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DES
HISTORIES:
DES GAULES
DE LV FRANCE. TOME. VINGT-TROISIEME,
LA QUATRIEME LIVRAISON DES MONUMENTS DES REGNES DE SAINT LOUIS, DE PHILIPPE LE HARDI, DE PHILIPPE LE BEL, DE LOUIS X, DE PHILIPPE V ET DE CHARLES IV,
PUBLIE
PAR MM. DE WATTLE} MELISLE EP fOURDAIN
MEMBRES DE LUNSTITUT.
IMPRIMERIE NATIONALE.
fOME XXill
PR-EFATIO.
PREFACE.
Nous avons enfin terminé et nous sommes en mesure de faire paraitre le tome XXIII du Recueil des Historiens des Gaules et de la France, ce recueil commence il y a plus d'un siécle et que l'Académie des inscriptions et belles- lettres nous a donné la mission de continuer. Personne n'ignore que la plu- part des volumes précédents sont accompagnés de dhenectations d'un veéri- table intérét, qui ont la forme modeste d'une préface, et dans lesquelles sont discutés un certain nombre de points peu connus ou controversés. C'est a ceux quientreprirent les premiers cette vaste collection, c est aux Bénédictins, que remonte ‘usage de joindre ainsi aux documents historiques, tirés des bi- bliothéques, les éclaiecinsemiente nécessaires pour prévenir dans lesprit du lec- teur les inter pre tations erronées, ou pour fixer ses doutes. Nos savants prédeé- cesseurs de Académie ont été fidéles 4 cet usage, et nous avions nous-mémes le dessein de suivre, selon nos forces, lexemple qu'ils nous donnaient; mais I'étendue exceptionnelle de ce volume ne nous I'a pas permis. Aux douze cents pages qu'il est bien prés d’atteindre avec les tables, il était impossible d'ajouter une préface quelque peu développée. Réservant donc pour un autre tome l’examen des questions qui pourraient donner lieu a d'utiles discussions, nous avons cru devoir nous borner pour le moment a indiquer la compo- sition du présent volume et les textes inédits ou déja publiés qu'il renferme.
La premiére partie de notre tache, la plus importante assurément, cétail la recherche des chroniques contemporaines des événements, qui furent écrites en France et que nous avions a comprendre dans ce recueil. Ces chroniques forment une série que nous nous sommes appliqués d'abord a continuer et qui se trouve a peu prés amenée a son terme, une décision de |’ Académie ayant fixé pour limite a cette partie de notre travail l'année 1328. Les récits qui se recommandent le plus par le nom de l'auteur et par l'intérét du fond ont été insérés dans les volumes précédents. Aussi ne nous serait-il resté a publier que de simples fragments et quelques textes sans valeur, dignes a peine de voir le jour, si nous navions eu entre les mains une ceuvre inédite, heureusement retrouvée, il y a quelques années, au Musée britannique par M. Paul Meyer: nous voulons parler de la Chronique de Primat, ou plutot de la traduction fran- caise que Jean du Vignay ena donnée. Ii est vrai que l'ouvrage offre plus d'un passage qui se lit textuellement dans Guillaume de Nangis, soit que ce dernier ait copié Primat, comme nous I'avions d'abord. suppose, soit plutot, ce qui nous parait maintenant plus probable , que tous deux aient puisé a des sources communes. Quoi quil en soit, il est certain que la Chronique de Primat est un des monuments les plus précieux du xi siécle, et quil importait de la
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PRAFATIO.
Ad finem tandem adductus est, proditque in lucem tomus vigesimus tertius documentorum que ad historiam rerum Gallicarum et Francicarum spectant, quorum seriem jam dudum inceptam persequendi cura nobis ab illustri humaniorum litterarum et inscriptionum Academia mandata est. Nemi- nem fugit plerisque voluminibus que antea publici juris facta fuerant adjectas esse, tanquam prefalionem, commentationes quasdam, et eas quidem summi pretii, de rebus que in disputatione versari aut minus cognite videbantur. Monachorum ordinis Sancti Benedicti a quibus prin- cipium est operis, mos ille primum fuerat, scripta que e bibliothecis erue- bant ita illustrandi, ut certa pro dubiis, pro falsis vera erudito cuilibet clarius innotescerent. Viam eamdem ingressi sunt nec infeliciter subsecuti viri doctissimi quorum in locum suffecti sumus; eamdem persequi et majo- rum exempla pro viribus nostris imitari, nobis quidem in animo et in votis erat; propositum vero efficere non licuit, propter insolitam hujus tomi amplitudinem. Cum enim documenta que a nobis collecta erant, indicibus adjectis, ad mille et ducentas fere paginas extenderentur, minime profecto nos decebat istam molem augere, longiori sermone lectorem premonentes. Omissa igitur interim rejectaque ad aliud volumen omnis questionis que controversie materiam utilem alias prabuisset enodatione, id tantummodo cure nobis habendum fuit, ut libellos sive ante nos typis mandatos, sive hactenus ineditos qui hoc volumine continentur, per titulos quam brevissime percenseremus.
Chronica que a nostratibus originem ducunt patrizeque res ab iis qui tem- poribus quibus geste sunt vivebant scriptas enarrant, colligere undique et divulgare, ea erat pars prima et praecipua mandati quod acceperamus. Itaque seriem Chronicorum illorum diligenter exsequi studuimus, imo fere conclusi- mus, cum usque ad annum 1328 adducta fuerit, nec ultra, quoad hanc partem, e decreto nostra Academie opus producendum sit. Adde quod quecumque videbantur auclorum fama vel novitate materia prastare, prio- ribus voluminibus inserta fuerant : unde factum esset ut nihil nobis occur- reret quod edendum foret, preter fragmenta quedam et quasi nugas, vix luce dignas, nisi pra manibus habuissemus incognitum opus, a doctissimo viro Paulo Meyer in codice quodam Musei Britannici abhinc paucos annos sagaciter detectum, Chronicon scilicet cujus Primas auctor est, vel potius hujus Chronici versionem Gallicam que Johannis du Vignay nomen prefert. Quamvis plura Jegantur in eo opere que jam apud Guillelmum de Nangiaco iisdem pene verbis occurrunt, sive Primatianam narrationem, veluti primum conjiciebamus, Guillelmus usurpavit, sive uterque fontes eosdem adiit, eodemque auctore usus est, que sententia potior nobis nunc videtur, nemini dubium est istud chronicon inter oravissima decimi tertii seculi monumenta
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IV " PREFACE.
tirer de la poussiére des manuscrits ou elle était restée enfouie jusqu'a ce mo- ment. Aussi, 4 défaut du texte original, qui est perdu, n'avons-nous pas hésité a faire entrer dans ce volume la traduction de Jean du Vignay; cette traduction occupe les pages 1 a 106. Elle est suivie de plusieurs documents de nature fort différente, tels que des extraits de la Mer des histoires, du dominicain Jean de Colonna; le poéme en langue vulgaire de Robert de Sainceriax sur la mort de Louis VIII et non de Louis IX, comme [avait cru a tort Ducange, réfuté sur ce point par notre savant confrere M. Victor Le Clerc; des frag- ments sur les miracles de sainte Genevieve et 1a translation de ses reliques ; deux sermons de Boniface VIII, et d'autres documents sur la vie et la canoni- sation de Louis IX; des extraits du livre de Bernard Guidonis et d'un conti- nuateur anonyme sur les provinces ef les couvents de l'ordre de saint Do- minique; enfin divers écrits quil serait superflu d'énumérer, puisqu’on en retrouvera les titres dans la table qui suit cette préface.
Si nous ne nous faisons pas illusion 4 nous-mémes, nous n/avons laissé échapper aucune des chroniques, aucun des écrils composés en France, qui peuvent jeter quelque lumiére sur lhistoire générale de notre pays au déclin du xmi® siécle et au commencement du xiv’. Mais a l'¢poque dont nous nous occupons, les documents qui concernent Ihistoire provinciale se multiplient, et ne sauraient étre négligés par les érudits qui sadonnent a etude du moyen age. Ils ne reflétent pas seulement, en effet, avec une fidélité qui ne se retrouve nulle part ailleurs, le vrai caraclére de chaque province; ils four- nissent aussi beaucoup dindications sur les meeurs, les institutions, les lois, sur la vie civile et ecclésiastique, sur les hommes illustres qui ont alors brillé. Nous nous sommes décidés en conséquence a ouvrir une série de chroniques provinciales, ou plutét a reprendre la série de ce genre que les Bénédictins avaient commencée. Ce volume contient un assez grand nombre de documents rédigés en Normandie et principalement relatifs a histoire de cette province. Le plus important de tous est le Pouillé du diocese de Rouen, composé probablement sous I’épiscopat de Pierre de Colmieu, et enrichi de nombreuses additions sous ses successeurs, Eudes Rigaud et Guillaume de Flavacourt. Ce Pouillé, jusqu’a nous inédit, offre 1a liste de toutes les églises et chapelles du diocése, avec l'indication du revenu de chaque paroisse et du nombre des paroissiens, avec les noms des curés, des vicaires et des chape- lains, avec la désignation des collateurs et des patrons; monument historique d’autant plus précieux, que ceux du méme genre sont tres-rares a cette époque. Cependant nous avons eu la bonne fortune de retrouver un autre Pouillé, celui du diocése de Coutances, rédigé sur le méme plan que le Pouillé de Rouen; nous le publions d'aprés un manuscrit des archives de l’évéché de Coutances. Viennent ensuite plusieurs chroniques, les unes en langue vulgaire, les autres en latin, parmi lesquelles nous citerons la Chronique de l'abbaye du Bec ; 1a Chronique des comtes d’Eu; 1a partie des Chroniques de Saint-Ouen de Rouen, qui est antérieure a 1339; plusieurs obituaires, tels que les obituaires des églises de Rouen et d'Evreux, des abbayes de Jumiéges, de Lire, de Saint-Evroult, de Longueville, etc.; la vie et les miracles du bienheureux Thomas Elie de Biville; des extraits du Livre des miracles des saints de Savigni; divers documents relatifs 4 la célébre abbaye du Mont-Saint-Michel, etc. Ces textes nombreux, les uns inédits, les autres peu connus, que nous avons Mis nos soins a rassembler, n’offrent pas, il faut en convenir, une lecture agréable; mais ils satisferont, nous en avons l’espoir, tous ceux qui aiment la vérité pour elle-méme, et qui, voués par gout aux études historiques, soit
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PRAFATIO. V
esse annumerandum, et e latebris codicum manuscriptorum in lucem publi- cam tandem adducendum. Versionem igitur a Johanne du Vignay confectam, cum operis Primatiani vestigium id solum supersit, non dubitavimus inse- rere nostro volumini, ubi a pagina 1 ad paginam 106 legitur. Subsequuntur plura varii generis documenta, scilicet excerpta e libro fratris Johannis de Columna, ordinis Fratrum Predicatorum, cui titulus est Mare historiarum; carmen Roberti de Sainceriax, vernacula lingua scriptum, de morte Fran- cie regis, Ludovici VIII, non Ludovici IX, ut Ducange male conjecerat, quem errorem noster Cl. vir Victor Le Clerc bene refellit; fragmenta de mira- culis Sanctee Genovefe et ejus reliquiarum translatione; duo sermones pape Bonifacii VIII aliaque documenta de vita et canonisatione Ludovici IX; excerpta e libro Bernardi Guidonis et ejusdem libri continuatione ab ano- nymo scripta de provinciis ac monasteriis ordinis Fratrum Predicatorum; plurima denique opuscula que nominatim referre supervacaneum est, cum eorum index omnium paulo infra lectori obversetur.
Equidem chronicon nullum, ex illis saltem que in Gallia scripta sunt, a nobis omissum fuisse speramus, quod aliquid conferat ad res cognoscendas que in universa Francia, seculo decimo tertio vergente, atque etiam quarto decimo ineunte geste fuerunt. Sed ea ztate de qua agimus, scripta que ad provincias Gallici regni singulas spectant, crescunt numero, nec negligi pos- sunt ab eruditis viris qui medii evi annales scrutari amant. Etenim preeter- quam quod potissimum documentis istius generis vera effigies regionis cujus- que exprimitur, multa eliam illa prabent de moribus, institutis, legibus, de regimine cum civili, tum ecclesiastico, de claris etiam viris qui one innotue- ran, Quapropter novam seriem chronicorum, ut ita dicam, provincialium inire, vel potius, monachorum ordinis Sancti Benedicti exemplo, repetere decrevimus, nonnullaque in hoc voldmine inseruimus, que apud Norman- nos exarata fuisse videntur, el ejus presertim regionis res tractant. Quorum quidem prestantissimum opus est Polyptychum ecclesie Rothomagensis, cum Petrus de Colle Medio sedem archiepiscopalem teneret, ul creditur, conscriptum, sub eyusdem presulis successoribus, Odone Rigaut et Guillelmo de Flava Curia, multis annotationibus auctum, e codice 11052 bibliothece Parisiensis nunc primum in lucem editum, quo recensentur ecclesie et capelle omnes ejus dicecesis, designalis insuper uniuscujusque parochiz annuis redi- tibus, et incolarum numero, curatorum, vicariorum et capellanorum nomi- nibus, Rothomagensibus etiam archiepiscopis qui munus cuique suum contu- lerunt, patronis ‘denique laicis aut ecclesiasticis quorum erat singula beneficia mandare : quod genus documentorum eo majoris pretii estimandum, quod ea etate perrarum est. Nobis vero contigit Polyptychum alterum , Constantiensis dicecesis, eadem plane forma conditum, e codice in tabulario episcopatus Constantiensis asservato exscribere et publici juris facere. Adjecta leguntur Chronica non nulla, alia vernaculo, alia latino sermone composita, inter que Chronicon Beccensis monasterii; Chronicon comitum Augensium; pars Chronicorum Sancti Audoeni Rothomagensis que annum 133g antecedit; plura etiam necrologia et obituaria ecclesiarum Rothomagensis, Ebroicen- sis, etc., menatusianens Gemeticensis, Lirensis, Sancti Ebrulfi, Longe Ville, etc.; Vita et miracula Beati Thome Heliz; excerpta e libro de mira- culis Sanctorum Savigniacensium; nonnulla de celeberrima Montis Sancti Michaelis abbatia, etc. Ita collatis undique documentis que ante sparsa erant, partim inedita, partim vix cognita, corpus quoddam effecimus scriptorum, sermonis quidem lepore car sullen, materia vero commendandorum, quod speramus profuturum iis quos pura et sincera veritas allicit, quique de rebus
vl PREFACE.
quils se renferment dans Ihistoire de la Normandie, soit quils abordent l'histoire générale, déploient un zéle curieux et éprouvent une douce jouis- sance dans la recherche et dans la découverte de témoignages contempo- rains et authentiques.
En dehors des compositions historiques, a proprement parler, les deux précédents volumes contenaient des documents administratifs dont 1a publi- cation avait été accueillie avec faveur par les juges compétents. Il nous edit couté d'abandonner Ja voie que nous avions nous-mémes ouverte non sans quelque succés, et de ne pas demander aux Archives nationales quelques-uns de ces monuments dignes d’étre mieux connus, quelles recelent encore en si grand nombre. Aprés avoir publié en premier lieu plusieurs séries de comptes du xi°® siécle, nous avons entrepris cette fois de recueillir et de mettre au jour tout ce qui, durant la méme époque, se rapporte au service militaire. Le lecteur trouvera dans ce volume plusieurs réles des fiefs rele- vant du roi, réles tirés des registres de Philippe-Auguste, et qui nous ap- prennent quels fiefs devaient le service militaire au roi, et combien d hommes chacun deux devait fournir. Nous y joignons des listes, en partie imprimées, en partie inédites, des vassaux convoqués a l'armée, de 1236 a 1304. Si ces listes ne nous apprennent rien sur les événements militaires, sur les souf- frances que la guerre fit endurer a la population, sur 'habileté ou Vincapaciteé des chefs, on chercherait en vain, qui ne le comprend? des informations plus dignes de foi sur la constitution des armées chez nos ancétres, depuis Phi- lippe-Auguste jusqu’a Philippe IV. Nous aurions craint de nous exposer a des reproches mérités, si, ayant sous la main des documents d'un tel prix, nous avions négligé de les rendre accessibles a tous les érudits.
Ce volume se termine, suivant l'usage, par quatre tables. A mesure que le Recueil des Historiens de France aborde des époques moins éloignées de nous, les mots de la basse latinité qui nécessitent une explication deviennent plus rares, et le francais de nos ancétres se rapproche du notre; c'est ce qui explique le peu d’étendue des glossaires latin et frangais. Au contraire, la table géographique et la table des noms de personnes et des matieres ont pris un développement inusilé, par suite de la nature des documents qui composent le volume. Nous n’avions pas seulement, en effet, a relever les noms de villes, d'églises, de couvents, hommes connus, qui se présentent généralement chez la plupart des historiens; il a fallu y joindre les noms presque innom- brables des fiefs et des vassaux, compris dans les listes dont nous parlions tout a l'heure. Aussi l'index géographique et Tindex onomastique nous ont couté beaucoup de temps et de travail; nous ne regretterons pas notre peine, si ces deux index sont de quelque utilité pour l'étude du moyen age.
Tandis que nous donnions nos soins a la tache qui nous avait été confiée par Académie, une mort prématurée nous a enlevé notre confrére M. Alphonse Huillard-Bréholles, qui devait ¢tre associé a notre travail, et dans lequel nous aurions trouvé un coopérateur de nos travaux, aussi recommandable par le savoir el la sagacité que par l'aménité du caractére. La vocation de Huillard- Bréholles pour les études historiques se manifesta dés sa premiére jeunesse, nous pourrions dire dés son enfance. A peine sorti des bancs, il se consacra avec ardeur a l'étude de nos vieilles annales, explora Jes anciens monuments, compulsa les manuscrits. Il acquit par la une érudition étendue et choisie qui, jointe a la rectitude naturelle dun esprit pénétrant, lui permit de
PRAFATIO. vii praterilis scripturi, sive Normanniz tantum fata, mores, mstiluta investigare student, sive historiam gentis nostra generalem ager ediuntur, nihil aut curio- sius indagant, aut jucundius reperiunt, quam AEM rerum narrandarum authentica et cova.
Prater scripta mere historica, documenta quedam qua cum ad guber- nationem regni spectent, proprie @oActixa dici possunt, duobus tomis prace- dentibus inserta fuerant, non sine magna approbatione omnium quicumque iis studiis dediti sunt. Molestum fuisset de via a nobismet ipsis haud infeli- citer, ut videbatur, aperta discedere, nec celeberrimum istum Archivi Gal- lici fontem iterum adire, in quo latent adhuc tot monumenta luce digna. Quemadmodum antea vulgata erat series non una computorum in quibus consignatum est quidquid a regibus nostris seculo decimo tertio receptum fuit aut impensum, ita quidquid ea wtate ad servicium militare pertinet colligere et edere statuimus. Legenti occurrent in hoc volumine plures rotuli, e regestis Philippi Augusti excerpti, feodorum ad regem spectantium, unde liquet non solum a quibus feodis servicium militare regi debitum fuerit, verum eliam quot milites quisque vassalus, feodorum possessor, prestare debuerit. Nonnullos insuper catalogos, jumdudum parltim editos subjunxi- mus, quibus recensita sunt nomina vassalorum omnium, qui ab anno 1236 ad annum 1304 multoties convocati fuerunt ut regi ad bellum profecturo operam debitam ferrent. Nihil, fatemur, in iis tabulis deprehendes de eventibus bellicis, civitatum obsidione, exercituum cladibus aut victoriis, populorum miseria, solerlia ducum vel imperitia ; nemo vero est qui non intelligat testi- monia nulla reperiri nec queri posse fide digniora de re militari apud Fran- cos, a temporibus Philippi Augusti ad tempora Philippi IV. Jure ergo in vitu- peralionem casuri nobismet ipsi visi essemus, si cum talis momenti docu- menta pra manu haberemus, ea pretermittere potius quam facilius tractanda eruditis viris offerre nobis collibuisset.
In ultima parte hujus voluminis quaiuor, ut moris est, inserti sunt indices. Cum vero, labentibus seculis, voces infime latinitalis que notande sunt, rariores fiant, gallica autem illorum temporum lingua, pristina rusticitate deposita, huic qua utimur vicinior in dies evadat, nil mirum est nostrum glossarinan duplex, latinum scilicet et gallicum, perbreve esse. Index contra geographicus indexque rerum et personarum ultra modum solitum crevit, propter ipsum genus documentorum que in hoc volumine collecta sunt. Non solum enim ashis recensenda erant nomina civitatum, ecclesiarum, mona- steriorum, virorum denique celebriorum, que apud historicos plerumque occurrunt, verum etiam nomina prope innumera sive feodorum, sive vassa- lorum que in catalogis supra citatis leguntur. Utrique e isli, onomastico scilicel et geographico ibis multum lahocis ac lemporis impendimus ; qui quidem si res medii avi tractantibus subsidii aliquid afferat, opera nostra qualiscum- que minime nos peenitebit.
Munus nobis ab Academia impositum exsequebamur, cum collega noster dilectissimus, Alphonsus Huillard-Bréholles, tum doctrina, tum ingenii sagacilate, tum ameenitate morum conspicuus, quem laboris nostri partici- pem et socium fore sperabamus, prematura morte abreptus est. Ingenium quidem ad res historicas propensissimum vir ille clarissimus ab ipsa juven- tule, ne dicamus a pueritia, ostenderat. Qui cum e ludis scolasticis excessisset, major um annales acrius exquirere, monumenta velerum evolvere, manu- scriptos etiam codices replicare coepit. Amplam inde et exquisitam eruditio- nem adeptus est, qua fretus, egregia juvante reclissima mentis indole, plura edidit non sine magno labore opera que apud viros doctos famam sibi non
PREFACE.
Vill publier plusieurs ouvrages, fruits de labeurs sérieux, qui fonderent sa _répu- tation dans l'estime du monde savant. Il nous suffira de rappeler sa_remar- quable Histoire diplomatique de Frederic II, entreprise et publiée sous les auspices de M. le duc de Luynes, dans laquelle il a réuni avec autant de patience que dhabileté un grand nombre de documents tirés des principales bibliothéques de l'Europe. Il y a peu d'années, [Académie des inscriptions avait appelé dans son sein ce savant modeste qui avail si bien mérité de la science historique; apres se l’étre associé, elle l'avait désigné pour continuer I’ceuvre des Bénédictins, a 1a famille desquels il appartenait en quelque sorte. Mais, atteint par une maladie imprévue, notre confrére avait eu a peine le temps de parcourir quelques pages du présent volume et de se rendre compte de sa com- position, lorsqu'il fut, dans la force de lage, ravi a laffection de ses amis. Combien son concours ne nous eit-il pas été utile! Combien ne nous a-t-il pas manqué, lorsque nous rencontrions quelque point diflicile d'histoire ou de géographie! Bien que nous ayons joui peu de temps de son commerce et que nous n'ayons pu profiter de sa science, nous avons considéré comme un devoir pieux de recommander son nom, ses travaux, ses rares qualilés, au souvenir des amis des lettres et des études historiques.
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PRAFATIO. 1X mediocrem paraverunt, posteris tradendam. Memorare nobis inter cetera sufficiat insignem illam imperatoris Friderici II diplomaticam historiam, sub auspiciis illustrissimi ducis de Luynes inceeptam et peractam, in qua e bibliothecis totius Europe descripta occurrit coplosissima seges monumen- torum maximi pretii, non minori solertia quam constantia collectorum et in unum corpus redactorum. Virum ita de scientia historica bene meritum Academia nostra abhinc paucos annos suum fecerat, eique, quasi eorum stirpe oriundo, Benedictinorum opus continuandi provinciam dederat. Morbo autem improviso subeunte, vix tempus college nostro datum fuit ut inchoati volu- minis paginas perpaucas evolveret et operis argumentum ac rerum ordinem intelligeret ; moxque in ipso etatis robore amicorum votis ereptus est. Quan- tum ejus auxilium nobis defuerit prasertim in enodandis questionibus que ad geographiam et ad historiam pertinent, haud semel experti sumus, et morte interemptum maxime desideravimus. Quamvis autem ejus commercio et doctrina uti ac frui nobis diutius concessum non fuerit, rem piam et debi- tam esse censuimus, defuncti college nomen, scripta, virtutes, non modo non tacere, verum etiam paucis saltem verbis celebrare et memorize omnium qui- cumque humaniorum litterarum, historia in primis studio dediti sunt, com- mendare.
FOME XXIII.
SYLLABUS AUCTORUM ET MONUMENTORUM
QUH HOC VOLUMINE XXIIP CONTINENTUR.
Chronique de Primat, traduite par Jean du Vignay..........ccescesessesees ee lol 3 E. Mari historiarum, auctore Johanne de Columna, outta Predicatorum............. Sermon en vers de Robert Sainceriax..............-6. ERE ge ae foe Pee ee ee ee ee is 6 nk so kk ee ee DEED SCRE KE Fragment anonyme du xt’ sicle........... cece scenes cceccescescevess re Fragmentum de miraculis sancte Genovefe............ Liter tsea naan ad Excerpta e Tractatu de translatione beate Genovefe virginis, auctore magistro Jacobo de Dinant. dite diet detiod Me armalnes tiie ae bee) eh eee bdiaw xi Sra heciseae 6 Breve chronicon ad cyclos eae U kasd cua wien bakes uel E brevi chronico ecclesiz S. Dionysii OE DUI on os sok endorse sndionadas Fragment d'une généalogie des rois de France.............. <n apicaich deeded cass 4
E libro mortuali sancte Catharine Vallis scholarum Parisiensis vulgo nuncupate la Cousture. Bonifacii VIII sermones et bulla de canonisatione sancti Ludovici regis Francorum.. . .
Beati Ludovici vita e veteri lectionario extracta.......... ever TTT TT rTP rer ce Beati Ludovici vita, partim ad lectiones, partim ad sacrum sermonem parata.......... Brevis chronica de progressu temporis sancti Ludovici, auctore Bernardo Guidonis.... . . Fragmentum chronici additum chronico Gotofridi Viterbiensis.......... jeseneesees E Chronico ordinis Praedicatorum, auctore Geraldo de Fracheto.............. Caeewe E Notitia provinciarum et domorum ordinis inncnee auctore Bernardo Guidonis et anonymo ejusdem continuatore............. cee seeersoesecesccessoceseoses E Breviario historiarum Landulphi de Columna, canonici Carnotensis, et anonyma ejusdem chronici continuatione........ CPPEWCDD RH OSE DEER Os CeCeR OREM HERO. errr E Chronico Aimerici de Peyraco, abbatis Moissiacensis. PUTT OT TTT Creer e rT TT Tee E Chronico Normanniz ab anno 1169 ad annum 1259 sive potius 1272...... rrr rey Extrait des Chroniques de Pierre Ca so etnssedereeercesnbennsee ‘ sees Ex indicibus episcoporum Constantiensium , ‘Abrincensium, Sagiensium et Lexoviensium. oe Polyptychum Rotomagensis dicecesis. . TT eeTTT CTT Tey erertce re Oeteseeseve Appendix ad polyptychum Rotomagensis dicecesis....... cbasavtecens eerere eT TTT BE Chromico Retemnemendl, . 6.5 c ww cccrccnsens is 6b ek eR d ee Re Oneness E Chronici Rotomagensis continuatione........ (At deesteceirtiencdenes ae ones ‘ Ex altera Chronici Rotomagensis continuatione, auctore Johanne Masselino. Seeceexeaes Extrait d'une Chronique de Rouen continuée jusqu’en 1492........ éeeereeconsaees E brevi Rotomagensium archiepiscoporum Chronico...........-+0++eeeee. Sedenon E metricis archiepiscoporum Rotomagensium catalogis..........+-+00eee00. cecece E, Rotomagensis ecclesiz necrologio..........0.2e+eeeseeees aeseceeeerneenens Note e Libro eburneo Rotomagensi excerpte...... ptanesednevndeeaes errr eT eon E Directorio monasterii Sancti Audoeni Rotomagensis.............. eR beeevennene Extrait des Chroniques des abbés de Saint-Ouen de Rouen........ Cees eneneeeeeows E Chronico sancti Laudi Rotomagensis...............00e0+e000. reer rrr Trey E Chronico sancte Catharine de Monte Rotomagi............0.0+.e+0005 coeneses E Chronico metrico abbatum sancte Catharine de monte Rotomagi, auctore Guillelmo PONIES 650s 6056 Oe ones 0ns cecseses ete rT Tere Cre Obit i an HO tee eos E Necrologio hospitalis Beate Maria Magdelene Rotomagensis................ err Ex Obituario Gemmeticensi............ ETE TTT TT CCT CP TTP TTT Tee E Gemmeticensibus epitaphiis. ......... jis eneeewis See besesedeewnawe ery Ex Annalibus monasterii Sancti Wandregisili. jensase TET TTT TTT CT TTT TTT Te i, serie metrica abbatum Fontanellensium............ Perrerrerr TTT eT ere rere re E Chronico Fiscannensis coenobii................20 0000 eee CTT ere TCT see E Chronico abbatum Fiscannensium................ TTT TCC Te TTT ‘ eee E Necrologio prioratus Longe Ville............ pane edaeeensosenne Cekeinmies Chronique des comtes d’Eu depuis 1130 jusqu’d 1390.........0 cece cece e cece as
Ex Obituario ecclesia Augensis...............0++se000: (bi peeted sod hdheeunes
x1 SYLLABUS AUCTORUM ET MONUMENTORUM, ETC.
Ex Obituario monasterii Ulterioris Portus......... Ex appendice ad Chronicon Mortui Maris......... E Chronico monasterii Beccensis.......-....+.- Ex Obituario ecclesie Ebroicensis...........++6+ E Chronico monasterii Sancti Taurini Ebroicensis. . E Chronicis Lirensis monasterii...... Ex Obituariis Lirensis monasterii..............-. E Necrologio monasterii Crucis Sancti Leufredi.. . . Ex Uticensis monasterii annalibus et necrologio. ... E Chronico Sancti stephani Cadomensis.......... Polyptychum dicecesis Constantiensis..........+. Note Constantienses,...... Ex Obituario Sanctz Trinitatis de Exaquio........ Extrait de l'Obituaire de 'Hotel-Dieu de Saint-Lé.. .
Ex Obituario Perrinensi..........-+.-.0. xasace
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Ex Obituario monasterii Montisburgensis............ Vita et miracula beati Thome Heli, auctore Clemente.
E Chronico Abrincensi. . . Note monasterii Montis Sancti Michaelis.......... Ex obituario ecclesia Moretoniensis... . . E chronico Savigniacensi...........
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E libro de miraculis sanctorum Savigniacensium....... Scripta de feodis ad regem spectantibus et de militibus ad exercitum Augusti regestis excerpta. ......ccccccccccesocs
Submonitio ad diem vir junii anno M.cc, xxxvi..... Submonitio ad diem v maii anno M.cc. XL... 2... Servicia Normanniz............... Submonitiones anno mcc ur facte......... ee
Les noms des abbayes qui doivent charroi au Roi......
Chevaliers de Hostel Je Roi croisiés...... .
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Hominum ad exercitum Fuxensem vocatorum index primus........... Hominum ad exercitum Fuxensem vocatorum index secundus........ Hominum ad exercitum Fuxensem vocatorum index tertius......... Homagia et exercitus regi Anglia debita ratione terre Agenensis....... E Compoto thesaurariorum Lupare de termino sancti Johannis M.cc.xcvi.... Convocations et subsides pour l'ost de Flandre de m.ccc.1 4 M.ccc.V........
Listes de convocations sous le régne de Philippe le Long........
Index geographicus......... ET in By og Ss nalanie sa
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Index rerum et personarum.........0.eeeeeeeeee. Index vocum exoticarum et infime latinitatis........
Glossaire francais............ err
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Philippi
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RERUM
GALLICARUM ET FRANCICARUM
SCRIPTORES.
CHRONIQUE DE PRIMAT
TRADLITE PAR JEAN DU VIGNAY.
AVERTISSEMENT. Le texte que nous publions, dont la découverte est due a M. Paul Meyer, éclaire dun jour tout nouveau deux points de notre histoire
littéraire'. Le moine Primat était connu jusqu alors comme le copiste,
' Ce texte oceupe les folios 1g2 & 252 du manuserit qui porte, au British Museum, la cote Bibl. Reg. 19. D. 1.
TOME XNXIIl. l
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2 CHRONIQUE DE PRIMAT,
ou tout au plus comme le traducteur d'un texte des Chroniques de Saint-Denis qui sarréte a la mort de Philippe-Auguste, et dont lexem- i le plus ancien est contenu dans un manuscrit de la bibliothéque de Sainte-Genevieve. Personne ne pouyait supposer qu ‘il edt écrit en latin et qu’l fat lauteur d'une chronique des régnes de saint Louis et de Philippe le Hardi. Guillaume de Nangis, au contraire, passait pour avoir composé une Vie de saint Louis écrite en latin, qui renferme le récit le plus complet des événements de ce regne important. La décou- verte de M. Meyer renverse complétement cette double appréec lation. Cest Primat quia écrit la plus grande partie de la Vie de saint Louis publiée sous le nom de Guillaume de Nangis, et celui-ci n'a guére fail
‘ler des fr: nts assez éle s de Geoftr . ieu,: qu y entreme ler des fragments assez élendus de Ge ollroy de Beaulieu
el un petil nombre de passages qui se rapportent surtout a des faits Vhistoire étrangere.
Que Primat soit auteur dune Vie de saint Louis écrite en latin, c est ce que déclare Jean du Vignay, son traducteur, dont on verra plus loin le témoignage non équivoque (chap. xLtv et Lxx1x). Que la plus erande partic de Pouvrage altribué jusquict a Guillaume de Nangis soil empruntée a Primal, cest ce qui sera évident pour quiconque voudra, au moyen de la traduction de Jean du Vignay, calculer le nombre et mesurer létendue de ces emprunts. Hl est vrai que ce ¢ calcul ne peul se faire rigoureusement que pour la seconde partie de la Vie de saint Louis, puisque Jean du Vignay na traduit dans Pouvrage de Primal que ce qui pouyail faire suite au Miroir historial de Vincent de Beauvais. Mais on doit supposer avec M. Paul Mever que les récits de Primat comprenaient la premiére comme la sec ‘onde moitié du reene de saint Louis, et que Guillaume de Nangis se les est appropriés dans loute leur élendue. Quoi quil en soit, pour ne rien hasarder en de- hors de ce qui est positivement constalé, nous dirons que Guillaume de Nangis, au moins dans la seconde moitié de la Vie de saint Louis, na quune aulorité @emprunt parce quil se borne a répéter ce que autres ont écrit avant lui.
\u fond, Guillaume de Nangis lui-méme ne sattribue pas un autre role quand il déclare modestement, dans sa préface, avoir fait un recueil de ce quayaient écril sur saint Louis plusieurs auleurs, entre lesquels il en nomme deux, Geollroy de Beaulieu et Gilon de Reims, moine de Saint-Denis, dont le travail était resté inachevé: ce qui doit seule- ment élonner, cest quil nail pas nommé Primat, quia fourni a cette compilation une part plus considérable encore que Geoflroy de Beau- lieu. Guillaume de Nangis n/aurait-il connu la chronique de Primat que déja fondue en partie dans la rédacuion de Gilon de Reims, et dé- pec be pour le reste en lragme nts anonymes, parmi d'autres matériaux que cel auteur avail réunis pour Tac -hevement de son travail? Cette hypothese nous parait beaucoup plus vraisemblable que celle d'une rélicence préméditée par un compilateur qui se donne pour tel, dont rien naulorise a suspecter la modestie ni la bonne foi.
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TRADUITE PAR JEAN DU VIGNAY. 3
On peut se demander encore comment il se fait que Primat fit connu comme traducteur, ou méme comme simple copiste du texte contenu dans le manuscrit de la bibliotheque de Sainte-Genevieve. M. Paul Meyer’ a répondu a cette question en disant : que la dédicace ou Primat est nommé précédait originairement, dans ce manuscrit, le texte de sa Vie de saint Louis, traduit par lui en francais pour com- pléter, par un supplément, cette histoire en langue vulgaire ou ce roman des rois de France; quau texte de Primat, détaché apres coup du ma- nuscrit, on a substitué une autre Vie de saint Louis écrite d'une main plus récente, qui en occupe aujourd hui les derniers cahiers; que la dédicace ne pouvant plus dés lors se rapporter a ce texte plus mo- derne qui la suit, on a été entrainé a la mettre en relation avec la partie antérieure du volume, contenant la portion des Chroniques de Saint-Denis qui s'arréte a la mort de Philippe-Auguste. En un mot, selon M. Paul Meyer, la dédicace ou Primat est nommé servait d’an- nonce et dintroduction a un texte qui a disparu du manuscrit de Sainte-Geneviéve, et qui nous serait inconnu aujourd hui sans la tra- duction de Jean du Vignay. Mais, de quelque mamiére quon veuille interpréter, soit le Pll que la pré ‘face de Guillaume de Nangis garde sur Primat, soit la mention qui en est faite dans une dédicane placée aujourd’ hui entre deux textes tout a fait étrangers a sa chro- nique latine, toujours est-il certain que Primat a écrit cette chronique, et que Guillaume de Nangis la mise a contribution pour sa Vie de saint Louis dabord, puis, dans une moindre proportion pour celle de Philippe le Hardi, sans compter quelques passages qu on retrouve dans sa chronique générale. Cest de la chronique de Primat et de son tra- ducteur Jean in Vignay qu'il nous reste a dire quelques mots.
Considérée en iti ll et abstraction faite de la question d histoire littéraire qui Sy rattache, la chronique de Primat, méme traduite, a une valeur propre, parce quelle nest pas une simple répétition des passages copiés par Guillaume de Nangis; elle en differe quelquefois par des détails qu'il a omis, des lecons quil a dénaturées, ou des récits étendus qu il a supprimés. Nous avons signalé dans les notes toutes ces diflérences, et nous n'y reviendrons pas ici. Qu'il nous suffise d’avertir le lecteur que Primat est beaucoup plus complet que Guillaume de Nangis pour tous les événements de la derniere croisade, et quil a eu a sa disposition les renseignements les plus exacts sur les combats des croisés, sur la mort de saint Louis et sur le transport de ses chairs, de ses entrailles et de son coeur en Sicile. Pour la vie de Philippe le Hardi, au contraire, Guillaume de Nangis a beaucoup ajouté au texte de Pri- mat, et a dispose de renseignements plus nombreux, dont la source nous est encore inconnue.
Jean du Vignay ajoute a l'un et a l'autre le récit de plusieurs mira- cles qu'il déclare (chap. xLIV) avoir trouvés dans la légende de saint
' Archives des missions scientifiques et littéraires, deuxiéme serie, t. Ill, p. 262 a 276, et 31g a 325.
' Archives de lEmpire, LL 1159, fol. 36
verso,
4 CHRONIQUE DE PRIMAT, Louis, lus dans d'autres écrits, ou vus de ses propres yeux. La partie neuve de ce supplément est d'abord celle qui se rapporte aux miracles arrivés en Sicile la ot le cuer et la brueille furent enterrez (chap. XLVI), puis le récit des miracles dont Jean du Vignay lui-méme fut témoin en Nor- mandie (chap. xiv). Nous apprenons, en outre, de lui, que Primat fut contemporain de saint Louis, et que, par cette raison, ils abstint, comme Vincent de Beauvais, de parler des miracles du saint roi (chap. xLv1). Cette notion sur le temps ou vécut Primat est aussi neuve quimpor- tante : elle donne dautant plus dautorité a son témoignage. Elle se concilie dailleurs avec d'autres indications dont nous sommes rede- vables 4 un savant bien connu de Académie, M. Edgard Boutaric, qui les a recueillies tout récemment dans le cartulaire de [Office des charités et dans les comptes des recettes et des dépenses de l'abbaye de Saint-Denis.
Le cartulaire de (Office des charités* nous apprend qu'un acte du mois de mars 1269 (vieux style), relatif 4 une maison donnée a l'ab- baye de Saint-Denis, fut passe en présence de plusieurs témoins parmi lesquels figure Pierre de Sartrin, clere de labbé, et un peu apres, Robert Primat, qu'on peut supposer appartenir aussi au personnel de l'abbaye'. Du compte de 1284, il résulte que l'épouse de Primat (uxor Primaiis) touchait une rente viagére de cinquante sous; et l'on doit croire que ce Primat, nommé en 1284, est le méme que Robert Primat témoin dans l'acte de mars 1269. La mention axor Primatis, apres avoir été remplacée, dans les comptes de 12851289, parcelle d’Agnes de Der- rest, Derest ou Duresi®, qui nen est que léquivalent’, reparait de 1290 4 1296, et figure une derniére fois dans le compte de 1297, ou un payement de xxv sous seulement fut attribué a lépouse de Primat (uxort Primat), laquelle avait sans doute cessé de vivre vers le milieu de celte année financiére, ouverte le 22 juillet 1297, jour de la Magde- leine.
La circonstance que lauteur de la Chronique était moine, et que le Primat nommé dans les comptes de labbaye était marié, ne doit pas empécher de croire que le personnage représenté dans la miniature du
manuscril de Sainte-Geneviéve ne fit le méme qui avait épousé Agnes’
de Deerhurst. Ce serait du consentement de sa femme qu'il aurait em- brassé la vie monastique, et ce serait aussi a cette occasion qu Agnes serait devenue pensionnaire de l'abbaye. Ce qui nous fait pencher pour cette hypothése, c'est que le nom de Primat est des plus rares‘, et qu ‘il serait extraordinaire de trouver a la fois deux contemporains qui au-
' Voici la portion de lacte qui contient la liste des témoins : « Actum presentibus Vincentio cantore Sancti Pauli, magistro Petro de Ponte canonico ejusdem eccle- siz, dominis Accelino et Guillelmo Anglico presbiteris benelitiatis in ipsa ecclesia, domino Adam Quinquam presbitero Sancti Petri, domino Jacobo Sancte Geno- vefe, Petro de Sartrino clerico domini abbatis, Matheo Rigo, Johanne Picardo, Roberto Primat, Guillelmo de Posterna, et pluribus aliis testibus ad hoc specialiter evocatis. Anno Domini millesimo cc° Lx™ nono, mense Martio. »
* Ce surnom parait étre tiré du prieuré de Deerhurst, dépendant de labbaye de Saint-Denis et situé dans le comté de Glocester.
* On ne trouve souvent dans ces comptes qu une seule femme, et une seule pension de- cinquante sous; c’est donc la méme pensionnaire qui s'y trouve désignée de deux maniéres différentes.
* On ne connait guére qu'un autre personnage de ce nom, qui vivait au commencement du x11" siecle, et dont l'existence est attestée notamment par la Chronique de Salimbene.
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TRADUITE PAR JEAN DU VIGNAY. 4)
raient porté ce nom, et qui auraient été en rapport avec l'abbaye de Saint-Denis. Quoi quil en soit, nous avons une autre preuve du temps ou vécut le chroniqueur Primat. En effet, la suite de ses récits prouve qu ‘il a connu l’avénement de Philippe le Bel, et nous serions porté 4 croire quil vivait encore en 1289, parce que rien n ‘empéche de lui attribuer un passage du chapitre Lxxvi de sa chronique ou il est parlé de la délivrance et du couronnement de Charles II, roi de Sicile. Au contraire nous nadmettons pas que ce soit lui qui ait écrit la der- niére phrase du chapitre Lxxviil, ou il est fait mention du mariage de Marguerite de France avec Edouard I*, roi d’ Angleterre, en 1299, de osha de Blanche avec : Rodolphe, duc d’Autriche, en 1300, et enfin de ’érection du comté d’Evreux en 1 307. Rien nest plus vraisemblable que de voir dans ce passage une addition faite par Jean du Vignay. On ne sexpliquerait pas en effet que Primat, sil ett écrit aprés 1297, neut point parlé de la canonisation de saint Louis.
Quant a Jean du Vignay, on voit dans le dernier chapitre quil était Hospitalier de Saint-Jacques, et quaprés avoir traduit le Miroir histo- rial de Vincent de Beauvais, il y ajouta comme supplément la traduc- tion de la chronique de Primat, sur la demande de Jeanne de Bour- gogne, reine de France, a laquelle il souhaite, en finissant, bonne et longue vie, ainsi quau roi Philippe VI et a tout le lignage des fleurs de lis. C’est un traducteur qui manque toujours d‘élégance et quelque- fois d'exactitude; mais les défauts de sa traduction, sur lesquels 11 est inutile dinsister, n’empéchent pas quelle ne puisse contribuer au pro- gres des études historiques.
Cy* commencent les chapitres et les croniques de Primat, et contiennent III.XX chapitres'.
Le primer chapitre. De madame Blanche royne, mére saint Loys.
Il. Comment lalée de pastoureauz fu en ce temps.
III. De la mort de madame Blanche royne, et de l’alosement Kalles, conte d’ Angiers.
IV. Du contemps de la contesse de Stnadices et de Jehan, son filz; et comment elle donna sa conté a alien de Anjou.
V. Des aventures de celi temps, et com- ment cele contesse ala en Horlande.
VI. Comment Kalles fu seigneur de Mar- celle, et comment il se_ rebellérent contre li.
VII. Si comme le roy Loys demoura outre mer et fist reparer pluseurs cités.
' L’ouvrage ne se compose réellement que de LXxxviil chapitres , puisque le numéro du dernier est Lxx1x, et que le xxix° a été omis. Dans la table méme, le premier cha- pure est le seul qui porte un numéro d’ordre. Nous avons
VIII. Comment le roy fist appeller devant li le sire de Couci pour les enfans que il fist pendre.
IX. Comment le roy Henri d’Engleterre vint en France, li et le conte de Glocestre; et comment le roy li lessa la terre de Pier- regort sus certaine condition.
X. Du contens* du roy d’Engleterre et du conte Symon de Montfort pour une cons- titution que il firent.
XI. Comment le soldan de Babiloine mist arriére Armenie® en sa subjection.
XII. Comment le pueple de Marceille se re- bella de rechief contre Kalles, conte d’An- jou et de Prouvence.
XIII. Comment pape Alixandre envoia un
suppléé , pour chacun des chapitres suivants , le numéro qu'il porte dans le corps de l’ouvrage.
* Ms. du temps.
* Ms. Armonie.
* fol. 192 d.
6 CHRONIQUE
legat en France au conte Kalles, pour avoir secours contre Mainfroy et contres les autres persecuteurs de lEglise.
XIV. Comment Kalles vint 4 Rommes et fu couronné de Urban pape; et comment il atendi son host 4 Romme, et entra en la terre de Secile.
XV. Comment le roy Kalles prist le chastel de Saint Germain l’Aguillier, et ceulz du chastel s’enfuirent.
XVI. Comment le roy Kalles chaga ses ane- mis, et les trouva en champ prés de com- batre; et comment il prist conseil a ses gens de la bataille.
XVII. Comment il recurent l’absolution et se mistrent contre les anemis a bataille.
XVIII. Comment la tierce bataille fu des- confite, et comment Mainfroi fu occis et trouvé entre les mors.
XIX. Comment les traitres 4 qui il out tout pardonné li acquistrent nouviaus anemis par leur malice.
XX. Comment les batailles assemblérent; et comment Henri de Cusences, qui portoit celi jour les armes le roy, fu occis et des- menbré.
XXI. Comment celi Henri retourna, et com- ment! Jes nos se combatirent contre li et orent victowe; et d’aucuns autres fais qui advindrent a cele bataille.
XXII. Comment le roy rendi graces 4 Dieu de sa victoire, et comment ses anemis furent pris et jugiez.
XXIII. Comment Corrat Cacapuche se ef- forca contre le roy Kalles, et de ceulz qui li furent haingneus pour la mort de Corradin.
XXIV. Du secont voiage du roy Loys as parties d’outre mer.
XXV. Comment il se mist a Ja voie; et com- ment le dyable mist le contens entre ceuls de Prouvence et les Chastellains d'une part, et les pietons de France d’autre.
XXVI. Comment lost se mist en mer; et comment le vent troubla la mer, et la tourmente leva.
XXVII. Comment il virent terre et arrivé- rent a grant paine a port, et trouvérent les gens de ce pais felons et chiers.
XXVIII. Comment les barons se? assemblé- rent illec et prinstrent conseil ensamble daler en Thunes.
XXX *. Comment Lost se parti de la, et se apliquérent droit au port de Thunes, et descendirent a terre.
XXXI. Comment Carthage le chastel fu
' Nous suppléons comment d’apres le titre de chapitre qui est dans le corps de Vouvrage. 2 Ms. ce.
> Le numéro XXIX est omis dans le corps du texte
DE PRIMAT,
pris par les mariniers, qui le requistrent au roy que il Jeur baillast aide a prendre ce chastel.
XXXII. Comment mm chevaliers sarrazins vindrental ost, qui faisoitle guet ,requerre crestienté; et comment les autres cuidié- rent decevoir lost souz lombre de de- mande|r]| aussi crestienteé.
XXXII. Comment nos genz commenciérent a faire les fossés entour lost, et comment cil qui les faisoient furent assaillis des Sarrazins; et de la nouvéle du roy de Se- cile, qui venoit au secours.
XXXIV. De la mort au conte de Nevers, fils du roy, que l’en n’osa pas dire a ses amis qui estoient malades; et d’aucunes autres aventures.
XXXV. De la mort du legat, et comment le roy sot la mort du conte, son filz; et d'une course que les nos‘ firent contre les Sarrazins.
XXXVI. Comment les noz retournérent de cel assaut, et comment les Sarrazins as- saillirent Olivier de Termes, qui faisoit larriére garde.
XXXVII. Comment les Sarrazins issirent a grant multitude, et comment frére Amaurri® de la Roche destorba la ba- taille pour la venue au roy de Secile.
XXXVIIIl. Comment les Sarrazins revin- drent ’endemain a bataille, et de la mort de u nobles chevaliers.
XXXIX. De la mort du roy, et de la venue de son frére Kalles, roy de Secile.
XL. Des exeques du roy, et comment il fu atorné et mis en terre, par dela ce qui y demoura °.
XLI. De Lestat en quoi il morut, et com- ment il ensaingnoit son filz en sa vie. XLII. Comment son filz fu tenu pour roy en l’ost, et comment les barons li firent
hommage.
XLIII. Comment celi roy manda par les re- gions’ du royaume que l’en priast pour lame de son pére, qui estoit trespasseé.
XLIV. D’aucuns faiz espirituelz et des mi- racles de celi saint homme monseigneur saint Loys.
XLV. Comment il fu requis des Sarrazins de renier Dieu sus condition, et d’aucunes aventures de celi temps.
XLVI. Des miracles qui avindrent aprés sa mort, et premiérement de ceulz qui avin- drent {la} ou le cuer et la bruille furent enterrés.
XLVII. Des miracles qui avindrent en France.
* Ms. neis.
* Le ms. porte par erreur Alain.
* Le corps du texte omet par dela, ete. ’ Ms. religieus.
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TRADUITE PAR
XLVIIL. Les miracles que frére Jehan de Vignay' vit avenir en Normandie.
XLIX. Comment !es mesages de l’empe- riere des Grex vindrent, avec les mesages du roy de France, de Gréce; et d'autres mesages des Sarrazins qui vindrent au roy en Post.
.. Comment le roy de Secile? et ceux qui faisoient le guet leur coururent sus, et comment ii manda couvertement a ceulz de lost que il se a{r|massent.
LI. Ci raconte il le nombre des occis et les foles ventances des Sarrazins, et la mort du sire de Baucay et de son frere.
LLIl. Comment nos genz firent un chastel de fust pour deffendre Testanc, et mistrent barges dedens; et comment le roy et l’ost fu armé, et chaciérent les Sarrazins jus- ques outre leur tentes.
LIM. De la mortalité qui fu en Lost et de nos et des anemis, et comment il envoie- rent mesages a nos genz pour prendre tréves.
LIV. Du discort qui fu entre nos genz pour acorder les tréves
LV. Comment les tréves furent données.
LVI. Comment nostre hoste se parti de Thunes et fist serement de retourner sus les Sarrazins quant il seroient renforcies®, et de la tourmente de la mer.
LVI. Comment Odouart, filz du roy d’En- gleterre, passa en Syrie et descend: en Acre; et comment i! fu navré d'un Has- sasis et retourna en sa terre.
LVI. De la mort du roy de Navarre et de la royne, sa fame.
LIX. Du voiage du roy et de lost, et de la fortune de la royne de Navarre; et com- ment Guy de Montfort tua Henri, filz du conte Richart, frére du roy dEngle- terre.
LX. Comment il entra en Paris, et le pueple et les processions‘ li vindrent encontre; et comment les reliques de son peére fu- rent mises a Saint-Denis.
XI. Du couronnement diceli roy fait par levesque de Soissons.
LXIl. Comment le roy mena son host sus la conté de Foiz.
‘ On troave plus souvent, dans le manuserit , du \ ignay. * Nous suppléons le voi de Secile d’apres le titre de chapttre qui est dans le corps de louvrage. . ' Ms. ellorcies ; le titre qui est dans le corps de lCouvrage porte renforciez.
JEAN
DU VIGNAY. 7
LXII. Du conscile celebré a Lyons par pape Gregoire, et du mariage du roy a la suer du duc de Breben.
LXIV. De la mort Ferrant d’Espaigne; et comment son pére, le roy de Espaigne, soustraist le royaume a ses neveus.
LXV. Du mariage Phelippe, premier filz du roy de France, et de la fille au roy de Navarre; et comment le roy prist le gou- vernement de la terre, et du gouverneur qu il envoia en Navarre.
LXVI. Comment le roy envola secours en Navarre le conte d’Artoys et Ymbert de Biaujeu.
LXVII. Comment le secours vint a Panpe- lune, et comment ceulz qui tenoient le siége s'enfuirent.
LXVIL. Comment le roy de France fist deflier® celi d’Espaigne, et comment il assembla son host contre li; et comment le roy d’Espaigne le fist deflier par ses mesages.
LXIX. D’aucunes aventures de celi temps.
L.XX. Encore des aventures de celi temps.
LXXI. De la mort Pierre de la Broce.
LXXIf. Comment Marie, fille du roy de Je- rusalem et prinche d’Antioche, delessa son heritage de Jherusalem a Kalles, roy de Secile; et d’aucunes aventures de cell temps.
LAX. Comment les gens de Secile furent occis en despit du roy Challes.
LXXIV. Comment pape Martin escomme- nia Pierres de Arragon, et comment le secours vint de France.
LAXV. Comment Kalles, roy de Secile, vint au lieu devise, et d’aucuns autres faiz de cell.
LXXVI. Comment Phelippe, lilz de Phelippe roy de France, fu fait chevalier et espousa sa fame; et de la mort Chatles, roy de Secile.
LXAV EI. Comment Pierres @’Arragon ala au- devant de ceuls qui aloient querre la vi- taille, et se combati contre eulz.
LAXVIIL. Comment ; parti de Gironde, et de la mort de li.
LXXIX. Pourquoy frere Jehan du Vignay, translateur de ce livre, fist ici fin®.
le roy de France se
' Ms. possessions. Ms. edelier. Nous suppléons, d'apres le corps de Uouvrage, ce der
ner titre de chapitre, que le copiste a omis de reproduire dans la table préliminaire.
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8 CHRONIQUE DE PRIMAT,
Le* premier chapitre. De madame Blanche royne, mére saint Loys I
Vraiement la royne mere diceulz, qui avoit nom madame Blanche, et estoit seur du roy d'Espaigne (laquele estoit a acomparagier a Rebeque par sagesse et par suttilleté de nging), g eouverna en ce temps le royaume de France, et non pas par ve - feminine, més yertueusement comme s’ele’ fust homme; si que pour
alegier la douleur que ele ayoit conceue de lencheitivement de ses filz, les un de- 1
vant diz contes ses filz furent enyoiés a icele, lesquiex firent tant par les perilz de mer et de terre que il entrérent en France, et vindrent a leur mére et lacolérent.
Meés * avant que il partissent de la mer, Guillaume abbé et le couvent du benoit saint Denis en France, avec les‘ autres couvens de leur moines, ainsi comme ceus qui sont tenus par une prerogative (c'est a dire comme par une seigneurte d’amor) a obéir as roys de France, avoient envoie le chantre de leglyse et le tiers prieur comme mesages solle *mpnielz a visiter le roy et a enquerre de: son estat”. Lesquelz° le roy recut a espec ial | joie comme mesage de son patron; et pour? ce que il es- toient lassés de si grant voiage, il les retint longuement avec soy, et leur offri dons et monnoie; mes il ne les tei recevoir. Et apres ce, quant il sen voudrent venir, il leur donna congié, et les renvoia a lor lieu propre. Et par la grace de Dieu qui les menoit, il nagi¢rent a veles estendues parmi les robeurs he mer; et sen vindrent sains et deen: el royaume de France, et retournérent a leur eglyse et raconterent a labbé et au couvent ce que il avoient fait, et commentil estoit au roy.
Le uw chapitre. Comment l'alee de pastoureauz fu en ce temps 7 | 1
Lan de Nostre Seigneur mil. cc. 11, furent aucuns mauves deceveurs du peuple, lesquelz, Fen nommoit les mestres des pastours, qui distrent que il avoient pris* Vollice de preeschier la croiz du propre commandement de Nostre Seigneur; et aucuns de ceus aflermoient que il en avoient avant esté admonestez par la benoite Vierge Marie en yision, et pour ce faisoient il porter ensaingnes et baniéres devant euls comme prince de lost. Et faisoient paindre les baniéres des ymages cde cele vision, que il faingnoient avoir veue (dont il mentoient), si que par ce decevable signe de verilé il atraisissent les petis et les simples du pueple en erreur. Laquele erreur desloable prist, aprés ce, mauves acroissement; car les pasteurs laissoient les bestes és pastis’, et s'en aloient sans saluer pére ne mere. Et de toutes les diverses parties du royaume meismement il acouroient, de Breban, de Flandres, de He- naut et de Picardie; et venoient par compaignies la ot: il ooient '° que la compaignie des autres et le prince de cele erreur estoient venuz. Et ainsi touz jours en accrols- sant, furent en brief temps grant multitude de pueple.
Et entre iceulz s'atapirent souz vestemenz douailles, par dehors (lesquelz es- loient par dedens lous ravissables), c'est assavoir aucuns mauvés hommes et per-
vers, comme larrons, ravisseurs, homicides, qui se mellérent avec eux; més non .
pas pour fére leur aucun profit'', ne aucune humanité; més pour entendre en lombre deulz a larrecins et a rapines, quant il° aroient ou verroient temps cou-
fly a tet dans le manuscrit : Primat., histoire simple. Ces mots doivent étre supprimes : en voici Veaplication. A la suite des rubriques des chap. 11, 1111, v, vit,ete. de la chronique de Primat, on avait ajouté : hist. plene, mots qui ont été gratiés , bien qu’ils soient encore assez apparents. —A la suite des rabriques des chap. 1, 111, v111, ele. on avail écrit hist. simple , ce qui a été gratté également, sauf pour le chap. 1. — Les histoires ou miniatures ainsi annon- eées nont généralement pas élé exécutées ; la place méme n’en a pas été réservée; dou uf suit que ces indications devaient servir pour Vexdcution d'un autre manuserit, ou qu'elles ont été reproduites d'aprés un exemplaire plus orné, peut- étre celui qui ful présenté d Jeanne de Bourgogne. — En téte du premier chapitre, il y a une petite miniature (est-ce
la une histoire simple?) ou l'on voit un moine conversant avec deua chevaliers qui semblent prendre congé de lui. * Ms. cele; le copiste a souvent écrit par erreur ce au lieu de se. * Voy. t. XX, p. 555 a. Ms. ses. ' G. de Nangis parle des presents qu ‘tls offrirent au roi. Ms. — Voy. t. XX, p. 553 e — 554 d. Le récit de Primat est plus complet que celui de G. de Nangis. * Ms. pres. » Ms. petis. '° Ms. oient. " C'est-a-dire, le profit de ceux quils entrainaient.
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TRADUITE PAR JEAN DU VIGNAY-. 4)
. venable a faire lewr mauyestié, si comme | issue ensuiant approuvera. Et st comme les greigneurs d'iceulz princes de ce tres escommenié conseil demenoient le simple pueple i leur volenté, et virent que il estoient enrichiz par tres grant habondance (et en tant que quant il passoient par les villes et par les chastiaus, il en y avoit a poine nul qui ne les doubtast quant il les véoient ja eslevez en grant orgueil et
; avec divers instrumens d’'armeures ; et aloient par compaignies, et il por toient diverses armeures, espées, ee he et une manieéres d armes qui soni dites en France haches lorroises, pennars et pis devant, et mal desriére'); et donc commen- ciérent petit et petit aler en novéle heresie et enveloper le pueple en trés escom- meniée erreur; quer il espousoient 1x hommes a une fame aussi comme par alliance de mariage; et si ne savoient aucune foiz dont il estoient. Et si est certam que ma- riage ne doit estre fait fors que par main de prestre, et que 111 bans soient sollemp- walla nt publiés en léglise, si comme il est de coustume. Et avec ce il donnoient les croiz de leur propres mains, et absoloient ceus qui les recevoient de tous leur pechiez. Et se vantoient que il rendroient as aveugles” veue, et redreceroient les
» ese lopés et les impotens, et rendroient a sante les tourmentés de toutes maladies.
Et fu chose merveilleuse; car le pueple lay fu trés prest a croire la vanite dle ceste fausse religion et consentant a l'oppinion de leur erreur; et estoit si lié en cele chetive maloustd que il les appeloient et disoient que il estoient sains hommes. Et quant il les recevyoient a disner avec eulz, i! en y avoit aucuns qui n avoient pas : honte de affermer que les viandes n ‘apetic oient point en leur tables, més en accrois- soient plus. Les clers et les trés sages docteurs, qui reputoient les folies et leur yanités aussi comme noient, si avoient p itié de la maleurté et de lerreur du pueple; si estoient contraires 4 leur amonnestemenz pour |’esmouvement du commun; més le pueple, qui ne souffroit pas leur* reprenemens, se eschaufa en si grantire contre le clergié que il disoient fermement que ces malefices estoient Hi hommes, et que le cler- oie par envie disoit iceulz estre mauves et despire le bien. Et done en decevant ainssi les gens vindrent a Paris; et pour ce que la est le siége de la royal majesté et que la est ‘ie greigneur poissance du bras seculier, il duchiatonn* que leur fais ne fussent examinés, et que il ne trouvassent contrariété a leur felonnie plus que en ces autres cités : quar il avoient oi que illec sordoit la fontaine des vir ars liberaus, et grant habondance des sages de la faculté de theologie. Més* Blanche royne, qui nda gouvernoit seule le royaume par aevediinion sagesce, par aventure ne sot pas hoses erreur; ou elle les en lessa ainsi aler pour [ce] que? en aventure ele espe- reroit que il feroient aucune aide au roy Loys, son filz, qui demouroit encore ou- tremer. Et quant il orent passé Paris, il cuidiérent estre esc hapés de touz perilz; et se vantolent que il estoient bons hommes, etl arguoient par ceste reson que quant il furent a Paris, qui est fontaine de foi et de sagesce, il n’avoient onques esté contredis de nul. Et done commenciérent plus forment a espandre leur erreurs, et a entendre entre eulz plus curieusement a rapines et a larrecins. Kt quant il fu- rent entré en la cité d’Orliens, il pristrent bataille avec les clers de l'universite, si que il furent tués pluseurs de cele compaignie et tuérent aussi pluseurs des clers. Et apres ce, quant il furent entrés en Berri, il se espartirent ¢a et la par cele ré- gion; et si comme il faisoient trés apertement entre eulz larrecins et homicides, dlouze de ces mestres qui avoient dleceus les simples, furent pris en larrecin et en homicide 4 une ville qui a nom Cone; et selong la deserte de leur fait il furent pendus au gibet. Et un mestre qui estoit de Hongrie, si se torna a Bourges la cité avec grant multitude des siens; et.se commenciérent cruelment a forsener contre les Juis, et despecoient leur livres, et ravissoient la peccune” et les henas d'argent
. Ciceuls. Et done quant le commun de la ville vit ceste chose, et que il destruioient
' C’est-d-dire haches lorroises (danoises ou norroises ‘ Tout ce passage, Gf. la fin de Valinéa, a été coprd
qui sont poignards et pies par devant, et maillets par par G. de Nangis (p. 554 « derrivre. ’ Au lieu de non suo catia, .. sed quia, gu’on lit ter Ws. et aveugles dans le texte latin, il faudrait probablement non sciens er-
Vs. deboutoient rorem..... seu quia
TOME
NNT.
"194d
3 fol. 1go
rgd b.
10 CHRONIQUE DE PRIMAT,
en tel meniére les Juis, qui estoient en la garde du roy, il firent clorre les portes :
de la cité pour vengier l'injure du roy faite aus Juis; mes ceulz froisvirent les se- reures des portes et les verrous 4 congniées, et issirent aus champs; et les bourjois les suirent a cheval. Desquelz bourjois l'un assailli le mestre, qui avoit sachié s'espée et s'appareilloit 4 deffendre; et le bourjois le feri de la hante' et le navra el costé; més il ne chai pas tantost devant que un autre bourjois se hasta de venir 4 li, qui li perga les entrailles de la poitrine du coup d'une lance. Et done quant le mestre fu trebuchié a terre, il le depeci¢rent membre a membre; et occistrent ses compaignons des glaives, fors ceus qui orent remeéde de mort par fuir s’en’. Et done ainsi celle fausse croiserie retorna petit et petit a noient; et touz ceus qui les avoient soustenuz furent deceus; et cil qui avoient mis esperance en eus furent deffraudeis de leur espoir.
Le um chapitre. De la mort de Blanche royne, et de l'alosement Kalles, conte d’Angiers. | y 8
Et un pou de temps aprés, c'est assavoir I'an mil. cc. tm’, quant les 1 contes Alfons et Kalles furent retournés des parties d’outremer, Blanche royne, mére diceulz, qui estoit a Paris, rendi a nature le tréu de mort; et eslut sa sepulture en l'abbaie de Mal Bisson, qui estoit abbaie de nonnains que elle avoit fondée delez Pontoise’. De laquele Alfons et Kalles, contes, avec grant multitude de barons greigneurs, pristrent le corps, et le portérent a l'eglise Saint Denis; et mistrent la biére el milicu du cuer de leglise; et fu toute la nuit veillie illec 4 grant lumi- naire. Et au matin, le couvent celebra loffice des mors et la sollempnité des messes honnourablement. Et donc il repristrent arri¢re la biére, et la portérent les devans° diz barons jusques a cele abbaie, qui est loing de Saint Denis a xu mille; et Ja mistrent a en sa sepulture si honnorablement comme il appartint.
t° donc pour ce que Lois, premier et ainsné filz, et Phelippe*, son frére, qui regut puis le royaume, que le pére avoit laissez en la garde de Blanche, sa mere, n’estoient encore pas convenables en ce temps a soustenir le gouvernement du royaume, le gouvernement du royaume vint en la main de Alphons et de Kalle quant a temps.
Et’ adonc jusques a celi temps, il n’estoit encore point de renommée de la cheva- lerie nedu courage de Kalles, conte d'Angiers; més pour ce que la lumiere estoit atapie souz le moueul *, et pour ce que il ne li appartenoit pas mesmement aussi comme a celi qui estoit mis souz la garde de sa mére, a hanter chevalerie el temps de sa ge- nesce. Mes aprés ce, quant il fu el jugement de sa propre volenté, il eslut plus a hanter chevalerie que il ne fist demourer a l’ostel sanz gloire et estre yuit de toute renommeée. Kt adonc commenga il a hanter l'usage du tournoiement et des armes souvent, si que par la chevalerie, que il portoit en son grant courage et en son cuer, fu demoustrée en pou de temps et approuvée par dehors par sa force; et son nom fu renommeé honnourablement, et non pas tant seulement en France, més entre les diverses nations des pueples, et non pas sanz deserte.
Le un chapitre. Du contens de la contesse de Flandres et de Jehan, son filz, et comment elle donna la conté 4 Kalles de Anjou.
En° celi temps, fu meu grant descort entre la contesse de Flandres et Johan, son filz, conte de Henaut, pour la conté de Henaut; quer celi Johan vouloit pour- seoir la conté tant comme seue propre, et la contesse li deffendoit et disoit au contraire que il ne le devoit pas fére, si comme elle disoit, [ne] tant comme elle
vivoit entrer en la possession de sa conté. Et le descort crut tant entre la mére et
' Bois de lance. * On retrouve plus loin devans pour devant. ? Ms. cen. * Voy. t. XX, p. 355 b. c. C'est en 1252 que mourut Blanche de Castille. ( Voyez ’ Alinda omis par G. de Nanqis. t. XXI, p. 576 f, n. 3.) * Boisseau, de modiolus ow de muiolus; il faut peut- * Voy. t. XX, p. 384 aet 555 b. Les détails qui sui- étre lire moiieul.
vent manquent dans G de Nangis ' Voy. t. XX, p. 955 d
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TRADUITE PAR JEAN DU VIGNAY. 11 le filz, que le filz s'appareilloit approprier a-soy par fait d’armes te droit que il disoit estre sien. Et la mére semblablement proposoit reprendre sa force par force d'armes; car il ne la vouloit pas tant seulement jeter hors de la conté de Henaut, més la vouloit du tout desheriter et essillier de la conté de Flandres. Et donc la contesse apella en son aide Kalles, conte d’Anjou, et le mist en possession de la conté* de Henaut et li donna du tout en tout, par tel convenant que il retien- droit a li perpetuelment la conté de Henaut, et que il la garderoit et deffendroit bien et em pais el droit de la conte de Flandres, que ele pourseoit et avoit porsis jusques a ore, ou la feroit garder par l'auctorité et la poissance royal.
Et' done la conté ainsi receue, le conte Kalles envoia a Vallencenes, qui est la plus noble cité et le souverain siége de Henaut, c'est assavoir grant garnisons de chevaliers; et y envoia Hue de Baugay, capitaine, lequel prist et saisi l'entrée des portes et la forteresse contre la volenté de ceulz de la ville, qui li estoient con- traires. Entretant le conte Kalle, du congié royal, assembla grant effors de Fran- cois, qui furent estimés, si comme nous oimes, a 1 mille hommes d’armes; et entra poissanment en la conté de Henaut, et asseja moult de forteresces, et au desrenier les prist il en sa subjection. Més Jehan de Henaut, filz de la contesse, ne se reposa pas entretant; quer comme il estoit de noble parenté et né de haut sanc, tant de ceus d’Alemengne comme de France, il assembla avec li grant host au contraire; desquelz Houlequin de Horlande estoit aussi comme capitaine, qui avant ce ayoit
: esté couronné roy d’Alemengne. Et si comme il furent venuz devant Valencenes,
Hue de Baucai, capitaine pour le conte, Pierres de Blemu?, et aucuns autres ou- vrirent les portes par leur fole hardiesce pour faire assaut aus autres, et issirent. Et se combatirent aucun pou devant les portes; et quant il virent le peril qui leur povoit avenir, si se retraitrent arriere a force dedens Ia ville. Et wt de lost des
* anemis, qui avoit nom Stradiot, trespassa a force parmi eulz par sa fole hardiesce,
et escrioit tant comme il poyoit je ne say quel baniere, et entra jusques és portes de la forteresce; més tantost les portes couleices chairent de haut, si que il fu retenu dedens. j
Et* quant le conte Kalles congnut la chose par novelles que si grant ost estoit assemblé contre li et estoit ja venu devant Valencenes, si se doubta aucun pou de ces cheyaliers que il avoit” envoiez 1a a la deffense de la ville, et mesmement pour la traison des bourjois, que il doubtoit pour ce que il li estoient contraires. Et pour ce leur enyoia il en aide Loys, conte de Vandome, homme noble en armes, avec aucunes autres baniéres que i! portoient avec euls. Etsi comme il commenciérent 4 aprochier la ville, il firent desploier leur baniéres que il portoient avec eulz, pour ce que les contes de leur partie qui estoient 1a en garnison, les apperceussent et avissassent par les signes des armes, et que entretant il ouvrissent les portes. Et ainsi les portes furent ouvertes, et il entrérent yoiant leur anemis; quar les ane- mis ne se povoient combatre avec euls pour l'eaue du flueve d’Escaut*, qui couroit el milieu d’eulz. Et entretant le conte Kalles estoit devant un chastel quia nom Mons, et estoit a siége avec son ost; et assailloit forment une tour, et la deboutoit souvent par les coups des perriéres.
Et® done Houlequin de Horlande, roy d’Alemaigne, Henri conte de Lucemboure et autres princes de lost des anemis, pour ce que selon la maniére de la gent de celi pais ne povoient pas longuement amenistrer viandes et gages a leur host, si eslurent pour le miex ou a tantost se combatre ou a partir sen tantost; quar quant viande et despens leur failloit, il n'i povoient plus demourer. Et pour ce mandé- rent il au conte Kalles certain jour de bataille; et le conte, tant comme a li estoit, leur ottroia agreablement. Toute foiz, si comme il appartenoit, il out conseil avec
_ ses barons, desquelz les ereigneurs et les plus poissans appartenoient a Jehan de
Henaut par aflinité de lignage, et trouva autre chose en leur conseil; quer il sous- tenoient la partie de Jehan couvertement. Et toutefoiz au derrenier, il donnérent Voy. >.>. 9 )- 555 d. — 556 a Voy.t. XX p- 5D6 a.
* Ce surnom pourrail éire tire de Blenur pres Biscop ‘ Ms. decauci; Guill. de Nanqis ultra Scaldum canton d Ecouen ( Seine-et-Oise Voy. t. AX. p. 956 a. b
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19d d.
* fol. 196.
* 196 b.
© Arnoul IL
12 CHRONIQUE DE PRIMAT,
conseil au conte Kalles, qui forment convoitoit la bataille, que tréves fussent pri-
ses d'une partie et d’autre sus esperance de pais, et que chascun eust son droit sauf en toutes choses, si tant d’occisions de gent, tant de meschiés de batailles fussent eschivées par le conseil* des bons. Laquel chose fu faite, més ce ne fu pas toute- voies du gré du conte; més il li convenoit ainsi faire pour ce que il sentoit que les greigneurs de son host, si comme le conte de Blois, le conte de Saint Pol, le sire de Couci et pluseurs autres, qui amoient Johan de Henaut comme leur cousin, si chanceloient en son conseil.
Et' done quant les tréves furent données, et l'un et l'autre host se departoit; més les anemis, comme ravisseurs plains de mauvése foy, par aventure contrains par force de necessité, et contre le droit des tréves, ravirent aucuns sommiers qui estoient loing de lost; laquel chose leur fu plus a reprenche® de larrecin que a loenge, si comme il fu jugié de touz.
Et* donc aprés ce, quant le filz de pais et de concorde Lois, roy de France, fu retorné en son royaume des parties d’outremer, et les tréves duroient encore, si ordena la pais entre les parties en tel maniére que Kalles, vousist ou non, restabli a la contesse sa conté de Henaut, laquelle il tenoit j4 pour grant partie comme seue. Et ainsi celi filz de pais noua ensemble la mére et le filz par le lien de pais, etaffina
les perilz de cele guerre. Le v° chapitre. Des aventures de celi temps, et comment cele contesse ala en Horlande.
Enyiron ce temps, qui fu l'an de Nostre Seigneur mil cc. Lv ‘, fu grant cheti- voison et maleureuse, et reprouche perpetuel és parties de Horlande, tant du pueple de la chevalerie de Flandres comme des communes. Laquel chose fu aus anemis gloire sans loange, car il orent victoire par subtilleté et par malice plus que autre- ment. Quer la contesse de Flandres apparilla grant navire contre Florent, prince de Horlande, tant que elle fu veue couvrir la mer aussi comme toute de ses nés; es- queles len portoit pueple sanz nombre, tant de la chevalerie de Flandres comme des communes. Et si comme il s'applicassent a descendre en la terre des anemis, il ne s'assemblérent pas ensemble a un port, mais estoit une neif loing separée de l’au- tre, Laquel chose fu a eus meisme maticre de leur perte, et as anemis avantage de les decevoir. Et les anemis, qui n'avoient que v.c chevaliers contre si grant cheva- lerie et multitude de pueple et de communes, virent bien que il ne povoient en nulle maniére soulfire a soustenir la chevalerie du conte de Guygnes*, qui venoit és premieres neis. Et donc furent mis en desespoir, tant que l'un d’euls, qui estoit sage du mestier de la mer et estoit grant parlier, entra en une nacéle pour donner pouour aus anemis, et vint jusques a la nef du conte. Et donc l'apela de sa nacéle, et dist que il 'amoit moult pour ce mesmement que il liavoit donné de ses ° deniers pluseurs foiz quant il estoit venu au tornoy en France; et que se il ne prenoit tant conseil en li et de sa gent, il ne pourroit en nulle maniére eschiver que il ne [ust tantost occis ou pris des anemis. Quer, si comme il disoit, les anemis (que il racon-
toit celi et cel autre, qui n’i estoient pas) estoient la 4 grant multitude de genz ar- .
més, leur courroient sus, si comme il istroient des neis. Et le conte, qui estoit simple dés son enfance, crut les parolles fallacieuses d’iceli, et fu espuante, je ne sai par quel pouour; si li rendi laidement s'espée. Et les bons chevaliers esleus en armes qui estoient avec li, si li contredisoient et l'en blasmoient; et disoient que cestoit grant honte a li et reprouche a touz jours, que li armé, et qui avoit si bone chevalerie avec soi, rendoit s'espée a un chevalier mescongneu et tout desarmé. Et toutefoiz il acompli la volenté que il avoit conceue une foiz, et rendi s'eSpeée a ce chevalier; et touz les autres aussi rendirent leur espées. Et donc celi, par bataille
1 ’ . ’ r . . . ’ ‘ > , . Alinéa omis par G. de Nanyis. taille de Walcheren. Primat prétend qu'on ne s'est point
*~ Reproche; i y a d'autres exemples de reprenche. battu, et qu'il a suffi d'une ruse de querre pour décider du * Voy. t. XX, p. 555 b. sort des Flamands. Mais son récit s‘applique plus vraisem * G. de Nangis, dont le récit n'a d’ailleurs pas de rapport —_blablement @ des pourparlers qui purent avoir liea quand avec celui de Primat, date aussi de 1255 cette expédition , leur perte avait déja été décidée par le sort des armes. qui eut lew en.1253, ct se termina le 4 jaillet par la ba * Ms. ces ,
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TRADUITE PAR JEAN DU VIGNAY. 13 a de langue et non pas de glaive, out tout seul la victoire du conte et de toute cele noble cheveliais. Et ainsi cele petitesce des anemis printrent les despoilles, et en- menérent ceuls enchetivés en liens. Et quant ce fu fait, celi chevalier qui avoit deceu le conte avec mout d'autres armés, entra en sa naif, et se hasta d'aler en la nef au conte du Bar, et l'apella b orgueilleusement plus* que il ne souloit 4 haute voiz, et dist que li et touz ceuls qui avec li estoient rendissent leur espées comme le conte de Guygnes avoit fait, ou que il mourroient tantost tretouz a glaives. Més il ne crurent pas tantost a celi grant parler, més sappareillérent a “dellendee. jusques a tant que il virent venir les anemis, et que il sorent que le conte de Guygnes sestoit rendu a ses c¢ anemis, li et sa bonne chevalerie. Et donc ore a primes furent il mis en souverain desespoir, et se rendirent enchetivés comime les autres. Et 1a avec le conte du Bar furent pris aucuns chevaliers de France, si comme Herart de Valeri et autres, desquelz le‘nom et la chevalerie estoit renommée, que cele maleurée fortune mena en chetivoison avec les autres. Et quant ceulz ci et les 11 premieres neis furent
D mises en leur seigneurie, les anemis orent plus legiérement victoire des autres
en semblable maniére. Et 1a fu si grant subjection d’enchetivés, et de nobles et de pietons, que se aticun povoit desclarier la verité du nombre, quiconques I’or- roit dire seroit tout esbahi. Et entretant vindrent aucuns hasene de Alemaingne et de Frise’, et des autres regions prouchaines; et non pas tant seulement pour gE faire aide au prince de Horlande, més pour esperance de gaeng. Et quant il oirent que cil de Flandres s'estoient appliqués avec tant de neis és prochains ri- vages, si ravirent touz les prisons deyers eulz, nobles et non nobles. Et 1a fu le conte du Bar pris, li contes de Cleves, Herart de Valeri, lesquelz furent moult longuement tenuz en liens; et toutefoiz au desrenier issirent il de cele prison par F pris de reencon.
Le vi‘ chapitre. Comment Kalles fu seigneur de Marceille, et comment il se rebelliérent contre li.
Environ ce temps”, Kalles, conte d’Anjou, tenoit la seigneurie de Marceille la cite; et estoient ses gens et ofliciers dedens el nom de li comme de leur seigneur. ; Et tant que les bourjois de cele cité, qui’ estoit trés plenteureuse et les bourjois trés riches, virent, si comme il leur estoit avis, que il estoient forment grevés de ceuls qui les gouvernoient el nom du conte Kalles; et pour ce que il n’avoient avant acoustumé en nulle maniére a estre grevés des autres contes de Prouvence ancei- seurs de celi conte, si se revelérent contre li et se voudrent metre hors de sa sei- gneurie, el pristrent et tuérent et mistrent hors les gens de celi seigneur, et firent mout d'autres pluseurs choses qui’ tournérent el prejudice de li. Et done quant le roy de France Loys, son fréere, fu venu d’outremer, le conte Kalles, conforté et soustenu par l'aide des Francois, assambla grant host et sen ala a Marceille, et asseja la ville et assailli par.mout de fois, et fu illec aucun pou de temps logié devant la ville, li et son host. Et cil de la ville. par le grant orgueil et la trés grant richesce d'euls, se deffendirent tant comme il pourent; quer il doubtoient forment revenir en sa subjection. Et toutefoiz, non contraitant la deffense ne la richesce Wiceulz, le conte Kalles fist tant en brief temps que il afama la dite cité. ; Et done quant les bourjois virent que il ne se povoient plus tenir, il envoiérent K mesage au conte Kalles que il les youlsist recevoir 4 merci, sanz ce que nul de Tost de|s] nos peust say oir que il fussent afamés en la ville; nnemens pour ce que il doubtoient que il n’en eussent aucuns recois ou conduis par lesquiex il povoient louz jours avoir aucuns secours par l’eaue. Et pour la cause de ce, les recut plus
' Guillaume de Nangis fait venir ici avec ies Frisons le seillais dans sa Chronique , l'une en 1257 (t. XX p. 557),
comle de Guines , qu'il a nommé anparavant parmi les vain- l'autre en 1262 (p. 55y a.b.). Dans la Vie de saint Louis, cus (t. XX, p- 556 e), ef qui fut en effet au nombre des au contraire , il place a Van 1257 (p- 410 a.b.e.) son récu salemadiane de 1262.
Guillaume de Nangis distingue deux révoltes des Mar- * Ms. qu'il.
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* fol. 197
* 197 b.
14 CHRONIQUE DE PRIMAT,
tost le conte en sa merci; et donc vindrent a li touz ceulz de la cité en lost du conte, A
devant sa tente, touz desarmés. Et pour la traison que il avoient faite de tuer ses genz et occire, il fist cerchier la ville toute, que il n’eust' fait aucune traison ou aguet pour li decevoir; que il estoit prince subtil et avisé en ses fais. Et donc apres sen entra en la ville et la mist du tout en sa* subjection et en sa seigneurie, si comme il li plot 3 4 ordener. Et pour ce que il se douloient du grief, | si comme il disoient, qui leur’ avoit esté fait par ses officiers, il enquist deuement de la cause, tant par ceulz de la ville comme par les marcheans et ceulz de dehors qui hantoient la ville, comme par aucun des siens qui s’en estoient fuis et trestornés el temps que ceulz de la ville avoient occis les autres. Et donc la verité du fait seue, il puni cil qui estoient a punir, et en tel maniére que la puni- tion d'iceuls fu tenue des autres pour essample; et donc sen parti avec son host, et la ville remaint en sa subjection et seigneurie.
Le yu chapitre. Comme le roy Loys demoura outremer et fist reparier pluseurs cités.
Tant* comme ces choses et pluseurs autres fussent demenées “, lesqueles se- roient longues 4 meitre ici, le roy Loys, homme trés crestien et noble en toute honnesté de bonnes meurs, demoura el royaume de Jerusalem; quer il ne vou- loit pas la Terre sainte, qui estoit en mout grant desconfort, lessier sans capitaine entre les anemis de la croiz, si que iceulz eslevez par si grans aventures sous-
meissent les cités (qui estoient ja mises a si grant force a la loy de Dieu) de rechief
4 leur subjection, et ne boutassent hors du tout en tout les crestiens de la Terre de promission. Et pour ce despendi il 4 bien pou v années du temps puis que il fu delivré, c'est assavoir en Acre et és forteresces que la crestienté poursoioit, avant que il proposast rapasser outre en la terre de sa nativité. Més en ces v ans il ne menja pas son pain oisicus, més fist appareillier la cité d'Acre et le chastel qui est dit Cayphas, c'est assavoir les tours qui estoient trebuchiées; ct fist aussi re- parer 11 autres cités de murs et de tours a ses propres despens : ce furent les cités de Japheth, de Cesarée et de Syndonie; et les renfor¢a trés forment pour soustenir les assaus des anemis.
Pour’ laquel chose les princes’ des Sarrasins se merveilloient trés forment, et ne cuidoient pas que le plus puissant prince de tout le monde peust souffire a faire tant de despens, aprés les soudées de si grant host, et aprés ce que il avoit perdu tant de garnisons et paié sa reempcon : et faisoit a forcible povoir caindre les cités de nouveaus murs entre ses anemis, et reparer les autres fautes et trebu- cheures des autres cités a ses° propres cous et despens. Et donc pluseurs admiraus se merveilloient du grant courage de son cuer et de la fermeté de li, et li portoient bone volenté en tant comme i) li plaisoit 4 euls recevoir, si comme les mescreans sentreportent compaignic par entrechangables amitiés’. Et donc pluseurs d’iceuls (aussi comme environ v. ¢) delessiérent ‘aslo puante loy de Mahommeth et s'en acourirent 4 li. Et il avoient esté premi¢rement entroduis des fréres Preescheurs
et des fréres Meneurs, et entroduis en l'ensaignement de la foy; et apres ce .
il furent renovelés par le saint baptesme de salu en Jhesu Crist. Ne il n ‘aparoit pas que ceste chose il feissent adonc sous ® fainte simulation; car ils firent leur capitaine d'un qui estoit crestien dés senfance, et faisoient fous meisme une propre bataille contre les Sarrasins, et se metoient parmi les voies encontre les perilz diceuls, et froissoient les premiers ct villes et mesons, et enhardissoient les nos a faire aussi; et, au retour, il soustenoient les derreniers forciblement les assaus des Sarrasins.
Kt adone quant ces choses orent esté faites et l’estat de la Terre sainte fu resta-
' Ll faudrait plutét que il n’eussent. Le traducteur n'a pas saisi le sens du texte latin (t. XX,
* Ms. leuer. p- 384 d) qui signifie : et en tant comme il li plaisoit Voyez t. XX, p. 384 b. c. a euls recevoir, euls mescréans, s‘attachoient a lui par * Ms. demees. mutuelles amitiés. La fin de l'alinéa manque dans Guil- Voy. t. XX, p. 386. d laume de Nangis. Ms. ces * Ms. sans.
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FRADUITE PAR JEAN DU VIGNAY. 15 a bli le miex que il pout, le roy establi pour gouvernecur ‘en la Terre sainte dedans la cité d’Acre, c'est assavoir noble homme sage et loial et.preus en armes Gyefroi de Sargines®, gouverneur de touz, en seamen que touz obéissent a li pour le profit commun. Et celi, tant comme il fu en vie, fist assez loablement la chose. Adone® le roy appareilla son navire, et commenda les bons crestiens a Dieu, ceuls qui demouroient el royaume de Syrie; et monta en sa neif pour retorner® en France. Et donc les velles mises au vent, il se parti du port d’Acre, et ainsi navigant par mer vint devant I'ylle de Cypre, et la fu il en peril de mort; quer la neif courant de grant force a plain trefs par la mer, frotta 4 une roche qui es- toit couverte en la mer, si que elle croissi : laquelle chose est le souverain peril a ; neif courant par mer. Et toutefoiz Dieu le garda et sauva la neif; qu’ele ne fu pas froisie , més passa outre tant que elle vint prés dune ylle qui est appelée Pente- nalle‘; et aprés passa par devant 1 roches dont l'une est appelée Thorel et l'autre Vache, lesqueles apperissoient de bien loing, et sont ainsi appelées pour ce que il representent la fourme de telz bestes 4 ceus qui nagent par la mer et les voient de loing. Et de la vindrent a nage en une autre ylle qui est appelée la Lampieuse °; et la furent detenus pour pouour de tempeste, et descendirent leur voilles par le conseil des mariniers. Et donc le roy commanda a ancrer les neis pres de cele ylle, et descendirent en cele ylle; et ni pourent trouver nulle chose qui leur fust necessaire , fors connins et eaue fresche. Et de la orent temps assez soue! et paisible, £ et nagiérent au conduit de Dieu jusquez au port qui est appelé d’Ahives® en la terre de Prouvence. Et donc issirent des perilz de la mer, esquelz il avoient de- mouré environ XI semaines, et mistrent hors les chevaus et les autres choses, et vindrent chevauchant | jusques 4 Beaucaire. Et donc le roy de France trespassa les contrées des Gothes’, et s'en vinten France. Et apres ce, le plus tost que il pout, v il visita, li et ses corypaignons, saint Denis son patron mout humblement; et li rendi grace de tout, et tonnora de mout beaus dons de paremens de soie.
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Le vin’ chapitre. Comment le roy fist appeler le sire de Couci devant [li] pour les enfans qu'il avoit fait pendre ».
Pluseurs ceuvres de pitie que il fist demoustrércnt au monde que il fu apres; car dés les commencemens de son enfance > jusques au temps de son pelerinage, nourriseur de honnesté, garda innocence et justice; et apres cc que il fu re- tourné, il se estudia 4 garder et honnorer les de toute sa diligence. Et ceste chose apparut bien el fait de Enguerren de Couci; car comme il fust homme (le si noble parage que touz les s plus naliles princes du royaume li appartenoient par lignage, et encore peut il a paine faire tant en la fin que il rachetast sa vie par Renae tay sa monnoie as povres, pour ce que il avoit forfait en la mort des enfans que il avoil fait pendre. Quer’ m1 nobles enfans de Flandres estoient en l'abbaie de Saint Nicholas du Bois, qui ayoient este la envoiés pour apr endre le langage de France; lesquiex, si comme il s'aloient esbatant et jouant, et (si comme aucuns racontent) en traiant de leurs ars et de leurs saiettes aus connins parmi les bois au sire de Couci, si que les forestiers les trouverent et les prinstrent; et quant il les orent mené en prison, les serjans raporterent au seigneur ce que il avoient fait. Et le seigneur tantost, sanz congnoistre la cause ne l’aage, donna estordie- ment sentence que il fusset* pendus, et les fist pendre. Entre ces choses l'abbé de
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k Saint Nicholas, en qui garde il estoient avant enyoiez, ct Giles le Brun, conestable
' Voy. t. XX, p. 386 e. cette legon tient a la fois du latin Arew et du francais * Ms. Sargince. Hyeres. Voy. t. XX, p. 388 a. b.c. Guillaume de Nangis com- ” C'est-a-dire le Languedoc ; dans le texte latin, Gotho- bine ici le texte de Primat avec celui de G. de Beaulieu. rum finibus peragratis. * Pentellaria ou Pantalarée; ms. Pencevalle; Joinville , * Le méme fait est raconté par le Confesseur de la reine Pantennelée. Le (cate difjére encore ici de G. de Nangis. Varquerite (t. XX, p. 113 e); mais le récit de Primat * La flotte avait relaché a Lampedouse d’abord, puis a s‘aecorde surtout avec celui de Guillaume de Nangis.(T.XX Pantalarée. p. 398 ¢ — foo a.) On pourrait également lire da Hires ou Dahires ; c'est C'est ict que commence lemprant de Guillaume de
iusst la lecon de Guillaume de Nangis (t. XX. p. 388 d) Vangis.
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i6 CHRONIQUE DE PRIMAT,
de I rance, duquel lignage len disoit que un des enfans estoit, apporterent trés
crucusement et 4 grant. instance la complainte au roy. Et adonce le roy fist apeler pour ceste chose le sire de Couci 4 court pour respondre sus le cas de si grant fe- lonnie. Lequel venu en la presence du roy dist que il ne devoit pas estre contraint 4 respondre, més devoit estre jugié selonc coustume par les pers de France com baron. Més pour ce que il fut prouvé contre li, par les fais ja en avant qui avoient esté fais de la court, que la terre de Boves' et de Gournay , qui avoit esté depecie,
par partie de fréres, emportoit la seigneurie de la baronnie, et donc le negoce pendant en tel estat, le [roi] fist prendre le seigneur de Couci, et non pas par* les pers ne par les chevaliers, més par les vallés de la sale; et fist mener au Louvre en prison et le fist 1a garder, et li establi jour quant touz les barons du royaume y seroient.
Et done fist assembler touz les barons, et quant il furent assemblez, il fist ame- ner le seigneur de Couci el milieu de touz; et dont le contraint le roy a respondre sus le devant dit cas. Et donc par la volenté du roy il assembla a son conseil touz les barons de son lignage; et donc out 1a si grant noblesce du lignage de li que le roy demoura a bien pou tout seul fors que de son conseil; quer adonc le roy ne congnoissoit que il en y eust tant qui fussent de la suite de son parente. Et ce estoit festente du roy de } jugier juste jugement sanz flechir, si que il fust puni d’autel poine et condempné 4 mort semblable. Et donc fu a grant poine ordené avec le roy, par les proiei es et requeste des barons, que il sacheterolt sa vie de x cenz mille livres” ou environ; et que il feroit fere n chapelles pour les ames des enfans, ot len celebreroit touz jours més. Més celi vrai ami et cultiveur de droiture, c'est assavoir Loys roy de France, si ne mist pas cele monnoie en ses* tresors, més de- parti tout és ceuvres de pitie; quer de ccle peccune il acrut les rentes de la meson Dieu de Pontoise, et en fist faire les escoles et le dortoer des Jacopins; et en fist l'eglise des fréres Meneurs a Paris, et l'acompli toute dés les fondemens tout en- lie panes. Et ceste chose fu grant essample de justice a autres roys, que cil qui estoit nez de si trés nobles lignages, qui estoit accusé aussi comme de povres' et simples genz de tel felonnie entre les siens si nobles, qui pout a grant paine trouver reméde de sa vie devant celi ami et cultiveur de droiture.
Le ix° chapitre. Comment le roy Henri d’Engleterre vint en France, li et le conte de Glocestre ; et comment li roy li lessa la terre de Pierregort sus certaine condicion °.
En lan mil et cc. Lox, le roy Henry d'Engleterre vint en France, et amena avec li le conte de Glocestre et mout d'autres barons et des nobles hommes de son royaume. Lequel le roy’ Loys recut mout honnorablement, et le fist hosteler a Paris en son propre palais, et amenistra tres largement a li et a ses gens. Et apres ce, celi roy d'Engleterre ala a Saint Denis en France pour visiter l'eglise et les re- liques, et fu honnorablement receu du couvent de Teglise, tout revestu en chape de soye. Et donc demoura la un moys tout continué et plus, et donna au couvent
une coupe dor et un henap de trés grand poys; et avant que il se departist de .
la, il fist espouser sa fille 4 Jehan, filz du conte de Bretaigne. Et Loys, roy de France, le visita la pluseurs foiz; més pour ce que conscience reprenoit le debonnaire roy de France Lois de la terre de Normendie, que le roy Phelippe, son aieul, avoil os- tée (et par droit) au roy Johan dEngleterre, qui estoit dit Johan sans Terre, et avoit esté pere de celi Henri, si hi donna une terre qui est apelée Pierregort es contrées de Gascongne; et la donna 4 li et a ses hoirs, sus tel condition que toute la Gascongne, avec cele terre, d’ore en avant seroit tenue des roys de France en fieu, et len feroit hommage; car avant la terre de Gascongne ne mouyoit pas des
' Ms. Bones; i faut lire Boves, canton de Sains ~ douze mille livres. ( Voy. notre t. XXII, p. 747 g, 0 15.) Somme). * Ms. ces.
* Ou plutét dix mille livres, comme le dit G. de Nan- * Ms. poines. gis. Enquerrand IV de Couci fut, en outre , condamné a passer * Voy. t. XX, p. 410 e.
trois ans en Terre sainte, et il n'en fut dispensé qu’en payant * Donna manque dans le ms.
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17
TRADUITE PAR JEAN DU VIGNAY.
A roys de France ne de leur régne. Et avec tout ce il fu ainsi ordené que pour cele
terre que le roy li avoit deunnte en l'ommage que il li avoit fait de Gascongne, il
seroit mis el royaume de France el conte des barons, et d’ore en avant seroit apelé
. Et ainssi fu fait et fu confermé en la presence des barons, par l'auctorité de
i et de l'autre roy. Et quant ce fu parfait, le roy de France honnora le roy
B d'Engleterre et les siens de beaux dons roiaus; et donc sen allérent en leur
propres liex. Més avant que le roy d’Engleterre se partist de Saint Denis, il avint
que Loys, filz premier né du roy de France, fu mort a Paris; duquel le corps fu
mis en sepulture en l'abbaie de Royalmont par le commandement du pére; et fu
orté la premiere nuit a l'eglise de Saint Denis; et !endemain au matin, celi roy
c d'Engleterre Henri, avec les premiers et les plus nobles du royaume de France et d’Engleterre, le portérent une partie de la voie sur leur propres espaules.
Le x° chapitre. Du contens du roy d’Engleterre et du conte Symon de Montfort pour une constitution que il firent'.
En celi temps ou environ, estoit en Engleterre (mes il n’en estoit pas ne, mes p estoit du lignage de France), c'est assavoir homme noble en lignage et en armes, et sage et We en l'escience des armes, Simon de Mont-Fort, fils i noble henenie Symon conte de Mont-Fort le viel, eunied tres crestien et semblablement noble el fait des armes, lequel pére, en combatant soi contre la mauvestié des heréges d’Albigois, fu mort el siege de Thoulouse du coup d'un mangonnel; et si comme l'en croit, il trespassa 4 Dieu aussi comme martyr. Et celi Symon, son filz, pour- seoit la conté de Lencestre par droit de heritage, et avoit espousé la suer de Henri, roy d'Engleterre, et en avait v nobles filz et une fille, c’estoit Henri, Symon, Ri- chard, Guy et Almauri. Et donc avint que le roy, les barons et les prelaz sestoient consentu [ensemble a une constitution pour le profit]* du commun, si comme il ‘ disoient, et la confermérent par force de leur seremens. Et quant celi Symon fu contraint par son serement a la conlermer, il respondi a touz que se il la juroit, que que les autres feissent, il n’enfroisseroit” point d’ore en avant son serement en nulle menniére. Laquel chose ainsi faite, celi roy, les barons et les prelas d'un com- mun acort anientérent celi serement et ladite constitution du tout en tout, ct en contraignoient ledit Symon a faire aussi. Mes si comme il avoit avant dit, garda sans corrumpre la dignité de son serement; et ceste chose fu la premiére mocion et le commencement de la guerre et de la discention dentre euls. Et donc le roy et Hedeusht. filz de celi, assembla (li et les barons) pour ceste cause leur host contre lh; et li adonc, et le conte de Glocestre, qui en ce temps se tenoit avec li, et les bourjois de Londres la cite, yindrent de l'autre part encontre, delés une abbaie qui est appelée Lyaus; et se combati avec euls, et les departi a son profit. Et entretant [le roi, lui et son fils|* Hodoualt, s'enfui de la bataille et se transporta en ladite abbaie; més Symon apres ce" les recut en sa subjection, et leur fist une reverence’ comme a ses seigneurs; més toutefois les mist il en prison enchetivés honnorablement. Et pour ceste cause Loys, roy de France, de bone volenté* et par debonnaire courage convoitant or dener la® pais entre euls, apella ledit Symon au pallement a Boulongne sus la mer; et quant le roy vit et consi- dera que il ne le povoit flechir de son propos, ii l'en lessa aler sanz faire riens de celi negoce, et il sen retorna a ses propres liex.. Et done quant il fu retourné en kK E ngleterre, il fu conforté de la faveur du pueple, et prist villes et forteresces, et thy acort et aliance avec le conte de Glocestre si que il traiteroient ensamble du negoce du royaume, et gouverneroient loyaument le pueple et le commun profit et estat du roy, et garderoient le profit du royaume’. Més toutefoiz il se descor-
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' Voy. t. XX, p. Aide. ' Ms. apres sen.
* Ce passage est complete dapres le texte latin, unani- * Le sens eaigerat, leur montra quelque réverence miter consentirent in quamdam constitutionem ad uli- (quamdam reverentiam exhibens). (T. XX, p. 414 e.) litatem reipublice. (T. XX, p. 414 d.) “ Ms. le.
* Ce passage est aussi complété dapres le texte latin. * Plas exactement : et garderaient fidelement l'état (T. XX, p. 414 e.) pour le profit du roi et du royaume. (T. XX, p. 416.) TOME XXII. 3
* 198 ¢.
* enfreindrait.
198 d.
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* fol. 199.
199 b.
18 CHRONIQUE DE PRIMAT,
dérent 4 donner hostages de ces conyenans; et entretant le conte de Glocestre 4
machina et se subtilla en son cuer contre le conte Symon, et mist hors Hodoualt, qui estoit encore tenu en prison ayec son pére; et fu par Vineleté! d'un destrier que il li envoia par son couvert malice souz le non d'un autre, et ainsi l’osta de la prison du conte Symon.
Et ainsi s'ali¢rent ensemble le conte de Glocestre et Hodoualt, et requeillirent leur forces et esmurent leur effors contre le conte Symon. Et ceste chose ne pout estre teue 4 Symon’; et ledit Symon n‘ayoit pas adonc toute sa chevalerie avec li, quer il en ayoit baillié une partie a Symon, son filz, qui estoit loing de li, qui cou- roit par villes et par chastiaus, et entendoit A oiseveté et a la proie. Le filz fu de- ceu par espies la nuit devant que ledit Hodoualt se combatist avec son pére, et fu desrobé 4 bien pou de toutes ces choses; ne il ne sen fust point eschapé se il ne sen fust foui en un prochain chastel. Et donc, tant pour honte comme pour def- faute des choses qui li avoient esté ostées, il lessa 4 venir a son pére, et delessa son pére, qui ainsi l'atendoit et l'aide d'une partie de sa chevalerie, et estoit entre ses anemis. Et donc Hodoualt et le conte de Glocestre, qui sentirent que le pere n’ayoit point de secours de son filz, si conqueillirent tout leur effors et lasaillirent plus seurement. Et estoit leur entente d’oster d'entre ses mains le roy, que il demenoit encore avec li comme enchetivé, et apres d’occire le conte Symon comme mauvés prince (si comme il disoient*) gouvernant le roy et le royaume, més plus troublant iceli royaume par sa mortel traison; et de tuer le a glaive en signe de venjance, et de mener en Henri et Guy, ses filz, comme enchetivés’. Et Hodoualt conseilloit par sa sentence que il vouloit miex et looit que il fussent menés enchetivés que occis, si la sentence des autres si acordoit.
Et quant Symon, homme de grant courage, sout ceste chose, il issi hors 4 ba- taille contre eulz avec Henri et Guy, ses filz; més il ne sayoit encor pas le meschief qui estoit avenuz 4 Symon, son filz, més atendoit sa venue et se du tout forment* en son aide. Et quant il vit ne ne senti par mesages la venue de li, il vit ses anemis venir d’autre part a grant habondance de genz armés (et fremissoient trestouz pour la bataille), si dist 4 Henri, son filz, que pour verité il devoit en celi jour mourir en cele bataille. Et done le filz amonnesta le pére que il s'‘enfuist hors d'entre ses anemis et que il gardast sa vie, et li et les siens a l'aide de Dieu soustendroit les perilz de la bataille. Et done repondi le pére au filz : «Ja ce ne soit fait, moi qui «sui ja viel et ay passé mon temps et le cours de ma vie, et aproche a ma fin, et «lequel! la lignie de si noble sanc de tel parenté enlumine que ele n’acoustuma « onques fuir les perilz de bataille; mtés toy ten devroies miex aler de ceste peril- « leuse bataille, si que tu ne perisses en la fleur de ta jonesse®, més puisses succeder «a ton pére et a ton noble lignage, et soustenir fait d’armes el temps avenir. » Et ainsi l'un ne l'autre ne se vout partir de la bataille, et coururent ensemble les com- paignies armées de ¢a et de la. Més tout le fés de la bataille se tourna sus le conte
Symon; lequel par l'ancienne et subtille sagesce des armes se delfendoit aussi ,
comme un mur que l’en ne puet abatre; més il estoit avironné de la closture d'un pou des chevaliers de France par l'aide desquiex il estoit conforté : si que avant que il decheist, il defina par mout loable fin de chevalerie qui estoit en li de sa gennesse, et qui ayoit esté loial et a pluseurs® par bons commencemenz; et si ne fu pas sanz espandre du sanc de ses anemis.
Kt Henri, son filz, se forsenoit” d’autre part, qui soustenoit les 7 forsenés assaus de ses anemis, et les desconfisoit forciblement. Et en la parfin, par la vertu des anemis qui entour li estoient, il fu agravente a terre et pris; et fu occis des felon- nesses mains d’aucuns, entre les mains des autres qui le vouloient garder vif; et la mort duquel, si comme len dit, courca mout forment Hodoualt. Et done aba-
' On pourrait lire aussi Vineléce; mais on retrouve plus ‘ Le sens demande fioit plutét que forment (totaliter loin (chap. xviit) lisneleté. confidebat. (T. XX, p. 416 c.) * Le sens eaige, ne pout estre seue de Simon (quod * Ms. janesse. ignorans comes Simon). (T. XX, p. 416b.) * Le texte parait altéré ; il fandrait peut-élre qui avoit * Ou plutét de les tuer, comme le dit le texte latin esté connue a pluseurs. (T. XX, p. 416d.) (t. XX. p. 416 e), ce qui s'accorde avec la phrase suivante. ” Ms. ses.
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TRADUITE PAR JEAN DU VIGNAY. 19
a tirent Guy, le meneur de fréres, entre ceulz qui estoient' mort trebuchiez, aussi
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comme mort : lequel fu aprés ce trouvé et gari par la volenté de Dieu, et venja aprés ce la mort de son pére en aucunz des anemis. Et les anemis ayoient, par si trés grant rage, felonnesse haine contre le conte Symon, que puis que il l’orent estendu tout mort a terre, il ne leur souffist pas a depercier iceli par mout de plaies, més pour plus fére li de honte il li coupérent le membre, et li detren- chiérent piéce a piece, et le lessérent sanz teste. Et iceste bataille fu delés une ab- baie qui est appelée Evresem *; et les moines requeillirent le cors et les membres diceli, et ’'emporterent ensevelir en leur eglise; et si comme cil qui sont neis du pais l'afferment, mout de languereus ont receu grace de sancté au tombel de 'celi, qui approvent que Jhesu Crist prist son martire en gre.
Le xi° chapitre. Comment le soldan de Babiloine remist arriére Armenie* en sa subjection, et vainqui les Tartarins, et prist la cité d’Antioche’.
Il avint environ celi temps as crestiens des parties de Syrie une trés mauvése fortune, qui fu en l'an de l'incarnacion Nostre Seigneur mil cc. Lx. vir“. Quer le soldan de Babiloine Bondodar par non, qui estoit de grant posté et de si grant seigneurie que il ayoit acquis toute la princé d’Acre et Halape et de Damas, et de toutes les seigneuries des Sarrazins d‘Orient, lesquelles pluseurs soldens avoient tenu; et toute la seigneurie de ses terres avoit il acquises tant par traison comme par armes, et en estoit seul seigneur. Et pour [ce] estoit il enorgueilli pour la hau- tesce de si grant seigneurie, si que il entra poissanment avec pluseurs milliers d’ommes d’armes [en Armenie |”, laquel terre est souzmise a la loy des crestiens; et desroba cele terre et destruist les gens, et les vouloit sousmeitre? a sa seigneurie par tréu. Et le roy de cele region ne povoit pas souflrir la force de celi: més s’en- foui au roy des Tartarins, de qui il estoit ami, et li requist aide de ce que ce royaume estoit subjet a li par condition de tréu, que il li pleust a deflendre des assaus des Sarrazins; quer il y estoient ja entrés et le degastoient par force dost. Et le roy de meme s'estoit combatu as Tartarins par treible* bataille avant que il se meist en leur subjection; més en la parfin, quant il vit que il avoit esté 111 fois vaint, il fu fait tributaire a iceulx, li et son pueple, pour vivre en pais souz leur subjection. Kt donc aucuns princes des Tartarins se hastérent venir a bataille contre les Sarra- zins, et amenerent merveilleus host avec eulz; et ainsi a certaine jornée l'un et l'autre pueple des mescroians se combatirent ensamble. Més les gens des Tartarins leur cruauté leur nut 4, quer il estoient plus poissans et fors en nombre; et se il eussent fait plus attempréement® leur chose, il peussent avoir eu legi¢rement vic- toire de leur anemis. Quer ce meisme jour que il se combatirent, pour leur grant desir que il avoient de combatre il avoit chevauchié xxi mille et plus, dont les chevaus et les hommes estoient mains souffisans a bataille apres le travail de si grant volage, mesmement contre les Sarrazins, qui estoient frés et touz prés de combatre; si que il furent vaincus par grant occision. Et ceste chose fu pour la greigneur partie cause de leur destruction, quer deux parties de leur host qui es- toient venues plus tost que les autres, se combatirent en l’absence de l'autre.
Adone celi souldan, quant il out destruit les compaignies des Tartarins et out ramené (dont ce fu grant douleur) la Grant Armenie en la subjection de sa tres esconmenie seigneurie, si fu tant plus eslevé en hautesce, et se glorifia en son or- gueil pour la hautesce que cele mauvése fortune li out donnée, et de ce que il avoit eu victoire de tant de ces anemis. Pour laquele chose il converti toute l'entencion de son courage a destraindre le non de la crestienté, et A destruire du tout en tout les cités qui estoient sousmises as lois de la sainte crestienté. Si considera en soi meisme que le princé d’Antioche estoit la plus prochaine a la Grant Armenie, que il avoit sousmise a soi; et que cele trés noble cité d’Antioche estoit desolée de prince
' Ms. estoit. * Ms. mil ce. Lx. * Nous suppléons Armenie d’apres la table des chapitres. * Les mots en Armenie sont indispensables pour le sens Chapitre omis par G. de Nangis.
* Ms. et fors et en nombre se il..... attempeement.
”
oO.
* Evesham.
* 199 ¢ triple. * leur violence leur nuisit. * 199 d
' fol. 200.
” 1968.
© 200 b.
20 CHKRONIQUE DE PRIMAT,
et de deflense et de gouvernement, et que ele estoit mout apeticie de ses' forces anciennes. Si se commenga aviser en son courage comment il la pourroit prendre, ou par assaillir la soudement” ou par assegier icele, si que il peust meitre en ser- vitude le maleuré pueple d'icele et sous tréu. Et vraiement la cause de la destruc- tion de la cité et le deffaut du gouvernement si fu tel : quer Alexandre’ considera que le patriarche d’Antioche‘ estoit bouté hors de son propre siége, et hantoit la court de Romme és parties d’Y talie povre et essillié, si que il ne youloit pourveoir és despens sus les rentes de la cite, laquele cité adonc estoit gouvernée par les menistres du pape, qui entendoient a ravir les rentes de la cité que il recevoient, et 4 meitre 4 leur propres usages; si que la cité fu desconfortée et sanz deffense de prince, et trés povre de combatans pour li deflendre.
Kt donc le souldan de Babiloine, qui savoit bien le maleureus estat de cele cité, si manda mesages 4 ceulz qui estoient mesires de la ville et en avoient le gouver- nement, et leur menda aussi comme par paroles de commandement que la cité li feist tréu et tenist de li, en tel menniére que chascune personne de tout le pueple, de quelconque aage que il fust, li rendist un besant d’or de tréu chascun an. Més les devans diz collecteurs desdites rentes de la cité virent que se il estoit ainsi fait, les rentes que il requeilloient seroient du tout a force grandement amenuisi¢es, et que il ne pourroient pas faire tiex exactions et tiex contes* comme il avoient fait; si que il ne s'i voudrent consentir, et envoicrent les devans diz mesages au souldan leur seigneur touz vuis et escondis, si que il encoururent en lire et en l'indigna- cion de celi soldan. Et tantost ce soldan se eschaufa en si grant ire contre eulz que il assembla grans compaignies de Sarrazins sanz nombre*, comme celi qui estoit seigneur de tout Orient, et asseja dedens la dite cité ce maleureus pueple qui la estoit, et ordena gardes aus portes. Et ce meismes jour que il vint premiérement, ele fu prise par force; et par aventure fu ce par le secret jugement de Dieu; car avant que le solleil couchast, il entrérent dedens?. Et ce pout il faire assez legiére- ment, car il n'avoit dedens nul deffenseur qui se fussent mis aus deflenses des tours et des carniaus, et qui se fussent forciblement combatus contre les anemis. Car en tout le pueple de la cité, qui povoit bien estre estime a deux cens mille personnes, peusta poine estre trouvé mil hommes qui [fussent| suflisans a soi com- batre en armes, ne qui peussent contrarier a si grans compaignies de Sarrazins.
La! ce fu grant douleur; que langue ne pourroit raconter cele tres grant eflu- sion du sane crestien, ne le deluge de si grant effusion et destruction, ne le grant meschief que les lous ravissables firent el tort Nostre Seigneur. Quer les portes furent brisiées; et la force des anemis qui entrérent dedens, si trouvérent tout [le] pueple esbahi et desarmé, lequel pueple il occistrent, sacrefiérent, detrenchierent. Le pleur et le cri des hommes et des lames, de vielz et de jeunes, s'enforc¢a jusques aus estoilles et fu tres orrible. Et cil qui ce faisoient donnoient maleureus regart as regardans; quer les cuers des anemis ne pooient estre amoliés plus que roches
par nulle maniére de pitié. Et cele morte occision forsenoit és places, és anglez, és .
mesons el és caves de toute cele cité, sanz ces autres liex ob i s’estoient fuis par paour de mort, et sanz espargnier 4 homme et a fame ne pour aage ne pour clis- cretion, fors & ceulz et a celes que il gardoient pour eulz servir pour les diverses ceuvres que il faisoient de leur mains; et si espargnoient 4 aucuns ou pour estre mis perpetuelment en servitude ou en chartre. Et onques més tel cruauté ne fu faite el pueple des fames, auquel l’en devoit plus esparnier, se lieu de pardon peust* avoir esté trouvé; quer il les foudréoient aussi comme bestes sauvages. Et celles qui estoient grosses el tres prestes d’enfanter, et que il vouloient garder pour eulz, il contraingnoient monter sus les mules et sus les chamelz; et quant celes fames
demenées en douleur par le deboutement de crueles mains de ces tyrans metoient ‘ Ms. ce-. la page précédente, n. 4; ef. notre tome XX, p- 412 e.) * On trouve plusieurs fois dans le ms. la forme soude- Mais cet événement n’arriva que hait ans plus tard, sous le ment au liew de soudainement. pontificat de Clément IV. St Primat a nommé ici Alexandre IV, c'est probable- ‘Ms. de Jerusalem; le sens exige dAntioche. ment parce qu'il a commis la méme erreur que Guillaume Au lieu de contes nous préférerions lire toutes (pour
de Nanqgis en fixant la prise d’ Antioche & Van 1260. (Voy. toltes) , c’est-a-dire impots.
A
B
a ~
SWithipincrhe
eee ae de
¢ de ses’
TRADUITE PAR JEAN DU VIGNAY. 21
a hors le fruit de leur ventre, ceulz qui estoient plus cruieus que serpens prenoient
les trés tendres corps des enfans nessans, lesquielz selon la necessité de nature avoient mestier d’estre souef maniez, tout aussi comme se il les errachassent des entrailles leur méres, fet] les hurtoient tantost contre les parois. Et les autres beéles jouvenceles il separoient aucun pou hors des gens a une part, et avoient afaire a
8 elles; et sitost comme il avyoient leur delit accompli, il leur coupoient la teste ou
leur boutoient les glaives parmi les entrailles. Et tout aussi forsenoient il en autel maniére de destruction és nonnains qui estoient sacrées a Nostre Seigneur souz le signe de sainte religion; et faisoient (dont c’estoit grant douleur) leur orde ma- niere de luxure és eglises et és saintes mesons. Et devant les iex du pere le filz es-
¢ toit detrenchié; et lenfant avoit coupé la gorge entre les bras de la mére; et celi
qui estoit encore a nestre estoit trespercié a glaive parmi le ventre de sa mére. Tu deisses [que Ihorreur'] des occisions jadis faites sous Herodes des Innocens par son envie fust renouvelée, se tu veisses tant d’enfans innocens estre detrenchiez par glaives en la trés cruel persecution de ces” desloiaus. Més que diroie-je plus? Il
p lessoient en chascun lieu tant de mille de crestiens occis que le sanc des occis, qui
sasambloit touz jours au plus bas lieu, couroit parmi la cité aussi comme un
fleuve; et croi-on bien que les personnes dommes et de fames, d'un aage et
d’'autre, qui perirent en ce deluge, furent bien estimez a 1111 cens mille. Entretant comme cele bruine cruel de cele persecution ardoit les fleurs de ces
« innocens, et felonnesse cruauté estrepoit et esrachoit le fruit de ceuls qui estoient
ja venuz a meurteé as glaives des mauveés felons *, pluseurs de la cité metoient con- seil 4 euls sauver; si eschapérent hors des glaives de leur anemis en la meilleur maniére que il povoient, et se mistrent a grant force dedens un trés fort chastel qui estoit joint a joint de cele cité sanz nul moien; et la estoient il bien 1 mille. Mais
rv vraiement le soldan, apres cele trés cruel destruction de la cité, asseja ce chastel
tout entour; més cil qui estoient dedens enclos se doubtoient estre aflamez par fautes de vivres, et si n’avoient point d’esperance de nul confort terrien. Si furent souverainement desesperés, et ce’ ne fu pas merveille; si se rendirent dedens deux jours, euls et le chastel, en la main des anemis. Et donc le soldan fu prié d’aucuns ‘ amis crestiens, si que par leur priére il relacha aucunz d'iceulz par pris de raemption, et tua lesquielz que il voult des autres, [ou] mena en liens en Egypte pour estre mis en chartre perpetuel. Et ainsi fu cele cité noble destruite par tel destruction que onques més tele ne fu oie; et pristrent les despoilles et la sustance des crestiens; et cele habondance de Sarrazins s'en ala a leur propres liex,
u et lessiérent cele cité vuide des habitans. Et Dieu, qui est congnoissans des choses oc-
cultes , par aventure ayoit avant ordené fenir par telz tourmenz la mauvestié d'icele cité par la deserte des habitans. Ha! cite jadis tres peupleée et tres renommeée par l'auc- torité de ton non en toutes les terres du monde, qui fu dediée par la predication de saint Pierre apostre; noble siége de patriarche et de prince, acquise ancienne-
4 ment par le pris du sanc de pluseurs chevaliers crestiens, qui maintenant es ouverte
a chascun qui la veult reparier; qui es assise en un tres-seur lieu, avironnée de murs et de trés fortes tours, et trés forte? par hautesce, qui pensois° bien avoir toi dellendue et estre contraire a tout l’effors du monde se mestier ten fust; se Dieu ne le visite, et que’ il soit appesié et te restablisse a son pueple des loiaus crestiens,
k len te puet bien douloir et plaindre perpetuelment ~ comme David pleura sus Sail
et sus Jonatas.
Le xu° chapitre. Comme Je pueple de Marceille se rebella de rechiet contre Kalles, conte d’Anjou et de Prouvence °.
Entretant le pueple de Marceille la cité, esmeus de rechief a soi rebeller contre
Le sens exige que l'on supplée ces mots ou d'autres équi- Ms. fortes. valents. Ms. penses. * Ms. ses. "Le sens serait plus clair avec si que. ’ Ms. se. Voy. t. XX, p. 410 a. b. c. et 55g a. b., plusieurs
‘ Ms. ces. passages empruntés au texte de Primat.
* 200 ¢.
i
a — an ~ ae ent
* fol. 201.
, dompteés.
201 b.
22 CHRONIQUE DE PRIMAT,
leur seigneur Kalles, conte d’Anjou et de Prouvence, firent conspiration contre li et se fremérent de tout en tout; et ses baillis et ses serjans, que il avoit mis en garnison en cele cité pour la garde, furent occis pluseurs, et pluseurs furent na- vrés en despit du conte, et les autres furent laidement jeté hors. Et avec l'aide d’'aucuns nobles, il s'‘appareilliérent en armes contre li en toutes les menniéres que il purent; et atraitrent un noble homme avec eulz et envelopérent en cele felounie, lequel avoit non Boniface. Et se fioient mout en Taide de li; quer il avoit un trés fort chastel qui estoit appelé Chasteillon, et estoit assis el territoire de la cité de Marceille; et estoit avis 4 qui le regardoit que, tant par l'assiéte du lieu comme par la hautesce des murs et des tours, ne peust estre vaincu ne pris. Et dont le conte fu forment esmeu quant il oy les nouvelles, et ne voult pas souffrir injure que il li faisoient; més ' assambla ses hos de toutes pars, et fu tantost avi- ronné de sergens d'armes, et vint sanz demeure pour leur orgueil humilier.
Et premiérement il ala a ce chastel, et l'asseja avec Boniface son mestre; et fist tendre ses paveillons en un costé de celi chastel de Chasteillon, 1a ou la terre ap- paroit plus plaine; car de l'autre costé (ot la terre nestoit onnie, més” s'en- orgueillisoit aussi comme par hautesces non pas honnies), le lieu n’estoit pas con-
venable 4 assegier, mesmement en icele partie; quar il ne povoit pas estre assegié.
dé cele part pour la desonité*® des montaignes. Et donc esdrega ses perriéres et autres engins pour tourmenter les; et les murs furent souvent hurtés et cassés par les coups des perriéres. Et donc les nos mistrent les targes au devant, et aproche- rent prés des portes; et l'air estoit tout couvert par les* quarriaus d'arbalestes que len jetoit; et l'assaut fu esmeu partout chaut et horrible. Et au contraire ceulz du chastel avoient grant esperance en la force de cele fermeté; si estoient ordenés as quarneaus des murs et as hautes tours, et avoient mis au devant targes et escus pour eschiver les coups des arbalestes, et jetoient entretant pesans pierres sus ceus qui assailloient par bas, par lesqueles il agraventoient aucunz des assaillans qui furent portés aus tentes sus leur escus aussi comme mors. Et tant comme |’en se combatoit ainsi, le conte doubta et considera que il se combatoit en vain, et que il ne pourroit prendre le chastel de cele part ne meitre en sa seigneurie. Si trouva subtilment un novel art de nuire ‘ a ceuls du chastel, et commanda que ses ° perriéres fussent dreciées de l'autre partie du chastel, la ow la terre estoit plus haute, et que len getast trés longuement pesans pierres sur leur gregniers ow il gardoient leur blée, dont il avoit assez dedens pour leur souflire, tant que tout fust rompu et descouvert, et que le mur de couverture chaist par les coups des pierres, et la poudre de la rompeure du mur se mellast avec la blée. Et pour ce que la blée ne profitast point d’ore en avant 4 ceuls du chastel, il getoient és pertuis que les perricres ayoient fait chaus vive et sablon mellé ensamble. Et done quant cil qui estoient enclos virent que il n’estoient pas assaillis tant seulement par armes, {mais] par novel art de malice et de perdition, et iceuls dantés” par tel art, si n’orent point esperance de soi deflendre longuement, mesmement quant leur blée estoit mal profitable de ce que elle estoit mellée avec la chaus et avec le sablon; si que il ne sorent que faire, més furent touz esbahiz el millieu de lor fait. Et pristrent un conseil que il conyenoit que dedens brief temps il se rendissent au conte ou que il fussent assez tost allamés; et pour ce aussi que il savoient bien que le conte, qui estoit de grant courage, ne pourroit estre en nulle maniére® amollié, ne il n'avoient point esperance destre secourus daillours. Et donc il tindrent ce conseil (quer Boniface fu tout esbahi), et li rendirent au derrenier le chastel : laquel chose fu grant esbahissement et grant merveille 4 touz ceulz qui le virent et oirent.
Kt quant le conte lot receu, il s‘en ala comme leon fremissant contre ceuls de Marceille, qui estoient touz esbahiz pour les nouveéles du chastel que il avoit en sa seigneurie (car il cuidoient que il se peust bien deffendre contre tout l’effors de
Voy. pour cette fin de phrase, t. XX, p- 410 b. L’ali- de uni, plan, on peut croire que desonni signifierait es- néa suivant est omis par G. de Nangis. carpé, et que desonité est ici pour escarpement. > Ms. me. * Ms. mine. Comme ona va, plus haut, Uadjectif onni dans le sens > Ms. ces.
A
Cc
=
1
—
Gn Wie alae
TRADUITE PAR JEAN DU VIGNAY. 23
a France lonctemps), si que le plus tost que il purent il se reboutérent en leur cité et fremérent les portes. Et donc aprés ce [que] les choses d’entour cele cité furent forrées et mises a destruction, et les forteresces et les chastelés d’environ furent abbatus, et donc le conte environna la cité et y mist son siége. Et aprés ce tour- menta ceulz de la cité par lone siége, si que il furent amegris par deffaute de
B vivres, tant que en la parfin il furent contrains d’aler querre des viandes par mer, et il y alérent en neis toutes armées; més [quant] il retournérent, le conte se mist en aguet, et prist les garnisons que il portoient en galies pour conforter la cité. Et quant cil de la cité le sorent, il virent bien que nulle aide ne leur povoit venir de dehors, si que il lessérent tantost les armes a soi deffendre, et se rendirent a sa
c volenté, et se mistrent en sa subjection et en sa seigneurie aussi comme devant. Et' pour ce que si grant presomption ne demorast impunie, et que ce ne fust une maniére de nourreture de soi rebeller se il n’en estoient corrigiez (et povoit une autre foiz croistre contens se le conte les souffrist en quel[que| maniére), il enquist touz ceulz qui avoient esté mestres de cele traison faire, par laquele le commun
p des petiz avoient pris armes contre li; et selonc la rigueur de justice il les com- manda et fist decoler devant tous. Et par ce fait, fu il fait doubtable a tous ses” anemis, et fu mout forment renommé par estranges nascions.
Le xmi° chapitre. Comment Alexandre*® envoia un cardinal* en France au conte Challes, pour avoir secours contre Mainfroy et Jes autres persecuteurs de !'Eglise.
—E En ces meismes jours, c'est assavoir environ l’an de Tincarnacion de Nostre Seigneur mil cc et Lx, fu un tyrant qui fu novel persecuteur de l'Eglise, qui avoit non Mainfroy, qui, par le conseil de Federic emperiere (qui avoit esté con- dempné par sa deserte de touz les prelas el conscile 4 Lyons, duquel emperiere il estoit filz, non pas de son espouse més d'une seue meschine), avoit [ausement
F pris non de roy, pour ce que il avoit osté le royaume a un enfant, son neveu, qui
avoit non Corrat, et estoit petit, et filz de son frére Corradin le viel; et avoit pris a
force la terre de Puille, de Calabre et de Capuenne, et toute la terre du patron-
nage saint Pierre, que il avoit apropriée a li. Et pour ceste cause, il estoit maudit et escommenié de l'Eglise de Romme; lequel faisoit mout de mauls et de griés és eglises et és liex sains qui estoient souzmis a li. Et entre ces choses, Alexandre* pape out conseil sus ces choses, comme celi qui desirroit oster la felonnie de celi; si recouri aussi comme a la destre de sa deflense en France; et envoia a celui Kalles
le royaume de Secile, la duchié de Puille et la princé de Capuenne a pourseoir, a
li et a ses hoirs perpetuelment; et li envoia par Symon de Sainte Cecile, prestre
cardinal, en tel maniére que il se esdrecast contre celi tyrant, et deflendist sainte
Eglise des assaus de celi. Et tantost celi conte, aussi comme filz de obedience, ne
pout pas souffrir les injures de lEglise sa mere; et obéissant au mandement del
G
=
pape, s'apresta forciblement de tout son povoir ja] aler contre ce tyrant par armes; ,
et se hasta tant comme il pout la matiére de soi despeschier’.
Més entretant Mainfroy, comme cil qui riens ne savoit de ceste chose, se doub- toit toutesfoiz que les moutons n’ississent des contrées de France qui le boutassent de leurs cornes’, et li feissent greigneur injure et le trebuchassent; si atraist si la greigneur pattie des cités d'Ytalie et fist aliances avec? eulz par dons et par pro- messes et en autres menniéres, que il l'apelloient roy et seigneur, et estoit avis k que il li obéiroient trés apertement. Et pour ce mist il illec un vicaire semblable
a li en toutes maniéres, qui avoit non Poille Voisin, et avoit avec li grant com- paignie de gens d'armes pour garder les cités qui avoient fait aliance a li contre les
‘ Cest la fin de ce chapitre qui est en rapport évident ‘ Corr, Urbain. avec le texte de Guillaume de Nangis. (T. XX, p. 410b. ¢ * Le traducteur altere ici le sens du latin, expeditionis et 559 b.) sua materiam preparavit. (T. XX, p. 418 c.)
* Ms. ces. ° Ms. de ces cornes | dans le texte latin, suis cornibus),
' C'est Urbain IV, et non Alexandre IV, qui appela p- 418 ¢. La métaphore latine choque moins parce qwil y Charles d’Anjou en Sicile. (Voy. pour ce chapitre, t. XX, est question de béliers (arietes) , que Jean du Vignay a ma-
p- 418 a. d.) ladroitement transformés en moutons.
201 ¢.
» 901 d.
vb
" fol. 202.
202 b.
DE PRIMAT,
24 CHRONIQUE
anemis, et pour desrober tous les romipétes et tous les gens qui venoient en mes- A sage, desquelz il se doubtoit, si que celi les enquerist et cerchast selonc l’expo- sition de son nom’. Més Challes qui estoit eslit [au royaume | de Secile, {pour rendre vain| effet? de sa mauvése machinacion envyoia Phelippe de Montfort, hardi chevalier et trés preus et trés appert en armes, avec souflisant nombre ds combatans, pour despeechier * la voie des romipétes, que celi Poile Voisin avoit escoupée, et pour convaincre li et ces cités. Lequel chevalier, avec laide du trés noble et poissant [homme] le marquis de Montferrat et de ceulz de la cité de Melen (qui soustenoient la part de l'Eglise, et avoient en trés felonnesse haine tout le lignage de l'ancien Federic, pour ce quil les ayoit destruiz et osté leur les 1 roys és C ouloigne), si que par la longueur du temps il les desconfist, et par l'aide de Dieu mist a fin le negoce pour quoi il avoit esté envyoie, et le despeecha mout loablement.
Le xim* chapitre *. Comme Kalles vint 4 Romme et fu couronné de Urben® pape, et comme il atendi son ost 4 Romme, et entra aprés en la terre de Secile.
Apres ce que un pou de temps fu passé et non pas mout, Kalles, conte de Pro- vence et d’Anjou, parti du port de sa cite de Marceille, de laquelle il ayoit vaincu les hourjois premi¢rement par armes et puis par amour, et se fist aporter par mer 4 nage avec pou de gens par les agués et les perilz de la mer. Et Mainiroy, qui avoit ja oi novéles de sa promocion, avoit appareillié galies armées*, et avoit mis ses espies a |i prendre se il vyenoit par mer; quer il ‘deubeoit forment celi roy né°, doubtant perdre les drois du royaume. Més le Roy des roys yout que son roy, qui estoit A estre et estoit deffenseeur de sa propre partie, passast apertement devant touz 4 nage parmi ses anemis sanz soi destorner du droit chemin; et ne fu pas sanz grant miracle de Dieu; et vint, si comme nous avon dit, jusques a Romme. Et quant les Rommains loirent, et touz les autres qui oirent la mani¢re de son mer- veilleus avenement par mer, se merveilloient moult et disoient que ce nestoit mie seulement hardiesce mais forsenerie. Et donc fu il receu & grant honneur de pape Urben, qui estoit ja successeur de pape Alexandre’, et de tout le pueple de Romme, qui avoit grant desir de sa venue. Et done procura tant le pape que le pueple de Komme le fist senatour, et si ottroiérent ceulz de la cité moult agreablement. Et en brief temps apres, il fu enoint de sainte uncion en roy, du souverain evesque, au titre du royaume de Secile, et couronné de couronne royal; si que le pueple crioit : Vive le roy! vive!
Kt apres, quant il fu roy couronné, il ne pout pas tantost mouvoir son host; quer il n’avoit pas ple nté de genz par lesquielz il se peust combatre en champ avec si puissant anemi, ne entrer entre les couvers agués de ses anemis; pour ce donc li* convint il attendre la chevalerie que il avoit entretant aqueillie et fait assambler en
France; lesquelz g venz sen venoient parmi les contrées de Lombardie, ot: les ane-
mis ne se osoient apparoir. Quer les compaignies estoient ordenées et appareillies a combatre avec euls, se le cas avenist; lesquelles passérent oultre parmi tout Yta- lie, et vindrent paisiblement ? i Romme. Et les greigneurs de cel ost estoient ceulz cy nommeés : c'est assavoir Bouchard °, conte de Vesdome. chevalier trés aigre et hardi en armes; Guy de Mellon", levesque d’Aucerre, homme sage en armes et prest de sa main, et de bien apperte chevalerie qui estoit couverte''® souz le ves- tement de evesque et muciée; Philippe et Guy de Montfort, tres bons chevaliers
' Plus exactement : les dépouillat, selon l'interpréta- tion de son nom. (T. XX, p. 418 ¢.)
* Le ms. donne ici une legon inintelligible et incomplete , qui estoit eslit de Sicile la venue (ow venne) et effet; nous y avons remédié a l'aide du texte latin.
* Ou plutét débarrasser.
* Voy. t. XX, p 418 e et aoe.
> Corr. Clément LV.
* Dans le texte latin regem natum, c’est-d-dire ce roi qui venait de surgir.
’ Corr. de pape Clément, qui estoit ja successeur de pape Urbain.
* Ms. il au lien de li.
® Au liew de Bouchard, le ms. porte par erreur Loys, ict et plus loin.
Plus exactement de Mello; Guillaume de Nangis y substitue a tort de Bello Loco.
'' Les éditeurs du tome XX avaient proposé avec raison de lire a cet endroit, dans le texte latin, tegebatur au lieu de regebatur (p. 420 ¢, n. 3).
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—
TRADUITE PAR JEAN DU VIGNAY. 25
a et nobles batailleurs; Guillaume et Pierre de Biaumont, conditeurs de l’ost de par le roy de Cezile; Robert', gendre de celi roy, fils du conte de Flandres, avec grant nombre et habondant de sa gent, lequel, pour ce que il estoit enfant, estoit el con- duit de Guy le Brun, connestable de France, qui estoit homme d’esprouvée che- valerie; et pluseurs autres nobles et poissans hommes, desquielz nous taison les nons pour la cause de brief parler.
Et donc le roy, esjoi pour lasamblée de tant de nobles hommes et bien comba- tans, esmut adonc premiérement ses hos et entra en la terre de ses” anemis, et en prist et prenoit avant soi toutes les forteresces. Et vint par le pont de Ceperenne a Saint Germain I’Aguillier*, lequel estoit trés fort entre ces autres, et estoit garni de si grant multitude de genz d'armes que l’en cuidast a poine que il peust estre vaincu ne pris en mout lonc temps pour toutes les forces d’Occident*. Quer en ce chastel estoient adonc touz les greigneurs de lost; et 1a estoient des Sarrazins de Puille; et si y avoit grant habondance d’Alemans, avec souffisant planté de vivres que les anemis avoient fait assembler. Et cuidoient que celi chastel par sa force se desfendist bien des Francois devant touz les autres; et Mainfroi se vantoit que il attendroit illec le roy Kalles a bataille.
Le xv° chapitre °. Comme le roy Kalles prist le chastel de Saint Germain l’Aguillier, et ceus du chastel s’enfuirent.
Adone quant lost du roy Kalles venist au chastel, il fist tantost tendre ses tentes : et prendre le siége devant le chastel. Et si comme les garcons et ceus de pié alassent pres du chastel pour veoir et visiter le, si comme ils ont aucune foiz acoustumé, les Sarrazins et la mesnie d’iceus, qui estoient dedens le chastel, estoient as deffenses du mur; et resgardoient l’ost des Francois, et commenciérent a maudire et a despire les nos. Et ceus ne povoient escouter ne soulfrir injure que ceuls leur disoient, > més en furent trop malement endaigniés et corciés; sise commencieérent a desfendre de langue et a dire leur aussi villanies; et leur commenciérent a jeter pierres des deffenses ot: il estoient. Et tant comme il estrivoient ainsi les uns aux autres, il commenciérent soudement a crier et a noisier d'une part et dautre, si que la noise et la tumulte crut petit et petit plus et plus, tant que la force de lost sesmut; car aucuns cuidiérent, c'est assayoir cil qui avoient mis leur tentes loing, que ceulz de la garnison du chastel fussent® issus hors et eussent assailli nostre host. Et donc se hastérent de prendre et de vestir leur armes trés apertement, et coururent a Vestrif, et avironn¢rent tout le chastel de toutes pars, tout aussi comme se il n’a- perceussent point de meschief qui fust en ce trés grant peril. Et se metoient en- contre les coups des dards des saietes et des pierres que ceuls du chastel getoient, et tendoient devant euls targes et escus; et donnérent bataille merveilleuse et dou- table par trés cruel et fort assaut. Et quant cil du chastel virent ce, et mesmement les nobles et cil qui avoient la garde de lost de Mainfroy, qui 1a dedens estoient; et sorent bien que toute lor force n’i valoit riens et que leur anemis ne doubtoient nul peril de mort, et que il ne se alentissoient en nule maniere, més estoient touz jours plus aigres et plus forsenés, si orent poour et ellroi trés grant, si que il sen- fuirent en telle maniére que nos gens n’en sorent nulle chose.
Et entretant® comme il sen aloient, Bouchard, conte de Vandosme, chevalier trés aigre et trés hardi, et Johan son frére, homme noble et preus en armes, rom- pirent les portes du chastel; et tantost comme |entrée fu ouverte, Bouchard entra dedens le premier. Et tout comme le senglier qui est bouté en un anglet entre la force des chiens, qui derout les chiens de sa dent maintenant a destre, mainte- nant a senestre, tout aussi estoit Bouchard, le glaive trait, et couvroit la senestre
' Robert de Béthune, qui devint comte de Flandre en uuntelligible (comme le pont de Capuenne et Saint Ger- 1305 ; il cpousa en premieres noces Blanche, fille de Charles main l’Aguillier). (Voy. t. XX, p. 420 c.) d’ Anjou. * Ms. dOrient. > Ms. ces. * Voy. t. XX, p. 420 e— 422 b. Neus avons di. re etifier ict la leon du ms. qui est ° Ms. fust.
TOME XXIil.
fol, 205.
203 b.
26 CHRONIQUE DE PRIMAT,
partie de li de son escu; et estoit si habandonné a soustenir et 4 donner les coups comme se il ne les doubtast nulle chose, et foudréoit entre ses' anemis aussi comme le senglier entre les chiens. Et quant les anemis sorent que lentrée estoit ouverte et que nos genz, l'avoient occupée, il virent que ceulz suioient le conte [et] entroient petit et petit dedens; si sen commenciérent a fuir, et queroient repostaille ou il peussent eschapper le glaive de celi qui féroit. Et entretant comme le conte et sa gent se combatoient, la baniére de celi conte fu mise au vent el plus apparent lieu du chastel; et donna signe 4 nos genz qui estoient dehors et se combatoient encore a aucuns de ceuls qui estoient as deffenses des murs, que le conte estoit ja entré ens et avoit prise la forteresse du lieu. Et done fu le cri merveilleus en I’ost et la joie grant, et s'esmut encore lost plus vertueusement, et s’en alérent vers les vortes du chastel et compristrent l'entrée; et donc entrérent tout communement dedens la forteresse, et quistrent le chastel et les recois du lieu partout, et tout quant que il povyoient trouver des anemis en toutes manieéres ils tuoient a glaive.
Le xvi’ chapitre?. Comment le roy chaca ses anemis, et les trouva en champ prés de combatre, et comment il prist conseil 4 ses gens de la bataille.
Et done aprés, quant ceste forteresse out esté mise en subjection par ceste sou- daine et non cuidie bataille et trés forment aventureuse, le roy Kalles requeilli ses forces et reposa sa gent aucun petit; [et] tout aussi comme le veneur francois qui suit trés asprement le senglier, sui forment ses anemis, qui jugeoient bien que plus profitable chose seroit 4 eschaper par fuite que 4 mourir par hardiesse. Si se fuirent tant que il se requeillirent en la compaignie de Mainfroi. Més quant il sentirent que le roy et ses gens ensuissent hastivement les traces d’iceuls, il se destournérent devant lost du roy par devers la province de Bonivent, ot ils'en alérent grant erre; et en la parfin il se arrestérent empreés la cité de Bonivent, en la plaine d'une va- lée qui estoit mout trés convenable a combatre. Et aprés ce qu'il furent arrestez, Gauvain, Jourdain, Berthelemi et aucuns autres, qui estoient du destroit conseil de Mainfroy et princes et mestres, qui sen estoient afuis a si trés grant honte comme mas et vaincus du chastel de Saint Germain, pour ce que il fussent veus racheter leur honte, qui estoit bien congneue d'aucuns et qui les avoient en souspecon, si donnérent en conseil 4 Mainfroy que il atendist illec le roy Kalles a bataille.
Et-entretant le roy Kalle et son host ne delessa pas a faire grant journées, et a continuer son erre parmi sauvages champaignes et par les destours de divers liex; més ensuioit ses anemis tout aussi comme le bon veneur, tant que il les seurvit® de la hautesce de la montaigne en la devant dite valée, ja tous ordenés a bataille. Et tantost comme il les out veus, il apella a conseil ses compaignons les chevaliers de lost; et pour ce que il ne fust pas repris de son propre conseil, il se conseilla a euls, et leur demanda quel chose il appartenoit aflaire. Desquelz aucuns or- denérent pour le plus profitable que la bataille fust atendue a l’endemain; et me- toient ceste raison avant, quer se il convenoit incontinent combatre, il estoit ja aussi com l'eur de tierce“, et que apres si grant labour ne gens ne chevaux n’es- toient reposés ne repeus de nulle viande, si que il en estoient mains convenables a la bataille. Et les autres par aventure’, qui? estoient par aventure plus diligens et plus chaus de bataille, si tenoient le contraire et se consentoicnt a la bataille, di- sans que en nule maniére l’en ne se devoit atendre a combatre, [pour ce] que les anemis que il yéoient devant leur iex ordenés par batailles, atendans 4 estre assaillis, quant il yerroient les nos demener soi plus lentement, que leur hardiesse ne leur doublast, et que 11 ne cuidassent, pour ce que il estoient touz armés en present, les nos en eussent eu pouour. Et divers nobles hommes disoient diverses sentences; més Guy le Brun, connestable de France, homme ancien et plain de chevalerie
Ms. ces. et interprétée trater ou ferri (p. 422 d, n. 3), legons aux- * Voy. t. XX, p. haa b— 424 b. quelles il faut préférer super. ' Ib y avait probablement dans le texte latin supervidit ; * Guill. de N. sexta. mais l'abréviation de super (sr) a été confondue avec fr. Les mots par aventure sont de trop ici.
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TRADUITE PAR JEAN DU VIGNAY. 27 esprouvée, qui avoit pris en sa garde et en son conduit Robert, filz du conte de Flandres, si dist ceste parole devant touz les barons: que quelque chose que les autres feissent, l'enfant que il avoit en garde, et li et leur genz, se combatroient contre leur anemis; que il avoit ferme esperance en l'aide et confort de celi Jhesu Crist duquel il deflendoit le droit de son Eglise.
Et donc quant le roy out oy le conseil de celi qui ardanment estoit hastif a la ba- taille, en approuvant la sentence d'icelui, commanda lost a armer hastivement. Et quant il fu ordené en 111 batailles ainsi comme les anemis estoient, et donc tan- tost les trompes et les clarons sonnérent, qui estoit signe et demonstrance que chascun de l’ost courust aux armes; més il orent avant confession et conctrition de leur pechiés comme bons crestiens, et vestirent premiérement iceuls haubers de foy, et requistrent devotement l'aide de celui pour l'Eglise duquel il se combatoient. Et quant il furent armés et appareilliés de combatre contre leur anemi, le roy sen vint devant touz, et les arresonna par briéve oroison en ceste maniére : « O! « hommes, mes compaignons chevaliers , que la douce terre de France porta; nobles « batailleurs, qui ne vous combatés pas pour moi, més pour la sainte Eglise de Dieu; «qui par l'auctorité du beneoit saint Pére, et que je die miex, par l'auctorité de « nostre Seigneur Jhesu Crist estez absouls, regardés nos anemis, qui* despisent « nostre sainte mére Eglise, et sont ferus a la mort de fer du glaive et de la maléigon « d'escomeniement; et ce leur est commencement de mort perpetuel. Lesquiex ane- « mis sont conqueillis de diverses lois et de diverses nascions; et de tant plus comme « il différent en diverses sentences et en diverses nations, tant sont il plus fiebles en « bataille, et seront plus aeisiés 4 desconfire par destroite bataille. Desquiex nulle « humaine creature ne se remembre que les péres d’iceuls aient fait anciennement «nulle chose qui soit digne de loenge, et qui sont lens et fiebles par nature et couars
* «avec (si comme vous mesmes avez esprouvé en la bataille derreniérement faite),
« et lesquelz vous avez ja vaincus une foiz et chaciés jusques ci, et qui estoient en «lieu trés seur, elquel il povoient avoir trés souverain refuge et peussent avoir re- «sisté 4 trestout lost et le pueple de France; et il en furent jetés hors laidement «par la vertu de vostre destre. Seigneurs compaignons et amis, considerés puis
; «done que vous estez venuz et descendus de si trés noble ligniée comme de cele
« de France, de laquele le non et les gens trés anciennement ont esté si tres redoub- «tables a toutes nascions, en tel maniére que il estoient tenuz entre les estranges « peuples comme le mail qui corront? toutes choses. Et se vous avisés bien vostre « noble ligniée, vous serés du tout enhardis, et toute pouour ostée vous irés parmi «les alenties compaignies, le glaive devant mis qui vous conduira. »
Le xvu° chapitre '. Comment il recurent l'absolucion et se mistrent encontre les anemis a bataille.
Kt quant le roy out ainssi acompli sa proiére a ses barons et a ses chevaliers, il furent mout forment enhardis pour les douces et gracieuses parolles que le roy leur avoit acordées. Et donc Guy de Mellon, evesque d’Aucerre, duquel nul plus prest de sa main a la bataille ne estoit en la compaignie (se la dignité de la prela- ture eust esté hors, et il li appartenist combatre avec les autres); et cesti evesque avoit le premier receu du pape planicre poosté d’assoudre, si que il donna la be- néicon a touz, et les absout des ordures de touz leur pechiez et leur enjoint tel peni- tance que il doublassent les coups dessus les anemis de leur destre vertueusement’. Kt adonc les dus et les meneurs des batailles 4 chascun des chevalier ordenés si comme il apartient de coustume, Phelippe de Montfort et le mareschal de Mille- pois, chevaliers trés preus et trés hardis, furent fais du commandement du roy droitement capitaines de la premiére bataille, contre la premiere bataille de ceuls anemis qui estoient ordenés de l'autre part au contraire. Et cele compagnie des
. anemis estoit toute des Alemans de Teuthonique, lesquiex estoient toute la force
de lost des anemis; et estoient si espés rengiés que nul ne le povoit trespercier;
Voy. t. XX, p. 424 ¢ — 4a6 a. la Chanson de Toland (vers 1138), Par penitence jes cu- * Crest une idée analogue a celle qui est exprumée dans mandet a ferir.
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203 ¢.
" le martean qui rompt.
* fol. 204.
" 904 b.
28 ' CHRONIQUE DE PRIMAT,
si que au premicr il deboutérent la force des nos tout aussi comme se ce fust un A
mur. Et les anemis avoient premierement envoie ceste bataille, pour ce que for- senerie de ces' Alemans de Teuthonique se combatist avec la hardiesce des Fran- cois. Et done Phelippe de Montlort et Guy mareschal de Millepois, capitaines de la premiére bataille, se mistrent el premier front contre les anemis, et hurtérent
a euls forciblement; més il furent deboutés de leur premiére envaie, quer les ane- B
mis par malice s‘estoient si estroitement joins ensamble que il ne povoient estre perciés se n’estoit par fine force *. Et toutefoiz, emprés ce, les anemis se espar- tirent petit et petit, et l'entrée fu aouverte par les glaives; si que la bataille fu illec aigre et forte.
Et aprés ce, le roy de Secile, qui estoit en l'estage de la seconde bataille que il avoit faite et esleue a soi de tretous purs Francois, qui estoit tout aussi comme un mur en estant que len ne povoit abatre, et sestoit ordené a combatre contre Gauvain, conte et oncle de Maintroy, si fist adonc sonner ses trompes pour don- ner signed ses gens de trebuchier aigrement contre la compaignie de ses* ane-
mis; quer il vit la bataille de ces Shee de Theutonique combatre trop plus lon- D
guement que l’en* ne cuidoit, quer il estoient fors chevaliers, et si estoient aussi comme touz couvers ect armés de la couverture de doubles haubers, si que il fu, au premier, avis a nos gens que il estoient aussi comme se len ne les peust percier. Et done le roy s'esmut avec sa compaignie, et encontra d’aventure les Alemans de Theutonique trestout premiérement, si que il appliqua sa compaignie contre leur bataille*, et plunja en euls a grant frainte et hastive d’'armes. Et quant les nos gens virent que l'espoisseté des armes de ces Theutoniens , desquelles il estoient garniz forment, deboutoient les coups des nos qui Leonliaient en lair, adonc les F rangois boutoient les espées grelles et agiies souz les esséles d'iceulz, ot il appa- roient touz desarmés, et les trespercoient sitost comme il levoient les bras pour lerir, et leur boutoient, les espées parmi les entrailles jusques aus espaules°; et plungoient dedens aussi les glaives, si que la testerie et la forsenerie des Theuto- niens fu dantée et trebucha par la soutilleté des Francois; et touz ces Teuthoniens furent occis des glaives, se ne furent par aventure aucuns qui par fuite ou par trebuchement eschivérent le peril de mort.
Et quant cele premiére compaignie de ces Theutoniens fu anientée, laquele avoit esté mise des anemis au devant, ausi comme pour mur de deduntion. le roy assailli la seconde, de laquelle les capitaines estoient Gauvain et Jourdain, contes, et aucunz autres princes de cele mauvestiés, lesquelz avoient donné ce conseil a Mainfroy , et par culz estoit gouvernée toute la felonnie et la mauvestié de li. Et adone quant il virent les Theuthoniens occis esquelz il avoient mis toute leur espe- rance davoir victoire, el virent les Francois en la force de bras vertueus sanz lasser, et aussi comme lous trés ravissables esmeus par rage de fain, qui forsenoient touz jours contre les leurs gens, et virent que g grant occision estoit ja faite des leur,
si se appareilliérent plus 4 a desfendre par Ye benefice de fuir que par laide de .
deffension des armes ». Més il furent empeeschiez par aucuns qui les avoient avi- ronnés, qui leur vindrent encontre, et par les autres qui les suivoient et les en- chaucoient par derriére; si que il ne se pourent escouler par longue fuite, mes toute la compaignie de oul qui menoit et demoustroit au premier tel noblesce® fu toute demenée a fin,
fust occis 4 glaive ou mené en prison en liens’. +
Ms. ses. Ou plutot jusqu’a la poignée, en rectifiant le texte latin, ou on lit scapulo tenus au lieu de capulo tenus.
* Il n'y a rien dans le texte latin qui réponde au dernier
membre de phrase (quer les anemis, etc. ).
' Ms. ces.
* On ne trouve rien non plus dans le teate latin qui ré- ponde a ce qui précéde, depuis si que il fu, au premier, avis
(T. XX, p. 424 e.)
Plus exactement, mais toute la noblesse qui s'¢lait fait voir dans cette phalange. (T. XX, p. 426 a.)
Le texte latin mentionne ici la prise de Gauvain, de Jourdain et de Barthele my.
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TRADUITE PAR JEAN DU VIGNAY.
Le xvin' chapitre '. Comment la tierce bataille fu desconfite, et Maintroy fu occis et trouvé entre les mors.
Adone quant les 1 premiéres batailles furent destruites, la tierce estoit faite et ordenée des gens de Puille et des Sarrasins; et Mainfroi, leur roy et leur seigneur, si avoit esté ordené et establi meneur et capitaine d'icele; et si comme les anemis avoient ordené, cele bataille avoit ordené a soi combatre contre la bataille de Robert de Flandres, filz du conte de Flandres, qui estoit gendres du roy de Secile, et l'atendoit front a front pour combatre. Més quant il virent que il leur estoit plus mespris que il ne cuidoient, et navoient més nulle esperance que il
deust bien prendre, més regardoient le souverain peril de mort qui leur estoit
: appareillié, et le véoient devant eus, si laschiérent les resgnes et lessiérent l’assaut,
et se mistrent en fuite tres hastivement” tant comme il pourent, et s‘espartirent de ¢a et de la. Més la bataille dudit Robert, qui estoit ja assemblée de Flamens, de Piquars, de Beauvoisins (et pour ce que celi Robert estoit enfant et ne estoit encore pas entroduit és choses ne és fais de bataille, estoit il gouverné par le con- duit et la sagesce de Gilles le Brun, connestable de France, qui estoit homme ancien et plain de chevalerie esprouvée’), si courut adonc trés hastivement contre euls en reprimant* leur fuite, et les destruistrent par grant occision. Et entretant les Francois commenciérent 4 suir aucuns de lost qui fuioient vers Bonivent la cité pour eschiver le peril de mort; et sanz trouver nulle chose qui les destour-
: bast, et sanz ce que il eust nule desfense contre les nos, il entrérent dedens la
cité, avec les anemis, sanz ce que il eust point* de sanc espandu de nos gens, et la pristrent et mistrent en la subjection du roy Kalles. Et ainsi, par la vertu de Jhesu Crist et par la destre des Francois qui orent victoire, furent destruis les erans habondances et multitudes des anemis; et les greigneurs princes de lost Mainfroy furent pris et mis en chartre et en liens.Et ainssi defailli la mati¢re de combatre, et les Francois orent pais; et la destruction cessa, si que l'espée saoulée du sane des charroignes retourna en son lieu.
Et entre ces choses, les Francois couroient ¢a et la parmi le champ de la ba-
taille, et demandoient pluseurs que Mainfroy estoit devenu; et touz estoient en
; doubte assavoir mon se il estoit eschapé avec ces autres qui senfuirent et se il
sen fust alé par lisneleté du cheval, ou que il eust esté occis par [lindiflérence du fereur ou par’| sa mauvestié, ou pour ce que il ne le cougnoissoit mie; si que au desrenier il fu quis entre les charroignes des mors et fu trouvé mort, et fu congneu par trés certains signes de ses® gens qui estoient tenus en liens; lesquelz le servoient et estoient touz jours 4 son costé quant il vivoit. Et ce fu grant mer- veille quer cil qui tua si grant et poissant homme ne fu onques congneu; quer de tout lost du roy Challes il n’i out onques nul qui deist pour certain que il l'eust occis. Et par aventure ne sen osoient il vanter pour ceste cause que il nen eussent a souffrir d'aucuns ou temps a venir’; et aussi par aventure pout il estre occis sanz congnoistre icelui, pour ce que il avoit® lessié ses propres armes, et estoit ennobli d'unnes? autres cointises que il avoit prises pour ce que il ne fust congneu comme prince. Més comment que ce fust, ou vrai ou faus, si estoit il ennobli par aucune royal majesté; et le roy de Secile Kalles, plain de courtoisie et de noblesce de sa nativite, por ce que celi Mainfroy avoit esté de si noble ligniée comme filz d’emperiere, pourquoi i! ne voult pas souffrir que la carongne de celi, qui estoit entres les autres, fust lessie a devourer aus bestes et as oisiaus, il le fist ensevelir pres de la cité, delés la voie commune’, souz une assemblée de
Voy. t. XX, p. 426 a—e. nous avons rétabli entre crochets quelques mots qui com- * Le latin porte in fugam certissimam; tl faudrait pro- pletent la traduction littérale du latin : propter indifferen- bablement citissimam. (T. XX, p. 426 b.) liam et protervitatem percussoris. (T. XX, p. 426 c.) * Ce qui est entre parentheses manque dans le texte ° Ms. ces. latin. * Cette premiere partie de la phrase manque dans le * Ms. reprenant. latin.
* Comme la legon oecis par sa mauvestié allere le sens , * Ms. il Vavoit
“ voh d.
* Isaie, NAV, 10.
lol. 205.
30 CHRONIQUE DE PRIMAT,
plerres; quer il n'estoit point mort en estat que il deust avoir sepouture en terre A
beneoite. Et les autres princes de cele mauvestié, ceulz a qui aventure donna que il fussent pris vis par droite bataille, furent enchetivés et mis en chartres et en liens en divers liex, 1a ot il les envoia a sa volenté. Més assez tost aprés, par brief espace de temps, il fu si debonnaire et si amiable que a ceulz qui selene les loys avoient desservi poine de mort, il ne pardonna pas tant seulement leur vie; més les absoult de tout en tout des liens et des chartres ot: il estoient tenuz, et les lessa aler touz quites par sa misericorde, considerant' que (se il povoit estre fait) il les eust benignement reconsiliés a li; et si leur rendi leur terres et leur facultés, et sen divent i impugnis. Laquel chose il li eust miex valu et eust esté plus profitable d’avoir les livrés as pent larrons” qui les eussent® ferus du glaive de venjange; quer aspres ce, il monstrérent tesmoing par leur propres fais de la saincte escripture qui dit : «Se nous avons pitié du felon, pour ce n’aprendra il pas a « faire misericorde*. » Et il avint que il furent esmeus de l'aguillon de soy rebeller par leur mauvéses machinations, [et] il li acquistrent et engendrérent nouveaus anemis, et furent plus ardanment espris de li grever qu'il n *sstelont devant".
Le xix" chapitre. Comment les traitres a qui il out tout pardonné li acquistrent nouveaux anemis par leur malice.
Quant les anemis de lEglise et du roy furent du tout menez a fin, si comme nous avons dit par devant, la terre se tint a pais et se tut contre le roy, en tel ma- niére que les cités et les chastiaus d’environ le resgne de Secile estoient espuantés de la paour de li, et se soustenoient de leur gré en la subjection de sa debonnaire subjec tion et seigneurie; et offroient au roy } en grant habondance, c'est assa- voir or, argent, dons de soie et mout d’autres chases”. Més il ne pout pas longue- ment estre en pais, quer les princes de mauvestié” asquelz il ayoit sauve et denied vie, si comme nous avons dit par devant, encoururent le mal gré de celi, et pris- trent autres semblables 4 euls en vie eten meurs, lesquelz il savoient kine que il seroient legi¢rement envolepés * en leur felonnie; et par leur couvertes et secrétes machinations firent tant ehvers eulz par vaines promesses et esperance d’avoir vic- toire, que il les amenérent a faire conspiracion contre le roy de Secile. D Desquielz Henri, frére du roi d'Espaigne, fu le greigneur; ; lequel 4 celi temps gouver noit en quelque maniére que ce fust la dignité bs la senateurie de la cité ie Romme. Et estoit homme de grant courage, et poissant et malicieus és choses de batailles; més il estoit trés escommenié en l’onneur et en la croiance de la foy catholique, et n’i entendoit point diligeanment °. Et pour ce que celi faus traitres couvrissent et mu- cassent leur traison et leur fauseté souz l'ombre et la couleur de droit, & pour ce que le prince de leur mauvestie, c'est assavoir Mainfroy, qui mort estoit, fust veu avoir successeur par droit de heritage el royaume de Secile, il sen alérent a Cor-
radin le j jeune, filz du viel Coradin, qui estoit né de la fille du duc d’Austrie, son aioul’, qui leur donna aide tant comme il pout, et l'establirent princes sus euls; et
del Alemengne, et de la Secile (laquele n'estoit encore pas du tout rendue au roy) .
il conqueillirent erant host et fort, [et aussi] de ceulz > d’ Espaigne, que celi Henri avoit amenés avec sol.
Et le roy Kalles ne savoit nulle chose de leur machinations, més estoit a siége en ce temps de la cité de Leuthére, qui est trés s peuplée de Sarrazins purs, sans autres gens; et l’avoient cores apres ce que il les avoit premiére ment mis en sa subjection. Et adone ses® anemis consideroient que il estoit empeeschié de celi
Ou plutét desirant. * Cette phrase se retrouve un peu plus haut dans le texte
* Pent larrons est la traduction de lictoribus. (‘T. XX, latin (p. 428 a).
p- 426 e.) ” Conradin avait pour mere Elisabe th, fille d’Othon II, Ms. eust. duc de Baviere.
* Le texte latin contient ici une phrase sur la famille de * Voici la legon du ms. que nous avons modifice pour Mainfroi, qui fut livrée a Charles d’Anjou, et sur la sou- rétablir le sens : du royaume d’Alemengne et de Secile mission de Luceria. lequel n’estoit encore pas du tout ronda au roy. et con-
' Cette premiere phrase manque dans le texte latin; — queillirent grant host et fort de ceulz, etc.
pour la suite, voyez t. XX, p- 425 ¢ — 43a d. ' Ms. ces
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TRADUITE PAR JEAN DU VIGNAY. 31
siége, et n’avoient encore oi nulle nouvéle que il seust riens de leur envaie, ne que il deussent assaillir. Et donc il ordenérent leur batailles* és autres parties de Se- cile, et assaillirent la terre de Puille 4 grant frainte, et queroient combatre soi avec le roy Kalles et avec ses Francois. Et quant le roy sout ceste chose, il leva tantost ses tentes et lessa le siége de cele cité; et conqueilli chevaliers de ¢a et de 1a; et emprist le volage contre ses anemis. Et a poine donna il un pou de repos as cheva- liers et as chevaus; més continua tant en travail que il vint aussi comme a I’eure de queuvre feu pres des tentes de ses anemis; et ne fu tant seulement separé ne loing d'eulz fors tant seulement du ruissel d'un petit fleuve, et 1a ficha ses tentes. Et
uant la nuit fu passée et les tenebres sen furent fuies, que le ciel esclairci par
: 'estoille portant lumiére de laquele les rais chaciérent les nublesces des vallées,
adone congnurent bien les uns les autres; quer l'un host n’estoit pas loing de l'autre fors par tel espace comme nous avon dit. Et donc furent les anemis ferus de grant esbahisson, et se merveilloient de ce que le roy, que il cuidoient encore estre loing, estoit ja si hardiement et si hastivement vole illec prés de leur tentes. Et done proposérent tantost les anemis A soi combatre as nos, et commandeérent armer leur gens, et devisérent leur batailles, et ordenérent les conditeurs et mis- trent ordenéement parmi le champ de cele plaine leur batailles armées. Et quant il les orent ordenées si comme il appartient de coustume, Henri, frere du roy d’Es- paigne, qui estoit patricien de la sainte cité de Romme, prist la baniére de la premiere bataille, et sen issi premier des tentes avec ses Espagnoilz, prest 4 com- batre contre la premiére compaignie de I’ost des nos.
Et le roy Kalleset ses chevaliers, qui estoient lassez du lone voiage, qui ne savoient pas que I’ost des anemis se vousist si tost combatre a euls, qui n’estoient encore pas issus des paveillons; més estoient encore touz desarmez en leur tentes, et atendoient le commandement de leur prince, qui se jesoit encore en son paveillon, et estoit encore tenu en la soueveté” de son dormir; et n’estoit point espovente par la paour de ses anemis, més estoit j4 comme tout seur de la bataille. Ha! comme ce estoit trés grant merveille de li, si que nul ne la pourroit raconter, quer ne il n’estoit point vaincu de travail, ne il ne doubtoit point estre vaincu de ses ' anemis; que il ne creignoit riens ses anemis, ne il ne refusoit leur bataille. Et ceste fermeté de cesti homme estoit 4 acomparagier a Judas Machabée et au grant Alexandre, roy de Mace- doine. Lequel tout despourveument conqueilli son host de ¢a et de 1a; et n’avoit que pou de chevaliers, c'est assavoir en si grant article de peril comme contre la forsenerie de Allemaingne; que il ne doubtoit riens ne creignoit nulle chose tous ces milliers® de si trés cruiex anemis qui l'ayoient envay. Mes encore ce qui est greigneur demontrance de vertu de courage, et tele que nul ne pourroit racon- ter, quer toute la cure et la pensée de la bataille delessie, il avoit a tel heure mises ses membres au repos de dormir, quant il sentoit bien que tantost il estoit en peril de combatre contre tant et si grans compaignies de leur anemis. {Voyant donc les Francois les compagnies* de leur anemis| armées et appareillies soudement, il crioient* hautement pour esmouvoir leur host; si coururent hastivement as armes (etle plus tost que il porent), si comme mestier leur estoit, et caindrent leur espées. Et entretant le roy fu esveillié tant par la frainte de lost des anemis comme par la criee de ses genz, et prist ses armes? et les vesti le plus tost que il pout; et sailli a cheval, et ordena tant seulement deus° batailles de ses gens.
Et en la premiére de ces batailles il mist ceus’ de Prouvence, lesquielz il avoit eu jusques a ore bons et loiaus aideurs en touz faiz de bataille; et pour aidier et conforter icele compaignie, il mist avec ceuls de Capuenne et les Lombars, et touz ceuls que il avoit d'estranges nascions, et les joint touz ensemble. Et mist avecques ui de ses duz*® de France : Henri de Cusances, qui avoit celi jour vestu les ar-
Ms. ces, ici, puts un peu plus loin (contre ces ane- ‘ Ms. qui crioient. mis). ' Ms. ces gens..... ces armes. * Ms. tout ces millier. Ms. deuls. ’ Nous rétablissons d'aprés le texte latin (t. XX Vs. ses..... seus
p- 430 b) quelques mots omis dans le ms C’est-a-dire trois de ses chefs.
* 205 b.
209 ¢.
* 905 d.
~ i.
206.
3 CHRONIQUE DE PRIMAT,
Nm
meures du roy, et estoit chevalier trés seur et hardi; et les u furent Johan de :
Clarri et Guillame l'Estandart, chevaliers nobles* et trés preus de leur mains, de la loiauté et hardiesce desquielx il ne se deflioit pas; et les acompagna a celi Henri, qui portoit 'ensaigne de gouverner cele bataille. Et en la seconde bataille il meisme se establi duc, et retint avec li touz les Frangois par la vertu desquielz il estoit tout seur, et faisoit fiablement ce qu'il faisoit; et il' fu, celi jour, en tel maniére com- forté par l'aide d'iceulz que avec l'aide et le comfort de Jhesu Crist il out victoire. Et en ce temps, Erat de Valleri, homme trés renommé, et aucuns autres tres nobles cheyaliers retournoient de Jerusalem par les parties de Puille, qui vindrent la tout aussi comme se ce fust angres envoié de Dieu; et vindrent en cele bataille, et se combatirent ce jour si fort* contre les anemis du roy, que par la victoire que il |emportérent*| par la force de leur destre il devoient estre guerredonnés de Dieu et loés des hommes.
Le xx* chapitre *. Comment les batailles assemblérent; et comment Henri de Cusances , qui portoit ce jour les armes le roy, fu occis et desmembreés.
Et quant le roy out ordené ses batailles (et en pou de temps), il s’en alérent en la bataille. Et ceulz de la premiére bataille s'en alérent contre Henri, senateur de la cité de Romme, qui leur yenoit encontre 4 grant compaignie et force; més il ne se povoient meller de plain ensemble pour le conduit du fleuve qui couroit entre i. Et pour ce que les Francois ne povoient outre passer ne soi combatre main 4 main avec leur anemis, il s'arestérent un pou par deca de fleuve, aprés un pont de fust qui estoit sus le fleuve, et contenoit de l'une rive jusques a l'autre; et aten- doient illec l'assaut des anemis, qui leur couroient sus et leur venoient a l’encontre i grant [rainte et a grant appareil de bataille, tout aussi comme se il deussent tout maintenant passer outre le pont. Et quant les anemis furent assemblés outre le fleuve au chief du pont et environ, et s'eflorcoient de tout leur povoir venir a force parmi le pont as nos, les nos, qui estoient a l'autre rive de l'eaue au bout du pont, si gardoient l’entrée et les boutoient forciblement el cours du fleuve, tant par les coups des espées que par ferir des lances.
Kt donc, quant les anemis virent que il ne pourroient ainsi passer outre, il descendirent au plus bas du fleuve, 1a ot l'eaue estoit et plus plate et plus lée, et la ott les rives estoient rompues, et estoit 1a le pas® acoustumé par ot les chevaus aloient qui passoient a gué. Et tant comme aucunz (iceulz se combatoient encore as nos pour passer le pont oultre contre les nos, et l'entente encore des nos estoit de garder le passage du pont, et tout le nombre a bien pou de cele bataille estoit Ja passée outre parmi le gué; et sen vindrent par desriére les nos, qui estoient en- core sus la rive du fleuve et ne savoient pas que il fussent outre passez, si que les anemis les assaillirent par desriére 4 grant cri et a grant huée. Et quant les nos virent que il estoient cains et avironnés des anemis, et que il les avoient en tele men- niére souspris que il ne povoient retourner a leur compaignies, et virent que Cor-
radin et ses genz passoient d’autre partie outre le fleuve a gué, si ourent si grant .
paour que il commenciérent a fuir en tel maniére que il, qui avant avoient deflendu le passage du pont et du fleuve, furent pourforciés 4 passer outre en trebuchant, et se eslorcoient de tout leur povoir de fuir s'en as montaignes. Et toutefois un pou de Francois qui la estoient en cele compaignie ordenez pour bien combatre, et es- toient bailliez aus autres pour capitaines, si ne voudrent pas avoir reprouche de fouir, més se mistrent front 4 front contre les anemis, et soustindrent aucun tant de temps ° la force diceulz par vertu merveilleuse. Més celi Henri le gonfalonnier, duquel nous avons mis pardevant’, qui representoit la presence du roy par la no-
' Ms. faissoit et par il. Le passage; le ms. porte par erreur les pas. * Ms. a fort au lieu de si fort; dans le texte latin, tam * Dans le latin aliquantulum. fortiler. Le texte latin est plus clair : sed eorum signifer
Nous suppléons le mot emporteérent. Henricus de Cusanciis, de quo premisimus. (T. XX, ' Few. t. AA, p. 430d — 43ha p. 432 b.)
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TRADUITE PAR JEAN DU VIGNAY. 33
a blesce des armes dont il portoit le signe', ja soit ce que il se detfendist mout, fu en la parfin detrenchié membre a membre par ses anemis, pour ce que il estoit en armes du roy.
Et les autres deux, Jehan de Clari et Guillaume l’Estendart, se combatoient contre les anemis par coups foudroians; et tout aussi comme se ce fust foudre qui
p descent, il tresperciérent toute la grant espoisseté et la presse des anemis, et vin- drent parmi lances, glaives et dars jusques 4 la compaignie du roy. Et quant le roy les vit, et touz les autres qui 1a estoient virent et congneurent la force et la hardiesce d'iceus, il les loérent et firent joie selonc ce que il avoient deservi, et tindrent en celi jour la prouesce, la hardiesce et le grant courage diceulz cheva-
c liers [a exemple *. Pluseurs autres | chevaliers qui estoient en cele compaignie, lesquielz estoient aussi eschapés des mains cles anemis, qui ne vouloient ou ne s'en povoient pas fouir, si requeillirent arriére au secours en la compaignie du roy. Et adonc Henri, le senateur de Romme, commenga a suir cil qui fuioient devers les montaignes, et les suirent li et ses gens pour la cause d'avoir la proie plus que
p pour cause de soi combatre; quer tout aussi comme en dit souvent en un pro-
verbe, «Il est assez qui chace qui treuve qui fuit*.» Et pour ce que il véoit qu'il
fuioient, estoit il esmeu a suir les tant que il les eust touz departiz, les uns par fuite, les autres par glaive, les autres pris ou chaciez par lone estrif.”
Et donc, quant le roy vit les Lombars, les Capuennois, les Prouvenceaus et les autres qui estoient d’estranges nascions qui senfuioient, desquielz il avoit ordené sa premiére hataille, si fremi aucun pou de pure felonnie, et non pas de poour, et fu forment courcié. Més par le grant courage et la grant hardiesce de quoi il estoit plein, il reprit son esperit et arresonna les Francois en ceste maniere. « Ha! «hommes de yertu et trés nobles par renommeée, qui estes estrais de la ligniée de > «noble sanc de France, n’aiés pas paour de ceuls que vous véés qui ensuient les
«nos, ne [de] ceus ci que vous véez devant vos iex; que ja soit ce que il soient «greigneur nombre, toutefoiz les seurmonteron nous par vertu avec l'aide du «douz Jhesu Crist. Quer yous sayez que nous nous combatons pour garder et « desfendre le droit de l'Eglise victoriaument ‘, et le patronnage monseigneur saint
G « Pére; et ii est certain que il se combatent en leur tort et contre I'Kglise tant «comme heréges. Aions vraie fiance en Dieu, et toute doubte ostée de nos cuers, «assaillons hardiement ceuls que nous avons devant nous en present, qui sont en- «contre nous et nous atendent a bataille, avant que il soient veus venir a nous; «et sl comme je ai esperance, nous les pourrons bien vaincre de legier par l'aide de
H « Dieu, se nous leur couron sus forciblement. » Et quant le roy les out ainssi amon-
nestés, la hardiesce crut forment as hardiz; etdonc tantost se ordenérent en tourbe,
et se restraintrent dedens leur armes, et firent forciblement et vertueusement un assaut contre les anemis, et sasemblérent a euls de toutes leur forces. Ne cel assaut de chevalerie ne dut pas estre loé en vain, quer il le firent vertueusement et bien; et il avoient bien mestier de le faire, quer les anemis estoient greigneur nombre sanz comparoison; et si estoient haubergiez trés curieusement, et estoient de touz les miex combatans d’Alemaigne et des plus fors chevaliers. Et ainssi assembla la bataille des uns et des autres ensamble; et commenciérent a crier et 4 amonnester les uns les autres de combatre, si que les [uns] hurterent souvent de glaives et
k despée sus les haubers des autres; et ceus qui trebuchoient a terre estoient les premiers messages de mort, et crioient et braioient pitoiablement. Et ces autres perilz de bataille sensuirent aprés as anemis de l'Eglise. Si commencieérent a de- cheoir efforciéement, et loccision qui fu faite d’eulz enyvra les champs; ne onques les glaives des Francois ne lessi¢rent d'occire tant que la forsenerie des Alemans
i fu du tout dantée, et que tout lost des anemis fu escoulé par l'aide de la fuite, ou que il chai du tout ocis par glaives.
=
=
' Ou plutét les armoiries (insigniis). tls se rattachent a une phrase qai est omise dans le texte
* Nous suppléons ici entre crochets quatre mots qui sont _—_ latin de Guillaume de Nangis, et qui devait commencer indispensables pour le sens. Les deux premiers ne sont pas par ces deux mots ou par un equivalent. douteur, parce eu’ils répondent au latin pro exemplo * Proverbe omis par G. de Nangis. (p- 432 b). Quant aux deux derniers (pluseurs autres), ' La fin de la phrase manque dans G. de Nangis.
TOME XNXIil. o
b
* 206 b.
206 c.
* 206 d.
» fol. 207.
* 207 b.
34 CHRONIQUE DE PRIMAT,
Et toutefois Courradiin si vit appertement le peril qui li venoit sus li et sus ses gens; et donc fu il tout le premier qui s'escoula tout hors d'entre ses gens par fuite; més aucunz de ces greigneurs mestres, par le conseil desquiex ceste mau- vése et fausse conspiration ayoit esté commenciée, furent pris et furent mis en fers et en chartre, pour estre gardés 4 recevoir tel jugement comme il devoient em- porter de ceulz fais, selonc les lois. Et quant ceste victoire out esté faite par la vertu de Dieu, tous les Francois ne coururent pas a la proie de leur anemis, aussi comme gens ravissables; més lessiérent illec la proie de leur anemis jesant, et par le commandement du roy il ne se departirent point ne ¢a ne 1a, més se requeil- lirent touz el champ. Et donc descendirent des chevaus et ostérent les heaumes de leur chiés, et pristrent un pou dair legiérement pour eus esventer; et ce leur fu moult grant recreation. Et donc se rapareilliérent arriére a la bataille qui estoit a venir; que il savoient et sentoient bien que il devoient recommencer bataille avec le devant dit Henri, senateur de Romme, qui avec la greigneur partie de lost des anemis avoit sui ceulz de l’ost de nos genz qui s enfuioient.
Le xxi’ chapitre'. Comment celi Henri retourna, et comment les nos se combatirent contre li et orent victoire; et d’'aucunz autres faiz qui avindrent en cele bataille. .
Més assez tost sanz demeure, celi Henri retourna de chace de ceus qui fuioient; et tout aussi comme en assemblant ses gens, il se arresta el haut de la montaigne; et donc considera en soi que ses genz qui estoient demourez el champ eussent fait trés grant occision des nos; et vit le roy el milieu de sa compaignie, les baniéres droites (et se tenoit illec aussi comme une trés forte tour), et dist : «O! trés fors « hommes, nous sommes aujourd'hui fais vainqueurs du tout. Quer par deca nous «avons occis cil qui fuioient; et les nos qui demourérent en ceste valée avec les «anemis pour euls combatre, sont ceulz que vous véez encore el champ seoir sus «leur chevaus qui ont eu victoire, et ont occis le roy et ses Francois; et vous véés «que le dessus de la terre est toute couverte de leur charoingnes. » Quer il cuidoit, selonc le desir de son cuer, que les siens qui estoient demourés quant il parti de l’ost, eussent touz tués le roy et ses gens; et si ne povoit encore pas apercevoir ne congnoistre les armes des baniéres, comme celi qui encore estoit loing de lost. Et donc li et ses gens descendirent a grant joie du haut de la montaigne; et donc aprochiérent plus prés de lost du roy; et quant il congnurent les armes du roy et de ses genz, et vireni les baniéres, adonc sorent il vraiement que les leur gens estoient vaincus, lesquielz il cuidérent estre avant vainqueurs; et virent que de leur anemis estoit tout au contraire. Et donc leur viele fu convertie en pleur’, et leur joie fu convertie en douleur. Mésil reprirent tantost leur courages par l'amon- nestement de leur prince, et sen vindrent et passérent grant bruit parmi les tentes des Francois, et tuérent pluseurs des garcons et des gens de pié qui 1a es- toient; et burent le vin que les vallés gardoient pour lor mestres, comme ceulz qui estoient lassez por la longue chace que il avoient faite. Et donc s'en issirent
tantost des tentes, et se requeillirent en une tourbe, et se ordenérent tous comme :
il est de coustume; et ainssi cele espoventable compaignie ordenée courut contre le roy et les siens a bataille. Ne onques pour ce le courage des Francois ne mua, més se tenoient ensamble fermement; et ne doubtoient point pour ce, se si trés grant nombre de leur anemis combatans couroient sus a leur pelitéce. Et ja soit ce que en la bataille qui ja estoit parfaite, que il eussent detrenchié tant milliers d'ane- mis 4 grant travail et a grant poine, touteloiz avoient il aucun pou reposé entre- tant; dont il estoient mout forment recreés. Et tantost comme il virent venir leur anemis, il mistrent les heaumes és testes et saillirent sus les chevaus, et se mis- trent et estraintrent el lieu ot il s'estoient combatus au premier. Et illec atendirent trés hardiement les anemis a glaives touz pres et sachiés; lesquielz.anemis venoient sagement touz serrés a bataille.
' Voy. t. XX, p. 434 a— 436 d. — * Versa est in luctum cithara mea. (Job, xxx, 31.)
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TRADUITE PAR JEAN DU VIGNAY. 35 a Et donc messire! Herart de Valeri se mist droit au costé du roy, qui estoit homme hardi et sage és choses et és faiz de bataille; et tantost comme il vit ses anemis ainsi ordenés sagement venir 4 la bataille, il dist au roy : « Sire roy, ceus «ci vienent trés forment sagement a bataille, et sont si joins et a destroit ensemble «en leur bataille que en nulle maniére, si comme il m’est avis, nous ne les pour- B «rions departir ne trespercier. Et pour ce convient il ouvrer contre euls par aucun «enging de subtilleté*, par quoi il puissent estre aucun pou espartiz, si que lentrée « soit aucunement ouverte, tant que les nos puissent entrer entr’eulz, et puissent « soi combatre avec eulz main a main, a bras estendu. » Et le roy loa mout ce con- seil et li dist : «Or alez donc, et eslisiez desquiex que vous voudrés de nos genz c «avec vous; et faites orendroit ce que vous porrez faire, savoir se vous pourrés «tant faire que leur compaignie, qui est forment serrée, soit departie. » Et done Herart prist avecques li xxx ou environ des chevaliers de la compaignie du roy, et se mistrent a part, et non pas aussi comme se il se yousissent combatre avec leur anemi, més (si comme il faignoient) il sembloit miex que il sen deussent fuir; et p se hastérent d’aler par devers la partie que il estoit avis que la fuite deust estre le plus seure. Et donc tantost les anemis cuidiérent fermement que ceulz preissent la fuite; si commenciérent crier a haute yoix : « Avant! il fuient. » Et done s'apa- reilliérent estrivéement pour ensuir les; si que en briéve espace de temps il furent espartiz, et se moustrérent as nos que il estoient assez aissiez a trespasser entre eulz. Et Et donc tantost le roy se esmut avecques sa bataille, et se plunga entr'euls; et He- rart et ses chevaliers retournérent leurs resgnes, et les assaillirent de costé 4 grant criée, et se mistrent entr’eulz, et les derompoient a force et a vertu; et si comme les batailles assemblérent ensemble, l’assaut si commenga fort et tres perilleus. Et vraiement les anemis estoient si fort et si espoissement armés que les* coups des nos r sembloient estre vains, et refusoient les glaives aussi comme s'il fussent touz molz et mal trenchans. Et pour ce aussi que il n'avoient pas acoustumés d’estre armés de tant de péces‘ d’armeures, pour ce estoient il mains souplez a soi demener, et plus legiérement et miex povoient il miex estre boutez a terre. Et quant ceste chose fu aperceue des Francois, « A bras, seigneurs, a bras, 4 bras!» Et donc les pre- G noient as mains par espaules, et tiroient et trebuchoient a terre jus de sus les che- vaus. Et certainement se Nostre Seigneur n’eust aidié celi jour as Francois, et la force et la vertu dela destre de leur trés noble et esprouvée chevalerie ne peussent® avoir duré contre leur anemis és deux si prochaines batailles l'une aprés l'autre. Et ja soit que touz ensamble communement se feussent bien et loablement por- u tés en la bataille sanz nul desdit, toutefois la force et la chevalerie esprouvée et demoustrée vertueusement illec endroit, c'est assavoir de Guy de Montfort, doit estre par excellence loée desus toutes les autres. Quer icelui, dés le commence- ment de la bataille, assailli premier les anemis, et trespassoit en foudroiant parmi les plus espesses assemblées, tout aussi comme le senglier parmi la com- 5 paignie des chiens qui les fiert et detrenche a la dent; aussi s'aloit il combatant as anemis, et criant la baniére son pére’, et passoit parmi euls et retournoit arricre parmi les anemis, et sen revenoit a ses gens; et tout aussi comme le fol large despent le sien en gastant¢aet 1a, tout aussi enyvroit il les champs du sanc des ane- mis par l’occision que il faisoit. Mais je ne sai par quel aventure son heaume li tourna k entour la teste ce devant desriére, si que la ventaille du heaume qui donnoit lu- miére as iex estoit devers le dos, et il ne povoit point issir par illec point d’alaine de sa bouche, et toute la face li estoit ainssi couverte que il ne povoit veoir goute ; més estoit aussi comme un aveugle, et ne povoit savoir qui il féroit; més se forse- noit, et féroit maintenant a destre et puis a senestre. Et quant Herart de Valeri, L sitost comme il le congnut et il avisa ceste chose, il out trés grant pitié de ce che-
' Ms. mestre. Ms. il ne peussent; mais le texte latin prouve que il
* On pourrait aussi lire subtillece. est de trop.
' Ms. le. * Cette interprétation des mots patris vexillum intonans
* Ms. tant de pere, ce qui ne donne aucun sens; le latin nous parait plus exacte que celle qui avait été proposée dans tantis armorum utensilibus (p. 434 e) semble signifier notre tome XX (p. 436, n. 1) : paternum vexillum quasi tant de piéces d’armures. fulmen circumferens.
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i : 36 CHRONIQUE DE PRIMAT,
valier, et vint prés de li, et prist le heaume a ses mains, et le drecgoit et relioit les A | laz. Et quant Guy de Monfort le senti, si cuida estre tenu par heaume d'aucun
i des anemis, et feri misire Herart el bras un merveilleus coup de son espée; més j | nostre Sire Jhesu Crist le garda que il n’out mal. Et encore vouloit il recouvrer a 5 ¥ ferir plus, se il ne l'eust conneu a la vois. e } Et donc l'une partie et l'autre combatans ensamble firent tant que fa cruauté B F i de la bataille dura mout, et tant que les anemis furent si desconfis que il convint 3
! que il se partissent de la bataille et s'en tornassent en fuite; quer il se merveil- liérent forment de la poissance de leur anemis qui estoient si petit nombre. Et donc Henri le senateur requeilli arriére ses genz, et se blasmoit li et ses gens, et disoit que il estoient vains et couars, et les amonnesta derechief a la bataille, et leur dist que ce leur seroit perdurable reprouche se si pou de Francois seurmon- toient en bataille si grant plenté de nobles chevaliers d’Espaigne et de si souve- raine vertu. Et que diroie je plus? il se requeillirent' derechief ensemble, et retornérent? a la bataille; et quant l'assaut fu recommencieé, loccision fu recom-
or ae se ou eg
menciée de ceulz qui chéoient, et leffusion de sanc fu renouvelée. Et au desrenier p q les anemis furent menés tel occision que il furent contrains de fuir sen avec e leur mestre Henri, sanz esperance nulle de retourner plus. Et donc les Francois ensuirent aucun petit Henri et ses gens qui fuioient, quer il ne les pooient” pas lon- i guement suir; quer il estoient forment lassez de tant de batailles, si que les che- q vaus et les hommes n’estoient pas si convenables a suir les. Et cil qui senfuioient £ ; prenoient tretout avant qu'il povoient ravir par les villages et par les fermetés la j
ou il passoient, comme trés aigres robeurs et larrons; et ainsi firent il partout les ‘fol. 208. fiex ob il passoient, jusques 4 tant qu'il vindrent‘ a Saint Benoit de Mont Cassin. | Et celi Henri donnoit a entendre a l'abbé de Saint Benoit et a touz les autres que il encontroit, que il ayoient occis le roy Kalles et tout son host. Et quant l'abbeé r n'apercut [nul signe de victoire, mais plus tost’] signe de confusion et de tristesce, si enquist aprés, et entendit la verité des choses; quer il amoit moult le roy Kailes. Si commanda adonc que Henri et ses gens fussent pris et mis en prison; et se Voffice de l'abbé le souffroit, pour estre gardé a celi Kalles 4 prendre venjance. \}
M Le xxn* chapitre°. Comment le roy rendi graces a Dieu de sa victoire, G | et comment ses anemis furent pris et jugiez.
Aprés ce donc que le roy out tout le champ delivré et que il fu demouré vain- queur, li et ses genz rendirent graces 4 Dieu de ce que il leur avoit donné si grans victoires; et napropria 4 soy ne a ses gens ce que il avoient fait, et disoit que ce nayoit pas esté par leur vertu ne par leur hardiesce, més par la grace, la force et l'aide du douz Jhesu Crist, pour le droit duquel il se combatoient. Et donc quant il orent rendu graces 4 Dieu, il retournérent el champ de la victoire
| pour requeillir les despoilles. Et Corradin entretant, qui estoit echapé de la
premiere bataille (si comme nous avon dit devant) par son bien fuir, se trans- porta en un chastel qui estoit sus la rive de la mer; et ceste chose ne pout estre 3 celée au roy Kalles. Et donc le roy y envoia 1a de ses’ chevaliers, si que cil qui la furent enyoiés mistrent Je chastel et le chastelain en subjection, et pristrent
if Corradin et |'‘amenérent au roy en liens. Et !'abbé de Saint Benoit de Mont Cassin, qui tenoit Henri le senateur, frére au roy d’Espaigne, en sa prison, si le rendi au roy par tel condition que celi Henri, qui avoit mort deservie et devoit morir x selonc le jugement des loys, ne soufferroit pas mort tant que celi abbé seroit en vie, pour ce que il lavoit fait prendre, et que, se le dit Henri prenoit mort, il se doubtoit que pour l'occasion de sa mort il n’encorust inregularité, et que par
. es. s . , © *208b. cele inregulariteé il ne perdist du tout en tout loffice de prestre. Et quant toutes
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' Ms. requeillirerent. * Nous suppléons, d’aprés le latin, les mots places entre * Ms. se retornerent. crochets. Ms. pooit. . Voy. t. XX, p- 436 d— 438 b. ; * Ms. vint ” Ms. ces. %
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TRADUITE PAR JEAN DU VIGNAY. 37
ces choses furent ainsi ordenés, il distribua les despouilles et la proie des anemis 4 ses chevaliers, si comme il appartient de coustume. Et donc le roy et son host enmenérent leur prisonniers en liens, pour vengier en euls la mauvestié et la trai- son que il li avoient faite, et se retourna tout droit vers la cité de Naples. Et quant il fu 1a repairié, il manda et fist querre les sires des lois' et les sages de droit; et il sasamblérent 4 son commandement. Et donc leur demanda a touz les plus sages, et commanda que il deissent devant touz en commun par quel sentence cil qui ont machiné si trés grant felonnie et leur complices doivent estre condamp- nés. Et donc les docteurs et sires de loy visitérent les chapitres des loys, et furent confortés par le conseil du droit*, et prononciérent sentence de mort contre iceuls maleurés.
Quant cest maufaiteurs orent esté condampnés comme ceus qui avoient pechié contre la royal majesté et contre le patronage de l'Eglise de Romme, et en assem- blant mal avec le mal il avoient ensui la mauvestié et l'eresie de leur predecesseur Mainfroy, l'un des greigneurs mestres de touz ceuls du conseil se dreca el plus haut lieu et el plus apparant, et dist devant touz ceuls qui la estoient; et commenca 4 imputer Corradin, pour plus clerement demonstrer et agreigier sa presente con- dempnation; et devisa comment I'Eglise de Romme avoit esté el temps passé sou- vent et par pluseurs foiz grevée et tourmentée par le parenté diceli, qui touz avoient [esté] et estoient encores liés des sentences descommuniemens et des maudicons de Dieu et des sains péres de Romme; et comment ceste maleurté es- toit descendue de l'un en l'autre, ausi comme par droit de heritage, et au desre- nier estoit descendue en celi Corradin, comme en droit hoir de cele maleurté, et le lignage de laigre estoit afliné par mort de Corradin’. Més avant {que} le roy les feist livrer a celi qui les descola, le roy fist dire pour les ames de touz ceuls qui la furent decolés : Placebo, Dirige *, et chanter messe de requiem selonc l'usage et la coustume de la religion crestienne; et il estoient delés la chapele ot len chan- toit, si que il le povoient bien oir de leur propres oreilles. Et si leur octroia le roy espace de leur pechiez confesser, et apres ce il furent menés au lieu de leur poines. Et il estoient v1 personnes par nombre qui avoient este touz jours mestres et soustenans de ceste malefacon : premiérement le conte Gauvains, le conte Jour- dain, le conte Berthelemi, li et ses deux filz, et le desrenier estoit Corradin. Et quant il furent el lieu ou il furent decoles, le roy s'en parti avant que il fussent occis®. Et quant le roy sen fu ale, en leur commanda que il s'‘agenoillassent; et donc furent les testes coupées du glaive de cil qui les ferit, et il trebuchierent a terre sanz testes. Més Henri, ja soit ce que cele meisme sentence dautel jugement leust condempné, le roy commanda que il fust garde encore a present souz bien
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destroite garde, par la convenance que il avoit faite a Yabbé; si le fist mettre en chartre et garder mout diliganment. Et trop de gens furent courcies de la mort
Corradin, pour ce que se il® eust vescu il eust esté chef du lignage de laigle.
Le xxut‘ chapitre °. Comment Corrat Cacapuce se esforea contre le roy Challes. et de ceulz qui li furent haingneus pour la mort Corradin.
Apres ce que les contes ourent este decoles par sentence diffinitive et par le conseil de touz les plus souverains clers de la loy que len peust trouver, plu- seur commenciérent a parler de la mort Corradin, pour ce que il estoit jane’, et diverses personnes en disoient’ diverses sentences. Et aucuns sacordoient bien
Dans le latin, legum doctoribus.
* Ibid. juris fulti consilio.
* Nous suppléons les mots de Corradin , que le sens exige et que le texte latin foarnit : quoniam in Corrardini morte fuit ibi genus aquile terminatum.
* Le verset Placebo Domino in regione vivorum ter- mine le psaume cx1¥, qui se chante aux vépres des Morts; guant au mot Dirige, il pourrait étre emprunié au 5° verset du psaume xxiv, un de ceux qui servent pour les Matines des Morts : Dirige me in veritate tua et doce me.
* Cette circonstance n'a par été relatée par Guillaume de Nangis.
° Ms. cil au lien de se il. Cette phrase est omise par G. de Nangis.
” Voy. t. XX, p. 438 b—c.
* Les mots pour ce que il estoit jane (jeune) devratent étre supprimes ict, parce ga'ils se représenteront plus loin a leur véritable place, quand l'auteur exposera l'opinion des partisans de Conradin.
’ Ms. et disoit
* 208 c.
——- Piper.
* 208 d.
* fol. 200.
* Centorbi.
38 CHRONIQUE DE PRIMAT,
4 la mort de li, et se doubtoient bien que se il eust vescu longuement, que eust ensui ses predecesseurs a estre contre sainte Eglise; et le disoient pour ce que il s'estoit tantost et sanz dilacion acordé aus traitreurs Gauvain et les autres, et avoit requis touz ses amis de touz costez pour li aidier, et poursuir la mauvése conspi- ration que il avoient faite, tant contre !Eglise que contre le roy. Et encore aten- doient il, se il fussent venus au dessus de cele emprise, que il eussent fait Corradin emperiere si tost comme il eust esté couronné de Secile; fors que tant que celi Henri devant dit pensoit que il li aidassent 4 estre empericre, quer il y avoit ja tendu dés que il fu fait senateur, et avoit acort d’'aucuns des seigneurs de Romme, cardinaulz et autres secrétement. Et encore dient aucun qui estoient mout amis et familiaires de li, que se il eust eu victoire quant les autres senfuirent du champ,
A
B
que il eust mis poine a estre couronné de Secile, en disant que ele eust esté con-
questée par li et par sa force; et pour ce dist trop bien celi qui dist ce proverbe : « Homme propose et Dieu ordenne '. » Et autres estoient qui en parloient en autre maniére; quer il disoient que le roy deust avoir espargnié de mettre Corradin a mort, pour ce que il estoit encore enfant jane d'eage, et que se il avoit mespris en aucune chose, ce avoit il fait par le conseil des traitres qui l'avoient deceu. Et pour ceste cause esmut le roy a bien pou toute Alemaigne contre li, et machi- noient a li nuire en touz estaz, se il venoient ou povoient venir en lieu.
Et done quant le roy et ses gens orent esté parmi les provinces du royaume, et il orent mis 4 sa subjection et 4 sa seigneurie toutes les regions par deg¢a le royaume de Secile, c'est assavoir Puille, Calabre, Terre de Labour et toutes les autres, fors tant seulement cele seule partie du royaume qui est tout entour avi- ronnée’ de mer, laquele partie estoit encore a conquerre; si que un qui estoit filz d'iniquité, Corradin (Cacapuche par son surnon), qui avoit acquis et assemblé avec pluseurs autres semblables a li en mauvestié, et li et les autres conqueillis s'entremetoient tant comme il povoient de toutes leur forces a tenir et a dellendre cele partie contre le roy. Et estoit veu avoir fayeur et assentement de touz les nobles de toutes les cites du royaume (ce ne sai je comment se il avoit ou par grace, ou par force de contrainte*, ou par maniére de quelconques autre extor- sion), fors que il n’avoit pas tant seulement de la cité de Mesane et de la cité de Panorme “‘, lesqueles cités sont les plus nobles de tout le royaume; et ces 11 cités tant seulement soustenoient et nourrissoient Ja partie du roy et se tenoient du tout a li. Et quant le roy out oi certainement que celi tyrant sestoit esmeu et revelé contre lui, si enquist la verité, et trouva que il estoit du lignage et du parenté Mainfroy et Corradin. Et donc le roy pour reprendre la poissance de li et de ses complices, et pour acquerre le royaume bonement a soi, il envoia 1a de ses barons” des trés nobles hommes et loiaus cheyaliers neis et estrois du haut sanc de France, esquelz il se fioit desuz touz autres, c'est assavoir Thomas de Couci, Phelippe et Guy de Montfort, Guillaume de Beaumont, Jehan de Hiaumes et Guillaume | Estendart, avec souffisant nombre de combatans.
Et done s'en alérent et ourent bon nage’, et passérent la mer qui avironnoit cele partie du royaume, et entrérent en la terre; et si tost comme il vindrent 1a, il commenciérent a prendre cités et chasteaus, et occistrent’ tout quant que il trouvoient de leur anemis qui se rebelloient contre eulz il occioient. Et celi Cor- radin si senfuit touz jours devant euls, quer il ne ses* complices n’atendissent james nos gens a bataille; més si tost comme il savoient par leur espies quel part il aloient, il se metoient a fuir d’autre part és liex fors ot il cuidoient avoir sous- tien et aliance, si que les nos ne povoient avoir certaines novéles de li. Tant que en la parfin il congnurent certainement par leur propres mesages que il estoit en
un trés fort chastel qui estoit apelé Saint Orbe’, et estoit la avec aucuns de ses Cette premiere partie du chapitre est omise par G. de * Ms. Panuorie. Nangis, qui se borne a rappeler en peu de mots les plaintes * Ms. ces complices. .... ces barons. excitées par la mort de Conradin. ’ Bonne navigation, ou felici navigio (p. 438 c). * Ms. avironné. ” Occistrent fait double emploi avec occioient qui ter- Le texte latin porte gratia veluti coactionis; mais il mine la phrase. faudrait probablement substituer vel vi a veluti (p. 438 c). * Ms. ces, ict et dans la phrase suivante.
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TRADUITE PAR JEAN DU VIGNAY. 39
a complices; quer pluseurs autres l’avoient ja lessié dés que il sorent que les gens du roy Kalles estoient en cele partie entrés pour combatre contre li et pour le
prendre, et meitre la terre en la posté et en la seigneurie du roy. Et done vin- —
drent a Saint Orbe, et assegié¢rent le chastel, auquel siége il ourent mout de poine, tant en assaillant comme en soustenant les assaus que ceulz du chastel B faisoient soudement sanz ce que les nos s'en donnassent garde; quer ceulz du chas- tel issoient par liex secrez comme par fausses poternes, " deat les nos ne se don- noient de garde; et si faisoient ces' assaus aussi soudement que il n’estoient point aperceus devant que nos gens en oioient la frainte; et ce estoit fait a la fin que Corradin Cacapuche sen peust fuir de ce chastel secrétement. Més ceuls qui is- c soient du chastel n’avyoient pas tant de hardiesce que il se osassent de plain mel- ler as nos, si que il les conyenoit tantost entrer arri¢re en leur forteresce; quer les nos se tenoient tous jours si garnis que il estoient touz jours pres de recevoir les, si que celi Corradin ne povoit partir du chastel en nule maniére’. Et toutefoiz le chas- tel fu pris et vaincu apres mout de grans trayaus, et nos gens pristrent celi Cor- p radin, et li firent sachier hors les iex de la teste premiérement; et pour la deserte de ce que il sestoit rebellé contre le roy, le firent pendre par le col au gibet;, et touz les autres de ses complices qui porent estre tenus si orent touz les testes coupées, ou furent pendus au gibet comme li. Et quant ces nobles chevaliers orent acquis el conquesté le royaume de Secile, il retournérent arriere au roy E lor seigneur, et li rendirent le royaume quite et paisible. Et nous avons ici mis ces choses et ces fais du roy de Secile, pour ce que il avindrent el temps devant dit; si que il nous soulfise quant a4 present, quer nous voulons retourner a ! ordre ide la devant dite hystoire du roy de France Lois.
Le xxum* chapitre*. Du secont wotage du roy Loys as parties d outre mer; comment il prist la crois F devant tous les barons, et comment aucunz des barons la pristrent apres.
Le roy Lois adonc, qui nestoit point bien apesie de courage pour le remors de sa conscience qui le contraignoit, quer il consideroit que la voie de ce pelerinage que il avoit fait és parties de Giste. jasoit ce que il eust eu grant nombre de nobles *. toutefoiz li estoit il avis que ele avoit plus fait de honte et de damage et de re- prouche au royaume de France, que ele n/avyoit fait donneur ne de proufit a l'Eglise de Jhesu Crist ne a la Terre sainte (et par aventure avoit la Devine Pois- sance ainsi ordene pour la cause du pechié des gens); si que ce que le roy avoit (lone temps estoit ja passe) conceu en sa pensee, il fist hastivement, et le demons- tra en une seule heure’; quer le parlement estoit adone assemblé a Paris de tous H les barons du royaume, quant le roy prist la croiz et la mist a ses espaules. Et ja soit ce que mout des barons ne preissent pas la croiz en ce present pallement. comme il estoient tous desprouveus ' de ce, et par ce que le roy lavoit prise si nouvelement sans faire en mencion a nul, one foiz apres ce, par le proces du temps, pluseurs tant contes comme barons, a lessample du roy, pour l'amour de Jhesu Crist pristrent le signe de. la croiz, et le pendirent a leur propres espaules. Et desque ‘lz barons nous avons ci mis tant seulement les nons des plus nobles et des greigneurs, pour cause de brieté, et que nous ne feissons ennuy aus lisans. Et tout premierement se croisa Alphons, qui estoit frere du roy et conte de Poitiers et de Thoulouse; Jehan, conte de Nevers, Pierres, conte d'Alencon, quiestoient filz’ du roy; Thiebaut, noble roy de Navarre, conte de Champaigne et patazin de Brie: Robert, conte d’ Artois; Guy, conte de Flandres; Jehan, filz du conte de Bretaigne, qui ayoit espouse a fame la fille’ au roy dEngleterre Henri; et mout d'autres
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Ms. ses aussi que le copiste a omis apres le mot nobles un substantif * Tous les détails qui precedent sur le siége de Centorbr du sens de combats ou faits d'armes sont omis par G. de Nanais. G. de Nangis ajoute ici quelques détails sur lappro- Voy. t. XX, p- 438d— 440 d. bation donnée par Clément IV au projet de saint Louis, et “Ce membre de phrase, omis par G. de Nanas, pour- sar lenvot d'un légat. rat signifier a la riguear : quoique le roi eut eu avec lui Vs. fréres et filz; mais le mot frére. qui ne peat s ap-
grand no ml e de wobles croises; mats on peut supposer pliquer quia Alfonse, est répéte par erreur
* 209 b
2090 ¢
Béatrix
209 d.
fol. 210.
KO CHRONIQUE DE PRIMAT,
nobles, dont nous taison les nons pour la devantdite cause. Més adonc, quant le a
roy et les autres barons orent prise la crois, il pristrent terme de mouvyojr dilec en i1ans, pour la cause de ce que le roy et les autres barons se peussent entretant aviser et garnir tant de navire comme des autres choses qui leur estoient neces- saires 4 parfaire le yoiage que il avoient empris. Dedens lequel terme ainsi fichié, en l'espace de ces 1 ans, mout de nobles et de non nobles pristrent le signe de la crois, tant que le nombre de ceuls qui estoient croisiés fu par la grace de Dieu mouteploié! en tel menniére que il n’estoit homme qui les peust nombrer.
Et quant le temps fu passé et le terme qui estoit assigné vint, les neis du roy et des barons estoient toutes prestes au port de Aigue Morte, et estoient plaines de vivres et d'armeures en grant habondance, et de toutes autres choses qui appar- tenoient a bataille et au voiage faire. Et donc le roy trés devot, et ses filz et plu- seurs de barons”, ala mout doucement et devotement a son patron, monseigneur saint Denis, prendre congié selonc la coustume ancienne des roys de France. Et la deproia trés devotement les sains martirs par mout de proiéres, et oy messe, li et tous les barons et pluseurs autres nobles; et quant le servise fu tout dit, il prist illec l'escharpe et le baston de son pelerinage; et la baniére Saint Denis fu atainte, qui est apelée du commun loriflambe*, et l'emporta avec soi; et recom- manda le royaume de France en la garde et en la protection du martyr saint De- nis. Et la out grant pitié et grant plenté de larmes espandues, tant de[s| nobles comme des gens du pueple qui 1a estoient. Et adonc prist le roy et les barons la benéicon de l'abbé, qui les benesqui du Clou et de la Couronne; et done sen issi le roy 4 mout grant et noble compaignie. Et 1a ce jour meisme, commenga il “ pre- miérement le saint voiage de Jerusalem, et ala reposer cele premiere nuit au bois de Vicénes; et au matin, lessa illee meisme et commanda a Dieu la noble roine Marguerite sa fame, 4 mout de sanglous, de souspirs et de lermes espandues, tant de la partie de ceuls qui sen aloient comme de la partie de ceulz qui demou- roient.
Le xxv° chapitre®. Comment il se mist a la voie; et comment le deable mist le contens entre ceulz de Prouvence et les Castelens