύτην, ἵνα ὑπηρετῇ μοι. δὲ (165 r‘) μηδὲν πονηρὸν ὑπολαθοῦσα, ἀφῆχεν αὐτήν. ᾿Ενδυναμωθεὶς οὖν ὑπὸ τοῦ διχρόλου, λέγει αὐτῇ - ΠΙοίησόν μοι μιχρὸν ἑψητὸν ἵνα γεύσωμαι. Καὶ ἐποίησε χαθὼς εἶπεν αὐτῇ. Kai μετὰ τὸ γεύσασθαι αὐτὸν, λέγει αὐτῇ" Ἰζοιμήθητι μετ᾽ ἐμοῦ, χαὶ ἔτεχε τὴν ἁμαρτίαν. Λαῤφοῦσα οὖν χατὰ γαστρὸς, ἐχράτησεν αὐτὴν χλῆρος λέγοντες - Εἰπὲ ἡμῖν τίς σε ἐποίησεν ἔγχυον. δὲ οὐχ ἤθελεν ὁμολογῆσαι. Τότε ἐπίσχοπος λέγει" Αφετε αὐτὴν, ἐγὼ γὰρ ἐπὸ NCA τὴν ἁμαρτίαν ταύτην. Καὶ ἐγερθεὶς ἐχ τῆς

ῥωστίας, εἰσῆλθεν εἰς τὴν ἐκκλησίαν καὶ ἀπέθετο τὸ ὠμοφόριον αὐτοῦ

ῷ. Os

ἐπὶ τὸ θυσιαστήριον, καὶ ἐξελθὼν ἔλαξε ῥάδδον ἐν τῇ χειρὶ αὐτοῦ, ai

ὥρμησεν εἰς μοναστήριον ὅπου οὐκ ἐγνωρίζετο. δὲ ἀδδᾶς (165 τ") τοῦ κοινούίου, διορατιχὸς ὧν, ἔγνω ὅτι ἐπίσχοπος ἔχει ἐλθεῖν εἰς τὴν HLOVAV, χαὶ πὰρ ἡγγεῖλε τῷ θυρωρῷ λέγων" Βλέπε, ἄδελφε, ὅτι σήμερον

,

πίσχοπος ἔχει Le δ ΠΠροσδοχῶν οὖν θυρωρὸς, ὅτι μετὰ λε-

Os TT

χτικίου ἔρχεται μετὰ τινὸς φαντασίας ὡς ἐπισχόπου οὐχ ἐνόησε τὸ πρᾶγμα. Ἐξελθὼν οὖν ἀδόᾶς εἰς ἀπάντησιν αὐτοῦ, ἠσπάσατο αὐτὸν λέγων" Καλῶς ἦλθες, χύρι ἐπίσχοπος. δὲ ἐνεὸς γενόμενος ὡς ἐγνώ-

4 4 KI D Re ve τομῆς σθη, ἠθέλησε φυγεῖν εἰς ἕτερον μοναστήριον. Λέγει οὖν αὐτῷ ἀδδᾶς

-ὸ 4 - \ ‘2 , Ὅτι ὅπου ἐὰν ἀπελθὴς μετὰ σοῦ ἔρχομαι. Καὶ παραχαλέσας αὐτὸν πολλὰ, εἰσήνεγχεν αὐτὸν εἰς τὴν μονήν. Μετανοήσας οὖν ἐν ἀληθείᾳ, 3 L CN f ΄ γα: ἐτελεύτησεν ἐν εἰρήνγ, ὥστε σημεῖχ (16 νἢ) γενέσθαι ἐν τῇ ἐξόδῳ

αὐτοῦ. »

SR ἮΝν τις γέρων καλούμενος Ἱέραξ

ἐλάσας Πὰ τὰ ἐνενήχοντα ἔτη. Kai θέλοντες οἱ D AD εἰς ἀχηδίαν

αὐτὸν ἐμδαλεῖν τῷ pire: τοῦ χρόνου ἐπέστησαν αὐτῷ ἐν ἡμέρα λέγον-

4 e! 57 Le PV ε \ rec" Τί ποιήσεις, γέρων, ὅτι ἄλλα πεντήκοντα ἔχεις ζῆσαι; ‘O δὲ

es

ον

ἰς. τὰ μέρῃ Θηδαίδος

χποχριθεὶς λέγει αὐτοῖς ᾿Ελυπήσατέ με πάνυ. Διαχοσίων γὰρ ἐτῶν παρασχευὴν ἔθηχα. Οἱ δὲ ἀπήρχοντο ὁλολύζοντες ἀπ᾽ αὐτοῦ. VE ΄ὕ 3 δά 5 94. Ἦν τις ἀναχωρητὴς ἐν τοῖς μέρεσι τοῦ ᾿Ιορδάνου, ἀγονι- Couevos ἐπὶ ἔτη, ἱκανά. Οὗτος χαρίσματος nv ἠξιώμενος, μὴ δέχεσθαι αὐτὸν προσθολὰς ἐχ τοῦ ἐχθροῦ, ὥστε αὐτὸν πᾶσι τοῖς παραγινομένοις b ΄ πρὸς αὐτὸν ὠφελείας χάριν (165 ν᾽) λοιδορίαις βάλλειν τὸν διάόολον, el \ A] ΕΣ ι " χαὶ λέγειν ὅτι οὐδέν ἐστιν, χαὶ οὐ δύναταί τι πρὸς τοὺς ἀγωνιστὰς εἰ

APOPHTHEGMES DES SAINTS VIEILLARDS. 65

communauté, qui recevait des révélations, connut qu’un évêque devait venir au monastère; il l’annonça au portier et lui dit : Fais attention, frère, car un évêque doit venir nous trouver aujourd'hui. Le portier, pensant qu'il viendrait avec une litière ou du moins avec un certain apparat, comme un évêque, ne s’apercut de rien. Mais l’abbé sortit à sa rencontre et le salua en disant : Sois le bienvenu, seigneur évêque! Celui-ci, tout stupéfait d’avoir été reconnu, voulut s'enfuir à un autre monastère. L'abbé lui dit donc : Partout tu iras, j'irai avec toi. Il le pria donc beaucoup et le fit entrer dans le monastère; il s’y repentit en vérité et mourut en paix au point qu'il y eut des prodiges à sa mort.

33. Il y avait dans la Thébaïde un vieillard nommé /Jiérax qui avait atteint près de quatre-vingt-dix ans. Les démons qui voulaient l'amener à la négligence par la longueur du temps (de sa vie) vinrent le trouver un jour et lui dirent : Que feras-tu, vieillard? car tu as encore cinquante autres années à vivre. Il leur répondit : Vous m'avez grandement affligé, car je m'étais préparé pour (vivre) deux cents ans. Les démons le quittè- rent en hurlant.

τς

34: Un anachorète (1) lutta durant un certain nombre d'années dans les régions du Jourdain. 11 eut la grâce de ne pas être attaqué par l'ennemi, de sorte qu'il injuriait le diable devant ceux qui venaient le visiter; il leur disait, pour leur édification, que le diable n’était rien et ne pouvait rien contre les athlètes s’il ne les trouvait semblables à lui : sordides et asser- vis au péché, tels étaient ceux qu'il énervait. Il ne se doutait pas qu'il était protégé par le secours divin et qu'il lui devait de ne pas subir les attaques de l’ennemi. Un jour donc, par la permission divine, le diable lui apparut face à face et lui dit : Que t’ai-je fait, abbé? pourquoi me cou- vres-tu d'injures? T’ai-je jamais tourmenté? Mais lui, couvrant le démon de crachats, usa encore des mêmes paroles : Va loin de moi, Satan, car tu ne peux rien contre les serviteurs du Christ. L'autre le flatta en disant : C’est vrai, c’est vrai, mais tu dois vivre encore quarante ans et, durant tant d'années, comment ne trouverais-je pas une heure pour te duper? et, après avoir jeté l’appât, il disparut. L'autre se mit à réfléchir et à dire : Voilà déjà tant d’années que je m’épuise ici et maintenant Dieu veut me faire vivre encore quarante autres années, je vais partir et aller dans le monde, je verrai ceux qui agissent autrement que moi, je passerai quelques années avec eux, puis je reviendrài et reprendrai ma vie ascétique. Dès qu'il eut pensé cela, il le mit en œuvre. Il se leva, quitta sa cellule et marcha. Non loin de là, un ange du Seigneur fut envoyé à son secours et lui dit : vas-tu, abbé? Il répondit : A la ville. L'ange reprit : Va à ta cellule et n’aie rien de commun avec Satan, car il t'a bafoué. Il rentra en lui-même, retourna à sa cellule et mourut trois jours plus tard.

(1) Paul, 19. ORIENT CHRÉTIEN. 5

66 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

C9 (4 ΄ -- ΄ un ὁμοίους αὐτοῦ εὔρη, ῥυπαροὺς δεδουλωμένους πάντοτε τῇ ἁμαρτία 3 / Le \ » Le 2 - - / r ἐχείνους ἐχνευοίζει, μὴ αἰσθόμενος ὅτι ἐκ τῆς τοῦ θεοῦ βοηθείας σχέ- πεται, χαὶ ἐχ τούτου οὐ δέχεται πολέμους ἐκ τοῦ ἐναντίου. Ἔν μιᾷ \ Wu πκ - ΄, 5 Sent pe ΄“ " ι y οὖν χατὰ συγχώρησιν θεοῦ φαίνεται αὐτῷ διάδολος ὄψιν πρὸς ὄψιν, χαὶ φησὶ πρὸς αὐτόν᾽ Τί ἔχω πρὸς σὲ, 466%, τί με λοιδορίαις πλύνεις ; r » e \ 7 \ "Ὁ ur σοι τί ποτε παρηνώχλησα:: δὲ πάλιν ἐμπτύσας αὐτὸν, τοῖς αὐτοῖς ὙἈΜΝ τς NT er ΑΕΓ V4 "ἂν \ 4 1 ἐχέχρητο ῥήμασιν. Ὕπαγε ὀπίσω μου, Σατανᾶ, οὐδὲν γὰρ δύνῃ πρὸς , - = NS r - ; τοὺς δούλους τοῦ Χριστοῦ. δὲ φωνὴν τοιαύτην ἐπαφῆχεν᾽ Ναὶ, San UN 72 LA V2 e , » ναὶ, ἀλλὰ τεσσαράκοντα ἔτη ἔχεις ζῆσαι, μίαν ὥραν οὐχ ἔχω (166 r*) , x τὰ " ᾿ ε« Ne εὑρεῖν εἰς τὰ τοσαῦτα ἔτη σχελίσαι σε; καὶ ὀίψας τὸ δέλεαρ ἀφανὴς

γένετο. δὲ εὐθὺς εἰς λογισμοὺς βληθεὶς ἔλεγεν’ ἔχω τοσαῦτα ἔτη

ms

ὧδε τρυχόμιενος, χαὶ ἀχμὴν ἄλλα τεσσαράχοντα ἔτη θέλει με ζῆσαι

χομαι χαὶ ἀπέρχομαι εἰς τὸν χόσμον, βλέπω χαὶ τοὺς διαφέ-

T LOU ῳ.- CA) us. Ms «, xx τς TO

/ ΟῚ ΠΑ ΣΤᾺ \ \ peur, CRE Ξ ae y ροντάς μοι, συγγίνομαι αὐτοῖς ἔτη, τινὰ, χαὶ πάλιν ἔρχομαι xal ἔχομαι τῆς ἀσχήσεώς μου. Καὶ μόνον ἐνεθυμήθη ταῦτα, ἔργῳ ἐπλήρου. Καὶ ΠΝ ARLES Fe χέλλιες αὑτοῦ. χαὶ εἴγετ 7e ὁδοῦ. : ὁρμήσας ἐξήρχετο τῆς κέλλης αὑτοῦ, καὶ εἴχετο τῆς ὁδοῦ. Οὐ μαχρὰν

δὲ αὐτοῦ γενομένου, ἀπεστάλη ἄγγελος κυρίου πρὸς βοήθειαν αὐτοῦ

οὺς αὐτόν: Ποῦ πορεύη, 466: ὋὉ δὲ ἔφη: Ἐπὶ τὴν πόλιν. ED φ

\ \ αι φησι Tr

Kat λέγει αὐτῷ: “Ὑπόστρεψον εἰς τὴν χέλλαν σου, χαὶ und év σοι (166 τ καὶ τῷ Σατανᾷ, ἔχε δὲ ἑαυτὸν χλευασθέντα ὑπ᾽ αὐτοῦ" δὲ εἰς ἑαυτὸν ἐλθὼν, ὑπέστρεψεν εἰς τὴν χέλλχν αὑτοῦ. Καὶ ποιήσας τρεῖς ἡμέρας ἐτελειώθη. ,

᾿

39. ᾿Αναχωρητῇ τινὶ μεγάλῳ εἰπόντι΄ τί οὕτως με πολεμεῖς ) Σατανᾶς λέγων" Σὺ εἰ μεγάλως με πολεμῶν.

LA --

Σ τα Ἐπ “ἀταναὶ STNAOUGEV 0

5

HO *AVAYOONTAG τις εἶδεν δαίμονα προτρεπόμενον ἕτερον δαί- μονα, ἐλθεῖν χαὶ διυπνίσαι χαθεύδοντα μοναχόν. Kai ἀκούει τοῦ ἄλλου λέγοντος" Οὐ δύναμαι τοῦτο ποιῆσαι, ποτὲ γὰρ αὐτὸν ἐξύπνισα, καὶ

, \ | Γ \ , / ι ἀναστὰς ἐχαυσε [LE ψάλλων AOL εὐχόμενος.

Περὶ τῶν Mayicrotavoy.

LI NUE Διηγήσατο τις ὅτι μαγιστριανός τις πράχτωρ γεώτερος χαλὸς πάνυ τῷ εἴδει, ὑπηρετεῖ (166 v') βασιλικαῖς ἀποχρίσεσιν. Εἶχε δὲ φίλον τινὰ τῶν λαμπρῶν ἐν μιᾷ τῶν πόλεων ἔχοντα γυναῖχα νεωτέραν. Ὅτε οὖν ἤρχετο ἐχεῖ ἐδέχετο αὐτὸν χαὶ κατέμεινεν εἰς τὸν οἶκον αὐτοῦ,

χαὶ συνήσθιε μετὰ τῆς γυναικὸς αὐτοῦ ἀγάπῃ φερόμενος πρὸς αὐτόν.

ve ᾿ι

APOPHTHEGMES DES SAINTS VIEILLARDS. 67

35. Un illustre anachorète qui disait : Pourquoi me combats-tu ainsi, Satan? entendit Satan répondre : C’est toi qui me combats fortement.

36. Un anachorète vit un démon qui en poussait un autre à aller éveiller un moine. Il entendit l’autre répondre : Je ne puis le faire; car jadis je l'ai éveillé; il s’est levé et m'a brûlé par ses chants et ses prières.

DES OFFICIERS ROYAUX (1).

37. On racontait (2) qu'un officier percepteur, jeune, de très bel as- pect, gérait les deniers royaux. Il avait dans une certaine ville un ami illustre qui possédait une jeune femme. Celui le recut lorsqu'il passa par

- là; il demeura dans sa maison et mangea avec 58 femme; il avait de l'amitié pour lui. Comme il demeurait longtemps près d'eux, la femme commença à penser à lui sans qu’il en eût connaissance. Comme elle était chaste, elle ne lui révéla pas ses pensées, mais attendit et souffrit. Il arriva qu'il se mit en route selon son habitude; quant à elle, ses pensées la rendirent malade et elle s’alita. Son mari lui amena des médecins qui l’auscultèrent et dirent au mari : Elle peut-être quelque souffrance de l'esprit, car elle n’a aucune maladie corporelle. Son mari s’assit auprès d’elle, la supplia et dit : Dis-moi ce que tu as. Celle-ci, timide et rougis- sante, ne le confessait pas d’abord, mais elle lui dit enfin : Tu sais, Sei- gneur, que par charité ou par simplicité tu introduis ici de jeunes per- sonnes, et moi, comme femme, j'ai été frappée par l'officier royal. Son mari, ainsi renseigné, se tut et lorsque plus tard l’autre revint, il alla au- devant de lui et lui dit : Tu sais, mon frère, combien je t'ai aimé, je t'ai recu avec charité et t'ai fait manger avec ma femme. L'autre dit : C’est vrai, Seigneur. Et il lui dit : Voici que ma femme pense à toi. L'autre,

en l’entendant, non seulement ne songea pas à elle, mais, emporté par la charité, il fut très affligé et 1] lui dit : Ne t’afflige pas, Dieu (nous) secourra. Il s’en alla donc, se coupa les cheveux, puis il prit une subs- tance (3), s’en oignit la tête et la figure au point de les brüler ainsi que les sourcils. Il fit disparaître toute sa beauté et sembla un ancien lépreux. 11 se couvrit donc d’un voile et alla rendre visite à la malade et au mari qui était près d’elle, puis, relevant (le voile), il leur montra sa tête et son visage et commenca à dire : Voilà ce que m'a fait le Seigneur. Quand elle le vit passé d’une telle beauté à une telle laideur, elle fut dans l’étonne- ment. Dieu, voyant la peine (que cet homme avait prise), enleva les ten-

(1) Magisteriani. Cf. Glossaire de Ducange et M, 988, note 24. (2) Coislin 232, fol. 166; Grec 1036, fol. 234; 1596, p. 369. Paul, 361. (3) Ce nom manque dans Ducange qui donne seulement le sens de «lame »

68 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

* τ 1 , \ 3 A Ἐν τῷ οὖν πολλάχις πυχνάζειν πρὸς αὐτοὺς, ἔλαύε λογισμοὺς γυνὴ εἰς αὐτὸν, μὴ γινώσκοντος αὐτοῦ. Καὶ σώφρων οὖσα οὐχ ἐνέφαινέ τι τς \ HAS À > 738 2 , >> "Ἔν δὲ TE \ τοιοῦτον πρὸς αὐτὸν, ἀλλ᾽ ἐκαρτέρει πάσχουσα. Συνέδη δὲ αὐτὸν χατὰ τὸ σύνηθες ὁδεῦσαι, ἐχείνη δὲ ἀπὸ τῶν λογισμῶν ἠσθένει καὶ χατέχειτο. » / δι \ , \ , sn RUES Η Al \ , \ Avéospe δὲ πρὸς αὐτὴν ἀνὴρ αὐτῆς ἰατροὺς, χαὶ ψηλαφῶντες αὐτὴν, LA 74

λέγουσι τῷ ἀνδρὶ αὐτῆς" Εἰ μή τί γε ψυχικὸν (166 ν᾽) πάθος ἔχῃ,

2 τ - 3 \ \ LU 2 \ La , Al , -- ETEL σωμᾶτιχως οὐδὲν χαχον EAEL. Παραχάθεται δὲ 0 ἀνὴρ αὐτῆς

εὐλαδουμένη χαὶ ἐρυθριῶσα τὴν ἀρχὴν οὐχ ὡμολόγει. Ὕστερον δὲ ὡυιοχόγησε λέγουσα: Οἶδας. χύρι. εἴτε ἀπὸ ἀγάπης εἴτε ἁπλότητ )-

μοχόγησε λέγουσ G> KUPL, τὶ γάπης εἴτε ἁπλότητι φερό μένος, ἀναφέρεις ὧδε πρόσωπα νεώτερα, καὶ ἐγὼ ὡς γυνὴ ἔπαθον εἰς σὸν μαγιστριανόν. ᾿Αχούσας δὲ ἀνὴρ αὐτῆς ἡσύχασεν, χαὶ ὡς συνέξη ἐεθ’ ἡμέρας ἐλθεῖν τὸν μαγιστριανὸν, χαὶ ἀπελθὼν προσυπήντησεν αὐτοῦ

΄ DRE ANS 02 # = , 7 \ *

χαὶ λέγει αὐτῷ" Οἴδας, ἀδελφέ μου, πῶς ἠγάπησάζ σε, καὶ ἀπὸ ἀγά-

HR TE PARA RE E NE ME ROSE à HN EYOUNV σε χαι GUVAGULES τὴ γυναικὶ pou ; ἔγει EZELVOS UTOG

ns

ἐστὶ δέσποτα. (167 τ) Kai λέγει αὐτῷ: Ἰδοὺ ἔλαύε λογισμοὺς εἰς

A ΄ δὲ > 7 > / , 6 A ἐξ ΓΕ Δ σε γύνη μου. O δὲ ἀχούσας, οὐ [LOVOY οὐχ ἔλαοςξ λογισμοὺς εις αὐτὴν,

ἀλλὰ καὶ πάνυ ἐλυπήθη ἀγάπῃ φερόμενος χαὶ λέγει αὐτῷ" Μηδὲν λυπη-

θῇς, ἔχει θεὸς βοηθῆσαι. ᾿Απελθὼν οὖν, ἐπῆρε τὰς τρίχας ἑαυτοῦ,

»

= A \ » : - A \ 5 δ τ sy

χαὶ λαδὼν λαμινὶν ἔχρεισε τὴν χεφαλὴν χαὶ τὴν ὄψιν, ἕως οὗ ἐξέκαυσεν \ 2 “- - \ > -- 4

αὐτὰ μέχρι καὶ αὐτῶν τῶν ὀφρυων. Καὶ ἐπῆρεν ὅλην τὴν ὡραιότητα

ἐχείνην, χαὶ ἐφαίνετο ὡς παλαιὸς λελωσημιένος. ἜἘνδύεται οὖν φαχιό--

, ΄ \ ΄ ν 3 , , \ +

λιον, χαὶ ἀνέρχεται χαὶ εὑρίσχει αὐτὴν ἀναχειμένην, χαὶ τὸν ἄνδρα

ΠΈΣ US SE. y ? . -“΄ὦ

αὐτῆς παραχαθήμιενον αὐτῇ, χαὶ ἀποχάμψας, δείκνυσιν αὐτοῖς τὴν χε- \ Ν \ ! muy ue Sr. e .— A) 02 , / ΄

φαλὴν καὶ τὸ πρόσωπον, καὶ ἤρξατο λέγειν ὅτι (167 τ΄) οὕτως ἐποίησέ τ / 3 / δὲ 10 TEA 2. 2 - , ΄

μοι χύριος. ᾿Εχείνη δὲ ὡς εἰδὲν αὐτὸν, ἐκ τοιαύτης μορφῆς εἰς τοιαύ- » / » / ᾿ ἰδὸ e x A > / 15. ἃ»

τὴν ἀμορφίαν, ἐθαύμασεν. Kai ἰδὼν θεὸς τὴν ἐργασίαν αὐτοῦ ἐπῆρεν

» » -- i ΄ \ ΄ LA , sc , δ

ἀπ᾽ αὐτῆς τὸν πόλεμον, καὶ εὐθέως ἀνέστη ἀποῤῥιψαμένη ὅλους τοὺς

λογισμοὺς ἐχείνους. Τότε μαγιστριανὸς λαμάνει τὸν ἄνδοα αὐτῆς δ \ ? >= N à s ©! / N Va

χατιδίαν, χαὶ λέγει αὐτῷ" ’Idob dix θεοῦ γυνή σου οὐδὲν χαχὸν ἔχει,

΄ A 7 4 δι Ξ -“

οὐχέτι δὲ βλέπει τὸ πρόσωπόν μου. Ἰδοὺ τοῦτό ἐστι τὸ θεῖναι τὴν

! \ A IE CAN ᾿ / τ δ ἘΞ » θὲ » \ 5 θοῦ ψυχὴν αὐτοῦ UTEO AYATRNSS LIL ATOUOUVEL αγὰ ον αντι σγα OÙ,

(A suivre.)

ἐπιπλεῖον παρακαλῶν αὐτὴν χα! λέγων: Εἰπέ μοι τί ἔχεις. "Exesivn

APOPHTHEGMES DES SAINTS VIEILLARDS. 69

tations de la femme et elle oublia toutes ses pensées. Alors l'officier royal prit le mari à l'écart et lui dit : Voilà que, grâce à Dieu, ta femme n’est plus malade, elle ne verra plus mon visage. Cela s'appelle mettre l’âme au-dessus de l'amour et rendre le bien pour le bien.

(A suivre.)

LES

ÉGLISES SAINT-ÉTIENNE A JÉRUSALEM

M. C. Spyridonidis vient de faire une communication fort intéressante au sujet d’une église Saint-Étienne, à Jérusa- lem (1). Comme il s’agit d’une découverte qui est appelée à un certain retentissement, il importe de préciser dès le début les

données historiques que nous possédons sur ce point et d’exa-

miner si elles concordent avec les découvertes archéolo- g'iques.

Dans un article détaillé (2), j'ai été amené tout récemment à dire ma pensée sur le sanctuaire ou plutôt sur 65 sanctuaires de Saint-Étienne, à Jérusalem. Il résulte des textes apportés qu'il y avait deux anciennes églises, dédiées au protomartyr dans la Ville Sainte.

Une église fut bâtie par l’impératrice Eudocie après le concile de Chalcédoine, au nord de la ville. Le 15 juin 460, jour de sa dédicace, cette église n'était pas encore achevée. Les ruines de cette basilique ont été retrouvées par les Pères Dominicains, qui l'ont reconstruite d’une manière fort somptueuse.

La seconde église, restée jusqu'ici à peu près inaperçue, est signalée sûrement par trois documents : par le Commemora- torium de casis Dei, en l'année 808 (3); par un récit, qu'a édité M. l'abbé Nau (4) et qui la mentionne avant l'année 600 ; enfin, par un récit des Plérophories de Jean, évéque de

(1) The Church of St. Stephen dans le Palestine Exploration Fund, Quarterly Statement, avr. 1907, p. 137-139. [Cf. Néa Sion, t. IV (1906), p. 247].

(2) Les monastères et les églises Saint-Étienne, à Jérusalem dans les Echos d’O- rient, t. VII (1905), p. 78-86.

(3) Toguer, Jtinera et Descripliones-Terrae Sanclae, t. I*, 11, p. 302.

(4) Revue de l'Orient chrétien, t. VIII (1903), p. 93.

us

ΡΥ ΔΆ

» LES ÉGLISES SAINT-ÉTIENNE. ἽΙ

Maïouma (1), ouvrage rédigé entre les années 512 et 518, et d’après lequel ce sanctuaire existait avant le concile de Chalcé- doine, c'est-à-dire avant l'année 451. Cette seconde église de Saint-Étienne, antérieure à l’année 451, plus ancienne par con- séquent que la première, était située à l’est de la ville, c'est- à-dire dans la vallée du Cédron ou de Josaphat. Elle se trou- vait près d’une autre église, dédiée à saint Jean Baptiste; deux documents l’attestent d’une manière fort explicite (2).

A ces trois textes désignant d’une façon indubitable l'Église Saint-Étienne de la vallée du Cédron, je me permets d'en ajou- ter un quatrième, plus ancien encore. Le biographe de sainte Mé- lanie la Jeune, lequel avait été son confesseur et son directeur, rapporte que, le 26 décembre de l’année 439, quelques jours avant de mourir, la sainte descendit du mont des Oliviers pour aller prier dans le martyrium de Saint-Étienne, à Jérusalem (3). À mon avis, Ce martyrium est identique à l’église Saint-Étienne de la vallée du Cédron, constatée par ailleurs avant le concile de Chalcédoine, c’est-à-dire avant l’année 451. Il ne peuten tout cas se confondre d'aucune manière avec la basilique cons- truite par Eudocie et qui n'était pas encore achevée le 15 juin de l’année 460.

C’est cette seconde église de Saint-Étienne que M. Spyrido- nidis pense avoir retrouvée dans la vallée du Cédron, tout près de Gethsémani, sur un terrain appartenant à la communauté grecque-orthocdoxe de Jérusalem et situé non loin de l'endroit une tradition locale place depuis plusieurs siècles la lapi- dation de saint Étienne. A l'appui de son assertion, M. Spyri- donidis cite une inscription grecque, découverte par lui sur une belle plaque de marbre. On y lit en fort beaux caractères épigraphiques le verset du psaume 117 : « C’est la porte du Seigneur, les justes y entreront; saint Etienne, priez..… »: le reste manque.

(1) F. Nav, 0p. cil., Paris, 1899, cap. Lxxix.

(2) M. l'abbé Nau, Revue de l'Orient chrétien, t. XI (1906), p. 211-212, a fort bien montré la concordance des deux textes; il y avait, dès avant 451, deux églises voisines l’une de l’autre dans la vallée du Cédron : celle de Saint-Étienne et celle de Saint-Jean-Baptiste, La dernière, détruite ou endommagée, fut re- construite ou restaurée par le patriarche Amos, vers la fin du νι" siècle.

(3) Analecta bollandiana, t. XXII (1903), 63, p. 44.

ΡΩΝ REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN. :

Le verset du psaume 117, cité par notre inscription, se trouve ordinairement sur les linteaux de porte des anciennes églises byzantines de Palestine et de Syrie. Je n'en citerai aucun exemple, sûr qu'aucun archéologue palestinien ne me démentira. Si les ruines d'une église avaient été découvertes à Gethsé- mani en même temps que l'inscription, celle-ci serait une preuve irrécusable que l'église Saint-Étienne de la vallée du Cédron, que l’histoire nous fait connaitre, se trouvait et pas ailleurs. Par malheur, la note de M. Spyridonidis est très sobre de détails sur ce point. On se contente de dire que les fouilles ne sont pas encore achevées et qu'on a trouvé des choses, dont on ne peut parler encore.

Respectons ce silence, tout en nous étonnant de la conclu- sion : « L'inscription paraît étre une preuve suffisante que ceci est l'emplacement exact de l’église primitive de Saint- Étienne ». Oui, si l'on a retrouvé les ruines d’une église à l’en- droit de l’inscription; pas nécessairement, dans le cas contraire. La pierre pourrait avoir été apportée d’ailleurs. N'a-t-on pas retrouvé, en effet, une seconde pierre avec l'inscription grec- que suivante : « Tombeau de Marie la Romaine »? D'où vient cette épitaphe? On ne le dit pas davantage.

*

x κα

Quoi qu'il en soit de ces réserves, il est possible, fort probable même que l'on retrouvé l'emplacement de l'église Saint- Étienne, qui se trouvait dans la vallée du Cédron. M. Spyrido- nidis assure que les caractères épigraphiques sont du 1v° siècle ; l'histoire nous apprend qu'une église Saint-Étienne existait dans cette vallée, dès la première moitié du γ΄ siècle. Ce sont deux affirmations analogues.

Puisque nous connaissons deux églises Saint-Étienne à Jéru- salem, une question se pose, impérieuse. Quelle est celle de ces deux églises qui été bâtie sur le lieu de la lapidation du premier martyr? Est-ce la plus ancienne ou la plus récente, celle de l'Est ou celle du Nord, celle de Gethsémani ou celle de l’im- pératrice Eudocie?

Des trois premiers textes cités ci-dessus au sujet de Saint- Étienne de la vallée du Cédron, aucun n'indique pour quel

LES ÉGLISES SAINT-ÉTIENNE. 13

motif cette église fut dédiée au protomartyr. Il s'agit simple- ment d'une église Saint-Étienne, sans autre explication.

Le passage de la Vie de sainte Mélanie, que nous attribuons ‘au même sanctuaire, parle il est vrai du martyrium de Saint- Étienne, mais ce terme peut désigner toute église, qui possédait des reliques d’un saint. C’est ainsi qu'il y avait deux marlyria de Saint-Étienne dans les monastères de sainte Mélanie, sur le mont des Oliviers. Cependant, la démarche de la sainte, alors qu'elle était déjà aux prises avec la maladie qui devait l'em- porter six jours après, peut constituer une preuve morale en faveur du sanctuaire du Cédron. Mélanie, qui avait chez elle deux églises et des reliques de saint Étienne, n’a s'imposer la fatigue d’un voyage à Jérusalem, malade comme elle l'était, que pour se rendre au sanctuaire bâti sur le lieu du martyre du premier diacre, le jour même de sa fête. Le R. P. Lagrange lui-même admet cette interprétation (1). Comme, à cette épo- que, on ne connait à Jérusalem que l'église Saint-Étienne du Cédron, il est vraisemblable que sainte Mélanie s’est rendue à cette église, le 26 décembre 439.

Venons à présent aux textes qui concernent l’église Saint- Étienne, située au nord de la ville (2). Depuis les Croisades, c'est-à-dire dès le commencement du xr° siècle, nombre de pèlerins et d'historiens indiquent le lieu de la lapidation au nord de la ville; tout au contraire, nombre d’autres, à com- mencer par Raoul de Caen (entre 1112 et 1118), le signalent dans la vallée du Cédron, près de Gethsémani. Ces derniers sont pour la plupart d’origine grecque; ce qui n’est pas néces- sairement une mauvaise note, lorsqu'il s'agit de traditions pa- lestiniennes. A partir du xr° et même du xr siècle, les deux traditions sont donc en concurrence; il serait oiseux, par con- séquent, ae citer des témoignages qui n’aboutiraient à aucun résultat positif.

C4

(1) « Il est à peu près certain maintenant qu'il s'agissait dès lors de l'Église de la lapidation », Revue biblique, nouvelle série, t. 1 (1904), p. 468.

(2) J’omets à dessein les pèlerins qui signalent la chapelle Saint-Étienne dans l'église du Cénacle, sur le mont Sion, et l’on vénérait la pierre sur laquelle fut lapidé le premier diacre. La mention d’un troisième sanctuaire, qui est, du reste, hors de cause quand il s’agit de retrouver le lieu de la lapidation, ne pourrait prêter qu’à confusion.

74 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

Remontons plus haut, en commençant par le 1x° siècle (1).

a) Le comimemoraloriun de casis Dei, vers 808, dit du sanctuaire du Nord : « In sancto Stephano, ubi sepultus fuit, clerici 11, leprosi XV » (2). Remarquons-le bien : l'église est bâtie sur le lieu de la sépulture de saint Étienne, non sur le lieu de la lapidation. C’est une distinction qui n’a pas toujours été faite et qui n’est pas inutile.

b) Bède, vers 720, Arculfe, vers 670, ne parlent ni de l’une ni de l’autre église, mais seulement de la chapelle du Cé- nacle.

c) Jean de Nikiou, au vi siècle, dit des fondations d'Eu- docie :

Eudocie arriva à Jérusalem, restaura les églises et les habitations, et fit construire un couvent pour les vierges et un hospice pour les pèlerins et leur attribua de grands biens; elle fit aussi relever les murs de Jérusalem, qui étaient tombés en ruines depuis longtemps... Après avoir accompli ces choses, Eudocie mourut, et l’on déposa son corps avec honneur, avec des panégyriques, dans le tombeau qu'elle avait construit de son vivant (3). »

L'église Saint-Étienne n'est même pas mentionnée, bien qu'ils’agisse évidemment de celle du Nord, se trouvait préci- sément le tombeau de l'impératrice Eudocie.

d) L'historien Evagre, vers la fin du vi‘ siècle, dit de notre basilique :

Eudocie éleva un très grand sanctuaire, remarquable par ses propor- tions et sa beauté, à Étienne, le premier des diacres et des martyrs; il est distant de Jérusalem, de moins d’un stade. Elle y fut déposée, lorsqu'elle passa à la vie immortelle (4).

(1) Bernard le Moine, vers 870, parlant de la basilique du Cénacle, dit : « Æt in hac defuncta traditur esse sancla Maria, juxta quam, versus Orientem, est 60- clesia in honore sancti Stephani, in quo loco lapidatus esse asserilur ». Tobler, op. cit., p. 315. IL s’agit probablement de la chapelle Saint-Étienne, dans laquelle on vénérait la pierre sur laquelle le premier diacre avait été marty- risé; cette chapelle se trouvait dans l’église du Cénacle, sur le mont Sion. Prendre prétexte des mots : versus Orientem, pour appliquer ce passage à l’église Saint-Étienne du Cédron, me semblerait diminuer un peu trop les distances.

(2) ToLer, op. cûl., t. I", II, p. 302.

(3) Nolices et exl El De manuscrits, Paris, t. XXIV, ΠΟ partie, p. 470 et 474.

(4) 4. E., lib. I, cap. xxn, dans Migne, P. G., t. LXXXVI, partie, col. 2486. La traduction est empruntée au R. P. Lagrange.

»-»- :

LES ÉGLISES SAINT-ÉTIENNE. "Ὁ

encore, il n’est aucunement question du lieu de la lapidation, mais seulement du tombeau d'Eudocie.

e) Le Pseudo-Antonin de Plaisance, vers 570, dit de notre basilique :

Nam ipsa (Eudoxia) munivit basilicam et sepulchrum sancti Stephan et ipsasepulchrum habet juxta sepulchrum sanctiStephani. Inter sepulchra habet continuo gressus XX. Num et ipse sanctus Stephanus requiescil foris porlam,

sagilla jactum unum ad viam, quae respicit ad occidentem, quaë descendit ad Joppe et Caesarea Palestinis vel Diaspoli civilatem (1).

Comme dans les textes précédents, il s’agit du tombeau de saint Étienne, non du lieu de sa lapidation.

7) Le Breviarius de Hierosolyma, au vi siècle, ne parle que de la chapelle du Cénacle.

9) J’ai relu tous les passages de Cyrille de Scythopolis qui concernent la fondation de l’impératrice Eudocie; nulle part, il n’est dit que la basilique dédiée à saint Étienne fut bâtie sur le lieu de sa lapidation.

hk) Theodosius, vers 530, dit de notre basilique :

Sanclus Stephanus foras porta Galilaeae lapidatus est; ibi et ecclesia ejus est, quam fabricavit domna Eudocia, uxor Theodosii imperatoris (2).

Pour la première fois, nous avons un texte formel qui place la lapidation de saint Étienne à l'endroit même s'élevait la basilique d'Eudocie, et au nord de la ville, à une condition cependant, c'est que la « porte de la Galilée » désigne la porte du Nord. Ceci n’est pas absolument évident dans le texte même de Theodosius, car d’après les modifications subies par les manuscrits en cet endroit même, nous semblons bien être dans la vallée de Josaphat (3). Ce qui autoriserait à embras- ser cette opinion, c'est que le Breviarius de Hierosolyma, qui date du vi siècle également, entend par Galilée 16 mont des Oliviers: « À dextera parte ibi est vallis Josa- phat. Ibi judicaturus est Dominus justos et peccatores. Et ibi est fluvius parvus, qui îgnem vomit in consummatio- nem saeculi. ET δὲ sunt duos basilicas, ubi docebat Christus

(1) P. GEYER, Llinera hierosolymitana saeculi IILI-VIII, Vienne, 1898, p. 176. (2) P. GEYER, 0p. cit, p. 141. (3) P. GEYER, 0p. cil., p, XXv.

76 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

discipulos suos. Etinde venis ad Galileam, ubi discipuli vi- derunt dominum Jesum, postquam resurrezxil a mortuis (1). » Theodosius donc pu confondre l'église Saint-Étienne de l'Est avec celle du Nord, et attribuer la construction de la pre- mière à l’impératrice Eudocie, qui a réellement bâti la seconde.

A supposer même que la « porte de Galilée » désigne la porte du Nord et que nous ayons le texte exact de Theodosius, ce que n'admet pas son dernier éditeur, M. Geyer (2), Theo- dosius très bien pu confondre le sépulcre de saint Étienne, construit par Eudocie dans la direction Nord, avec le lieu de sa lapidation. On admet bien une confusion analogue, faite par Bernard le Moine, vers 870, dans l’église du Cénacle, lors- qu'il prit la pierre sur laquelle saint Étienne avait été marty- risé pour le lieu même de sa lapidation.

1) La Vie de Pierre l’Ibérien, évêque monophysite de Maïouma près de Gaza, écrite vers la fin du v‘ siècle ou dans les pre- mières années du vi, parle, à trois reprises au moins, d'un sanctuaire Saint-Étienne à Jérusalem. La première fois, il s'agit très probablement de l'église d'Eudocie, par conséquent de l'église du Nord (3), mais il n’est fait en cet endroit aucune allusion soit au lieu de la lapidation, soit au lieu de la sépul- ture. Le second passage a trait au monastère Saint-Étienne, donc également à la fondation d'Eudocie (4); mais encore, nous ne trouvons aucune indication précise sur le point con- troversé.

Le troisième passage est capital; je le reproduis d'après la traduction qu’en a donnée le R. P. Lagrange (5).

Cyrille (d'Alexandrie) avait été invité par la fidèle et orthodoxe reine Eu- docie à venir pour la déposition des os vénérés de l'illustre et très glorieux Étienne, le premier des martyrs et le premier des diacres, et pour ac-

(1) P. GEYER, 0p. cit., p. 159.

(2) « Hoc ἌΝ non αὖ initio capilula 32 amplexrum esse, quae in hac edi- tione exscribuntur, sed paulatim additamentis auctum esse primo obtulu patet », op. cit, p. xxv. Et il donne des exemples fort instructifs de modifications Aui se rapportent précisément aux pages 140 et 142, dans lesquelles est contenu de petit passage au sujet de Saint-Étienne.

(3) R. RaaBz, Petrus der Iberer, Leipzig, 1895, p. 98-100.

(4) R. RAABE, 0p. cil., p. 192-195.

(5) Revue biblique, Nouvelle série, t. 1 (1904), p. 468.

LES ÉGLISES SAINT-ÉTIENNE. 7

complir la dédicace du beau temple qu’elle avait bâti en dehors des por- Les seplentrionales de la ville, et il accepta volontiers cet appel, et lorsqu'il fut arrivé, avec une foule d’évèques de toute l'Egypte, et qu’il eut accom- pli avec honneur la déposition des saints os du premier des martyrs, le 15€ jour du mois de ijâr (mai), il fit, le 16 du même mois, sur l'invitation de sainte Mélanie, la déposition des saints martyrs perses, des quarante martyrs avec eux au mont des Oliviers, dans le vénérable temple qui avait été aussi élevé brillamment par la reine Eudocie elle-même, comme il est attesté et écrit dans une inscription sur la paroi (1).

Voilà le texte. Il s’agit, à n'en pas douter, de l’église Saint- Étienne, bâtie par Eudocie au nord de la ville. Remarquons-le encore, il n’est pas fait la moindre allusion au lieu de la lapi- dation; l’église est seulement destinée à recevoir les reliques du premier martyr et, par suite, à lui servir de sépulture.

Mais ce n’est pas que git la principale difficulté; elle est tout entière dans la chronologie. Sainte Mélanie est morte le 31 décembre 439, saint Cyrille d'Alexandrie le 27 juin 444, et la basilique Saint-Étienne bâtie par Eudocie n’a été dédiée que le 15 juin 460, avant son complet achèvement. Ni l’un ni l’autre n'ont pu y assister; c'est bien évident. Il s’agit donc d’une autre église Saint-Étienne, dont on a fait la dédicace solennelle en 438 ou 439, lors du premier séjour d'Eudocie à Jérusalem et avant la mort de sainte Mélanie et de saint Cyrille.

Le biographe de Pierre l'Ibérien affirme en termes des plus explicites que cette église Saint-Étienne (dédiée vers 438 et distincte de celle qui fut dédiée en 460) se trouvait au Nord de la ville; si Eudocie faisait célébrer vers 438 la dédicace d’une église Saint-Étienne, située au Nord de Jérusalem, comment pouvait-elle, moins de vingt ans après, construire au même endroit une seconde basilique dédiée à saint Étienne, laquelle n'était pas encore achevée le 15 juin 460? Pour se tirer de cette difficulté, 11 faudrait admettre qu'il y eu deux églises successives de Saint-Étienne au même lieu. Les fouilles s’ins- crivent en faux contre une pareille supposition, d’après le R. P. Lagrange, qui fait cet aveu significatif : « Les fouilles exécu- tées avec soin et relevées par un homme du métier n’ont permis de constater aucune dualité dans l'édifice, sauf l’addi-

(1) R. RAABE, 0p. cil., p. 33.

78 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

tion de la petite église de beaucoup postérieure » (1).

Fort bien! alors il faut supposer que la première église, dédiée en 438, était fort modeste et qu'elle n’a laissé aucune trace en cédant la place à l’autre. Hypothèse inconcevable, car l'impératrice Eudocie n'aurait pas dans ce cas invité saint Cyrille d'Alexandrie à venir « avec une foule d'évêques de toute l'Égypte », assister à la dédicace d'un petit édicule. De plus, nous avons sur les proportions de cette première église le témoi- gnage formel d’un contemporain. L'auteur d’une homélie, dont je parlerai plus longuement tout à l'heure, fait construire la première église Saint-Étienne par l’évêque Juvénal, 122-458, « actuellement régnant », et il assure que ce sanctuaire est « digne de Ja mémoire d'Étienne, de ses travaux et de ses illustres combats » (2). \

Que supposer alors, pour enlever toute contradiction? Le. R. P. Lagrange croit que l’église de 458 et celle de 460 ne diffè- rent pas, et que l’une et l’autre sont identiques à celle qu'’aurait bâtie Juvénal, d'après l’auteur de l’homélie en question. L’é- glise aurait « été mise par Juvénal en état de servir au culte, sans être dédiée ni achevée » (3). Je suis d’un avis tout à fait opposé. ok

Tout d’abord, il suffit de relire le texte du biographe de Pierre l'Ibérien pour voir qu'il s'agit réellement de la dédicace en 438 ou 439 : « Cyrille avait été invité par la fidèle... Eudocie à ve- nir pour la déposilion des os vénérés de l’illustre et très qlo- rieux Étienne, et pour accomplir la dédicace du beau tem- ple qu'elle avait bâti. » Que veut-on de plus clair? Or, si l'église Saint-Étienne du nord de la ville a été dédiée le 15 mai 438 ou

39, elle ne peut pas avoir été dédiée encore le 15 juin 460, et alors avant son complet achèvement. |

Prétendre le contraire, en disant que l'invitation à célébrer la dédicace a été faite, mais que, d’après le texte, elle n’a pas eu nécessairement lieu et que saint Cyrille a présidé seulement à

(1) Revue biblique, Nouvelle série, t. III (1906), p. 301. La petite église, men- tionnée ici, fut bâtie par saint Sophrone au vi siècle, après la destruction de la basilique eudocienne par les troupes de Chosroëès ; voir la Passio sanctorum sexa- ginta marlyrum dans les Analecta bollandiana, t. XXII (1904), p. 300-305.

(2) MiGe, P.1G:, t. LXXX V, col. 469.

(3) Revue biblique, Nouvelle série, t. ΠῚ (1906), p. 301.

LES ÉGLISES SAINT-ÉTIENNE. 79

la déposition des reliques, c’est, à ce qu’il me semble, soulever une mauvaise chicane; car la déposition des reliques était pré- cisément une des principales cérémonies de la dédicace. D’ail- leurs, si la dédicace de cette église ne devait pas avoir lieu, pourquoi l'impératrice avait-elle invité saint Cyrille à venir la présider? Et comment se fait-il qu'une église, prête à être de- diée en 438 ou 439, n'ait été dédiée que le 15 juin 460, avant même d’être achevée?

On ne sortira pas de ces difficultés, à moins de repousser en bloc le texte du biographe de Pierre l'Ibérien et d'admettre qu'il a confondu les deux séjours de l’impératrice Eudocie à Jéru- salem. Ainsi, il ferait dédier l'église Saint-Étienne d'Eudocie, lors du premier séjour de l’impératrice à Jérusalem, c’est-à- dire en 438 ou 439, alors que la dédicace de cette église n’a réellement eu lieu que le 15 juin 460, lors du second séjour de l’impératrice. Et du moment qu'il faisait dédier cette église en 438 ou 439, il pouvait mettre en rapports directs Eudocie avec saint Cyrille, puisque celui-ci vivait encore à cette époque, de même que sainte Mélanie.

Cette explication est fort vraisemblable, d'autant plus vrai- semblable que, selon le ἢ. P. Peeters (1), « cet épisode de saint Cyrille ne se lit point dans la Vie ibérienne ou géorgienne » de Pierre l'Ibérien, qu'a publiée M. Marr. Pour le savant bollan- diste, « l'intervention de saint Cyrille n’est autre chose qu'une fiction monophysite, à l'effet de mettre Pierre en rapports per- sonnels avec le grand docteur, dont se réclamaient les antichal- cédoniens (2) ».

Avec cette explication, toutes les difficultés disparaissent. Nous sommes tout simplement en présence d’un anachronisme, bien explicable chez un auteur qui ne vivait pas à Jérusalem et qui écrivait une cinquantaine d'années après les événements. Et la confusion s'explique d'autant mieux qu’une partie de ce qu'il dit est vraie. Car l’impératrice Eudocie, en 438 ou 439, as- sista réellement à la dédicace d’une église Saint-Étienne, au mont des Oliviers, dans les monastères de sainte Mélanie. Nous en avons pour garants deux témoins oculaires, Géronce, Le bio-

(1) Analecta bollandiana, janvier 1905, p. 137. (2) Analecta bollandiana, 1. cit.

80 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

graphe de sainte Mélanie (1), et Eudocie elle-même dans une inscription relative à un incident de cette cérémonie (2).

Dès lors, on n’est pas obligé de supposer deux églises Saint- Étienne bâties par Eudocie au nord de la ville, en deux endroits différents, on ne sait trop pour quels motifs, et dont l'une aurait disparu subitement sans laisser aucune trace. On ne doit pas davantage recourir à l'hypothèse de deux églises Saint-Étienne, bâties au même lieu par la même personne, et cela en moins de vingt-cinq ans. Enfin, l'on ne se heurte pas contre la bizar- rerie d'une même église, dédiée le 15 mai 438 ou 439, laquelle est encore dédiée le 15 juin 460, et qui pourtant reste toujours inachevée. Surtout si l’on songe que cette basilique est l'œuvre d’une impératrice, assez prodigue d'argent pour les construc- tions et qui resta à Jérusalem les dix dernières années de sa vie.

Il suit de cette interprétation que le troisième passage de la Vie de Pierre l’Ibérien, comme les deux autres, vise la basilique d'Eudocie, située au nord de Jérusalem et dédiée le 15 juin 460. Mais il en suit également qu'il ne nous apprend rien sur le lieu de la lapidation de saint Étienne.

Il reste encore un témoignage, que j'ai déjà cité incidemment et qui n'est pas, lui non plus, exempt de quelque obscurité. C’est l'homélie, ou plutôt le panégyrique de saint Étienne attribué sans aucun motif à Basile de Séleucie (3). L'auteur de ce panégyrique a été témoin de l'invention des reliques de saint Étienne, en 415, et il s'adresse à un auditoire qui vivait à cette époque. C’est, du moins, ainsi que je comprends le passage se terminant par ces mots : Aux τοῦτο ἡμεῖς μαχάριοι οἱ χαταξιωθέντες τῶν χαιρῶν τῶν τὴν σὴν φανέρωσιν χηρυξάντων : « Bienheureux sommes-nous, Étienne, nous qui avons été jugés dignes de voir les jours qui ont pro- clamé ta manifestation. Or, la découverte du corps bienheureux a eu lieu de la manière suivante... » (4) etc. Suit un très bref

(1) S. Melaniæ junioris acla graeca dans les Analecta bollandiana, t. XXII (1903), 48, p. 33, et 57, p. 41.

(2) Bulletin de correspondance hellénique, t. XIII (1889), p. 294 sq.

(3) Micxe, P. G., t. LXXXV, col. 461-174.

(4) Mix, 0p. cit, col. 468 B.

dns feu ἑν. 4. ..“..

LES ÉGLISES SAINT-ÉTIENNE. SI

récit de l'invention des reliques de saint Étienne, faite en 115 par le prêtre Lucien. Après quoi, le prédicateur ajoute :

Les restes du bienheureux sont déposés, selon la propre volonté d'E- tienne, devant les murs de Jérusalem, à l'endroit où, lapidé et souffrant une mort célébrée sur toute la terre par d’illustres louanges, il avait ceint la brillante couronne du martyre: Juvénal, qui orne maintenant le trône glorieux et illustre de Jacques lui bâtissant une église digne de sa mé- moire, de ses travaux et de ses luttes admirables (1).

Ce texte est d'habitude rapporté à l'église Saint-Étienne du Nord, sans que rien indique une direction quelconque. Le seul renseignement topographique est celui-ci : « devant les murs de Jérusalem », qui peut se traduire aussi par : « hors les murs de Jérusalem ». On me concédera volontiers que l’église Saint- Étienne du Cédron se trouvait devant ou hors les murs de la ville, aussi bien que celle du Nord.

Devons-nous alors renoncer à ce témoignage, qui pourrait se rapporter soit au sanctuaire du Nord soit à celui de l'Est? Au- cunement. La chronologie peut fournir d’utiles indications. Le panégyriste affirme, et de la manière la plus expresse, que l’é- glise Saint-Étienne été bâtie par l'évêque Juvénal, encore en vie au moment il parle. Or, le successeur de Juvénal, Ana- stase, est monté sur le trône patriarcal de Jérusalem en juillet 458. Il s'ensuit que Juvénal est mort au plus tard dans les six premiers mois de l’année 458. Il s'ensuit encore que le pané- gyrique a été prêché au plus tard le 26 décembre 457, jour de la fête de saint Étienne. A ce moment-là, l'église était construite : ἐχχλησίας οἰχοδουνηθείσης. Et cela nous suffirait déjà pour distin- guer l’église bâtie par Juvénal de l’église bâtie par Eudocie et dédiée seulement le 15 juin 460, avant son complet achève- ment.

Mais l'on peut encore serrer davantage l'argument. Nous avons vu que le panégvyriste célèbre son bonheur et celui de son auditoire, parce qu'ils ont vu les jours de l'invention des reliques de saint Étienne. Ils vivaient done, lui et ses auditeurs, en 415. Dès lors, comprendrait-on cette réflexion, si le pané- gyrique avait été prêché seulement en 457, quarante-deux ans

(1) Micxe, 0p..cit., col. 469 A. ORIENT CHRÉTIEN.

82 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

après l'invention des reliques? Α ce moment-là, les survivants de 415, du moins ceux qui en 415 étaient assez grands pour avoir pleine conscience de ce qui se passait, devaient être plu- tôt rares, et l’'orateur n'aurait certainement pas englobé tout son auditoire dans cette catégorie. L'impression qui se dégage de son texte, c’est que nous ne sommes pas très éloignés de l'événement de 415. Par suite, la construction de l’église Saint- Étienne doit être rapportée à la première partie de l'épiscopat de Juvénal plutôt qu'à la dernière.

Or, d’après toutes les vraisemblances, Juvénal est devenu évêque en 422. De plus, le 26 décembre 439, sainte Mélanie visite déjà l’église Saint-Étienne, bâtie sur le lieu de la lapida- tion du premier diacre. C’est donc entre les années 422 et 459 que cette église a été construite.

Par ailleurs, nous savons que la seule église Saint-Étienne existant à Jérusalem, avant 451, se trouvait à l’est de la ville, c'est-à-dire dans la vallée du Cédron. Il est donc très vraisem- blable que cette église est identique à celle que visita Mélanie en 439 et à celle que construisit l’évêque Juvénal. Comme l'au- teur du panégyrique nous affirme que l’église de Juvénal fut bâtie sur le lieu de la lapidation et de la mort de saint Étienne, il est aussi très vraisemblable que l'église du Cédron fut cons- truite sur le lieu de la lapidation et de la mort de saint Étienne.

Aujourd'hui, les Grecs prétendent avoir retrouvé, près de Gethsémani, les restes d’une ancienne église de saint Étienne, et ils invoquent à l'appui une inscription grecque qui semble bien leur donner raison. Cette trouvaille épigraphique confirme admirablement les données historiques, possédées jusqu'à aujourd'hui, chose fort rare, sinon unique, dans l'histoire des sanctuaires palestiniens.

+

+ #

Nous avons examiné successivement tous les textes anciens, qui parlent soit de l'église Saint-Étienne du Nord, soit de l'é- ᾿ glise Saint-Étienne de l'Est. De cet examen il ressort, je crois, que le lieu de la lapidation et de la mort du premier diacre doit être placé dans la vallée du Cédron. Cependant, il n'a pas encore été parlé du document le plus ancien, la lettre du prêtre Lucien,

fs

++"

LES ÉGLISES SAINT-ÉTIENNE. δ

qui, en 410, découvrit les reliques de saint Étienne et en rédigea aussitôt une relation très détaillée. Si cette lettre place manifestement le lieu de !a lapidation au

nord de Jérusalem, nous serons en présence de deux traditions

contemporaines tout à fait inconciliables, mais en même temps le sanctuaire des Pères Dominicains sera assis sur une base très solide. C’est ce dernier point qu’en 1904, au cours d’une dis- cussion, le R. P. Lagrange faisait ressortir avec beaucoup de netteté et d'à-propos.

Comment, disaitil, peut-on allégner une tradition plaçant le lieu du martyre dans la vallée de Josaphat, quand la relation du prêtre Lucien, reçue dans toute l'Église avec tant de faveur, le met si nettement au nord de la ville, dans la plus ancienne recension? Ce seul texte suffirait à trancher la controverse, et si nous nous sommes attardé à discuter les autres, c’est parce qu'ils n'étaient pas sans intérêt pour les détails du culte du saint. Il faudra commencer par s'attaquer à la relation de Lucien, quand on voudra ébranler le sanctuaire de Saint-Étienne: or il n’en est pas soufflé mot (1).

Dieu me garde de vouloir ébranler n'importe quel sanc- tuaire! C’est une entreprise laborieuse que, seul, un Samson serait capable de mener à bonne fin. Mais le R. P. Lagrange parfaitement raison. La discussion loyale des textes exige que l'on examine le plus ancien; toute thèse qui le passerait sous silence, serait par le fait même incomplète et mal établie.

Le prêtre Lucien écrivit en grec le récit de l'invention des reliques de saint Étienne, peu après cet événement survenu en décembre 415. Or, il y avait en ce moment-là dans la Ville Sainte un prêtre portugais du diocèse de Braga, nommé Avitus, qui traduisit en latin la circulaire grecque de Lucien et l'a- dressa à son évêque avec une lettre accompagnant la traduction. La lettre d'envoi et la traduction d’Avitus sont déjà mentionnées par Gennadius de Marseille dans son catalogue De viris illus- tribus, cap. xL, et la première reproduite dans la Pafrologie latine de Migne (2). |

La lettre grecque du prêtre Lacien n’a pas été éditée, du moins à l’état de document distinct. Quant à la traduction latine,

(1) Revue biblique, Nouvelle série, t. 1 (1904), p. 473 (XL; "col: 805'sq:

84 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

d'Avitus ou d’autres écrivains, nous en possédons deux recensions qui accusent entre elles des divergences assez nom- breuses (1). Pour n’en citer que deux exemples fort signi- ficatifs, la recension communément dite la seconde nous apprend que Nicodème était neveu ou cousin de Gamaliel chose dont la première recension ne parle pas; elle le fait baptiser par « les apôtres Pierre et Jean », alors que la pre- mière recension se contente de dire qu'il a été baptisé « par les disciples du Christ » (2).

Quelle est celle de ces deux recensions qui reproduit le mieux le texte original de Lucien? Jusqu'ici, après Tillemont (3), on pense que c'est la première. Et la principale raison qu’en donne le savant critique, c'est que, déja au vir° siècle, le Vé- nérable Bède cite comme étant de Lucien « un grand pas- sage, qui se trouve mot à mot » dans la première recension.

Pour le même motif qu'invoque Tillemont, je me permets d'émettre un avis contraire au sien. Si Bède, au vire siècle, cite comme étant de Lucien un long passage de la première re- cension, un auteur grec du vi siècle, le prêtre Eustrate de Constantinople, reproduit également comme étant de Lucien un long extrait, qui provient sans doute possible du même original grec que la seconde recension latine (4). On y voit, en effet, que Nicodème était neveu ou cousin de Gamaliel, que celui-ci fut baptisé par les apôtres Pierre et Jean, que Nicodème fut battu par les Juifs et mourut de ses blessures, que le plus jeune fils de Gamaliel, Abib, fut baptisé par les mêmes apôtres Pierre et Jean, toutes choses qui se lisent dans la seconde recen- sion latine et qui manquent dans la première (5).

(1) Micxe, P. L., t. XLI, col. 807-818.

(2) Micxe, op. cit, col. 809 et 810.

(3) Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles, Paris, 1694, t. II, p. 505-508.

(4) Allatius traduit l'ouvrage d'Eustrate dans son De utriusque ecclesiae occi- dentalis alque orientalis perpetua in dogmate de purgalorio consensione, Rome, 1655, p. 319-580, et celui-ci a été reproduit dans le Theologiae cursus completus de Migne, Paris, 1841, τ. XVIII, col. 461-514.

(5) Miaxr, op. cit col. 501. C’est le célèbre passage que Photius, après une lecture rapide, attribuait au prêtre Chysippe;ce quia dérouté tous les critiques, à commencer par Tillemont. Le prêtre Eustrate dit expressément : « Narrantur ergo in Revelatione Luciano presbytero ». Voir sur ce point mon article dans la Revue de l'Orient chrétien, t. X (1905), p. 97-98.

LES ÉGLISES SAINT-ÉTIENNE. 89

Est-ce à dire que la seconde recension latine reproduise tel quel le texte original et que la première n'ait aucune valeur, sauf dans les points, fort nombreux du reste, elle s'accorde avec la seconde? Non, la conclusion serait outrée, car la pre- mière nous conservé aussi des traits qui doivent être origi- naux ; mais je crois que, dans l’ensemble, la seconde recension se rapproche davantage du texte grec original de Lucien que la première.

Ce n’est pas seulement les rapports très étroits entre la seconde recension latine et le texte du prêtre Eustrate, au vi‘ siècle, qui me poussent à adopter cette conclusion. Land publié la traduction syriaque de la lettre de Lucien, d’après un manuscrit de la fin du vi° ou du commencement du vu* siècle (1), et cette traduction correspond, pour l'ensemble, au fragment d'Eustrate et au texte de la seconde recension latine.

Ce n'est pas tout. M. Papadopoulos-Kérameus a publié le texte grec, inédit jusque-là, de la lettre de Lucien (2), d’après deux manuscrits de Saint-Sabas. M. l'abbé Nau, croyant le texte inédit, en donné une analyse très serrée (3) d’après plusieurs manuscrits grecs de la Bibliothèque nationale, à Paris, et il a fait la comparaison de ce texte grec avec la tra- duction syriaque, sus-mentionnée. Il en conclut que le texte grec est « l'original de la version syriaque, qui est conservée dans un manuscrit du viau vu siècle, et qui a été éditée par Land » (4).

Puisque la traduction syriaque contenue dans un manuscrit du vi au vu siècle, se rapproche beaucoup plus de Ja seconde recension latine que de la première, 1] faut tirer la même conclusion pour le texte grec, édité par M. Papado- poulos-Kérameus et qui, d’après M. l'abbé Nau, est « l'ori- ginal de la version syriaque ».

Ce point était, du reste, admis par le R. P. Lagrange, en 1900, lorsqu'il rendit compte des textes publiés par le savant grec.

(1) Laxp, Anecdola syriaca, t. III, 76 seq. et Revue de l'Orient chrétien, 1906, 205 sq.

(2) ᾿Ανάλεχτα ἱεροσολυμιτιχῆς σταχνολογίας, Saint-Pétershbourg, 1898, t. V, p. 28-40.

(3) Revue de l'Orient chrélien, t. XI (1906), p. 203-212.

(4) Revue de l'Orient chrétien, 1906, p. 214.

80 REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN.

Quoique, disait-il, le texte édité contienne certains passages apparentés à la première recension, il n’est pas douteux qu'il ne soit en substance le texte de la deuxième recension latine, comme le prouvent des. circonstances très particulières ignorées du premier, par exemple le baptème de Nico- dème par Pierre et Jean, les mauvais traitements qui auraient fait de lui presque un martyr, ces deux circonstances notées par Photius, et aussi la description du lieu du martyre... (1).

A force de déductions, inattaquables je pense, nous en sommes arrivés à cette conclusion, que la seconde recension latine répond, dans l’ensemble : au texte grec de Lucien, utilisé par le prêtre Eustrate au vi‘ siècle; à la traduction syriaque contenue dans un manuscrit du vi au vi siècle; 3 au texte grec, édité par M. Papadopoulos-Kérameus, analysé par M. Nau et qui serait, d’après ce dernier, « l'original de la version syriaque ». Dès lors, nous ne voyons pas pourquoi la première recension latine serait préférée à la seconde, alors que nous avons tant et de si bonnes raisons d'estimer davan- tage la seconde que la premiere.

Une autre conclusion me semble s'imposer également. Si le texte grec de Lucien, publié par M. Papadopoulos-Kérameus, est « l'original de la version syriaque », contenue déjà dans un manuscrit du vi‘ au vu° siècle, comme par ailleurs il répond au texte de la lettre de Lucien, utilisé par le prêtre Eustrate au vi‘ siècle, il a beaucoup de chances d'être le texte original même du prêtre Lucien. Pour ma part, je ne vois aucune raison de lui refuser ce privilèce. Appliquons maintenant à notre discussion les core topographiques, contenues dans le texte grec. Il dit ceci : « à δὲ “σὺν PERS χείμενος αὐτός ἐστιν

>= CL [9] 19]

τ ΠΝ “λιθοθοληθεὶς ὑπὸ τῶν ᾿Ιουδαίων ἐν ᾿Ιερουσαλὴμν. χαὶ ποιήσας νυχθήμερον ἐριμμιένος εἰς τὰ ἐξώπυλα τῆς πόλεως, ὡς ἐπὶ τὸν Κηδὰρ ie uh θαπτόμενος... (2). Ce ἐν la seconde recen- sion latine a rendu fort bien de la sorte : « Qui autem jacet mecum, domnus Stephanus est, qui a FA Jerosolymis lapidatus est, et die noctuque in exapeleo jacuit civitatis, in via euntibus Cedar, jussu impiorum sacerdotum projec- ἔιι5... (3). La traduction syriaque, fort ancienne, dont nous

(1) Revue biblique, t. IX (1900), p. 142-143.

(2) PapanorouLos-KÉéRAMEUS, 0p. cit, τ. V, p. 32. Voir aussi /ievue de l'Orient chrétien, 1906, p. 206.

(3) Micxe, P.'L., Ὁ. XLI, col. 810.

"2 Er D J'en